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( 11 avril, 2019 )

Rapport du colonel Blein sur la prise de Ratisbonne (23 avril 1809).

1809 1

Rapport de la prise de Ratisbonne, fait au général comte Bertrand, aide-de-camp de l’Empereur, commandant en chef du génie.

A Ratisbonne, le 24 avril 1809.

Mon Général, 

L’Empereur m’ayant envoyé hier, vers une heure, faire la reconnaissance de la place, pour prendre un parti sur les moyens de l’enlever, je reconnus qu’il existait en dehors d’un mur d’enceinte crénelé et fort élevé, une espèce de fausse braie en avant de laquelle était un fossé sec, large et profond, dont les escarpes étaient revêtues et avec une petite cuvette au milieu. L’artillerie ne pouvant battre que le mur crénelé, je fis prévenir S.M. qu’il fallait employer le moyen de l’escalade, pour descendre et remonter vis à vis où l’on ferait brèche ; S.M. adopta ce moyen et l’on envoya chercher des échelles. Je fis disposer huit pièces de 12 et de 8 pour battre en brèche le mur crénelé à droite de la porte Peter et enfilant la petite rue Kirschgasse ; en même temps, le reste de l’artillerie et des obusiers, battaient un flanc du rempart qui nous incommodait. A trois heures, la brèche ayant été reconnue praticable, deux soldats du 25ème régiment de ligne (je crois) furent placer les premières échelles ; une compagnie de ce régiment marcha au pas de charge et, conduite par le capitaine du général Beaulieu, elle descendit le fossé, plaça les échelles pour gravir l’escarpe et, malgré le feu de flanc, nous eûmes bientôt quelques hommes sur la brèche, ce qui fit fuir l’ennemi du mur crénelé en face. Deux autres compagnies marchèrent à la suite de la première, conduites par le lieutenant du génie Séa. Nos soldats se glissèrent dans les maisons à droite de la brèche et s’y établirent. L’ennemi tenait dans les maisons, les clochers et nous blessait beaucoup de monde. Enfin, un bataillon (le 2ème du 25ème) étant rentré, on s’empara de trois îles de maisons, dont une sur la gauche, afin de pouvoir gagner la porte. A quatre heures, nous en fûmes maîtres. Je parlai au commandant ennemi qui se rendit et nous pria de faire cesser le feu. Mais les soldats nous fusillaient toujours des tours et des maisons qu’ils occupaient. La porte était barricadée et une travée du pont détruite. Je fis démasquer la porte et rétablit le pont. Le capitaine du génie Theiblier m’aida dans cette opération et en dix minutes tout fut prêt pour le passage de nos colonnes d’infanterie. La division Gudin entrait et le feu de l’ennemi continuait. On tua beaucoup d’Autrichiens dans les rues et on marcha droit au pont de pierre sur le Danube. L’ennemi occupait en force le château à son extrémité ; la porte en était barricadée. Je priai M. Bongars, officier d’ordonnance de l’Empereur, de faire arriver de l’artillerie pour briser la porte ; on avait fait deux tentatives inutiles pour s’en emparer, mais l’artillerie ayant joué, une compagnie de grenadiers s’en rendit maître. On poursuivit l’ennemi sur le pont de la Regen, qu’on trouva un peu endommagé. La 1ère compagnie du 65ème bataillon de sapeurs s’étant trouvée , j’eus pris un détachement pour faire rétablir le pont ; deux sapeurs y furent blessés. Le reste de la compagnie et celles qui arrivaient successivement furent employés à rouvrir les portes de la ville et à en rétablir les ponts pendant la nuit. La batterie qui tirait sur le flanc dont le feu nous incommodait si fort au passage de la brèche [et] a mis le feu à des hangars adossés au mur crénelé ; l’incendie s’est propagé et a consumé plusieurs îles de maisons voisines ; l’ennemi, de son côté, a jeté beaucoup d’obus dans la ville, de ses positions au-delà de la Regen, en sorte qu’elle a beau coup souffert. On doit avoir fait prisonniers près de 2,000 hommes dans la place. Il n’y a presque pas de rue où l’on ne voie cinq à six cadavres autrichiens. Ce spectacle était affreux et désolant. Les habitants, pleins d’effroi, n’osaient sortit de leurs maisons et tout a concouru à augmenter le mal. Je vous prie, mon Général, de vouloir bien faire part à Sa Majesté de la bonne conduite des officiers et des troupes du génie que j’ai employé et de leur obtenir une partie des grâces qu’elle accorde aux héros. 

Le Colonel chef de l’état-major du génie, 

H. BLEIN. 

Publié dans le « Carnet de la Sabretache » en mai 1895. 

 

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( 11 avril, 2019 )

A propos du colonel Neil Campbell. Quelques mots de John Hobhouse.

Portrait CampbellJ‘ai déjà évoqué sur « L’Estafette », la figure du colonel Campbell, commissaire britannique chargé de la surveillance de l’Empereur à l’île d’Elbe.

C.B.

« Lorsque j’ai connu le colonel Neil Campbell, c’était un homme estimable ; mais il est possible qu’étant en familiarité avec lord Cathcart, et étant habitué aux dignités de ce monde, il fut d’abord étonné et ensuite dégoûté de trouver dans un général et un souverain toutes les faiblesses et tous les vices communs à l’humanité. Il aurait pu voir avec une sorte d’étonnement  cet homme qui tous les jours faisait sortir de terre un soldat ; il aurait pu s’enorgueillir davantage d’être le gardien d’un pareil Néron: mais ne reconnaître en son prisonnier aucune des qualités qui doivent accompagner la souveraineté légitime, ne découvrir dans ses manières et dans sa conversation aucun trait qui puisse lui donner une supériorité marquée; dire que cet homme parlait librement et comme en se jouant des actions de sa vie passée, et quelquefois de ses projets et de sa destinée future ; qu’il ne prenait aucun soin de cacher ses faiblesses ou ses erreurs, et qu’il était en effet un homme comme lui, c’est ce qui paraît intolérable, et qui le sera toujours pour quiconque est habitué à contempler les objets d’un certain point de vue, et à prendre l’élévation du grade pour la hauteur de stature. Si Napoléon s’était montré orgueilleux, bizarre, réservé, imposant et présomptueux, il aurait été aisé de reconnaître en lui les caractères distincte de la toute puissance et de se prémunir contre les efforts qu’il aurait pu faire pour recouvrer sa couronne. »

(John HOBHOUSE  « Histoire des Cent-Jours ou dernier règne de l’empereur Napoléon. Lettres écrites de Paris , depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. Traduites de l’anglais » , Paris, Domère, Libraire, 1819, pp.24-25)

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