( 27 mai, 2018 )

Une lettre du général Mouton…

Une lettre du général Mouton... dans TEMOIGNAGES general-mouton

Elle est adressée à sa femme Félicité, qu’il surnomme affectueusement « Cité ». Le général Mouton, comte de Lobau, remplace le 1er juillet 1813, le maréchal Soult (envoyé en Espagne) à la tête de la Garde. Après l’échec du général Vandamme à Kulm le 30 août 1813, Napoléon le nomme à la tête du 1er  corps d’armée (le 3 septembre). Il sera fait prisonnier en novembre 1813, et expédié en Hongrie. Le général Mouton ne retrouvera la France qu’en juin 1814.

C.B.

 Dresde, le 16 août 1813.

Je me trompe c’est Bautzen.

Ma chère Cité, nous sommes, comme tu le vois , de nouveau en mouvement. Les négociateurs de Prague ne se sont point entendus.

Notre départ de Dresde a eu lieu hier et les hostilités peuvent recommencer dès demain, mais il est probable qu’on ne se battra pas de sitôt.

J’ai toujours plus de besogne, je l’attaque avec ardeur et tâcherai de m’en tirer. Dans la nuit dernière, nous nous sommes trouvés dans un chemin affreux et nous avons passé toute la nuit sur la route qui était tellement mauvaise que notre méchante calèche a été versée. Un des gens qui était sur le siège s’est démis l’épaule ; c’est toujours aux pauvres qu’arrive la besace.

Bautzen, qui était fort jolie, est horriblement foulée. Je plains maintenant davantage les habitants chez lesquels ont fait la guerre que ceux qui sont appelés à la faire.

Je suis toujours d’avais qu’avec des moyens aussi considérables de part et d’autre, celle-ci ne peut plus être de longue durée. Il semble d’ailleurs constant que les autrichiens ne seront pas des nôtres ; la gloire sera plus grande et le Dieu de la France fécondera notre courage et notre effort.

Le roi de Naples [Murat] nous est arrivé, sa présence a produit un bon effet. Il sera bien nécessaire à la conduite d’une partie de notre immense cavalerie, qui pourrait de grandes choses avec un peu plus d’expérience.

Tout chez moi se porte bien. L’Empereur va à merveille. Je t’aime comme à tes premières couches et c’est plus que le premier jour de notre mariage ; une des choses qui me fait le plus aimer Louise [sa fille], c’est qu’elle me vient de toi.

Bonjour ma chère enfant. Adieu, je t’embrasse souvent sans égard à la distance.

LOBAU

Je connaissais la mort du duc d’Abrantès [général Junot, mort le 29 juillet 1813]. C’est bien le cas de la dire, pauvre espèce humaine.

(« Lettres d’un Lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815) [Publiée et annotée par Emmanuel de Waresquiel], Éditions Nouveau Monde, 2005, pp.155-156).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 27 mai, 2018 )

Une lettre du maréchal Brune à l’Empereur.

Brune.

Sire,   

C’est avec une crainte respectueuse mêlée d’une espérance constante que le souvenir de vos bontés a toujours entretenue dans mon coeur, que je suis venu à Paris supplier Votre Majesté de m’accorder un service actif dans ses armées. Daignez, Sire, jeter un regard de bienveillance sur moi; daignez accueillir la prière d’un coeur qui vous appartient absolument.

Je n’ose pas aspirer, Sire, au bonheur de vous exprimer mes sentiments de vive voix, mais que Votre Majesté verrait bien, si elle daignait m’accorder cette faveur insigne, que mon malheur m’a constamment accablé, surtout pour avoir pu lui déplaire. Elle serait convaincue que mon dévouement entier, mon attachement respectueux et inviolable me font aspirer à verser mon sang en combattant les ennemis, comme une marque certaine de ma profonde, juste et respectueuse reconnaissance.

J’ai l’honneur d’être, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale le très humble, très obéissant serviteur et très fidèle sujet.

Maréchal BRUNE.

Paris, 20 février 1813.

(Lettre publiée dans « Le Carnet Historique & Littéraire » en 1899).

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 26 mai, 2018 )

Napoléon durant la campagne Belgique…

Voici trois « Itinéraires » permettant de suivre l4empereur quotidiennement :

1/ »Campagne de 1815. Itinéraire de Napoléon», par Théo FLEISCHMAN, publié dans le Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (n°19) en juin 1956, pp.29-37.
2/ »Napoléon dans sa dernière campagne. Itinéraire du 12 au 21 juin 1815», par Serge DELLOYE, publié par la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes en 1997, 62 pages.
3/ «1815. Napoléon en campagne. Heure par heure dans l’ombre de l’Empereur», par Yann DENIAU et Yves MOERMAN, Jourdan Éditeur, 2008, 183 pages.

3 itinéraires

( 26 mai, 2018 )

Le grenadier tirailleur Delvau…

napoleonbonapartepelissegrognard.jpg

Delvau, fils d’un aubergiste de Dinant (Dinant était alors une ville française et appartenait au département de Sambre-et-Meuse), entre en 1812 au 6ème régiment des grenadiers tirailleurs de la Garde impériale. La « Revue napoléonienne » (en 1902/1903) a publié trois lettres de ce Delvau à ses parents. Dans la première, datée de Courbevoie, le 24 mars 1812, Delvau annonce qu’il part pour Magdebourg. Dans la deuxième, qu’il écrit de Saint-Avold, le 18 avril 1812, il trace cette phrase curieuse : « Nous allons aux Grandes-Indes, il y treize cent lieues de Paris, » et il prie naïvement son père de lui envoyer de l’argent à Mayence : « Quand je serai plus avant, il sera impossible de m’en envoyer ; plus vous m’en enverrez, plus de plaisir vous me ferez, car celui qui n’ a pas d’argent est bien malheureux. »

La troisième lettre a été écrite le 9 juin 1812 à Posen, et elle respire l’orgueilleuse confiance et le bel entrain de la jeunesse. Il croit toujours qu’on va aux Grandes-Indes ; d’autres assurent qu’on va en Égypte ou, comme il dit, en «Egype » ; mais cela lui est bien égal. Il aime à voyager et il voudrait être le Juif errant pour parcourir le monde entier : »Nous entrerons d’abord en Russie où nous devons nous taper un peu pour avoir le passage pour aller plus avant. Mais nous aurons bientôt arrangé ce petit empereur de Russie à la sauce blanche. Quand il n’y aurait que moi, c’est assez. Ah ! Mon père, il y a une fameuse préparation de guerre. Nos anciens soldats disent qu’ils n’en ont jamais vu une pareille ; c’est bien la vérité, car on y conduit des vivres à grandes forces. » Et, derechef, il demande de l’argent ; il en a un pressant besoin, « car le soldat qui n’a pas s’argent est bien misérable. » 

A .CHUQUET

 

( 25 mai, 2018 )

Paru !

TR10

Le n° 20 de Traditions est un numéro spécial entièrement consacré à la cavalerie de la maison royale anglaise sous la Révolution et l’Empire. 
Tous les articles sont rédigés par Ronald Pawly et Jean-Jacques Prévost :

Parcours
– La cavalerie britannique
- La cavalerie de la maison royale

Batailles
- La campagne des Flandres
– La campagne péninsulaire
– La campagne de Belgique 

Revue de détail
- L’uniforme de la cavalerie royale

- La modernisation de l’équipement 

( 25 mai, 2018 )

Les « Souvenirs » du major LE ROY à l’honneur dans le magazine « Traditions » (de juin 2018).

Paru en mars dernier, on parle toujours de cet excellent témoignage qui n’avait jamais été réédité depuis 1914, année de sa première publication.

Tradition. Juin 2018

( 25 mai, 2018 )

Une lettre d’Eugène de Beauharnais…

Eugène2

Voici une belle lettre d’Eugène de Beauharnais à Napoléon. Alors que l’Empereur est en exil à l’île d’Elbe, et que nombreux sont ceux qui ont oublié ses bienfaits, le fils de Joséphine  témoigne de sa fidélité et de son affection. Dans quelques jours, Eugène sera frappé par la disparition brutale de sa mère…

C.B.

Sire,

J’ai enfin l’occasion de faire arriver ma voix jusqu’à vous, et je la saisis avec empressement. Je ne veux pourtant pas parler à Votre Majesté de ma douleur, je me flatte que son âme vit dans la mienne, et elle comprendra tout ce que j’ai éprouvé à la nouvelle des malheurs de tout genre dont elle est frappée. Je suis venu il y a 15 jours à Paris pour voir ma mère et sœur, assurer leur tranquillité future, faire acte de français pour moi-même et prouver que je ne renonçais pas volontairement à ce titre. Je compte repartir dans très peu de jours à Munich où j’ai laissé ma femme et mes enfants. Là, j’attendrai paisiblement le sort qu’il plaira aux puissances alliées de m’assigner aux termes du traité du 11 avril [celui de Fontainebleau].

Ma nombreuse famille me fait un devoir d’accepter ce sort, quel  qu’il soit, puis je croirai toujours me conformer aux volontés de Votre Majesté, puisque c’est avec elle que le traité du 11 avril a été conclu.

Sire, prenez soin de votre santé, conservez-moi, je vous prie, votre souvenir et vos bontés. En quelque lieu que je sois, Votre Majesté doit en être sûre, si elle rend justice à mes sentiments, elle aura toujours sn moi le fils le plus respectueux, l’ami le plus tendre et le plus reconnaissant.

J’ai l’honneur d’être,

Sire,

de Votre Majesté,

Le très respectueux et bien affectionné fils.

Le Prince EUGÈNE

 

Malmaison, le 25 mai 1814.

 

(Lettre se trouvant en annexe du livre intitulé : « Marie-Louise et Napoléon, 1813-1814. Lettres inédites… Réunies et commentées par C.F. Palmstierna », Librairie Stock, s.d. [1955],p.289)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 25 mai, 2018 )

1814-1815, les effectifs de l’Empereur à l’île d’Elbe…

Drapeau ile d'Elbe

AVANT. De la France à l’île d’Elbe.

« Les Alliés avaient d’abord fixé à 400 le nombre de soldats que Napoléon était autorisé à emmener à l’île d’Elbe. Dans la journée du 6 avril [1814], ils lui accordèrent un bataillon d’infanterie de 610 hommes, une compagnie d’artillerie de 120 hommes et 120 chevau-légers polonais, officiers non comptés. Le général Friant, colonel-général des grenadiers à pied, assisté des généraux Petit et Pelet, de la Garde, fut chargé par l’Empereur de l’organisation immédiate de ces divers détachements. Il y procéda aussitôt sans désemparer, Cambronne, souffrant d’une blessure grave, reçue à Craonne, eut le commandement des troupes. Le bataillon d’infanterie eut à sa tête le colonel Malet du 1er voltigeurs ; son adjudant-major fut le lieutenant-colonel Laborde du 2ème régiment de chasseurs à pied. Les six compagnies, formées de volontaires, furent recrutées [pour] moitié dans les grenadiers, [pour] moitié dans les chasseurs de la Vieille Garde. Mais dans la formation nouvelle, les uns et les autres ne furent plus dénommés que « grenadiers ». On s’était arrêté un moment à l’idée de former ce bataillon de 3 compagnies de chasseurs. Elle fut abandonnée. On ne retint pas davantage la formation de la compagnie d’artillerie que l’on remplaça sous le nom de Compagnie des marins. Enfin, l’escadron des chevau-légers ne réunit pas tout-à-fait 90 sabres. Dès sa constitution, cet escadron prit le nom d’Escadron Napoléon…Cette troupe d’élite ainsi formée, prit le nom de Bataillon de l’île d’Elbe. Le 7 avril [1814], l’Empereur la passa en revue, dans la cour du palais de Fontainebleau, ainsi que tout le reste de la Garde… Dans la soirée du 6 avril [1814], l’Empereur avait reçu les officiers de la Garde qui allaient l’accompagner à l’île d’Elbe et s’était longuement entretenu avec chacun d’eux ». »

(Capitaine Jean Lasserre « Le Bataillon de l’île d’Elbe », in Bulletin de la Société Belge d’Études Napoléoniennes, 1994, n°22, p.9).

—————-
APRES. Arrivée sur les côtes de France.

Sur le nombre des troupes qui débarquèrent à Golfe-Juan, H. Houssaye apporte les chiffres suivants : « 607 grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde ; 18 chevau-légers polonais ; 21 marins de la Garde ; 43 canonniers ; 400 chasseurs corses et environ 30 officiers sans troupe qui étaient venus à Porto-Ferrajo [Portoferraio] demander du service. Ce total de 1219 officiers et soldats est le chiffre de l’effectif, mais il faut en rabattre. On peut évaluer à une vingtaine les grenadiers et les Polonais qui avaient pris leur congé de novembre 1814 à février 1815. Il y avait des désertions chez les chasseurs corses, qui d’ailleurs n’avaient jamais été 406 hommes présents sous les armes. Enfin, il paraît qu’un certain nombre de canonniers étaient restés à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. »

(Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.208, note 1).

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 24 mai, 2018 )

Deux nouvelles expositions sur Napoléon dans le Pas-de-Calais…

( 24 mai, 2018 )

Quelques sources essentielles sur la captivité de l’Empereur à Sainte-Hélène (16 octobre 1815-5 mai 1821)

Sainte-Hélène 2

Le 16 octobre 1815, Napoléon débarquait à l’île de Sainte-Hélène ; sa dernière demeure. Vous trouverez ici quelques références de témoignages incontournables s’y rapportant.

Témoignages.

ALI (Louis-Etienne SAINT-DENIS, plus connu sous le nom de Mameluck) « Souvenirs sur l’Empereur Napoléon. Introduction de G. Michaut », Payot, 1926. (Nouvelle édition en 2000 chez Arléa. Présentation et notes de Christophe Bourachot).

ANTOMMARCHI (François),  « Les derniers moments de Napoléon (1819-1821). Nouvelles éditions et des notes de Désiré Lacroix », Garnier, 1898, 2 volumes (Première édition à Paris en 1825. Réédition partielle en 1975, La Palatine).

BALCOMBE (Betsy), « Napoléon à Sainte-Hélène. Souvenirs », Plon, 1908. (Nouvelle édition en 2005  par Tallandier, présentation de Jean Tulard et appareil critique de Jacques Macé).

BALMAIN (Comte de), « Le Prisonnier de Sainte-Hélène (1816-1820). Présentation par Christophe Bourachot », Arléa, 2006.

BERTRAND (Général), « Cahiers de Sainte-Hélène, 1816-mai 1821. Manuscrit déchiffré et annoté par Paul Fleuriot de Langle », Albin Michel, 1951-1959, 3 volumes.

GOURGAUD (Général), « Sainte-Hélène. Journal inédit de 1815 à 1818. Préface et notes du Vicomte de Grouchy et d’Antoine Guillois », Flammarion, 1899, 2 volumes. (Nouvelle édition en 1944, en 2 volumes,  chez le même avec une préface et des notes d’Octave Aubry).

JACKSON (Basil), « Waterloo et Sainte-Hélène. Notes et souvenirs d’un officier d’état-major. Traduit par Émile Brouwet », Plon, 1912.

LAS CASES (Comte de). Il existe de très nombreuses éditions du fameux et légendaire « Mémorial de Sainte-Hélène », dont une prépublication partielle sortit à Bruxelles en 1818 et à Paris en 1819. Il faudra attendre 1823 afin qu’une édition complète paraisse en 1823 (en 8 volumes). Citons les excellentes versions données par Marcel Dunan (Flammarion, 1951, 2 volumes), G. Walter (Gallimard, collection « la Pléiade », 1948, 2 volumes. Réédition en 1957) et André Fugier (Garnier, 1961, en 2 volumes).

MARCHAND (Louis), « Mémoires. Publiés par Jean Bourguignon [puis par le commandant Henry Lachouque] », Plon, 1952-1955, 2 volumes. (Réédition chez Tallandier en 1985 (2 volumes), en 1991 (2 volumes) puis en 2003 (en un fort volume)

MONTCHENU (Marquis de), « La captivité de Sainte-Hélène d’après les rapports inédits du marquis de Montchenu, commissaire du gouvernement du roi Louis xVIII dans l’île. Part Georges Firmin-Didot », Firmin-Didot, 1894.

MONTHOLON (Comte de), « Récits de la captivité de l’Empereur », Paulin, 1847, 2 volumes.

MONTHOLON (Comtesse de), « Souvenirs de Sainte-Hélène (1815-1816). Publiés sous les auspices du vicomte de Couëdic de Kergoualer, son petit-fils, par le comte Fleury », Émile-Paul, 1901.

NICHOLLS (George), « Journal (septembre 1818-février 1820). Traduit par Émile Brouwet et publié en 1921 dans le « Carnet de la Sabretache ». (Réédition en 1998  par Teissèdre).

O’MEARA (Docteur Barry-Edward), « Napoléon dans l’exil… », Fondation Napoléon, 1993, 2 volumes. (Rappelons que la toute première édition fut publié en juillet 1819 à Paris (chez Chaumerot); une seconde verra le jour en 1822 (chez Plancher, en 2 volumes).

STURMER (Baron), « Napoléon à Sainte-Hélène. Rapports officiels du baron Sturmer, commissaire du gouvernement autrichien », A la Librairie Illustrée, s.d. [1887]

VERLING (Docteur James-Roch), « Sainte-Hélène. Juillet 1818-avril 1819. Traduction d’Émile Brouwet », publié dans le « Carnet de la Sabretache » en 1921. (Réédité en 1998 par Teissèdre).

Livres annexes.

ROSEBERY (Lord), « Napoléon. La dernière phase. Ouvrage traduit de l’anglais avec l’autorisation de l’auteur par Augustin Filon », Librairie Hachette et Cie, 1901.

SEATON (R.-C.), « Napoléon et Sir Hudson Lowe. Traduit de l’anglais par P.Guye”, Librairie Fisbacher, 1909.

MASSON (Frédéric), « Autour de Sainte-Hélène », Librairie Paul Ollendorff, 1909-1912, 3 volumes.

MASSON (Frédéric), « Napoléon à Sainte-Hélène », Albin Michel, 1929.

FLEURIOT DE LANGLE (Paul), « Napoléon et son geôlier », Editions André Bonne, 1952.

KORNGOLD (Ralph), « Les dernières années de Napoléon », Payot, 1961.

MARTINEAU (Gilbert), « La vie quotidienne à Sainte-Hélène au temps de Napoléon », Hachette, 1966.

THIRY (Jean), « Sainte-Hélène, Berger-Levrault, 1976.

MOUGINS-ROQUEFORT (Jacques), « Napoléon prisonnier », Tallandier, 1978

« Napoléon à Sainte-Hélène. Textes préfacés, choisi et commentés par Jean Tulard », Robert Laffont, Collections ‘Bouquins’, 1981 (Réédition chez le même en 2012).

MARTINEAU (Gilbert), « Napoléon à Sainte-Hélène », Tallandier, 1981.

MACE (Jacques), « Dictionnaire historique de Sainte-Hélène », Tallandier, 2004.

MARTINEAU (Michel) et CHEVALLIER (Bernard), « Sainte-Hélène, île de mémoire », Fayard, 2005.

BENHAMOU  (Albert), « L’autre Sainte-Hélène. La captivité, la maladie, la mort et les médecins autour de Napoléon », Londres, Albert Benhamou Publishing, 2010.

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 24 mai, 2018 )

Daumesnil, le héros de Vincennes (1ère partie).

daumesnil.jpg

Yriex-Pierre Daumesnil (il abandonnera pour le second son premier prénom trop singulier), né à Périgueux le 27  juillet 1776, engagé au 22ème chasseurs à cheval le 10 novembre 1793, fait campagne dans les Pyrénées, sous les ordres de Bessières, puis en Italie ; il aide à retirer le général Bonaparte des marais du pont d’Arcole où il s’enlisait. Il charge à Rivoli et, au cours de cette campagne, enlève six drapeaux à l’ennemi. Sous le commandement de Lannes est créé un corps monté de « Guides », devenus plus tard les Chasseurs à cheval de la Garde consulaire puis de  la Garde Impériale. En 1797 on y trouve Daumesnil, brigadier, puis maréchal des logis, un beau garçon, cheveux et sourcils châtains, front haut, yeux gris, héroïque, indomptable. Le 19 mai 1798, il s’embarque pour l’Egypte avec le corps expéditionnaire, se bat devant les Pyramides, monte un des premiers à l’assaut de Saint-Jean d’Acre et reçoit un sabre d’honneur. A Aboukir, il sauve une fois de plus la vie de Bonaparte, qui le choisit avec quelques autres chasseurs pour l’accompagner à son retour en France. Il prend part à la seconde campagne d’Italie et charge à Marengo. Mais, six ans près son engagement, il doit à son caractère difficile d’être encore sous-officier, adjudant sous-lieutenant en mai 1800. Il est enfin lieutenant le 18 juillet 1800, puis capitaine le 1er août 1801,Le 15 juillet 1804, au cours de la cérémonie des Invalides, il reçoit l’étoile de la Légion d’honneur de la main de l’Empereur. Et voici le camp de Boulogne, l’Armée des Côtes de l’Océan ; Austerlitz ; la terrible charge des Chasseurs de la Garde contre les Chevaliers-gardes du tsar Alexandre. Daumesnil, quoique blessé, sauve la vie de Rapp. Le 18 décembre 1805, il est nommé chef d’escadron dans la Garde. A l’automne 1806, c’est la campagne de Prusse, l’entrée à Berlin, à Varsovie, les tempêtes de neige sur les plaines glacées qui dégage Bessières cerné par l’ennemi. Daumesnil s’empare de dix-huit pièces de canon. Un détachement de  la Garde Impériales quitte Paris le 25 janvier 1808. Daumesnil en est,  à la tête d’un escadron de Chasseurs et de la compagnie de Mamelucks. Le 23 mars, Murat fait son entrée à Madrid.Quelques jours plus tard, Daumesnil, face à l’émeute, a deux chevaux tués sous lui. La guerre d’Espagne se déroule, atroce, inexpiable. Le 27 novembre 1808, Daumesnil, officier de la Légion d’honneur depuis le 14 mars 1806, est fait chevalier de la Couronne de Fer. Au printemps de 1809, 5ème Coalition : « Les Chasseurs et les Mamelucks de Daumesnil sont à Abensberg, Landshut, Eckmühl, Ratisbonne. Allant de victoire en victoire, l’Empereur, après une campagne-éclair, entre dans Vienne, le 11 mai. Après Essling, les régiments se regroupent. Le 13 juin, Napoléon élève Daumesnil au rang de major, c’est-à-dire de lieutenant-colonel. Mais un major de la Garde, lui, a rang de colonel. Daumesnil commande le 1er régiment de Chasseurs à cheval de la Garde, qui forme avec les chevau-légers polonais la brigade légère de la cavalerie de  la Garde. Il a 32 ans. Le voici au matin de Wagram : « Il arbore la tenue de parade, avec le lourd colback noir, le dolman vert, la pelisse écarlate bordée d’hermine, les culottes jonquille, bottes à la hussarde ; il est splendide, flamboyant. » En fin de journée, ses chasseurs font une brillante charge. Mais Daumesnil n’est plus là pour les enlever : un boulet lui a brisé la jambe gauche. Sa carrière militaire active est finie. Larrey va « scier sa jambe au-dessous du genou ». 

A suivre.

 

( 23 mai, 2018 )

Une lettre sur Austerlitz…

06513391.jpg

Voici quelques mots à propos de son auteur : « Né le 28 octobre 1771 à Létenville (Calvados), VIEL Antoine, l’auteur de cette missive, a donc à la date qu’elle porte, trente-quatre ans. Entré au service, comme volontaire dans la cavalerie de Bayeux, le 16 brumaire an II [6 novembre 1793], et passé peu après au 19ème régiment de cavalerie, il a guerroyé partout : en Vendée, en l’an II ; aux armées de Sambre-et-Meuse et du nord, en l’an III ; à l’armée du Rhin les deux années suivantes. En l’an VI, devenu fourrier, il est avec son régiment à l’armée d’Allemagne ; en l’an VII, à celle du Danube, où il se fait nommer, à quelques jours d’intervalle, maréchal des logis chef et adjudant. Revenu à l’armée du Rhin, il s’y couvre de gloire et se fait citer plusieurs fois à l’ordre, aux cours des années VIII et IX. C’est le 5 pluviôse an XI (25 janvier 1803), qu’il est passé avec son grade au 9ème régiment, devenu le 9ème de cuirassiers. Le 10 prairial [30 mai 1803] suivant, le premier Consul lui a décerné un sabre d’honneur, et, de l’an XI à l’an XII, il est resté employé dans les 25ème et 26ème divisions militaires. Sa nomination de sous-lieutenant date de quelques mois à peine : elle est du 16 pluviôse an XIII [5 février 1805] : il a été, à sa grande joie, maintenu à son cher régiment, désigné pour faire partie de la 1ère division de grosse cavalerie de la Grande Armée. C’est ici le moment de lui laisser la parole. Voici sa lettre, in extenso  : 

A monsieur Guérould Pierre, commune de Létenville (Calvados), par Isigny. 

 [Nom de lieu illisible], le 6 nivôse an 14 [27 décembre 1805

Convaincu comme je le suis, mon cher M. Guéroult, de l’intérêt que vous prenez à moi, je profite d’un moment de repos pour vous écrire et vous faire connaître que malgré les efforts de nos ennemis je vis encore. Vous saurez aussi que depuis le 26 messidor [15 juillet 1805], époque où nous sommes partis de Mayence pour aller à Lille, où nous arrivâmes le 25 thermidor [13 août 1805] et fûmes de suite sous les ordres du général Nansouty, qui réunit là sa division composée ainsi qu’il suit : les 2ème, 3ème, 9ème, 12ème de cuirassiers et les 2 régiments de carabiniers (convenez que c’est un joli commandement, mais il en est digne). Huit jours se sont passés dans des revues et manœuvres. Mais pas plus surpris de voir arriver l’ordre de partir sur le champ pour nous diriger sur le Rhin et notamment sur la ville de Mannheim où nous le passâmes le 8 vendémiaire [30 septembre 1805]. Voilà donc 300 lieues faites pour les Capucins, puisque nous sommes revenus à onze lieues d’où nous étions partis) et cela à grandes journées, ce qui nous a ruiné nos chevaux. Il faut vous dire, cher ami, que dans mon retour la fièvre me prit et j’ai fait cent lieues passées avec ce maudit fardeau : elle m’a mis dans un état déplorable ; vous ne aurez une faible idée dans ce petit détail. Jugez d’un homme qui a la fièvre des plus violentes pendant sept ou huit heures, qui à peine passée, se met dans une voiture et fait des 7, 8 et 9 lieues, qui, les jours qu’elle lui donne congé, part d’un grand matin, arrive à dix ou onze heures, se met au lit et au bout de deux heures prend médecine ; le lendemain, part croyant arriver avant lui. Jugez quelle jouissance d’avoir de grands maux de tête et d’avoir à supporter les cahots d’une mauvaise voiture. Dix-sept jours de jeûne, d’émétique, de médecine et de limonade m’en ont débarrassé ; huit jours de repos dans un très mauvais village m’a mis à même de pouvoir passer le Rhin et de partager avec mes camarades les maux de cette glorieuse campagne. Je dis « les maux » car je crois que jamais on en a fait une pareille. Jamais un jour de repos. Tous les jours monter à cheval avant le jour, n’en descendre qu’à 9 et 10 heures du soir, enfin nous sommes restés jusqu’à 22 heures à cheval, mais très souvent dix-huit mais quand on remporte une victoire complète, on doit oublier tous ces maux. Que pourrai-je vous dire, cher ami, quand les papiers publics vous ont instruits mieux que je ne pouvais le faire, attendu qu’ils vous ont appris tout ce qui s’est passé dans l’armée, et moi, je ne pourrais vous dire que ce que j’ai vu en grand et cela dans la position qu’a occupé la division. Je me permettrai seulement une réflexion : c’est qu’il n’appartient qu’à notre empereur de faire la guerre quand on considère qu’en dix jours il a détruit à l’Autriche une armée de 80 à 90 mille hommes ; cela paraît incroyable et cependant c’est vrai. J’en fus témoin et notre division ne les battit que par sa présence, nous ne mîmes pas même le sabre à la main pour les faire rentrer dans Ulm au nombre de 20 mille hommes.La Garde Impériale et nous, fûmes la seule cavalerie qui y parut et ils n’eurent pas le front de se mesurer avec nous. Cependant, nous désirions avoir cet honneur-là. Seulement une brigade de notre division fut détachée à la poursuite du prince Ferdinand qui le rejoignit à quelques lieues où conjointement avec d’autres, lui prit 17 à 18 mille hommes de 25 mille qu’il avait sauvés et dont le reste fut pris en détail. Nous continuâmes notre route sur Vienne où nous arrivâmes sans de grands combats : presque toute la cavalerie se rassembla sous ses murs le 20 brumaire [11 novembre 1805] ; le 22 [13 novembre 1805] ce fut notre division qui traversa la ville capitale de ce grand empire, passa le Danube, traversa les troupes autrichiennes, et fut s’établir à deux lieues au-delà, où un régiment de cuirassiers d’Autriche lui céda la place. Après notre passage, toutes ces troupes furent désarmées, nous nous crûmes en paix, on nous dit même que nous allions prendre des cantonnements. Nous marchâmes pendant deux jours dans cette douce espérance, quant on nous dit que les russes ne voulaient pas s’en retourner chez eux sans un ordre de leur souverain : il nous fallut donc encore battre ces messieurs pour les mettre à la raison, mais une fois ni deux n’ont pas suffit. Il en fallut venir aux gros mots.

Aussi, j’ose croire qu’ils se rappelleront de la bataille d’Austerlitz. Celle-là, je l’ai vue de tout mon saoul, et je peux dire que jamais champ de bataille de fut aussi sanglant. Jugez que cent cinquante mille mousquetaires tirèrent depuis sept heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi et que plus de deux cents pièces d’artillerie tirèrent également. Jugez, dis-je, du carnage que cela a pu faire. Je n’ai pu encore deviner ce que c’est que le caractère russe, mais je n’ai pas vu sans une surprise étrange, des russes sans nombre, mutilé par le boulet, par la mitraille et autres armés, les uns des bras, les autres des jambes emportées, et bien, ils ne poussent pas un soupir, pas une plainte.  Je suis repassé au bout de six jours sur le champ de bataille : on travaillait à enterrer les morts, j’en ai vu qui ne l’étaient pas, par des temps semblables, et blessés : quel courage ! 

Laissons là ce champ de tristesse et de carnage et revenons au 11 frimaire [2 décembre 1805], où Napoléon les écrasa tous, quand je dis « tous », je pourrais ajouter que nous lui avons aidé un peu… Voici comment nous avons travaillé. Vous savez, ou vous ne savez pas, la grosse cavalerie ne doit pas donner à propos de rien et on doit la regarder comme emporte-pièce à qui rien ne doit résister, en voici une preuve : à midi, les affaires n’allaient pas des mieux pour nous. L’ennemi nous chagrinait fortement, quand le prince Murat envoya l’ordre à notre général de se porter en avant pour charger la cavalerie. Cette cavalerie (la tête de l’armée russe) était placée sur un plateau assez élevé, flanquée de 8 pièces d’artillerie qui faisant un feu croisé sur nous. Ils comptaient par cette manœuvre, sans doute, nous arrêter. Point du tout ! Nous avons manœuvré avec sécurité et avec autant de sang-froid que si ce fût pour notre instruction. L’ennemi fit si tellement effrayé de cela qu’il n’osa pas faire un pas sur nous. Nous montâmes sur le plateau, nos têtes hérissées de nos sabres, que nous leur avons enfoncés dans le ventre et partout, car ils sont restés là comme des murs, on en a tué tant qu’on a pu, forcé le reste à la retraite ; mais la majeure partie ont emporté des blessures mortelles. Nous avons pris les 8 pièces qui nous avaient fait tant de mal, donné l’exemple à toute la ligne, une charge générale s’opère, l’ennemi partout est mis en fuite et là se termine la journée du 11 frimaire, dite « Bataille des trois empereurs ou d’Austerlitz ».  Mon cher Monsieur Guéroult, ce qu’il y a de flatteur pour nous c’est que nous avons perdu très peu de monde et que ce fut notre régiment qui perça le premier l’ennemi, ce qui fut remarqué par le prince Murat, qui, sur le champ de bataille passa devant. « Braves cuirassiers, dit-il, vous avez chargé l’ennemi avec intrépidité et sang-froid, cela est digne de vous ! » Tous criaient :  » Vive le prince Murat !  »  Le prince Murat dit : « Vive les cuirassiers qui savent vaincre nos ennemis, etc. ».  Il fit son rapport à l’Empereur qui dit qu’il portrait les régiments de cuirassiers à 1.000 hommes, ce qui fait une augmentation de 400. J’écris beaucoup sur une grande feuille de papier et je vous dis peu, mais vous excuserez le petit génie de votre ami et vous direz mille choses honnêtes de ma part à Mme Guéroult ainsi qu’à tous ses enfants.

Mes compliments à ma sœur et à son mari, je vous prie de leur donner de mes nouvelles le plus tôt possible. Je ne leur écrirai pas par la raison que ici on ne peut affranchit les lettres pour la France, étant trop éloignés de la poste. Nous sommes cantonnés à douze lieues de Vienne du côté de la France.

Nous avons repassé dans cette capitale le 23 frimaire [14 décembre 1805] après avoir parcouru les belles plaines de la Moravie. Milles choses à tous nos amis. Je suis, en attendant votre réponse, votre bien sincère, 

VIEL. 

J’ai oublié de vous dire que l’on vient de nous payer trois mois de solde en billets de banque de Vienne lesquels perdent seulement 45 %. Il est vrai que l’on nous a donné un tiers en sus. Convenez que si cela n’est pas gratifiant ce n’est pas galant de la part de notre Empereur. Mon adresse est : VIEL, sous-lieutenant au 9ème régiment de cuirassiers, membre de la Légion d’honneur, 1ère division de cavalerie commandée par le général Nansouty, à la Grande armée.  Bonsoir, je vais faire un lit avec deux bottes de paille. Le papier me manque comme vous voyez. Je ne peux vous en dire davantage. Portez-vous aussi bien que moi. C’est tout ce que je désire ; il est dix heures, je veux cacheter ma lettre pour l’envoyer demain matin à la poste, car si je manque cette occasion je serait 8 jours sans la retrouver.

L’année suivante, Viel gagne ses galons de lieutenant à la bataille d’Iéna ; en 1807, il se bat à Eylau comme lieutenant adjudant-major ; en 1809, capitaine commandant, il est blessé à Wagram d’un éclat d’obus au pied. Il fait en 1812 la campagne de Russie et, en 1813, celle de Saxe, au cours de laquelle, pour sa belle conduite à la bataille de Dresde, il est fait officier del a Légion d’honneur, ce qui l’incite à se distinguer de plus belle à celle de Leipzig, où il reçoit trois coups de sabre. Nommé chef d’escadron au début de la campagne de France, le 19 février 1814, il passe le 6 août suivant au 10ème cuirassiers. Il fait enfin la campagne des Cent-Jours avec la 14ème division de cavalerie, assiste à la bataille de Ligny et couronne sa glorieuse carrière en prenant part, le 18 juin 1815, à l’immortelle chevauchée de Mont-Saint-Jean. Le 25 décembre 1815, après le licenciement de l’armée, il se retire dans ses foyers à Létanville ; il est dans toute la force de l’âge, n’ayant que quarante-quatre ans. Il en vivra quarante encore, entouré de l’estime et de la considération de tous et mourra maire de sa commune, le 16 février 1855. 

Valère FANET. 

Cette lettre fut publiée en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

 

 

( 22 mai, 2018 )

Paris et son histoire à l’honneur…

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 22 mai, 2018 )

La mort de Duroc…

La mort de Duroc... dans FIGURES D'EMPIRE duroc2

Dans ses « Mémoires », Bausset, préfet du Palais, qui fut longtemps l’un des collaborateurs les plus immédiats, relate la conversation qu’il eut avec Duroc quelques jours avant qu’il ne fût tué à Bautzen. « Nous causions des succès du commencement de la campagne et nous donnions de justes regrets à la perte du maréchal Bessières. Je n’oublierai jamais les derniers mots de cette conversation : « Ceci devient trop long, me dit-il, nous y passerons tous ».

A l’aube du 22 mai 1813, lendemain de victoire, toute l’armée est en route ver l’Est, aux trousses de l’ennemi vaincu à Bautzen. L’Empereur galope vers l’avant-garde. La cavalerie de la Garde le suit, commandée par le général Walther, tandis qu’au bivouac matériel et bagages sont chargés sur les voitures du général Duroc. Dans l’aube grise, celui-ci vient de confier ses papiers personnels à son domestique Coursot (un ancien d’Austerlitz, qui rejoindra Napoléon comme valet de chambre à Sainte-Hélène  en 1819). A quoi pense-t-il donc ? Il lu remet aussi sa montre : « Tiens, mon vieux Coursot, si j’ai la gueule cassée, tu la garderas ». Puis il rejoint rapidement la suite de Napoléon, où sont les maréchaux Berthier, Mortier et Soult, le grand-écuyer Caulaincourt et le général Kirgener, beau-frère de Lannes.

Au-delà du petit village de Markersdorf, la cavalerie russe et des uhlans prussiens font tête. Napoléon surpris et impatient, d’écrie : « Mais ces gens-là renaissent donc de leurs cendres ? ». En fait ce n’est qu’une action retardataire de l’ennemi. Aussi le combat s’achève-t-il vers le soir par son repli raide, couvert de quelques salves d’obus. A ce moment l’Empereur et sa suite ont dépassé le village, et gagné une petite éminence garnie de quelques arbres pour observer la retraite des derniers éléments allés vers Görlitz. Mortier, Duroc et Kirgener sont resté un peu en arrière. Un dernier boulet russe : Mortier est indemne, mais Kirgener est tué net, et Duroc frappé mortellement au bas-ventre. 

 Marcel DOHER.

(Revue du Souvenir Napoléonien, n°278, novembre 1974).

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 21 mai, 2018 )

Le général Compans durant la campagne de Russie…

Compans a été un des héros de la campagne [de Russie]. A la fin d’août, par décision de l’Empereur, il marche à l’avant-garde sous les ordres de Murat dont il soutient la cavalerie, et le 5 septembre [1812], c’est lui qui s’empare de la redoute de Schwardino et qui la garde, malgré les efforts de Bagration. L’Empereur l’avait directement chargé d’attaquer et de prendre cette position qui couvrait la gauche des Russes, et Compans montra autant d’habileté que de bravoure : il sut profiter des accidents du terrain et il fit avec un bataillon, du 57ème  une charge décisive à la baïonnette. Le lendemain, Napoléon appela celui que l’armée nommait déjà le preneur de redoutes et lui donna mission d’attaquer, dans la matinée du 7 [septembre], la redoute à l’extrême gauche des Russes. Compans proposa, afin d’éviter la mitraille, de passer par le bois qu’il avait reconnu et qui lui semblait praticable; Napoléon l’approuva et Compans eut à sa disposition, outre sa propre division, la division Dessaix : il craignait, en effet, que les Russes, avançant sur sa droite dans le bois, ne se missent entre Poniatowski et lui. Le 7, Compans, chargé comme porte l’« Ordre pour la bataille» de longer la forêt pour enlever la première redoute, Compans plaça la division Dessaix en réserve et forma sa propre division en deux masses parallèles : celle de droite devait éloigner l’ennemi du bois et celle de gauche, ainsi couverte, marcher tout droit sur la redoute. Mais à 7 heures 1/2, à l’instant où Teste, avec le 25ème et le 57ème, pénétrait dans la redoute, Compans fut blessé d’un biscaïen à l’épaule et forcé de quitter le champ de bataille. Le 3 novembre, il se signale à Viasma. Durant la retraite, le 17 novembre, sur les hauteurs en avant de Krasnoïé, il montra, comme toujours, courage et sang-froid. Bien que souffrant de sa blessure et réduit à aller à pied, il demeura riant et aussi tranquille devant l’adversaire que s’il était dans son jardin où il faisait volontiers de longues promenades; et un témoin, Lejeune, assure que sa figure calme et comme heureuse ôtait à ses soldats l’idée du danger. Après le départ de la Garde, lorsque le 1er corps s’éloigna, Compans le dernier redescendit vers la ville et, le dernier, à la tombée de la nuit, traversa le ravin. Jusqu’au dernier jour de la retraite il fit preuve, comme dit Lejeune, de stoïcité et l’on n’a qu’à lire sa lettre du 7 décembre où il écrit à Davout qu’un grand nombre d’officiers meurent ou tombent malades journellement et que, le 6 et le 7, le froid a été si rigoureux qu’il est impossible de rien obtenir des hommes.

Le 21 mars 1813 Lejeune, qui ne l’avait pas vu depuis Krasnoïé, le rencontrait à Mayence. Le costume de Compans avait changé; il n’avait plus de fourrures, il n’avait plus le bras en écharpe ; mais il avait toujours le même calme, la même sérénité, le même sourire, comme au milieu de la bataille. »

(Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.337-338).

Le général Compans durant la campagne de Russie… dans FIGURES D'EMPIRE 86-001577

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 21 mai, 2018 )

Les dépenses du maréchal Marmont.

Marmont« Le maréchal Marmont, duc de Raguse, avait été sans contredit un des hommes les plus capables de l’Empire. On pouvait dire de lui qu’il connaissait toutes choses, qu’il savait tout. C’était aussi l’homme le plus prodigue, le plus dépensier du monde. Pendant qu’il gouvernait l’Illyrie, il tenait une véritable cour ; il avait cent domestiques à livrées, des chevaux, des voitures, des équipages de chasse, des meutes considérables. Ces détails m’ont été fournis par M. Heim, qui a été plusieurs années secrétaire général de son gouvernement [Alexandre-Gabriel Heim (1773-1836), nommé secrétaire général du gouvernement des Provinces Illyriennes par décret du 4 mars 1810]. En 1826, nommé ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg pour représenter la France au sacre de l’empereur Nicolas 1er , Marmont reçut une indemnité de trois cent mille francs. Cette ambassade devait durer six semaines ou deux mois. Il dépensa plus d’un million. Une autre fois, une dame dont il était le chevalier témoigna le désir de voir un simulacre de guerre : il donna à Vincennes une fête à laquelle la cour assista et qui lui coûta quarante mille francs. En dehors de cet amour du faste et de cette magnificence royale, il se livra à des spéculations commerciales, à des entreprises industrielles, dans lesquelles il engloutit des capitaux énormes. Il était le plus souvent besogneux, dénué d’argent. A Paris, il était tellement connu que personne ne lui aurait fait crédit de la plus minime somme. M. Heim le rencontra, un jour, chaussé de socques, vêtu et coiffé à l’avenant. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.187-188)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 20 mai, 2018 )

Lettre d’un garde d’honneur du 1er régiment…

1er régiment

Cette lettre, qui fut publiée en avril 1914 dans le « Carnet de la Sabretache », est signée « Serafino Carocci ». L’en-tête de cette dernière indique « 1er régiment, 6ème escadron, 12ème compagnie ». L’auteur faisait donc partie des quatre régiments de Gardes d’honneur (1er, 2ème, 3ème et 4ème, de 2.500 hommes chacun) crées par un sénatus-consulte du 3 avril 1813 et rattachés à la Garde Impériale. Carocci dans cette lettre adressée à ses parents, y évoque son arrivée récente à Versailles (le 1er régiment était cantonné dans cette ville), quelques renseignements uniformologiques, ses petits tracas financiers sa vie de garnison; et quelques détails encore, le tout dans un style simple et clair. Ajoutons que ce document fut traduit de l’italien lors de sa parution dans le « Carnet de la Sabretache ».
————-

A Versailles, le 13 septembre 1813.

Le 11 de ce mois, nous sommes heureusement arrivés à Versailles, mais je suis sans nouvelles de vous depuis Turin. En vous répondant de Turin, je vous demandais de m’adresser une lettre à Lyon, mais je n’y ai rien trouvé. J’ai pensé que vous l’aviez envoyé à Pippo pour qu’il me la remette à Versailles et je n’ai rien trouvé ici non plus ; j’en suis fort mélancolique parce que qui sait si et quand je recevrai et vos lettres et l’argent dont je suis tout à fait dépourvu. Et l’on dit que nous allons bientôt partir pour la Grande-Armée, où l’on a déjà envoyé plusieurs escadrons de notre régiment qui se sont même déjà battus.M. le sous-préfet Borgio m’avait recommandé de ne faire aucune dépense. Et voilà qu’à peine arrivés, on nous a adressé l’ordre de nous faire confectionner un grand uniforme, une veste rouge à boutons d’argent à la hussarde, une paire de pantalons longs, un chapeau, un bonnet de police brodé ; le tout se monte à la somme de 200 francs. Quant à ceux qui ne voudront pas se faire faire ces objets, on les mettra hors des Gardes d’honneur. J’ai répondu que pour le moment je n’avais pas d’argent, ayant dépensé en route ; mais que dans 25 jours j’en aurais certainement reçu. Je vous prie de faire cet effort. Car ce serait un grand déshonneur si on me rayait de ce corps et si on m’incorporait comme petit soldat dans un régiment de ligne. Je vous prie aussi de penser au voyage que j’aurais à faire sous peu. Les vivres sont très chers et il est impossible de s’en procurer rien qu’avec notre paye. Pour vous faire comprendre le prix des choses, le vin : une bouteille de gros verre noir, pleine d’un liquide qui ressemble à de l’eau, et moitié moins grande que les nôtres, coûte 25 sous. Mais nous ne buvons que de l’eau parce que nous n’avons pas de vin. Seulement l’eau est très mauvaise et, de temps à autre, il faut bien boire de la bière qui coûte 7 sous la bouteille. C’est du reste à peine si on peut la boire, car c’est un breuvage fait d’un mélange d’orge et d’eau. Du reste je me résignerai et me ferai à tout. Maintenant je veux vous faire une analyse de notre vie et une description de la ville ; Versailles est une belle ville, on l’appelle le village de l’Empereur. Napoléon y a un palais et je vous assure que ce palais est plus grand et plus beau que celui de Monte-Cavallo à Rome. Vous n’y trouverez rien de pareil. Au milieu du jardin, il y a un grand lac et plus bas un autre jardin tout plein de plantes du Portugal aussi hautes que des noyers et enfin un coup d’œil magnifique de tous côtés. Chacune des rues de la ville est trois fois aussi large que le Corso de Rome. Je ne peux vous parler de tout puisque je ne suis arrivé qu’avant-hier. Mais Versailles est beaucoup plus beau que Lyon. Je ne peux rien vous dire de Paris parce que je n’y ai pas été faute d’argent. Mais j’espère bien recevoir un de ces jours les 50 francs que je vous demandais par ma lettre de Turin, à laquelle vous ne m’avez pas encore répondu comme je vous l’ai dit plus haut, mais que je compte bien voir arriver un de ces jours.

Maintenant voici quelle est notre vie. 

A 5 heures du matin la trompette sonne et on va panser les chevaux, puis on leur donne à boire et ensuite l’avoine. Après on va faire l’exercice soit à pied soit à cheval jusqu’à 10 heures du matin. Ensuite, on va déjeuner. Ce repas se compose de la soupe et d’un mets bien accommodé et bien propre, préparé par une femme dans notre chambrée. On est libre jusqu’à 2 heures. A 2 heures, on panse de nouveau les chevaux et après le pansage, on nous rend notre liberté jusqu’à 8 heures, même où l’on va se coucher. Le lit n’est pas mauvais, la chambre non plus et nous ne pouvons pas nous plaindre. Je vous prie de me répondre courrier per courrier, d’autant plus que nous devons partit sous peu et que j’ai mis 25 jours en route. Mais si je partais, je dirais au maître de poste de me faire suivre la lettre sur telle ou telle ville par laquelle nous passerions, ainsi que la lettre de change ou l’argent qu’elle contiendrait. Par charité, je vous prie de ne pas m’abandonner. Je pourrais sans cela faire quelque mauvais coup. Aussi, je vous recommande de m’écrire de suite. Saluez pour moi les amis, M. Gaetano Moronti, le père, le maître de chapelle. Et si vous voyez le comtesse, dites-lui qu’à 3 étapes de Versailles, un capitaine français qui parlait italien et qui avait été à Ruti et qui me dit que ses fils devaient arriver dans 2 heures. J’ai beaucoup regretté de n’avoir pu les voir parce qu’il m’a fallu partir avec le détachement, et qu’eux ils allaient à la Grande-Armée ; mais ils étaient en bonne santé. 

Saluez pour moi Luigi, Peppe, Antonio et sa femme. Je vous souhaite bonne santé à tous, à Mamare et à Nonna, et suis, 

Votre fils bien affectionné, 
Serafino CAROCCI.[/aligner]

( 20 mai, 2018 )

Une grande exposition consacrée à Bacler d’Albe !

Exposition Bacler. Fin juillet 2018

Publié dans A LA UNE !,INFO par
Commentaires fermés
12345...63
Page Suivante »
|