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( 31 janvier, 2019 )

Une lettre inédite de Guillaume Peyrusse, Trésorier de la Couronne durant les Cent-Jours.

G. PEYRUSSE. Lettre écrite à la suite de l'abdication de Napoléon.

Ce document a été écrit par Peyrusse le 26 juin 1815, huit jours après la défaite de la bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ». Nous ne savons pas à qui elle s’adresse exactement. Est-ce au ministre de la Guerre ? A  notre connaissance, ce document, lequel se trouve actuellement dans un fonds d’archives privé, n’a jamais été publié.  En voici le contenu:

« Monseigneur, 

Je suis instruit que plusieurs généraux veulent demander des gratifications à l’Empereur et que S. M. [Sa Majesté] veut vous en parler; je crois devoir faire observer à Votre Excellence que les fonds du Trésor s’épuisent et que les fournisseurs doivent passer avant tout.

Je supplie votre Excellence de prendre ma demande en considération. 

Le Trésorier. 

PEYRUSSE

Paris, ce 26 juin 1815. »

G.Peyrusse

Miniature représentant G. Peyrusse. (Musée de Carcassonne).

Ce portrait daterait des années 1820.

Il a été redécouvert récemment dans les réserves du Musée.

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

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( 31 janvier, 2019 )

Jomini…

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Le général Antoine de Jomini (1779-1869), d’origine suisse, nommé chef d’état-major de Ney après la paix de Tilsitt, il participe à la campagne d’Espagne. Il connaîtra sur place une grave mésentente avec l’entourage du maréchal. Offensé, Jomini demande son congé et quitte l’armée. Rentré en Suisse il démissionne et offre ses services à l’empereur de Russie. Rappelé par Napoléon, il est nommé général de brigade. Après avoir participé à la campagne de Russie, il est en Saxe. S’opposant à Berthier qui gèle tout avancement de Jomini, et raye son nom du tableau des avancements. C’en est trop ! Jomini traverse les lignes le 14 août 1813 et passe à l’ennemi. Sur ce personnage intéressant, excellent « prévisionniste » stratégique, lire l’étude de J.-F. Baqué (« L’homme qui devinait Napoléon. Jomini », Perrin, 1994).

La photographie ci-dessus le représente vers la fin de sa vie.

C.B.

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( 31 janvier, 2019 )

31 janvier 1814…

Ombre 2

Brienne le 31 janvier 1814.

Je n’ai pas de lettres de toi depuis fort longtemps, mon cher André. Tu as dû, autant que je l’ai été moi-même, être contrarié de mon brusque départ. Nous avons trouvé l’ennemi à Saint-Dizier. Nous l’en avons chassé. Il a été contrarié dans sa retraite à cause de la rupture de plusieurs ponts, ce qui l’a forcé de se jeter dans des marais et forêts, où il a laissé quelques canons. La présence de Sa Majesté a électrisé les paysans qui, armés de toutes pièces, on ramassé beaucoup de fuyards. L’ennemi occupait deux lieues de pays en avant de Brienne dans la traverse. Nous sommes arrivés sous Brienne le 29. La fusillade et la canonnade se sont engagées à neuf heures. L’ennemi a présenté de trente à trente cinq milles hommes. C’était un corps qui s’était concentré dans cet embranchement et qui était destiné pour Troyes. Apprenant notre arrivée il avait occupé une belle position. On s’est rendu maître du château. On s’y est maintenu malgré les attaques vives de l’ennemi qu’on a enfin forcé d’évacuer la ville après lui avoir fait des prisonniers. Il a couvert la retraite par un beau corps de cavalerie qu’on a un peu poussé par vingt-quatre pièces d’artillerie légère.

Sa Majesté paraît fort contente de ce début qui dégage Troyes et nous met en communication avec le duc de Trévise [maréchal Mortier].

Ce début est d’un heureux augure. L’ennemi se retire sur Bar-sur-Aube. S’il veut se retirer, tant mieux ; mais s’il résiste, nous avons encore plus de baïonnettes qu’il n’en faut pour l’y forcer […]

Guillaume.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, 1894, pp.181-182). Peyrusse occupait alors les fonction de Payeur de l’Empereur.

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( 31 janvier, 2019 )

Une colère de Napoléon (1814)…

Une colère de Napoléon (1814)... dans TEMOIGNAGES NNN-219x300Le général Guyot menait dans la campagne de 1814 la 2ème division de cavalerie de  la Garde Vers la fin de la journée de Montmirail, il ordonna à Mancel, capitaine de la 6ème compagnie de l’artillerie à cheval de la Garde, de rester en position jusqu’à la nuit, puis de la rejoindre en un endroit qu’il désigna. Mancel, en rejoignant Guyot, traversa un bois où il fut assailli par un parti de cavalerie ; il put reculer et sauver son artillerie ; mais deux canons, en faisant demi-tour, versèrent dans un fossé. Lorsque l’Empereur apprit cette nouvelle par Drouot, il entra dans une épouvantable colère ; il fit venir Guyot qu’il rendait responsable de l’événement, et auprès d’un feu de bivouac, sur la route de Montmirail à La Ferté-sous-Jouarre, le 15 février, au matin, lui cria, lui jeta par saccades et comme par convulsions les phrases qui suivent. 

A .CHUQUET 

C’est donc vous qui faites prendre mon artillerie ! Sacré nom de Dieu ! Vous mériteriez d’être destitué ! Laisser prendre l’artillerie de ma Garde ! C’est votre faute ! Lui aviez-vous donné des guides, une escorte ? Vous vous êtes contenté de lui donner un simple ordre verbal ; voilà le lieutenant de cette compagnie qui l’affirme. Foute ! Laisser prendre mon artillerie, de braves gens ! Je destituerai le premier de mes généraux qui laissera prendre une seule pièce ! On l’abandonne, cette brave artillerie ; on la laisse sans escorte ; et c’est à vous que cela arrive, vous qui me devez tout ce que j’ai fait ce que vous êtes ! C’est encore vous qui avez causé la perte de la bataille de Brienne-si toutefois je l’ai perdue. Vous avez abandonné l’artillerie du brave Marin et l’avez laissé prendre ! J’aurais mieux aimé perdre mon bras gauche que cette artillerie ! Vous commandez la division de grosse cavalerie de  la Vieille Garde qui, jour et nuit, devrait m’entourer. Eh bien ! Je ne la trouve jamais quand j’en ai besoin. J’envoie un officier d’ordonnance la chercher ; on me répond : « Elle mange ! ». « Elle mange ! », et moi, pendant ce temps, je suis aux avant-postes. L’autre jour, elle mange pendant que je me trouve à Champaubert entouré de cosaques. C’est ce pauvre maréchal Lefebvre qui se voit obligé d’aller en éclaireur devant moi et, cependant, la cavalerie de la Vieille Garde est spécialement chargée de ma sûreté, elle en répond à la France entière ! Foutre ! Vous ne commanderez plus ma cavalerie. Général Nansouty, c’est le général Exelmans qui commandera ma grosse cavalerie de la Vieille Garde ; allez le faire reconnaître en cette qualité ! 

Mais Guyot rentra bientôt en grâce ; il se tut et il resta ; il plaignait Napoléon plus que lui-même, et Napoléon, comprenant, admirant cette résignation, lui donna une compensation ; Guyot reçut le commandement des quatre escadrons de service près de la personne de l’Empereur. 

A.C.   

Article publié dans l’étude d’Arthur Chuquet : « L’année 1814… », (Paris, Fontemoing, 1914).

                                                                                             

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( 30 janvier, 2019 )

D’Orcha à la Bérézina…

D'Orcha à la Bérézina... dans HORS-SERIE campagnerussie1

Le général hollandais de Dedem de Gelder, retrace dans ses « Mémoires » son parcours à ce moment précis de la campagne de Russie.

« Ce fut à Orcha que le maréchal Ney rejoignit l’armée après des manœuvres savantes et une intrépidité sans exemple ; Le Vice-roi avait été à sa rencontre et eut part à la gloire de ce beau mouvement militaire. Mais, à partir de ce moment, le désordre alla en augmentant, et vainement l’Empereur fit proclamer au son du tambour et sous les menaces les plus sévères que chacun eût à rejoindre son corps. Nous marchâmes vers Kokanow le 20 ; le 21 vers Toloczin par une route en ligne droite bordée d’arbres et fort belle en d’autres temps, mais offrant maintenant les scènes les plus affreuses. En entrant à Bobr, le 22, je rencontrai un parc d’artillerie hollandaise et les équipages du lieutenant général Daendels, ce qui me confirma l’avis, à nous donné, que le 9ème corps s’était enfin approché de nous. Pour le reste, les nouvelles furent rien moins que rassurantes, car nous apprîmes au Borisov était occupé par l’ennemi. Etant allé prendre les ordres du major général [Maréchal Berthier, prince de Neufchâtel], je l’entendis répondre à  un officier qui lui avait dit à l’oreille je ne sais quoi : « Nous sommes donc coupés de tous côtés.  » Enfin il ne me resta plus de doute sur notre position lorsque je vis, le soir, le comte Daru brûler les papiers de l’Empereur, mêmes les traités les plus secrets. Son secrétaire, lui en montrant un dans une belle boîte de vermeil, lui dit : «  Il n’en existe point de copie à Paris. » Le ministre répondit : « C’est égal, brûlez. » Au souper, j’en parlai au comte Daru, qui me dit en confidence : « La journée de demain décidera de notre sort ; peut-être ne reverrai-je jamais ni la France, ni ma femme, ni mes enfants ; cette idée est cruelle… Le lendemain, en nous approchant de Borisov, je vous l’Empereur dicter dans sa voiture un ordre au prince de Neufchâtel avec le plus grand sang-froid, quoiqu’il eût l’air soucieux, et j’avoue que je l’admirai. On s’était arrêté, on avait fait un feu de bois de sapin qui brûlait fort mal. Napoléon ordonna au général Krasinski d’envoyer un Polonais avec un paysan pour sonder un gué à un quart de lieue vers la droite ; ces hommes n’étant pas revenus aussi vite que Sa Majesté l’aurait voulu, Elle ordonna : « A cheval ! » Et nous avançâmes vers la ville. Le Polonais avait ordre de sonder le passage et de tirer un coup de pistolet s’il le trouvait praticable mais il tomba à l’eau, et ses pistolets furent mouillés, ce qui l’empêcha d’exécuter l’ordre. L’Empereur était sorti de sa voiture et causait avec nous comme si de rien n’était. D’où nous étions, on distinguait la position qu’occupaient les Russes au-delà du pont et d’où ils nous dominaient. On se logea dans le faubourg ; les Russes auraient pu nous y chauffer, mais la nuit fut tranquille. A huit heures, l’Empereur, partit pour aller se loger dans un petit château près de Studianka, où il fit travailler toute la nuit aux ponts, à l’endroit même où Charles XII avait passé la Bérézina en entrant en Russie.

Dans les combats qui eurent lieu sur les bords de la rivière, le duc de Reggio [Maréchal Oudinot], les généraux Legrand, Dombrowski et Girard furent blessés ; le jeune comte de Noailles fut tué ; mais leur sans coula en combattant pour l’honneur des armes et pour sauver des milliers de victimes. Combien plus malheureux furent ces guerriers sans nombre qui périrent dans les flots ou écrasés sous les pieds des chevaux et les roues  des voitures Le souvenir en est horrible, et je n’oublierai jamais ce spectacle affreux. Dans le désordre, qui fut inexprimable, le prince de Neufchâtel fit repasser une division d’infanterie, qui avait déjà passé les ponts ; ce faux mouvement perdit un temps précieux. Pour moi, je fus en ce jour plus heureux que sage ; j’étais passé un des premiers, croyant trouver l’Empereur à l’autre bord, et je voulus, avant de me mettre en route pour Wilna, lui demander ses ordres. Depuis Smolensk j’avais par écrit celui de me rendre dans cette dernière ville. On m’apprit que l’empereur était encore sur la rive fatale ; je repassai le pont, mais un officier général de ma connaissance, étonné de me voir revenir, m’en demanda la cause ; quand je la lui eus expliquée, il me dit : « Vous êtes bien fou de vous occuper de lui ; si j’étais de l’autre côté, je ne repasserai pas, m’en donnât-il l’ordre par écrit. » Je réfléchis, et je suivis un conseil aussi salutaire. Le passage devenait de plus en plus difficile, et c’est dans cette contremarche que je perdis mon petit canonnier féminin [sic], qui ne m’avait pas quitté.

Aussitôt que j’eus regagné la route du salut, je filai vers Zembin, où je passai la nuit chez un juif, qui me fit payer fort cher un souper abominable dont je le trouvai plus mal que bien. Je me trouvai plus mal que bien. Je ne reviens pas encore de la surprise que j’eus en traversant les ponts d’une longueur étonnante sur lesquels passe la grande route de Zembin à Molodeczno. Les Russes ne les avaient point brûlés !!

Il aurait suffi de les détruire pour enfermer l’armée française avec son chef dans une véritable souricière ; car il ne serait resté aucune possibilité de franchir les marais et le bras de la Bérézina qui coupe la route. Les cosaques étaient venus le matin à Zembin, mais les généraux russes ne se doutèrent pas que Napoléon prendrait ce chemin, ce qui ne prouve pas en faveur de leur sagacité. Ils auraient pu se douter que nous chercherions à éviter Minsk, dont ils étaient maîtres. » 
 
(« Un général hollandais sous le Premier Empire. Mémoires du général baron de DEDEM de GELDER (1774-1825) », Plon, 1900, pp.286-289). En 1812, cet officier commandait une brigade sous les ordres du maréchal Davout. Plus tard, lors de la retraite, il se trouve à l’avant-garde sous les ordres de Murat.

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( 29 janvier, 2019 )

Grouchy…

Grouchy.

Un nom indéniablement lié à la défaite de Waterloo !  Avant la journée historique du 18 juin 1815, Emmanuel marquis de Grouchy, né en 1766,  a eu une longue carrière militaire au plus haut niveau. Entré au service en 1780, comme élève à l’École d’artillerie de Strasbourg, il est nommé six ans plus tard sous-lieutenant dans la Compagnie écossaise des gardes du corps, ce qui lui donne rang de lieutenant-colonel de cavalerie. Réformé en 1787, il reprend du service en 1791. En 1792, Grouchy est colonel du 6ème régiment de hussards. Maréchal de camp, il commande la cavalerie de l’armée des Alpes et participe à la répression de l’insurrection vendéenne. Devenu général de division et chef d’état-major de Hoche il refuse une affectation à l’armée d’Italie en 1796. Commandant le corps de l’armée dirigée par Hoche et  engagé lors de l’expédition en Irlande (afin de prêter main forte aux Irlandais face au Anglais), il fait preuve d’indécision, attendant l’arrivée de la seconde partie de la flotte qui avait séparée par une tempête. On le retrouve en Italie en 1798. Blessé très grièvement lors de la bataille de Novi, Grouchy est fait prisonnier puis libéré après un an de captivité. Il est affecté en 1800 à l’armée du Rhin, sous le général Moreau. Avec l’avènement de l’Empire, il est doté de grands commandements : 2ème division du corps de Marmont en 1805 ; 2ème division de dragons sous Murat en 1806. Présent à Eylau, où il charge de façon héroïque. Il combat  à Friedland.  Grouchy effectue un court séjour à l’armée d’Espagne en 1808, il déploie une grande énergie dans la répression de l’insurrection du 2 mai. En 1809, il est à la tête de la 1ère division de dragons de l’armée d’Italie. Présent à la bataille de La Piave, on le retrouve à Wagram .Durant la campagne de Russie, il dirige le 3ème corps de cavalerie et se bat à Borodino (La Moskowa), à Maloïaroslavets. Fin 1813, il écrit à Napoléon afin de reprendre du service, devant la France menacée d’invasion. L’Empereur le nomme commandant en chef de la cavalerie de la Grande armée. Grouchy se bat avec courage à Saint-Dizier, à Brienne, à La Rothière, à Troyes, à Vauchamps, enfin à Craonne, où grièvement blessé, il doit quitter l’armée. Rallié à Louis XVIII, il est nommé inspecteur général de cavalerie et décoré de la croix de l’ordre de Saint-Louis. Après le retour de Napoléon, il s’oppose dans le sud-est à l’armée du duc d’Angoulême (fils du comte d’Artois, futur Charles X) et accède à la dignité de maréchal. Il participe à la campagne de Belgique. Commandant l’aile droite de l’armée française, , Napoléon le charge, après la bataille de Ligny, de rejeter et de poursuivre avec 30 000 hommes, 100 000 Prussiens. Une mission quasi-impossible. Il ne réussit à retenir que les 25 000 hommes de Thielmann pendant que les autres divisions parviennent à déboucher sur le champ de bataille de Waterloo… Grouchy sauve néanmoins une partie de l’armée française en organisant son repli en bon ordre en direction de Namur et dans des conditions difficiles. Il parviendra à Reims sans avoir connu aucune perte. Après la chute de l’Empire, il doit quitter la France et s’embarque pour les États-Unis. Grouchy en retrouve son pays qu’en 1821. Il s’éteint en 1847.

Son attitude durant la journée du 18 juin 1815 a été longuement et vivement discutée. Refusant de marcher au canon comme le lui indiquait le général Gérard, Grouchy fit preuve d’une passivité incompréhensible, malgré l’envoi d’un message de Napoléon lui ordonnant de se rapprocher du dispositif français. Napoléon déclara à Sainte-Hélène : « … sur ma droite, les manœuvres inouïes de Grouchy, au lieu de me garantir une victoire certaine, ont consommé ma perte et précipité la France dans le gouffre ».

C.B.

 

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( 29 janvier, 2019 )

Méconnu baron de Mesgrigny !

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Adrien-Charles-Marie de Mesgrigny, comte de Briel, baron d’Empire, chevalier de Malte et officier de la  Légion d’honneur, naquit à Troyes, le 4 juin 1778, s’engagea à 16 ans, devint assez rapidement officier, aide de camp d’Augereau, écuyer de l’Empereur. Au baron de Mesgrigny fut confiée la mission d’annoncer à l’empereur d’Autriche, la grossesse de l’impératrice Marie-Louise. C’est en qualité d’écuyer qu’il fit les campagnes de 1812, 1813, 1814, et accompagna l’Empereur jusqu’à son départ de Fontainebleau. La ville de Troyes doit aux instances du baron de Mesgrigny de n’avoir pas été bombardée en 1814. Le 23 février de cette même année, alors que les Français allaient investir la place, le prince de Wrède demandait un armistice pour la nuit, promettant d’évacuer la ville et de la rendre au petit jour ; qu’autrement, il l’incendierait avant de la quitter. Une supplique du maire, M. Piot de Courcelles, qui conjurait d’épargner Troyes des horreurs d’un bombardement, était jointe à la lettre du général allemand. L’Empereur, par sentiment d’humanité et aussi par condescendance pour son écuyer, Adrien de Mesgrigny, qui avait à cœur de sauver sa ville natale, voulut bien céder, et injonction fut donnée au prince de Wrède d’abandonner la place. 

Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon fit au baron de Mesgrigny l’honneur de le rappeler auprès de sa personne, faveur d’autant plus grande que, sur dix-huit écuyers qui existaient avant son départ, il n’en nomma que quatre. Le baron de Mesgrigny comme écuyer commandant. Après la bataille de Waterloo, il ramena l’Empereur à L’Élysée-Napoléon, le conduisit ensuite, non sans peine, à la Malmaison, et ne le quitta qu’à son départ de Fontainebleau. Rayé en 1815, du tableau des officiers en activité ; renvoyé ensuite du Conseil général du département de l’Aube, il fut encore destitué de la place de maire de la commune de Briel (Aube). Nommé député de l’Aube en 1834, puis inspecteur général des Haras, il remplit ces fonctions jusqu’à la Révolution de Février.  Le baron de Mesgrigny mourut le 8 mai 1849. Il avait épousé Marie-Antoinette-Éléonore de Barthelot de Rambuteau qui, jusqu’en 1814, fut sous-gouvernante du Roi de Rome. La baronne de Mesgrigny était petite-fille du comte de Narbonne, dernier ministre de la guerre de Louis XVI, ambassadeur à Vienne en 1813, et sœur du comte de Rambuteau, chambellan de l’Empereur, préfet du Simplon en 1813, de la Loire en 1814 et de la Seine de 1833 au 24 février 1849.  

                                                             

Article paru en 1910 dans le « Carnet de la Sabretache », avec la mention : « Communication de Mme ALLART de MESGRIGNY, sa petite-fille » . 

 

 

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( 29 janvier, 2019 )

La maréchale Lannes écrit un mot au futur Stendhal…

Prud'hon_-_Louise_Antoinette_Scholastique_Guéheneuc_(1782-1856)

« La Duchesse de Montebello a l’heur de prévenir Monsieur de Beyle qu’il sera présenté à  S.M. l’Impératrice dimanche prochain 16 décembre au Palais des Tuileries après la Messe, s’il a été présenté avant à S.M. l’Empereur.

La Duchesse de Montebello prie Monsieur de Beyle de recevoir l’assurance de ses sentiments distingués.

La Maréchale duchesse DE MONTEBELLO.

 

Paris, ce 15 décembre 1810. »

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On remarque l’usage de la particule dans le nom de famille de Beyle ce qui n’est pas justifié !

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Note d’Henri Martineau. « Ayant été nommé auditeur au Conseil d’Etat, le 1er août 1810 et, le 22 août, attaché l’Intendant général de la maison de l’Empereur pour l’inspection du Garde-Meuble, Henri Beyle dut être présenté à LL.MM.- La duchesse de Montebello, dame d’honneur de l’Impératrice Marie-Louise, eut donc à le convoquer dans les formes prescrites et le fit par une lettre autographe que l’Inspecteur du Mobilier rangea précieusement dans ses papiers. »

(« Cent soixante-quatorze lettres à Stendhal (1810-1842). I. Recueillies et annotées par Henri Marineau », Le Divan, 1947, p.5).

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( 28 janvier, 2019 )

Le général Travers

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Le général de brigade Etienne-Jacques Travers demandant à Napoléon le 30 mars 1815 de l’activité dans la cavalerie, exposait ainsi ce qu’il avait fait en 1814.

Arthur CHUQUET.

Général de brigade depuis 1807, j’ai organisé et commandé la brigade des lanciers du grand-duché de Berg en 1813.

En janvier 1814, j’ai commandé par ordre de M. le général en chef Maison le département de l’Escaut au moment où Gand était en insurrection. En février, j’ai été nommé commandant supérieur de la place de Condé, place qui a été la dernière à arborer la cocarde blanche et qui est restée fidèle jusqu’au dernier moment, malgré tous les moyens de corruption qu’ont employés les ennemis de Votre Majesté qui ont offert 500.000 francs dans les moments les plus critiques pour leur livrer la place, et, en dernier lieu, 100.000 francs pour faire seulement arborer le drapeau blanc et prendre la cocarde blanche.

J’ai fait arrêter à Valenciennes (où j’ai commandé par intérim la 3ème division de l’armée du nord jusqu’au 20 juin, époque de la dissolution), 14 bateaux chargés de munitions et effets précieux provenant des arsenaux de La Fère, appartenant aux Prussiens.

A la dissolution de l’armée du Nord, j’ai été mis à la non-activité jusqu’au 1er janvier 1815, date à laquelle j’ai été nommé adjoint aux inspecteurs généraux de cavalerie ?

Le 28 décembre 1814, Maison, gouverneur de la 1ère division militaire, demandant pour Travers le commandement de Condé avait ainsi loué le général :

Je ne puis trop me louer des services signalés que le général Travers a rendus dans ces circonstance difficiles où il a été obligé de tout créer, pour mettre Condé qui se trouvait dans un délabrement complet, en état de défense. Son zèle infatigable a suppléé à tout, et en peu de temps, avec quelques centaines d’hommes et la garde nationale, il est parvenu à se rendre tellement redoutable que l’ennemi était obligé d’avoir devant lui des forces considérables pour résister à ses fréquentes sorties. La manière honorable dont il  s’est conduit, lui a acquis l’estime générale, et les habitants reverraient avec plaisir au commandement de leur ville un officier qui a su si bien les préserver.

 (Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.372-373).

 

 

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( 28 janvier, 2019 )

Benjamin Constant…

Benjamin Constant

« Suisse à la Jean-Jacques [Rousseau], coureur d’aventures galantes,  passant à l’amour orageux avec Mme de Staël au culte platonique avec Mme Récamier, transformant en épanchements littéraires les phases de sa vie intime, cœur et esprit mobiles, imprégné du scepticisme et de l’incrédulité du dix-huitième siècle ; c’est le type de l’incohérence. Ses variations politiques lui ont valu une place d’honneur dans le dictionnaire des girouettes. Il soutint d’abord le Directoire, puis accepta d’entrer au Tribunat. Ses relations avec Mme de Staël combinées avec des intrigues politiques l’obligèrent à demeurer à l’étranger pendant le temps de l’Empire. Rentré à Paris en 1814, il mène dans les « Débats » une violente campagne royaliste. Rien ne peut donner idée de la fureur avec laquelle il fonça sur l’Empereur, exilé inoffensif pour le moment. Il faut citer quelques phrases qui paraissent incroyables de la part d’un écrivain dont le talent n’était pas sans charme ni délicatesse.  On venait d’apprendre le débarquement de Napoléon à Cannes [Golfe-Juan]. Chacun à Paris pensait que c’était là une aventure de casse-cou, sans lendemain.

Benjamin Constant écrit :

« Nous subirons sous Bonaparte un gouvernement de mamelucks. C’est Attila, c’est Gengis-Khan, plus terrible et plus odieux. Il prépare les ressources de la civilisation pour régulariser le massacre et pour administrer le pillage. Une année du règne de Louis XVIII n’a pas fait répandre autant de larmes qu’un seul jour du règne de Bonaparte. Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre, couvrir l’infamie par le sophisme et balbutier des mots profanes pour racheter une vie honteuse. »

Cet article parut dans les « Débats » le 19 mars 1815. Le lendemain, Napoléon entrait aux Tuileries. Trois semaines plus tard, en avril, le « misérable transfuge » acceptait de l’Empereur une place de conseiller d’État. A cette absence de principes, Benjamin Constant ne joignait pas le courage. Quand il vit Napoléon à Paris, il se crut perdu. Il ne songea qu’à en finir avec la vie. Il se réfugia chez un ami et, déjà, il commença ses apprêts, certain qu’il ne ferait que devancer de quelques heures le châtiment. Une dépêche le mande aux tuileries, raconte Edgar Quinet. Il obéit, non sans crainte. Napoléon le reçoit d’un air riant. C’est à lui qu’il veut parler de liberté et de constitution ; c’est à  lui qu’il veut s’ouvrir.

« Et sachant qu’il s’adresse à un écrivain, c’est la liberté de la presse qu’il invoque. Il est pleinement converti sur ce point. L’interdire serait un acte de folie. Qu’au reste, Benjamin constant, lui apporte ses idées, ses vues ; il est  prêt à accepter ce qui est possible. Tout cela entremêlé de caresses et de sourires, comme en ont les maîtres du monde. Ces discours ne durèrent pas moins de deux heures. »

Benjamin constant se laissa facilement enguirlander. Pendant les quelques jours où Napoléon parut assuré sur le trône, il garda l’attitude du parfait courtisan. C’était, de part et d’autre, une comédie. Chacun savait qu’il reprendrait sa liberté et agirait selon sa vraie nature, dès que le spectacle aurait pris fin ; tout le monde, sauf peut-être Napoléon, savait qu’il serait de courte durée ! 

(A. PERIVIER, « Napoléon journaliste », Plon, 1918, pp.331-333.)

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Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830) a laissé des « Mémoires sur les Cent-Jours » (Pauvert, 1961), non dépourvus d’intérêt.

 

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( 27 janvier, 2019 )

A propos de Jean Sari.

A propos de Jean Sari. dans FIGURES D'EMPIRE ombre1

Jean Sari (1792-1863). Aspirant de marine en 1814, Sari refuse de se rallier à la Première Restauration et gagne l’île d’Elbe. Napoléon le reçoit avec empressement. Il est nommé enseigne en second de l’Inconstant le 9 juillet 1814. Ayant fait preuve d’audace au cours du premier voyage que fit l’Empereur à l’île de la Pianosa, c’est lui qui tient la barre de l’Inconstant dans la nuit 26 février 1815. Sari devient commandant de ce même navire le 27 mai 1815. Rayé des cadres de la marine en juillet 1815, il est obligé de quitterla France. En 1818, Sari est envoyé par Madame Mère au service de Joseph Bonaparte, au États-Unis. Il sera à son service durant quinze ans. Il devient son intendant et effectue pour son compte plusieurs missions en Europe. Sari sera en relation avec le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, dans ses menées bonapartistes.

C.B.

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( 27 janvier, 2019 )

Les derniers jours de la campagne de 1814…

Meissonier 1814

Voici un extrait du témoignage de G. Peyrusse, Il porte sur les derniers jours de la campagne de 1814…

« 31 mars. Sous la protection des chasseurs à cheval dela Garde, le service de Sa Majesté part dans la nuit pour se rendre à marche forcées à Fontainebleau. On y arrive tard. Sa Majesté s’y trouvait depuis dix heures du matin. Parvenu le 30 à dix heures du soir à Fromenteau, l’Empereur avait appris [par le général Belliard] que le 29 au soir les ennemis sont arrivés sous les murs de Paris ; que leur présence a été le signal du départ de l’Impératrice et du Roi de Rome, et qu’après une vive résistance, le Roi Joseph, ayant reconnu qu’on ne pouvait ni tenir, ni différer de capituler, en avait donné l’autorisation au duc de Raguse [maréchal Marmont]. Paris est au pouvoir de l’ennemi depuis le 30 au soir, et il n’est plus permis à l’Empereur d’intervenir dans le traité. Les souverains entreront le lendemain.

1er avril.  L’Empereur annonce à l’armée l’occupation de Paris.

2 avril. L’avant-garde du prince de La Moskowa [Maréchal Ney] arrive à Fontainebleau ; elle est suivie par divers corps qui traversent cette résidence pour se porter en avant. Les souverains alliés ont fait hier ; à dix heures, leur entrée dans Paris ; la cocarde blanche y a été arborée. Le peuple était dansla stupeur. Il y avait absence complète de gouvernement. Les troupes venues de Paris se réunissent à l’armée de Champagne ; cette adjonction la rend imposante. La prise de la capitale a vivement blessé son amour-propre.

3 avril. Le duc de Vicence vient d’arriver ; rien ne transpire ; mais malgré toute la réserve de ce plénipotentiaire, on connaît les événements de Paris. Le Sénat a proclamé la déchéance de Sa Majesté. L’Empereur est sorti à cheval pour visiter les postes ; on s’attend à marcher sur Paris. On parle pour la première fois d’abdication. Ce mot est nouveau,… il étonne… Tout annonce que le quartier-général va être porté plus loin. La parade a eu lieu à midi. On se regarde ; on n’ose soulever le voile des événements qui vont se presser. On déplore le triste résultat de tant d’efforts et le temps perdu à Doulevant. Napoléon est suivi dans ses appartements par les maréchaux et les grands officiers de la maison. Un morne silence règne dans les grands appartements de Fontainebleau ; on se demande ce qu’on deviendra ; tout le monde est oppressé. Je fus un peu distrait de mes pénibles réflexions par la remise qui me fut faite d’un paquet renfermant mon brevet de chevalier de la Légion d’honneur, ou plutôt l’annonce de cette nomination, et la permission de porter le ruban. J’en ressentis une joie inexprimable. Pénétré de la plus vive gratitude, je résolus d’offrir mes services à Sa Majesté, dans quelque position et quelque lieu qu’elle pût se trouver placée. La journée s’écoulait, la conférence durait encore ; mais, à son issue, le bruit se répand que Napoléon vient d’abdiquer et MM. les ducs de Tarente [maréchal Macdonald] et de Vicence, et Son Excellence le prince de La Moskowa se rendent à Paris pour présenter cet acte aux princes alliés.

5 avril. Sa Majesté a déjà, elle-même, parlé de son abdication ; elle a eu lieu en faveur de son fils, sous la régence de sa mère ; un ordre du jour l’annonce à l’armée. Le duc de Raguse, campé en Essonne, a passé aux alliés ; son corps a traversé la ligne des postes ennemis pour se rendre à Versailles ; le colonel Gourgaud, envoyé vers ce maréchal, l’a annoncé à Sa Majesté. Cette défection a porté au cœur de l’Empereur le coup le plus sensible ; elle sera d’une conséquence fâcheuse pour le traité qu’on négocie.

6 avril. L’abdication en faveur de la régente et de son fils n’est plus reçue ; il faut que Napoléon et sa dynastie renoncent au trône. Les souverains l’ont déclaré, et M. le duc de Vicence est chargé de cette mission auprès de l’Empereur. Cette négociation fatigue Sa Majesté ; elle entrevoit des chances moins humiliantes dans une plus longue résistance ; elle peut réunir encore une belle armée ; on peut se replier sur la Loire ou vers l’Italie, « mais l’énergie est épuisée ; on le dit ouvertement ; on en a assez ; on ne pense plus qu’à mettre à l’abri des hasards ce qui reste de tant de peines et de prospérités. C’est à qui trouvera un prétexte pour se rendre à Paris où le gouvernement nouveau accueillie tout ce qui abandonne l’ancien. (Fain, Manuscrit de 1814). L’Empereur, vaincu par la défection qui l’entoure, prend la plume et rédige lui-même la deuxième formule de l’abdication qu’on entend. Les puissances alliées ayant déclaré que l’Empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. »

La campagne de 1814 vient de finir… Paris restera au pouvoir de ses maîtres… Le duc de Vicence est chargé d’aller porter à Paris ce dernier acte de Sa Majesté. »

(Guillaume Peyrusse, « Mémoires, 1809-1815 », Editions AKFG, 2018).

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

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