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( 22 novembre, 2019 )

Lettre d’un colonel sur la bataille de La Moskowa…

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Ce témoignage, dont l’auteur est resté anonyme selon A. Chuquet, retrace avec réalisme cette fameuse bataille ; notons qu’il a été rédigé le soir même du 7 septembre 1812.   

 Mojaïsk, le 7 septembre 1812, à 9 heures du soir.  

J’ai vu une des plus terribles batailles qui se soient jamais données, depuis que les hommes étudient l’art de se détruire ; je me suis trouvé, pendant l’action, successivement sur tous les points. Accoutumé à observer froidement l’ensemble des dispositions générales d’une affaire, je crois qu’aucunes de celle-ci ne m’ont échappé : je n’entrerai pas dans les détails, cela nous mènerait trop loin.  Voici la position de l’ennemi, dont j’évalue la force de 110 à 130.000 hommes. Sa gauche était appuyée à un bois, et soutenue par une redoute construite sur un mamelon ; deux redoutes couvraient la ligne ennemie jusqu’au centre, également couvert par trois grandes redoutes placées sur des élévations : la droite, laissant la Kolotcha et le village de Borodino entre elle et notre gauche, s’appuyait à deux mamelons sur lesquels étaient construites les dernières redoutes de la ligne ennemie ; deux profonds ravins couvraient presque en entier l’armée russe, et ajoutaient beaucoup à la force de la position avantageuse qu’elle avait choisie. L’armée française, prenant l’offensive, quitta ses positions désavantageuses au point du jour. La gauche, commandée par le vice-roi [Eugène], surprit, à 6 heures du matin, le village de Borodino. Le 3ème corps attaqua à 7 heures, au centre, secondé par le feu de soixante pièces de canon. Le 1er corps, commandé par le prince d’Eckmühl [Davout], avec le 5ème, aux ordres du prince Poniatowski, placés à l’extrême-droite, avaient déjà commencé leur mouvement pour tourner le bois et la gauche de l’ennemi. Dans cet état de choses, à 7 heures [et] ½, notre armée était entièrement engagée : mille pièces de canon vomissaient la mort sur les deux armées. 

Napoléon, entouré de toute sa Garde, dirigeait les attaques du haut d’un plateau hors de la portée de canon. On doit croire que la supériorité de nos troupes et leur extrême bravoure lui firent juger inutiles toutes ces manœuvres qui auraient pu, en épargnant cependant beaucoup de sang, nous donner également la victoire. Car il n’attendit pas le résultat du mouvement du corps commandé par le prince Poniatowski sur notre droite et ne fit ni poursuivre, ni soutenir par la Jeune Garde, comme on s’y attendait, le premier succès du vice-roi à notre gauche. Il fit attaquer les redoutes par l’infanterie et la cavalerie : avec des troupes comme les nôtres, on est certains d’arriver ; mais leurs pertes sont énormes.  Avant que le feu de nos batteries et l’adresse de nos pointeurs eussent produit leur effet ordinaire sur l’artillerie ennemie, et pendant le feu le plus soutenu, nos troupes avaient marché sur ses redoutes, et les avaient attaquées de front. Elles ont été prises et reprises plusieurs fois. A 9 heures, l’ennemi ayant perdu toutes ses positions du centre, qu’il avait vraisemblablement dégarnies pour renforcer sa droite, si vivement menacée trois heures auparavant, voulut les reprendre ; il soutint cette attaque, faite par une partie de sa réserve par la garde impériale russe, avec une grande fermeté, mais avec trop peu d’énergie et de résolution. Ses colonnes furent arrêtées par notre artillerie et restèrent stationnaires pendant plus d’une heure et demie sous notre mitraille, sans perdre un pouce et demi de terrain. Mais enfin une charge du 4ème corps de cavalerie mit fin à leur indécision ; elles se débandèrent. Les troupes ennemies, qui avaient réussis à reprendre leurs redoutes de droite à 9 heures du matin, nous abandonnent leur ligne et le champ de bataille. A 2 heures [de l’] après-midi, la victoire se déclare pour nous. Il ne reste aux Russes qu’une des redoutes de droite, d’où ils font un feu soutenu, jusqu’à la fin de la journée, pour protéger leur retraite. Tout porte à croire qu’à l’heure où je vous écris elle est également abandonnée. Nos trophées consistent en soixante pièces de canon, et quatre à cinq mille prisonniers. Sous le rapport des morts et des blessés, je ne crois pas nos pertes moindres que celles de l’ennemi. Mais je compte pour rien ce que nous avons aujourd’hui. S’il est poursuivi cette nuit par la Garde impériale, comme nous l’espérons, la journée de demain ne se passera pas sans que son artillerie et la majeure partie de ses débris ne soient entre nos mains. Nos forces étaient égales à celles de l’ennemi, distraction faite de la Garde impériale, qui n’a pas donné.  Nos soldats se sont battus à jeun ; leur ardeur leur a fait oublier la faim. Après l’affaire, j’ai vu Napoléon parcourir le champ de bataille ; je l’ai suivi partout ; il était rayonnant, il se frottait les mains en répétant avec satisfaction : « Il y a cinq Russes morts pour un Français ». Je crois qu’il a pris les Allemands pour des russes, etc. Il y a plus de chevaux tués que d’hommes ; notre grosse cavalerie est presque entièrement démontée, mais elle a fait des prodiges de valeur, comme toute l’armée. Nous avons perdu beaucoup de généraux ; plusieurs sont blessés grièvement.   

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911.      

 

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( 22 novembre, 2019 )

Le général Haxo en 1815

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Le général du génie Haxo avait été chargé par le duc de Berry de reconnaître les positions en avant de Paris pour arrêter Napoléon, et il voulut couper des ponts ; mais les habitants s’opposèrent à son dessein. Le 20 mars 1815, avec son bataillon de sapeurs, il prit la route du Nord. Le surlendemain, à Beaumont, sur l’ordre des princes, il reprenait le chemin de Paris, et, avec lui, ses sapeurs « déjà fort inquiets et impatients ». Le lieutenant-général Haxo était employé au Comité central des fortifications en sa qualité d’inspecteur général du génie, lorsqu’il fut question de former dans Paris une armée aux ordres de S. A. R. Mgr. Le duc de Berry. Vers le 10 mars, il fut nommé par le ministre de la guerre commandant du génie à cette armée et, après avoir pris les ordres de S. A. R., il s’occupa de suite à organiser le matériel nécessaire à son service. Il reconnut, en avant de Paris, à la hauteur de Corbeil, une position dans laquelle il proposait de réunir les troupes et d’essayer de combattre. Quelques jours après, en conséquence des ordres de S. A. R., il envoya des officiers du génie pour faire couper les ponts de Joigny, de Montereau, de Notent, etc. ; mais ils ne purent remplir l’objet de leur mission, parce que les habitants s’y opposèrent. Le 19 mars, le lieutenant-général Haxo se rendit à Villejuif où devait se réunir le quartier général. Mais il ne s’y trouva que le maréchal duc de Tarente, les généraux Rapp et Ruty. Vers le matin, il reçut l’ordre de rétrograder avec son matériel et son personnel et de se rendre à Saint-Denis où le quartier-général devait être établi. Il attendit la pointe du jour pour se mettre en marche, de crainte de manquer pendant l’obscurité un bataillon de sapeurs qui, depuis les ordres de la veille, était attendu à Villejuif.

Le 20 mars, il rentra à Paris vers 8 heures du matin, trouva les Tuileries désertes et, après s’être arrêté environ une heure pour réunir ses officiers et s’assurer du départ du bataillon de sapeurs pour Saint-Denis, il se rendit lui-même dans cette ville. Il y trouva le maréchal duc de Tarente de qui il reçut l’ordre d’aller coucher le même soir à Moisselles et de continuer le lendemain sa retraite vers les places du Nord. Dans ce moment, les troupes du général Maison l’abandonnèrent ; mais les sapeurs demeurèrent tranquilles parce qu’on avait eu soin de les tenir séparés des autres soldats.

Le 21 mars, il se trouva absolument seul avec le général Ruty, quelques officiers d’artillerie et les ofliciers de troupe du génie qui étaient sous ses ordres. Il se remit en marche et arriva d’assez bonne heure où Beaumont où il jugea à propos de demeurer pour  faire donner des vivres aux soldats et pour attendre de nouveaux ordres de la part du général Belliard, chef de l-état-major général, qui s’était rendu à Beauvais pour rejoindre les princes et leur en demander. Impatient de ne pas voir revenir ce général, il prit vers 2 heures de l’après-midi le parti de se mettre avec le général Ruty dans une chaise de poste pour aller lui-même jusqu’à Beauvais et tâcher de recevoir des ordres des princes. A pou de distance de cette ville, il rencontra le général Belliard qui revenait et qui lui annonça que leurs Altesses royales en étaient parties et l’avaient chargé de nous remercier et de nous congédier. Cette nouvelle fut confirmée par M.  le maréchal de camp comte de La Roche Aymon qui revenait lui-même de Beauvais. En conséquence, le lieutenant-général Haxo retourna à Beaumont et fît annoncer cet événement le 22 aux soldats déjà fort inquiets et impatients. A son retour à Paris, il fut présenté à Bonaparte avec tous les officiers généraux du génie qui s’y trouvaient. Celui-ci lui reprocha plusieurs fois d’avoir voulu arrêter sa marche en faisant couper les ponts de Joigny, Montereau, etc., chose dont il avait eu connaissance par les ordres écrits et signés par le général Haxo qui étaient tombés entre ses mains, et c’est sans doute par suite du mécontentement qu’il en eut qu’il supprima la place de commandant du génie de la garde pour en priver le lieutenant-général Haxo qui en était pourvu à l’époque de l’abdication.

Paris, 24 octobre 1815.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. 1ère série [seule série parue] »,Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur,1911 pp.288-291).

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( 22 novembre, 2019 )

«Un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la Péninsule.»

G.Peyrusse

Voici un épisode peu connu de l’existence de Guillaume Peyrusse, qui sera plus tard, Trésorier général de la Couronne durant les Cent-Jours.

Bulletin du vendredi 2 août 1811. « On a rapporté au Ministre [de la Police Générale], le mois dernier que les sieurs Peyrusse, chef du bureau du Trésor de la Couronne, et Vendryes, secrétaire du général d’Harville, avaient dit qu’il existait une caricature représentant des Anglais avec de très grands chapeaux sur la tête surmontés d’un paratonnerre, par allusion au discours de S.M. : un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la Péninsule. Le Préfet de Police, chargé de vérifier, a adressé le 27 juillet [1811], le rapport suivant : « Les Sieurs Peyrusse et Vendryes, mandés à la préfecture et interrogés, ont répondu unanimement qu’ils n’avaient pas vu cette caricature, mais qu’on leur avait dit qu’elle existait. Ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu désigner les personnes qui leur en avaient parlé. On a pu découvrir aucune de ces caricatures, ni aucune personne qui dit en avoir vu une. Ainsi on ignore si elle existe. Les recherches se continuent. »

(Source: Nicole Gotteri : « La police secrète du Premier Empire. Bulletins quotidiens adressés par Savary à l’Empereur, de juillet à décembre 1811 », Tome III, Honoré Champion, 1999, p. 83).

 

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