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( 6 septembre, 2019 )

« Je suis chargé de réorganiser un corps assez délabré. »

« Je suis chargé de réorganiser un corps assez délabré. » dans TEMOIGNAGES general-mouton

Lettre du général Mouton à sa femme.

Dresde, le 6 septembre 1813

Ma chère Cité [Félicité], depuis plusieurs jours je n’ai pas vu de tes lettres ; cela me parait pénible et le temps me semble long. Mais on assure que l’Empereur va rentrer à Dresde et alors j’en recevrai bon nombre réunies. Je travaille tout ce que je puis. Je suis chargé de réorganiser un corps assez délabré. Je me persuade, malgré la somme des difficultés, qu’avec un peu de temps il me sera possible d’arriver à mon but d’une manière convenable.

Je me porte bien. Je serai toujours de la plus brillante santé quand il s’agira de t’aimer et Louise aussi [sa fille]. Bonjour mon cher enfant.

LOBAU.

Je suis dans mon ménage, c’est le commissaire des guerres Lousteau qui nous fait vivre. Tu peux aisément te figurer que c’est une boutique neuve et encore assez mal montée.

(« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiées et annotées par Emmanuel de Waresquiel], Nouveau Monde Éditions, 2005, pp.159-160).

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( 6 septembre, 2019 )

L’administration de l’armée française [durant la campagne de Russie] d’après les généraux Mathieu Dumas et Ségur…

1812.jpg

Au mois de mars 1830, Cuvier demandait à Philippe de Ségur des renseignements sur l’administration de l’armée pendant la campagne de Russie et notamment sur les opérations relatives aux subsistances. Ségur consulta Mathieu Dumas, Intendant général de l’armée en 1812, et Dumas lui envoya une note. Ségur communiqua cette note à Cuvier et y joignit une lettre qui traitait le même sujet. Ces documents méritent d’être connues et nous en reproduisons les points essentiels.

A.C.

I. Note de Dumas.

L’abondance des ressources, la régularité des distributions, l’organisation des transports militaires ne laissèrent rien à désirer jusqu’après le passage du Niémen. Mais nous perdîmes vingt mille chevaux entre Kowno et Vilna et cette perte fut irréparable. On forma sur quelques points principaux de la ligne d’opérations, tels que Gloubokoïé, Vitebsk, Doubrovna, Minsk, des magasins de réserve et des établissements d’hôpitaux ; nos équipages militaires fournirent des convois de biscuit. Toutefois, quand on eut dépassé Smolensk, le service devint plus difficile et celui des hôpitaux eut surtout beaucoup plus à souffrir, parce que l’armée russe qui se retirait déviant nous ravageait les campagnes, incendiait les habitations et nous entraînait dans un véritable désert. Après la bataille de la Moskowa qui consomma nos plus précieuses ressources, j’eus beaucoup de peine à soutenir le service des hôpitaux. La conquête de Moscou qui devait être le terme de nos anxiétés ne fit que les accroître ; nous trouvâmes, nous conservâmes, à la vérité, au milieu de l’incendie, des approvisionnements que les Russes n’avaient pas eu le temps de détruire; mais, si notre séjour se prolongeait au delà d’un mois, ils devaient être entièrement consommés. Néanmoins, on avait formé des magasins à Smolensk, à Vitebsk, à Vilna et sur d’autres points intermédiaires, et on les alimentait de Königsberg par la navigation des canaux, par celle du Niémen et de la Vilia. Attaqué d’une fluxion de poitrine, je fus remplacé par le comte Daru. Ma tâche avait été pénible : celle du comte Daru devenait presque impossible. Il fallait reprendre une route déjà épuisée par le passage des deux armées et des convois. Pendant les premières marches, les vivres de toute espèce qu’on avait pu recueillir dans les ruines de Moscou suffirent pour soutenir le soldat. Mais, aux approches de Smolensk, la disette se fit sentir. Daru redoubla de vigilance et d’activité; il fît venir au-devant de l’armée les subsistances qu’on put tirer de Smolensk, et pendant le court séjour que l’armée fit dans cette ville, des distributions régulières eurent lieu. Mais ce soulagement n’était suffisant que pour quelques marches jusqu’au passage du Dnieper, à Orcha. Le comte Daru envoya de nombreux agents pour recueillir à tout prix et faire porter sur la route les subsistances qu’on pourrait se procurer entre le Dniéper etla Bérézina. Ilhâta les convois qu’il avait fait partir de Minsk et de Vilna. Mais une partie seulement de ces convois put atteindre l’armée avant la prise et l’incendie du pont de Borisov, et les magasins de Minsk tombèrent au pouvoir de l’ennemi. L’armée eut donc beaucoup à souffrir pendant le passage dela Bérézina. Après ce dernier événement, un convoi, parti de Vilna, justifia la prévoyance du comte Daru et celle du duc de Bassano. Ce ne fut point le manque de vivres, mais bien la rigueur excessive du froid qui, aux accès de Vilna, causa la plus grande perte d’hommes. Les magasins de Vilna et de Kowno alimentèrent tout ce qui pouvait encore se mouvoir. Ceux de Gumbinnen et de Königsberg ne furent pas même épuisés par les débris dela Grande Armée.

II. Lettre de Ségur.

J’ajouterai que les ordres donnés de trop loin et dans un pays désert furent souvent mal exécutés; que ce fut le choc rude et indécis de Malojaroslavets qui décida subitement à la retraite et que la nécessité et l’ennemi, plutôt que la volonté et la prévoyance de l’Empereur, en dictèrent la direction; qu’on n’eut donc pas le temps de préparer tout ce qui eût été indispensable, sur une aussi longue route, pour un aussi grand passage; que la distribution des vivres, dans le petit nombre de villes où nous en trouvâmes, fut faite incomplètement, irrégulièrement et qu’elle ne pouvait l’être mieux, puisque les régiments avaient perdu leur ensemble. En effet, à qui les délivrer, lorsque la plus grande partie des soldats de toutes les armes marchait confusément, pêle-mêle, et ne pouvait recevoir de secours des magasins qu’en les pillant ? D’ailleurs, la retraite fut si souvent précipitée que, depuis Smolensk, surtout à Vilna et Kowno, une grande partie des magasins tomba au pouvoir de l’ennemi. Ni Dumas ni Daru ne peuvent être accusés de nos malheurs. L’entreprise était surhumaine par sa grandeur par sa rapidité et par la nature du pays. Le désordre, de tous les maux le plus contagieux, s’étant mis dans les troupes, l’administralion n’en put préserver ses employés. Une de nos plus grandes difficultés était la longueur infinie de ces grandes routes, ou désertes, ou dévastées par les deux armées, leur nature tantôt marécageuse, tantôt sablonneuse. Or l’administration qui ne peut marcher sans traîner après elle de grands et lourds convois, surmonta une partie de ces obstacles. Remarquons aussi que les corps restés en seconde ligne, tels que ceux de Baraguey d’Hilliers et du duc de Bellune, dévoraient la plus grande partie de ces subsistances, à mesure qu’elles arrivaient. Que le grand magasin de Minsk nous fut enlevé à l’instant où nous allions l’atteindre par la marche hardie de Tchitchagov. Qu’enfin le défaut de fourrage, de ferrage à glace, de repos ou de séjours, que les alternatives de gelée et de dégel, les mouvements de l’ennemi et la négligence de l’état-major causèrent, dès nos premiers pas, la perte de la plupart de nos fourgons.

Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.308-311).

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( 6 septembre, 2019 )

Mon tout premier livre…

En 1994, j’avais réalisé une « Bibliographie critique des mémoires sur le Second Empire ». Cet ouvrage, préfacé par le prince Murat, recense 445 titres de témoignages parus en français et concernant la période  qui va du 2 décembre 1852 au 4 septembre 1870. Il donne pour chaque livre une appréciation. Un volume qui fut publié aux Editions de La Boutique de l’Histoire et quasi-introuvable de nos jours. Son tirage ne fut que de 550 exemplaires.

Si vous le croisez, n’hésitez pas à en faire l’acquisition !

C.B.

BSE

 

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( 6 septembre, 2019 )

Un adversaire corse de Napoléon…

Charles-André Pozzo di Borgo (1764-1832) en uniforme de lieutenant général russePozzo di Borgo en uniforme de lieutenant général russe.

Charles-André Pozzo di Borgo est né à Alata, le 8 mars 1764, et mort à Paris le 15 février 1842. Dans sa jeunesse et tout comme Bonaparte, auquel le lie une amitié profonde, il est attaché à l’idéal paoliste. Sa véritable entrée sur la scène politique insulaire a lieu en 1789 lorsqu’il est nommé député de la Corse lors de la convocation des États Généraux et que lui est confiée la rédaction du cahier de doléances. Attaché aux principes monarchistes, il retourne en Corse à la proclamation de la république, tandis que Bonaparte se rallie aux idées nationales. Les deux hommes commencent à s’éloigner l’un de l’autre et leur rupture intervient en 1792. A cette date, Pozzo di Borgo seconde Paoli à son retour d’exil et est nommé procureur général syndic, la plus haute charge administrative du département. Il désapprouve les désordres révolutionnaires et la constitution civile du clergé. Dans ses fonctions, il s’applique à prévenir les désordres et à calmer les esprits. Il est décrété d’arrestation et mis en accusation par la Convention. Lors de l’éphémère royaume anglo-corse, il préside le conseil d’État, devenant ainsi le premier personnage politique de l’île.

Il prend le chemin de l’exil en octobre 1796 et se met au service du tsar Alexandre Ier en 1804. Il aide à promouvoir l’alliance russo-autrichienne de 1805.

Le traité de Tilsit, conclut en 1807, entre Napoléon et Alexandre 1er l’oblige à s’effacer jusqu’en 1812. Après la première abdication de Napoléon, en 1814, il est nommé ambassadeur de Russie à Paris et restera à ce poste jusqu’en 1834. Il participe au congrès de Vienne pour le compte du tsar. Il est fait comte (en 1816) et Pair de France en 1818. Comte héréditaire de l’Empire russe (1827), son attachement au régime des Bourbons, dispensant ses conseils à Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe, entraîne sa nomination comme ambassadeur à Londres de 1835 à 1839.

En ce qui concerne, la Corse, Pozzo di Borgo prône une politique d’apaisement et la réconciliation en se concertant avec le clan Sebastiani, mais il prend soin de nommer ses fidèles aux différents postes clés dans l’île.Sous la monarchie de Juillet, c’est au tour du clan Sebastiani de rafler la « mise », de distribuer faveurs et emplois et d’évincer son rival Pozzo di Borgo. Horace Sebastiani et son frère Tiburce sont élus à Ajaccio et Bastia.

Philippe VILGIER

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