( 7 septembre, 2019 )

7 septembre 1812: La Moskowa (Borodino)…

7 septembre 1812: La Moskowa (Borodino)… dans JOURS D'EPOPEE Borodino-230x300La bataille de La Moskowa ou bataille de Borodino s’est déroulée le 7 septembre 1812. Elle fut la plus importante et la plus sanglante confrontation de la campagne de Russie, impliquant plus de 250 000 hommes pour des pertes estimées à 75 000 hommes. La Grande Armée commandée par Napoléon Ier, vainquit l’armée impériale russe sous les ordres de Mikhaïl Koutouzov, près du village de Borodino, à l’ouest du village de Mojaïsk). Les Français s’emparèrent des principales fortifications russes, dont la redoute Raevsky et les « flèches » de Piotr Bagration, mais ils ne réussirent pas à détruire l’armée russe. Environ 30 000 soldats français furent tués ou blessés au cours de la bataille. Les pertes russes furent plus lourdes, mais la puissance démographique du pays permit de remplacer les soldats tués. La bataille prit fin avec la retraite de l’armée russe, laquelle se retira en bon ordre. L’état des troupes françaises et l’absence de reconnaissance du terrain conduisirent Napoléon à stationner son armée sur le champ de bataille au lieu de poursuivre l’armée russe, comme il l’avait fait lors de ses précédentes campagnes. La bataille de la Moskowa est la plus importante de la campagne de Russie : elle marque la dernière action offensive des Français sur le sol russe. En se retirant, les Russes sont encore en état de combattre, ce qui leur permettra de bouter les troupes françaises hors de la Russie.

La campagne précédant la bataille la Grande Armée avait commencé l’invasion de la Russie fin juin 1812.

Les forces russes, initialement massées le long de la frontière polonaise, reculèrent devant les Français en appliquant la politique de la terre brûlée selon la tactique de Michel Barclay de Tolly, le commandant en chef de l’armée russe. Ce dernier a bien tenté d’établir une ligne défensive solide face à la Grande Armée, mais ses efforts furent à chaque fois ruinés par la rapidité de l’avance française.

Napoléon marcha sur Moscou à partir de Vitebsk.

La Grande Armée est cependant mal préparée pour une campagne terrestre prolongée. En effet sa base logistique la plus proche est Kowno, située à 925 kilomètres de Moscou, et le dépôt de ravitaillement de Smolenskest situé à 430 km de la capitale russe. Les lignes d’approvisionnement françaises sont donc particulièrement vulnérables aux attaques des partisans russes. Néanmoins, l’envie d’une bataille décisive pousse Napoléon à passer à l’action. Pendant ce temps, les conflits entre les subordonnés de Barclay empêchent les Russes d’établir une stratégie commune. La politique de terre brûlée de Barclay est perçue comme une réticence à combattre. Le tsar, lassé de cette stratégie, nomme un nouveau commandant en chef russe le 29 août : le prince Mikhaïl Koutouzov. Ce dernier n’est pas considéré par ses contemporains comme l’égal de Napoléon, mais il est cependant préféré à Barclay car il est ethniquement russe (contrairement à Barclay qui a des origines écossaises), et est très populaire dans l’entourage du tsar.

Koutouzov attendit cependant que les Français (avec de nombreux Polonais et Bavarois) soient à 125 km de Moscou pour accepter la bataille. Le 30 août, il ordonne une nouvelle retraite à Gshatsk. Koutouzov établit alors sa ligne défensive dans une zone facile à défendre, près du village de Borodino. À partir du 3 septembre, Koutouzov renforça la position avec des travaux de terrassements, notamment la redoute Raevski dans le centre droit russe, et les « flèches » de Bagration sur la gauche.

La bataille de Schwardino. Forces en présence 

1. L’Armée russe

L’armée russe aligne, de gauche à droite, les corps de Toutchkoff, de Borozdine, de Raevski, de Doctorov, d’Ostermann, et de Baggovut. Le corps de Constantine forme la réserve russe. Les éléments de cavalerie russes sont commandés par Silvers, Pahlen, Kork, Platov et Ouvaroff. L’aile gauche est commandée par Bagration, l’aile droite par Barclay de Tolly, qui appuient leurs lignes défensives sur un système de redoutes. La plus importante, la redoute Raevsky, au centre avec 18 canons, est prolongée au sud par trois autres retranchements : les « flèches » de Bagration. Les forces russes présentes le jour de la bataille comprenaient 180 bataillons d’infanterie, 164 escadrons de cavalerie, 20 régiments de cosaques, et 55 batteries d’artillerie (640 pièces d’artillerie au total). Au total, les Russes ont engagés 103 800 hommes. Toutefois, 7 000 cosaques, ainsi que 10 000 miliciens russes présents ce jour-là n’ont pas été engagés dans la bataille.

2. La Grande-Armée. 

Positionnée près de Schwardino, à 2,5 km des lignes russes, la Grande Armée dispose, de gauche à droite, des corps d’Eugène de Beauharnais, de Ney, et de Davout, appuyés au sud par l’infanterie de Poniatowski et les forces de cavalerie de Nansouty, de Montbrun et de Latour-Maubourg. La Garde impériale et les corps de Junot, de Grouchy et de Murat constituent la réserve.

La Grande Armée comprend 214 bataillons d’infanterie, 317 escadrons de cavalerie et 587 pièces d’artillerie pour un total de 124 000 soldats. Cependant, la Garde Impériale, qui dispose de 109 canons et qui comprend 30 bataillons d’infanterie et 27 escadrons de cavalerie pour un total de 18 500 hommes, n’a pas été engagée dans la bataille.

Déroulement. 

1. Les flèches. 

La bataille commence à 6 heures du matin, par une préparation d’artillerie contre le centre russe, menée par 102 canons. Mais les Français perdent ensuite un temps précieux à les déplacer, car ils sont trop loin des lignes russes. Davout donne l’ordre aux divisions Compans et Desaix d’attaquer la flèche située la plus au sud. Canonnés par l’artillerie russe, Compans et Desaix sont blessés, mais les Français parviennent à avancer. Voyant la confusion, Davout dirige alors personnellement la 57e brigade, jusqu’au moment où son cheval est abattu. Davout tombe si lourdement qu’il est signalé mort au général Sorbier. Le général Rappest envoyé sur place pour le remplacer, mais Davout est vivant et toujours à la tête de la 57e brigade. Rapp prend alors la tête de la 61e brigade avant d’être blessé (pour la 22e fois de sa carrière). À 7 heures, Napoléon engage les corps de Ney, puis de Junot, pour venir en aide à Davout ; ce dernier conquiert enfin les trois flèches vers 7 heures 30.  Mais les Français sont repoussés par une contre-attaque russe menée par Bagration. Ney relance un assaut contre les flèches, et parvient à les reprendre vers 10 heures. Barclay envoie alors 3 régiments de la garde, 8 bataillons de grenadiers et 24 canons sous le commandement de Baggovout pour renforcer le village de Semionovskoïe, au nord des flèches. Le retour offensif de Baggovout déloge les Français des flèches, mais Ney les reprend à nouveau à 11 heures. Le maréchal français en est de nouveau chassé, mais il conquiert définitivement la position vers 11 heures 30. Napoléon hésite à engager la Garde Impériale, qui constitue ses dernières réserves, si loin de France.

2. La redoute Raevsky. 

Pendant ce temps, Eugène de Beauharnais pénètre dans Borodino après de durs combats contre la Garde russe, et progresse vers la redoute principale. Cependant ses troupes perdent leur cohésion, et Eugène doit reculer sous les contre-attaques russes.

Le général Delzons se place alors devant Borodino pour protéger le village. Au même moment, la division Morand progresse au nord de Semynovskaya, tandis que les forces d’Eugène franchissent le Kalatsha en direction du Sud. Eugène déploie alors une partie de son artillerie, et commence à faire refluer les Russes derrière la redoute.

Appuyés par l’artillerie d’Eugène, les divisions Morand et Broussier progressent et prennent le contrôle de la redoute. Barclay lui-même doit rallier le régiment Paskévitch en déroute. Koutouzov ordonne alors au général Iermolov de reprendre la redoute ; disposant de trois batteries d’artillerie, ce dernier ouvre le feu contre la redoute tandis que deux régiments de la garde russe chargent la position. La redoute repasse alors aux mains des Russes.

L’artillerie d’Eugène continue à pilonner les Russes alors qu’au même moment, Ney et Davout canonnent les hauteurs de Semyonovskaya. Barclay envoie des renforts à Miloradovitch, qui défend la redoute tandis qu’au plus fort de la bataille, les subordonnés de Koutouzov prennent toutes les décisions pour lui : selon les écrits du colonel Clausewitz, le général russe semble être « en transe ».

Avec la mort du général Kutaisov, qui commandait l’artillerie russe, une partie des canons, situées à l’arrière des lignes russes, sont inutilisés, tandis que l’artillerie française fait des ravages dans les rangs russes.

À 14 heures, Napoléon ordonne un nouvel assaut contre la redoute. Les divisions Broussier, Morand, et Gérard doivent charger la redoute, appuyés par la cavalerie légère de Chastel à droite et par le second corps de cavalerie de réserve à gauche.

Le général Caulaincourt ordonne aux cuirassiers de Wathier de mener l’attaque contre la redoute. Observant les préparatifs français, Barclay déplace alors ses troupes pour renforcer la position, mais elles sont canonnées par l’artillerie française. Caulaincourt mène personnellement la charge et parvient à enlever la redoute, mais il est tué par un boulet.

La charge de Caulaincourt fait refluer la cavalerie russe qui tente de s’opposer à elle, tandis que la gauche, où Bagration a été mortellement blessé, et le centre russe, sévèrement mis à mal, donnent des signes de faiblesse. À ce moment, Murat, Davout et Ney pressent l’empereur, qui dispose de la Garde impériale en réserve, de l’engager pour porter l’estocade finale à l’armée russe, mais celui-ci refuse.

Fin de la bataille. 

Barclay demande alors à Koutouzov de nouvelles instructions, mais ce dernier se trouve sur la route de Moscou, entouré de jeunes nobles et leur promettant de chasser Napoléon. Toutefois, le général russe se doute bien que son armée est trop diminuée pour combattre les Français. Les Russes se retirent alors sur la ligne de crête située plus à l’est. Napoléon estime que la bataille reprendra le lendemain matin, mais Koutouzov, après avoir entendu l’avis de ses généraux, ordonne la retraite vers Moscou. La route de la capitale russe est ouverte à la Grande Armée.

Pertes. 

Les pertes sont très élevées dans les deux camps.La Grande Armée perd environ 30 000 hommes : selon Denniée, inspecteur aux revues de la Grande Armée, il y aurait eu 6 562 morts, dont 269 officiers, et 21 450 blessés[].Les Russes perdent environ 44 000 hommes, morts ou blessés, dont 211 officiers morts et 1 180 blessés. 24 généraux russes furent blessés ou tués, dont Bagration qui meurt de ses blessures le 24 septembre.

Du côté français, le manque de ravitaillement, suite à l’allongement des lignes d’approvisionnement, pour les soldats valides fait que certains blessés meurent de faim ou de négligences dans les jours qui suivent la bataille.

Conséquences. 

Les Français prirent Moscou (à 125 km) le 14 septembre. Le soir même, d’immenses incendies ravagent la ville. Les derniers feux seront éteints le 20 au soir. Moscou, essentiellement construite en bois, est presque entièrement détruite. Privés de quartiers d’hiver et sans avoir reçu la capitulation russe, les Français sont obligés de quitter la capitale russe le 18 octobre pour entamer une retraite catastrophique.

La Bataille de La Moskowa est une victoire tactique française. Elle ouvre la voie de Moscou à Napoléon. Les pertes françaises, quoique très importantes, restent inférieures au nombre de morts et blessés russes. Toutefois, l’Empire russe a aussi revendiqué la victoire, les troupes s’étant repliées en bon ordre.

Alexandre TOLOCZIN

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