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( 28 février, 2019 )

Anniversaire en perspective…

Le 20 mai prochain marquera le 220ème anniversaire de la naissance du grand Honoré de Balzac.

Balzac

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( 28 février, 2019 )

Le général Songis

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Ce Songis est Songis l’aîné, et non Songis le cadet, mort à la fin de 1810. L’aîné des Songis (Charles-Louis-Didier), camarade de Napoléon au régiment de Grenoble, devenu promptement général de division-dès le mois d’août 1794- prit sa retraite le 5 juin 1801 et devint conservateur des eaux et forêts ; il avait à Caen la quatrième « conservation » (Calvados, Orne et Manche). En fut-il reconnaissant ? Le 7 avril 1814, il écrit à Dupont la lettre qui suit.

Arthur CHUQUET.

« Caen, 7 avril 1814.

Le général de division Songis, chevalier de l’Empire, conservateur des eaux et forêts, à son Excellence le général  Dupont, ministre de la guerre.

Mon cher général, la main qui vient de briser vos fers, a délivré la France du joug oppresseur qui pesait sur elle depuis trop longtemps. La tyrannie de Bonaparte est enfin arrivée à son terme. La justice  et la paix vont s’asseoir sur le trône avec le descendant de Henry le Grand [Louis XVIII] et tous les canaux de la prospérité publique vont se rouvrir sous le règne du monarque qui nous est donné. J’applaudi de toute mon âme à un aussi heureux événement et je vous félicite en mon particulier, mon cher et respectable général, sur votre avènement au ministère de la guerre; en vous y appelant, le gouvernement provisoire a rempli le vœu de la nation et en particulier celui de vos frères d’armes. Agréez la nouvelle assurance du sincère et respectueux dévouement avec lequel je ne cesserais d’être, mon cher général, votre très humble et très obéissant serviteur.

SONGIS.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.363).

 

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( 28 février, 2019 )

Une lettre d’un colonel en avril 1815…

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La guerre est inévitable. La France aura sûrement à lutter, comme l’année précédente, contre l’Europe.De toutes parts se montrent des faiseurs de projets, et le 14 avril 1815, le « Journal de l’Empire » insérait un communiqué, invitant « les bons citoyens à faire un noble usage de leurs loisirs en faisant parvenir la vérité à ceux qui environnent le monarque ».Voici une lettre qu’un colonel adresse sans doute au Ministre de la Guerre ou à quelques très hauts fonctionnaires. Dit-elle vrai ? Les colonels étaient-ils despotes à ce point ? Y avait-il une telle corruption dans l’armée ? La lettre, en tout cas, est curieuse. L’auteur avait raison de soutenir que les officiers subalternes et les soldats avaient entraîné les chefs supérieurs à se déclarer contre les Bourbons et il donnait un avis salutaire que Napoléon aurait bien fait de suivre : rajeunir le commandement

Arthur CHUQUET.

 Le 24 avril 1815.

Au moment où nous allons engager peut-être une lutte sanglante avec toute l’Europe conjurée contre la liberté d’un seul peuple, permettez à un vrai Français, à un homme dont l’unique pensée fut toujours dirigée vers la gloire et la prospérité de sa patrie, de vous soumettre quelques observations qu’il croit importantes au salut de l’Etat. En général, les officiers supérieurs et les généraux sont usés et éteints, ils ne désirent que la paix et un repos honorable qui les laisse jouir des traitements qu’ils ont acquis par vingt-cinq années de combats et de travaux. La paix leur paraît le souverain bien et peut-être consentiraient-ils volontiers à la cession de quelques provinces pour obtenir l’objet de leurs désirs. Il y a sans doute d’honorables exceptions, surtout parmi les plus jeunes. Mais je n’envisage ici que les masses. Il n’est malheureusement que trop vrai que les grades supérieurs qui devraient donner l’exemple du dévouement à la Patrie, sont bien loin d’avoir l’élan et la noble énergie des officiers subalternes et des soldats. Ce sont ces derniers qui ont entraîné le mouvement de l’armée en faveur de l’empereur Napoléon, malgré la résistance des chefs qui se sont décidés au dernier moment et en obéissant à l’impulsion des événements. Il est probable qu’ils obéiraient encore, sans résistance, à une impulsion contraire.Ce n’est pas qu’ils soient attachés aux Bourbons ; mais ils soupirent après le repos et l’Empereur leur paraît peu propre à le leur procurer.

Les grades supérieurs ne comptent donc plus que des êtres purement passifs qui ne s’occuperont que de saisir un des débris du vaisseau brisé par la tempête, afin de sauver leurs personnes et leurs fortunes, mais incapables de ces mesures vigoureuses qui pourraient le conduite dans le port et le préserver du naufrage. Cependant les chefs de corps exercent le despotisme le plus affreux dans leurs régiments. Ils sont les uniques dispensateurs des grâces et des punitions. Un officier qui a le malheur de leur déplaire est sûr de n’avoir jamais d’avancement. Dès lors, plus d’envie de bien faire, plus d’émulation. Les corps se peuplent de flatteurs et de complaisants. Un colonel au milieu de ses officiers, n’est plus qu’un souverain absolu entouré de sa cour. Chacun brigue sa faveur, sans rien faire pour le bien du service et de l’Etat. Depuis sept ou huit ans que ce despotisme militaire pèse sur l’armée française, il ne s’est pas élevé un seul homme qui promette de remplacer ces fiers enfants de la Révolution, ces illustres maréchaux qui nous ont si souvent conduits à la victoire. Si je jette les yeux sur l’administration, je découvre des abus plus criminels encore. Il est très peu de chefs de corps qui ne fassent de leur régiment une métaierie qui leur rapporte dix, quinze et jusqu’à trente mille francs de rente, plus ou moins.

Les Conseils d’administrations ne sont plus que les très humbles valets des colonels, et un membre qui s’opposerait aux mesures dictées par le chef serait un homme noyé.Aussi ce dévouement ne se rencontre plus, et tous les Conseils d’administrations ne servent qu’à donner une sorte de sanction aux mesures arbitraires et rapaces des chefs de corps. Croyez-moi, la corruption est générale. Interrogez secrètement tous les officiers des régiments, tous les quartiers-maîtres et vous saurez bientôt qu’en penser. Il est temps de mettre un terme à ces scandales. Nous avons besoin de rendre à notre armée toute son énergie et de lui donner les grades aux talents et au courage et non pas à l’intrigue et aux basses complaisances. Il faut ôter aux colonels et chefs de corps le pouvoir absolu dont ils ont fait un si mauvais usage et laisser désigner par leurs égaux tous les sujets susceptibles d’avancement à un grade supérieur et faire réduire ce choix à trois candidats par l’assemblée des officiers déjà pourvus de ce grade supérieur.Ces trois candidats seront présentés à l’Empereur qui en désignera un pour remplir la place vacante. Un individu présenté trois fois de suite serait élu de droit. C’est-à-dire qu’il faut remettre ne vigueur la loi du 14 septembre an 3. 

Je ne signe point cette lettre.Ce n’est pas que je craigne que l’on me conteste la vérité et l’impartialité des observations qui y sont contenus.

Mais je ne veux pas que l’on me soupçonne de chercher à déprécier mes chefs et mes égaux pour m’élever au-dessus d’eux. Je propose de remettre en vigueur une loi à laquelle je crois qu’est attaché le salut de la patrie. Si je puis être utile à mon pays, ce sera ma plus douce récompense et la seule que j’ambitionne.Mais je le répète, cette mesure est des plus importantes et mérite toute l’attention de Sa Majesté.

Signé: Un colonel de l’armée française.

(Document extrait des « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », par Arthur Chuquet. Paris Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1911).

 

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( 28 février, 2019 )

Deux anecdotes sur l’Empereur…

Napoléon 6 semaines avant Waterloo

« M. Dunod, trois ans huissier de la chambre de l’Empereur, m’a conté plusieurs faits assez curieux que j’ai notés. Napoléon était très douillet; pour un rien, il se plaignait, se lamentait au-delà de toute expression. Dans sa carrière militaire, bien qu’il s’exposât beaucoup, il n’éprouva pas d’accident. La blessure reçue à Ratisbonne [23 avril 1809], dont on a tant parlé, n’était qu’une simple contusion, sans effusion de sang, produite par une balle morte. Napoléon était, de plus, très superstitieux, intraitable sur le nombre treize et sur le vendredi. Ainsi, pour un déplacement, le quantième du mois avait été fixé sans tenir compte du jour. Ce jour-là était un vendredi. L’Empereur en étant informé, avança son départ et partit le jeudi. »

———

Camille Dunod, né le 18 juillet 1795, à Châtel-Gérard (Yonne), fut huissier de la Chambre de l’Empereur du 1er avril 1811 au 1er avril 1814. Successivement commis aux Bureaux de la Guerre, attaché au secrétariat du duc de Berry et percepteur des contributions directes, il devint maire de Montereau en 1848, conseiller d’arrondissement et chevalier de la Légion d’honneur. Il mourut le 20 septembre 1864. (Note de Joseph Durieux, annotateur de l’édition de ce témoignage).

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, p.99).

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( 27 février, 2019 )

27 février 1815…

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« 27 février [1815]. A huit heures du matin, nous nous trouvions à la hauteur de Capraia. Sa Majesté fit servir le déjeuner ; nous eûmes l’honneur d’y être admis. Après le déjeuner, Sa Majesté régla le quart, pour que le pont ne fût pas obstrué. A une heure, on signala la frégate anglaise sortant de Livourne. On fit force de voiles ; on coula bas un canot qui était à la traîne et qui pouvait retarder la marche du brick. La vue de la frégate nous donna de vives inquiétudes ; elles redoublèrent à la vue d’une frégate française stationnant sur les côtes de la Corse. A quatre heures, on signala un bâtiment de guerre venant droit, vent arrière, à la rencontre de la flottille. Comme il se dirigeait sur nous, l’Empereur ordonna toutes les dispositions pour se préparer au combat. En un clin d’œil le pont fut débarrassé. Tout le monde se casa dans les parties basses du bâtiment ; les grenadiers reçurent l’ordre de ne pas se montrer et de cacher leurs bonnets. Cette disposition tourmentait le capitaine, parce qu’il se voyait horriblement encombré. L’Empereur seul voulut rester sur l’arrière du brick. Le bâtiment approchait ; on reconnut que c’était le brick le Zéphyr, capitaine Andrieux. Les sabords avaient été ôtés, les pièces chargées. Sa Majesté disait : « Laissons approcher, et s’il attaque, sautons à l’abordage. » Ces paroles n’étaient pas rassurantes. Les deux bricks passèrent bord à bord. Le capitaine Taillade, officier de la marine française, était très connu du capitaine Andrieux, qui commandait le Zéphyr, et dès qu’on fut à portée, on parlementa. Sa Majesté dictait les demandes. On demanda au capitaine Andrieux où il allait… A Livourne. Il demanda à son tour quelle route tenait l’Inconstant. – Gênes. – On lui demanda s’il voulait communiquer avec nous ; il remercia et s’excusa en demandant comment se portait l’Empereur. – A merveille. – Et les deux bricks, allant en sens contraire, furent bientôt hors de vue l’un de l’autre. Dans la nuit, le vent fraîchit ; j’eus le mal de mer et j’en souffris beaucoup toute la nuit. »

(Guillaume Peyrusse,  « Mémoires, 1809-1815″, Editions AKFG, 2018. Préface, notes et complément par Christophe Bourachot).

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( 26 février, 2019 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

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( 25 février, 2019 )

Où l’on PARLE de CAMBRONNE à l’île d’ELBE…

Où l’on PARLE de CAMBRONNE à l’île d’ELBE… dans TEMOIGNAGES cambronne

Général de brigade depuis novembre 1813, Pierre Cambronne avait suivit Napoléon dans son exil elbois et avait été nommé commandant de Portoferraio. La police de Louis XVIII, si irritable à tout ce qui avait un rapport avec l’île d’Elbe, informait le comte Beugnot, nommé lors de la Première Restauration, directeur de la Police. Rappelons au passage qu’il avait  servi Napoléon… Vous découvrirez plus bas, une notice complète sur ce personnage.

Plus tard, lors du retour de l’île d’Elbe, Cambronne commande l’avant-garde la petite armée de l’Empereur en route vers Paris et s’empara le 5 mars 1815 de la citadelle de Sisteron.

Mais revenons à ce « Bulletin » de police en date du 29 juillet 1814, tel que Beugnot le transmet au Roi.

C.B.

« Extrait d’une lettre d’un des délégués de la Direction générale : « Nantes, le 23 juillet 1814. On cite à Nantes [Cambronne était né dans cette ville en 1770] une femme dont le fils, M. Cambronne, a servi dans la Garde Impériale et est allé à l’île d’Elbe auprès de Bonaparte ; on le croit général de brigade. Il écrit quelquefois à sa mère, en lui disant qu’il se trouve bien et qu’il a l’espérance de la revoir dans deux ans. Il lui recommande de ne jamais lui parler politique dans ses réponses ; ses lettres n’en parlent pas non plus. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date).

——————

Quelques mots à propos de l’auteur de ce bulletin. Comte Jean-Claude BEUGNOT (1761-1835). Député à la Législative, puis emprisonné sous la Terreur, Beugnot entre au Ministère de l’Intérieur au lendemain du 18 Brumaire. Préfet de la Seine-Maritime, il devient conseiller d’État en 1806, chargé de l’organisation du Royaume de Westphalie (gouverné par Jérôme Bonaparte). En 1807, il y devient ministre des Finances, puis administrateur du Grand-duché de Berg et chevalier de l’Empire en 1808. En 1809, ce haut fonctionnaire est nommé officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire. Préfet du Nord en 1813, Louis XVIII le nomme en 1814, Directeur général de la Police, puis ministre de la Marine en décembre de la même année (c’est le comte Anglès qui le remplacera dans cette première fonction). Beugnot suit le Roi à Gand (Belgique) durant les Cent-Jours.

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( 25 février, 2019 )

Le général Marchand.

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Le général Marchand que Napoléon rencontra devant lui en 1815, à Grenoble, était un brave et habile soldat, un des meilleurs parmi les hommes de guerre de l’Empire. Joubert faisait de lui un très grand cas : « Marchand, écrivait Joubert, a été un de ceux qui ont le mieux servi dans la campagne d’Italie, et c’est un officier de la première distinction. » Napoléon estimait Marchand et l’employait volontiers. Il le confirma général de brigade (12 mai 1800) et le fit général de division (24 décembre 1805) et comte de l’Empire (26 octobre 1808).

Il refusait en 1811 de lui donner le commandement de la 2èmedivision militaire en disant qu’on pouvait « l’employer plus utilement que cela », et, à ce qu’assure Senft-Pilsach, il aurait écrit au roi Jérôme que Marchand, sans être maréchal d’Empire, valait à lui seul quatre maréchaux. Aussi Marchand fut-il, en 1812, chef d’état-major du roi de Westphalie qui commandait l’aile droite de la Grande-Armée.  Cet officier n’a pas écrit de « Mémoires », et c’est peut-être dommage : car sa relation de l’arrivée de Napoléon devant Grenoble est vraiment intéressante [Voir « Lettres de 1815 », d’Arthur Chuquet]. Mais selon un de ses amis, cet excellent homme était très court d’esprit ; « tout ce que j’ai à raconter de mes campagnes, disait-il une fois, c’est que j’ai eu bien chaud en Syrie et bien froid en Russie, que j’ai été blessé à l’assaut de Jaffa et que j’ai passé le Dniepr sur la glace avec Ney. » Peut-être Marchand se moquait-il de son ami, et tout cela ; si peu que ce fût aux yeux de Marchand, valait la peine d’être rajouté. Ajoutons que Marchand ne déplut pas du tout aux Wurtembergeois qu’il commandait en 1812.

Il a l’honneur d’avoir commandé le dernier détachement de l’armée française qui ait quitté le sol russe et l’avait alors avec lui tous les aigles du 3ème corps. Avec Ney et Gérard, il est le héros des suprêmes jours de la retraite. 

Arthur CHUQUET. 

 

 

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( 25 février, 2019 )

Depuis le quartier-général de l’Empereur, à Troyes, le 25 février 1814…

G.Peyrusse

Une lettre écrite par Guillaume Peyrusse, Payeur de l’Empereur, à son frère André.

« … Nous avons vu arriver hier au quartier-général de l’Empereur le prince Lichtenstein. Sa Majesté l’a vu, l’a laissé en conférence avec le major général [maréchal Berthier] et est partie pour marcher sur Troyes. On s’attendait que l’ennemi tiendrait devant la ville, qui elle-même est à l’abri d’un coup de main ; mais nous n’avons eu affaire qu’à une arrière-garde qui a tiré quelques coups de fusil et qui a évacué la ville. Le prince Lichtenstein est revenu pendant la nuit. Par une suite de cette mission, le village de Lusigny, à deux lieues d’ici, a été neutralisé, et des conférences se sont établies entre les généraux Flahaut pour la France, Toucas pour l’Autriche, Schouvaloff pour la Russie et……(sic) pour la Prusse. Elles durent encore et nous sommes encore ici. J’ignore ce qu’il ne résultera. Rien ne transpire. A la vérité il fait un froid excessif. Nous avons trouvé ici les proclamations les plus ridicules, la suppression des droits réunis, etc. ; les actions de ces messieurs ont bien démenti leurs paroles emmiellées. A notre approche, les paysans ont ressaisi leurs armes, et ont amené hier à mille à douze cents prisonniers. La veille on en avait fait pas mal et pris, je crois, quelques pièces de canon. Depuis trois jours, leur retraite était commencée. En arrivant ici, ils ne voulaient pas se pourvoir de soieries dont ils sont très amateurs, espérant les avoir meilleur marché à Paris ; en battant en retraite, ils ont jugé convenable de faire leurs emplettes ici. Ils se retirent pour nous attirer, disent-ils. Notre armée est animée d’un bon esprit. Sa Majesté a profité de cette faute et les a successivement rossés. Ils se sont retirés sur Bar-sur-Aube. Notre armée les suit; un certain camarade émigré amnistié a fait le joli cœur de porter la croix de Saint-Louis et de dîner chez les princes, etc. a notre arrivée, son affaire n’a pas été longue. On lui a lavé la tête avec du plomb.

Une certaine merveilleuse, Mme Bourgeois avait reçu l’empereur Alexandre, avait donné une soirée, enfin, après avoir reçu un cadeau de Sa Majesté, elle avait été conduite en pompe à Châtillon. Le pauvre mari a comparu devant Sa Majesté, qui, en plein salon de service, a tourné en ridicule la conduite de sa femme et lui a dit : « Que votre femme vous fasse cocu avec un de mes officiers d’ordonnance, à la bonne heure ! Mais que ces messieurs non contents de tout le mal qu’ils font à la France viennent encore foutre les femmes, c’est un peu fort ! Que votre femme rentre et que ce qu’elle a reçu soit versé à la commission des hospices, ou je vous envoie tous les deux à la Salpêtrière. »- « Oui, Sire » a dit le mari. Tu auras vu par le Moniteur que Reims a eu aussi son paquet. Cette ville ne risque rien de faire du pain d’épices pour payer ce à quoi l’on imposera pour sa complaisance envers des Cosaques qui n’ont d’humain que la figure… »

Guillaume.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pp.186-188).

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( 25 février, 2019 )

Tableau récapitulatif des combats du 15 au 18 juin 1815.

Waterloo

15 juin. Des combats sont engagés avec les troupes alliées. Les Français parviennent au soir du 15 juin à encercler Charleroi sans avoir eu trop de difficultés.

16 juin. Bataille des Quatre-Bras. Ney est confronté à l’armée anglo-néerlandaise. Leur position allait être enlevée quand arrivèrent la division Picton et le corps de Brunswick. Les combats continuèrent jusqu’à vingt heures. Chacune des armées avait presque repris au soir  les positions du matin. Bataille de Ligny. L’Empereur est confronté au feld-maréchal Blücher. Les Prussiens engagent toutes leurs forces. Cependant, la victoire sera française. Les Prussiens sont en déroute. Les pertes sont considérables des deux côtés.

17 juin. Grouchy est envoyé à la poursuite des Prussiens vers Gembloux. Napoléon s’avance avec ses troupes au nord des Quatre-Bras vers Bruxelles. Cela va conduire à des engagements à Genappe contre les Anglo-néerlandais. Les Français attaquent et poussent jusqu’à la Belle-Alliance mais les mauvaises conditions climatiques vont perturber le mouvement des troupes. Vers 18 h., Napoléon arrive à la ferme du Caillou pour y passer la nuit.  A la mi-journée, Wellington décide un repli de ses troupes sur Mont-Saint-Jean. Ses troupes prennent position pour l’attaque du lendemain aux fermes d’Hougoumont, de La Haie-Sainte et de la Papelotte.

18 juin. 11h30. Début des hostilités à la ferme d’Hougoumont. 13h30. Attaque de l’infanterie du 1er corps de Drouet d’Erlon. 14 heures. Les Français sont, une première fois, repoussés. 14h30. Attaque de l’infanterie anglaise. 15h00. Échec de l’attaque de la cavalerie française. 15h30. Quatre charges de Ney, sans succès. 16h30. Arrivée des Prussiens. 19h00. Napoléon engage ses dernières ressources : la Vieille Garde, mais au vu de la disproportion des forces, la Garde est repoussée. A Plancenoit, la situation se dégrade pour les Français. 20h15. Attaque générale des Alliés. 20h30. L’armée française est enfoncée et se retire en désordre.

Source: Bulletin de la Société Royale Belge d’Etudes Napoléoniennes, 2005, n°46, pp.48-49. Numéro spéciale 190ème anniversaire de la campagne de Belgique.

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( 24 février, 2019 )

Talleyrand en 1814…

Talleyrand

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) ; prince de Bénévent, personnage controversé ayant traversé bien des régimes, est nommé le 23 janvier 1814, par Napoléon, au Conseil de Régence. Après le départ de l’impératrice Marie-Louise et de la cour, le 27 mars 1814, de Paris, il jouera une nouvelle fois sa propre partition. Talleyrand parvient à rester dans la capitale, le 30 mars au soir, puis dirige les négociations avec les Alliés pour la capitulation de la ville. Son objectif prioritaire étant le retour des Bourbons afin de remplacer le régime impérial. Le lendemain, 31 mars, les troupes ennemies pénètrent dans Paris. Le prince de Bénévent met son hôtel particulier de la rue Saint-Florentin, près de la place de la Concorde, à la disposition des souverains alliés. Le tsar Alexandre y résidera. Le 1er avril le Sénat conservateur élit Talleyrand à la tête d’un gouvernement provisoire. Une nouvelle constitution est rapidement rédigée. Elle n’est toutefois pas acceptée par Louis XVIII qui lui préfère une Charte constitutionnelle. Au bout d’un mois d’existence, le gouvernement provisoire est dissous. Talleyrand est  nommé ministre des Affaires étrangères. C’est en cette qualité  qu’il signe le Traité de Paris le 30 mai 1814,  avec les puissances alliées, entraînant pour la France un retour à ses frontières de 1792 (avec quelques petits aménagements compensatoires). Puis le prince de Bénévent représente la France au Congrès de Vienne, tout en étant plutôt favorable à l’Angleterre. En 1815, il est en exil en Belgique et rejoint tardivement Louis XVIII à Gand, avec lequel il entretient à présent des rapports difficiles. Talleyrand rentre en France après la chute de l’Empereur. Il est nommé en juillet 1815, président du Conseil des Ministres, puis Grand Chambellan de France en septembre de la même année.

C.B.

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( 24 février, 2019 )

Retour sur la vie et le parcours d’un « Brave »: Jean-Marie Putigny (1774-1849).

Putigny portraitJean-Marie Putigny naît en 1774 au hameau des Bordes à Saillenard, aîné de quatre frères et sœurs, il devient à la mort de sa mère et de son père chef de famille, il n’a qu’à peine 16 ans. L’un de ses oncles, des voisins charitables ainsi que la bonté du marquis de Beaurepaire aideront les cinq enfants, sans aucune instruction ni argent à vivre dans leur chaumière du hameau des Bordes avec quelques arpents de terre à cultiver. En 1792, c’est jour de fête à Beaurepaire et avec six de ses camarades il s’engage pour défendre la patrie en danger auprès d’agents recruteurs venus de Louhans. Le dimanche 20 mai de cette même année, après la messe et les adieux, c’est le départ, à pied bien évidemment. Sur la route qui les conduit jusqu’au 5ème régiment de ligne à Valenciennes, quatre d’entre eux retrousseront chemin. A leur arrivée, sur les trois restants, deux seront jugés trop vieux, quant à Putigny, avec ses quatre pieds onze pouces il est trop petit  « N’ai que 17 ans aux dernières moissons, en grandira bien en servant la patrie ». Cette réponse lui valu le droit de rester. Pendant ses classes, le « Bressan » comme il fut baptisé par son caporal qui trouvait que Saillenard était bien trop compliqué à prononcer, appris le maniement des armes ainsi qu’à lire et à écrire.

Commence alors une carrière longue de 24 années de guerre et 60 batailles auxquels il prit part. A Maastricht, avec 15 de ses camarades il repousse la cavalerie hollandaise et lutte seul contre trois cavaliers qu’il mit en fuite, lors de la prise de Furnes, il franchit sur un madrier les fossés de la ville ou il pénétra un des premiers. Le 16 avril 1794, il est nommé caporal. Entre Ypres et Dixmude, il défend un pont avec une poignée d’homme alors que plusieurs milliers de Hessois arrivent. Une première blessure en Vendée contre les chouans qu’il qualifie de guerre répugnante car il doit se battre contre des français failli le priver de l’une de ses jambes, elle lui en coûta quand même cinq mois d’hôpital. En 1797 il participe à la bataille de Rivoli sous les ordres de Bonaparte et des généraux Masséna et Joubert ou il reçoit une balle dans sa giberne et une autre dans son chapeau, mais il est à nouveau blessé à la cuisse, ce qui ne l’empêchera pas de continuer la guerre. Le 15 août 1799, il est nommé sergent après sept années de service.

Un bref passage de quatre jours par Saillenard, après huit années d’absence ou il retrouve ses amis, sa  famille venu l’écouter raconter ses compagnes chez Louis l’aubergiste avant de pouvoir rejoindre son hameau des Bordes.

1804, marque son  retour à Paris où il est choisi comme porte-drapeau pour assister au couronnement de l’Empereur à Notre Dame et à la distribution des aigles au Champ de Mars.

Le 2 décembre 1805, à Austerlitz, Putigny sauve son drapeau en plongeant, sous les balles dans un étang glacé. Après la victoire, une voix l’appelle et lui demande d’approcher, il reconnaît la voix de Napoléon « tu vas à la pêche avec ton drapeau, allons, rassure-toi, il est encore plus beau qu’avant, tu es un brave, je te donne l’étoile de ma légion d’Honneur ». Le 3 avril 1806, il est nommé sous-lieutenant au choix des officiers du corps. Dans le village de Spielberg, il fait 20 prisonniers après avoir tranché d’un coup de sabre le bras d’un prussien qui le menaçait d’un pistolet. A Eylau, une balle brise sa pipe dans sa poche, un deuxième boulet le blesse au mollet. Devant Ratisbonne, en 1809, il est le premier officier français à escalader les remparts suivi de ses hommes. Napoléon, passant ses soldats en revue le nomme lieutenant, Baron d’Empire sur le front des troupes qui l’acclament et lui accorde une dotation de 4000 francs de revenus. Il est nommé capitaine des grenadiers en 1812, participe à la campagne de Russie. A Bromberg, sur les 138 hommes que compte sa compagnie, il n’en revient que quatre.

C’est de nouveau le retour vers Saillenard, 10 jours de permissions cette fois après 21 ans de guerre. C’est ainsi que le premier juin 1813, raconte Putigny, « vers deux heures de l’après-midi, j’y entrai au grand trop après 13 ans d’absence. J’y revoyais les lieux de mon enfance, les champs que je labourais avec mon père et la pauvre chaumière ou j’étais né presque 39 ans plus tôt, dans le hameau des Bordes. Je retrouvais mon frère Claude, estropié, et ma petite sœur Jeannette, vieillie et malade. Je payais les deux mille francs de dettes à mon frère et achetais une vache laitière à ma belle-sœur et envoyais quatre cents francs pour l’aider à monter son ménage… Les messieurs de Beaurepaire m’invitèrent à dîner le 3 juin au château. Autrefois, j’y étais venu, mais dans la cour, en sabots aux pieds nus et aussi pour prendre la garde au grand mur au début de la Révolution. Jamais à ce moment, je n’aurais pu penser que j’y retournerai un jour en bel uniforme, dans le grand salon, accueilli en héros par ces messieurs…Le dimanche après la messe, Claude Allarme donna en mon honneur un grand banquet servi sur deux longues tables à l’ombre des tilleuls…Dans leur discours le curé et le maire Allarme après des louanges bien exagérées à mon égard me dirent que le plus cher désir des habitants de Saillenard était que je revienne bientôt m’installer au pays… On se serait cru à la fête de Saillenard et j’avais l’impression d’être devenu le héros du pays… Après qu’une petite fille m’offrant un gros bouquet m’ai dit un compliment, Guénot joua de la vielle, Coulon prit son violon et la jolie Marcelle Petitjean vint me faire danser. La joyeuse assemblée se sépara enfin et l’on me fit cortège jusqu’à la maison… »

 Puis Jean-Marie Putigny repart au combat, à Mayence, Luxembourg, Fleurus et St Amand ou il est à nouveau grièvement blessé. Refusant de se faire panser le bras droit en écharpe, il continu de se battre. Le lendemain l’Empereur s’adresse à lui « voici un bras de moins à mon service. Mais cela ne t’empêche pas de te servir de l’autre. Je te nomme chef de bataillon et officier de la légion d’honneur ».

 Le lendemain ce sera Waterloo puis l’abdication. Il connaîtra le licenciement à Murcheau. Démobilisé, Putigny se retire d’abord à Mâcon ou il vit d’une maigre retraite et se trouve souvent confronté aux représentants du gouvernement de Louis XVIII a cause de ses bagarres, de ses duels, que l’on n’ébruite pas compte tenu de son glorieux passé militaire. Le 21 novembre 1821, il épouse Adélaïde Bidat âgée de 27 ans, fille du capitaine Bidat résista face aux Autrichiens, à Tournus; cet acte de bravoure valut  la Légion d’honneur à cette ville. en 1814. Après avoir habité Cuisery, le couple s’installera définitivement dans leur propriété de Tournus appelée « le Clos Putigny ».

 Avant de mourir le 5 mai 1849, jour-anniversaire de la mort de l’Empereur, Jean-Marie Putigny a retracé dans six gros cahiers ses 24 années qui l’avaient éloigné de son cher village natal et conduit  un peu partout à travers le monde.

Aujourd’hui, le souvenir du capitaine Putigny et baron d’Empire est toujours bien présent, au Clos Putigny à Tournus où il finit ses jours, mais aussi bien sûr à Saillenard où il est né et a grandi, en toute simplicité, dans son hameau des Bordes.

Du témoignage qu’il a rédigé, un livre est sorti la première fois en 1950 chez Gallimard, sous les auspices de Bob Putigny ; ce livre a été réédité en 1980 aux Editions Copernic. Une publication intégrale de tout ce qu’a laissé le brave Putigny serait vivement souhaitable !  Bob Putigny  a peut-être arrangé le texte original du récit rédigé par son ancêtre; en tout cas d’importantes coupures ont eu lieu: Putigny, comme dit plus haut, a laissé six gros cahiers  et  le lecteur, depuis 1950, doit se contenter d’un simple  petit volume édité !

Capitaine P. MATZYNSKI

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Chronologie sommaire.

9 juin 1774 : Jean-Marie Putigny naît à Saillenard.
Mai 1792 : après s’être engagé au régiment de Navarre-infanterie, connaît son premier combat près de Moeulde. Son descendant, Bob Putigny, dans le « Dictionnaire Napoléon » (Fayard, 1987), commet l’erreur de nous parler de l’année 1791, date à laquelle la France n’était point en guerre), puis se distingue lors de la prise de Remegy.
1793 : lors du siège de Maastricht, repousse avec quinze compagnons d’armes une sortie de la cavalerie hollandaise ; au bois de Vicogne, contribue au sein d’une unité de tirailleurs à attirer une colonne ennemie sur des batteries françaises dissimulées, poussant cette dernière à la retraite.
1794 : quelques temps après avoir été nommé caporal, entre parmi les premiers dans Furnes.
1795 : combat les chouans de Basse-Normandie ; il sera blessé lors de cette campagne.
8 août 1799 : est nommé sergent.
3 juillet 1801 : est nommé sergent-major.
8 février 1807 : reçoit cinq blessures à Eylau (on raconte qu’une balle brisa la pipe qu’il avait dans une poche de son carrick, et ainsi se détourna de la poitrine).
1809 : après l’assaut de Rastibonne (23 avril), reçoit le grade de lieutenant et le titre de baron d’Empire, avec une dotation de quatre mille francs.
22 juin 1811 : est nommé capitaine.
1814 : est décoré de l’ordre du lys.
16 juin 1815 : après sa blessure, est proposé pour la croix d’officier de la Légion d’Honneur (il ne l’obtint que le 23 novembre 1831).
5 mai 1849 : meurt à Tournus, le jour-anniversaire de la disparition de l’Empereur.

 

 

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( 24 février, 2019 )

1814: NAPOLÉON, ce GRAND ORGANISATEUR…

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Plus que jamais, alors que la France est menacée de toutes parts.

Sans date [janvier 1814].

Gourgaud ira voir les ateliers de confection de l’administration de la guerre; ateliers d’habillement. Combien d’habits de faits ? Combien en fait-on par jour ? Combien d’étoffes reçues ou à recevoir ? Savoir combien on peut habiller d’hommes avec habits et combien d’hommes sans habits, mais avec des capotes. Il verra la fabrique des schakos, celle des bottes, celle des selles, celle des voitures, l’équipage, caissons d’artillerie, il verra les bureaux d’artillerie, pour me faire connaître s’l n’y aurait pas moyen d’envoyer mille fusils dans les Vosges, mille du côté de Langres, enfin, si bous avons des piques pour armer les vétérans, et combien de fusils cette mesure donnerait. Gourgaud verra le ministre de la Guerre pour savoir si on ne pourrait pas faire venir à Paris tous les vétérans ou invalides qui ont moins de quarante ans et qui seraient capables d’être caporaux. Il faut ordonner une visite à ce sujet dans les places de Louvain, etc., et diriger tous les hommes qui seront jugés disponibles sur Lyon, Fontainebleau et Lille, ce qui donnerait les moyens de réorganiser les cadres.

J’ai ordonné un appel dans les départements, à tous les hommes qui sortent de la Garde ; Gourgaud me rapportera l’état détaillé de tous les canons qui sont à Vincennes, et aux Invalides, et ceux qu’on pourrait faire venir du Hâvre et de Cherbourg sans nuire à l’armement de ces places ; mon but serait d’en envoyer quelques uns à Langres et à Auxonne, afin d’en avoir sous la main quelques pièces pour garnir quelques redoutes. Les pièces des Invalides sont sur affûts marins, ainsi que celles de Vincennes, je crois. Il faut avoir des affûts de siège afin d’employer ces pièces selon les circonstances ; Gourgaud demandera au Conseil de défense si La Fère peut être mis à l’abri d’un coup de main. Gourgaud verra quelle est l’artillerie de la garde qui se trouve à La Fère, et celle destinée pour le premier corps. Il faudra rapprocher de Vincennes les batteries qui sont prêtes, connaître les batteries qui sont prêtes à Douai, pour le premier corps. Comme j’espère qu’il aura sous peu dix à douze mille hommes, il faudrait trois batteries, afin que si je retirais la division Roguet, il y eût l’artillerie près d’Anvers.

Gourgaud verra le comte Daru, pour savoir où sont tous les dépôts des équipages militaires. La guerre se rapprochant des Vosges, il faut en éloigner tous les dépôts, ainsi que tous ceux du train d’artillerie, afin d’éviter ce qui est arrivé près de Trèves.

NAPOLÉON.

(« Lettres, Ordres et Décrets de Napoléon 1er, en 1812-13-14. Non insérés dans la « Correspondance ». Recueillis et publiés par M. le Vicomte de Grouchy », Librairie Militaire Berger-Levrault et Cie, 1897, pp.87-88).

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( 23 février, 2019 )

Une lettre du colonel Puniet de Montfort durant la campagne de 1812

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Celle-ci est adressée à son épouse. Elle est extraite du volume que j’ai souvent cité ici, et qui rassemble de nombreuses lettres de la Grande-Armée interceptées par les Russes durant la campagne de 1812.  Voici quelques mots sur cet officier : « Chevalier de Puniet de Montfort (Joseph), né le 6 avril 1774 à Saint-Privat (Lot).Colonel du génie, directeur du parc général, le 27 janvier 1812, puis chef d’état-major du génie de la Grande-Armée, 1er août 1812 ; maréchal de camp, 1814 ; décédé, 30 janvier 1855 ».

Au bivouac, à deux lieues de Viasma, le 1er novembre [1812].

J’étais si pressé ce matin que je n’ai pu t’écrire deux mots à la hâte. Je veux, ce soir, causer un peu avec toi, quoique je ne sois pas trop à mon aise pour cela. Je suis sûr que tu vas bien me plaindre en me voyant dater une lettre du bivouac, le 1er novembre, le jour dela Toussaint, et dans un climat plus au Nord que Paris de 7 degrés. Tu auras peine à te persuader que je ne meurs pas de froid, quand tu sauras que nous avons, depuis cinq à six jours, un froid de 3 à 6 degrés. Il est cependant vrai que dans une baraque en paille qui n’est qu’un simple abri contre le vent, construit en une demi-heure par six mineurs, et au-devant duquel est un énorme bûcher, j’ai tellement chaud que, comme tu vois, j’écris très couramment à la lueur de ce feu. J’ai, dis-je, tellement chaud que j’ai été obligé de me reculer à quatre ou cinq reprises parce que je me brûlais les pieds, et de m’enfoncer ai fond de la baraque. On fait de la soupe et j’espère passer une bonne nuit.

Je marche avec huit compagnies de sapeurs ou mineurs pour assurer les communications, ce qui me donne peu d’ouvrage, puisque nous tenons la même route que nous avons suivie en allant de Moscou et qu’il n’y a qu’à réparer légèrement les ponts que nous fîmes alors, et ce qui me donne le grand avantage de marcher avec des troupes. Quand je suis seul, mes bivouacs ne sont pas aussi bons. Avec les compagnies, chacun me fournit six à huit hommes pour faire une baraque et allumer mon feu. Je suis comme un colonel de régiment, ce qui est bien, sans contredit, le plus beau poste que l’on puisse occuper en campagne. Je n’entre pas dans d’autres détails parce que mon bois, réduit, en brasier, fait moins de flammes et sur je n’y vois plus si clair. Bonsoir, ma bonne amie, ne me plains pas trop de la nuit que je vais passer. Quoique ce ne soit pas une chose très agréable que d’être au bivouac par un froid de six degrés, je t’assure qu’on y est moins mal, beaucoup moins mal que tu ne le figures. Bonsoir, je t’embrasse.

 

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