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( 19 décembre, 2018 )

La journée du 30 mars 1814 racontée par un chirurgien…

Lagneau

Louis-Vivant LAGNEAU (1781-1867) était chirurgien-major du 3ème régiment des grenadiers à pied de la Vieille Garde. Il se trouvait à Paris lors de la bataille qui s’y déroula.

« 30 mars 1814. De Charenton, nous allons, en longeant les boulevards extérieurs, à La Villette, où l’ennemi commence son attaque, tant à notre barrière que nous protégeons en nous portant au pont de Flandre, que sur les hauteurs de Belleville, sur notre droite, où étant parvenu à s’emparer de ces hauteurs-là, nous nous trouvons dans la nécessité de nous retirer dans la crainte d’être tournés et pris à dos.

Nous rentrons dans le faubourg, pour chassé par des obus ou autres projectiles. J’avais d’abord établi mon ambulance dans une auberge de routiers, à La Croix-Blanche. Nos blessés y étaient bien installés dans de grandes remises et des hangars, lorsque l’ordre vint de quitter la place qui devenait plus dangereuse. Je rentrai donc avec nos éclopés plus avant dans le faubourg et crus pouvoir me placer dans une autre auberge, dite « du Chaudron d’or ». J’y étais aussi bien. Là, des confrères de Paris vinrent pour nous aider, et entre autres Dupuytren, avec plusieurs aides. Mais à peine étions-nous en mesure de faire nos pansements et nos opérations, qu’il fallut encore nous retirer. Je fis évacuer tous les blessés transportables sur l’hospice de la vieillesse (hommes) où je les installai avec recommandation aux sœurs et employés et je fus obligé de suivre mon régiment. Les autres blessés plus graves furent laissés au « Chaudron d’or », où ils ont reçu les soins des ambulances de la division et ont été transportés dans les hôpitaux de l’intérieur, où je les au revus plus tard, mais pour le moment je suis forcé de suivre mon corps, qui, après une halte de quelques heures, eut l’ordre de traverser Paris par la barrière de fontainebleau.

Une convention avait été conclue, à notre grand étonnement et profond chagrin, entre les maréchaux Mortier et Marmont d’une part, et les généraux alliés de l’autre, en vertu de laquelle, pour éviter à Paris les désastres dont elle était menacée, toute notre armée évacuerait la ville, que les alliés occuperaient aussitôt. Toutes les hauteurs de Belleville, Ménilmontant et Montmartre étaient déjà occupées par les troupes étrangères.

Nous étions pourtant persuadés qu’on aurait pu tenir assez de temps, vingt-quatre ou quarante-huit heures peut-être, pendant lesquelles l’Empereur, qui avait quitté Troyes pour se rendre sur Fontainebleau, aurait pu prendre de nouvelles dispositions et éviter l’occupation de la capitale, ce qui nous semblait fort dangereux, avec un ennemi aussi exalté que les alliés. Le roi Joseph céda comme les maréchaux; il avait fait partir l’Impératrice  pour la direction de Chartres et d’Orléans et la suivit peu après.

Nous étions tous fort affligés de cet arrangement étrange, qui était peut-être inévitable; mais nos grognards n’entraient pas dans toutes les raisons qu’on pouvait apporter pour en  expliquer ou en justifier la nécessité.

Nous évacuons Paris dans la nuit du 30, car les barrières doivent être livrées demain 31 mars 1814. »

(L.-V. LAGNEAU, « Journal d’un chirurgien de la Grande-Armée, 1803-1815. Edition présentée et complétée par Christophe Bourachot », L.C.V. Services, 2000, pp.182-183).

 

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( 19 décembre, 2018 )

L’évacuation de Vilna racontée dans une lettre du Général van Hogendorp à l’Empereur.

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Le hollandais Hogendorp, gouverneur général de la Lituanie, donne dans cette lettre assez peu de détails sur l’évacuation de Vilna. Mais on voit qu’il a raison de dire dans ses « Mémoires » qu’il n’est parti qu’au dernier moment, le 10 décembre 1812, à 9 heures du matin, lorsque les cosaques pénétraient dans la ville.

A.CHUQUET 

Kowno,12 décembre 1812. Sire, j’ai l’honneur de rendre compte à Votre majesté Impériale et Royale qu’ayant reçu les ordres de Sa Majesté le roi de Naples [Maréchal Murat] et de S.A. le prince major général [Maréchal Berthier], j’ai évacué Vilna, avant-hier, le 10 décembre, à 9 heures du matin, quand tout était sorti et que l’ennemi avait pénétré sur la grande place et tourné la ville jusque sur le chemin de Kowno, où les cosaques nous ont attaqués avec du canon sur les traîneaux. Je suis resté avec M. Le maréchal duc d’Elchingen [Ney] qui commandait l’arrière-garde, jusqu’à ce que tout ait dépassé les défilés, et alors je me suis rendu auprès de Sa Majesté le roi de Naples où je suis arrivé le soir à Evé, qui m’a ordonné de rester près de lui.  Beaucoup de voitures et de bagages qui s’étaient encombrés près du défilé de Ponari ont été brûlés par ordre de S.A. le prince major général. Le général Éblé a été chargé de faire sauter l’arsenal. On a fait mettre le feu aux magasins ; mais je crains, trop tard, à cause du fait que les cosaques pénétraient de tous côtés en ville, et les malades ont du être abandonnés en ville, faute de moyens de transport. N’ayant reçu aucun ordre de destination de la part de Votre Majesté Impériale et royale, j’ai pensé devoir prendre ceux du roi de Naples et rester près de lui comme il me l’a ordonné , jusqu’à ce que je reçoive les ordres de Votre Majesté que je la supplie de vouloir me donner.  

Le comte de HOGENDORP. 

Document publié dans le 3ème volume de la série d’Arthur Chuquet intitulée: « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes).  

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