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( 18 octobre, 2019 )

Après les flammes…

« Chaque corps reçoit l’ordre d’envoyer des corvées en ville pour chercher des comestibles, des cuirs, des draps, des fourrures, etc., etc., Moscou renfermait de tous ces objets en abondance. Après les flammes... dans TEMOIGNAGES 06509284Notre camp a l’air d’un marché de friperie, on ne peut faire un pas sans marcher sur des bouteilles. Malgré les ressources que nous trouvons et les richesses que le pillage a procurées, personne n’est satisfait, prévoyant bien que la saison, qui est trop avancée pour cette contrée, nous surprendra avant que nous n’ayons des quartiers d’hiver (ce qui a l’air de ne pas être décidé encore).La Garde est établie en ville avec notre corps et celui ddu duc d’Elchingen à l’exception du régiment qui est toujours au camp de la route de Mojaïsk.

20 septembre. Le temps devient trop froid et trop humide pour que je puisse continuer à rester couché sur la terre. Je m’établis donc au château occupé par un bataillon du régiment qui y garde environ 3,000 prisonniers russes, qui ont été pris en ville.

21 septembre. Je me laisse passer un séton à travers ma blessure pour faciliter la sortie des esquilles.

22 septembre. Les prisonniers sous notre garde meurent par centaines ne recevant pas de vivres. On leur donne de tout ce que l’on peut disposer, mais cela ne suffit pas à la quantité.

23 septembre. Le régiment quitte sa position et va s’établir en ville dans le quartier que vient de quitter le corps du duc d’Elchingen. En y entrant, je suis frappé à la vue de ces beaux édifices où l’art à tout prodigué pour flatter le goût. J’ai le cœur navré en voyant que le fruit de tant d’années de travail a été détruit par une loi barbare de la politique russe. Les malheureux qui étaient restés sont en grande partie des négociants français, allemands et italiens qui, espérant qu’on respecterait leurs propriétés, ne perdirent pas moins tout ce qu’ils possédaient par les ravages de l’incendie, sous lequel était enfouie leur fortune réduite ne cendres. Là,tristement appuyés sur les décombres, ils déploraient leur cruelle situation ! Le spectacle était déchirant même pour les cœurs les plus inaccessibles à la pitié. Pour nous arracher à la mélancolie que produisait les ruines de Moscou et des malheureux qui y cherchaient encore des moyens de subsister, nous, nous réunissions tous les jours pour nous fêter et oublier dans la fumée des liqueurs spiritueuses les réflexions que notre position nous suggère.  La saison déjà avancée, artillerie et une cavalerie ayant besoin d’un long repos pour se remettre des fatigues excessives de cette guerre, nous faisaient espérer que nous passerions l’hiver en repos dans quelque bon pays tel que l’Ukraine ; mais le silence que l’on garde à ce sujet, ainsi que les affaires d’avant-garde, font craindre la continuation des opérations. »

 « Un journal de la campagne de Russie, en 1812 » par Louis Gardier »,  Mâcon, Protat frères, Imprimeurs, 1912, pp.47-49. L’auteur était durant cette campagne adjudant-major dans le 111ème de ligne.

 

 

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( 18 octobre, 2019 )

Les DERNIERS JOURS du duc d’ABRANTÈS (2ème partie)

En revanche, il était nerveux, irritable à l’extrême, violent, emporté et querelleur. Ses colères contre les anglais pendant sa captivité sont restées fidèles. Un de ses premiers scandales concerne une altercation survenue dans un café des Champs-Élysées au cours de laquelle il se mesura avec les garçons à coups de queue de billard, et se fit rosser par eux. On sait qu’il poursuivait le sabre à la main, à travers les couloirs de son hôtel, avec des cris féroces, les créanciers qui osaient arriver jusqu’à lui. Il n’avait aucune délicatesse à l’égard des femmes, pas même de la sienne qu’il frappait volontiers. Les DERNIERS JOURS du duc d’ABRANTÈS (2ème partie) dans FIGURES D'EMPIRE junot21En 1810, au bal de Marescalchi, ministre des Affaires Etrangères pour l’Italie, apprenant que la duchesse avait eu des bontés pour Metternich, il entra dans une rage folle, la jeta en voiture où il cassa toutes les vitres, cria, vociféra, puis la frappa à coups de ciseaux. Junot était maladroit dans son comportement : sans être fier, il était vaniteux ; quoique bon, il était offensant ; sa crânerie était gâchée d’arrogance;irascible mais superbe, il ne ménageait ni le rang, ni le pouvoir, car, s’il était soumis à Napoléon avec fanatisme, il ne reconnaissait aucune autre dépendance. En réalité, si sa conduite fut tout au long marquée d’extravagances, il semble bien que celles-ci excédèrent les limites de la normale dès 1807 au Portugal.  Son chef d’état-major, le général Thiébault, remarque chez lui un changement de caractère, d’habitudes, de genre de vie, une modification des goûts et des tendances. Un beau jour, à Lisbonne, il l’emmena à l’improviste sur une frégate portugaise, fit déployer les voiles, prit lui-même le commandement du navire. Il ordonna alors, sans aucune raison apparente, le feu de tribord et de babord, et cingla sans but au milieu du vacarme et de la fumée. Après quelques instants de ces évolutions d’enragé, il se fit ramener à terre et conduire à l’Opéra se pavaner devant un parterre d’élégantes.  L’amiral russe Séniavine qui connaissait bien Junot l’invita à dîner sur un des vaisseaux pour porter la santé des deux empereurs. Il fit faire feu aux sept cent canons de gros calibre de ses  neuf vaisseaux de ligne. Le bruit était insupportable, les coques des bateaux craquaient, les tableaux se décrochaient des cloisons. Junot fut enchanté de cette fête qui ne lui avait d’ailleurs été donnée que parce que tel était son goût. A son arrivée en Russie, une première fois, il égara ses troupes et leur fit faire un faux mouvement. Lors de la bataille de Smolensk, le combat de Valoutina ne fut pas décisif à cause des  retards et de l’irrésolution de Junot. Il devait couper l’arrière de l’armée russe engagée dans un défilé. Il tergiversa et, bien qu’averti par Ney, puis par le comte de Chabot, envoyé par l’Empereur, il ne bougea pas. Transporté de colère, Napoléon s’écria que l’inaction de Junot lui avait fait perdre la campagne.

« A son retour de Russie, écrit la duchesse d’Abrantès, je le retrouvais non seulement changé, mais changé d’une manière alarmante. Il portait en lui une destruction morale… Il avait d’étranges moments d’inquiète souffrance, il pleurait, lui, si fort, si maître de soi, il pleurait comme un enfant… »C’est peu de temps après l’arrivée à Trieste, que l’aliénation mentale devint manifeste. Son secrétaire et ses gens le trouvaient de plus en plus impatient, irritable, brutal. Dès son arrivée, il intervint dans le conflit qui opposait un riche avocat vénitien à son épouse. Il fit incarcérer le mari, se rendit à la prison, le frappa à coups de bâtons et ordonna qu’on le mit au cachot, les fers aux pieds et aux mains. L’évènement fit la plus fâcheuse impression. Napoléon, informé, ordonna à Clarke d’enquêter sur l’état d’avilissement du duc d’Abrantès. Bientôt une passion romanesque s’empare de Junot pour une jeune grecque, belle-sœur d’un de ses domestiques. Devant son refus, il détruisit une partie du mobilier du palais, y mit le feu, et parcourut les rues de la ville en criant qu’on avait voulu l’assassiner.A Gorice, il décide d’élire domicile à « La Glacière », lieu de plaisir populaire, s’entiche d’un simple d’esprit qui le distrait et lui passe, lui-même, son grand cordon de la Légion d’honneur. Bientôt la démence se manifesta de façon encore plus flagrante. Donnant à Raguse un bal de 400 personnes il fit attendre ses invités pendant plus d’une heure, et apparut enfin à eux entièrement nu, à l’exception de quelques ornements : ceinturon, épée, décorations, gants blancs, escarpins, chapeau à plumet sous le bras. On conçoit la stupéfaction de l’assemblée, les cris, la fuite des invitées qui désertèrent les salons en un instant.

A suivre…

 

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