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( 18 février, 2019 )

Un mot du général Pelletier…

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Jean-Baptiste Pelletier, né le 16 février 1777 à Eclaron dans la Haute-Marne, élève à l’École d’artillerie de Châlons et lieutenant en 1793, capitaine en second l’année suivante, capitaine en premier en 1800, chef de bataillon en 1804, lieutenant-colonel en 1806, colonel du 7ème régiment d’artillerie en 1808, général de brigade au service du Grand-Duché de Varsovie pour commander l’artillerie et le génie (4 mars 1809), commandait, depuis le 1er juin 1812, l’artillerie du 5ème corps d’armée ou corps du prince Poniatowski. A Smolensk, il rétablit sous le feu des ennemis les ponts du Dnieper qu’ils avaient brûlés, et il reçut alors une forte contusion d’un biscayen qui tua un jeune officier de sapeurs, son officier d’ordonnance. A La Moskowa, Pelletier plaça si habilement ses batteries de réserve qu’elles souffrirent très peu des projectiles russes. A Winkovo ou Taroutino, il fut félicité par Poniatowski. Mais le 2 novembre 1812, à Wiazma, il tombait entre les mains des Russes, et il eut alors avec Anstett (Cf. « Papiers » de Nesselrode, IV, p.116) une curieuse conversation.

Voici comment il jugeait la situation de l’armée française. 

Arthur CHUQUET.

« Napoléon a fait une grande faute de conserver au-delà de 100 pièces d’artillerie. Il eût mieux vaut jeter 500 canons pour arriver avec toute l’armée à Smolensk, au lieu qu’il a perdu la moitié dans les combats qu’il a été obligé de soutenir et dans les affaires journalières aux quelles il n’a pu désormais échapper, sa cavalerie étant exténuée ainsi que ses attelages. Et la cavalerie russe et son charroi sont dans toute leur vigueur ! Et 20.000 cosaques sont sur toutes les routes, en front et en queue ! Et chaque paysan est un ennemi ouvert et déterminé ! »  A son retour de captivité le général Pelletier fut nommé maréchal de camp au service de la France, mais à dater du 20 septembre 1814. Sous les Cent-Jours, il commanda l’artillerie du 2ème corps d’armée et plus tard, l’École d’artillerie de Valence et celle de Toulouse, l’artillerie du siège de Pampelune, l’École d’artillerie et du génie à Metz .

Le 22 novembre 1836, il fut promu lieutenant général. 

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( 18 février, 2019 )

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie.

Depuis ma dernière lettre je n’ai reçu encore aucune lettre de France. Je ne peux pas songer à ce service des postes sans me mettre en colère, je profite pour t’écrire de tous les courriers extraordinaires de tous les officiers en mission, cela ne me réussit pas mieux. Cependant ma  dernière lettre et celle-ci vont sous la protection d’un M. Anglès, inspecteur des postes, qui m’assure qu’elle te parviendra. L’hiver a commencé, nous sommes dans la neige, les nuits sont déjà bien longues et bien fraîches. Si je pouvais de temps en temps lire de tes lettres, cela me réchaufferait, mais pas un mot, pas une lettre, et depuis quatre mois et huit jours pas un signe de vie. Il faut convenir que cela est bien dur. Je te chante toujours la même  antienne parce qu’elle m’occupe beaucoup, on parle que nous allons bientôt prendre des quartiers d’hiver, peut-être l’ordre dans les postes pourra se rétablir et obtiendrons-nous que les paquets amoncelés à Gumbinnen verront enfin le jour. C’est un pays bien vivant que Smolensk et si j’avais une bonne table et ma cave d’Oigny [propriété du général Charpentier, dans l’Aisne] j’aurais de belles occasions de m’en faire honneur, mais je n’en fais rien. Je vis comme un grisgoux [grigou] tout seul. Je fais l’ours et le ferai tant que je n’aurai pas de tes nouvelles. Mets bien sur toutes mes lettres: « Gouverneur général à Smolensk ».

Adieu, embrasse bien pour moi nos petits enfants.

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Le général Comte Charpentier (1769-1831) est général de division, d’abord chef d’état-major du 4ème corps, puis gouverneur de Witebsk, puis de Smolensk en 1812. Son épouse était la fille du général Aubert du Bayet. Lettre extraite du recueil de correspondances interceptées par les Russes durant la campagne de 1812. Publié sous les auspices de La Sabretache en 1913.

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie. dans TEMOIGNAGES retraitederussie

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( 18 février, 2019 )

La cérémonie du Champ-de-Mai (le 1er juin 1815 à Paris) vue par Poumiès de la Siboutie.

Champ de mai

« Avec une carte d’électeur de Maine-et-Loire, j’assistai au Champ de mai qui se tint au Champ-de- Mars. Nous occupions, au nombre de trois à quatre cents, deux pavillons en bois, tournant le dos au Champ-de-Mars et faisant face au pavillon de l’horloge de l’École militaire, avec lequel ils communiquaient par une estrade destinée à l’empereur, à sa famille et aux grands officiers. La majeure partie des électeurs étaient de vieux patriotes de 89 encore pleins d’énergie. Les figures étaient graves et sombres, comme les circonstances au milieu desquelles on se trouvait. L’Acte additionnel aux constitutions de l’empire avait aliéné bien des cœurs à Napoléon. On ne se gênait pas pour en faire la critique à haute voix. En somme, je trouvai cette assemblée peu favorable à l’Empereur. Il se fit attendre longtemps. Lorsqu’il parut, tout le monde se leva. Les cris de « Vive la France, vive la Nation » couvrirent ceux, rares et timides, de « Vive l’Empereur ! ». Son visage s’assombrit. Tout le monde remarqua combien il était changé : il avait pris de l’embonpoint, sa figure grasse et pleine était sans fraîcheur, mais toujours agréable et imposante. Le discours rédigé au nom des électeurs par Carrion-Nisas fut prononcé par Dubois d’Angers, d’une voix distincte et retentissante. Napoléon n’y répondit que quelques mots. Après quoi, il descendit pour aller au Champ-de-Mars passer la revue des troupes nombreuses et distribuer des drapeaux. Il fut reçu avec des acclamations et des cris frénétiques. Tournant le dos au Champ-de-Mars, nous entendions tout sans rien voir et sans savoir au juste ce qui se passait. On nous avait recommandé de ne pas quitter nos places. Après cette revue qui dura une heure et demie au plus, Napoléon repassa devant nous : il avait la figure animée, l’œil fier; il nous salua d’un air hautain. Il était aisé de voir que la réception des électeurs et celle des troupes l’avaient affecté d’une manière bien différente. Les écoles avaient formé des compagnies d’artillerie ; la garde nationale, les ouvriers sous le nom de fédérés, se préparaient à la résistance. Tous s’exerçaient au maniement des armes. Cependant l’enthousiasme qui avait accueilli Napoléon à son arrivée n’était plus le même. L’Histoire dira pourquoi. Moi, je rapporte les faits dont j’ai été témoin. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.158-159)

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