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( 4 mars, 2020 )

Le 1er mars 1815 à Antibes (suite et fin)…

Le 1er mars 1815 à Antibes (suite et fin)… dans TEMOIGNAGES 065055881

Suite et fin de cet intéressant témoignage et qui fut publié la première fois dans la revue « Feuilles d’Histoire » en 1911. 

Ils s’arrêtèrent deux heures aux environs de Cannes. Le prince de Monaco y était arrivé. Un général fut de la part de son maître leur déclarer qu’il était son prisonnier et le somma de se rendre auprès de lui. Cette visite déplut fort au prince qui avait perdu toute contenance. L’entretien qu’il eut ne fut pas long et peu conséquent ; il fut libre de retourner à son auberge et dans ses Etats. Cette troupe se compose de Bonaparte, des généraux Bertrand, Drouot et Colbrun [sans doute Cambronne], de huit cent hommes, de domestiques et [de] beaucoup de  femmes, avait été transportée sur cinq bâtiments qui échappèrent à la vigilance des frégates en station ; avait trois pièces de campagne et un carrosse qu’ils ont laissé à Grasse.

Elle paraît se diriger sur Grenoble par la route impraticable presque de Digne. Ils se flattent d’être rendus le 27 à Paris. Ils n’ont fait aucune levée d’argent ;ils payent toutes les réquisitions, les fournitures et les subsistances des mairies exceptées. On ne dit pas qu’ils aient insulté personne ; ils affectent de crier « Vive l’Empereur ! », [cri] auquel pas un citoyen n’a répondu, si ce n’est quelques individus qu’ils dirent qu’ils étaient royalistes. 

Alexis Gazan revenant du Cannet fut retenu pendant deux heures. On voulut lui donner des missions; l’Empereur le flatta, lui fit des promesses; mais rien n’a pu ébranler ses sentiments ; il persista dans son refus et retourna le soir à Antibes.  Il faut vous dire qu’ils ont payé le nolis d’un bâtiment et les dommages faits à la campagne, où ils ont campé au Golfe, avec des bons sur le Trésor impérial ou des mandats sur un individu qui n’est pas qualifié. On n’a pu faire [encore] aucune disposition pour le poursuivre. On sait que [mots manquants peut-être : il est parti] ce matin de Digne ; que le prince Masséna va lui couper le chemin à Sisteron où il doit être arrivé ; que l’on a fait couper les ponts et que l’on fait tout pour l’arrêter ; que la Garde nationale de Marseille et d’Aix est partie en toute diligence ; l’esprit de cette contrée est bon, et s’il reparaît de nouveau, je doute qu’il échappe, étant prêts pour le recevoir. 

Nous avons eu quelque désertion du corps de la garnison qui a cessé maintenant. L’état-major s’est fort bien conduit. Si nous n’avons pas des craintes d’ailleurs, nous sommes dans l’attente de connaître le résultat de cet événement, qui doit occuper beaucoup de monde ; mais que nous espérons qu’il sera heureux. Mais puisque j’ai été autant minutieux dans ce récit, je dois ajouter que soit le défaut de transport ou le désir promptement, ils ont laissé sur le bord de la mer dix caisses de fusils.  Enfin M. Cunéo est remplacé dans son commandement de place ; on a annoncé un colonel d’artillerie pour le remplacer. Sa conduite équivoque dans cette affaire pourrait encore avoir des suites graves pour lui.  Tous les prisonniers sont partis sous bonne escorte pour Toulon, en suite d’un ordre du prince. Les officiers ayant forcé la sentinelle dans la nuit, l’un reçut un coup de fusil qui traversa son chacot [shako] sans le blesser, fut sauter les remparts, a pris une forte contusion aux lombes. Il est à l’hôpital avec une paralysie des membres inférieurs et de la vessie. 

Votre très affectionné ami. 

ARDISSON 

Antibes, le 4 mars 1815. 

P.S. / Le gouvernement de Nice [redevenue sarde] a pris l’alarme. On a mis douze cents hommes au pont du Var avec du canon ; on ne peut voyager dans ce pays qu’avec des bons passeports et on fait surveiller les démarches des Français qui arrivent. Cette terreur cessera bientôt. 

Suscription : Monsieur le professeur Provençal, place du Palais à Montpellier, cachet postal, 78, Antibes. 

 

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( 4 mars, 2020 )

Deux lettres sur la bataille d’Austerlitz…

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Lettre du commandant Salmon (chef de bataillon au 24ème léger, écrite à sa femme Pauline, après la bataille d’Austerlitz). 

3 décembre 1805, au bout du monde. 

C’était hier la fête du couronnement de notre Empereur. Quatre mots ma chère petite femme, pour te tranquilliser, car l’affaire d’hier fera beaucoup de bruit. Nous nous sommes battus depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir. Je dois ma vie à mon adresse et à mon grand courage. J’ai fait bien du mal à l’ennemi mais il m’en a fait beaucoup. Je suis resté à deux cents hommes. Lorsque j’ai rallié ma troupe, je n’avais que vingt hommes et mon drapeau. Nous avons 30 officiers tués et blessés. J’avais été chargé par la Garde à cheval de l’empereur de Russie. Je comptais Devienne au rang de ceux qu’ils ont vaincu. Mais il était tombé sous les chevaux, dont plusieurs lui ont marché dessus. Il a fait le mort et il m’a rejoint. Ce ne sera rien, il marche bien et il a bon appétit. Nous avons mangé un morceau ensemble. J’ai fini par le faire rire. « Ah mon Dieu ! me dit-il, commandant, je ne croyais jamais que vous pouviez vous tirer de là. » J’ai renversé un cavalier de sur son cheval, au moment où il m’a porté un coup de sabre, avec la monture du mien, étant serré corps à corps : pour finir je me porte bien quoique fatigué.

Philippe, qui était observateur, vint nous embrasser en pleurant et nous offrir de la soupe et notre part d’un civet qu’il avait fait avec un lièvre qu’il avait pris à la main. Il était à bout de fatigue par les coups de fusil de l’ennemi et les nôtres. 

Enfin nous avons gagné la bataille. C’est innombrable la perte de l’ennemi. Cinq lieues de chemin, la terre jonchée de leurs corps morts, 200 pièces de canon, 23 milles prisonniers. Quelle bataille ! Depuis que le monde est monde, jamais pareille [chose] n’est arrivée. 

Austerlitz… 

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Lettre du général Léopold Berthier (1770-1807), frère cadet du maréchal Berthier à sa femme. 

Au quartier-général, au bivouac, sur la route d’Olmütz, le 5 décembre 1812. 

Il m’a été impossible, ma chère bonne petite, de pouvoir t’écrire ces jours-ci. Mon frère a bien voulu te faire dire que je me porte bien. Tu sais la grande et belle bataille que nous avons gagnée. Ton frère, moi, d’Haugerenville de porte bien ; sois sans inquiétude, tout va bien ; l’ennemi fuit et tout va très bien pour nous. Kellermann, Gérard, Chaloppin ont été blessés légèrement [Le chef d’escadron Chaloppin fut en fait mortellement frappé à Austerlitz].

Le maréchal [Berthier] se porte bien ; je suis couché à côté de lui sur un très bon lit de paille et devant un bon feu. J’espère que ce soir nous serons dans un bon lit ; nous en avons besoin pour nous remettre de nos fatigues. Adieu, bonne petite amie à moi, aime toujours ton bon petit mari et il est sûr d’être toujours heureux. Embrasse nos petits enfants et sois assurée que je ne perdrai de temps quand je pourrai t’écrire de venir me rejoindre. 

Adieu, je t’embrasse de tout mon cœur.  Ton ami, ton amant, 

L.BERTHIER 

Ces documents furent publiés en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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( 4 mars, 2020 )

4 mars 1814…

Ombre 1

« La maison était restée à Troyes pendant que S.M. était allée le 27 février [1814] faire son expédition contre un corps formé des débris de Saken [Sacken], de Blucker [Blücher] et de Langeron que S.M. poursuit toujours. Nous sommes en route pour la rejoindre. Avant de quitter Troyes, Sa Majesté sur la demande de M. de la Bouillerie, le rapport du major général de la Garde, les conclusions de M. le duc de Bassano [Maret], m’a nommé sous-inspecteur aux revues de sa Garde avec un traitement de 21,000 francs. M. le duc de Bassano, qui a voulu être le premier à m’annoncer cette faveur de S.M., m’a assuré que si je désirais terminer la campagne comme payeur, Sa M. [Majesté] ne le trouverait pas mauvais. C’est aussi mon projet. N’ayant pas la croix que jamais S.M. n’a voulu me donner parce qu’elle voyait en moi qu’un employé civil, je serai peut-être assez heureux pour la gagner cette campagne… »  

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pp.190-191).Cette lettre est une des rares adressées par Guillaume Peyrusse à son père. 

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