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( 10 avril, 2019 )

Lettres d’Espagne…(2 et fin).

Lettres d'Espagne...(2 et fin). dans TEMOIGNAGES 82-000842

Suite et fin de la correspondance du caporal Franconin, en Espagne…

Logroño, 30 décembre 1810.

Votre lettre datée du 30 octobre, en réponse à la mienne de Los Arcos, et sans doute la dernière que vous m’avez écrite, est venue calmer la crainte que m’occasionnait votre long silence. J’ai cru y voir quelques reproches sur la distance qui existe entre la réception de mes lettres et mêmes de leurs dates. Si je voulais me justifier, je répéterais une deuxième dois ce que vous avez lu dans ma dernière ; mais je me contenterai de vous persuader qu’il m’a été absolument impossible de vous écrire plus souvent que je ne l’ai fait jusqu’à présent, à cause du peu d’occasions qui se présentent de faire passer les lettres à Vittoria. Vous n’ignorez pas combien je suis sensible à vois moindres peines ; comment voulez-vous que mon cœur, qui est toujours où vous êtes, ne cherche pas tous les moyens d’adoucir les cuisantes inquiétudes que vous donnez mon absence et les dangers apparents auxquels vous croyez que je suis exposé journellement ? Soyez plus tranquille, je vous prie ; quoique j’éprouve quelques fatigues, elles sont loin d’être aussi considérables que votre tendresse paternelle, qui seule m’en console, vous les fait voir. Il en est de même des dangers ; ils n’existent que pour les personnes imprudentes. Les brigands sont trop peu redoutables, quoique nombreux ; leur perfidie seule est à craindre. Calmez donc vos appréhensions. Je suis presque aussi en sûreté que si j’étais au milieu dela France.il paraît que nous sommes encore ici pour quelque temps. Je le souhaite de tout mon cœur. Les vivres sont bons, les femmes belles et les hommes sont affables. Le régiment de fusiliers-grenadiers d’où je sors et dont je désirerais encore faire partie est en ce moment à Vittoria, à 15 ou 16 lieues de Logroño. S’il était possible d’engager le général à écrire une deuxième fois à MM. Bodelin et Hennequin, peut-être serais-je bientôt au comble de mes vœux.

Si j’avais le bonheur, tandis qu’ils y sont, d’aller à  Vittoria, je m’empresserais d’aller les remercier des promesses qu’ils ont faites à notre brave parent, de me rappeler à la première occasion dans leur régiment.

 Mille souvenirs agréables et reconnaissants pour madame D… . Je rends mille remerciements à l’aimable dame italienne  qui, à votre considération, veut bien s’occuper pour mon avancement.

Logroño, 7 février 1811.

J’ignore depuis bien longtemps ce qui se passe là où vous êtes et comment vous vous portez. Certes, vous conviendrez qu’il est désolant pour un cœur aimant de se voir négligé autant que je le suis. Vous me faites des reproches sur ma paresse, vous le devez, mais n’aurais-je pas bien aussi lieu de vous en faire ? Vous qui n’ignorez pas que c’est la seule consolation que je puisse recevoir au milieu des fatigues militaires. Je vous en prie, soyons plus exacts l’un et l’autre, puisque c’est l’unique jouissance que ne peut plus nous ravir l’espace immense qui nous séparer ; usons-en le plus possible, nous nous apercevrons moins que nous sommes éloignés.

On parle beaucoup d’un prochain départ, nous ne sommes tous fâchés. Que nous parcourrions tous l’Espagne qu’il nous serait difficile de trouver une meilleure garnison. Nous faisons beaucoup de service, mais aussi nous sommes bien. La Jeune Garde a reçu depuis peu une nouvelle dénomination. Les chasseurs se nomment maintenant voltigeurs de la Garde ; ils sont quatre régiments. Les grenadiers se nomment tirailleurs et forment autant de régiments que les voltigeurs. Ainsi, dorénavant, dans vos adresses, n’écrivez plus tirailleurs-grenadiers, mais 1er régiment de tirailleurs de la Garde. Ca ne change en rien le cadre des sous-officiers des premiers régiments des tirailleurs et voltigeurs. Ils comptent toujours et reçoivent la paye de la Vieille Garde. Écrivez-moi promptement. Je duis impatient d’apprendre si vous jouissez tous d’une bonne santé, si ma précédente [lettre] a trouvé ma tendre et chère mère un peu remise de la longue et terrible maladie qu’elle a éprouvée et si celle-ci la trouvera entièrement rétablie. Je fais des vœux pour que cela soit et pour apprendre bientôt qu’ils ont été exaucés. Veuillez persuader à la charmante dame italienne que je n’oublierai jamais ses offres obligeantes.

Burgos, 12 mai 1811.

J’ai reçu vos deux lettres datées du 9 et 23 avril, qui m’ont causées un sensible plaisir. J’ai trouvé dans la première une douce plaisanterie mêlée de sages conseils dictés par l’intérêt et l prévoyance paternelle, capables de me faire revenir sur mes égarements si les passions passagères avaient plus d’empire sur moi.  Ils seraient venus un peu tard s’ils eussent été nécessaires. Les femmes espagnoles, quoique belles et aimables, ne me causeront jamais un sensation trop vive, avec leur air dédaigneux et imposant quoique dans le fond elles en soient très éloignées. Elles céderont toujours dans mon cœur à la gaieté et aux grâces naturelles de nos charmantes Françaises. Pour les coups de pied de Vénus que vous paraissez appréhender, soyez tranquille, j’y veille. Les sens ne m’aveugleront pas assez pour m’entraîner dans les repaires où se vendent de détestables plaisirs. Le régiment, il est vrai, a beaucoup souffert depuis qu’il est en Espagne ; il s’est éprouvé plusieurs fois avec des bandes de brigands six fois plus nombreuses et s’en est toujours tiré avec honneur et avantage. Nos soldats sont des hommes faits, tous de mon âge ou un peu plus vieux, d’une complexion robuste, capables de supporter mes plus grandes fatigues et de voir sans crainte le péril ou la mort. On vous a donc grossi les objets ; nous avons fait quelques pertes qui ont très peu diminué le régiment, et certes, c’est un de ceux qui ont obtenu le plus de succès et qui ont été les moins maltraités. N’ayez plus d’inquiétude ; je jouis d’une santé parfaite et serai peut-être bientôt plus à même de vous en donner la certitude de plus près, si on ne ment pas. Votre esprit travaille, j’en suis sûr ; très bien, que pensez-vous que cela soit ? Comme vous chercheriez trop longtemps, je vais vous le dire. Apprenez donc que l’Empereur, par un décret, reprend tout le cadre des officiers, sous-officiers, caporaux et tambours sortant de la Vieille Gardepour le 2ème régiment de grenadiers ; que nous ne sommes ici que jusqu’à ce que nous soyons relevés ; qu’aussitôt après, nous prendrons la routez de la capitale pour rejoindre cet ancien régiment; que je suis compris dans le nombre ; que, sans cette nouvelle, je serais fourrier dans la même compagnie, puisque j’ai été présenté il y  a plus de trois semaines et que je le serai peut-être en arrivant à Paris.

Respirez maintenant, vous devez en avoir besoin. Que l’espérance de me savoir bientôt caporal ou fourrier des vieux grenadiers chasse tout à fait ces idées noires et douloureuses que vous causaient les périls auxquels vous pensiez que j’étais sans cesse exposé. Il est possible que nous partions bientôt ; je vous prierais donc de vouloir bien me donner dans votre prochaine [lettre] les adresses de vos amis et de ceux qui vous aiment. J’éprouverai une bien douce jouissance d’y voir le général avec sa jeune er charmante épouse. J’en ai reçu une lettre renfermant l’adresse de son hôtel à Paris. Il me dit avoir écrit par le même courrier au général Dorsenne. Je le crois, mais je n’ai encore rien su de son effet.

 Je me propose de lui écrire un de ces jours, à son adresse, à Paris.

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( 10 avril, 2019 )

Une LETTRE de FESQUET, INTENDANT de MOHILEW, à sa mère…

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L’auteur de cette lettre, Alfred Fesquet, né en 1771, baron de Baulche, est auditeur au Conseil d’Etat (section de la Préfecture de police). Durant la campagne de Russie, il est attaché au quartier-général en qualité d’intendant des provinces conquises et employé à Mohilew. Entré dans l’armée en 1814, il démissionne comme capitaine au corps d’état-major en 1832. Il était apparenté par son père au général Mathieu Dumas.Ce document est extrait du très instructif volume rassemblant les lettres de la Grande-Armée interceptées pendant la campagne de Russie. Il a été publié en 1912.

Mohilew, le 3 novembre 1812.

Ma chère et bonne maman, voilà un siècle que je n’ai reçu de lettres. Nous voilà tout à fait en hiver ; il gèle, il neige, il pleut, et l’on ne sort plus à pied, si sans fourrure. Heureusement que j’ai à mes ordres une bonne voiture. Je suis équipé comme un prince, mais que mon père soit en repos, c’est une galanterie de mon gouvernement qui nous a donné au gouverneur [le général marquis d’Alorna] et à moi une voiture toute montée. Les fourrures qu’on trouve ici sont peu belles, mais fort chères. Quand tout sera plus tranquille, j’espère qu’il en viendra de Moscou. Nous avons dans Mohilew trois couvents : les Jésuites, les Carmélites et les Bernardins. Nous avons tous les dimanches messe militaire chez les Carmélites. Il y a une grande quantité d‘églises grecques, surtout  une qui est très belle par ses peintures et qui fut construite par Catherine II, lors de sa célèbre entrevue avec Paul Ier dans la capitale de son gouvernement.

FESQUET.

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( 10 avril, 2019 )

A Paris, en mars 1814…

1814 à Paris

« Dans les premiers jours de mars, afin de relever le moral des habitants de Paris, on chargea la garde nationale d’aller à Saint-Denis recevoir un convoi de trois à quatre mille prisonniers de guerre. Les douze légions y envoyèrent chacune un bataillon. Le convoi fit son entrée dans Paris au bruit des tambours et de la musique, et fut conduit par les boulevards sur la place Vendôme. C’étaient, en grande partie, des jeunes gens aux figures naïves, étonnés de tout ce que Paris leur présentait d’étrange et de curieux. Cette espèce de triomphe fut généralement regardé comme étant de mauvais goût. Encore quelques jours, et ces mêmes prisonniers devaient être maîtres de Paris. Un des derniers jours de ce mois, j’allai avec quelques amis faire une longue promenade du côté des Buttes Chaumont et de Saint-Denis. Rien n’annonçait l’intention sérieuse de défendre Paris. Quelques mauvais ouvrages en terre élevés à la hâte, peu ou point armés, étaient tout ce qu’on avait à opposer à l’ennemi, dont les éclaireurs commençaient à se montrer dans le voisinage de Saint-Denis. A défaut de connaissances spéciales, le simple bon sens me fit voir l’impossibilité de sauver Paris. Et cependant, malgré ces mauvaises dispositions, la défense fut opiniâtre, et le canon et la fusillade se firent entendre toute la journée du 30 [mars 1814]. »

(Docteur Poumiès de la Siboutie , « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 134-135).

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