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( 31 décembre, 2018 )

La CAMPAGNE D’ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (II).

ombre1.jpgSuite de la relation de Vionnet de Maringoné. 

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Le 20 mai, bataille de Bautzen, le canon se fit entendre vers neuf heures du matin accompagné bien vite d’une fusillade très vive. La division se mit en marche se dirigeant vers la gauche de la ville. L’Empereur, sur un mamelon, était entouré par la Vieille Garde qui formait un carré. La Jeune Garde sur la droite de ce mamelon et un peu en avant était placée en colonnes serrées de division,  par bataillon en  masse. A peine fut-on placé qu’une pluie violente se mit à tomber empêchant l’action de s’engager. Quand elle eut cessé, le feu s’engagea sur toute la ligne. Toutes les masses se dirigèrent sur la gauche vers un mamelon  [de Klein-Bautzen, entre Würtzen et Bautzen] où l’ennemi paraissait avoir concentré ses forces. Nous en étions éparés par un ravin profond et escarpé, bordé de rochers. Nous y marchâmes néanmoins essuyant un feu des plus violents. Nous allions au pas de charge sans grand ordre. Le 2ème bataillon du  régiment arriva le premier sur cette montagne et se forma immédiatement en colonne serrée par division. Le 1er bataillon se plaça à droite du second. Lorsque toute la division fut ralliée notre brigade se mit en marche vers un autre mamelon [celui de Kreckivitz] plus à gauche et dominant la Sprée. En y arrivant nous nous formâmes en carrée avec l’artillerie aux angles. Ce fut pendant ce mouvement que le général Lanusse ayant fait une chute qui ne lui permettait plus de commander je me remplaçai pendant le restant de la journée. Elle fut d’ailleurs bien vite terminée par la prise de la position de seconde ligne ennemie. Notre perte fut peu considérable. Le régiment eut deux hommes tués et quelques blessés. L’armée resta sur ses positions manquant de tout.

Le 21 mai, bataille de Wurschen. Cette bataille fut une des plus importantes de cette campagne. Elle eut pu amener la paix si l’Empereur avait plus juste  dans ses demandes et moins obstiné dans ses prétentions.

A la prise d’armes, la Jeune Garde fut formée en deux divisions dont les commandements furent confiés aux généraux Dumoustier et Barrois. Le premier commandait les Fusiliers et les voltigeurs et le second les Tirailleurs. Mon régiment fit partie de la brigade commandée par le général de Rottembourg. Au premier coup de canon nous nous mîmes en carré pour marcher sur un village dont j’ignore le nom mais loin de plus de milles toises. Le mauvais chemin et des marais forcèrent à rompre le carré et à former les troupes en colonne serrée par division. On nous plaça près de l’artillerie, à une portée de fusil des redoutes russes, qui pendant six heures firent pleuvoir sur nous  mitrailles et boulets, nous tuant et blessant beaucoup de monde. L’Empereur ayant emporté à notre droite des pièces de 12, ce fut encore pis ; nous fûmes alors couvertes de feu, de boulets et de mitraille. L’horizon semblait enflammé et la terre tremblait sous nos pieds. Des files entières tombaient, le nombre des blessés était effrayant et pourtant aucun soldat ne quittait son rang pour les emporter. Ceux qui ne pouvaient aller se faire panser restaient au milieu du carré et beaucoup furent tués par un second coup où entre les mains des chirurgiens qui leur donnaient les premiers soins ; Bientôt nous aperçûmes notre aile gauche faire un mouvement rétrograde, abandonnant une redoute dont elle s’était emparée. Nous croyions la bataille perdue. A ce moment , l’Empereur dit : « la bataille est gagnée ! » Ceux qui l’entendirent crurent à une mauvaise plaisanterie, mais bientôt l’on vit combien son coup d’œil était juste et pénétrant.

Le général Barrois reçut l’ordre suivant :

« L’Empereur ordonne à la division Barrois de s’emparer des redoutes qui sont en face d’elle. »

Le premier régiment fut formé en colonne serrée par division et le second ne carré à cinquante pas du premier. On donna comme point de direction l’angle saillant de la première redoute ; Vingt-quatre pièces de canon placées à notre droite et à notre gauche suivaient le mouvement. Plus de cinquante autres placées dans différentes positions sur les côtés les secondaient de leur feu continu. Nous partîmes au pas de charge, mais l’ennemi s’empressa de fuir abandonnant ses canons et de nombreux blessés. 

L’Empereur se  porta de suite à l’auberge de Klein-Bauschlitz, fit prendre position à la division et envoya mon régiment s’emparer d’une position où l’ennemi semblait vouloir s’établir. Quelques tirailleurs qui précédaient la colonne suffirent à les déloger. Je plaçai mon régiment sur deux lignes avec quelques hussards en arrière et un poste en avant pour me prévenir des mouvements de l’ennemi. L’Empereur vint nous visiter et loua beaucoup la position que j’avais fait prendre à mes troupes. Le régiment avait perdu soixante-neuf hommes dans cette journée qui fut un des plus glorieuses pour les armées françaises. Le 22 au matin, je reçus l’ordre de me porter sur la route pour rejoindre la division qui suivait la direction de Görlitz où l’ennemi paraissait s’être retiré. L’avant-garde tirailla pendant quelques heures et quelques boulets tombèrent près de nous, sans nous causer aucun mal. Le 23, le régiment bivouaqua entre Reichenbach et Görlitz près de l’endroit où fut tué le grand-maréchal [du Palais], Duroc. Les deux divisions de la Jeune Garde étaient réunies et campées sur une même ligne dans l’ordre suivant :

Le premier régiment en bataille, le deuxième en carré, le troisième en bataille, le quatrième en carré et ainsi de suite jusqu’à la gauche. Quoique le camp fut sur une hauteur assez élevée, le front de bandière et le terrain en avant étaient très unis et formaient une vaste plaine. Le 24, la division traversa Görlitz.

Le 25, elle se rendit à Waldau et le régiment fut détaché à Bochdorf.

Le 26, la Garde fit une halte de quelques heures en avant de Buntzlau pour attendre que l’armée eut passé la petite rivière de Queis. Le régiment fut ensuite détaché à Tomaswalde.

Le 27, l’armée arriva devant Liegnitz, capitale de la Basse-Silésie. J’y reçus plusieurs décorations d’officiers et de chevaliers de la Légion d’honneur accordées par Sa Majesté, comme témoignage de sa satisfaction sur la conduite du régiment pendant cette campagne.

Le 28, nous restâmes dans cette position et l’on entendit parler d’armistice.

Le 29, les deux divisions de Jeune Garde bivouaquèrent en arrière de Neumark.

Le 30, elles  traversèrent la ville et campèrent en avant. Là nous reçûmes la nouvelle officielle de l’armistice.

Le 31 mai, on donna l’ordre d’établir  un camp comme ceux de Schönbrunn et de Finkenstein. L’établissement d’un camp est la ruine d’un pays à quatre ou cinq lieues à la ronde. Le notre fut achevé en quatre jours mais ne fut d’aucune utilité puisque nous y restâmes que jusqu’au 6 juin. Ce fut la cause de beaucoup de pillage et la destruction de plus de cinq cents maisons. Le 6 juin, le régiment se mit en marche et fut couché à  Parchwitz. Le 7, à Lübben, petite ville très gentille; je fus logé sur la place dans une maison où il y avait trois demoiselles très aimables.

Le 8, nous arrivâmes à Polkewitz, on nous distribua nos cantonnements. Ceux de mon régiment étaient situés dans les environs de Glogau. Je m’établis avec mon état-major à Klein-Obisch. Ce petit village de pauvre apparence possède un château appartenant au prince Auguste de Prusse, mais qui ressemble beaucoup plus à une ferme qu’à un palais. Le régisseur nous traitait fort mal, nous donnant à peine de quoi manger et trois bouteilles de vin pour douze. Cet homme flegmatique mettait un temps infini à couper le rôti et à nous servir, aussi malgré la mesquinerie de nos repas restions-nous au moins deux heures à table, et je pouvais m’estimer heureux, les autres colonels étant beaucoup plus mal partages que moi. »

A suivre…

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Général Vionnet de Maringoné, « Mes Campagnes. Russie et Saxe (1812-1813) », A la Librairie des Deux Empires, 2003, pp.74-79.

 

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