( 21 septembre, 2019 )

Le chef de bataillon d’Audebard de Ferussac et son témoignage.

Ombre 2

En 1812 (à Paris, chez Buisson), le chef de bataillon J. d’Audebard de Férussac (1786-1836) fit paraître un premier volume donnant un aperçu de son témoignage sur la campagne d’Espagne. Ce texte, fit l’objet d’une nouvelle édition un peu plus étoffée en 1816 (chez Eymery, à Paris également) sous le titre de « Journal historique du siège de Saragosse, suivi d’un Coup d’œil sur l’Andalousie ».  Le siège de Saragosse, et plus précisément le second des deux sièges est un des épisodes les plus violents de cette guerre d’Espagne qui a marqué les esprits. D’Audebard, arrivé le 21 décembre 1808 dans la place, ne perd pas un instant afin de faire partager ses impressions à son correspondant. En effet, son témoignage, a la particularité d’être rédigé sous forme de lettres adressées à un certain « Félix », un de ses amis: « Il te paraîtrait plaisant de me voir dans un bivouac commun à deux douzaines de mes soldats, entouré, dans mon petit coin, d’une foule de volumes gros et petits, les pieds au feu, le dos contre un tronc d’olivier, feuilletant, compulsant, écrivant au bruit de la fusillade et du canon, et quittant souvent la plume pour reprendre l’épée ». Son témoignage, un des premiers publiés sur la guerre d’Espagne, est rédigé sur le vif. Si notre homme, cultivé, est amateur de livres, il n’hésite pas cependant à faire le coup de feu, mais aussi à décrire son quotidien : « Mon dîner est prêt. Il se compose d’une excellente soupe, et d’un gros gigot de mérinos tourné au bout d’une ficelle suspendue à une baguette de fusil, au lieu de tournebroche et de lèchefrite, le tout arrosé d’excellent vin. », écrit-il à Félix.  Cultivé et d’une curiosité d’esprit, s’il ne lui épargne point tout ce qu’il a pu apprendre sur l’histoire de la belle ville de Saragosse, l’auteur revient rapidement dans la réalité guerrière qui l’entoure. « Le huitième jour du siège, on emporta le faubourg qui était sur la rive gauche de l’Èbre ; quelque temps après, les assiégés paraissaient souffrir de la disette de vivres; on les serra de si près, qu’ils n’avaient plus d’espoir… ». Concernant ce fameux siège, qu’il vit au jour le jour, le chef de bataillon d’Audebard, n’épargne aucun détail à son correspondant : « Les arbres sont coupés, et la plupart des maisons rasées autour de la ville … Dans la ville, chaque maison a été crénelée, les portes et les fenêtres basses murées; des communications intérieures ont été établies partout ; enfin les rues sont coupées, barricadées, défendues par des batteries », écrit-il avant de préciser que « de notre côté, pour l’attaque, nous avons deux corps d’armée. Les 3ème et 5ème, qui sont, dit-on, avec les artilleurs, ingénieurs, pontonniers employés au siège, forts de trente-cinq mille hommes. M. le général Dedon commande un équipage de siège de soixante bouches à feu. ».

La cité tombe enfin, le 20 février 1809. « Il était presque impossible de parcourir les rues de la ville. Un air putride et infect vous suffoquait ; les rues étaient encombrées de débris ou de pièces de canons, fermées par des barricades, coupées par des fossés: partout on trouvait des cadavres d’hommes ou d’animaux. ».

Le « Journal historique » du chef de bataillon d’Audebard de Férussac, réaliste et rédigé peu de temps après les faits, nous rappelle la violence des combats dont Saragosse fut l’objet.

C.B.

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