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( 27 août, 2019 )

Moreau tué dans les rangs des ennemis de son pays…

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Le fameux général Moreau (né en 1763) qui passa au service du Tsar… Frappé très grièvement par un boulet lors de la bataille de Dresde, il décède des blessures le 2 septembre 1813. « Tué sous les yeux et pour la cause de l’empereur de Russie et du roi de Prusse, Moreau aura à jamais dans l’Histoire le triste privilège d’une immortalité particulière.», écrit Norvins dans son  « Portefeuille de 1813… ».

 « C’est ce même jour [27 août 1813] que le général Moreau, portant les armes contre la France, eut les deux jambes emportées par un coup de canon tiré de Dresde par une batterie de l’artillerie de la Garde : justice de la Providence fut faite. » (Général Rigau, « Souvenirs sur les guerres de l’Empire ») « Il [l’Empereur] surveille en personne le feu, et pour en activer encore la violence il fait avancer l’artillerie de la Garde. Une de ces batteries tire sur un groupe de généraux et d’officiers supérieurs qu’on aperçoit par intervalles, sur la hauteur, et un de ses boulets coupe les jambes du général Moreau, qui se trouve parmi eux. Triste fin pour un officier français, si glorieux, et, après avoir rendu de grands services à son pays, s’est laissé entraîner, par une jalousie et une haie personnelles, jusqu’à porter les armes contre lui et contre ses anciens frères d’armes, qui lui avaient pourtant conservé une vive sympathie… Lorsque, quelques jours après, on connut à l’armée la mort de Moreau, elle y causa plus de satisfaction que de regrets, malgré les bons souvenirs qu’il y avait laissés. On ne lui pardonnait pas de s’être joint à nos ennemis et de les avoir aidés de ses conseils. Si Moreau n’eût été tué à Dresde, il aurait continué à se battre contre nous ; il serait rentré dans Paris à la droite d’Alexandre, serait devenu un des hauts dignitaires des Bourbons, et son nom serait flétri comme celui du traître Marmont. Sa mort lui a fait pardonner sa conduite, et aujourd’hui on ne semble plu se souvenir que de services rendus. » (Colonel Noël, « Souvenirs… » ).

Griois, alors major de l’artillerie à pied de la Vieille Garde, indique que c’est un boulet  tiré de sa réserve qui tua Moreau.

 

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( 27 août, 2019 )

La bataille de Dresde: « Une victoire à peu de frais. »

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Les 26 et 27 août 1813, s’est déroulée une des plus célèbres batailles de l’Empire. La Grande-Armée la remporta avec un minimum de pertes ; c’est ce qui fait écrire au cuirassier Auguste Thirion : « Il était difficile de remporter une victoire à aussi peu de frais « .

Une bataille de deux jours. 

Selon Alain Pigeard,  » Napoléon était accouru pour défendre la ville de Dresde, capitale de la Saxe et de son allié. Dès le 26, Schwartzenberg s’était établi sur les collines qui dominaient la ville et les positions françaises, mais attendait l’arrivée des Prussiens avant de commencer les hostilités. Malgré ce désir, toute l’armée alliée se jeta sur les positions de Gouvion Saint-Cyr le 26 à 15 heures. Les troupes françaises luttèrent à quatre contre un et furent rejetées du Gross-Garten et du parc Moczinski, au moment où l’Empereur arriva avec la Jeune Garde et la cavalerie de Murat ; les Alliés furent immédiatement rejetés et regagnèrent leurs positions initiales. Le lendemain, la bataille s’engagea sous une pluie battante ; c’est dans cette partie du combat que le général Moreau, ancien héros de Hohenlinden, opposant à Bonaparte et devenu conseiller militaire du tsar avec Jomini, eu les jambes broyées par un boulet tiré par l’artillerie à pied de la Garde. Murat et Victor rejetèrent les Autrichiens et firent de nombreux tués ou prisonniers. Schwartzenberg craignant de voir couper sa ligne de retraite sur la Bohême, abandonna le champ de bataille et la capitale de la Saxe fut libérée. » 

Quelques chiffres. 

Alain Pigeard indique que les forces françaises sont de 120 000 hommes (le 27) ; les forces ennemies 140 000 hommes (le 29). Les pertes françaises sont de 8000 tués et blessés ; celles ennemies de 27 000 tués, blessés et prisonniers.

Un témoignage… 

Auguste Thirion était sous-lieutenant au 9ème cuirassiers. Il assista à la bataille de Dresde et en a laissé un intéressant témoignage contenu dans ses  » Souvenirs militaires  » :   » Depuis quarante-huit heures, toutes les cataractes du ciel étaient ouvertes sur nos têtes, et si nous n’étions pas des chevaliers de triste figure, on pouvait au moins dure que nous étions des cuirassiers faisant tristes figures ? Mouillés, harassés, manquant totalement de vivres, autant pour nos chevaux que pour nous, pataugeant dans un sol trempé, voilà dans quelles conditions nous nous présentions à la bataille de Dresde. Il est vrai que l’ennemi, aux vivres près dont il ne manquait pas, partageait avec nous l’inclémence de l’atmosphère. Une chose remarquable et heureuse pour nous, fut que l’ennemi ne nous présenta presque que de l’infanterie, et voici en quoi il fut heureux. Les fusils à pierre et à bassinet tellement mouillés qu’ils ne purent faire feu ; de l’infanterie de l’atmosphère. La bataille s’engagea par le feu des batteries, qui dura assez longtemps, et comme les deux armées tenaient bon, nous reçûmes l’ordre d’avancer sur les carrés ennemis, car toute cette infanterie était formée en carrés, manœuvre usitée quand elle est opposée à la cavalerie. A mesure que nous approchions, nous fûmes forcés de nous convaincre que nous faisions là une attaque à l’eau de rose, car sur un carré de 1500 baïonnettes sur lesquelles mon régiment marchait, il n’y eut que 50 fusils qui purent faire feu, et, avançant toujours, nous finîmes par arriver à portée des baïonnettes, dont cette infanterie fit le meilleur usage qu’il lui était possible. Elle lançait avec vigueur contre le poitrail ou les naseaux de nos chevaux et nous fûmes tenus ainsi pendant assez longtemps sans pouvoir entamer le carré, soit que nos chevaux fussent effrayés de ce mouvement, soit que les cavaliers ne fissent point usage des éperons, aucun d’eux ne voulant sacrifier son cheval. Si nous avions chargé cette infanterie de la vigueur de nos chevaux, elle n’eût pas essayé de tenir, persuadée qu’il lui aurait été impossible de résister au choc d’une masse lancée avec impétuosité, mais nous arrivâmes au pas et elle se défendit aussi bien que cela lui fut possible.  J’ignore combien de temps nous serions restés dans cette respective et très extraordinaire position, les cuirassiers, le sabre haut et la menace à la bouche, l’infanterie se livrant à une gymnastique de baïonnettes violente et incessante, si un homme du régiment ne s’était écrié ;:  » Prenons les pistolets !  » Le conseil fut immédiatement suivi, les schabraques furent levées, les fontes découvertes et les pistolets, qui étaient parfaitement à l’abri de la pluie qui paralysait les fusils, furent saisis et dirigés sur ces malheureux Autrichiens, qui cessèrent aussitôt toute résistance, jetèrent leurs armes par terre et la cavalerie pénétra dans le carré, qui se rendit prisonnier ainsi que les autres qui couvraient le champ de bataille. Il était difficile de remporter une victoire à aussi peu de frais. «  

Le général Moreau à Dresde ou la fin d’un traître…. 

Le colonel d’artillerie Noël, alors major, est lui aussi engagé à la bataille de Dresde. Voici ses impressions sur la bataille et la mort de Moreau :  » 27 août. Le lendemain c’est à notre tour de prendre l’offensive. L’ennemi, sous le coup de son échec, se tient sur la défensive. Connaissant son adversaire, il s’attend bien à être attaqué. La tâche pour nous n’est pas facile. L’ennemi, outre qu’il nous est bien supérieur en nombre, occupe sur les hauteurs d’excellentes positions, ses deux ailes appuyée à l’Elbe, à gauche et à droite. Il nous faut le débusquer des hauteurs et le rejeter sur les montagnes de la Bohême d’où il est sorti, sa seule ligne de retraite, et dont le général Vandamme doit lui fermer l’accès. Il fait un temps affreux, il a plu toute la nuit. Nous sommes mouillés jusqu’aux os et un épais brouillard couvre par moment tout le pays. Comme nous sommes les assaillants, ce brouillard nous est favorable, en ce qu’il dérobe à l’ennemi nos dispositions d’attaque. L’Empereur porte ses principales forces sur ses ailes, et, pour tromper l’ennemi, commence l’action, vers six heures du matin, par une violente canonnade au centre. Il surveille en personne le feu, et pour en activer encore la violence, il fait avancer l’artillerie de la garde. Une de ces batteries tire sur un groupe de généraux et d’officiers supérieurs qu’on aperçoit par intervalles, sur la hauteur, et un de ses boulets coupe les jambes du général Moreau, qui se trouve parmi eux. Triste fin pour un officier français, si glorieux, et qui, après avoir rendu de grands services à son pays, s’est laissé entraîner, par une jalousie et une haine personnelles, jusqu’à porter les armes contre lui et contre ses anciens frères d’armes, qui lui avaient pourtant conservé une vive sympathie. Le général Moreau, excellent général, ne peut pourtant pas, pour le génie militaire, être comparé à Napoléon. On n’a, pour en juger, qu’à comparer la campagne de l’armée du Rhin à celle de l’armée d’Italie. En dehors des choses de la guerre, c’était un caractère incertain, et il s’est laissé entraîner par les mauvais conseils de Bernadotte. A son tour, il a entraîné son ancien aide de camp Rapatel, qui, lui, fut tué d’une balle française à La Fère-Champenoise. Un boulet pour le général, une balle pour l’aide de camp, c’était la récompense de leur honteuse conduite. Lorsque, quelques jours après, on connut à l’armée la mort de Moreau, elle y causa plus de satisfaction que de regrets, malgré les bons souvenirs qu’il y avait laissés. On ne lui pardonnait pas de s’être joint à nos ennemis et de les avoir aidés de ses conseils. Si Moreau n’eût été tué à Dresde, il aurait continué à se battre contre nous ; il serait entré à Paris à la droite d’Alexandre, serait devenu un des hauts dignitaires des Bourbons, et son nom serait flétri comme celui du traître Marmont. Sa mort lui a fait pardonner sa conduite, et aujourd’hui on ne compte plus se souvenir que des services rendus. «  

Pour en savoir plus sur le sujet : 

Colonel NOEL :  » Souvenirs d’un officier du Premier Empire (1795-1832). Edition annotée et complétée par Christophe Bourachot « . A la Librairie des Deux Empires, 1999.

Auguste THIRION :  » Souvenirs militaires « . A la Librairie des Deux Empires, 1998.

Alain PIGEARD :  » Dictionnaire de la Grande-Armée « . Tallandier, 2002.

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( 27 août, 2019 )

La mort du général Moreau d’après le « Journal » d’un sous-lieutenant de cuirassiers…

La mort du général Moreau d'après le « Journal » d'un sous-lieutenant de cuirassiers... dans TEMOIGNAGES moreauletratreOn sait qu’un des incidents les plus frappants de la bataille Dresde [27 août 1813] fut la mort du général Moreau ; bien des années après, j’ai eu quelques détails sur cet événement et les jours qui le précédèrent, détails qui sont, je crois, peu connus. Ils m’ont été donnés par le prince Repnin, adjudant général de l’empereur de Russie. Le général Moreau vivait en Amérique depuis le temps du Consulat. Lorsque les puissances coalisées contre la France, en 1813, virent que la couronne de Napoléon commençait à chanceler, ils pensèrent qu’un des moyens qui pourrait jeter la désunion dans l’armée française, sans cependant donner de l’ombrage aux intérêts de la coalition, serait d’opposer à Napoléon un des plus glorieux généraux de la République. Ils ne pouvaient en choisir un plus illustre que Moreau, et ils le sollicitèrent de se joindre à eux. Moreau, en cette occurrence, écouta plutôt ses vieux ressentiments que les intérêts de sa gloire et la pensée du devoir, et répondit à l’appel des ennemis de la France.Il arriva en Bohême au moment où l’Autriche venait de se prononcer. Les souverains alliés étaient réunis à Thereienstadt ou à Töplitz, avant de se présenter à eux, il prenait des soins de toilette et se faisait bourgeoisement la barbe, lorsqu’on frappa à sa porte « Entrez ! » s’écria-t-il un peu impatiemment. Un bel officier russe se présente. Moreau demande ce qu’on lui veut. « On doit la première visite aux grands hommes. C’est l’empereur de Russie qui vient voir le général Moreau ». Grande confusion chez le vainqueur de Hohenlinden, qui maudit la savonnette et le rasoir. « Continuez votre toilette », reprend gaiement Alexandre, en s’asseyant familièrement. Un  moment après, le Roi de Prusse qui imitait toujours ce que venait de faire l’Empereur de Russie, arrive à son tour ; nouveaux compliments ; lorsque la toilette fut achevée, Alexandre dit : »Maintenant, il y en a un troisième à voir, mais celui-là ne viendra pas à vous, nous allons vous conduire chez lui. » C’était l’empereur d’Autriche. Dès ce moment, Moreau fut sous le charme. Peu de jours après, Alexandre partait pour attaquer Dresde ; il était en calèche avec les officiers qui devaient l’accompagner. Moreau restait en arrière, l’intention des alliés étant de ne l’employer que lorsque leurs armées s’approcheraient du Rhin. Il était à pied près de la voiture : 

« Adieu, général Moreau, dit Alexandre, en lui tendant la main, nous nous verrons bientôt. –Sire, reprend Moreau, je ne puis prendre mon parti de voir partir Votre Majesté sans l’accompagner.-Vrai, cela vous ferait plaisir ; eh bien, montez. Il faudra cependant qu’un de ces Messieurs vous prête un uniforme pour que nos troupes sachent que vous êtes de nos amis. »  Ainsi fut fait ; deux jours après on se battit ; dans un engagement d’avant-garde, le 25 août 1813, on fit quelques prisonniers, et dans le nombre il se trouva deux ou trois vieux soldats de la Garde, faisant partie du dépôt laissé à Dresde, lorsque l’Empereur s’en était éloigné, car au premier moment on avait tout utilisé. Moreau l’apprit et désira voir ces anciens serviteurs ; il les interrogea sur leurs premières campagnes, et d’après leurs réponses, il leur désigna le corps, la brigade, l’armée dont ils faisaient partie et les noms de leurs chefs. Ces soldats étaient surpris qu’un général russe connut ces détails. L’un d’eux le regarde fixement, recule de deux pas et s’écrie : Le général Moreau ! Vive la République ! ». 

Le prince Repnin, présent à cette scène, nous dit qu’elle avait produit un grand effet sur les assistants. Le cri échappé au pauvre prisonnier qui, entouré d’ennemis, jette au transfuge cette exclamation, ce reproche sanglant, qui reportait Moreau au jour où il faisait, lui aussi, entendre ce même cri pour entraîner les Français à la lutte avec ces ennemis qu’il venait servir maintenant. 

« Cette noble apostrophe, disait le prince Repnin, nous remplit tous d’une haute estime pour ce brave soldat, et nous le lui témoignâmes vivement. » 

Deux jours après, Napoléon conduisait son armée à l’un de ces triomphes auxquels il l’avait accoutumée. L’Empereur de Russie et Moreau étaient à cheval côte à côte, suivant un chemin étroit et défoncé qui aboutissait à un plateau découvert, sur lequel étaient des réserves d’artillerie. Au débouché du chemin, le passage était très resserré. Moreau tint son cheval pour laisser passer l’empereur. « Passez, dit celui-ci avec courtoisie, sur le champ de bataille le pas est aux généraux. » Moreau pousse son cheval ; il n’est pas en avant d’une demi-longueur qu’un boulet tiré d’écharpe fait entendre un terrible sifflement. 

Le cheval de Moreau et celui de l’empereur de Russie se cabrent et retombent aussitôt. 

« Grand Dieu ! s’écria tout l’état-major, l’empereur est atteint !- Non, dit Alexandre, mon cheval a eu peur, voilà tout. » Moreau ne se relève pas : il avait les deux jambes emportées et son cheval le corps fracassé ; il mourut six jours après. 

« C’était un boulet providentiel, disait le prince Repnin en terminant son récit ; car, après tout, ce n’est pas beau de combattre dans les rangs de l’ennemi de sa patrie, et puis, ajoutait-il avec l’orgueil d’un vrai Russe. Si Moreau eut vécu, on lui eut attribué tous les succès de la campagne, et c’est à nous qu’ils appartiennent. » 

(RILLIET DE CONSTANT, « Journal d’un sous-lieutenant de cuirassiers »)

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( 27 août, 2019 )

Les femmes à l’armée sous l’Empire…

Sur les flancs de l'armée...

Déjà, pendant la Révolution, de nombreuses femmes avaient accompagné les volontaires aux armées, les unes par patriotisme, les autres par attachement conjugal ou encore par intérêt, supputant les profits d’un négoce de bivouac ou de…la prostitution.

Il en fut de même pendant l’Empire. « Beaucoup de femmes suivant leur mari aux armées, soit que, par tendresse conjugale, elles ne voulussent pas se séparer d’eux, soit que leur modeste fortune ne leur permit pas d’entretenir deux ménages », écrit Elzéar Blaze dans ses « Souvenirs ».Leur présence ne manquait pas de provoquer des complications ; en Espagne et au Portugal, Masséna traîna à sa suite sa maîtresse, « la poule à Masséna » disaient les soldats. Cette présence fit naître maints incidents. Pendant la campagne du Portugal, ordre fut donné d’arrêter la marche des troupes. La donzelle avait oublié à l’étape sa perruche et l’escadron de service dut faire demi-tour pour aller la chercher !Ce fait est raconté par le général Roch Godart dans ses « Mémoires ». Encore un incident parmi tant d’autres : « Le quartier-général du prince [d’Essling, Masséna] resta à Guarda jusqu’au 29 mars 1811, jour où il manqua d’être enlevé par l’ennemi, notamment sa maîtresse, pour la sûreté de laquelle il fallut se battre, dans les environs et aux portes de la ville, tandis qu’elle s’occupait à faire ses paquets et à monter en voiture » (« Souvenirs  de  guerre et de captivité d’un page de Napoléon », par le vicomte de Barral.  Un jeuneofficier conta un jour à un camarade une mission dont il fut chargé, et qui consistait à escorter une favorite. Il termina en disant : « Comprends-tu maintenant de quoi j’ai eu peur ? Suppose qu’une des balles qui me sifflaient aux oreilles m’eut dit un mot en passant. Il faudrait ajouter à mes états de service : Blessé en Espagne, le 20 octobre 1812, en escortant la maîtresse du général X…  Quelle honte !  L’épouse du général Dorsenne, escortée par un fort détachement de fantassins fit un jour presser la course.  Les soldats durent courir derrière la voiture, par une lourde chaleur, de Burgos à Torquemada, ce qui fit qu’à l’arrivée, 800 hommes durent entrer à l’hôpital (rapporté dans l’ouvrage de Jan Morvan, « Le soldat impérial »). A la bataille de Médina del Rio-Seco, en juillet 1808, « le général Lasalle avait avec lui se femme et sa petite fille. Mme Lasalle a été dans une position affreuse pendant la bataille ; on a rapporté au village où elle était restée, le colonel Piéton tué, deux chefs d’escadron du même corps dangereusement blessés. Elle les avait vu partir à côté  de son mari pour aller à l’ennemi. Emmener sa femme à la guerre est un véritable tort. » (« Journal » du maréchal de Castellane).  La femme d’un jeune capitaine, Dupin, quoi était sous les ordres de Murat à Madrid, rejoignit son mari en 1808 emmenant avec elle sa petite fille à peine âgée de cinq ans. Le récit de cette équipée nous est parvenu grâce à l’enfant qui signa plus tard ses récit d’un nom célèbre : George Sand.

« Plus nous avancions dans notre trajet, plus le spectacle de la guerre devenait terrible… Nous atteignîmes notre but sans catastrophe, ce qui est presque miraculeux… Nulle part les Français n’étaient en sûreté contre ces nouvelles vêpres siciliennes ; et ma mère, portant un enfant dans son sein, un autre dans ses bras  n’avait que trop de sujets de crainte. » Le retour en France de Mme Dupin, avec sa fillette et un nouveau-né, ne fut pas exempt de dangers et de privations…  « C’étaient les villages incendiés, des villes bombardées, des routes couvertes de morts, des fossés où nous cherchions une goutte d’eau pour étancher une soif brûlante, et où l’on voyait tout à coup surnager des caillots de sang.

C’était surtout l’horrible faim et une disette de  lus en plus menaçante ». (George Sand, « Histoire de ma vie »). Des épreuves plus cruelles encore étaient réservées à la plupart des femmes qui vivaient humblement avec la troupe et partageaient volontairement son sort.  « Voyageant sur la route, elles étaient exposées ainsi que nous aux coups de fusil, et lorsque leur escorte les livraient à la merci des brigands espagnols, elles subissaient les plus infâmes traitements », raconte Blaze dans ses souvenirs. Elles n’échappaient pas aux supplices. « Les femmes, loin d’être épargnées, sont en butte à d’effroyables représailles. Les guérilleros estiment que leurs souffrances seront les plus vivement ressenties ; ils espèrent que leurs cris de détresse terrifieront l’ennemi abhorré. Le viol, le meurtre, ne leur suffisent pas ; ils mutilent atrocement leurs victimes pour jouir de leur longue agonie… Ne furent-elles pas courageuses entre toutes les femmes, celles qui affrontèrent de tels périls ?

Il est impossible de prétendre que l’amour ou l’intérêt seuls les guidèrent aveuglément. Elles n’ignoraient pas les risques à courir sur les routes d’Espagne, mais elles avaient le goût de l’aventure et elles se connaissaient une énergie morale qui égalait celle du soldat », écrit Raoul Brice dans son étude intitulée « Les femmes et les armées de la Révolution et de l’Empire ».  C’est en vain que Napoléon, à plusieurs reprises, donna des instructions pour les écarter, et en termes parfois sévères, tels ceux de son ordre du jour de Wurtzbourg du 3 août 1806 :

« Sa Majesté ordonne que les femmes et toute espèces d’embarras soient dirigés sur les places désignées pour les petits dépôts des corps… » Néanmoins, les « embarras » persistèrent et, comme on l’a vu, notamment en Espagne.

La plupart des femmes qui suivirent le corps du général Dupont furent, comme les hommes, victimes de la capitulation et partagèrent le sort tragique des prisonniers à bord des pontons et, quelques-unes, sur l’île maudite de Cabrera, qui, parmi les rares survivants, laissa de si tragiques souvenirs. 

Jean LOUVOIS.

Texte publié en décembre 1963 dans le bulletin de la  Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (N°45). 

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