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( 12 mai, 2019 )

Souvenirs sur le baron Larrey.

Larrey

« …le 14 août [1842], eurent lieu les obsèques de Larrey, le célèbre chirurgien militaire [Il s’était éteint le 25 juillet précédent à Lyon] , dont Napoléon a dit que c’était le plus honnête homme qu’il eût rencontré. Je l’ai connu intimement. C’était un homme d’une activité prodigieuse, dur au mal et à la fatigue. Il pouvait impunément passer plusieurs nuits sans se coucher. Assis à rebours sur une chaise dont le dos lui servait à appuyer sa tête, il dormait, disait-il, comme dans son lit. Il était d’une taille au-dessous de la moyenne, trapu, robuste, fortement membre, la tête volumineuse, couverte d’une chevelure plantureuse, le visage expressif où dominait la bonté. Il avait une magnifique collection d’autographes que j’ai parcourue bien souvent. Il y avait des lettres de Napoléon et de sa famille, des hommes marquants de la Révolution, de tous les hommes de guerre de la République et de l’Empire. J’y ai vu une lettre de notre brave compatriote Daumesnil, ainsi conçue :

« Tout va bien, mon cher Larrey. Mon bobo sera bientôt guéri, et il ne me restera plus de souvenir de mon accident qu’une jambe en chair et en os de moins et une jambe de bois de plus. Je ne m’en suis pas mal tiré. Reçois mes remerciements par écrit. Je ne sais quand je pourrai te les adresser de vive voix.

Daumesnil.

 Vienne, 30 août 1809. »

Je possède dans mes papiers une lettre de Larrey, où il dit que Marc-Aurèle fut le plus honnête homme de l’antiquité. Un soir, me trouvant dans un salon à côté de Desgenettes, je lui dis : « Ah ! voilà Larrey avec ses longs cheveux. — Eh ! mon Dieu, je le vois bien. Et n’allez pas lui dire de les couper. Il prétend que sa tête est historique, et il n’y veut rien changer. » Quelques moments après, causant avec Larrey : Savez-vous, lui dis-je, que Desgenettes fait faire son portrait ? — Oui, par Gérard, qui prétend que c’est une vraie tête de chat. » Desgenettes n’avait aucune des belles qualités de Larrey. Cependant sa conduite dans le grand hôpital de Jaffa, en Palestine, fut héroïque, quoi qu’en aient pu dire les envieux. Plonger une lancette dans le bubon d’un pestiféré agonisant, s’inoculer par des larges piqûres sur les bras cette matière délétère, c’était beau. L’armée reprit courage, la peur n’éloigna plus des pauvres malades ceux qui étaient chargés de leur donner des soins. Desgenettes m’a raconté plusieurs fois tous les détails de ce fait historique, qu’ila publié depuis dans ses mémoires sur la campagne d’Egypte. Il y avait une grande différence entre ces deux hommes. Larrey était vif, emporté même, mais bon et excellent homme, voyant avec plaisir surgir des hommes de talent, les encourageant de ses conseils, les aidant de sa bourse et de son influence. Vingt ans passés sur les champs de bataille, dans des ambulances encombrées de blessés, l’avaient familiarisé avec la vue du sang, mais lui avaient laissé cette chaleur de cœur, cette charité compatissante pour ceux qui souffrent. Aussi toute l’armée le connaissait, l’aimait et avait foi en lui. « Larrey y sera », disaient les soldats la veille d’une bataille, et les moins braves devenaient courageux. Desgenettes était disgracieux, hargneux et, comme on dit vulgairement, mauvais coucheur. Il était bon et humain, mais dur en paroles. Napoléon en faisait grand cas, et dans beaucoup d’occasions il en obtint de bons services. Il s’entendait, de même que Larrey, à organiser, à improviser des moyens de secours. Tout manquait dans un hôpital; deux jours après l’arrivée de Desgenettes, tout y abondait.

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.268-270)

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( 12 mai, 2019 )

Quatre lettres du colonel Castex (1806-1809).

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Elles furent publiées la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » (n°123) en mars 1903.

Bernard-Pierre Castex fut un des meilleurs cavaliers de la grande épopée, est né à Pavie, dans l’Armagnac, le 29 juin 1771. Parti en 1792 comme volontaire dans les chasseurs à cheval de son département (Gers), Castex était général de division le 28 octobre 1813. Napoléon le créa baron de l’Empire en 1808 ; Louis XVIII lui accorda le titre de vicomte en 1822, le nomma grand-officier de la Légion d’honneur et grand-croix de Saint-Louis. Le vicomte de Castex est mort à Strasbourg le 19 avril 1842.

Belmar, le 15 octobre 1806.

Tu dois être surpris de ne pas avoir reçu de mes nouvelles pendant mon séjour à Versailles, je ne le pouvais pas, n’y ayant resté que 6 jours dans des occupations très multipliées ; au surplus je ne t’en aurais pas donné de plus satisfaisantes que celles-ci. Hier (à Iéna), nous avons complètement battu l’armée prussienne ; les débris de cette armée se retirent en désordre, nous la poursuivons sans qu’elle puisse nous échapper. J’ai fait exécuter une charge au 7ème régiment de chasseurs que je commandais comme major depuis trois jours qui m’a parfaitement réussi et qui m’a fait nommer colonel sur le champ de bataille. L’Empereur a demandé à me voir et m’a dit : « Vous êtes un brave, vous êtes colonel. Dites aux chasseurs que je savais qu’ils valaient mieux que les Saxons et les Prussiens. » Cette journée a été pour moi la plus belle de ma vie, mon père et ma mère partageront sans doute la satisfaction qu’elle m’a fait éprouver ; plus tard et quand j’aurai le temps je te donnerai quelques autres détails. Le colonel Marigny (du 20ème chasseurs) avait repris le commandement de son régiment huit jours avant cette bataille où il a été enlevé par un boulet de canon  et c’est son régiment que je commande.

CASTEX.

——–

Ming, le 12 mars 1807.

A son ami Despax.

Il m’a été impossible, mon cher ami, de te donner plus tôt de mes nouvelles. J’ai constamment été à l’avant-garde depuis le 28 janvier [1807] et tu dois savoir que la poste aux lettres ne la suit pas ordinairement de très près. C’est donc ce motif seul qui m’a prouvé du plaisir de t’écrire, je désirais d’autant plus trouver un moment favorable pour cela, que je suis persuadé que vous avez dû avoir tous de l’inquiétude surtout après les différentes batailles que nous avons eues dans le mois de février : celle du 8 principalement [celle d’Eylau] a été on ne peut plus meurtrière pour les Russes, beaucoup plus que pour nous. En un mot, le champ de bataille d’Eylau est la plus belle de toutes les horreurs que j’aie vues de ma vie et on y a remarqué qu’il y avait au moins 4 Russes pour un Français. Mon régiment a un peu souffert dans toutes ces affaires, mais avec quelques jours de repos il n’y paraîtra plus, les braves qui ont péri seront remplacés par d’autres. Quant à moi je me porte très bien, le repos que je prends dans ce moment me fait le plus grand bien, je désirerais même qu’il se prolonge encore quelques mois, mais j’en doute.

CASTEX.

——–

Burghausen, le 30 avril 1809.

Trois batailles, trois combats et autant de victoires et je me porte bien. La Bavière est entièrement évacuée et nous marchons sur Vienne où nous serons sans doute avant un mois. Les journaux te donneront les autres détails, en attendant je monte à cheval pour faire l’avant-garde de l’armée.

CASTEX.

——

Neustadt, le 17 mai 1809.

Je me porte bien, mon cher ami, l’armée est à vienne et mon régiment sur les frontières de la Hongrie où nous espérons trouver plutôt des mais que les Landsturm qu’on nous avait annoncés, s’il nous prend envie d’y entrer ; en attendant, nous nous reposons un peu de nos fatigues. Je ne  parle pas de nos succès, persuadé que les journaux ont soin de t’en donner tous les détails, mais je te dirai que Dayrens s’est trouvé si fatigué qu’il est resté à 30 lieues d’ici avec les officiers blessés.

CASTEX.

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