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( 8 avril, 2020 )

Un cavalier dans l’Epopée: Victor Dupuy (I).

Ombre 2

« Échappé aux désastres de la retraite et complètement remis de ses fatigues, il allait être nommé major (lieutenant-colonel) lorsqu’il fut fait prisonnier le 28 septembre 1813. Après avoir passé en Hongrie près des frontières de la Serbie le temps de sa captivité il rentra en France en avril 1814 et fut replacé comme chef d’escadrons au 7e régiment de hussards que commandait alors le colonel de Marbot. Après avoir assisté sous ses ordres à la bataille de Waterloo il commanda le régiment lorsque Marbot proscrit fut obligé de s’éloigner et accomplit noblement pour le 7ème hussards la tâche douloureuse du licenciement », écrit le général Thoumas dans sa préface de l’édition de ce témoignage (Calmann-Lévy, 1892; réédition : A la Librairie des Deux Empires, 2001).

« Le colonel Marbot, désirant être lui-même porteur de l’heureuse, nouvelle de la soumission de la ville de Valenciennes et de sa garnison, se rendit immédiatement à Paris. Lorsque l’Empereur eut entendu son rapport, il l’embrassa, demanda et écrivit de sa main les noms de ceux qui avaient le plus coopéré à lui conserver cette place forte: le mien eut l’honneur d’y figurer. Le 30 mars 1815, le maréchal Ney, prince de la Moskowa, dont depuis la noble tête fut sacrifiée à une basse vengeance et peut-être aussi aux exigences ennemies, vint à Valenciennes pour en inspecter la garnison. Aussitôt son arrivée, nous lui fîmes une visite de corps; il nous complimenta sur notre conduite des 23 et 24 mars puis, nous dit que les idées de l’Empereur étaient changées; qu’il ne voulait que la paix, le bonheur des Français et nous donner une constitution libérale qui conviendrait à tous et pour laquelle nous nous battions depuis vingt-cinq ans. A cette époque, le colonel Trobriand fut nommé colonel en second de notre régiment; c’était un aimable et bon officier que j’avais connu fourrier dans le 11èm chasseurs en 1800. Le 6 avril, nous reçûmes l’aigle que le colonel Marbot avait rapportée de Paris au nom de l’Empereur; c’était celle du 23ème chasseurs, son ancien régiment, dont il avait fait changer le numéro. Les escadrons de guerre ayant été formés, nous nous mîmes le 7 en marche pour la frontière et, passant par Orchies, jolie petite ville entre Lille et Valenciennes, nous prîmes position le 9 au bourg de Cysoing et plaçâmes nos postes avancés sur les confins de notre territoire. Partis de Cysoing le 22 avril, stationnés pendant quelques jours à Sainghin, nous arrivâmes le 1er mai à Saint-Amand, petite ville assez jolie à quatre lieues de Valenciennes et près de la frontière belge. L’horizon politique s’obscurcissait, la guerre paraissait imminente; nous fûmes attachés au 1er corps d’armée commandé par le comte d’Erlon .Embrigadés avec le 3e chasseurs qui obéissait aux ordres du colonel Lawoestine et placés sous ceux du général Bruno. Le 4 mai, M. le comte d’Erlon et deux officiers généraux, visitèrent nos avant-postes. Le 5, nous passâmes la revue du général comte Girardin, nommé au commandement de la division dont nous faisions partie. Vers cette époque, on nous envoya l’acte additionnel aux constitutions de l’empire pour y donner notre acceptation; le colonel se trouvait absent; je fis réunir les hussards et leur présentai cet acte; la législation n’étant point notre fait, nous signâmes tous « Oui », laissant aux amateurs le plaisir de le discuter. Peu de jours après, la députation du régiment pour le champ de mai partit pour rejoindre à Paris, le colonel Marbot; alors nous eûmes, à nous occuper d’exercices, de manœuvres, et d’inspections. Faisant partie d’un conseil de guerre, je me rendais souvent à Valenciennes, pour y juger par contumace les officiers désertés à l’ennemi; ils étaient tous condamnés à mort, mais bientôt, par suite des événements qui survinrent tous ces condamnés, rentrés en France, à la suite de Louis XVIII et des armées ennemies, étaient haut placés dans la garde royale et dans les divers corps de la nouvelle armée, tandis que leurs juges rongeaient leur frein dans la disponibilité ! Restés dans nos cantonnements de Saint-Amand jusqu’au 13 juin, nous trouvant alors à la satisfaction générale et particulièrement à la mienne, sous les ordres du général Jacquinot, nous en partîmes ce jour-là et nous établîmes le soir dans un village près de la Sambre. Nous étant remis en marche le lendemain de grand matin et suivant le cours de la rivière, nous nous arrêtâmes à Jumeux. »

A suivre.

(« Souvenirs militaires de Victor Dupuy, chef d’escadron de hussards, 1794-1816. Publiés avec une préface du général Thoumas », Calmann-Lévy, éditeur, 1892, pp.284-287)

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( 8 avril, 2020 )

Une LETTRE du GENERAL COMTE DROUOT…

Elle est extraite du « Carnet de la Sabretache » de novembre 1907. Sur ce personnage, lire l’excellente biographie de Jean Tabeur, parue chez Teissèdre en 2004.

Fontainebleau, 14 avril 1814

Mon cher compatriote,

Le major Bureau, mon aide-deUne LETTRE du GENERAL COMTE DROUOT... dans TEMOIGNAGES DROUOT-249x300-camp et votre compatriote, se rendant à  Paris, je le charge d’aller vous voir et me rappeler à votre amitié ; je le prie de vous exprimer combien j’aurais été heureux, si j’avais pu vous faire moi-même mes adieux. L’Empereur va partir pour l’île d’Elbe, deux officiers seulement l’accompagneront dans sa retraite. Je suis un de ces officiers. J’ai bien aimé et bien servi mon souverain lorsqu’il était heureux, je le suivrai et j’adoucirai ses peines dans l’adversité. Il m’en coûte beaucoup de renoncer à ma patrie, à ma famille, à mes affections les plus chères. Il m’en coûterait bien plus, si je renonçais à la reconnaissance. J’ai fais mes adieux aux canons, je les aimais cependant beaucoup, et si je nez suis jamais rappelé dans notre bonne France, je n’y servirai pas. Mon intention est de consacrer à l’étude et au bonheur intérieur les années qu’il plaira à la providence de me laisser encore dans cette vallée de larmes. J’emporte en quittant l’état militaire une grande consolation : celle d’avoir toujours été guidé par l’honneur et par la probité. Ayez la bonté de présenter mes amitiés à Mme de Richier et à Mlle de Richier. Conservez-moi une part dans votre bonne amitié et croyez à mon bien sincère et éternel dévouement.

 Signé : DROUOT

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