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( 28 janvier, 2019 )

Le général Travers

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Le général de brigade Etienne-Jacques Travers demandant à Napoléon le 30 mars 1815 de l’activité dans la cavalerie, exposait ainsi ce qu’il avait fait en 1814.

Arthur CHUQUET.

Général de brigade depuis 1807, j’ai organisé et commandé la brigade des lanciers du grand-duché de Berg en 1813.

En janvier 1814, j’ai commandé par ordre de M. le général en chef Maison le département de l’Escaut au moment où Gand était en insurrection. En février, j’ai été nommé commandant supérieur de la place de Condé, place qui a été la dernière à arborer la cocarde blanche et qui est restée fidèle jusqu’au dernier moment, malgré tous les moyens de corruption qu’ont employés les ennemis de Votre Majesté qui ont offert 500.000 francs dans les moments les plus critiques pour leur livrer la place, et, en dernier lieu, 100.000 francs pour faire seulement arborer le drapeau blanc et prendre la cocarde blanche.

J’ai fait arrêter à Valenciennes (où j’ai commandé par intérim la 3ème division de l’armée du nord jusqu’au 20 juin, époque de la dissolution), 14 bateaux chargés de munitions et effets précieux provenant des arsenaux de La Fère, appartenant aux Prussiens.

A la dissolution de l’armée du Nord, j’ai été mis à la non-activité jusqu’au 1er janvier 1815, date à laquelle j’ai été nommé adjoint aux inspecteurs généraux de cavalerie ?

Le 28 décembre 1814, Maison, gouverneur de la 1ère division militaire, demandant pour Travers le commandement de Condé avait ainsi loué le général :

Je ne puis trop me louer des services signalés que le général Travers a rendus dans ces circonstance difficiles où il a été obligé de tout créer, pour mettre Condé qui se trouvait dans un délabrement complet, en état de défense. Son zèle infatigable a suppléé à tout, et en peu de temps, avec quelques centaines d’hommes et la garde nationale, il est parvenu à se rendre tellement redoutable que l’ennemi était obligé d’avoir devant lui des forces considérables pour résister à ses fréquentes sorties. La manière honorable dont il  s’est conduit, lui a acquis l’estime générale, et les habitants reverraient avec plaisir au commandement de leur ville un officier qui a su si bien les préserver.

 (Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.372-373).

 

 

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( 28 janvier, 2019 )

Benjamin Constant…

Benjamin Constant

« Suisse à la Jean-Jacques [Rousseau], coureur d’aventures galantes,  passant à l’amour orageux avec Mme de Staël au culte platonique avec Mme Récamier, transformant en épanchements littéraires les phases de sa vie intime, cœur et esprit mobiles, imprégné du scepticisme et de l’incrédulité du dix-huitième siècle ; c’est le type de l’incohérence. Ses variations politiques lui ont valu une place d’honneur dans le dictionnaire des girouettes. Il soutint d’abord le Directoire, puis accepta d’entrer au Tribunat. Ses relations avec Mme de Staël combinées avec des intrigues politiques l’obligèrent à demeurer à l’étranger pendant le temps de l’Empire. Rentré à Paris en 1814, il mène dans les « Débats » une violente campagne royaliste. Rien ne peut donner idée de la fureur avec laquelle il fonça sur l’Empereur, exilé inoffensif pour le moment. Il faut citer quelques phrases qui paraissent incroyables de la part d’un écrivain dont le talent n’était pas sans charme ni délicatesse.  On venait d’apprendre le débarquement de Napoléon à Cannes [Golfe-Juan]. Chacun à Paris pensait que c’était là une aventure de casse-cou, sans lendemain.

Benjamin Constant écrit :

« Nous subirons sous Bonaparte un gouvernement de mamelucks. C’est Attila, c’est Gengis-Khan, plus terrible et plus odieux. Il prépare les ressources de la civilisation pour régulariser le massacre et pour administrer le pillage. Une année du règne de Louis XVIII n’a pas fait répandre autant de larmes qu’un seul jour du règne de Bonaparte. Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre, couvrir l’infamie par le sophisme et balbutier des mots profanes pour racheter une vie honteuse. »

Cet article parut dans les « Débats » le 19 mars 1815. Le lendemain, Napoléon entrait aux Tuileries. Trois semaines plus tard, en avril, le « misérable transfuge » acceptait de l’Empereur une place de conseiller d’État. A cette absence de principes, Benjamin Constant ne joignait pas le courage. Quand il vit Napoléon à Paris, il se crut perdu. Il ne songea qu’à en finir avec la vie. Il se réfugia chez un ami et, déjà, il commença ses apprêts, certain qu’il ne ferait que devancer de quelques heures le châtiment. Une dépêche le mande aux tuileries, raconte Edgar Quinet. Il obéit, non sans crainte. Napoléon le reçoit d’un air riant. C’est à lui qu’il veut parler de liberté et de constitution ; c’est à  lui qu’il veut s’ouvrir.

« Et sachant qu’il s’adresse à un écrivain, c’est la liberté de la presse qu’il invoque. Il est pleinement converti sur ce point. L’interdire serait un acte de folie. Qu’au reste, Benjamin constant, lui apporte ses idées, ses vues ; il est  prêt à accepter ce qui est possible. Tout cela entremêlé de caresses et de sourires, comme en ont les maîtres du monde. Ces discours ne durèrent pas moins de deux heures. »

Benjamin constant se laissa facilement enguirlander. Pendant les quelques jours où Napoléon parut assuré sur le trône, il garda l’attitude du parfait courtisan. C’était, de part et d’autre, une comédie. Chacun savait qu’il reprendrait sa liberté et agirait selon sa vraie nature, dès que le spectacle aurait pris fin ; tout le monde, sauf peut-être Napoléon, savait qu’il serait de courte durée ! 

(A. PERIVIER, « Napoléon journaliste », Plon, 1918, pp.331-333.)

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Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830) a laissé des « Mémoires sur les Cent-Jours » (Pauvert, 1961), non dépourvus d’intérêt.

 

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