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( 9 avril, 2019 )

1814, les COSAQUES en FRANCE…

1814...

TABLEAU HISTORIQUE des ATROCITÉS COMMISES par les COSAQUES en FRANCE.

Cette rarissime plaquette anonyme et sans date, fut imprimée sans doute avant la chute de Paris, le 30 mars 1814. Les évènements décrits ici, par leur sauvagerie et par l’horreur subies par les habitants des régions de l’est de la capitale, y sont à peine croyables. On peut estimer que ces faits se sont produits en janvier, février et mars 1814. Les gravures qui sont annoncées dans cette édition et qui auraient une bonne utilité documentaire, sont toujours manquantes. Ont-elles été seulement réalisées ?

Capitaine P. MATZYNSKI

Dans tous les siècles, la guerre a exercé ses fureurs. C’est un fléau attaché à l’espèce humaine : mais la guerre a ses lois dans le sein même des nations les plus barbares. Les plus illustres guerriers ont respecté les lois imposées aux Puissances belligérantes. Alexandre le Grand avait pour devise : « Je triomphe des âmes orgueilleuses et je pardonne aux vaincus. » César disait à ses soldats : « Terrassez vos ennemis combattants ; mais épargnez les vieillards, les femmes et les enfants, et surtout respectez les propriétés. »

Au mépris de ces lois sacrées, les cosaques inondent la France des forfaits les plus inouïs. Les brigands du Nord, ces anthropophages désolent notre patrie par les atrocités les plus infâmes ; leurs crimes sont innombrables. La fureur et la rage les précèdent en tous lieux.

Le viol, le meurtre, le fer, le vol, le pillage, l’incendie, le carnage, tous les maux de la terre leur sont familiers. Le récit de la férocité de ces barbares fait frémir la nature.

A Montereau, la sœur du curé de Bazoche, pour échapper à la brutalité d’un cosaque, s’est précipitée dans une marre où elle a expiré. Les temples de la religion ont été profanés par ces tartares. Les chaumières, les villages, les hameaux, ne possèdent plus ni meubles, ni matelas, ni draps, ni vêtements ; les chevaux des fermiers, les voitures, les fourrages, les récoltes et les instruments aratoires sont devenus la proie des flammes.

A Sézanne, les habitants ont été réduits au désespoir par les brigandages des peuples féroces du Nord : le vol, le viol et l’incendie étaient à l’ordre du jour : les habitants ont été pillés, déshabillés et battus.

A Nogent-sur-Seine, les portes ont été brisées dans toutes les maisons, les meubles rompus : une partie de la ville a été brûlée. Le reste a été livré au pillage le plus cruel. Les habitants erraient à l’abandon dans les bois. Les hommes étaient déshabillés nus dans les rues ; un homme a été écartelé, les enfants expiraient à la vue des mauvais traitements exercés sur leurs pères et mères. Une femme âgée de 80 ans avait une bague au doigt ; les scélérats de cosaques lui ont coupé le doigt pour avoir cette bague. Cette malheureuse créature est morte de révolution.

Extrait d’une lettre adressée à M. Andryane-de-la-Chapelle, actuellement à Paris, par M. de Vanlay, greffier du tribunal de Nogent, du 22 février.

Hélas ! Monsieur, je n’ai plus qu’à vous retracer les scènes d’horreur dont nous avons été témoins et victimes. C’en est fait de toutes vos propriétés dans notre pays. Que vous êtes heureux de l’avoir quitté ! Vous n’existeriez peut-être pas aujourd’hui. L’ennemi a tout ravagé, tout enlevé ou tout anéanti. Il ne vous reste de votre château que les murailles ; glaces, meubles, tableaux, marbres, lambris, portes, fenêtres, contrevents, volets, tout est détruit, à l’exception de votre magnifique galerie de tableaux, qui a été enlevée toute entière. Vous n’avez plus ni grains, ni fourrages, ni bestiaux, ni chevaux ; vos quatorze cents mérinos ont été égorgés ou emmenés ; enfin, la rage de ces forcenés n’a rien épargné. Une partie de vos grains a été disséminée dans la plaine ; j’ai voulu les faire ramasser et transporter, mais je n’ai pu trouver un seul cheval à Nogent ni dans les environs. A la rentrée des troupes françaises, je me suis porté à votre château avec des tirailleurs ; j’ai eu la douleur d’y voir brûler les derniers parquets. Nous y avons fait deux prisonniers russes qui étaient encore à la ferme occupés à cuire des gaufres ; ils nous ont dit qu’ils avaient l’ordre de faire ainsi la guerre aux châteaux. J’ai été totalement dépouillé comme bien d’autres ; je n’ai que les vêtements qui sont sur mon corps ; il ne me reste pas une chemise pour changer, pas une couverture pour me coucher ; j’ai absolument tout perdu. Ajoutez à cela des humiliations de toute espèce. Mon fils a été forcé, la baïonnette dans les reins, de décrotter les bottes d’un soldat russe.

A Provins, les excès d’atrocités des barbares du nord ont mis le comble à l’indignation ; ils ont pillé, volé et incendié. Ils ont violé les filles, les femmes, et entre autres une femme de soixante ans. Ils ont violé le lieu le plus sacré ; ils ont massacré les malades des hôpitaux.

Enfin, tous les endroits par où ces brigands forcenés ont passé ont éprouvé la scélératesse la plus infâme.

Dans un village près de Brienne, des cosaques ont violé une mère nourrice : d’autres maltraitaient une famille bien respectable, aux cris d’un enfant au berceau ; mais des soldats français accoururent au secours de ces malheureux, en tuèrent plusieurs et mirent le reste en fuite.
Dans un village de l’Yonne, les cosaques mirent le feu à une belle ferme, le tocsin sonna et les habitants en jetèrent une trentaine dans les flammes.

Tous ces récits font horreur. S’ils n’étaient pas attestés par des actes authentiques des maires des villes dont on vient de parler, la postérité ne les croirait jamais.

Mais ce n’est pas le tout ; ces monstres inhumains ne se contentent pas d’exercer leur barbarie sur les villes, ils étendent encore leur rage sur les campagnes. Ils immolent tout à leur fureur ; ils mettent tout à feu et à sang.

Les fastes de l’Histoire n’ont pas fourni à la postérité des scènes aussi sanglantes que celles occasionnées par les cosaques. Achille traîna trois fois, autour des murailles de Troyes, le corps sanglant d’Hector. Mais les atrocités commises par les cosaques à Troyes, en France, surpassent la cruauté du guerrier le plus illustre de la Grèce. Chaque jour voit naître un nouveau forfait ; et ce qui augmente l’indignation, c’est de voir les chefs même autoriser les soldats à commettre les excès les plus affreux. Les siècles de la barbarie n’offrent rien d’aussi cruel que les actions abominables et infâmes des cosaques.

Les demandes formées par les chefs outragent et révoltent tous les esprits. Ces hommes féroces ont violé le pacte social et le droit des gens. Ces hommes barbares ont pillé, volé et saccagé la ville de Troyes. Les maisons religieuses ont été profanées et violées. Le scandale le plus affreux et le plus impie a déshonoré ces saints lieux. L’effroi, le meurtre et le brigandage régnaient dans tous les quartiers de la ville. Les femmes enceintes n’ont pas été respectées. Les autorités constituées ont été humiliées : les réquisitions innombrables que les ennemis ont exigées de la ville de Troyes, ont jeté l’alarme dans toutes les familles. On n’entendait partout que cris et gémissements. Les menaces, les vociférations et la fureur de ces tigres semaient partout l’épouvante et la mort. La ville de Troyes était plongée dans la plus grande consternation. Le sang ruisselait de tous côtés. Les flammes ravageaient les propriétés. Tous les habitants étaient réduits au désespoir. Chacun quittait ses foyers ensanglantés pour se soustraire à la mort.

Le propriétaire du moulin de Fouchy, qui est à une lieue de Troyes, est rencontré par des cosaques ; on le met absolument nu, et il n’a que le temps de se jeter à la nage pour éviter la mort. Il s’est retiré dans la ville avec un simple mouchoir pour se couvrir. Il s’est présenté devant l’Empereur de Russie dans l’état où l’avaient mis les cosaques, et a fait entendre ses justes plaintes. L’attentat dont ce malheureux a été la victime, est resté sans punition, et quatre jours après son moulin avec toutes ses dépendances a été la proie des flammes.

Dans le faubourg Saint-Martin, un vieillard de 70 ans était à l’article de la mort ; sa maison est assaillie par des cosaques ; après avoir été mis au pillage, elle est livrée aux flammes, et on place des sentinelles pour empêcher le malheureux vieillard de s’échapper, et il périt au milieu de ces cannibales qui se réjouissaient de ses cris et de ses douleurs.

Dans une maison de campagne à deux lieues de la ville, intéressante par le nombre des bestiaux, par un troupeau de mérinos et par sa culture, les cosaques ont tout ravagé, enlevé tout ce qu’il avait de plus précieux, et brûlé ce qu’ils ne pouvaient pas emporter. Ils ont assassiné le domestique qui avait la surveillance générale, l’ont coupé par morceaux et l’ont jeté par les fenêtres.

A mesure que l’ennemi se retire, on reçoit des pays qu’il a occupés les informations les plus exactes sur tous les brigandages qu’il y a exercés. Il n’est point de crimes dont il ne se soit couvert ; le pillage, l’assassinat, l’incendie, ont partout signalé son passage. L’indignation est à son comble ; un cri universel de vengeance s’élève, tous les peuples courent aux armes.

A Vieuxmaison, les fermes, les châteaux, ont été incendiés, des vieillards ont été massacrés et des enfants égorgés jusque dans leur berceau.

Mais c’est surtout dans le Gâtinais que Platow et ses tartares ont épuisé tout ce que le brigandage a de plus atroce.

Ces hommes qui, d’après leurs proclamations, ne font point la guerre au peuple français, se sont jetés sur cette province dans un instant où elle n’était pas défendue, et toutes leurs traces y ont été marquées par le crime et la destruction. Il n’est pas un village, pas une ferme qu’ils n’aient ravagés. Ils déchiraient les oreilles des femmes en arrachant violemment les boucles d’or qui y étaient suspendues.

A Lachau, auprès de Souppe, un cultivateur, ayant pris une fourche pour défendre sa fille, a été massacré sur le corps de cet enfant, à peine âgé de 12 ans. Ces barbares poussaient contre la capitale des hurlements féroces ; on en a vu plusieurs mettre des cendres dans leurs mains et les jeter au vent, en criant de toutes leurs forces : Paris !

Un parti considérable de cosaques se dirigea sur Crézancy et Paroy. Après y avoir commis les plus grands excès, ils sommèrent l’adjoint municipal, maître de poste aux chevaux à Crézancy, de leur payer une contribution en argent. Ce fonctionnaire ayant fait quelques représentations, ils le frappèrent à coups de sabre, après l’avoir attaché. La maîtresse de poste venait d’accoucher ; ils mirent une botte de paille enflammée sous son lit. Les habitants armés accoururent heureusement avec un détachement de gardes d’honneur, et se mirent à la poursuite de ces scélérats, qui dans leur fuite ont mis le feu aux quatre coins du village. Ce malheureux endroit est entièrement consumé. L’église et trois maisons seulement ont été préservées des flammes.

Dans les guerres les plus désastreuses, les nations les plus barbares ont respecté les dieux pénates des peuples vaincus, et ont expressément défendu aux soldats de troubler la cendre des morts. Que ces temps sont changés ! Les puissances belligérantes ont insulté à l’auteur de la nature, aux lois divines et humaines, et aux droits des gens. Plus les barbares du nord se répandent dans la France, plus leurs atrocités se multiplient.

Le tableau des calamités que la ville de Sens a éprouvées de la part des cosaques, fait frémir d’indignation tous les cœurs généreux. A peine entrée dans la ville, une soldatesque furibonde pénètre dans le collège, assassine un professeur, se répand dans tous les quartiers de la ville ; fouille, rançonne, dans les rues, les hommes et les femmes, s’empare de leurs vêtements ; enfonce les portes à coups de hache ; s’introduit dans les maisons et exerce un brigandage inouï ; toutes les marchandises sont pillées ; les chevaux, grains et fourrages enlevés, les hospices et maisons d’éducation spoliés. Ces montres furieux enfoncent les armoires, secrétaires et s’emparent de l’argent, des bijoux, brisent les glaces et les meubles. Des religieuses outragées ; les temples profanés, les tabernacles forcés ; les vases sacrés volés ; les femmes, et les filles à peine nubiles, sont violées sous les yeux de leurs époux, de leurs parents, et ces scènes d’horreur sont répétées tous les jours.

La ville de Joigny nous présente également un tableau qui n’est pas moins alarmant. Le 30 janvier dernier, l’armée coalisée prit possession de la ville de Joigny. Les barbares du nord, une lance à la main et le pistolet de l’autre, forçaient les habitants à leur donner et livrer sur le cham, non seulement ce qui était nécessaire à la vie, mais encore des objets de luxe et de fantaisie tels que le sucre, café, liqueurs ; ces réquisitions se succédaient rapidement, et bientôt la ville épuisée ne pouvait plus suffire à leurs demandes. Ce fut alors que les mauvais traitements furent exercés sur les habitants. Les maisons sont pillées et les meubles deviennent la proie des flammes. Un juge du tribunal est frappé avec violence par cinq officiers qui ayant aperçu de jeunes personnes dans sa maison, veulent forcer les portes pour aller dans l’endroit où elles s’étaient cachées ; et sans pitié pour les malheureux enfants à qui la frayeur faisait jeter des cris, ils mettaient le feu à leurs berceaux. Une jeune fille de 18 ans est arrêtée par quatre tartares qui, après avoir épuisé tour à tour sur elle leur brutale luxure, laissent leur victime couverte de blessures.

La maire d’une commune près de Joigny et le juge de paix reçoivent plusieurs coups de sabre, et sont amenés la corde au col et les pieds nus jusqu’à Tonnerre, après avoir été dix fois menacés d’être fusillés.

Une dame respectable voit au milieu de la nuit son asile forcé et pillé, et le partage de tout ce qu’elle possédait se fait sur le lit même où elle était couchée.

A Pont sur Yonne, les excès des brigands n’ont pas été moins abominables. La barbarie de ces tigres restera à jamais gravée dans la mémoire des habitants de Pont sur Yonne. A peine les ennemis sont entrés dans la ville, montres, boucles d’oreilles, tabatières, or, argent, bijoux, tout passe entre les mains de ces hommes féroces ; ils ne se donnent pas le temps de prendre ; ils arrachent tout en pleine rue ; bientôt la ville est remplie d’attentats les plus affreux ; le vin coule à grands flots ; tout est réduit en cendre. Les autorités sont maltraitées, les églises, les presbytères sont dévastés, les prêtres sont dépouillés.

Enfin la ville de Braye-sur-Seine a éprouvé également de la part des brigands du nord les calamités les plus grandes. Aussitôt l’entrée des ennemis dans Braye, les réquisitions de toute espèce, les vexations de tout genre, les coups de sabre et de bâton se répandirent dans toute la ville ; les promenades sont détruites ; les maisons pillées et incendiées ; les meubles cassés, les femmes battues et violées ; plusieurs femmes, pour se sauver des mains des brigands, se sont précipitées dans des mares.

Le sieur Didier, mégissier, chez qui logeaient plusieurs officiers, n’ayant plus de viande à leur fournir, s’est vu menacer par ces cannibales de voir rôtir son plus jeune enfant… la plume se refuse à retracer de pareilles horreurs ; et cependant des témoins dignes de foi ont entendu faire les mêmes menaces à deux autres particuliers.

A Noyen, M. de Monchal, âgé de 76 ans, a été terrassé trois fois sur le perron de son château, dépouillé de ses vêtements et de sa chaussure, et sa montre a été volée par des brigands qui lui marchaient sur le ventre. On a vu ce vénérable vieillard verser des larmes d’indignation en faisant ce récit ; et cependant il n’avait cessé de prodiguer aux soldats son vin, ses denrées et ses provisions de toute espèce.

A Everly, le maire a été forcé d’abandonner son habitation et d’aller passer la nuit dans des marais avec sa femme et six enfants en bas âge. Le souvenir de ce qu’il a souffert arrachait ders larmes à ce fonctionnaire, ancien militaire.

Le nommé Lombard, a été assassiné et coupé en morceaux sous les yeux du sieur Dettou, à qui on demandait son argent, et qu’on menaçait du même sort, s’il ne le donnait à l’instant même.

A Passy, M. Devousges, propriétaire de cette terre, et maire, après avoir satisfait aux demandes exagérées des ennemis, campés au nombre de 6000 dans sa petite commune, avoir vu sa maison ravagée, ses chevaux et ses vaches enlevés, a été saisi à la gorge par quatre de ces forcenés, terrassé et frappé.

A Saint-Sauveur, des femmes, des filles ont été violées ; M. Delhahe, vieillard de 81 ans, et sa femme âgée de 70 ans ont été forcés d’abandonner leur maison et de se réfugier à pied à Donnemarie, chez le maire de cette ville, par suite des mauvais traitements qu’ils éprouvaient de la part des Bavarois, furieux de n’avoir plus rien à piller.

A Montigny-Lencoup, l’adjoint du maire a été frappé de plusieurs coups de sabre, parce qu’il n’avait plus d’eau de vie à leur donner ; il a été blessé à la main ; et le hasard seul à empêché qu’il n’ait été massacré.

Enfin, on termine par observer que les officiers généraux des armées coalisées n’avaient qu’un but, celui d’entrer à Paris, de le brûler, d’en détruire les monuments et d’enlever les femmes françaises pour peupler les déserts de Russie.

Achevons ce triste tableau. Notre auguste Empereur va bientôt purger et délivrer la France de tous ces monstres du nord : le citoyen paisible vivra tranquillement dans le sein de sa famille, et la paix nous récompensera de nos malheurs.

A Paris, de l’imprimerie d’Aubry, au palais de justice, n°37.

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( 9 avril, 2019 )

Lettre du lieutenant général Margaron (1815)

DIVISION DE LA CAVALERIE  Inspection Générale                                                                                         

Limoges, 28 juillet 1815.                 

A Monsieur le lieutenant général de Prévost, directeur de la division de cavalerie au Ministère de la Guerre. 

Mon cher général, 

Les événements qui se passent autour de moi me paraissent inexplicables : toutes nos armées ont capitulé et cependant, on annonce la continuation de la marche des Autrichiens sur le Languedoc d’un côté et sur la Loire de l’autre ; on parle de celle des Prussiens sur Orléans, Tours et Saumur. L’armée du prince d’Eckmühl [le maréchal Davout] a fait sa soumission pure et simple au Roi et cependant, elle reste réunie et travaille à arrêter la désertion et à se renforcer. Les colonels des régiments de hussards ont envoyé l’ordre à leurs dépôts de diriger sur les escadrons de guerre tous les hommes disponibles et cependant, incertain encore du véritable esprit de ces corps, je ne sais si je dois en permettre l’exécution. La cocarde blanche est arborée dans toutes les villes et par tous les militaires qui agissent avec franchise et loyauté et néanmoins, l’on prétend que des chefs marquants permettent encore que celle tricolore paraisse dans leurs rangs ? C’est sous le prétexte des couleurs que des bandes s’organisent, parcourent les campagnes et portent le pillage, la désolation et l’effroi. J’en fais poursuivre une composée d’une vingtaine d’hommes du 5ème régiment de chasseurs commandés par un officier qui a fait contribuer la commune de Saint-Germain-les-Belles [Haute-Vienne], a dépouillé, sur la route, des officiers revêtus de la cocarde blanche et a enlevé tous les chevaux du général Souham dans sa terre de Gourgoudry. Des généraux de cavalerie dont les dispositions ne sont pas fort intelligibles, font exécuter des mouvements aux régiments qu’ils commandent et font prescrire aux dépôts de ces corps de les suivre, cherchant ainsi à s’assurer toutes les ressources qu’ils peuvent avoir. N’ayant aucune instruction du général en chef, en ayant au contraire du Ministre qui me prescrit de continuer à surveiller les dépôts, je m’oppose vigoureusement à ces mouvements. Je les groupe autour de moi et leur donne des chefs capables de les retenir ; mais ils peuvent se laisser persuader et nous échapper. Je ne reçois aucun ordre positif de S.E. le Ministre de la Guerre ; le prince d’Eckmühl ne me donne aucune communication de ce qui se passe à l’armée, de sorte qu’il m’est impossible de me former une règle invariable de conduite et de me prémunir contre les entreprises de ceux qui n’iraient point dans les intérêts généraux de la France et du Roi. Tous les actes publics du général en chef annoncent un bon Français, un excellent citoyen parfaitement décidé à se sacrifier lui-même au bien de son pays, mais il existe des méfiances sur quelques-uns de ceux qui partagent le pouvoir. Cette ignorance des faits, les rapports contradictoires qu’on reçoit à chaque instant, les fables inventées, les exagérations, etc., placent dans une position bien pénible l’officier général qui ne voit que son pays et qui se dévoue entièrement à son service, en évitant tous les partis.

Il me semble cependant qu’il serait bien facile de lui donner une direction sûre et de le faire concourir au bien général en lui faisant connaître la volonté du Gouvernement et tout ce qui se trouverait en opposition avec cette volonté. Il ne craindrait plus alors d’avoir des préventions injustes ; il serait à même d’éviter des fautes et d’inspirer une grande confiance à tous ses subordonnées qui s’étonnent avec raison que leur chef ne soit pas plus instruit qu’eux des décisions du souverain et des intentions du Gouvernement. Je le répète, il faut parler aux troupes, aux officiers de tous les rangs, de tous les grades, il faut dissiper leurs craintes, leur incertitude, rendre à chacun d’eux la confiance et l’énergie et fixer ses principes en lui faisant connaître ses devoirs.

Communiquez, mon cher général, cette lettre à S.E. le Ministre de la Guerre et dites lui que les observations qui y sont contenues méritent toute son attention.

Recevez l’itérative assurance de mon sincère attachement.

Le lieutenant général, inspecteur de cavalerie.

Baron MARGARON. 

P.-S. Comment permet-on de publier, en parlant de l’Armée de la Loire, que ce sont des rebelles, pendant qu’elle est soumise,  qu’elle n’ a plus de volonté que celle du Roi, que la presque totalité des généraux se sont franchement et ouvertement prononcés pour son Gouvernement qu’ils auraient soutenu si on leur eût montré de la confiance et qu’on les eût appelés à la défense du monarque ? Comment permet-on de présenter comme proscrits et désavoués du souverain, des militaires qui se dévouent de bonne foi à sa cause, qui n’ont d’autre volonté que la sienne, d’autre désir que de la connaître pour s’y conformer !  Toutes ces choses affligent les hommes probes, ceux dont toute la carrière militaire est sans tache et qu’il est de la dignité des hommes en place de ménager et d’attacher de plus en plus aux intérêts de la patrie et du monarque.

Je joins à la présente, l’adhésion individuelle d’un officier qui était absent au moment où celle du dépôt m’a été envoyée. 

Lettre publiée en 1907 dans le « Carnet de la Sabretache ».

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A propos du général MARGARON. 

« C’est le type même de l’officier général de l’Empire bien que n’ayant pas un renom aussi important que beaucoup de ses frères d’armes, il eut une carrière très riche. Sa sépulture a fait l’objet d’une restauration grâce au Souvenir Français. Il repose à Paris, au Cimetière du Père-Lachaise, dans la 39ème division. Né à Lyon (Rhône) le 4 mai 1765, Pierre Margaron débuta dans la carrière des armes par le grade de capitaine provisoire dans une compagnie franche qui fut incorporée dans la Légion des Ardennes le 15 août 1792. Nommé second chef de bataillon le 10 décembre suivant, et premier du grade dans cette légion le 10 avril 1793, il en prit le commandement le 14 du même mois. Adjudant-général en l’an III à l’armée du Nord, il passa en l’an IV à l’armée de Sambre-et-Meuse. Le 3 nivôse an VII, devenu chef de brigade du premier régiment de cavalerie, depuis 1er cuirassiers, il fut blessé d’une balle à la bataille de Novi, et, quelques jours après, à la bataille de Fossano, il eut la jambe droite cassée en remplissant une mission du général en chef Championnet. En l’an IX, par suite d’un contre-ordre de Brune, alors général en chef de l’Armée d’Italie, Margaron, qui n’avait avec lui que 200 chevaux et deux pièces d’artillerie, se trouva presque enveloppé par un corps de cavalerie légère ennemie sorti du camp retranché de Vérone, toutefois, il effectua deux charges vigoureuses, reprit le village de San-Massino , y soutint deux attaques du corps qu’il venait de traverser, le repoussa et s’empara de 100 chevaux. Nommé général de brigade en l’an XI, membre et commandant de la Légion d’honneur, les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il avait alors un commandement dans la division de cavalerie du camp de Saint-Omer, qui, sous les ordres du maréchal Soult, forma le 4ème corps de la Grande-Armée, avec lequel il fit la campagne de l’an XIV et combattit à Austerlitz. Blessé de deux coups de feu pendant cette mémorable campagne, il revint en France, et, mis d’abord en disponibilité le 11 avril 1806, il reçut ensuite l’ordre, le 28 juillet, de rejoindre le quartier général de la grande armée, qu’il quitta de nouveau en 1807 pour se rendre au corps d’observation de la Gironde, et de là à l’Armée de Portugal que commandait Junot. Apprenant qu’un corps de 20 000 insurgés s’avançait des rives de Mondego sur Lisbonne, Junot envoya à sa rencontre le général Margaron, qui le battit à Leira, lui tua 8 à 900 hommes, prit tous ses drapeaux et s’empara de Thomar. Faisant ensuite sa jonction avec le général Loison, il déploya la valeur la plus brillante à la bataille d’Évora, en enfonçant le centre de la ligne portugaise, à la tête du 86ème régiment, et en se rendant maître de trois pièces de canon. « Dans cette affaire, écrivait Loison à Junot, les généraux Solignac et Margaron se sont conduits comme ils l’avaient fait dans les campagnes précédentes, c’est-à-dire avec talent, sang-froid, intrépidité, et ont encore ajouté à leurs anciens titres.» Chargé, pendant le siège d’Evora, de l’attaque dirigée du côté de Beja, de Montemor et de l’Aqueduc, Margaron balaya devant lui tout ce qui s’opposait à son mouvement sur les portes de la ville ; n’ayant pu les enfoncer, il fit démolir la muraille à droite et à gauche, sous le feu le plus terrible, et, la brèche pratiquée, lui, le chef d’escadron Simmer, et le capitaine Auguste de Fortin, se précipitèrent dans la place, qui ne se rendit qu’après la résistance la plus opiniâtre. Il se signala d’une manière non moins éclatante, le 20 août de la même année , à la bataille de Vimeira , laquelle décida de l’occupation du Portugal.Rentré en France, il fut investi du commandement des dépôts de cavalerie établis dans les départements des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure. Créé baron de l’Empire, il retourna en Espagne, attaché au 2ème corps, en 1809, et revint en France par congé vers la fin de la même année. Le 6 septembre 1810, il prit le commandement du département de la Haute-Loire, et le garda jusqu’au 22 juillet 1812. Envoyé à la Grande-Armée, il fut nommé général de division en 1813, et adhéra en 1814 aux actes du Sénat.

Fait chevalier de Saint-Louis et inspecteur général de la gendarmerie, il accepta une inspection générale pendant les Cent-Jours et fut mis en non-activité le 22 octobre 1815. Nommé de nouveau, le 14 août 1816, inspecteur général de la gendarmerie, être placé en disponibilité le3 juillet 1821, il mourut à Paris le 16 décembre 1824. »

Source : Site des AMIS et PASSIONNES du PERE-LACHAISE : http://www.appl-lachaise.net/ 

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