• Accueil
  • > Archives pour le Vendredi 28 décembre 2018
( 28 décembre, 2018 )

Une lettre écrite pendant la campagne d’Espagne…

Espagne 1Valladolid, le 20 juin 1809, en Espagne. 

Ma très chère mère et cher oncle, 

Je vous écris ces deux mots de lettre pour m’informer de l’état de votre santé. Quant à moi, je me porte très bien pour le présent. Je souhaite que la présente lettre vous trouve de même. Ma chère mère je vous dirai que voilà la troisième lettre que je vous envoie sans recevoir aucune réponse. Je n’ai reçu qu’une lettre datée du 6 mars à Brieq [Brieg sur l’Oder, en amont de Breslau. Actuellement Brzeg, en Pologne] en Silésie. L’argent que vous avez envoyé je l’ai reçu avant que nous ne partions de cette ville. Ma très chère mère, je vous dirai que nous avons eu une très longue route depuis le 8 septembre. Nous avons marché jusqu’au 21 décembre, date à laquelle nous sommes arrivés dans la ville de Saragosse en Espagne, avec beaucoup de peine. Nous sommes restés deux mois et demi au siège de Saragosse dont nous étions beaucoup chagriné pour le service ; nous passions un jour de garde et l’autre jour à travailler à faire des fossés pour se couvrir et pour s’approcher [au] plus proche de la ville. Je vous dirai que tous les jours on se battait et comme nous étions dans des fossés nous ne perdions tant de monde. Nous avons donné quelque bataille où nous avons perdu beaucoup de monde, mais avec tout cela ils  se sont rendus. Je crois que nous avons encore un siège à commencer en peu de temps. Je vous dirai encore que nous sommes dans un pays où les gens sont très barbares : si un pauvre soldat ne peut pas suivre son régiment et reste en arrière un quart de lieu, les paysans l’ont bientôt assassiné. 

 Vous me ferez savoir si mes sœurs se portent bien ainsi que mes frères, mon cousin et sa femme de Varenne. Je lui fais bien des compliments ainsi que Pradat et sa femme sans oublier ma marraine et toute la famille. Rien d’autre à ajouter. Je finis en vous embrassant de tout mon cœur.  Vous ferez bien mes compliments à tous mes parents et amis. 

Mon adresse est : CHANTELOUBE Jacques, chasseur au 21ème régiment d’infanterie légère, 3ème bataillon, 1ère compagnie, 5ème corps de la Grande Armée, 2ème division, 1ère brigade en Espagne, à Valladolid. 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 28 décembre, 2018 )

La mission du général Gérard…

Ombre 3

Le 25 décembre 1813, Napoléon ordonnait à Gérard de partir aussitôt pour l’Alsace. Gérard devait d’abord aller à Belfort et ensuite longer la frontière jusqu’à Wissembourg. Le temps lui manqua. Il alla voir quelques petites places, et le 29, Napoléon le rappelait pour lui confier une division de réserve qui se formait à Meaux. Le lettre suivante que Gérard écrit de Langres au duc de Feltre, nous renseigne sur ses projets et nous montre hélas ! qu’il règne déjà « beaucoup de frayeur ».

Langres, 31 décembre 1813.

Je suis arrivé à Langres cette nuit. Il m’a été impossible de continuer ma route. L’ennemi est dans les environs de Belfort ; il a poussé des partis jusqu’à Lure ; ils se sont retirés après être restés quelques heures dans cette ville. Pour remplir autant qu’il est en mon pouvoir les instructions de Votre Excellence, je voulais commencer la reconnaissance des montagnes des Vosges en me jetant sur Plombières et de là à Schlestadt. Mais il n’y a point de routes de poste et d’ailleurs je n’ai point d’officiers du génie et d’artillerie. Je suis obligé d’aller reprendre à Nancy la grande communication de Strasbourg. Je me rendrai de suite à Phalsbourg, aux forts de la petite-Pierre, de Bitche et de Lichtemberg ; je m’assurerai de l’état des garnisons et des approvisionnements ; aussitôt après, je visiterai la chaîne de montagnes. Tous les renseignements que j’ai recueillis ici, me portent à croire que les principales forces des autrichiens se dirigent vers Besançon. Les Bavarois sont restés dans les environs d’Huningue. Belfort n’est point encore au pouvoir de l’ennemi ; il est attaqué sérieusement. Il règne beaucoup de frayeur dans tout ce pays. J’ai cherché à rassurer les habitants en leur annonçant de prompts secours.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.3).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 28 décembre, 2018 )

Une visite faite à Napoléon lors de son exil à l’île d’Elbe…

 Ce témoignaUne visite faite à Napoléon lors de son exil à l'île d'Elbe... dans TEMOIGNAGES 03008150ge est paru dans la revue « Feuilles d’Histoire » dans sa livraison de janvier/juin 1909.

« Le « Daily Mail » a donné récemment quelques extraits d’un document inédit trouvé, il y a peu de temps dans les archives familiales d’Arley-Castle. C’est le carnet de voyage d’un étudiant de l’Université de Cambridge, nommé Scott.  En septembre 1814, il se rendit à l’île d’Elbe en compagnie de quatre officiers anglais détachés à Livourne, les colonels Douglas et Lemoine, le major Maxwell, le capitaine Smith, et ce sont les passages relatifs à cette visite que nous citons ici :

16 septembre 1814, Livourne.

Dîné chez M. Fraser, banquier anglais, qui habite ici. Tout parfaitement anglais : mouton bouilli à la sauce du sang, roastbeef, fromage de Chester, porto, vin. Presque tous les invités sont intimement liés avec le colonel Campbell (commissaire à  l’île d’Elbe) et les capitaines Usher et Tower. Le colonel Campbell considère Bonaparte comme un homme très heureux de talents ordinaires ; Bonaparte se comporte à leur égard avec la plus grande familiarité ; il leur permet de lui poser les questions qui lui plaisent sur ses campagnes et ses plans. Il disait à Campbell : « Regardez-vous Wellington comme le plus grand général du monde ? »-« Vous aviez tant de bons de maréchaux, répondit Campbell, qu’on n peut dire quel est le premier général. »-« Non, réplique Bonaparte, c’est Wellington qui est le premier général ! »

19 septembre 1814, Elbe.

D’habitude Bonaparte se lève avec le jour et il prend infiniment d’exercice. Souvent il réveille lui-même le colonel Campbell. Il fait de longues courses à cheval dans tous les coins de l’île et ne rentre que lorsque ses compagnons sont exténués ; mais c’est pour repartir aussitôt sur un nouveau cheval, jusqu’à l’heure du dîner. Après son repas, il se  promène dans sa chambre pendant deux ou trois heures. Il semble, nous déclare Campbell, s’efforcer de penser le moins possible au passé. Parfois, dans la matinée, il sommeille très peu de temps dans son  fauteuil. Il mange beaucoup, il est surtout amateur de poisson, il boit séparément de l’eau et du vin, selon la mode anglaise, mais surtout de l’eau… Nous nous trouvions sur chemin large d’environ cinq mètres, lorsque nous rencontrâmes l’Empereur ; nous nous effaçâmes pour nous ranger, tête nue, les uns à côté des autres, sur le côté droit de la route. Il s’arrêta  son cheval et nous salua en portant la main à son chapeau. Ma première impression fut telle que je me demandai si cet homme, au visage peu gracieux, à l’air plutôt emprunté et lourd, était bien le grand Napoléon, qui avait rempli de terreur les empereurs et les rois. Il me semble que c’était impossible. Je répète que ce fut que ma première impression. Mais bien que celle-ci ait bientôt modifiée, je déclare encore aujourd’hui que Napoléon  avec sa carrure épaisse et large ne me fit pas l’effet d’un guerrier. Il parait être âgé  de quarante-cinq ans ; son ventre est très fort, et ses cuisses, grosses et tout à fait hors de proportion. Lorsque nous le vîmes, il était coiffé d’un chapeau enfoncé sur son front, chapeau dont la forme, basse par devant et très relevé par derrière, contribuait à rendre sa physionomie peu agréable. La teinte brune de ce chapeau, auquel est piquée une gosse cocarde rouge et blanche, montre suffisamment qu’il a fait avec lui de nombreuses campagnes.

Il portait une grande redingote à revers rouges ; ce vêtement, étroitement boutonné, laissait à peine apercevoir la cravate noire, entourant son cou, peu dégagé naturellement.  Il avait deux épaulettes en argent assez usées, la plaque de la Légion d’honneur et trois décorations plus petites… Il avait une culotte blanche, un gilet blanc et des gants. Les bottes, vieilles, usées, étaient munies d’éperons en argent, assujettis par des noires. Il montait un petit cheval corse, dont la selle portait des fontes, mais dont les rênes et le mors étaient sales. Quoiqu’en général ses vêtements fussent usagés, l’ensemble était celui d’une personne soigneuse et ordonnée. Il se tient fortement incliné en avant sur son cheval.  Celui-ci s’étant mis à ruer, Napoléon, le maîtrisa nerveusement. Durant les vingt-deux minutes que dura notre conversation, il ne prisa qu’une seule fois, dans une petite tabatière noire ornée de trois camées. Ses mains sont d’une blancheur remarquable, les doigts sont petits et minces. Ses cheveux sont noirs et pendant en longues mèches sur le sol de son vêtement, tout en gardant un aspect très propre. Les yeux sont bleus et petits, les sourcils noirs et plutôt épais, le nez et la bouche élégamment dessinés et dimensions moyennes, le menton n’est pas trop prononcé. L’ensemble du visage, pâle, légèrement jaunâtre, est assez empâté. Le front d’avance, anguleux et puissant.  L’Empereur parle vite et presque sans pause, d’une voix profonde et un peu saccadée. Durant tout notre entretien, la physionomie de Napoléon ne cessa de s’éclairer d’un demi-sourire et de refléter un parfait contentement. Ses yeux sont remarquablement vifs et expressifs ; ses regards et sa voix inspirent le respect et ses manières indiquent un grand talent, mais son sourire met à l’aise ses auditeurs et leur donne confiance. Néanmoins mes compagnons furent unanimes à penser qu’il avait plutôt l’air d’un prêtre habile et rusé que d’un héros. Sa personne n’a sûrement rien d’héroïque. »

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
|