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( 12 janvier, 2019 )

Un dragon dans la campagne de France… (1)

Un dragon dans la campagne de France… (1) dans TEMOIGNAGES laubressel-3-mars-1814

Louis-Antoine Gougeat (1788-1865) s’engage en 1806 dans un régiment de cavalerie. Il participe à la campagne d’Espagne dans les rangs du 20ème dragons. A son retour de la péninsule ibérique, il effectue un passage en Westphalie. En 1814, Gougeat est en Alsace, à Strasbourg, puis prend la direction de Schlestadt [Sélestat] etse dirige vers Colmar. « Entre ces deux villes, ma compagnie qui est d’avant-garde, écrit-il, rencontre un détachement de Cosaques, le charge et le culbute. Les Cosaques, en fuyant, incendient une voiture de paille qu’ils trouvent sur leur chemin : c’est, paraît-il, le premier acte d’hostilité commis par l’ennemi sur notre territoire.  Les Russes passent à côté de la ville de Colmar, mais sans y pénétrer ; quant à nous, nous la traversons et allons, un peu au-delà, camper dans un petit bois bordant la route de Bâle. »

Plus tard, sa progression le conduit près de son village natal de Larzicourt [Marne]: « … en y arrivant, quel effrayant tableau s’offre à mes regards ! L’armée russe, établie de l’autre côté de la Marne, tire à boulets sur le village, qu’occupe une division d’infanterie française ; déjà les maisons sont gravement endommagées ; un désordre indescriptible règne dans le pays ; les habitants terrifiés se sauvent de tous côtés en criant ; quelques-uns emportent des enfants dans leurs bras. Ma mère et mes parents sont au désespoir. Devant un tel spectacle, je n’ai pas le courage de renouveler mes adieux ; je prends un peu d’avoine dans un sac, un gros pain et je m’éloigne sans mot dire et très impressionné. ». Il poursuit son récit : « Je rejoins le régiment au village de Saint-Vérain, où nous passons la nuit. Nous sommes logés dans une grosse ferme isolée dont toutes les écuries sont remplies de chevaux. Les lanciers polonais l’occupent en même temps que nous. Pendant que, dans la grande cuisine de la ferme, je prépare la soupe et que nos officiers, enveloppés dans leurs manteaux, dorment, couchés sur la paille dans les écuries, j’entends tout à coup au-dehors un grand bruit de trompettes ; je cours aux renseignements et j’apprends que l’Empereur arrive, avec sa Garde, par la route de Vitry. Je m’empresse d’aller en informer mon capitaine et les autres officiers, qui accueillent ma communication avec une certaine indifférence ; aucun d’eux ne se dérange.

A 4 heures, les lanciers polonais quittent la ferme qu’ils ont mise dans un désordre affreux et se joignent à la Garde Impériale ; nous, les dragons, nous partons à 6 heures. Le ciel est pur, le froid vif ; de la neige est tombée dans la nuit[…]. Nous restons quelques jours à Allichamps et dans d’autres villages situés entre Eclaron et Vassy. Nous allons ensuite à Hampigny, à une lieue de Brienne, où toute l’armée se rassemble ; les Russes et les Prussiens sont tout près de nous.

Le dégel survient ; nous avons beaucoup de peine à nous mouvoir dans les terres détrempées ; les chemins sont défoncés ; l’artillerie ne circule qu’au prix de grands efforts. L’empereur arrive avec sa Garde et donne ses ordres pour la bataille. On attaque vigoureusement les Russes et les Prussiens réunis ; on se bat toute la journée. Vers le soir, l’ennemi est culbuté, on le chasse de Brienne et on le poursuit dans les plaines de l’Aube. Dans la nuit qui suit le combat de Brienne, nous partons pour Troyes. Nous y arrivons au moment où on va couper le pont Hubert, dans le faubourg d’Arcis. Après avoir circulé quelques jours et fait de nombreuses reconnaissances dans les environs de cette ville, nous descendons, en longeant la Seine, jusqu’à Nogent. »

A suivre.

(Témoignage publié la première fois en 1901 dans le « Carnet de la Sabretache » ; réimprimé en 1997 par Teissèdre). 

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( 12 janvier, 2019 )

Une LETTRE du COMMANDANT GUILLEMIN au GENERAL PELET à propos de la BATAILLE de WATERLOO…

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Il y a quelque temps, j’ai diffusé ici même une lettre du général Petit et une du général Christiani ; toutes les deux adressées au général Pelet et extraites du « Carnet de la Sabretache » de 1905. Celle qui suit est écrite par le commandant Guillemin (en 1815, chef de bataillon au 3ème régiment des grenadiers de la Garde) au général Haxo. 

 

Sorel-Moussel (Eure-et-Loir), 10 juin 1835. 

Mon général, 

M. le sous-préfet de Nontron vient de me transmettre la lettre que je vous lui avez adressée, en  date du 24 avril dernier, pour obtenir des renseignements sur ce qui s’est passé à la fin de la bataille de Waterloo, relativement à  la Garde Impériale. Ceux que j’ai à vous donner seront de bien peu d’importance ; ils ne s’étendront qu’à mon bataillon seulement. Voici les faits tels que ma faible mémoire peut se les rappeler. Vers les quatre à cinq heures du soir, nous reçûmes l’ordre de nous porter en avant en colonne par bataillon. Arrivés sur le plateau qui dominait le champ de bataille, le brave général Poret  de Morvan, qui nous commandait, nous fît former le carré et commencer le feu de deux rangs. Nous restâmes assez longtemps dans cette position, tout en perdant beaucoup de monde. A notre gauche était un carré de chasseurs de la Garde, commandé par le général Michel, qui y fut tué. Une batterie de la Garde était un peu en avant et à gauche de ce carré.- L’Empereur y est resté longtemps, et ce n’est qu’après bien des instances qu’on est parvenu à le faire retirer. Peu de temps après, la batterie fut démontée, les chevaux et les canonniers tués ou mis hors de combat. Le maréchal Ney vint dans mon carré et dit au général de Morvan : « Général, il faut mourir ici ! » Nous soutînmes encore quelque temps le combat, mais la fusillade et la mitraille vomissaient la mort de toute part, et dans un instant mon carré n’était plus. Nous nous retirâmes, le maréchal, le général et moi, sur le carré des vieux grenadiers, commandé par le général Cambronne [Erreur : Cambronne commandait le 1er régiment de chasseurs, et se trouvait en effet sur le plateau avec son 2ème bataillon. (Note du « Carnet de la Sabretache »)].  En passant près d’une ferme, nous fûmes assaillis par une décharge à mitraille d’une batterie ennemie placée sur la route, et auprès de ce carré, voyant la bataille perdue, donna les ordres de le faire retirer. Pour lors, nous battîmes en retraite par la route de Génappe à Avesnes. 

 Voilà, mon général, les renseignements que je peux vous donner, mais qui sont très exacts.

Si j’osais me permettre une observation, je vous dirais que M. le duc de Wellington, qui  s’attribue, lui et ses Anglais, le mérite du gain de la bataille, aurait bien pu, sans les Prussiens, être le prisonnier de Waterloo, au lien d’en être le prince. 

Agréez, mon général, l’assurance des sentiments les plus distingués avec lesquels j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur. 

Signé : GUILLEMIN. 

 

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