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( 13 décembre, 2019 )

Survivre…

« Le 13 novembre, le 1er corps, maréchal Davout, en tête, traverse Smolensk en assez bon nombre et prend position au-delà. Mon capitaine me renvoie en ville avec deux carabiniers pour chercher des vivres. La prévoyance de l’Empereur y avait accumulé, dans les magasins, des subsistances, des effets d’habillement, du linge, des chaussures. Mais, les employés de ces magasins ayant abandonné leur poste, ce fut la foule des blessés de toutes armes, des gelés, des traînards devançant la colonne qui, dans un désordre inexprimable, pilla toutes ces ressources. Tous ces malheureux, sans drapeau, sans chefs, ayant rejeté toute discipline, et n’étant plus, pour la plupart, en état de tenir un fusil, n’avaient plus qu’une pensée, manger, ou tout au moins se chauffer, et pourtant ces mêmes hommes avaient affronté la mort sur vingt champs de bataille !

Le froid est de 23°.

Je pus trouver dans Smolensk 5 à 6 kilogrammes de farine et quelques débris de biscuit. Avant de rapporter à la compagnie ces quelques grains de vie, bien faible ressource pour 60 hommes, je dûs, avec mes deux carabiniers, mettre le sabre à la main et défendre ces maigres provisions contre ceux qui, les plus effroyables menaces à la bouche, et l’arme aussi en main, voulaient nous les arracher. Autour de notre bivouac se trouvaient des maisons où des officiers et soldats avaient cherché un abri contre le froid après avoir allumé du feu à l’intérieur. Un de mes bons camarades y était entré. Prévoyant ce qui allait se passer je le suppliai de sortir. A ma prière insistante les officiers et quelques hommes sortirent, déjà engourdis par la chaleur et incapables d’une décision, mais lui ne voulut rien entendre et y trouva la mort. Bientôt, en effet, une foule se rua sur ces maisons, ceux qui s’y trouvaient voulurent défendre leur repos, une lutte horrible s’engagea et les faibles furent impitoyablement écrasés. Je courus au bivouac rendre compte de ces atroces scènes, à peine y étais-je arrivé que les flammes dévoraient ces maisons avec tous ceux qui s’y trouvaient. Au jour, nous vîmes des ruines et des cadavres. »

(Capitaine Vincent BERTRAND, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815….», A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.146-147). L’auteur était à cette époque sergent dans les rangs du 7ème régiment d’infanterie légère, lui-même faisant partie du 1er corps (Maréchal Davout).

Survivre… dans TEMOIGNAGES ney-durant-la-campagne-de-russie

Le maréchal Ney durant la retraite de Russie. Courageux, faisant le coup de feu avec ses hommes, un fusil sur le bras,

les dirigeant comme un simple capitaine…

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( 13 décembre, 2019 )

Une lettre d’un auditeur au Conseil d’Etat à sa femme, en 1812…

charlet1b.jpgCelle-ci émane d’Antoine Busche, auditeur au Conseil d’Etat en service extraordinaire, venu apporter le Portefeuille de l’Empereur. Il sera nommé préfet des Deux-Sèvres en 1813.  On perçoit à travers ce court témoignage, un homme découragé, fatigué voire désespéré…  Ce Busche était un collègue d’Henri Beyle (Stendhal) qui était lui-même en Russie. Le futur écrivain mentionne d’ailleurs Busche dans plusieurs lettres adressées à sa soeur

Smolensk … [sans date

Ma bonne amie,  j’ai tout perdu, voiture, chevaux, effets, domestiques. Il ne me reste que le cheval que je montais et ce que j’avais sur le corps. Il y a tout lieu de croire que ma voiture est tombée au pouvoir de l’ennemi, à moins qu’étant restée embourbée, elle n’ait été pillée sur les derrières.La plupart de mes collègues ont perdu plus ou moins ; moi, j’ai perdu tout, absolument tout, et même cent écus en argent blanc, qui étaient dans la calèche. 

 BUSCHE. 

 

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