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( 12 août, 2019 )

A découvrir…Un blog dédié au cinéma français (1950/1985)…

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( 12 août, 2019 )

Une lettre du général Desvaux de Saint-Maurice à sa femme.

Une lettre du général Desvaux de Saint-Maurice à sa femme. dans TEMOIGNAGES 06503074

Voici une des ces fameuses lettres interceptés par les Russes. Le général baron Jean-Jacques Desvaux de Saint-Maurice, est né le 16 juin 1775, à Paris. Il est nommé général de division en 1813. Cet officier sera tué à Waterloo, avec le grade de colonel de l’artillerie de la Garde. 

Viasma, le 1er novembre 1812. 

Ma bonne petite femme, impossible de t’écrire lorsqu’on marche depuis quatre heures du matin jusqu’à six ou sept heures du soir dans une saison où il fait encore obscur à sept heures du matin et déjà nuit à cinq. Impossible de t’écrire lorsqu’on bivouaque tous les soirs dans une saison où il fait déjà bien froid, où l’on ne pense qu’à se chauffer. La privation  du sommeil est ce qui me coûte le plus, car depuis notre départ de Moscou, je n’ai guère eu que quatre heures de sommeil par nuit.  On arrive à 6 heures, on se chauffe et l’on mange jusqu’à 10, et il faut se lever à 2 pour partir et faire partir à 4 heures du matin. Voilà ma vie présente, ma bonne amie. Nous avons eu occasion de tirer le canon le 25 de ce mois après la ville de Malojaroslavetz contre une division de cosaques, qui était venue nous inquiéter jusqu’autour du quartier-général.  Nous avons tiré seulement 250 coups de canon et cette petite affaire était terminée vers les midis.  C’est le 1er escadron de l’artillerie à cheval qui s’est battu, celui de Georges [Le chevalier Georges de Lemud, capitaine de la 1ère compagnie de l’artillerie à  cheval dela Garde Impériale.  Il avait été promu chef d’escadron le 1er octobre 1812] était derrière en position.  Le colonel Marin [Major de la vieille Garde (colonel) à la suite de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale, commandant le 1er escadron] a été blessé à la cuisse d’un boulet de canon qui heureusement n’a pas pu toucher l’os. Il marche avec nous dans son fourgon, où il se trouve aussi bien que possible. J’espère que sa blessure n’est pas dangereuse, mais comme il désire annoncer lui-même cet accident à sa femme, n’en parle à personne la première. N’attends pas de lettre de moi de longtemps et sois tranquille sur mon compte : ma santé est toujours très bonne, Dieu merci !    Plains-moi un peu de coucher dehors toutes les nuits par le temps qu’il fait ; cependant je te dirai qu’avec mes deux pelisses je n’ai pas froid du tout. 

Doucet te dit bien des choses ; il commence ma soupe dans ce moment. 

Adieu, bonne… 

DESVAUX. 

 

 

 

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( 12 août, 2019 )

Les TRANSMISSIONS dans la GRANDE ARMEE (I).

Les TRANSMISSIONS dans la GRANDE ARMEE (I). dans HORS-SERIE snb14959

Napoléon fut certainement l’un des plus grands novateurs de la guerre de mouvement. Les campagnes et les manœuvres-éclairs ne manquent certes pas tout au long de l’Epopée. Malgré l’absence de moyens de transports motorisés, les bataillons de l’armée impériale s’insinuaient sur les arrières de l’adversaire avec une célérité comparable à celle des Panzers de la dernière guerre mondiale.

Manœuvre d’Ulm : pour chaque corps d’armée une moyenne de 350 km parcourus en 20 jours, au contact de l’ennemi ! La brigade Lasalle sème la panique à travers la Prusse de 1806 en jalonnant 1.160 km  en 25 jours (soit 46 km de moyenne par jour). Alors on se demande comment un chef comme Napoléon pouvait-il, avec la sécurité nécessaire, déplacer aussi rapidement ses pions sur l’échiquier stratégique, alors qu’il ne disposait ni de l’exploration aérienne, ni des moyens de communication actuels. En réfléchissant, les seuls moyens  de transmissions de la Grande Armée s’avéraient être la voix humaine et le port d’une dépêche par un cavalier. Nous verrons qu’en fait d’autres moyens étaient utilisés. Néanmoins ces deux  premiers appartenaient à la pratique quotidienne et ce sont eux que nous analyseront d’abord.

Voix, trompette et tambour.

En dehors de la bataille, il suffisait d’une voix bien assurée pour transmettre aisément les ordres du capitaine à tous les échelons de sa compagnie, car la distance d’un officier au plus proche des sous-ordres n’excédait jamais dix mètres, quelle que soir la formation adoptée. Il en allait tout autrement au combat, en raison de l’ambiance considérablement bruyante dans laquelle les soldats se trouvaient plongés. Les déflagrations de la poudre noire, tant des fusils que des canons entretenaient un vacarme épouvantable que nous avons du mal à imaginer. « Je sentais en permanence la terre trembler sous moi », écrit un soldat blessé sur le champ de bataille de La Moskowa .A Boulogne en 1804, il suffit de quelques canons tirés à blanc en accompagnement d’un « Te Deum » chanté à l’église Saint-Nicolas pour faire voler en éclat toutes les vitres du quartier.  Dans ces conditions on comprend combien la transmission verbale des ordres, au combat, se trouvait compromise. Il eût fallu utiliser, comme dans la marine, des porte-voix. Mais nous ne connaissons aucun exemple d’une telle utilisation dans les armées de terre. L’instrument eût été trop encombrant et surtout moins efficace que ses suppléants, à sa voir la trompette et le tambour. En effet,   c’est par l’intermédiaire de ces deux instruments de musique qu’en plein feu de l’action les officiers avaient les meilleures chances de passer un ordre et de le voir immédiatement  exécuter.

La trompette était le porte-voix de la cavalerie. Dans l’ordre de bataille, le colonel  avait toujours à son côté un brigadier-trompette prêt à  traduire son commandement par une phrase sonore bien connue de tous ; Celle-ci était reprise par huit trompettes groupés, placé sous le commandement d’un adjudant, ensemble suffisamment puissant pour que tout le régiment puisse percevoir la sonnerie. De cette façon, le colonel pouvait commander « la charge, à cheval, en marche »… Plus exactement, les trompettes ne se substituaient pas à l’ordre verbal, mais le précédaient ou le suivaient immédiatement, la phase sonore amplifiant en langage musical ce qui était énoncé en langage verbal.

Dans les troupes à pied, le même rôle échouait aux tambours.  Comme les trompettes, ces derniers présidaient aux fonctions journalières de la vie militaire : « le réveil, la diane, les rigodons du matin, pour les drapeaux, les honneurs à l’Empereur, l’extinction des feux »… Au combat ils évoluaient groupés sur deux rangs, à quinze pas en arrière du premier bataillon de chaque régiment. Ce qui ne les empêchait pas d’être parfois fauchés par la mitraille, avec tout ce que cela pouvait avoir comme répercussion dans la transmission des ordres. Ainsi, lorsqu’à la bataille de Dresde les tambours du 3ème tirailleurs de la Jeune Garde sont frappés par une volée de biscaïens, on voit les hommes suspendre un moment leur attaque, chacun se demandant : « Qui vient donc de commander : halte ? »

A propos des tambours, rappelons que cet instrument était parfois utilisé comme récepteur acoustique : la caisse était posée à terre, la membrane supérieure amplifiait un bruit lointain de mousqueterie ou de déplacement de cavalerie transmis par le sol d’une façon imperceptible. Il suffisait donc d’y coller son oreille pour déceler la proximité ou les mouvements de l’ennemi.

 Il ressort de que nous venons de dire que non seulement chaque régiment d’infanterie ou de cavalerie possédait, outre sa fanfare, ses tambours ou ses trompettes, mais qu’il en était de même pour toutes les compagnies des autres armes, que ce soit artillerie, génie, etc. Ce qui prouve bien qu’à ces musiciens était dévolu un tout autre rôle que de battre  ou de sonner la charge. Selon le même principe, tout état-major d’un officier-général comprenait, en plus des aides-de-camp, la présence permanente  d’un trompette. Ainsi donc, tambours et trompettes constituaient-ils au sein de chaque unité combattante, une arme à part. Leur rôle au combat demandait beaucoup de sang froid, car les tambours, uniquement armés d’un sabre-briquet, ne pouvaient guère qu’encaisser les coups sans pouvoir les rendre. Quant aux trompettes, lorsqu’ils se trouvaient confrontés avec l’ennemi, ils agissaient de la sorte : ils rassemblaient  prestement trompette et rênes dans la main gauche pour libérer la main droite et tirer le sabre. En cas de surprise ils assommaient l’adversaire en frappant à la tête avec l’instrument brandi de la main droite. Ces « hommes des transmissions » jouissaient donc à juste titre d’une considération au moins égale à celle des autres soldats. Beaucoup bénéficiaient d’une nourriture et d’un logement de sous-officier et touchaient une solde double de celle d’un simple cavalier ou fantassin avant l’institution de la « croix », ils avaient eu droit aux honneurs décernés par le Premier Consul. Aussi serait-ce autant une erreur qu’un affront de les confondre avec la fanfare du régiment, composée soit de musiciens gagistes ayant contracté un engagement militaire, soir de civils sans solde entièrement à la charge des officiers, donc soldats d’occasion , tels ceux de l’infanterie à Essling,  s’enfuyant aux premiers coups de canon pour aller se réfugier dans l’île de Lobau !

A suivre…

Jean-Claude QUENNEVAT

(Article paru dans la revue du Souvenir Napoléonien en 1975.)

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