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( 3 décembre, 2018 )

L’armistice de Lusigny (24-28 février 1814).

Flahaut

Le général de Flahaut, qui fut aide-de-camp de Napoléon rédigea près de trente ans après les faits, une note intéressante sur cet épisode. Il parle de lui à la troisième personne :

« Les premières communications pour la négociation de l’armistice eurent lieu le 24 février 1814. Le commissaire français, le comte de Flahaut, n’avait reçu que des instructions verbales et de la bouche même de l’Empereur. Il lui était enjoint expressément de déclarer aux Commissaires Alliés, qu’il n’était autorisé à traiter qu’à la condition que le préambule de l’armistice déclarerait que cette convention avait pour objet de faciliter la conclusion de la paix sur les bases proposées à Francfort. Mais les commissaires des armées alliées répondirent que cette proposition dépassait leurs instructions et qu’une telle condition ne pouvait trouver sa place dans un traité d’armistice, qui n’avait d’autre but que de régler la suspension des hostilités et la ligne occupée par les armées pendant la durée de cette suspension. Ce ne fut cependant qu’après une discussion, dont la longueur prouva au commissaire français leur vif désir d’arriver à un arrangement, qu’ils se décidèrent à refuser de négocier sur ces bases et à envoyer un courrier à leur quartier général pour mander cet incident inattendu et demander de nouvelles instructions. Le courrier revint le 25 et rapporta aux commissaires l’ordre de repousser la proposition du préambule, comme étant d’une nature diplomatique, et de se borner à traiter la question militaire de la suspension d’armes, lui faisant observer que cela paraissait d’autant plus convenable qu’il n’y avait pas de commissaire anglais présent à cette négociation. L’Empereur Napoléon se rendit à cette observation et envoya alors au commissaire français l’ordre d’entrer en négociation ; mais de moments précieux avaient été perdus. Les craintes soulevées par nos succès à Champaubert et Montereau, etc… avaient eu le temps de se calmer, tandis qu’il est probable que si le comte de Flahaut avait eu des pouvoirs plus étendus pour traiter dès l’ouverture de la négociation, il eût obtenu de meilleures conditions : mais l’Empereur lui avait donné l’ordre le plus formel de ne pas même entrer en pourparlers que le préambule sus-mentionné n’eût été consenti.

La discussion ayant commencé sur la ligne de démarcation, les commissaires ont proposé la ligne suivante : – L’ancienne frontière entre la France et les Pays-Bas depuis la mer jusqu’à Maubeuge ; la route de cette ville à Laon, en passant par Avesnes ; de là à Reims ; de Reims à Châlons, d’où elle aurait remonté la Marne jusqu’à St-Dizier, etc. ; de là elle serait descendue à Colombey, où elle aurait traversé la route de Troyes à Chaumont ; aurait passé de là par Châtillon-sur-Seine, Montbard et Autun ; aurait de là été rejoindre la Saône à Châlon ; aurait suivi cette rivière jusqu’à Macon et la route de cette ville à Bourg ; aurait été de là rejoindre le Rhône à Lagnieu, et l’aurait suivi jusqu’à St-Genix, où ce fleuve rejoint les anciennes frontières de la Savoie, qui par cet arrangement aurait été occupée par les troupes alliées. Quant à la durée de l’armistice, ils proposaient 15 jours et 6 jours de délai à partir de celui de la dénonciation.

On différait avec eux sur ce point important, que S.M. voulait que la ligne de démarcation ne donnât aux alliés ni la Belgique, ni la Savoie. Les commissaires, après une discussion de cinq heures dans laquelle on n’avait pu s’accorder, se sont encore décidés à envoyer un courrier pour demander des nouvelles instructions sur ce point. Le courrier parti le 25 est revenu le 28. Il a rapporté aux commissaires des alliés de nouvelles instructions, qui ne changeaient rien aux conditions relatives à la Belgique et à la Savoie repoussées par l’Empereur, qui modifiaient à peine la ligne de démarcation proposée en l’établissant de la manière suivante : – Les anciennes frontières des Pays-Bas depuis la mer jusqu’aux environs de Maubeuge, de là une ligne passant la Sambre près de cette place en regagnant la route d’Avesnes, laissant cette place à la droite, pour gagner la route de Paris et la suivre jusqu’à Laon ;de Laon la grande route à Reims ; de Reims la route jusqu’à Châlons-sur-Marne ; de là remontant la Marne et passant près Vitry, St-Dizier et Joinville jusqu’à Chaumont; de Chaumont la route à Langres ; de Langres la route à Dijon ; de Dijon le canal jusqu’à Macon ; de Macon la route à Bourg-en-Bresse ; de cet endroit gagner le Rhône par Pont-d’Ain à Lagnieu, le remonter jusqu’à St-Genix ; de là la ligne irait rejoindre les anciennes frontières de la Savoie, qui séparaient autrefois cette province de la France, et suivant cette frontière le long des Alpes et celle du Valais jusqu’aux frontières de la Suisse. Tous les endroits qui se trouvent sur la ligne de démarcation devaient être occupés par les troupes des Puissances Alliées. L’armistice devait s’étendre également aux armées d’Italie et à celles du Maréchal Lord Wellington ; dans ces armées on devait régler la ligne de démarcation sur le status quo des choses à l’arrivée du courrier. L’armistice devait être de quinze jours, plus 6 jours après la dénonciation. Cette ligne aurait pu être adoptée pour la plus grande partie, amis quand à sa terminaison en Suisse, jamais on n’a pu la faire passer d’une manière qui convînt à l’Empereur, dont l’ordre formel au comte de Flahault était de ne céder dans aucun cas des pays occupés par les troupes françaises (tel que Bourg, Macon, Chambéry, Chalon-sur-Saône). Dans les départements qui avoisinaient la Suisse, les efforts des habitants contre les troupes alliées avaient obtenu des succès, dont ils auraient été punis, si l’armistice les avait de nouveau livrés à des troupes. Sur ces entrefaites, l’Empereur se décide de se porter sur le Gal Blücher, et écrivit le 27 février au Général Flahaut une lettre. L’éloignement de l’Empereur eut deux inconvénients : celui de laisser le commissaire français sans instructions, et celui plus grave de faire passer le commandement des troupes opposées au Prince de Schwarzenberg et à l’armée principale des alliés, des mains de l’Empereur à celle d’un de ses maréchaux. Le secret dont il voulait couvrir ce changement ne put être gardé, et la manière molle dont les troupes attaquèrent à Bar-sur-Aube, dévoila sur-le-champ aux généraux ennemis l’absence de l’Empereur. Les Alliés reprirent l’offensive, repoussèrent les troupes françaises, et le Prince Schwarzenberg étant rentré à Troyes mit un terme à la négociation. Ainsi s’évanouit la dernière espérance de la paix et du maintien du gouvernement impérial.

Le Général Ducca, commissaire autrichien, a eu des communications confidentielles fréquentes avec le général Flahaut. Il a exprimé le désir sincère de la part de l’Empereur d’Autriche de mettre un terme à la guerre. Il a dit que son maître n’a jamais eu l’idée, ni le désir, d’aller à Paris. Il en a donné pour preuve la lenteur avec laquelle le Prince Schwazenberg a marché. Il a répété plusieurs fois qu’il ne doutait pas que la paix ne fût conclue sous peu, si on parvenait à faire cesser les hostilités ; que l’Empereur d’Autriche le désirait et qu’il était très modéré. Il est revenu chaque jour sur ce sujet, demandant en propres termes que l’on aidât l’Empereur d’Autriche à faire la paix. « Faites », a-t-il dit encore, « que le 28 les hostilités cessent, facilitez-nous le moyen de faire la paix. Je vous jure que l’Empereur d’Autriche et l’Angleterre la veulent honorable pour la France. » Il y avait eu des explications antérieures avec le Général Ducca, qui ne laissaient aucun équivoque à ce mot sortant de sa bouche. Enfin, en remettant leurs dernières propositions le 28 au soir, les commissaires ont dit en commun que la paix ne dépendait que d’un armistice et qu’ils ne se doutaient pas qu’elle ne fût faite d’une manière qui convînt à l’Empereur. »

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( 3 décembre, 2018 )

Les DERNIERS JOURS de la RETRAITE de RUSSIE…

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De longues lettres de Berthier à l’Empereur, retracent les derniers jours de la retraite. Débarrassons ces lettres des noms propres et des détails purement militaires ; il reste ces traits terribles. Lorsque l’armée entre le 8 décembre 1812 à Vilna, presque tous les hommes sont hébétés par le froid, et, malgré les ordres que donnent Murat et Berthier et bien que les Russes soient aux portes de la ville, officiers et soldats restent dans les maisons, refusent de marcher. On marche pourtant, le 10 décembre, sur Eve et Kowno. Mais le froid excessif et la grande quantité de neige achèvent d’accabler l’armée. Le 10, le 11, elle se débande totalement. Ce n’est plus qu’une colonne qui chemine, plusieurs lieues durant, sur une route couverte de cadavres, et qui part au jour et arrive au soir, confusément et pêle-mêle. Ce n’est même plus une armée. L’armée peut-elle exister par 25 degrés de froid ? Hélas ! Ce ne sont pas les ennemis, c’est la plus rigoureuse, la plus cruelle des saisons qui lui fait la guerre, qui la met dans l’impuissance d’agir, qui lui inflige des souffrances dont on ne peut se faire une idée. Berthier, comme Murat, voudrait tenir le 12 décembre à Kowno. Mais le désordre est extrême ; on pille, on saccage les maisons ; on brûle la moitié de la ville ; on passe le Niémen de tous les côtés ; impossible d’arrêter le torrent des fuyards. A peine s’il y une escorte pour garantir le roi de Naples, les généraux et les aigles.  Le froid, toujours le froid, ce froid qui jette l’homme « dans un état de stupeur qui lui ôte tout sentiment ! » Les quatre cinquièmes de l’armée ou de ce qui porte ce nom-car ce n’est plus qu’une masse incohérente et où il n’y a point de combattants- ont des membres gelés, et lorsqu’on atteint Königsberg dans la désorganisation la plus complète, les chirurgiens ne font que couper aux officiers et aux soldats le phalanges des doigts du pied et de la main.

Les maladies se manifestent, Lariboisière meurt, Eblé meurt et Berthier reconnaît tristement que les maux sont plus grands encore qu’on ne croyait et qu’ils ne sont pas finis ! 

Arthur CHUQUET. 

 

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