• Accueil
  • > TEMOIGNAGES
  • > Une lettre du colonel Puniet de Montfort durant la campagne de 1812
( 23 février, 2019 )

Une lettre du colonel Puniet de Montfort durant la campagne de 1812

06503071.jpg

Celle-ci est adressée à son épouse. Elle est extraite du volume que j’ai souvent cité ici, et qui rassemble de nombreuses lettres de la Grande-Armée interceptées par les Russes durant la campagne de 1812.  Voici quelques mots sur cet officier : « Chevalier de Puniet de Montfort (Joseph), né le 6 avril 1774 à Saint-Privat (Lot).Colonel du génie, directeur du parc général, le 27 janvier 1812, puis chef d’état-major du génie de la Grande-Armée, 1er août 1812 ; maréchal de camp, 1814 ; décédé, 30 janvier 1855 ».

Au bivouac, à deux lieues de Viasma, le 1er novembre [1812].

J’étais si pressé ce matin que je n’ai pu t’écrire deux mots à la hâte. Je veux, ce soir, causer un peu avec toi, quoique je ne sois pas trop à mon aise pour cela. Je suis sûr que tu vas bien me plaindre en me voyant dater une lettre du bivouac, le 1er novembre, le jour dela Toussaint, et dans un climat plus au Nord que Paris de 7 degrés. Tu auras peine à te persuader que je ne meurs pas de froid, quand tu sauras que nous avons, depuis cinq à six jours, un froid de 3 à 6 degrés. Il est cependant vrai que dans une baraque en paille qui n’est qu’un simple abri contre le vent, construit en une demi-heure par six mineurs, et au-devant duquel est un énorme bûcher, j’ai tellement chaud que, comme tu vois, j’écris très couramment à la lueur de ce feu. J’ai, dis-je, tellement chaud que j’ai été obligé de me reculer à quatre ou cinq reprises parce que je me brûlais les pieds, et de m’enfoncer ai fond de la baraque. On fait de la soupe et j’espère passer une bonne nuit.

Je marche avec huit compagnies de sapeurs ou mineurs pour assurer les communications, ce qui me donne peu d’ouvrage, puisque nous tenons la même route que nous avons suivie en allant de Moscou et qu’il n’y a qu’à réparer légèrement les ponts que nous fîmes alors, et ce qui me donne le grand avantage de marcher avec des troupes. Quand je suis seul, mes bivouacs ne sont pas aussi bons. Avec les compagnies, chacun me fournit six à huit hommes pour faire une baraque et allumer mon feu. Je suis comme un colonel de régiment, ce qui est bien, sans contredit, le plus beau poste que l’on puisse occuper en campagne. Je n’entre pas dans d’autres détails parce que mon bois, réduit, en brasier, fait moins de flammes et sur je n’y vois plus si clair. Bonsoir, ma bonne amie, ne me plains pas trop de la nuit que je vais passer. Quoique ce ne soit pas une chose très agréable que d’être au bivouac par un froid de six degrés, je t’assure qu’on y est moins mal, beaucoup moins mal que tu ne le figures. Bonsoir, je t’embrasse.

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés

Pas de commentaires à “ Une lettre du colonel Puniet de Montfort durant la campagne de 1812 ”

Fil RSS des commentaires de cet article.

|