( 21 août, 2019 )

Un nouvel extrait du témoignage de J. Hobhouse…

Hob2

« Paris, 12 juin 1815.

Napoléon est parti de Paris ce matin pour l’armée à trois heures et demie. Le quartier-général doit être à Bruxelles le 30. Cette lutte sera vraiment impériale , certandum est de imperio. L’occupation (le Bruxelles et la retraite de Wellington sur Anvers, seront suivies de propositions de paix. Tel est le langage de ceux qui croient que l’enthousiasme de l’armée française et le génie de leur chef sont invincibles. A la vérité, je rencontre ici peu de personnes qui pensent qu’on pourra résister à la furia francese : on croit même que les talents reconnus de notre général en chef et le courage proverbial des Anglais ne suffiront pas puisqu’ils n’ont jamais été mis en opposition à Napoléon et à Sa garde. Mais les plus timides y pour ne pas dire les plus réfléchis, prédisent que la France doit succomber, si l’alliance n’est pas dissoute par les premiers succès de l’Empereur. C’est ce qui aura lieu si l’affaire doit se décider par des batailles rangées au lieu d’être prolongées en une guerre d’avant-postes ; mais les moyens immenses de défense que le génie de Napoléon et le dévouement de ses sujets ont déjà développés, employés et ménagés à propos, pourront résister aux combinaisons des alliés, qui portent avec elles tous les principes d’une dissolution intestine. La sollicitude naturelle pour Paris et son importance augmentent les dangers de la cause une seule défaite laisse les murs de la capitale à nu, et on n’espère pas davantage des batteries de Montmartre que de la garde nationale. L’influence de la capitale sur l’esprit du peuple fait malheureusement de la ruine de la capitale celle de tout l’Empire et paralyse les efforts que sans cela  nationale, et d’autres corps, ont juré solennellement dans des banquets de mourir dans les retranchements qu’ils ont faits; mais ils feraient ce sacrifice, qu’ils ne sauveraient pas la ville. Le commandement de la première division militaire est confié à Cafarelli, qui a publié un ordre du jour relativement à la défense de la ville et de ses environs. Les premiers efforts personnels de Napoléon commencent sous des heureux auspices ; car une circulaire du ministre de la guerre en date d’hier annonce la défaite des. insurgés de la Vendée, et le Moniteur d’aujourd’hui donne quelques détails favorables tirés de la correspondance officielle du général Lamarque. Ce n’est pas sans regret que les amis de la famille impériale lisent dans le même journal le récit de la conquête du royaume de Naples, ce qui, je suppose, est considérée chez nous comme le premier triomphe de la légitimité. En regardant Napoléon et ses guerriers comme les partisans de la cause des peuples contre la conspiration des rois, quels que puissent être mes regrets que cette cause ne soit pas tombée en des mains assez pures pour commander le respect, je ne puis m’empêcher de souhaiter que les Français aient autant de succès qu’il en faut pour ne pas compromettre la réputation militaire de mon pays. Mais, en qualité d’Anglais, je ne serais pas témoin de leur triomphe ; comme ami de la liberté, je ne voudrais pas l’être de leurs revers.

Je quitte Paris demain. »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’Empereur Napoléon. Lettres écrites de paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.355-357)

 

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