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( 19 juillet, 2021 )

1821-2021. « Je crus voir, au travers de mon trouble, l’Empereur à cheval, devant sa Garde. »

Napoléon et son état-major...Louis Bro, colonel mis à la demi-solde et fervent bonapartiste, fréquente avec quelques amis et compagnons d’armes,  l’atelier du peintre Horace Vernet, situé dans le quartier de la Nouvelle Athènes, à Paris [1]. Ecoutons-le…

Le vendredi 6 juillet 1821, vers neuf heures du soir, le colonel de Brack entrait dans le jardin d’Horace Vernet et, parvenu au milieu du petit groupe que formaient les hommes, il disait, d’une voix que des sanglots allaient couper : « Mes bons amis, je vous apporte une bien triste nouvelle. Il est mort, le 5 mai après-midi, en l’île de Sainte-Hélène. » Nous fûmes tous debout à l’instant. Tous les yeux se remplirent de larmes. J’éprouvai un étourdissement et Béranger me soutint, sans quoi je serais tombé[2]. On me rassit, et je crus voir, au travers de  mon trouble, l’Empereur à cheval, devant sa Garde, la Garde à laquelle j’avais appartenu Laure [son épouse] vint me consoler et essuyer mes larmes, qui coulèrent pendant longtemps. Vernet fit éclairer son atelier et placer le buste de Napoléon sur une table.

On mit un large crêpe sur les épaules de marbre du héros et l’on alluma devant deux cierges qui brûlèrent jusqu’au matin. J’appris que le général Rapp, de service auprès de Louis XVIII, à Saint-Cloud, était tombé malade en apprenant la fin du grand capitaine. Mon jardinier bâtonna, le 10, un individu qui criait à la grille : «Demandez la mort du brigand Buonaparte, pour deux sols », Le Journal du Commerce, seul organe bonapartiste à Paris, nous donna quelques renseignements. Auguste Regnault ne voulait pourtant voir encore là qu’une fausse nouvelle. Mais, le 23 août, Marchand, valet de chambre de l’Empereur, nous donna des détails sur son agonie. Et les « fidèles », pendant un an, ne portèrent que des habits noirs.


[1] On entrait chez lui par le n° 2 de la rue des Martyrs, écrit Bro, et l’on parvenait au logis par une longue cour derrière ce que l’on appelait alors un « bastringue », espèce de bal public de bas étage qui se nomma d’abord Cocoli, puis le Coq hardi ». Louis Bro habitait dans la même rue, au n° 23. Actuellement (2021), rien ne rappelle leurs souvenirs respectifs dans cette rue qui se trouve à présent dans le 9ème arrondissement de Paris.

[2] « J’aimais l’Empereur comme un fils aime son père et le pleurai de même. », écrit quant à lui Maurice Persat, ancien capitaine de cavalerie, lorsqu’il apprend la mort de l’Empereur.  Selon J. Lucas- Dubreton (« Le Culte de Napoléon »), « les réactions de l’opinion devant la nouvelle varient étrangement suivant qu’il s’agit des « hautes sphères », des bourgeois ou du peuple. » Il écrit plus loin : « Dans l’entourage du Roi, l’impression dominante est le soulagement ; mais en public on dissimule et Louis XVIII essaie même, grâce à la disparition du Corse, de rallier les bonapartistes.  Rapp, titulaire maintenant d’une charge à la cour, refuse d’abord de croire à la nouvelle, puis sur l’assurance qu’elle est parvenue au Roi pendant la nuit, de grosses larmes coulent sur ses joues : « J’ai été quinze ans son aide-de-camp, dit-il, et je ne suis pas un ingrat. »

 

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