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( 9 décembre, 2018 )

A propos de la campagne de France (1814)


Meissonier 1814« Napoléon n’avait pour lui que l’armée. Encore les chefs étaient las de la guerre et ne désiraient que du repos pour jouir de leurs honneurs et de leur grande fortune. Partout on entendait des imprécations contre l’Empereur. Ses soldats, sa garde surtout, partageaient cette défaveur. Cette garde, habituée à vivre en pays conquis, s’oubliait quelquefois avec ses concitoyens. Un jour, en ma présence, un grenadier à cheval de la Garde renversa un vieillard et répondit insolemment, en les traitant de tas de pékins, à quelques personnes qui lui firent des observations d’une manière très convenable.
Un rassemblement, formé par des passants, se rua sur ce militaire, et on lui aurait fait un mauvais parti si d’autres personnes plus calmes n’avaient trouvé moyen de le faire éloigner. Il n’y avait pas de famille qui n’eût à demander compte de la perte d’un de ses membres. Avec Napoléon, disait-on, c’est la guerre partout et toujours; pas de paix possible avec cette ambition démesurée.

Voilà ce qui peut expliquer, sans la justifier, cette absence de patriotisme en présence de l’ennemi. Dans le Midi surtout, nos pauvres soldats eurent beaucoup à souffrir du mauvais vouloir des populations. Réveillé-Parise [ancien chirurgien], qui a assisté à la bataille de Toulouse, m’a dit souvent que ce qui faisait la force des Anglais, c’était la coupable sympathie qu’ils rencontraient dans nos concitoyens, lesquels se montraient hostiles et cruels pour nos armées. Et cependant si le maréchal Suchet avait amené les douze mille hommes qu’il avait à Narbonne, les Anglais auraient été écrasés; mais il ne voulut pas se réunir à Soult, son ancien d’âge et de maréchalat, et devenir son subordonné. On a toujours cru que la maréchale Suchet n’avait pas été étrangère à cette détermination; elle se montrait dans toutes les occasions fière et hautaine; il fallait presque avoir fait ses preuves de noblesse pour être admis à sa table, comme pour monter dans les voitures du roi. Etant accouchée à Saragosse, elle voulut que son enfant fût présenté à l’église dans une cuirasse. »

(Docteur Poumiès de la Siboutie », « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 136-137).

 

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( 9 décembre, 2018 )

Lettre d’un vosgien en 1815…

Dans l’est de la France le gouvernement impérial fut reconnu sans obstacle et les populations accueillirent avec joie la chute des Bourbons. Nous ne citerons que cette lettre qu’un habitant de Saint-Dié, G. Gley, le savant ecclésiastique, envoyait à Paris le 19 avril 1815. 

Arthur CHUQUET. 

Saint-Dié, le 19 avril 1815.

Note. L’Empereur peut compter sur les Vosges plus que sur aucun autre département de l’Empire.  Il n’y a pas eu un moment d’hésitation et tous les habitants montrent la plus ferme résolution de défendre courageusement leurs montagnes, si elles venaient à être attaquées.  Voici ce qui s’est passé ici depuis un mois et l’on a tenu la même conduite dans les autres arrondissements des Vosges.  A la première nouvelle que l’Empereur était arrivé à Paris, les militaires qui se trouvaient ici parcoururent les rues en portant le drapeau tricolore.  On remplaça le buste et le portrait de l’Empereur à la maison commune et le maire fit battre la caisse successivement dans les différentes rues, et y fit lire la feuille du Moniteur qui veniat d’arriver.  Il y a ici, comme dans tout le département, des hommes  que leurs principes attachaient à l’ancien Gouvernement. Ils parurent d’abord très peu contents de tout ce qui se passait.C’était moins par attachement pour la personne des Bourbons, que par crainte de voir revivre l’ancien système de conquête et d’envahissement. Ils se sont d’abord tranquillisés, par les déclarations pleines de modérations et de sagesse, qui en différentes occasions, sont sorties de la bouche de l’Empereur. La marche de ses conseils augmente la confiance.  Aujourd’hui les hommes de 20 jusqu’à 60 ans paraissent à la  commune afin de donner leurs noms pour la formation des cohortes nationales. Ce n’est plus cette hésitation que l’on remarquait lorsqu’on voulut prendre les mêmes mesures au mois de décembre 1813.  Alors plusieurs circonstances arrêtaient ceux qui étaient les mieux disposés.  Aujourd’hui les sentiments sont tout autres.  Quelles que soient les opinions, tout le monde s’entend pour dire que la cause de l’Empereur est devenue celle de la Patrie et qu’il faut tout oser pour se défendre, si elle est attaquée. 

G.GLEY. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

 

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( 9 décembre, 2018 )

« Je suis l’arrière-garde de la Grande-Armée… »

NEY

A l’issue de la campagne de Russie, le général Mathieu Dumas, intendant de la Grande-Armée, fait une rencontre inattendue…

« Nous étions enfin hors de cette terre maudite, le territoire de Russie. Les Cosaques ne nous poursuivaient plus avec autant d’ardeur; à mesure que nous avancions sur le territoire prus sien, nous trouvions de meilleurs gîtes et des ressources. Le premier endroit où nous pûmes respirer, fut Wilkoviski , et ensuite Gumbinen, où je descendis dans la maison d’un médecin, que j’avais occupée à mon premier passage. On venait de nous y servir à déjeuner d’excellent café, lorsque je vis entrer un homme vêtu d’une redingote brune; il portait une longue barbe; son visage était noirci et semblait brûlé; ses yeux étaient rouges et brillants. « Enfin me voilà ! » dit-il; « Eh quoi ! Général Dumas, vous ne me reconnaissez pas ?» — « Non ; qui êtes-vous donc ? » — « Je suis l’arrière-garde de la Grande-Armée, le  maréchal Ney. J’ai tiré le dernier coup de fusil sur le pont de Kowno; j’ai jeté dans le Niémen la dernière de nos armes, et je suis venu jusqu’ici à travers les bois. » Je laisse à penser avec quel empressement respectueux nous accueillîmes le héros de la retraite de Russie. II prit son quartier dans cette maison, et nous partîmes pour nous rendre par Insterbourg et Welhau à Königsberg. »

(Lieutenant-général comte Mathieu DUMAS, « Souvenirs… », Tome III, Librairie de Charles Gosselin, 1839, pp.484-485)

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( 9 décembre, 2018 )

Le couvre-chef de Napoléon en Russie…

A notre connaissance, trois auteurs, dont une femme, ont parlé du singulier couvre-chef de l’Empereur, lors de la retraite de Moscou, depuis Mojaïsk (avant Smolensk au retour) jusqu’à Varsovie : l’abbé de Pradt, notre ambassadeur en Pologne, qui vit Napoléon à son passage en traîneau ; Mme Armand Domergue, qui fit la retraite dans les équipages de l’Empereur et passa derrière lui le pont de la Bérézina ; enfin, Duverger (« Mes aventures dans la campagne de Russie »). Ces trois auteurs sont d’accord pour nous dire qu’outre sa pelisse de fourrures à la polonaise, que portait l’Empereur sous sa légendaire redingote grise, il avait sur la tête un bonnet fourré en velours vert, attaché sous le menton par de longs rubans noirs, avec un énorme gland d’or pendant en arrière. Ces rubans noirs semblaient [être] de bien tristes augure à Mme Armand, une des comédiennes du Théâtre français de Moscou.

Il faut ajouter que l’Empereur se trouvait très bien sous ce costume, qui ne lui allait pas du tout, à cause de son obésité précoce et de sa petite taille ; tandis que ces fourrures allaient admirablement aux officiers polonais, généralement sveltes et élancés. Aussi, en arrivant à Smolensk, faisant la queue au milieu des soldats débandés, qui se pressaient pour entrer, fut-il bousculé par des gens qui ne le reconnaissaient pas, sous ce déguisement tout nouveau pour eux : et la vérité nous oblige à reconnaître qu’il apostropha fort incivilement les officiers qui se permettaient de le bousculer un peu fort, bien qu’ils se confondissent en excuses.

Docteur BOUGON.

(« La Chronique médicale » n°19, 1912, pp.659-660).

Le couvre-chef de Napoléon en Russie… dans HORS-SERIE SNB19503

Napoléon 1er en Russie. (Lithographie de Verestchaguine, d’après son tableau, « La Retraite »).

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