( 29 octobre, 2019 )

Au Palais-Royal, en 1815…

jeux_de_dames_au_cafe_lamblin_au_palais-royal

« Les cafés les plus renommés du Palais- Royal sont le café des Aveugles, celui du Caveau, des Mille Colonnes, de Foy, Corazza, Lamblin, du Commerce , Montansier, etc. Le café Montansier, après avoir servi de spectacles de toute espèce, est à présent le rendez-vous des militaires qui se trouvent à Paris. On y rencontre, le soir, beaucoup de filles publiques, qui vont s’y enivrer de punch avec ces militaires, ce qui le rend très-bruyant.

Le café du Caveau nous montre tous les soirs les soirs un Sauvage, qui ne l’est pas plus que les filles qui s’y rendent par centaine. Le café des Aveugle est le rendez-vous des filles du plus mauvais ton. Aussi celles qui se croient d’un mérite un peu plus relevé parlent-elles avec dédain des filles qui vont au Café des Aveugles , où, dieu merci, l’on crie comme des sourds. Si par malheur un homme comme il faut s’avise d’y entrer, il ne sait plus comment faire pour en sortir tant ce cloaque est épouvantable. Heureusement la police le surveille avec la plus grande activité. Le Café de Foy est trop connu pour que j’en parle; les glaces y sont excellentes et les faiseurs de nouvelles très drôles: tous les bons papas en racontent de belles, il faut les entendre gagner des batailles, en prenant une demi-tasse de café faire cinq cents lieues dans la neige les deux jambes contre le poêle, et bivouaquer six mois dans l’eau jusqu’aux reins, en faisant sécher leur parapluie à canne.

Le Café des Mille Colonnes est remarquable par le luxe avec lequel on y est servi. Demandez-vous un verre de liqueur, on vous apporte quatre ou cinq petits carafons sur un plateau. C’est à la bonne foi du consommateur. J’ignore si le maître a lieu de se repentir souvent de sa munificence » La Limonadière »  est une des plus jolies femmes qu’on puisse voir, et c’est beaucoup qu’une jolie femme dans un comptoir. Les Cafés de la Rotonde, Lemblin, Corazza, du Commerce et Lyonnais sont assez suivis, parce qu’on y trouve bonne société et bon café.

Le reste ne vaut pas l’honneur d’être nommé. »

([DETERVILLE et CUISIN] «  Le Palais-Royal ou les filles en bonne fortune…», Paris, 1815, pp.30-33)

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés

Pas de commentaires à “ Au Palais-Royal, en 1815… ”

Fil RSS des commentaires de cet article.

|