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( 1 avril, 2020 )

Une lettre de Fesquet, intendant de Mohilew, à son père.

Mohilew, le 8 novembre 1812.

Mon cher bon papa, je vous plaindrais bien si vous vous trouviez ici, vous qui aimez tant la chaleur et qui craignez tant le froid. Quoi qu’il gèle assez fort, on ignore encore à quel degré, parce que cela, dit-on, ne vaut pas la peine d’en parler. Cependant, je crois que nous sommes déjà ici à la température de nos hivers ordinaires à Paris. Puisque le Dniepr, qui est à Mohilew un peu plus fort que la Seine à Paris, charrie beaucoup, je crains qu’il ne vienne à geler, car cela me couperait une assez bonne opération que j’avais commencée. Les chevaux, et par conséquent les charrettes de transport, étant extrêmement petits, pour accélérer un envoi de farine que j’étais obligé de faire, j’ai imaginé de l’expédier par eau, ce qui Une lettre de Fesquet, intendant de Mohilew, à son père. dans TEMOIGNAGES 98013899m’économise et beaucoup de chevaux et beaucoup de temps ; mais adieu si les glaces augmentent ! Me voilà privé du seul plaisir que j’avais ici et qui était de monter tous les jours à cheval ; les chemins sont si remplis de neige gelée qu’il serait dangereux d’y galoper dessus ; mais comme c’était, ainsi qu’au gouverneur, notre plus agréable loisir, nous avons déniché un local qui offre un fort beau manège couvert, et Ignace [son valet de chambre ?] va travailler à me dresser un jeune cheval arable de 5 ans dont on m’a fait cadeau ; c’est un fort présent, surtout dans ce pays où les beaux chevaux sont fort rares. Je me porte toujours fort bien et je pense que tout le monde est de même dans ma famille, quoique nous entrions dans la saison où quelquefois vous éprouvez le plus de souffrance. Ignace me gronde de ce que j’engraisse trop et la plupart de mes effets deviennent petits ; je chercherai cependant de ne pas me corriger de ce défaut. Je ne sais si cela vient du changement de climat ; au commencement de mon arrivée à Mohilew, il m’est arrivé d’avoir quelquefois un peu de fièvre ; seulement comme nous ne sommes pas parmi les petites maîtresses de Paris, j’ai soin, et beaucoup de Français en font autant, de manger tous les matins une soupe à l’ail ; depuis ce régime, rien ne peut me rassasier ; par exemple , mon cher papa, vous ne craindrez pas que le vin [ne] me fasse mal, car nous n’en avons point ; le peu que les habitants possèdent se garde pour les jours de gala ; encore ne se prodigue-t-il pas.

Que le vin de Suresnes ferait ici fortune !

FESQUET

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