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( 31 janvier, 2019 )

Une lettre inédite de Guillaume Peyrusse, Trésorier de la Couronne durant les Cent-Jours.

G. PEYRUSSE. Lettre écrite à la suite de l'abdication de Napoléon.

Ce document a été écrit par Peyrusse le 26 juin 1815, huit jours après la défaite de la bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ». Nous ne savons pas à qui elle s’adresse exactement. Est-ce au ministre de la Guerre ? A  notre connaissance, ce document, lequel se trouve actuellement dans un fonds d’archives privé, n’a jamais été publié.  En voici le contenu:

« Monseigneur, 

Je suis instruit que plusieurs généraux veulent demander des gratifications à l’Empereur et que S. M. [Sa Majesté] veut vous en parler; je crois devoir faire observer à Votre Excellence que les fonds du Trésor s’épuisent et que les fournisseurs doivent passer avant tout.

Je supplie votre Excellence de prendre ma demande en considération. 

Le Trésorier. 

PEYRUSSE

Paris, ce 26 juin 1815. »

G.Peyrusse

Miniature représentant G. Peyrusse. (Musée de Carcassonne).

Ce portrait daterait des années 1820.

Il a été redécouvert récemment dans les réserves du Musée.

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

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( 31 janvier, 2019 )

31 janvier 1814…

Ombre 2

Brienne le 31 janvier 1814.

Je n’ai pas de lettres de toi depuis fort longtemps, mon cher André. Tu as dû, autant que je l’ai été moi-même, être contrarié de mon brusque départ. Nous avons trouvé l’ennemi à Saint-Dizier. Nous l’en avons chassé. Il a été contrarié dans sa retraite à cause de la rupture de plusieurs ponts, ce qui l’a forcé de se jeter dans des marais et forêts, où il a laissé quelques canons. La présence de Sa Majesté a électrisé les paysans qui, armés de toutes pièces, on ramassé beaucoup de fuyards. L’ennemi occupait deux lieues de pays en avant de Brienne dans la traverse. Nous sommes arrivés sous Brienne le 29. La fusillade et la canonnade se sont engagées à neuf heures. L’ennemi a présenté de trente à trente cinq milles hommes. C’était un corps qui s’était concentré dans cet embranchement et qui était destiné pour Troyes. Apprenant notre arrivée il avait occupé une belle position. On s’est rendu maître du château. On s’y est maintenu malgré les attaques vives de l’ennemi qu’on a enfin forcé d’évacuer la ville après lui avoir fait des prisonniers. Il a couvert la retraite par un beau corps de cavalerie qu’on a un peu poussé par vingt-quatre pièces d’artillerie légère.

Sa Majesté paraît fort contente de ce début qui dégage Troyes et nous met en communication avec le duc de Trévise [maréchal Mortier].

Ce début est d’un heureux augure. L’ennemi se retire sur Bar-sur-Aube. S’il veut se retirer, tant mieux ; mais s’il résiste, nous avons encore plus de baïonnettes qu’il n’en faut pour l’y forcer […]

Guillaume.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, 1894, pp.181-182). Peyrusse occupait alors les fonction de Payeur de l’Empereur.

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( 31 janvier, 2019 )

Une colère de Napoléon (1814)…

Une colère de Napoléon (1814)... dans TEMOIGNAGES NNN-219x300Le général Guyot menait dans la campagne de 1814 la 2ème division de cavalerie de  la Garde Vers la fin de la journée de Montmirail, il ordonna à Mancel, capitaine de la 6ème compagnie de l’artillerie à cheval de la Garde, de rester en position jusqu’à la nuit, puis de la rejoindre en un endroit qu’il désigna. Mancel, en rejoignant Guyot, traversa un bois où il fut assailli par un parti de cavalerie ; il put reculer et sauver son artillerie ; mais deux canons, en faisant demi-tour, versèrent dans un fossé. Lorsque l’Empereur apprit cette nouvelle par Drouot, il entra dans une épouvantable colère ; il fit venir Guyot qu’il rendait responsable de l’événement, et auprès d’un feu de bivouac, sur la route de Montmirail à La Ferté-sous-Jouarre, le 15 février, au matin, lui cria, lui jeta par saccades et comme par convulsions les phrases qui suivent. 

A .CHUQUET 

C’est donc vous qui faites prendre mon artillerie ! Sacré nom de Dieu ! Vous mériteriez d’être destitué ! Laisser prendre l’artillerie de ma Garde ! C’est votre faute ! Lui aviez-vous donné des guides, une escorte ? Vous vous êtes contenté de lui donner un simple ordre verbal ; voilà le lieutenant de cette compagnie qui l’affirme. Foute ! Laisser prendre mon artillerie, de braves gens ! Je destituerai le premier de mes généraux qui laissera prendre une seule pièce ! On l’abandonne, cette brave artillerie ; on la laisse sans escorte ; et c’est à vous que cela arrive, vous qui me devez tout ce que j’ai fait ce que vous êtes ! C’est encore vous qui avez causé la perte de la bataille de Brienne-si toutefois je l’ai perdue. Vous avez abandonné l’artillerie du brave Marin et l’avez laissé prendre ! J’aurais mieux aimé perdre mon bras gauche que cette artillerie ! Vous commandez la division de grosse cavalerie de  la Vieille Garde qui, jour et nuit, devrait m’entourer. Eh bien ! Je ne la trouve jamais quand j’en ai besoin. J’envoie un officier d’ordonnance la chercher ; on me répond : « Elle mange ! ». « Elle mange ! », et moi, pendant ce temps, je suis aux avant-postes. L’autre jour, elle mange pendant que je me trouve à Champaubert entouré de cosaques. C’est ce pauvre maréchal Lefebvre qui se voit obligé d’aller en éclaireur devant moi et, cependant, la cavalerie de la Vieille Garde est spécialement chargée de ma sûreté, elle en répond à la France entière ! Foutre ! Vous ne commanderez plus ma cavalerie. Général Nansouty, c’est le général Exelmans qui commandera ma grosse cavalerie de la Vieille Garde ; allez le faire reconnaître en cette qualité ! 

Mais Guyot rentra bientôt en grâce ; il se tut et il resta ; il plaignait Napoléon plus que lui-même, et Napoléon, comprenant, admirant cette résignation, lui donna une compensation ; Guyot reçut le commandement des quatre escadrons de service près de la personne de l’Empereur. 

A.C.   

Article publié dans l’étude d’Arthur Chuquet : « L’année 1814… », (Paris, Fontemoing, 1914).

                                                                                             

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( 30 janvier, 2019 )

Le mameluck Roustam…

Ce portrait figure en tête des Mémoires inédits de Roustam qu’a publiés la « Revue Rétrospective » (de janvier à juin 1888) ; c’est un peu grâce à ces Mémoires que nous avons connu la carrière accidentée du fameux mameluck ; par malheur, l’auteur s’éternise en une infinité de détails inutiles, mas, à vrai dire, ces souvenirs n’étaient point destinés à la publication, leur auteur les ayant  modestement intitulés ; « La vie privée de sier [sic] R. R…[Roustam Raza] jusqu’à 1814 [sic] »Le mameluck Roustam… dans FIGURES D'EMPIRE Roustam-224x300 Il suffira de savoir que quelques jours avant son départ d’Egypte, le général Bonaparte reçut ne présent du cheik El Bacri deux de ses meilleurs mamelucks. Napoléon garda Roustan et donna Ali à Joséphine [celui-ci finira par être renvoyé et remplacé par un « faux » mameluck, Louis-Etienne Saint-Denis, né à Versailles, auquel l’Empereur donnera le même nom d’Ali]. Dès ce moment, Roustan suis partout son maître. Fiancé à la fille d’un des valets de chambre de l’Impératrice peu de temps avant le départ pour ma campagne d’Austerlitz, Roustam revient aux Tuileries le 26 janvier 1806. Le 12 février, l’on festoie dans un cabaret à la mode ; les agapes sont joyeuses et copieuses, l’addition que règle l’Empereur se chiffre par une dépense de 1,341 fr. Trois jours après, notre « gros garçon », comme l’appelle familièrement Napoléon, devient l’époux légitime de Mlle Douville, comptant seize printemps. D’après les dires du narrateur, le maître appose sa signature sur le contrat, assertion que pourront vérifier les amateurs en consultant le minutier du successeur de maître Foucher.

Avant la fin de l’année, Mme Roustam donne un héritier à son mari er, par une missive de la belle-mère, l’heureux père est informé de la nouvelle sur le champ de bataille même de Pułtusk. Tout ému, Roustam saisit la première occasion pour faire part au maître de la venue au monde du jeune Achille.-« C’est bien, réponde le grand conquérant, j’ai un mameluck de plus ; il te remplacera, je l’espère. »

Jusqu’à la veille de l’abdication, il n’est point malaisé de suivre pas à  pas notre Géorgien. Puis, il s’embrouille en racontant son séjour de deux mois à Dreux qu’il attribue aux vexations de la police royale ; en tout cas, il ne précise ni la cause ni les motifs de sa brusque disparition. A différentes reprises, Roustam avait reçu de l’Empereur des sommes relativement importantes, ce qui avait fait croire qu’il devait être à son aise. Sous la Restauration toutefois, l’ancien mameluck menait une existence très retirée et fort modeste, habitant la rue Saint-Martin,  n°228, à Paris, un appartement de 428 fr. de loyer. Il n’en fut pas moins étroitement surveillé ; un rapport de police le représente « homme tout à fait inabordable, menant en apparence une vie retirée, très méfiant, froid, peu communicatif, à peine  connu de ses voisins » ? En apparence, parce que les fréquents voyages à Londres de Roustam, avaient éveillé de nouveaux soupçons, lesquels, d’ailleurs, tombèrent dès que es véritables motifs de ces déplacements furent connues ; engagé par quelque barnum britannique, Roustam traversait le détroit pour se produire, revêtu des riches atours orientaux de sa splendeur passée, devant l’aristocratie anglaise et les badauds londoniens. Ces exhibitions, sans doute lucratives, n’eurent qu’un temps. En 1831, Louis-Philippe donna à Mme Roustam une petite situation à la poste aux lettres de Dourdan. Son mari et elle vécurent dès lors dans cette petite ville, entourés de leurs deux filles. Il fallut l’imposante cérémonie du 15 décembre 1840 pour arracher Roustam à sa paisible retraite. Ne devait-il pas d’ailleurs ce dernier et bien tardif tribut de reconnaissance à la mémoire de celui qui l’avait tiré de l’esclavage ?

Cinq ans plus tard, presque jour pour jour, Roustam mourait. Le document suivant précise la date de l’événement : « le sept décembre mil huit cent quarante-cinq, à cinq heures et demie du matin, est décédé Roustan [Roustam] Raza, ancien mameluck de l’empereur Napoléon, né à Tiflis, en Géorgie, âgé de soixante-quatre ans, demeurant à Dourdan, fils de… et de …, époux d’Alexandrine-Marie-Marguerite Douville.»

Extrait du « Carnet de la Sabretache », 1900.

———

En complément…

Au sujet de son témoignage. Les «Souvenirs » de Roustam parurent la première fois en volume en 1911, à l’initiative de Paul Cottin et de Georges Bertin, chez P. Ollendorff. Cette édition fut préfacée par Frédéric Masson. Ce récit a été réédité en 2010 par les Editions Jourdan (à Bruxelles, Belgique). Le témoignage qu’a laissé Roustam est très décevant et mal écrit. Lire aussi l’ouvrage d’Hector Fleischmann, « Roustam, mameluck de Napoléon «  (Albert Méricant, s.d. [vers 1910]). Ce livre contient une autre version du témoignage de Roustam.

 

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( 29 janvier, 2019 )

La maréchale Lannes écrit un mot au futur Stendhal…

Prud'hon_-_Louise_Antoinette_Scholastique_Guéheneuc_(1782-1856)

« La Duchesse de Montebello a l’heur de prévenir Monsieur de Beyle qu’il sera présenté à  S.M. l’Impératrice dimanche prochain 16 décembre au Palais des Tuileries après la Messe, s’il a été présenté avant à S.M. l’Empereur.

La Duchesse de Montebello prie Monsieur de Beyle de recevoir l’assurance de ses sentiments distingués.

La Maréchale duchesse DE MONTEBELLO.

 

Paris, ce 15 décembre 1810. »

——-

On remarque l’usage de la particule dans le nom de famille de Beyle ce qui n’est pas justifié !

—-

Note d’Henri Martineau. « Ayant été nommé auditeur au Conseil d’Etat, le 1er août 1810 et, le 22 août, attaché l’Intendant général de la maison de l’Empereur pour l’inspection du Garde-Meuble, Henri Beyle dut être présenté à LL.MM.- La duchesse de Montebello, dame d’honneur de l’Impératrice Marie-Louise, eut donc à le convoquer dans les formes prescrites et le fit par une lettre autographe que l’Inspecteur du Mobilier rangea précieusement dans ses papiers. »

(« Cent soixante-quatorze lettres à Stendhal (1810-1842). I. Recueillies et annotées par Henri Marineau », Le Divan, 1947, p.5).

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( 28 janvier, 2019 )

Le général Travers

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Le général de brigade Etienne-Jacques Travers demandant à Napoléon le 30 mars 1815 de l’activité dans la cavalerie, exposait ainsi ce qu’il avait fait en 1814.

Arthur CHUQUET.

Général de brigade depuis 1807, j’ai organisé et commandé la brigade des lanciers du grand-duché de Berg en 1813.

En janvier 1814, j’ai commandé par ordre de M. le général en chef Maison le département de l’Escaut au moment où Gand était en insurrection. En février, j’ai été nommé commandant supérieur de la place de Condé, place qui a été la dernière à arborer la cocarde blanche et qui est restée fidèle jusqu’au dernier moment, malgré tous les moyens de corruption qu’ont employés les ennemis de Votre Majesté qui ont offert 500.000 francs dans les moments les plus critiques pour leur livrer la place, et, en dernier lieu, 100.000 francs pour faire seulement arborer le drapeau blanc et prendre la cocarde blanche.

J’ai fait arrêter à Valenciennes (où j’ai commandé par intérim la 3ème division de l’armée du nord jusqu’au 20 juin, époque de la dissolution), 14 bateaux chargés de munitions et effets précieux provenant des arsenaux de La Fère, appartenant aux Prussiens.

A la dissolution de l’armée du Nord, j’ai été mis à la non-activité jusqu’au 1er janvier 1815, date à laquelle j’ai été nommé adjoint aux inspecteurs généraux de cavalerie ?

Le 28 décembre 1814, Maison, gouverneur de la 1ère division militaire, demandant pour Travers le commandement de Condé avait ainsi loué le général :

Je ne puis trop me louer des services signalés que le général Travers a rendus dans ces circonstance difficiles où il a été obligé de tout créer, pour mettre Condé qui se trouvait dans un délabrement complet, en état de défense. Son zèle infatigable a suppléé à tout, et en peu de temps, avec quelques centaines d’hommes et la garde nationale, il est parvenu à se rendre tellement redoutable que l’ennemi était obligé d’avoir devant lui des forces considérables pour résister à ses fréquentes sorties. La manière honorable dont il  s’est conduit, lui a acquis l’estime générale, et les habitants reverraient avec plaisir au commandement de leur ville un officier qui a su si bien les préserver.

 (Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.372-373).

 

 

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( 26 janvier, 2019 )

Question…

Question... dans INFO 56

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( 26 janvier, 2019 )

Lettre d’un officier français durant la campagne de Russie…

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L’auteur de ce document est Nicolas-Louis Planat de La Faye (1784-1864). Ce méconnu mais très intéressant personnage fut aide de camp des généraux Lariboisière et Drouot. Il fut également officier d’ordonnance de Napoléon. Cette lettre est extraite de l’importante correspondance qu’il a laissée et laquelle fut publiée en 1895. 

C.B.   

Moscou, 30 septembre 1812.

A Constant D*** 

Mon ami, je ne crois pas t’avoir écrit depuis Smolensk. Il s’est passé des événements bien importants pendant cet intervalle : la bataille de La Moskowa, l’occupation de Moscou, et malheureusement l’incendie presque total de cette riche et superbe ville sont les plus marquants. Je t’avais fit que les Russes reculaient toujours et que nous nous épuiserions en marches avant de les atteindre. C’est enfin à 24 lieues de Moscou qu’ils se sont décidés à nous attendre, en avant d’une petite ville appelée Mojaïsk. Ils occupaient une position des plus formidables défendue par les trois redoutes qui nous ont fait un mal affreux. La bataille a duré 18 heures… Les russes ont été battus, mais non pas mis en déroute ; ils se sont retirés lentement et en bon ordre, laissant un champ de bataille jonché de leurs morts et de leurs blessés…Quinze mille de nos braves ont été atteints… Notre existence, depuis 2 mois, est quelque chose de fort extraordinaire ; nous vivons de pillage et de maraude ; les habitants quittent à notre approche les villes et les villages et s’enfuient dans les bois avec leurs bestiaux et leurs provisions ; c’est là que nous envoyons nos domestiques avec des soldats pour les assiéger et leur enlever leurs subsistances. Nous faisons notre pain, nous abattons des bœufs, nous égorgeons des moutons : chacun est boucher, boulanger, cuisinier ; voilà comme nous vivons. Nos chevaux nous donnent encore d’autres soins. Nos malheureux domestiques sont obligés d’aller fourrager à 2 ou 3 lieues des grandes routes au risque d’être pris par les cosaques ou assassinés par les paysans. Nous sommes tous sales, déguenillés, nu-pieds, et pas un tailleur, pas un cordonnier, pas une blanchisseuse. Croira-t-on qu’une population de 320.000 âmes a disparu devant nous !… On prétend que c’est le gouvernement russe qui a fait incendier cette belle capitale pour nous priver des ressources que nous aurions pu y trouver. Je ne sais ce qui en est ; mais je puis dire que nos soldats l’ont bien secondé ; qu’on se figure des soldats ivres, fouillant des maisons de bois avec des chandelles allumées, des torches, des tisons, voilà le spectacle que présentait Moscou le lendemain de notre arrivée. L’incendie a duré trois jours favorisé par un vent violent. Jamais on ne vit un spectacle plus terrible et plus navrant. Que de richesses, que de ressources englouties ! Que de fortunes détruites, que d’honnêtes gens réduits à la misère et au désespoir ! C’est à mon avis la catastrophe la plus effroyable que présente notre siècle si fertile en événements désastreux… 

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( 25 janvier, 2019 )

Evénements à Clermont-Ferrand…

« Le 11 [avril 1814], le maire, à la tête d’un cortège nombreux, a publié dans la ville une proclamation sur les heureux événements annoncés ; elle a été accueillie par les habitants aux cris de « Vive le Roi ! », puis le drapeau blanc a été placé sur le clocher de la cathédrale. Quelques heures après, un détachement de divers corps s’est porté sur cette église ; des chasseurs y sont entrés à cheval pendant la messe. Plusieurs sont ensuite montés au clocher, ont enfoncé la porte et enlevé le drapeau qui a été foulé aux pieds et brûlé sur la place. On désigne comme le principal auteur du mouvement le sieur Vautrat, major du 81ème, envoyé à Clermont depuis plusieurs mois pour y former une garde mobile. Le 13 avril, un autre détachement est entré dans la ville aux cris de « Vive l’Empereur ! » et en faisaient des menaces aux habitants. Néanmoins, la nuit a été calme et il n’y a pas eu de voies de fait. D’ailleurs, cette troupes est partie pour Riom, le lendemain, emmenant deux pièces de canon prises dans la  ville. Le général Montholon, qui la commandait, s’est fait remettre, par le payeur, environ 6000 francs qui étaient dans sa caisse.

Le même jour, à 7 heures du soir, les troupes autrichiennes sont entrés à Clermont; une députation des habitants de la ville s’était portée à leur rencontre et avait été accueillies par le général  commandant, le comte de Stardeck. »

(Rapport du comte Anglès, cité dans « Royauté ou Empire La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Editeurs, s.d. [1897]. », pp.7-8)

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( 24 janvier, 2019 )

La princesse Pauline à l’île d’Elbe…

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« La princesse Pauline, à l’île d’Elbe, pouvait avoir de trente à trente-cinq ans [elle en avait trente-quatre]. Sa personne, suivant ce qui était apparent, avait toutes les belles proportions de la Vénus de Médicis. Il ne lui manquait qu’un peu de jeunesse, car la peau de sa figure commençait à se rider ; mais les quelques défectuosités résultant de l’âge disparaissaient sous une légère teinte de fard qui donnait plus d’animation à sa jolie physiononomie. »

(Mameluck ALI, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon. Présentés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000).

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( 24 janvier, 2019 )

En pleine campagne d’Espagne…

Espagne7Henry de Saint-Simon en 1782 (et mort en 1865), s’engage à dix-huit ans dans un régiment de hussards et gagnera tous ses grades à la pointe de l’épée. En 1805, il est nommé capitaine et désigné comme aide-de-camp par le maréchal Ney. En 1808, Saint-Simon part combattre en Espagne comme chef d’escadron à la tête du 29ème régiment de chasseurs à cheval. Il a laissé un témoignage qui fut publié la première fois en 1899.

« Parti de Paris le 21 octobre 1808, à midi et demie, je me suis arrêté à Rambouillet d’où j’ai écrit à Paris. J’ai été assez bien jusqu’à la Dordogne, mais là, j’ai trouvé tout le grand parc, les équipages du quartier-général du 6ème corps, la Garde impériale et beaucoup d’autres voitures. J’y étais à deux heures du matin et je fus très heureux, en me disant chargé de dépêches, de passer à midi; à la Gironde, même difficulté et même expédient, c’est-à-dire force d’argent et déclaration que je portais des dépêches de l’Empereur pour l’armée; enfin, je fus assez heureux pour arriver à Bordeaux le soir. Je m’arrêtai une heure et repartis, mais dans la lande il n’y avait pas de chevaux aux postes et il fallait à chacune attendre deux ou trois heures; enfin, je restai quatre jours et quatre nuits sans m’arrêter et j’arrivai le 29 à Bayonne, au milieu de la nuit. Je m’y suis arrêté quelques jours pour réparer mes chevaux, acheter un mulet et son équipage et prendre un domestique, ce que je fis», note le jeune officier dès le début de son « Carnet de campagne». Dès lors, tout son récit ne va connaître aucun temps mort. Le 5 novembre 1808, lors d’une étape à Tolosa, il remarque que les soldats ont « des distributions exactement faites de pain et de viande ». Le 8, il rencontre le maréchal Ney à Vittoria. Le 13, il est à Burgos. Dix jours plus tard le voici à Suria : « Toute la nuit avait été coupée par un incendie affreux, nous eûmes à peine le temps de vider un magasin à poudre qui était à six maisons de là; la ville aurait été consumée, si on n’avait pas pris le parti de faire démolir les maisons avoisinantes. Nous étions les aides-de-camp du Maréchal; à la tête, des sapeurs montaient sur les toits, étouffant de fumée et conduisant les hommes et travaillant nous-mêmes. Il y eut un quartier entier de brûlé… »

Saint-Simon note scrupuleusement chaque jour ce qu’il voit. Ainsi le 4 décembre 1808, il écrit, non sans une certaine émotion : «  Nous eûmes le spectacle affreux de l’agonie d’un soldat français au service d’Espagne. Le maréchal Ney était dans une chaumière et son escorte et nous, au bivouac, sur la place qui était très petite ; il y avait devant un feu éteint ce malheureux, qui avait plusieurs blessures très graves; je le questionnai cependant et il me répondit tout juste. Il était là depuis cinq jours, sans secours ni nourriture; je lui amenai notre chirurgien qui lui trouva le tétanos et le jugea sans ressource, de sorte qu’il resta agonisant au milieu des hussards qui faisaient leur soupe… »

Quinze jours plus tard, voici notre jeune aide-de-camp assistant à une revue passée par l’Empereur : « …en grande et superbe tenue, nous nous rendîmes dans la plaine entre Madrid et Chamartin. C’était un spectacle superbe : 50.000 hommes couvraient la plaine. L’Empereur vit tous les régiments, y donna beaucoup d’avancement et nous fit défiler, mais par un vent et une poussière qui nous rendaient aveugles. » En 1809, le chef d’escadron Henry de Saint-Simon sera encore en Espagne, notant encore dans son « Carnet de campagne » de nombreux détails.

C.B.

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( 23 janvier, 2019 )

Maréchaux et généraux tués en Allemagne, en 1813…

coehorn.jpgCette liste est extraite de l’ouvrage de Georges BERTIN et intitulé « La campagne de 1813 » (E. Flammarion, 1895).   

MORAND, général de division, tué au combat de Lunebourg (Saxe), le 2 avril 1813, à l’âge de 55 ans.

BESSIERES, maréchal, duc d’Istrie, tué d’un boulet de canon au combat de Poserna, le 1er mai 1812, à l’âge de 44 ans.

GOURE, général de brigade, tué à la bataille de Lützen, le 2 mai 1813, à l’âge de 45 ans. 

GRILLOT, général de brigade, meurt le 19 mai 1813, des suites de blessures reçues à la bataille de Lützen, à l’age de 47 ans. 

DUROC, duc de Frioul, général de division, grand maréchal du palais, est emporté par un boulet de canon au combat de Reichenbach, le 22 mai 1813. Il était âgé de 41 ans. 

KIRGENER DE PLANTA, général de division, tué à la même affaire et par le même boulet qui emporta Duroc. Il était âgé de 45 ans. 

PASTOL, général de brigade, tué au combat de Narkirch, le 31 mai 1813, à l’âge de 43 ans. 

BRUGNIERE, dit BRUYERE, général de division, tué au combat de Gorlitz, le 5 juin 1813, à l’âge de 41 ans. 

SICARD général de brigade, meurt le 13 juin 1813 des suites de blessures reçues à la bataille de Lützen, le 2 mai 1813, à l’âge de 40 ans. 

SIBUET, général de brigade, tué dans un combat sur le Bober, en avant de Loewemberg, le 29 août 1813.

VACHOT, général de brigade, tué le 23 août, en enlevant la position de Wolfberg aux Prussiens. Il était âgé de 50 ans. 

REUS, général de brigade, tué à la bataille de Dresde, le 26 août 1813. 

DUNESME, général de brigade, tué  à la bataille de Kulm, le 30 août 1813, à l’âge de 46 ans. 

COMBELLE, général de division, meurt le 15 septembre 1813, des suites de blessures reçues à la bataille de Dresde le 26 août. Il était âgé de 39 ans. 

LABOISSIERE, général de brigade, meurt le 15 septembre 1813, des suites de blessures reçues à la même bataille (26 août) ; il était âgé de 32 ans. 

AZEMAR, général de brigade, tué au combat de Gross-Drepnitz, le 17 septembre, à l’âge de 47 ans. 

CACAULT, général de brigade, meurt à Torgau le 30 septembre 1813, des suites de deux amputations pour blessures reçues à la bataille de Interbock ou de Dennewitz (Prusse), le 6 du même mois. Il était âgé de 47 ans. 

FERRIERE, général de brigade, tué au combat de Wachau (Saxe), le 16 octobre 1813, à l’âge de 42 ans. 

BACHELET-DAMVILLE, général de brigade, tué au combat de Goslar, le 16 octobre 1813, à l’âge de 42 ans.  

FREDERICKS, général de division, tué à la bataille de Leipzig, le 18 octobre 1813, à l’âge de 40 ans. 

MAURY, général de brigade, tué à la même bataille, à l’âge de 48 ans. 

ESTKO (SIXTE d’), général de brigade, tué à la même bataille, à l’âge de 39 ans. 

CAMUS-RICHEMOND, général de brigade, tué à la même bataille, à l’âge de 39 ans. 

VIAL, général de division, tué à la même bataille, à l’âge de 47 ans. 

COEHORN, général de brigade, tué devant Leipzig, le 19 octobre 1813. Il était âgé de 47 ans. 

PONIATOWSKI (maréchal prince) se noie dans l’Elster, le 19 octobre 1813. il était âgé de 47 ans. 

BAVILLE, général de brigade, tué devant Magdebourg, le 24 octobre 1813, à l’âge de 56 ans. 

COULOUMY, général de brigade, meurt le 29 octobre 1813 des suites de Blessures reçues le 19 du même mois. Il était âgé de 43 ans. 

DELMAS, général de division, meurt le 30 octobre 1813, des suites des blessures reçues à la bataille de Leipzig, à l’âge de 43 ans. 

BOYER, général de brigade, meurt le 30 octobre 1813, des suites de blessures reçues devant Leipzig, le 19 du même mois. Il était âgé de 38 ans. 

MONTMARIE (LEPELLETIER de), général de brigade, meurt le 2 novembre 1813, des suites de blessures reçues à la bataille de Leipzig, le 19 octobre. Il était âgé de 40 ans. 

AUBRY, général de brigade, meurt à l’hôpital de Leipzig, le 10 novembre 1813, à la suite de l’amputation ce la cuisse droite, à l’âge de 40 ans. 

BRESSAND (ou BREISSAND), général de brigade, meurt à  Dantzig, le 2 décembre 1813, des suites de blessures reçues pendant la campagne. Il était âgé de 43 ans.       

ESCLEVIN, général de brigade, tué au combat de Schemetz (Bohême), le 28 décembre 1813, à l’âge de 48 ans. 

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( 23 janvier, 2019 )

Des nouvelles en provenance de l’île d’Elbe…

1815

« 22 Janvier 1815. — Les départs des Français de la garde de Bonaparte, m’écrit-on de l’Ile d’Elbe, se succèdent de manière qu’il ne conservera bientôt plus que les deux tiers de ceux qu’il avait emmenés; douze grenadiers se sont embarqués pour Gênes il y a trois mois, sur un des bâtiments napolitains qui étaient abordés à Portoferraio. » Ce n’est pas là une preuve de grande espérance autour de Bonaparte. On y voit, en effet, plutôt de l’inquiétude et de la défiance. Aussi, l’espionnage devient-il plus actif contre tout ce qui aborde du dehors à l’Ile d’Elbe. On parle, même, de l’arrestation d’un général, accusé d’avoir engagé les Polonais à repasser sur le continent. Bonaparte vient de recevoir des lettres de Marie- Louise avec son portrait et celui de son fils. Il n’a pas manqué de le répandre, à cause des bruits qui couraient sur son divorce. Il sent bien, d’ailleurs, que ce n’est que par l’influence de Marie-Louise sur son père qu’il peut espérer rester à l’Ile d’Elbe; si tout entre eux était rompu, il ne serait plus considéré, à Vienne, que comme un odieux aventurier, trop heureux qu’on lui offrît, après avoir été le fléau de l’Europe, un asile sur quelque point que fût du globe. Mais, Bonaparte se flatte que la vanité de la maison d’Autriche, tant qu’il sera mari d’une Archiduchesse, combattra, en sa faveur, contre les intérêts de la politique la plus évidente et ne permettra pas sa déportation. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814 d’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, 1897, pp.232-233).

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( 23 janvier, 2019 )

Attention aux « trois mouches » !

Grenadier Garde

Le grenadier Vraincourt, de la 5ème compagnie du bataillon Napoléon est allé chercher la princesse Pauline. Il écrit à une amie de Verdun (Mme veuve Georges Chermer) et lui adresse un exemplaire de la cocarde elboise; gare aux trois abeilles !

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 1er décembre 1814.

La princesse Borghèse nous aime comme ses yeux, car c’est nous qui l’avons été chercher à Naples. Le roi Murat a très bien reçu les grenadiers ainsi que son peuple; l’on a reçu différents cadeaux de la cour de Naples ; les uns ont reçu des schalls [châles] de la  princesse, les autres, des bagues, des tabatières; mille caresses ont été faites. Nous avons toujours la même solde de 23 sous par jour ; nous sommes payés exactement. Nous n’ayons [avons] pas la même cocarde ; nous la portions blanche et rouge ; vous remarquerez trois mouches dedans le tour du blanc qui piqueront un jour.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.439)

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( 23 janvier, 2019 )

Arrestation d’un officier de l’ex-Garde…

Grenadiers à cheval

« J’ai fait arrêter aujourd’hui un sieur Bertrand, officier de grenadiers à cheval de l’ex-Garde Impériale, maintenant à la demi-solde, logé rue des Vieux-Augustins à Paris. Il sera interrogé avec le plus grand soin, parce que je le faisais observer depuis plusieurs jours, et que c’est un des militaires les plus dangereux qu’il y ait à Paris. C’est un homme hardi et entreprenant, tenant les propos les plus effroyables contre le Roi et la famille royale, proclamant comme inévitable une révolution prochaine en faveur de Bonaparte, cherchant à se faire des prosélytes, se disant en relations étroites avec plusieurs généraux, mais déclarant qu’il subirait la mort plutôt que de les nommer, parlant de millions dont il connaît le dépôt, de deux cents hommes dont il serait déjà sûr. Son arrestation même n’a point abattu son audace. Il se montre plus menaçant que timide ; il fait le mystérieux et prétend que s’il voulait dire un mot, il obtiendrait de suite sa liberté. J’aurai l’honneur de rendre compte au Roi du résultat de ses interrogatoires et des renseignements qu’on en tirera. »

(« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger & F. Chernoviz, Libraires-Editeurs, s.d., p.298, extrait du bulletin en date du 2 décembre 1814).

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( 21 janvier, 2019 )

La veillée du Retour des Cendres racontée par un « Brave »…

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Le 15 décembre 1840, l’Empereur retrouve sa capitale. Il fait un froid glacial mais cela n’a pas empêché cent mille parisiens de se presser sur le parcours du cortège. Le passage qui suit est extrait des « Mémoires » du grognard Jean-Marie Putigny, un brave de la Grande-Armée. Putigny, né le 9 juin 1774 à Saillenard (Saône-et-Loire) s’engagea dès 1792. Il est dans l’armée du Nord, en Vendée, en Italie. Plus tard on le retrouve dans la Grande-Armée. Il sera à Austerlitz, à Auerstaedt, à Eylau, à Wagram. Il connaîtra les plaines glacées de Russie puis la chute de l’Empire. Son témoignage fut publié par son descendant Bob Putigny une première fois en 1950 (Gallimard) puis en 1980 (Copernic). Moins connus que ceux de Bourgogne ou de Coignet, ses souvenirs sont ceux d’un homme simple, attachant et bonapartiste sans réserve. Un de ceux pour lesquels le retour du « Petit Caporal » dans sa bonne ville de Paris marquait l’apogée d’une existence vouée toute entière à Napoléon. Notons enfin que Jean-Marie Putigny, Baron d’Empire en 1809, officier de la Légion d’honneur en 1815, s’éteint à Tournus, le 5 mai 1849, 28 ans jour pour jour après la mort de « son » empereur…

Putigny, venu de sa Bourgogne, débarque à Paris.

Dès le 14 décembre il se rend sur les bords de la Seine afin de rejoindre l’endroit où vient d’arriver le bateau contenant les Cendres de l’Empereur, mais laissons-le parler : 

« Je descends de voiture au pont de Neuilly. A deux cents pas de là un petit navire vient d’accoster au quai de la Seine. Il est là, dans son cercueil. Mon émotion est si intense, les sensations, les souvenirs se succèdent à une telle vitesse que j’avance comme un automate, ne voyant rien que cette boîte noire sur le pont du navire: Lui. Mais il me faut attendre longtemps avant de pouvoir m’en approcher et de me retrouver ensuite sur le quai au milieu d’une armée de revenants: visages ridés, silhouettes courbées aux uniformes défraîchis, de tous grades et de toutes armes.  Avec hésitation je reconnais quelques camarades et, les regardant mieux, découvre à travers eux ce que je suis maintenant devenu: un vieil homme…  Le jour est tombé depuis longtemps. Les rafales du vent, soufflant le long du fleuve, allongent les flammes des torchères allumées auprès de l’Empereur, et avivent les feux autour desquels nous essayons de nous réchauffer un peu. Nous, les vétérans de la Grande Armée, toussant et grelottant, qui ont voulu Le veiller pendant la première nuit de son retour en France.  Par une dizaine de degrés sous zéro, malgré les gilets de laine, mes rhumatismes de Russie se réveillent, mes bras et mes épaules sont tordus par le froid. Je ne sens plus mes pieds, ni les doigts de mes mains, les oreilles me font mal. Faute de bois les feux se sont éteints. Je peux me protéger, un peu, de la bise glaciale en me tenant contre l’une des colonnes du seul bâtiment existant sur le quai, une construction de bois surmontée d’un fronton très élevé sous lequel on remise, avant l’aube, une énorme machine: le corbillard impérial. Les heures, les minutes se succèdent interminables… Il finit par faire jour. A neuf heures, après une salve d’artillerie, les cloches sonnent: les marins du bateau portant le cercueil franchissent la passerelle; l’Empereur est de nouveau parmi nous, sur le sol de France. J’oublie le froid et mes pauvres douleurs… Des larmes roulent sur mes joues, tandis que le cercueil est placé dans le char funèbre et que se forme le cortège.  On y avait prévu des places pour tout le monde, pour les officiels, pour l’armée nouvelle, les fonctionnaires, les blancs-becs qui ne L‘avaient pas connu, pour leurs pères qui L‘avaient trahi ou s’étaient battus contre Lui.  Mais personne ne s’était préoccupé de nous, n’avait pensé que ses anciens compagnons, ses fidèles, les Impériaux comme l’on dit encore, viendraient de tous les coins du pays, d’un seul élan, l’accompagner à sa dernière demeure.  Ce ne fut qu’à la suite d’une délégation de maires, de conseillers généraux et d’autres petits civils, que l’on nous autorise à marcher, une dernière fois, derrière notre Empereur.  Après cette nuit sans sommeil, à jeun depuis hier après-midi, il semble qu’il fasse encore plus froid. La montée du pont de Neuilly à l’Etoile est, pour la plupart d’entre nous, un calvaire. J’ai du mal à respirer.  Mes jambes sont de plomb, mes pieds douloureux, mais de toute ma volonté, je les mets l’un devant l’autre en m’appliquant à marcher droit, refusant que l’on me soutienne, malgré qu’à chaque pas je risque de tomber. Sur cette route, si mauvaise, nous trébuchons dans les trous et dans les ornières où le char plusieurs fois s’enlise.  Bien qu’il ne neige que très peu et qu’il n’y ait que quelques kilomètres à parcourir, cette marche funèbre me rappelle Austerlitz pour l’effort, et la Russie pour le froid; car je n’ai plus trente ans ! Je suis vieux maintenant et l’Empereur est mort.   »Vive l’Empereur ! » ces clameurs répétées jaillissent de la foule immense, entre laquelle nous défilons depuis plus de deux heures. Cette fois-ci je n’en crois pas mes oreilles, mais je sens se gonfler mon cœur puisque, dans celui des Français, l’Empereur est toujours vivant… » 

Jean-Marie PUTIGNY. 

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( 21 janvier, 2019 )

Marie-Louise à l’île d’Elbe ?

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Voici une lettre de Louis Marchand à sa sœur. Rappelons que le fidèle valet de chambre de l’Empereur est l’auteur d’excellents mémoires que tout amateur napoléonien se doit de lire. Ce fidèle serviteur suivra Napoléon sur une autre île : Sainte-Hélène. Quant à Marie-Louise, jamais elle ne vint rendre visite à l’Empereur.

C.B.

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 3 juillet 1814.

Le bruit s’était répandu que l’Impératrice allait arriver à l’île d’Elbe. Mais ce bruit est resté sans fondement. Je ne serais cependant pas étonné que, sur la fin de la saison, elle vint nous voir. J’ai toute la dépense de la garde-robe entre les mains ; j’espère mettre 4.000 francs de côté. Adieu ma chère sœur.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.432)

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( 21 janvier, 2019 )

La mort de Duroc…

La mort de Duroc... dans FIGURES D'EMPIRE duroc2

Dans ses « Mémoires », Bausset, préfet du Palais, qui fut longtemps l’un des collaborateurs les plus immédiats, relate la conversation qu’il eut avec Duroc quelques jours avant qu’il ne fût tué à Bautzen. « Nous causions des succès du commencement de la campagne et nous donnions de justes regrets à la perte du maréchal Bessières. Je n’oublierai jamais les derniers mots de cette conversation : « Ceci devient trop long, me dit-il, nous y passerons tous ».

A l’aube du 22 mai 1813, lendemain de victoire, toute l’armée est en route ver l’Est, aux trousses de l’ennemi vaincu à Bautzen. L’Empereur galope vers l’avant-garde. La cavalerie de la Garde le suit, commandée par le général Walther, tandis qu’au bivouac matériel et bagages sont chargés sur les voitures du général Duroc. Dans l’aube grise, celui-ci vient de confier ses papiers personnels à son domestique Coursot (un ancien d’Austerlitz, qui rejoindra Napoléon comme valet de chambre à Sainte-Hélène  en 1819). A quoi pense-t-il donc ? Il lu remet aussi sa montre : « Tiens, mon vieux Coursot, si j’ai la gueule cassée, tu la garderas ». Puis il rejoint rapidement la suite de Napoléon, où sont les maréchaux Berthier, Mortier et Soult, le grand-écuyer Caulaincourt et le général Kirgener, beau-frère de Lannes.

Au-delà du petit village de Markersdorf, la cavalerie russe et des uhlans prussiens font tête. Napoléon surpris et impatient, d’écrie : « Mais ces gens-là renaissent donc de leurs cendres ? ». En fait ce n’est qu’une action retardataire de l’ennemi. Aussi le combat s’achève-t-il vers le soir par son repli raide, couvert de quelques salves d’obus. A ce moment l’Empereur et sa suite ont dépassé le village, et gagné une petite éminence garnie de quelques arbres pour observer la retraite des derniers éléments allés vers Görlitz. Mortier, Duroc et Kirgener sont resté un peu en arrière. Un dernier boulet russe : Mortier est indemne, mais Kirgener est tué net, et Duroc frappé mortellement au bas-ventre. 

 Marcel DOHER.

(Revue du Souvenir Napoléonien, n°278, novembre 1974).

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