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( 29 mars, 2019 )

Napoléon à Eclaron (1814).

Napoléon à cheval.

Le 28 janvier 1814, Napoléon passait à Eclaron près Saint-Dizier. Là habitait un homme qui avait joué un grand rôle dans les premières guerres de la Révolution : le maréchal de camp François-Charles Labbé de Vouillers qui fut le chef d’état-major de Dumouriez dans l’Argonne et en Belgique. Vouillers qui suivit Dumouriez fugitif et vécut quatorze ans en Autriche, Vouillers rappelé en 1806 par la protection de Fouché et, veuf et sans enfants, vivait d’une petite rente que lui servait la famille de sa femmes. Il avait inutilement sollicité du service et une pension lorsque, par un curieux hasard, l’invasion étrangère amena à  Napoléon sous son toit. Voici comment Vouillers, sans une lettre adressée à Fouché et datée du 2 avril 1815, a raconté, trop brièvement à notre gré, cette entrevue.

Arthur CHUQUET.

Le 28 janvier 1814, les armées françaises ayant été attirées par celles des puissances alliées du côté de Saint-Dizier dont je ne suis distant que de deux lieues, Sa Majesté l’Empereur, dirigeant sa marche du côté de Brienne, passa par le bourg d’Eclaron, ma commune, où Elle fut reçue avec enthousiasme et fut forcée de s’y arrêter quelques heures, en attendant l’entier passage de son armée sur notre rivière de Blaise assez difficile et sur un mauvais pont ruiné par le laps des temps. A ma prière, l’Empereur voulut bien prendre quelques heures de repos chez moi et s’y rafraîchir. Elle-de ma propre main- et tout son grand état-major. Elle me fit la grâce de s’entretenir avec moi, seul, et le maire de notre commune à qui elle promit l’entier rétablissement de notre pont ainsi que celui du clocher de notre église, écrasé deux ans auparavant par le feu du ciel. (Les décrets ont été rendus par Sa Majesté, mais n’ont pas encore été mis à exécution). Sa Majesté daigna me faire différentes questions sur mes anciens services, à la suite desquelles Elle m’assura de toute sa bienveillance en faisant inscrire sur ses tablettes et le recommandant à un de ses chambellans.

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Fain, rappelant dans ses « mémoires » -pp.258-259) les traits de bienfaisance et de bonté de l’Empereur, cite « dans la campagne de France 2.000 francs à un capitaine retiré à Eclaron (c’est peut-être Vouillers) et 1280 francs distribués aux habitants du bourg d’Eclaron par le général Fouler « [Note d’Arthur CHUQUET].

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.31-32).

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( 29 mars, 2019 )

Daru en 1812…

Daru, Intendant de la Grande Armée, ne fut pas seulement, dans la campagne de 1812, un grand travailleur, un laborieux administrateur ; il déploya la plus remarquable énergie. A Smolensk, au milieu de l’incendie qui menace sa maison, il prend soin de tout, et à minuit, malgré la fatigue et lorsqu’autour de lui Dumas, Kirgener, JDaru en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE Daruacqueminot, Beyle [Stendhal], harassés, d’endorment sur leur chaise, la fourchette à la main, Daru seul résiste au sommeil. Faut-il croire qu’il ait joué près de Napoléon le geôle de discoureur politique que lui prête Ségur. En tout cas, s’il a dit à l’Empereur que la guerre de 1812 n’était pas nationale, il a eu raison, et Gourgaud à tord de prétendre que cette guerre, à cause de la délivrance de la Pologne, était  plus nationale que toute autre, et, après la guerre de la limite du Rhin, la plus nationale qui pût être faite. Faut-il croire également qu’à la bataille de La Moskowa, il avertit l’Empereur que le moment était venu d’engager la réserve ? Gourgaud pense justement que Daru se serait bien gardé de conseiller à  Napoléon un mouvement militaire. Il eut, durant la retraite, le même courage que le comte de Narbonne-Lara. Sa voiture était la dernière des voitures de la maison impériale ; elle renfermait tous les papiers dela Chancellerie et les provisions destinées aux auditeurs qui s’écartaient du précieux véhicule le moins qu’ils pouvaient. Mais Daru n’occupa jamais sa voiture ; il chevauchait toujours à côté de l’Empereur. « Son esprit supérieur, dit un témoin, et son âme vigoureusement trempée lui conservaient l’attitude la plus calme, la plus noble, la plus imposante. » Stendhal n’écrit-il pas qu’il se conduit d’une manière très belle ?

Quels instants cruels il eut à passer lorsqu’à la veille du passage dela Bérézina, il brûla les papiers de l’Empereur ! « La journée de demain, dit-il alors, décidera de notre sort. Peut-être ne reverrai-je jamais la France, ni ma femme, ni mes enfants ; le sort du comte Piper m’attend ; j’irai mourir en Sibérie. » Mais, tout en faisant ces douloureuses réflexions, il montrait la même tranquillité, la même activité qu’auparavant. A Vilna, à Kowno, Daru seconda de tout son pouvoir Murat et Berthier. A Königsberg, il tâche de tout remettre en ordre ; une grande administration, comme il dit, est en ruine, et il faut la rétablir promptement, et que d’efforts continuels, et de mémoire et d’intelligence exige la perte de tous les papiers !

 Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.398)

 

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( 29 mars, 2019 )

Une lettre du général Ledru des Essarts à sa sœur.

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Elle est extraite du très intéressant ouvrage de Jean-Louis Bonnéry et intitulé : « Ledru des Essarts, un grand patriote sarthois méconnu » (Le Mans, chez l’Auteur, 1988). Ce livre fut tiré à compte d’auteur. Madame Lepron, sœur du général Ledru des Essarts, demeurait à La Flèche, ville du département de la Sarthe bien connue pour son prytanée militaire. 

 

Magdebourg, 6 février 1813. [Le général avait d'abord écrit "janvier" mais il l'a barré pour mettre "février"]  

Ma chère amie, 

Je t’ai écrit de Mariembourg le 22 décembre dernier. J’ai écrit en même temps à plusieurs autres personnes, entr ‘autres à mon frère. Tous excepté toi, m’ont répondu. Écris-moi à Mayence où je serai dans huit ou dix jours. Je rentrerai quelque temps ou dans les environs et j’y attendrai les ordres du ministre. S’ils pouvaient que dans 4 ou 5 mois, la saison des eaux arriveraient et je prendrais les bains d’Aix ou de Wiesbaden dont j’ai grand besoin. Ma santé n’est pas mauvaise mais elle est bien loin d’être aussi forte que l’année dernière. Tu ne peux te faire une idée de ce que j’ai souffert. Seul de tous les généraux du 3ème corps, je suis constamment resté debout et à la tête des troupes ; tous les autres ont succombé soit à leurs blessures, soit à  leurs fatigues. Des officiers, beaucoup plus forts que moi ont péri sur la route ou se sont laissé prendre faute d’énergie. J’ai trouvé la faim, le froid, les marches de nuit et j’ai dû m’occuper des continuelles dispositions à prendre dans l’arrière-garde dont j’ai été chargé pendant plus de 200 lieues [environ 1800 kilomètres], sans éprouver d’autre mal que la fatigue.

Cinq de mes domestiques sont morts. J’en ai heureusement conservé trois. 

Trop occupé par la troupe pour surveiller mes propres affaires, j’ai perdu caisson, voitures, bagages et vingt-deux chevaux. Trente mille francs ne rétabliraient pas mes équipages comme je les avais à l’entrée de a campagne. Cependant, ma chère maie, tout ce dévouement, tous ces sacrifices sont en pure perte pour moi puisque jusqu’à présent, je n’ai pu obtenir un emploi de 6 jours pour mes frères, tandis que des intrigants, des criquets qui ne peuvent faire que des courbettes, ou qui d’engraissent sans coup férir dans un bureau, obtiennent ce qu’ils veulent. Si l’honneur national ne me faisait un devoir de rester encore dans le nord, le dépit et le dégoût me feraient abandonner cet ingrat métier ; mais si la campagne qui va s’ouvrir ne m’enlève pas et si j’existe encore à la paix qui se fera avec la Russie, je ferai en sorte de recouvrer ma liberté et d’aller cultiver mon jardin. Donne-moi quelques détails sur ton ménage et sur tes affaires . Je t’embrasse bien amicalement ainsi que ton mari. 

Ton frère affectionné. 

LEDRU DES ESSARTS. 

 

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