( 11 décembre, 2019 )

Un EPISODE de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Le témoignage réaliste, qui suit a été rédigé par Guillaume Peyrusse, qui termina sa carrière durant les Cent-Jours en tant que Trésorier général de la Couronne. 

9 décembre 1812. 

Le roi [de Naples, Murat] a quitté son quartier ; nous avons ordre de le suivre. Notre marche a été fort embarrassée. Arrivés à dix heures du soir au défilé de Ponari, nous y rencontrâmes de si grands obstacles qu’il fallut se résigner à camper sur place, espérant que, la foule s’écoulant, dans la nuit, notre mouvement serait plus libre le lendemain. Nous cédâmes à la cruelle nécessité de cacher notre position à l’ennemi. Les feux de bivouac ne furent pas allumés. L’inquiétude et un froid de 25 degrés m’anéantirent pendant cette horrible nuit. 

10 décembre 1812. 

Au point du jour j’ai fait atteler. Nos domestiques étaient sans force, sans énergie et totalement démoralisés. Un nombre considérable de voitures de tout espèce, de pièces et caissons d’artillerie, abandonnés au travers de la route, sans conducteurs, des charretiers, des soldats, une infinité de chevaux étendus sans vie, une rampe glacée sur laquelle il n’était pas possible de se tenir debout devinrent un obstacle insurmontable. Plusieurs fois nos chevaux essayèrent de se frayer une route.

Ne pouvant avoir pied, le fourgon [celui contenant le Trésor impérial] allait en arrière, au risque d’être jeté dans un fossé, ne pouvant être ni retenu, ni guidé par les chevaux. Le désordre le plus affreux régnait dans cette réunion d’hommes et d’équipages. Il augmentait de minute en minute par l’agglomération sur ce point de tous les réfugiés de Vilna. La fusillade retentissait dans la ville. Les cosaques s’étaient montrés dans plusieurs quartiers.

Il n’y avait pas d’espoir d’être couverts par une arrière-garde. Notre armée n’existait plus, elle était fondue. Nous prîmes notre parti. Dans l’impossibilité de sauver notre convoi, nous mîmes le feu aux voitures. J’évacuai le trésor, les pièces et les dépôts qui m’étaient confiés. J’en chargeai les chevaux de mon fourgon. Ce qu’ils ne purent prendre fut confié aux grenadiers de mon escorte. Je n’oubliai pas le peu de provisions que je conservais précieusement, et, quelque pénible que fût le sacrifice des objets précieux que je m’étais procuré à Moscou, je mis le feu à mon fourgon.

Je fis parcourir à mon convoi toutes les sinuosités du défilé et je parvins à sa hauteur après les plus grands efforts et de nombreuses chutes. Après avoir fait halte, je continuai ma route pour suivre la direction qu’avait prise le roi de Naples.

(Extrait de l’ouvrage intitulé : « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814… »,par Léon-G. Pélissier, Paris, Perrin et Cie,Libraires-Editeurs, 1894). 

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