( 31 janvier, 2020 )

A propos d’Amédée de Pastoret en 1812…

Personnage quelque peu méconnu, Amédée de Pastoret (1791-1857), fut intendant de la Russie blanche. Il  n’avait eu que deux mois pour organiser cette province, délai manifestement trop court, quand il se vit être entraîné dans les désastres de la Grande-Armée et réduit à tracer dans les boues et les neiges son douloureux itinéraire de Vitebsk à la Bérézina. Il assiste au dénouement du drame militaire le plus poignant que les annales du monde aient enregistré; il rejoint la Grande-Armée à ce moment tragique où, selon le mot de Ségur  « l’aspect de la carte devenait effrayant. » Les premières nuits de grand froid, en gelant des bivouacs entiers, ont frappé les troupes comme à coups de massue. Koutousov les talonne depuis Moscou. L’âge et le caractère de ce général rendent sa poursuite peu active, mais n’empêchent pas que Napoléon ne soit dans l’impossibilité de faire halte là où, par hasard, il pourrait reposer ses troupes et les nourrira Au moins Napoléon se rassure-t-il en voyant le Dnieper tout près de lui il compte s’arrêter de l’autre côté du fleuve et recueillir là les fruits de cette extrême prudence qu’il sait mêler à ses plus grandes témérités. La région entre le Dnieper et la Duna lui appartient Oudinot et Saint-Cyr à Polotsk, avec les 2ème  et 6ème  corps, Victor à Smolensk avec le 9ème, Schwarzenberg à Minsk avec les Autrichiens,

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 la lui tiennent fermée; Macdonald resté de l’autre côté du Niémen avec le 10ème corps, Augereau à Berlin avec le 11ème, viendront l’y rejoindre. Telles sont ses espérances; dans le fait, son dispositif de sûreté est enfoncé depuis le jour même où il a quitté Moscou. Ce jour-là, 18 octobre 1812, Gouvion Saint-Cyr battu à Polotsk par la faute de Victor, qui ne l’a pas secouru, a perdu la lignezde la Duna ; il rétrograde avec Oudinot vers Sienno, où Victor vient tardivement le rejoindre, mais où il ne pourront se maintenir En même temps, Schwarzenberg, qui barrait jusque-là la route à l’armée de Tchitchagov, lui abandonne Minsk et se retire vers Varsovie, trahissant ainsi la première défection de son empereur à la cause de Napoléon; Tchitchagov se dirige vers Borisov, où il se propose de maîtriser les passages de la Bérézina. Koutousov à l’est, Wittgenstein au nord, Tchitchagov au sud-ouest, sont désormais aux trois sommets d’un triangle à l’intérieur duquel la Grande-Armée se trouve inscrite; ce triple coin s’enfonce dans la masse militaire française qui s’émiette et ne résiste plus.

Partout des retraites, des abandons, des capitulations depuis le 6 novembre 1812, jour au cours duquel il connu la conjuration de Malet, l’Empereur n’a reçu que de mauvaises nouvelles. D’abord le rapport de Gouvion Saint-Cyr, annonçant son revers de Polotsk, puis les courriers qui lui apprennent la porte de Minsk, la défection des Bavarois, désormais séparés de Gouvion Saint-Cyr et marchant par un itinéraire à eux, le pillage des magasins de Smolensk. Il est dans cette ville, qu’il faut maintenant quitter, qu’on ne quittera pas sans de nouveaux désastres, quand le jeune intendant de Pastoret s’en approche, croise des troupes du prince Eugène qui marchent vers Vitebsk et qu’il n’a pas qualité pour arrêter. Ces troupes ignorent encore l’événement dont Pastoret vient rendre compte Vitebsk pris, la mauvaise garnison de Berg, qui le défendait, prise elle-même, ou rejetée en désordre vers le gros du 9ème corps. Au cours de sa campagne de Russie, Amédée de Pastoret rencontrera plusieurs personnages célèbres (Berthier, Murat et l’Empereur en personne).

C.B.

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