( 30 avril, 2021 )

1821-2021… Le Dr Francis Burton (1784-1828), seul auteur du Masque mortuaire de Napoléon.

Masque

Après un apprentissage en chirurgie exercé à Belfast, Burton pratique son art de 1804 à 1807 dans les hôpitaux de Dublin [1].  En mars 1807,  Burton entre dans l’armée en tant que chirurgien-adjoint puis est transféré l’année suivant dans les rangs du 36ème régiment d’infanterie. En septembre 1813, c’est en tant que chirurgien à part entière que le Dr Burton rejoint les rangs du 4ème régiment d’infanterie. Il a participé à la campagne d’Espagne, à et à l’expédition de Walcheren. Il était présent à Waterloo. En décembre 1819,  Francis Burton est nommé chirurgien au 1er bataillon du 66ème régiment d’infanterie et reçoit l’ordre de rejoindre Sainte-Hélène. Il y arrive le 31 mars 1821.  Lors de la dernière phase de la terrible maladie de Napoléon, il ne fut pas sollicité. Toutefois,  6 mai 1821, le Dr Burton est présent lors de l’autopsie de Napoléon et  en signa le rapport officiel. Laissons parler l’historien anglais A. Chaplin [2] : « À la fin de l’examen post-mortem de Napoléon, il a été suggéré de prendre un moule de la célèbre tête afin de conserver à jamais les caractéristiques classiques. Un plâtre brut de Paris [3] a été obtenu, et Antommarchi a fait la tentative, mais a échoué. Burton, cependant, ayant eu peu d’expérience dans ce genre de travail, a proposé d’essayer et a réussi à se faire une idée du visage, à partir duquel un moulage a été réalisé. Mais le lendemain matin, quand il est allé chercher son plâtre, il a découvert qu’il avait été enlevé par les Bertrand et, bien qu’il ait tenté à plusieurs reprises d’en reprendre possession, il ne l’a jamais revu. En 1833, cinq ans après la mort de Burton, Antommarchi a annoncé que le moulage était le sien… »

Christophe BOURACHOT


[1]  Francis Burton était né à Tuam, en Irlande.

[2] Tous les renseignements que contient cette notice sont extraits de l’ouvrage (paru en 1914) qu’Arnold Chaplin a consacré au médecin anglais Thomas Shortt et à quelques autres figures médicales de Sainte-Hélène.  Le Dr F. Burton en fait partie.

[3] Il s’agit d’une catégorie de plâtre. Cela ne signifie pas qu’il provient de cette capitale.

 

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( 29 avril, 2021 )

1821-2021. Le général Charles de Montholon…

ApMontholonrès s’être engagé à l’âge de seize ans, en 1799, dans les rangs de l’armée d’Italie, on le retrouve en 1805 au service du maréchal Berthier en tant qu’officier d’ordonnance à l’état-major de la Grande-Armée. Nommé colonel en 1809, il est nommé par la suite ministre plénipotentiaire.  Montholon, promis à une carrière honorable commet un faux-pas en épousant une femme divorcée et d’une réputation de femme volage, malgré l’avis contraire de Napoléon : Albine de Vassal.  L’Empereur le destitue de son poste. Rien de très marquant dans la carrière de Montholon. Rallié à Napoléon après son retour à Paris, le 20 mars 1815,  il avait été nommé général durant la Première Restauration. Montholon ne participe pas à la campagne de 1815 en Belgique. Au lendemain de Waterloo, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. Il se met à la disposition de Napoléon, persuadé que ce dernier partira en exil en Amérique. Ce sera Sainte-Hélène mais Montholon, qui a entraîné dans l’aventure sa femme Albine et Tristan, leur jeune fils, sont du voyage.  Nous le retrouvons donc dans l’île parmi les proches de l’Empereur, le couple étant l’objet de leurs dissensions parmi ces derniers. Fin 1816, Las Cases (et son fils), qui était l’interlocuteur privilégié de Napoléon quitte l’île ; puis en 1818, c’est au tour de l’irascible Gourgaud. La situation ne peut que profiter à Montholon qui possède du tact une personnalité moins fade que celle du général Bertrand et qui a en poche un atout magistral : sa femme, encore jolie, n’entretient-elle pas des rapports privilégiés avec Napoléon ? En juillet 1819, Albine de Montholon quitte Sainte-Hélène. Les rapports de Montholon avec l’Empereur deviennent plus étroits, presque filiaux à un tel point que l’Empereur lui lègue par testament la moitié des fonds dont il peut disposer.  Après la mort de Napoléon, on retrouve Montholon en  Europe, alternant appels en faveur de Napoléon II, le fils de l’Empereur et opérations financières qui tournent à l’échec. Montholon réside en Suisse, pays où il fait la connaissance de Louis-Napoléon, le futur Napoléon III. Il soutiendra ce prince dans l’une de ses deux tentatives de prise de pouvoir, celle de Boulogne-sur-Mer, en 1840. Il est arrêté, jugé et condamné à six ans de prison qu’il passe ainsi aux côtés du neveu de Napoléon.  Montholon s’éteint en 1853. 

Christophe BOURACHOT

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( 28 avril, 2021 )

1821-2021. Infortuné Planat (de la Faye) !

Portrait de Planat

C’est cet officier (et non l’impétueux Gourgaud)  qui figurait sur la liste établie par le général Bertrand et qui désignait les personnes devant accompagner l’empereur à Sainte-Hélène. Ecoutons-le :

« Entré au service en 1806, aide-de-camp du général Lariboisière pendant la campagne de Russie, du général Drouot pendant celles de Saxe et de France, je fus nommé officier d’ordonnance de l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe au mois de mars 1815[1]. L’admiration mêlée de réserve, qui jusque-là avait prédominé dans mes sentiments pour l’Empereur, se changea à cette époque en un dévouement sans bornes, et bientôt en un véritable culte pour le grand homme malheureux. Après le revers de Waterloo, je suivis l’Empereur à Rochefort et je montai avec lui sur le Bellérophon. Le 7 août 1815 je fus séparé de sa personne par ordre du gouvernement anglais[2]; le Northumberland emporta l’Empereur à Sainte- Hélène, un autre bâtiment anglais me transporta avec les généraux Lallemand, Savary et autres, à Malte où nous fûmes retenus pendant une année dans une étroite captivité. Relâché en août 1816, mais rayé des cadres de l’armée française, ne pouvant ni ne voulant, au moment de la plus furieuse réaction, rentrer dans ma patrie, je dirigeai mes premiers pas vers Rome. Une partie de la famille de l’Empereur y résidait auprès du cardinal Fesch, son nouveau chef. La nature et les motifs secrets de l’hospitalité accordée par la cour de Rome à l’ex-famille impériale ressortiront surabondamment des pièces que je publie; les mêmes motifs n’existant pas à mon égard, je fus invité, sur la demande de l’ambassadeur de France, M. de Blacas, à quitter Rome sous vingt-quatre heures. Je partis pour Florence, mais la persécution de M. de Blacas m’y suivit et me força bientôt de quitter Florence et l’Italie et de me réfugier en Autriche, malgré ma répugnance. L’année suivante,  le comte de Las Cases revint en Europe [3]. Il m’écrivit que l’Empereur avait, à plusieurs reprises, exprimé le vif regret de ne pas m’avoir auprès de lui… »

Illustration: Portrait de  Planat dans sa vieillesse .


[1] C’est seulement en 1818, par Las Cases, que le capitaine Planat de la Faye apprit qu’il avait été choisi par Napoléon afin de l’accompagner à Sainte-Hélène.


[2] Le dossier militaire de Planat (autorisé, par décret impérial du 31 mars 1860,  à ajouter à son nom celui de « de la Faye »), ne mentionne pas  le fait qu’il fut nommé officier d’ordonnance de l’Empereur. Cela ne veut pas dire que Planat ment mais que cette nomination n’a pas été actée par écrit. Voir la base « Léonore » de la Légion d’honneur, accessible librement sur internet. Cote du dossier Planat : LH/2175/62. Planat de la Faye était né en 1784; il s’éteint en 1864.

[3] Planat a la délicatesse de ne pas raconter ici la crise de nerfs que fit le caractériel Gourgaud afin de le remplacer sur la liste établie par le général Bertrand ! Cette attitude incroyable est inacceptable de la part d’un officier de la Grande-Armée ! Il convient de souligner que le 7 août 1815, au moment au cours de laquelle éclate cette crise, Planat se trouve depuis dix jours sur l’Eurotas, un autre navire de l’escorte du Bellérophon. Gourgaud avait une carte d’avance sur l’infortuné Planat : il se trouvait déjà sur ce navire et pu, immédiatement, faire éclater ces récriminations !

 

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( 27 avril, 2021 )

1821-2021. «Vous êtes un brigand, un assassin ! »

Montholon

A Sainte-Hélène, l’animosité existant entre Gourgaud et Montholon n’était un secret pour personne…

« Gourgaud avait un caractère difficile, emporté, susceptible et jaloux. Il s’était ligué avec Montholon contre Las Cases. Celui-ci parti, Gourgaud se dressa contre son ancien allié au point de concevoir des pensées meurtrières. Il eut une attitude réellement insupportable, faite de bouderies, de manque de respect, et de violences. L’Empereur eut, pour lui, une patience infinie, car il connaissait le dévouement profond de Gourgaud, mais celui-ci eut le tort de se rapprocher de Lowe qui lui faisait des politesses. Gourgaud, depuis des mois, voulait quitter Sainte-Hélène et Bertrand, informé, essaya de le calmer. Mais son interlocuteur s’emporta et parla de provoquer Montholon en duel. Le 2 février 1818, l’Empereur, quoique fort mécontent, accueillit cependant Gourgaud gracieusement. Il tenta de le ramener à des sentiments raisonnables, mais Gourgaud exprima son intention de provoquer Montholon. « Si vous menacez Montholon, s’écria l’Empereur, vous êtes un brigand, un assassin ! — Voilà mes cheveux, répondit Gourgaud, que depuis plusieurs mois je n’ai pas coupés, je ne les couperai qu’après m’être vengé du polisson qui me réduit au désespoir ! Votre Majesté m’appelle brigand ! Elle abuse du respect que je lui porte. Assassin ! Je ne crois pas qu’on puisse me le dire, je n’ai tué personne, c’est moi qu’on veut assassiner! On veut me faire mourir de soucis. — Je vous défends de menacer Montholon, je me battrai pour lui, si vous-même… Je vous donnerai ma malédiction. — Sire, je ne puis me laisser maltraiter sans m’en prendre à l’auteur…, c’est le droit naturel… je suis plus malheureux que les esclaves, il y a des lois pour eux et pour moi il n’y a que celles du caprice. Je n’ai jamais fait de bassesses et n’en ferai jamais ! » L’Empereur, s’étant calmé, lui dit que s’il se battait, Montholon le tuerait. « Sire, répondit Gourgaud, j’ai toujours eu pour principe qu’il vaut mieux mourir avec honneur que de vivre avec honte. » Ces mots ranimèrent la colère de Napoléon qui marcha à grands pas dans le salon en parlant confusément. Le grand-maréchal, consterné, ne disait rien. Gourgaud lui rappela que, depuis longtemps, il lui avait demandé de parler à l’Empereur. Bertrand ne répondit pas. Tout à coup, l’Empereur changea de ton, soit qu’il fût las d’une telle querelle, soit qu’il eût de l’amitié pour Gourgaud. « Je vous prie, dit Napoléon, d’oublier ces expressions… » Gourgaud s’engagea alors à ne pas provoquer Montholon si l’Empereur lui en donnait l’ordre, Napoléon essaya de faire abandonner à Gourgaud son projet de départ. — « On vous retiendra au Cap, dit-il, on vous mettra peut-être en prison » — « Perdu pour perdu, j’aime mieux mourir en faisant mon devoir » — « Ah !, dit Napoléon en haussant les épaules, je suis certain que vous serez bien reçu ! Lord Bathurst vous aime… » — « Comment cela ? » — « Oui, vous lui avez plu par votre correspondance » — « J’ai toujours dit que je me portais bien pour ne pas effrayer ma mère. Je ne tiens pas à la vie. Je n’ai rien à me reprocher ». — « Il faut déclarer, dit alors l’Empereur, que vous êtes malade; je vous ferai donner des certificats par O’Meara. Mais écoutez mon conseil, il ne faut vous plaindre à personne, ne pas parler de moi, et une fois en France, vous verrez l’échiquier sur lequel vous devez jouer. » Le lendemain, Gourgaud provoqua Montholon. Celui-ci sur l’ordre de l’Empereur, refusa de se battre. « Tout duel entre nous, dit-il, serait un grand scandale et un surcroît d’affliction à ajouter à la position de l’Empereur. » Napoléon était consterné de la folie de Gourgaud, il aurait même parlé de le faire arrêter » [1]

Ci-dessus, portrait du général de Montholon. 


[1] Lettre de Stürmer à Metternich du 23 février 1818. Ce long passage est extrait de l’ouvrage de J. Thiry sur Sainte-Hélène.

 

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( 27 avril, 2021 )

1821-2021. Officiers généraux en poste à Longwood…

 NapoléonD’après l’ouvrage d’ Arnold Chaplin, « A St.Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Capitaine Thomas William Poppleton, 53ème régiment d’infanterie. Du 10 décembre 1815 au 24 juillet 1817.

Capitaine Henry Pierce Blakeney, 66ème  régiment d’infanterie. Du 25 juillet 1817 au 16 juillet 1818.

Lieutenant-colonel Thomas Lyster, inspecteur des côtes et des volontaires. Du 16 juillet au 25 juillet 1818.

Capitaine Henri Pierce Blakeney, 66ème régiment d’infanterie. Du 25 juillet au 5 septembre 1818.

Capitaine George Nicholls, 66ème régiment d’infanterie. Du 5 septembre 1818 au 9 février 1820.

Capitaine Engelbert Lutyens, 20ème  régiment d’infanterie. Du 10 février 1820 au 26 avril 1821.

Capitaine William Crokat, 20ème  régiment d’infanterie. Du 26 avril au 6 mai 1821.

 

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( 26 avril, 2021 )

LE LIVRE-ANNIVERSAIRE (1821-2021) !

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( 26 avril, 2021 )

1821-2021.Un Ours d’Helvétie dans l’entourage de Napoléon, à Sainte-Hélène.

Noverraz

Né en 1790, près de Lausanne, en Suisse, Jean-Abram Noverraz arrive à Paris en 1809 pour trouver quelque emploi domestique dans l’un des fastueux hôtels de l’aristocratie impériale. En 1811, il entre aux Tuileries comme courrier du cabinet impérial.  Noverraz par son sérieux, grimpe les échelons. On le retrouve durant les campagnes de 1813 et de 1814, occupant les fonctions de valet de pied. Après la première abdication de l’Empereur, Noverraz suit le souverain à l’île d’Elbe, comme chasseur. L’Histoire a retenu le courage et la détermination dont il fit preuve à Orgon, le 25 avril 1814,  lorsque la voiture de Napoléon (en route pour l’île d’Elbe) fut arrêtée par une populace en furie voulant s’en prendre à son impériale personne. Le Suisse, véritable colosse, l’Ours d’Helvétie, comme aimait à le surnommer Napoléon, s’interposa, son couteau de chasse à la main. C’est tout naturellement qu’on retrouve ce serviteur dévoué à Sainte-Hélène, malgré son état de santé qui était notablement détérioré par le climat de l’île vers la fin de son séjour[1]. Noverraz assiste à l’agonie de l’Empereur.  Le Suisse de Sainte-Hélène s’éteint en 1849 dans sa maison qu’il avait appelée « la Violette », du nom de cette fleur qui symbolisa le retour de Napoléon en France en 1815.

C.B.


[1] Noverraz avait épousé à Sainte-Hélène, en juillet 1819, Joséphine Brulé femme de chambre de la comtesse de Montholon. Cette domestique, seule femme célibataire à Longwood,  était courtisée à la fois par le Suisse et par Louis-Etienne Saint-Denis (le mameluck Ali). Le fidèle serviteur  recevra 100 000 francs en legs de la part de l’Empereur. Quant à Saint-Denis, il se mariera en octobre 1819 avec Miss Hall, gouvernante qui s’occupe des enfants Bertrand.

 

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( 26 avril, 2021 )

1821-2021. A Sainte-Hélène, Napoléon devint, un temps, un écrivain anonyme…

Napoléon le Grand

Considérant, après leur lecture, que certains épisodes racontés par le Dr  William Warden (1777-1849), chirurgien du « Northumberland » ( contenus dans la première édition du livre de Warden qui fut publiée en 1817, à Bruxelles, sous le titre de : « Lettres de Sainte-Hélène »)  sont inexacts, Napoléon veut y apporter un rectificatif et dicte, à partir du 13 mars 1817 et jusqu’en août de la même année, à  Montholon (et peut-être aussi à O’ Meara)  des « Lettres du Cap », non signée. Elles sont  toutes datées du Cap de Bonne-Espérance et adressées à une « amie » (faisant sans doute référence à l’ « ami » correspondant inconnu auquel sont adressées les lettres de Warden). L’Empereur dicte, certes, mais corrige et complète les éléments dictés. Cette correspondance est censée être l’œuvre d’un officier de marine de passage à Sainte-Hélène. Cette mise au point, qu’on parvint à faire sortir de  l’île clandestinement,  sera publiée dès 1817, à Londres chez Ridgway, dans une version traduite en anglais par Mme Bertrand, sous l’intitulé : « Letters from the Cape of Good Hope, in reply to Mr Warden, with extracts from the great work now compiling for publication under the inspection of Napoléon.». Deux ans plus tard, en 1819, elle paraît à Paris, en français, chez Plancher sous le titre de : « Documents particuliers en forme de lettres sur Napoléon Bonaparte, d’après des données fournies par Napoléon lui-même, et par des personnes qui ont vécu dans son intimité. » Ajoutons que ce n’est pas le comte de Las Cases qui est l’auteur de cette correspondance, comme supposé par certains historiens.

Il existe un cas similaire de lettres dictées ou inspirées très probablement par l’Empereur. Il s’agit des « Lettres de l’île de Sainte-Hélène exposant la sévérité inutile exercée à l’égard de Napoléon ». Cet ouvrage porte le nom du capitaine Dacre, commandant le navire l’Experiment.  Ce navire faisait partie des trois bâtiments chargés du ravitaillement (store-ship) de l’île, qui jetèrent l’ancre à Sainte-Hélène en mai 1817 : l’Ocean (capitaine Johnson), le Baring (capitaine Lamb) à bord duquel se trouvait le buste du Roi de Rome et enfin l’Experiment. Contrairement aux « Lettre du Cap » ce livre, composé de dix lettres (toutes datées de la rade de Jamestown et allant du 27 mai au 25 juillet 1817), fut publié initialement et uniquement en anglais, en octobre 1818. Le Dr O’Meara n’est peut-être pas étranger à cette publication, laquelle connaîtra une version française en 1822 (dans le tome V de la série intitulée : « Recueil de pièces authentiques sur le captif de Sainte-Hélène », Alexandre Corréard, Libraire)  On note que le général Bertrand, dans ses « Cahiers de Sainte-Hélène », à la date du  17 juillet 1817, écrit : « L‘Empereur dicte la première lettre Lettre d’un capitaine de store-ship » ce qui souligne le fait que Napoléon soit réellement l’auteur de cet ouvrage.

Christophe BOURACHOT

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( 26 avril, 2021 )

1821-2021. Napoléon va débarquer à Sainte-Hélène…

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« La nouvelle que l’ogre corse débarquera le soir du 17 octobre 1815 est déjà connue à terre et, propagée par le mystérieux télégraphe « de bouche à oreille », a parcouru toute l’île ; celle de son exil à Sainte-Hélène a été apportée par le navire Icarus lequel, séparé du Northumberland à Madère, par le mauvais temps, a fait bonne route, trouvé de meilleurs vents et a touché l’île cinq jours avant le gros du convoi. La population locale est tombée des nues ; en général  les nouvelles d’Europe arrivent ici avec un retard qui leur enlève toute espèces d’importance sur le plan local et, comme dans toutes les îles, on ne prend feu que pour les affaires de clocher. Mais cette fois les langues vont leur train, car on vient d’apprendre d’un seul coup l’évasion de l’île d’Elbe, Waterloo et l’abdication définitive de l’Empereur.  Les craintes les plus intenses se font aussitôt jour ; c’est que la réputation de « Bony » n’est pas brillante : elle est faite des racontars des marins de passage, des caricatures anglaises, des récits des émigrés français, qui pullulent dans les gazettes, et des histoires terrifiantes des nourrices indigènes », rappelle le regretté Gilbert Martineau dans son ouvrage « La vie quotidienne à Sainte-Hélène au temps de Napoléon », et réimprimé récemment. 

C.B.

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( 25 avril, 2021 )

1821-2021…Très contestable Dr Antommarchi !

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Ce Corse né en 1789, entreprend en 1808 des études de chirurgie à Florence, en Italie, et soutient une thèse de médecine en 1812 sur la cataracte.  Mais son véritable centre d’intérêt est l’anatomie. Initié à cette discipline par le célèbre professeur Mascagni, Antommarchi est nommé professeur d’anatomie à l’université de Pise. Après le départ d’O’Meara de Sainte-Hélène, en juillet 1818, Napoléon dicte une lettre pour le cardinal Fesch, son oncle. Il lui demande un médecin, un aumônier et deux domestiques.  C’est ainsi qu’Antommarchi est choisi par le cardinal et par Mme Mère.  Plus anatomiste que médecin entre dans le cercle de l’histoire hélénienne.  Il quitte Rome le 25 février 1819, arrive à Londres en avril et y rencontre O’Meara. Antommarchi s’embarque enfin en juillet pour Sainte-Hélène qu’il finit par atteindre le 18 septembre 1819. Quelle aventure !  Le 21 du même mois, Antommarchi rencontre Napoléon pour la première fois et se livre à un examen médical de son illustre patient.  Il confirme le diagnostic de ses confrères O’Meara et Stokoe et conseille à l’Empereur de faire de l’exercice, de prendre l’air, de changer de mode de vie. Ce dernier s’exécute en entreprenant d’importants travaux d’aménagement des jardins de Longwood.  Sa santé semble stationnaire mais au milieu de l’année 1820 elle se dégrade rapidement. C’est à partir de l’automne cette même année qu’Antommarchi commence à faire preuve d’une inconstance inexcusable auprès de Napoléon qui s’en plaint ouvertement.  Désormais, ne visitant son impérial patient qu’une seule fois par jour, Antommarchi est trop souvent absent quand l’Empereur le fait demander et reste introuvable.  Quand il ne court pas après la gente féminine de Jamestown, il va bavarder avec les officiers anglais du camp de Deadwood. Autant, Antommarchi est aux petits soins pour Mme Bertrand encore tant fragilisée par plusieurs fausses-couches, qu’il semble prendre bien à la légère la mission qui lui a été confiée : celle de veiller sur Napoléon ! Mais ce personnage cynique en a-t-il seulement conscience ?  A partir de début avril 1821, avec l’appui de l’entourage de l’Empereur,  le docteur Archibald Arnott examine Napoléon ; il apporte également son assistance à Antommarchi. Dans les  semaines qui précédèrent sa douloureuse agonie, Napoléon conscient de la médiocrité de ce praticien écrira qu’il lui laisse la somme de 20 francs afin de s’acheter une corde pour se pendre !  Après la mort de Napoléon, Antommarchi fait preuve de ses talents d’anatomiste en réalisant, dans les règles de l’art, l’autopsie du corps de l’Empereur et rédige un compte-rendu précis du travail qu’il a effectué. Selon le valet de chambre Louis Marchand, écrit dans ses « Mémoires », qu’Antommarchi, avec Archambault, secondent le Dr Burton lorsque celui-ci réalise son fameux masque en plâtre dont l’empreinte est prise sur le visage de Napoléon défunt, le 7 mai 1821. A son retour en Europe, Antommarchi voyage. Il fait paraitre en 1825 (en 2 volumes) la première édition de son témoignage sur Sainte-Hélène. Il ouvre à Paris, ouvert un cabinet de médecin, puis en 1830, on le retrouve en Pologne où il prend fait et cause pour la révolution qui s’y déroule alors. De retour à Paris, il soigne les malades de la terrible épidémie de choléra.  Mais effectuons un petit retour en arrière : en 1828,  s’éteint le Dr Burton seul auteur du masque mortuaire de Napoléon. Antommarchi voit là l’occasion d’une belle opération… financière celle-là !  En 1833, il vend par souscription une reproduction du fameux masque en remplaçant le  nom du Dr Burton par le sien ! Une démarche déontologique très contestable ! Ainsi, le « Masque moulé à Sainte-Hélène par le docteur Antommarchi » (selon la nouvelle appellation officielle) connaîtra un certain succès commercial (malgré une hésitation du public, au départ[1]), à défaut de posséder une authenticité historique fiable !  Voyageur infatigable, il part s’installer à l’île de Cuba au début de l’année 1838, en pleine épidémie de choléra. Il décède de cette maladie à Santiago le 30 mars de la même année.

Christophe BOURACHOT

 

 


[1] Lors de la souscription du fameux masque mortuaire sensé figurer Napoléon le grand public s’est imaginé « qu’Antommarchi mettait sur le marché était un buste ordinaire, c’est-à-dire un plâtre ou du bronze réplique d’une représentation en marbre ciselée du vivant de l’Empereur. C’était afin de supprimer cette idée fausse qu’il envoya à la presse la lettre qui suit :

Paris, le 27 septembre 1833

Je vous prie d’insérer dans le prochain numéro de votre journal ces quelques lignes, afin pour satisfaire les nombreuses requêtes des abonnés au plâtre ou masque, de l’empereur Napoléon moulé à Sainte-Hélène. Aucune défiguration, aucun changement dû à la mort n’est visible sur cette impression du visage de l’Empereur. Malgré les affres d’une longue et terrible agonie, les traits magnifiques de cette illustre tête n’ont rien perdu de ce calme, de cette dignité et de cette expression de génie qui, pendant tant de années ont commandé le respect et l’admiration des hommes. En le voyant, on dirait que le l’Empereur, ayant  perdu son embonpoint, était tombé dans un sommeil profond, un léger sourire sardonique jouant sur ses lèvres. L’objet proposé à l’abonnement n’est pas un buste, mais en effet un plâtre ou un masque, manquant la région occipitale et la partie arrière du cou. Il peut être encadré et suspendu comme une gravure, ou il peut être tout aussi bien placé sur une une cheminée, une commode, etc., ou reposant sur un socle sous une vitre comme une horloge. Les acheteurs doivent savoir que chaque spécimen en plâtre ou en bronze comporte mon sceau et ma signature en fac-similé. » Le passage entre guillemets et la lettre citée sont extraits de l’ouvrage de G.L. de St. M. Watson: « The Story of Napoleon’s Death-Mask, told from the original documents ». Les arguments avancés par Antommarchi afin de convaincre un public hésitant prêtent à sourire quand on constate le résultat final…

 

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( 24 avril, 2021 )

Proscrits et exilés…

Vaudoncourt

En Europe et ailleurs dans le monde, nombreux furent les partisans de Napoléon qui durent fuir la France. Ainsi  le général de Flahaut, aide-de-camp de Napoléon se retrouva en Angleterre, après bien des pérégrinations.   Le général Guillaume  de Vaudoncourt, passa également au Royaume-Uni, avant d’aller en Belgique puis de se fixer à Munich, près du Prince Eugène de Beauharnais[1].

La destination la plus « exotique » pour l’époque reste l’Amérique du Nord et accessoirement celle du Sud.

Joseph, frère aîné de Napoléon s’est installé aux Etats-Unis où il arriva fin août 1815. En juillet de l’année suivante, il achète une propriété à Point Breeze, non loin de Philadelphie et il s’y fixe pour plus de quinze ans.  Joseph recevra tout ce que l’Amérique compte comme exilés français:  Réal, Regnault de Saint-Jean d’Angély, les généraux Grouchy, Clauzel, Vandamme, Lefebvre-Desnouettes,  Rigau Henri et Charles Lallemand, Bernard,  brillant officier du Génie, pour ne citer que ceux-là. Dans cette Amérique, ce pays neuf qui attire tant de proscrits, de ces exilés loin de la France et qui se rassemblent autour de Joseph[3], il y a aussi la Louisiane qui fut province française jusqu’à sa vente en  mai 1803  par Bonaparte, Premier Consul) La Nouvelle-Orléans. Certaines de ses rues portent ou ont porté les noms évocateurs de Napoléon [2], Marengo, Austerlitz, Iéna…. On peut encore voir dans cette ville « La Maison Napoléon » appelée aussi « Maison Girod »[4], du nom de Nicolas Girod (1751-1840), ce français émigré aux Etats-Unis, bien avant l’Empire, et qui fut le Maire de cette ville de 1812 à 1815. Grand admirateur de l’Empereur, Girod voulait tenir sa demeure à la disposition de Napoléon dans le cas selon lequel il aurait choisir de partir pour l’Amérique en 1815. En mars 1817, le Congrès américain, à l’initiative de Monroe, président des Etats-Unis accorde des milliers d’hectares de terrain dans l’Alabama à la Société  Agricole et Manufacture française, appelée aussi « Société de la Vigne et de l’Olivier ». Cette dernière a été créée par des exilés bonapartistes français.  Environ trois cents colons ont à se partager cette vaste étendue, parmi lesquelles Clauzel, Lefebvre-Desnouettes, Henri Lallemand… Dans un environnement  naturel plutôt hostile et marécageux fut fondée Démopolis. Mais une erreur dans le plan d’attribution obligea ses habitants à déménager. Ils créèrent un peu plus au nord les villes d’Aigleville, Marengo et même Toulouse ! Ils fondent l’Etat de Marengo au nom évocateur et qui engloba ces trois villes. En 1818, au Texas (alors possession espagnole), le général Lallemand et cent-vingt officiers bonapartistes fondèrent « Le Champ d’Asile ».  Cette colonie est ouverte à tous les Français et étrangers ayant servi dans les armées de la République et de l’Empire.  Hélas, son existence finit par péricliter à l’automne 1818 ; tout comme la colonie d’Aigleville. L’Amérique du Sud et ses républiques naissantes accueillirent d’autres exilés français. Au Chili, par exemple, le général Brayer, dont Louis Marchand, le valet de chambre de Napoléon,  épousera la fille à son retour de Sainte-Hélène, y trouve refuge.  C’est aussi dans ce pays que l’on voit le colonel Latapie entouré de quelques soixante-dix volontaires et qui fut associé, avec d’autres officiers, à un projet afin de faire évader Napoléon de Sainte-Hélène. Exilé en Amérique du Sud  durant l’été 1817,  le capitaine  de cavalerie Persat [5] qui veut servir dans les armées du célèbre général Simon Bolivar, a également le même objectif. Toutes ces initiatives de complots afin de faire de resteront à l’état d’ébauche ; une importante mobilisation  collective faisant défaut et Joseph, frère de l’Empereur ne prit par prudence  jamais aucune position. L’ancien Roi d’Espagne préféra goûter à la quiétude de sa demeure de Point Breeze plutôt que de donner l’impulsion nécessaire, financière entre autre, à des projets qu’il jugeait comme étant peu réalistes voire dangereux[6]. L’Histoire a retenu le nom du général Van Hogendorp. Cet hollandais qui servit si bien Napoléon et qui fut un de ses aides-de-camp, est exilé depuis 1817 au Brésil. Il mène désormais une existence d’ermite à Rio de Janeiro. Hogendorp se consacre à ses plants d’orangers et de caféiers sur les pentes du célèbre Corcovado.  Nul ne sait, s’il songea un jour à faire évader Napoléon de son rocher de Sainte-Hélène[7].

Christophe BOURACHOT

Ci-dessus: portait du général Guillaume de Vaudoncourt. 


[1]  Avant de poursuivre sa route en Amérique du Sud, Persat rencontra Joseph Bonaparte à New-York en août 1817. Voici ce que le frère aîné de Napoléon lui confia : « «  Il m’assura dans des termes touchants qu’il était prêt à sacrifier sa vie et sa fortune pour la délivrance de l’Empereur, mais qu’il avait été forcé de renoncer à ce projet par des avis positifs qu’il avait reçus de Londres et qui lui faisaient connaître les ordres barbares du gouvernement anglais. Ces ordres étaient de mettre à mort l’Empereur au cas d’une attaque sérieuse contre les quatre mille geôliers qui le gardaient à vue comme les cannibales surveillent le prisonnier qu’ils vont dévorer! On se rappelle que le chef de ces geôliers était l’infâme et sanguinaire Hudson Lowe, digne en tous points d’exécuter les volontés de son exécrable gouvernement. »

[2] Napoléon savait que le général Hogendorp se trouvait au Brésil, comme il l’écrit, dans le Sixième Codicille de son testament, en lui léguant la somme de 100 000 francs.

[3] A La Nouvelle-Orléans  il existe une « Avenue Napoléon ».

[4] C’est actuellement un beau restaurant qui appartient à Ralph Brennan, un restaurateur qui possède d’autres établissements à La Nouvelle-Orléans. Sa carte, proposant des plats sympathiques, porte en gros plan (au moment où nous le constatons) la mention « Eating in exile » (« Manger en exil »), faisant allusion au caractère de demeure d’exil qu’aurait pu avoir cet endroit pour Napoléon. Mais l’Histoire en a voulu autrement ! Cet établissement dispose de plusieurs salles et salons pour organiser des réceptions. On y trouve même une « Napoléon Room » (« Salle Napoléon ») ! Site officiel : https://www.napoleonhouse.com/

[5] Comme il le dit dans la préface de ses « Mémoires », cet officier a servi depuis Austerlitz jusqu’à Waterloo, dans les rangs des grenadiers cheval,  ceux du 9ème dragons et du 4ème lanciers.

[6]  Par la suite, Le général de Vaudoncourt, se battra en Italie alors en proie à des mouvements révolutionnaires. On le retrouve ensuite en Espagne, pays qui connaît également un soulèvement du même ordre face au régime royal en place. Cet officier a publié notamment un témoignage qui fut réédité il y a quelques années : « Mémoires d’un proscrit, 1812-1854», La Louve, 2012, 2 volumes.

[7] Rien que dans la ville de Philadelphie (20 000 habitants à l’époque) comptera jusqu’à plus d’un millier d’exilés français qu’ils soient civils ou militaires. En Amérique, à la même époque, J. Lucas-Dubreton (« Le Culte de Napoléon »), écrit que l’on compte « près de 25.000 Français –émigrés de 93, terroristes, proscrits,- refugiés à New-York, Baltimore, Boston, Philadelphie, surtout, ville des grands loges maçonniques, où il y a des tavernes, la liberté d’opinion et des femmes. ». J. Thiry, dans son « Sainte-Hélène », cite le passage suivant : « Ayant appris que son frère Joseph avait acheté de grandes propriétés en Amérique et que de nombreux Français se groupaient autour de lui, l’Empereur pensa que des hommes très forts pourraient combattre victorieusement le système qui triomphait en Europe. S’il avait gagné l’Amérique, il aurait appelé auprès de lui tous ses proches qui auraient pu réaliser au moins quarante millions [de francs]. Ainsi se serait créé le noyau d’un rassemblement national et d’une patrie nouvelle. Napoléon pensait qu’avant un an, il aurait groupé autour de lui cent millions [de francs] et soixante mille individus dont la plupart auraient eu propriété, talents et instruction. Il aurait aimé réaliser ce rêve et acquérir ainsi une gloire nouvelle. « L’Amérique, continuait-il, était notre véritable asile sous tous les rapports. C’est un immense continent d’une liberté toute particulière. Si vous avez de la mélancolie, vous pouvez monter en voiture, courir mille lieues et jouir constamment du plaisir d’un simple voyageur; vous êtes l’égal de tout le monde; vous vous perdez à votre gré dans la foule, sans inconvénients, avec vos mœurs, votre langue, votre religion. »

 

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( 23 avril, 2021 )

Paru !

BANGOF

Ceux qui avaient manqué mon édition de l’excellent témoignage de Georges Bangofsky, (lieutenant au 7ème hussards) paru en 2012 aux Editions du Grenadier peuvent être ravis: il vient d’être réédité par L’Artilleur !

https://www.editionsartilleur.fr/histoire/

« En 1797, Georges Bangofsky s’engage à vingt ans dans sa Lorraine natale au 7ème régiment de hussards. Avec cette unité légendaire, il fait les campagnes de la République et de l’Empire, d’abord comme simple cavalier, puis avec l’épaulette. Deux carnets de guerre, d’une grande densité, retracent les étapes du lieutenant Bangofsky, celles d’un brave, fidèle à l’armée et au souvenir de l’Empereur. Son vivant récit est « à recommander aux studieux de l’histoire napoléonienne et aux amateurs de mémoires ».

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( 23 avril, 2021 )

L’impératrice Marie-Louise…

ML3

Née en 1791, l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, est élevée dans la haine et la terreur des Français, elle assiste aux deux grandes invasions de 1805 et de 1809. Lorsqu’en décembre 1809, l’Europe apprend le divorce de Napoléon et de Joséphine, et son intention d’épouser une princesse de sang royal, Marie-Louise écrit : « Je plains la pauvre princesse qu’il choisira. ».Ce sera elle … Elle doit prendre le chemin de la France en mars 1810. En avril elle devient l’épouse de l’Empereur des Français et lui donne un héritier le 20 mars 1811 : Napoléon II, le roi de Rome.  En 1813, elle est nommée régente par Napoléon, ayant pour finalité d’assurer l’accession au trône de leur fils au cas où il arriverait malheur à l’Empereur. A la fin de la campagne de France, Paris étant menacée, Marie-Louise quitte la capitale le 29 mars 1814, sur l’insistance de Joseph, lieutenant-général de l’Empire qui fait état d’une lettre de Napoléon stipulant que l’Impératrice et son fils ne doivent jamais tomber au pouvoir des ennemis de la France. Réfugiée à Blois puis à Rambouillet elle prend le chemin de l’Autriche, après l’abdication de Napoléon. Marie-Louise espère pouvoir rejoindre l’Empereur dans son exil de l’île d’Elbe. En août 1814, son père, François II, empereur d’Autriche, lui adjoint pour la surveiller, le comte de Neipperg (1775-1829), qui a perdu un œil en combattant les Français à Dolen en 1794. Séduite par cet officier prévenant et malgré tout encore d’une belle prestance, une liaison débute. L’île d’Elbe est oubliée ! Elle épouse Neipperg en 1821, après la mort de l’Empereur à Sainte-Hélène. De cette union naissent quatre enfants ; dont deux avant son mariage, alors qu’elle est encore légalement l’épouse de Napoléon. Son entourage autrichien mettant tout en œuvre pour la détacher de ce dernier, pas un seul instant, en 1815, elle ne songe à son impérial époux et au malheur qui s’abat sur la France. Duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla, en 1816, blessée dans sa chair par la mort de son fils, l’Aiglon, en 1832, elle épouse en 1834 le comte Charles-René de Bombelles (1785-1856), son premier gentilhomme de la Cour et s’éteint à Vienne en 1847.

C.B.

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( 22 avril, 2021 )

1821-2021. Une vengeance d’Hudson Lowe ?

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Le fils de l’auteur du « Mémorial de Sainte-Hélène », a été un des plus jeunes témoins de la captivité de l’Empereur. Né en 1800, il  avait donc quinze ans au début de l’épisode hélénien. Le 30 décembre 1816, son père et lui furent expulsés de l’île. Le texte qui suit est un des rares à aborder l’acte de violence à laquelle se livra Emmanuel de Las Cases sur la personne d’Hudson Lowe, en 1822 à Londres. Ecrit par un certain Gabriel Vauthier, il parut la première fois en 1923, dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes ».      

On sait quel rôle Hudson Lowe joua auprès de Napoléon. L’Empereur ne fut pas le seul qui eut à souffrir de l’esprit mesquin et agressif de ce personnage. Ses plus dévoués serviteurs ne tardèrent pas à devenir suspects à ce geôlier. Las Cases et son fils âgé de quinze ans furent bientôt éloignés de Sainte-Hélène et envoyés au Cap comme prisonniers. Ils y restèrent huit mois. Revenu en Europe, le jeune homme séjourna successivement en Belgique et en Allemagne ; en 1819, il put rentrer en France sous un nom supposé. Il avait toujours sur le cœur la conduite d’Hudson Lowe à l’égard de son père, de sa propre personne, et surtout de l’Empereur. En 1821, Hudson Lowe était revenu d’Angleterre, où on le mit à la tête d’un régiment, et où il fut bien accueilli par le public. Mais la vérité avait fini par filtrer, celle d’O’Meara, ‘Bonaparte en exil ou la voix de Sainte-Hélène’. Cette même année, le fils de l’auteur ‘Mémorial ‘, Emmanuel, se rendit à Londres, et de sa cravache frappa Hudson Lowe en plein visage. Cet affront sanglant appelait une réparation : l’Anglais se tient coi. Or, le 13 novembre 1825, les journaux publiaient dans les faits divers le récit suivant : « La commune de Passy près Paris, a été hier le théâtre d’un horrible attentat. M. Emmanuel de Las Cases, fils de M. le comte de Las Cases, y a été frappé la nuit de deux coups d’une arme à deux tranchants, l’une sur le cœur, auquel n’a échappé que par un bienfait tout particulier de la Providence, le coup ayant traversé son portefeuille et ne s’étant arrêté que sur un paquet de cartes de visite  dont plusieurs sont percées ; le second coup a produit une blessure grave à la cuisse droite, mais qui ne laisse à craindre néanmoins aucune suite fâcheuse. « M. Emmanuel de Las Cases sortait vers les huit heures et demie de chez son père, où il avait dîné, et retournait à Paris. Il avait fait à peine deux cents pas lorsqu’au coin d’une rue isolée -celle du Haut-Moulin et en communication avec la plaine, il s’est trouvé subitement assailli par deux scélérats. Il en a terrassé un, et allait atteindre l’autre, quand le mauvais état des chemins l’a fait tomber lui-même et a facilité l’évasion des meurtriers. La justice, saisie de cette affaire, est à la poursuite des coupables. » Le ‘Journal des Débats’, d’où est tirée cette citation, termine par ces mots : « M. de Las cases, n’ayant point d’ennemis, pense qu’on s’est trompé. » Cette dernière phrase est bien discrète ; il semble qu’elle ait été écrite à dessein pour empêcher de prononcer un nom que l’on ne tarde pas à avoir sur les lèvres. ‘Le Constitutionnel’ donne des détails plus circonstanciés : « M. de Las Cases se traîna vers la maison de son père, mais son sang coulait avec abondance ; il perdit ses forces et s’évanouit à quelques pas de la porte. Avant de sortir, il avait vu deux hommes à vingt pas auprès la maison. On ignore encore quel a pu être le motif de ce crime. La famille l’attribue à une vengeance particulière, et M. de Las Cases rapporte que l’homme qui l’a frappé parlait à peine français. Le maréchal des logis de la gendarmerie s’est aussitôt rendu sur les lieux pour dresser son procès-verbal et a ordonné une patrouille extraordinaire. Des détachements de la Garde nationale ont aussitôt parcouru les rues de Passy. Jusqu’à présent toutes les recherches ont été infructueuses. » Cette vengeance particulière, la famille n’en ignorait pas l’auteur. Une citation empruntée par ‘Le Constitutionnel’ au  ‘Courrier français ‘ donne ce nom en toutes lettres : « Sir Hudson Lowe, logeant à Paris, rue de Rivoli, Grand hôtel de Paris, avait en même temps un appartement à  Passy, rue Franklin, n°21, qui a occupé depuis le 29 octobre jusqu’au vendredi soir 11 novembre. Il a pris en  personne lundi 14 chez M. Laffitte des lettres de crédit sur la Turquie, et il a quitté Paris mardi 15 entre 6 et 7 heures du soir. La veille de son départ, il disait que, puisque la calomnie le poursuivait, il retarderait le voyage qu’il avait projeté jusqu’à ce qu’on eut reconnu les coupables. Le soir même du 12 novembre, jour de l’assassinat de M. Emmanuel de Las Cases, deux hommes de mauvaise mine se présentent plusieurs fois chez M. Emmanuel, rue Neuve-du-Luxembourg, n°13 [actuellement rue Cambon, Paris 1er], et demandèrent à son portier s’il était allé à Passy, et à quelle heure.

Tous ces détails sont rigoureusement exacts. » Ce qui est singulier, c’est que l’enquête judiciaire n’eut lieu que le 17 novembre :

« Le procureur du roi et M. Brière-Valigny, juge d’instruction, dit ‘Le Moniteur’, se sont rendus hier à Passy auprès de M. le baron de Las Cases, et ont procédé conjointement avec M. le baron Dupuytrens et M. le docteur Marc à l’examen des blessures de M. de Las Cases. Les cochers de cabriolets avaient été appelés hier à la préfecture de police pour faire leur déposition sur un fait qui se rattache à la tentative d’assassinat sur la personne de M. de Las Cases. Il paraît que l’on a su que, le 12 octobre, un cabriolet avait amené deux personnes à la porte de Franklin et qu’il les y avait attendues depuis trois heures jusqu’à huit heures et demie. » Le départ précipité d’Hudson Lowe entraîna la presse à penser qu’il était l’auteur du guet-apens. Il fuit, mais ce n’est pas en Angleterre qu’il se rend ; il va en Allemagne, et le 19 novembre, les journaux signalent sa présence à Francfort. Il suivit un singulier chemin pour aller prendre possessions de ses nouvelles fonctions. En effet, il avait été nommé commandant des forces militaires à Ceylan, ce qui était un poste secondaire et une disgrâce. Ce n’était pas la première qu’il éprouvait, car on lui avait refusé une pension après son retour de Sainte-Hélène. Il voulait se venger avant de partir pour un pays où il était difficile de le poursuivre. Les journaux anglais cités par les nôtres s’occupèrent de l’affaire. « L’un d’eux, le ‘Star’, rejette sur ceux qu’il appelle ‘les bonapartistes’  l’assassinat [terme un peu fort car l'intéressé ne fut "que" grièvement blessé] de M. de Las Cases, parce que, dit-il, on voulait faire tomber les soupçons sur Hudson Lowe ». 

L’affaire fut classée, et la presse ne parla plus de cet attentat. Les meurtriers restèrent donc inconnus. Rappelons qu’Emmanuel de Las Cases fut député du Finistère sous Louis-Philippe et sénateur en 1852. Il mourut rue de la Pompe, le 8 juillet 1854. 

Gabriel VAUTHIER.  

 


Cet incident a peut-être eu lieu dans la rue Scheffer actuelle (16ème arrondissement), appelée à cette époque rue du Moulin, une voie de l’ancien village de Passy.

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( 21 avril, 2021 )

1821-2021… La garnison anglaise en poste à Sainte-Hélène…

Sainte LN

D’après A. Chaplin, « A St. Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Le 53ème régiment d’infanterie (2ème bataillon).

Arrivé sur plusieurs navires en octobre 1815. En juin 1817, une réduction d’effectif est décidée. Une partie des hommes a été expédié en Inde notamment. Un petit continent resta à Sainte-Hélène et fut intégré dans le 1er bataillon de ce régiment.

Le 66ème régiment (1er bataillon).

Arrivé  entre fin juin et début juillet 1817.  En avril 1819, environ 400 hommes de ce régiment quittèrent Sainte-Hélène pour l’Angleterre.

Le 66ème régiment (2ème bataillon).

Arrivé en avril-mai 1816. Après la venue du 1er bataillon à Sainte-Hélène, l’année suivante, une partie du 2ème bataillon a été renvoyé en Angleterre. Beaucoup d’officiers et soldats ont été mis en demi-solde. D’autres ont rejoint les rangs du 1er bataillon.

Le 20ème régiment d’infanterie.

Arrivé sur place fin mars-début avril 1819. Lors des funérailles de l’Empereur, douze hommes de ce régiment portèrent le cercueil de Napoléon jusqu’à son lieu d’inhumation.

A Sainte-Hélène, il y avait également un régiment d’artillerie dont la mission essentielle était la surveillance des côtes afin de prévenir tour débarquement.  A ce sujet, il convient de préciser qu’en permanence, deux navires de surveillance tournaient autour de Sainte-Hélène, allant chacun en sens inverse.

 

 

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( 21 avril, 2021 )

Une note du général Roussel d’Hurbal…

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Au moment du débarquement de l’Empereur sur les côtes de France, le général Roussel d’Hurbal commandait une division de cavalerie chargée d’arrêter l’Usurpateur en avant de Paris. Il assure que le 20 mars 1815, à Gentilly, des régiments, le 1er  dragons et le 6ème chasseurs, ne fléchirent pas, malgré l’infanterie qui leur criait : « Vive l’Empereur ! » et malgré les voitures de la cour qui les virent passer et venaient chercher Napoléon. 

A.CHUQUET. 

Le 14 du mois de mars, étant à Besançon en tournée d’inspection, je reçus de M. le maréchal duc de Dalmatie [Soult], Ministre de la Guerre, l’ordre, du 11, de me rendre en poste à  Lyon près de S.A.R . Monsieur [le comte d’Artois, frère de Louis XVIII, lui-même futur Charles X].  Je me mis en route le même jour ; mais ayant appris à Chagny, près de Chalon-sur-Saône, que Monseigneur le comte d’Artois était retourné à Paris, je me dirigeai vers cette ville, où j’arrivai le 17.  Le 19, surlendemain de mon arrivée, Monseigneur le duc de Berry [fils du comte d’Artois] me fit expédier l’ordre de me rendre à Essonnes pour y prendre le commandement d’une division de cavalerie dans le corps de M. le comte du Valmy [Kellermann fils] ; j’y arrivai le même jour au soir.  Le 20, à 5 heures du matin, M. le général comte de Valmy m’envoya l’ordre de me retirer d’Essonnes sur Saint-Denis. Je pris sur le champ mes mesures pour mettre cet ordre à exécution. Mais, mes brigades ayant été répartie sur différents points et marchant isolément, je partis d’Essonnes avec une garde d’un officier er quatorze chasseurs du 4ème régiment et j’atteignis à deux lieues de là la brigade de M. le général Vallin, composée du 1er de dragons et du 6ème de chasseurs, à la tête de laquelle je me mis  pour marcher au lieu désigné.  A la hauteur de Gentilly, entre Paris et Villejuif, le général en chef, instruit de l’insurrection de Saint-Denis, me fit ordonner de l’arrêter où je me trouvais et de cantonner mes régiments dans les villages voisins de la route. Je m’empressai d’obéir à cet ordre pour ne pas me trouver sur la route au moment du passage de Bonaparte que je prévoyais devoir arriver bientôt à cause des voitures de la Cour qui, depuis longtemps, étaient passées pour aller le chercher.  Qu’il me soit ici permis de rendre hommage à la conduite digne d’éloge des deux régiments et au détachement de chasseurs que je ramenai.  Aucun homme n’a ni quitté son rang ni fait entendre un cri séditieux, quoique tous y fussent provoqués par plusieurs bataillons d’infanterie qui marchaient en sens contraire et retournaient à BonaparteJe passai la nuit du 20 à Gentilly avec le colonel du 6ème chasseurs et le lendemain, je me rendis à Paris dans mon logement où je restai sans vouloir paraître aux revues de ma troupe passées par BonaparteCe ne fut qu’après le retour de M. le maréchal Macdonald et des autres militaires qui avaient escorté le Roi jusqu’à la frontière, que je consentis à paraître aux Tuileries.  Le 8 avril, le Ministre de la Guerre m’envoya les lettres de service que je n’avais point sollicitées, pour prendre le commandement de la 2ème division de cavalerie. 

Paris, 26 octobre 1815. 

 

 

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( 20 avril, 2021 )

Un brave parmi les braves. Le général Brayer…

Un brave parmi les braves. Le général Brayer… dans FIGURES D'EMPIRE brayer-1

Le général Brayer (1769-1840) engagé en 1800, fit avec éclat toutes les campagnes de l’Empire. Il est présent à Austerlitz, à Friedland, il est en Espagne, en Allemagne. Divisionnaire à Leipzig, il commandait pour Louis XVIII la 1ère subdivision de la 19ème division militaire, à Lyon en janvier 1815. Rallié à Napoléon, avec ses troupes le 10 mars 1815. Après l’Empire, condamné à mort par contumace, il part en Amérique, puis au Brésil et au Chili. Sa fille épousa Louis Marchand, premier valet de chambre de l’Empereur.

C.B.

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( 18 avril, 2021 )

Une lettre du lieutenant Pierre de Constantin (1812)

Une lettre du lieutenant Pierre de Constantin (1812) dans TEMOIGNAGES 06-513471

« Au bivouac, à quinze lieues de Moscou, sur la route de Kalouga, le 15 octobre 1812.

Ma chère sœur,

Après deux mois de date, ta lettre m’est parvenue et j’y réponds. J’avais cependant promis à maman, dans la lettre que je lui adressai le 3 septembre, que je lui écrirai aussitôt notre arrivée à Moscou ; mais des raisons m’ont empêché de le faire. Je la prie de ne pas en être fâchée. Depuis le 3 septembre, nous avons assisté à deux grandes batailles le 5 et le 7. Celle du 7 a été très meurtrière et décisive pour nous. Les détails ont dû vous être donnés par les journaux. Qu’il te suffise de savoir que notre corps d’armée s’y est couvert de gloire et a reçu des compliments. Le général [de] Grouchy, qui commandait ce corps [le IIIème corps de réserve de cavalerie de la Grande Armée], eut deux chevaux tués et fut blessé de deux balles et d’un biscaïen. Le général Thiry, commandant notre brigade [cet officier commandait depuis le 9 janvier 1812, la 1ère brigade de la division de cavalerieLa Houssaye, selon G. Six, tome II, p.495, de son « Dictionnaire.. »], fut blessé de plusieurs coups de sabre. Mon colonel eut deux chevaux tués. Sur dix-sept officiers de mon régiment qui étaient présents, dix ont été tués ou blessés. Quatorze chevaux d’officiers on été tués, parmi lesquels le miens est du nombre. Sur trois cents et quelques hommes que nous avions dans les rangs, cinquante-six ont été tués ou blessés, et soixante-dix chevaux de troupe sont restés sur le champ de bataille. En cela je ne parle que de mon régiment croyant inutile de te parler des autres qui font partie de notre corps d’armée. Dans cette journée, j’ai été distingué parmi mes camarades et, pour récompense, j’ai reçu le titre et la croix de chevalier dela Légiond’honneur, prix flatteur et qui me dédommage des fatigues, misères et disette que j’ai éprouvées et éprouve encore. Depuis le 7, le IIIème corps des Réserves dela Cavalerie a toujours été à l’avant-garde et, par conséquent, nous avons dû tous les jours avoir des affaires d’avant-postes, souvent même toute la journée. Depuis environ douze jours, les deux armées sont en présence sans tirer un coup de fusil. Nos vedettes sont à quarante pas de celles des Cosaques.

Hier, étant de garde, j’ai bu l’eau-de-vie avec des officiers cosaques. Cette tranquillité à laquelle nous ne sommes pas accoutumés nous fait croire qu’on traite de la paix. Dieu le veuille ! Car la campagne d’hiver serait très rude dans ce pays-ci. La glace et la neige commencent à se faire sentir. Que sera-ce donc à Noël ? Nous avons été bivouaquer aux environs des murs de Moscou plusieurs jours. Tu sais sans doute, que cette superbe grande et immense capitale a été pillée et réduite en cendres. A peine en reste-t-il encore quelques maisons isolées, entourées de jardins, et que les flammes ont respectées. Cette ville offrit beaucoup de ressources, mais presque toutes ont été dévorées par le feu.

Avant-hier, j’ai eu des nouvelles de mon frère. Il est à  Moscou et se porte bien.

Adieu, mon amie, ton frère t’assure de son éternel attachement.

P. de Constantin.

Embrasse maman pour moi ainsi que ton mari et ta fille. Ne m’oublie pas auprès des dames de Montsec, etc.

Mon adresse est, à présent que je suis légionnaire et chevalier : à M. le chevalier de Constantin, lieutenant au 23ème Dragons, dans la 6ème division de cavalerie de réserve, au IIIème corps des réserves de la cavalerie, à la grande Armée.

————

Pierre de Constantin, « Journal et lettres de campagne », in « Carnet de la Sabretache », n°299, juillet 1925. L’auteur était, depuis le 9 juin 1812, lieutenant au 23ème régiment de dragons.

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( 18 avril, 2021 )

Massacres de mamelucks à Marseille en 1815 !

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« A Marseille, le 25 juin 1815 au soir, les troupes commandées par le général Verdier évacuent non sans peine la ville ; des soldats sont tués, quelques cavaliers s’échappent en criant « Vive l’Empereur ! » ; et la nuit venue, l’émeute royaliste se déclenche, la foule enfonce les portes des maisons habitées par des bonapartistes, jette le mobilier par les fenêtres et massacre les occupants : au bilan, une douzaine de morts. Le lendemain, c’est mieux ; après avoir tué onze personnes suspectes de républicanisme, une bande attaque le quartier où se sont installés les débris d’une colonie de mamelouks et d’orientaux venus d’Égypte à la suite de Napoléon ; on les poursuit dans les maisons où ils se sont réfugiés et on les égorge sous prétexte qu’ils auraient tenue des propos séditieux pendant les Cent-Jours ; des femmes, des enfants sont massacrés dans le fort ; une vieille négresse servante des mamelouks, sommée de crier « Vive le Roi ! » répond : « Non, Napoléon me fait vivre… Vive Napoléon ! » Jetée à l’eau et déjà blessée, elle s’enfonce, reparaît en criant : « Vive…,» une balle l’atteint, elle disparaît mais son bras s’agit un instant au-dessus de l’eau « comme si elle voulait achever par signe le cri commencé ». En vérité, on s’attendait peu à trouver là des fidélités aussi tenaces. Treize Égyptiens payèrent… Mais il n’y eut pas seulement des assassinats en série ; un vieux soldat aux cheveux blancs est froidement abattu « devant le café Ricard » ; ailleurs un père et son fils liés dos à dos servent de jouets au peuple qui les tue lentement, avec raffinement, à coups de bâton, de pierre, de crosse qui « font jaillir le sang de l’un sur l’autre » ; un notable Anglès-Capefigue, homme doux, inoffensif, mais ancien ami de Masséna, de Barras et du maréchal Brune, est  écharpé, traîné dans une écurie derrière sa maison où on l’achève à coups de sabre ; sa mère entend ses crois.-Un tambour de la Garde nationale se vante d’avoir avec son sabre donné « un bon tour de clé » dans le ventre d(‘un officier bonapartiste caché entre deux tonneaux… ; des farandoles s’esquissent autour des cadavre et dans le pays les 25 et 26 juin 1815 seront connus sus le nom de Jour[s] de la Farce ».

(J. LUCAS-DUBRETON, « Le Culte de Napoléon, 1815-1848 », Editions Albin Michel, 1959,pp.29-30)

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( 16 avril, 2021 )

Un adversaire corse de Napoléon…

Charles-André Pozzo di Borgo (1764-1832) en uniforme de lieutenant général russePozzo di Borgo en uniforme de lieutenant général russe.

Charles-André Pozzo di Borgo est né à Alata, le 8 mars 1764, et mort à Paris le 15 février 1842. Dans sa jeunesse et tout comme Bonaparte, auquel le lie une amitié profonde, il est attaché à l’idéal paoliste. Sa véritable entrée sur la scène politique insulaire a lieu en 1789 lorsqu’il est nommé député de la Corse lors de la convocation des États Généraux et que lui est confiée la rédaction du cahier de doléances. Attaché aux principes monarchistes, il retourne en Corse à la proclamation de la république, tandis que Bonaparte se rallie aux idées nationales. Les deux hommes commencent à s’éloigner l’un de l’autre et leur rupture intervient en 1792. A cette date, Pozzo di Borgo seconde Paoli à son retour d’exil et est nommé procureur général syndic, la plus haute charge administrative du département. Il désapprouve les désordres révolutionnaires et la constitution civile du clergé. Dans ses fonctions, il s’applique à prévenir les désordres et à calmer les esprits. Il est décrété d’arrestation et mis en accusation par la Convention. Lors de l’éphémère royaume anglo-corse, il préside le conseil d’État, devenant ainsi le premier personnage politique de l’île.

Il prend le chemin de l’exil en octobre 1796 et se met au service du tsar Alexandre Ier en 1804. Il aide à promouvoir l’alliance russo-autrichienne de 1805.

Le traité de Tilsit, conclut en 1807, entre Napoléon et Alexandre 1er l’oblige à s’effacer jusqu’en 1812. Après la première abdication de Napoléon, en 1814, il est nommé ambassadeur de Russie à Paris et restera à ce poste jusqu’en 1834. Il participe au congrès de Vienne pour le compte du tsar. Il est fait comte (en 1816) et Pair de France en 1818. Comte héréditaire de l’Empire russe (1827), son attachement au régime des Bourbons, dispensant ses conseils à Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe, entraîne sa nomination comme ambassadeur à Londres de 1835 à 1839.

En ce qui concerne, la Corse, Pozzo di Borgo prône une politique d’apaisement et la réconciliation en se concertant avec le clan Sebastiani, mais il prend soin de nommer ses fidèles aux différents postes clés dans l’île.Sous la monarchie de Juillet, c’est au tour du clan Sebastiani de rafler la « mise », de distribuer faveurs et emplois et d’évincer son rival Pozzo di Borgo. Horace Sebastiani et son frère Tiburce sont élus à Ajaccio et Bastia.

Philippe VILGIER

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( 16 avril, 2021 )

Le vol durant la campagne de Russie…

Le vol durant la campagne de Russie… dans TEMOIGNAGES 06509433Durant la retraite les soldats, dit Pion des Loches dans ses mémoires, étaient devenus voleurs. Ils volaient à un camarade un reste de galette ou un morceau de cheval. Ils jetaient un malade à bas de sa monture pour lui prendre la bête et la dépecer à coups de sabre ; ce qui se faisait si vite qu’en un quart d’heure le cheval n’était plus qu’un squelette. Plus d’un officier se croyait suivi par son cheval et tout à coup il remarquait qu’il n’avait plus que les rênes passées autour du bras ; il se retournait ; le cheval était pris, découpé, partagé. L’habitude du pillage et l’égoïsme qui régnait avaient étouffé toute probité ; On volait l’argent, les bijoux, les vêtements. Il fallait tout porter sur soi, et encore ! On enlevait des fourrures sur le dos des chevaux  et la marmite sur le feu. La nuit, les voleurs se mettaient à crier  hourra et à tirer des coups de fusil pour faire peur à leurs compagnons et saisir sans danger ce que les poltrons abandonnaient. La manière dont on vole, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », est horrible. On prit à Chabot, pendant son sommeil, son chapeau sur lequel il appuyait la tête. Même au pont de la Bérézina, des traînards profitèrent de l’embarras pour piller les voitures et enlever les chevaux. Même le pont franchi, le vol continua ; ceux qui venaient de passer furent dévalisés de vive force par des soldats du 1er corps  qui leur prirent leur porte-manteau.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.101)

 

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( 15 avril, 2021 )

1821-2021. La population de Sainte-Hélène en 1815…

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Selon l’historien Jean Thiry, en 1815, Sainte-Hélène comprenait 3395 blancs (y compris avec la garnison), 1128 esclaves noirs, 489 Chinois et 116 Hindous et Malais. D’après l’historien A. Chaplin, en 1820,  la population de l’île était de 7980 habitants avec la garnison militaire; l’année suivante, elle s’élevait à 5800 habitants. En effet, après la mort de Napoléon, une grande partie de la garnison quitta Sainte-Hélène. 

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Source: J. THIRY , « Sainte-Hélène », Berger-Levrault, 1976

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( 15 avril, 2021 )

Parce que Paris sera toujours Paris…

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( 15 avril, 2021 )

1821-2021. Un projet d’évasion de Sainte-Hélène…

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Divers projets d’évasion ont été formés pendant la captivité de l’Empereur à Sainte-Hélène. Il est difficile de savoir lesquels Napoléon a connus. Mais à aucun il n’a jamais prêté la moindre attention. Il savait que son rôle était fini et que son martyre créerait en faveur de son fils un courant d’opinion favorable. Il s’est sacrifié pour son enfant.  La lettre ci-dessous, adressée par l’amiral Plampin, commandant des forces navales anglaise à Sainte-Hélène, à Lord Melville, ministre de la marine, donne sur un plan d’évasion par sous-marin des détails assez curieux.   

Sainte-Hélène, 25 janvier 1818. 

Monseigneur, le 8 de ce mois, j’ai eu l’honneur d’écrire à Votre Seigneurie pour lui rendre compte que j’avais reçu des instructions relatives au docteur O’Meara contenus dans votre lettre du 14 septembre [1817]. Par retour du « Mosquito » de Rio de La Plata, le 19 courant, j’ai reçu une lettre du capitaine Sharpe de l’ « Hyacinthe » datée du 22 décembre [1817], contant des rapports sur des complots et plans d’évasion du général Bonaparte, et dont la copie suit : « J’ai reçu il y a quelques semaines une communication confidentielle de M. Chamberlain, chargé d’affaires, à Rio de Janeiro : elle porte que le duc de Richelieu a avisé M. Malert, chargé d’affaires de France, qu’un plan était en préparation pour secourir Buonaparte ; quatre officiers (pris à Pernambouc et envoyés prisonnier à  Lisbonne) auraient déclaré qu’un général français nommé Brayer, au service de ce gouvernement était le principal acteur de cette affaire. J’ai en conséquence pris toutes [les] mesures en mon pouvoir pour m’assurer qu’un plan de ce genre se préparait- mais sans succès. Le général Brayer commande en ce moment les troupes bloquant Falcaquara ; il a avec lui plusieurs officiers français ; mais aucun d’eux, pendant leur séjour ici, n’a entendu parler d’une participation quelconque aux plans ci-dessous. -Un jeune homme, arrivé il y a quelque temps en Angleterre, a apporté le plan d’un bateau capable d’être mû à la rame sous l’eau. Ce bateau, pouvant contenir six hommes, naviguerait au choix en surface ou sous l’eau pendant plusieurs heures. La personne qui a apporté ce plan a refusé de donner le nom des personnes qui l’emploient en angleterre. J’ai transmis l’affaire à l’Amirauté, qui pourra sans aucun doute découvrir ces personnes ; un brevet d’invention a, je crois, été pris. Le bateau est en fer et peut-être transporté à bord d’un vaisseau de 150 tonneaux. Le Gouvernement de Buenos-Ayres [Buenos-Aires] n’a donné aucune réponse à cette proposition… 

Amiral PLAMPIN. 

Document publié en 1932 dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes, avec la mention « Communication de Mlle DECHAUX ». 

 

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