• Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 17 février 2019
( 17 février, 2019 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 17 février, 2019 )

Un livre lu…

La France

Je viens de terminer la lecture du dernier livre d’Antoine de Baecque, « La France gastronome. Comment le restaurant est entré dans notre histoire » (Payot, janvier 2019, 234 p., 22,00€) et je n’ai pas été charmé par ce dernier.

Tout d’abord, cette étude ne concerne que Paris, le titre est donc bien inexact. L’auteur est fâché avec la géographie ancienne de la capitale, de ce Paris d’avant Haussmann. Pour lui la rue des Poulies, à Paris (actuel 1er arrondissement) où fut créé en 1765, l’ancêtre du restaurant, dans une ancienne boulangerie, est sur « l’emplacement actuel de la rue du Louvre ». Ceci est inexact car comme le montre les plans de l’époque, cette rue qui prenait naissance tout près de l’église Saint-Germain l’Auxerrois et  qui allait jusqu’à la rue Saint-Honoré, ne couvrait donc qu’en partie un segment de la future rue du Louvre qui ne sera percée que bien plus tard.

Autre fait: la « rue de Grenelle » que de Baecque cite à multiples reprises, n’est pas, comme le croit ce dernier, notre rue de Grenelle, ancienne voie du Faubourg Saint-Germain, et aujourd’hui comprise dans l’actuel 7ème arrondissement. C’est plus exactement la partie sud de la rue Jean-Jacques Rousseau, située non loin de la rue des Poulies. Cette voie gardera le nom de « rue de Grenelle », puis de « rue de Grenelle Saint-Honoré » avant d’être fusionnée en 1868 avec la rue Jean-Jacques Rousseau (rue Plâtrière jusqu’en 1791). C’est dans tout ce secteur, situé non-loin du Palais-Royal (et y compris ce dernier, jusqu’ à son abandon vers 1840, au bénéfice des grands boulevards) que se tiendra le cœur de la gastronomie parisienne.

L’auteur emploie le nom de « Quartier Montorgueil » afin de désigner la rue éponyme où se trouvait le légendaire restaurant « Au Rocher de Cancale »  (établissement créé en 1804 au n°61 de la rue Montorgueil avant de déménager en 1846, à la rue de Richelieu et de revenir plus tard dans cette même rue Montorgueil, mais au n°78) mais cette appellation de « Quartier Montorgueil » n’existait pas avant 1990 (avec la piétonisation de ce secteur et la métamorphose quasi-complète de ses commerces !). La rue Montorgueil, si vivante, a toujours fait partie du  Quartier des Halles, appelation officielle, lesquelles, il est vrai, ont quitté le « ventre de Paris » en 1969 pour Rungis; mais ceci est une autre histoire…

Autre imprécision, pour A. de Baecque, la Terrasse des Feuillants est « l’actuelle rue de Rivoli ».Quel rapide raccourci historique et bien facile pour évoquer cette voie importante de Paris dont la création, sous le Premier Empire (pour la partie longeant le jardin des Tuileries) emportera notamment (et pas seulement) les derniers vestiges du Couvent des Feuillants !

Enfin arrêtons-là l’énumération de telles anomalies en signalant qu’Antoine de Baecque mentionne curieusement l’existence d’une « Porte Saint-Honoré, à l’ouest, au bas des Champs-Elysées».

Là, je ne vois pas, vraiment !

La seule porte de ce nom (une des entrées de l’enceinte de Charles V) et que je connaisse fut celle où fut blessée l’illustre Jeanne d’Arc, lors du siège de Paris dont les Anglais étaient les maîtres, le 8 septembre 1429, par un carreau d’arbalète. Une jolie plaque sculptée rappelle le souvenir de ce fait sur la face d’un immeuble et non-loin de la Place du Palais-Royal (devenue Place Colette). Notons que cet immeuble est mitoyen de l’emplacement du « Café de la Régence » (deuxième du nom), disparu en 1910, remplacé par un restaurant lequel disparu à son tour en 1974 et  fut remplacé par l’Office du tourisme du Maroc. Il était situé au n°161 de la rue Saint-Honoré. Ajoutons, pour la petite histoire, que jusqu’à sa complète réfection (vers 2014/2016), le promeneur attentif pouvait voir sur la facade, quatres belles lanternes, uniques vestiges de cet établissement disparu…

Mais revenons à notre lecture… L’auteur qui aime à utiliser quelques mots synthétiques d’un « néo-français » dans son livre mais incompréhensibles (« ambianceur », « translater », « normés », etc.), offre au lecteur un ouvrage désordonné, ne respectant que bien peu un ordre chronologique défini.

On retiendra en substance que la création et l’évolution du restaurant eu lieu à Paris (navré pour nos provinces qui ne sont mêmes pas mentionnées dans ce livre !). De cette étude, je note la présence de quelques grandes figures: Beauvilliers, Grimod de La Reynière, Brillat-Savarin, Carême, Escoffier qui firent tant pour la renommée de notre gastronomie nationale !

Sur le même sujet, je ne peux que conseiller la lecture d’un ouvrage publié il y a déjà bien longtemps, en 1956, et écrit sous la plume de M. René Héron de Villefosse : « Histoire et géographie gourmandes de Paris » (Les Editions de Paris) ainsi que le petit livre de Patrice Boussell et intitulé: « Les restaurants dans La Comédie humaine » (Editions de la Tournellle, 1950) de plus un certain nombre de raretés sont désormais en ligne sur le site Gallica de la BNF; je pense aux ouvrages de l’inégalable Grimod de La Reynière et à plusieurs guides gastronomiques du Paris de l’Empire et de la Restauration (ce mot est bien choisi!), bien plaisants à lire, y compris pour le parisien du XXIème siècle.

C.B.

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 17 février, 2019 )

Le Général Claparède, un « mauvais camarade » ?

claparde2.jpgDurant la guerre de Russie, le général Claparède commande la division polonaise. Mais cette division, n’appartenait pas au 5ème corps d’armée ou  corps polonais ; elle était portée à la suite de la Garde Impériale. Elle se composait des régiments de la Vistule. « Je donne, écrivait Napoléon le 8 mars 1812 au duc de Feltre, le commandement de la division polonaise composée des régiments de la Vistule au général Claparède », et le même jour Berthier écrivait au Ministre que les quatre régiments de la Vistule formeraient une division à la suite de la Garde Impériale. Brandt vit Claparède au dépôt de Sedan pour la première fois, le 5 avril. « Il était, écrit-il, imposant ; il avait tout à fait la marque d’un général français ; résolu, rude, brusque, et la campagne de 1809 lui valait bon renom. » Mais l’adjudant-major Rechowicz disait à Brandt : « Cet homme-là me paraît être un mauvais camarade ; nous le trouverons toujours en quête de sa proie ; quaerens quem devoret » et quelques mois plus tard, au sortir de Vilna, Brandt accuse Claparède de brutalité : «Nous avions appris à Paris par des officiers qui avaient servi sous Claparède en Allemagne et en Espagne que c’était un homme sans cœur, et nous avions sujet tous les jours de nous en convaincre. Dans nos conversations sa conduite était l’objet du blâme le plus amer. On lui reprochait d’être fier et hautain, de se tenir éloigné des officiers. Quelques-uns prétendaient même, et à tort, qu’il voulait ruiner les troupes polonaises pour en être débarrassé. On rappelait toutes les marches que nous avions faites depuis Vilna, ces nombreuses marches de nuit, ces bivouacs mal choisis » Le payeur Duverger rend le même témoignage ; il assure que  Claparède eut, pendant la retraite, « toute l’urbanité d’un cosaque » et qu’il fut au-dessous de lui-même, qu’il avait, comme tant d’autres, cédé à l’influence de la mauvaise fortune, qu’il n’était plus ce guerrier qui, dans la guerre d’Allemagne, avait mérité les éloges de Napoléon. Quoiqu’il en soit, la division Claparède se signala pendant la campagne, et durant la retraite, elle ne vit guère son général qui fut blessé. Le 28 novembre 1812, à la bataille de  la Bérézina. Aussi, le 12 décembre, à Kowno, Claparède se faisait-il donner par Berthier un congé de convalescence de trois mois « pour se rendre en France et s’y guérir de sa blessure. »  Près de trois mois après, il mande qu’il désire « entrer en campagne » et donner à l’Empereur des preuves nouvelles de son dévouement, mais qu’il est toujours souffrant et hors d’état de mettre ses bottes et de monter à cheval. Le 10 juin 1814, Ney écrivit en sa faveur cette lettre élogieuse au ministre de  la Guerre Dupont :  « M. le lieutenant général Claparède me demande une lettre de recommandation pour vous, et je la lui donne avec d’autant plus de plaisir que cet officier général qui a servi sous mes ordres avec une grande distinction pendant la campagne de 1812, et notamment à la bataille de la Bérézina, est tout à fait digne de votre bienveillance.

Je prie Votre Excellence de vouloir l’accueillir favorablement. » 

Arthur CHUQUET 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
|