( 23 septembre, 2019 )

La fin de la campagne de 1813, vécue par Guillaume Peyrusse…

La fin de la campagne de 1813, vécue par Guillaume Peyrusse... dans TEMOIGNAGES gp.

Écoutons Guillaume Peyrusse, Payeur du Trésor de  la Couronne, à la suite de l’Empereur.

1er novembre. Départ. – Sa Majesté s’arrêta à Höchst dans la manufacture de tabac.

Du 2 au 10 novembre Mayence est devant nous !… Avec quel plaisir j’entendis se refermer sur moi les portes de la citadelle !… Continuellement harcelé depuis quatre mois, inactif au milieu du désordre général des batailles, j’étais impatient de mettre en sûreté le Trésor de Sa Majesté. Notre armée défila en lambeaux pour se rendre dans les directions assignées à sa réorganisation. Sa Majesté s’arrêta six jours à Mayence pour voir arriver ses dernières troupes et donner les ordres que la situation de l’armée exigeait. Elle partit le 7, à dix heures du soir pour Paris.

La campagne de 1813 finit ; elle avait débuté à Lützen par de beaux faits d’armes, par des victoires signalées. « Toute l’Europe marchait alors avec nous… Toute l’Europe vient de se soulever contre nous ; il a fallu succomber. » (Paroles de Sa Majesté au Sénat).

Pendant mon séjour à Mayence, je fus voir les fortifications de Cassel et la tête de pont qui y est établie. Les Cosaques se font voir dans la plaine.

11 novembre. Une partie du service de Sa Majesté eut ordre de se rendre à Saarlouis. Mes instructions portaient que je me joindrais à lui. Je couchai à Halzei, après avoir laissé à Mayence le gros du Trésor, et avoir pris seulement ce qui était nécessaire pour un service courant. [Dans une lettre à son frère André, datée de Mayence, 8 novembre 1813, il écrit : « S.M. est partie hier soir à neuf heures. J’ai ordre de laisser à Mayence le  gros du Trésor et de suivre, avec un service courant, les mouvements des équipages qui vont se diriger sous un ou deux jours aux environs de Metz dans un pays où le fourrage sera de meilleur marché… Adieu, cher André, les ennemis sont sur la rive droite et nous sur la gauche : voilà tout ce que peux te dire »]

12 novembre. A Kirchenboland. Je visitai le château, le parc et les jardins du prince de Nassau, situés au pied du Mont-Tonnerre.

13 novembre. A Kaisern-Lautern.

14 novembre. A Homburg.

15 novembre. A Saarburg. Visité l’église réformée et l’ancienne résidence du prince. La vue, prise du pont, est magnifique.

17 novembre. Entré dans Saarlouis.

Mon séjour dans cette place s’est prolongé jusqu’au 4 janvier 1814. J’ai visité les fortifications, les casemates, la manufacture de fer-blanc de Dillingen, la fabrique de poteries. Monté sur une hauteur, dite le Calvaire, sur laquelle Marlborough, dit-on, avait placé son camp. Visité la houillère de M. Villeroy ; descendu dans la galerie à350 pieds sous terre ; fait plusieurs voyages à Metz pour y voir l’école, les fortifications, l’arsenal et les quais.

On savait à la fin de décembre que l’ennemi faisait ses dispositions pour passer le Rhin. Une proclamation de Blücher était déjà répandue sur la rive gauche. Le 1er janvier, le général Saint-Priest passa le Rhin et occupa Koblenz ; les coureurs prussiens ne tardèrent pas d’éclairer tout le pays. Je ne jugeai pas à propos de me laisser enfermer dans la place et de compromettre les fonds qui m’étaient confiés ; je quittai Saarlouis et je me portai à marches forcées sur Paris où j’arrivai le 10 au soir.

Cette campagne avait duré plus de neuf mois.

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Dans une lettre à André, datée de Sarrelouis, 22 novembre 1813, G. Peyrusse écrit : « La maison et les équipages sont venus s’établir ici. J’ai eu ordre de suivre le mouvement avec le Trésor de S.M. Nous jouissons ici d’une tranquillité parfaite. Accoutumé depuis vingt-deux mois au brouhaha de l’armée, je ne puis pas me persuader que j’en suis tout à fait délivré Je travaille à mettre tous mes comptes en règle et à mettre mon administration dans le cas de n’avoir aucune raison  pour ne pas me rappeler. Je ne veux pas lui demander de congé. C’est à elle à être persuadée que je le recevrais avec plaisir, car il me semble bien dur après vingt deux mois d’absence de me trouver aux portes de Paris sans pouvoir y entrer. » 

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