( 24 mars, 2019 )

Deux billets du général de Lariboisière…

Deux billets du général de Lariboisière… dans TEMOIGNAGES lariboisireLariboisière, commandant l’artillerie de la Grande-Armée, annonce au général Lepin qui commande cette même arme à Dantzig, l’évacuation du Kremlin et au major Poirel qui commande l’artillerie à Vilna, son arrivée à Smolensk, et il prie Poirel de ne plus envoyer ni vin ni canons. 

Arthur CHUQUET. 

Au général LEPIN 

Avant de quitter Moscou, j’ai fait détruire la poudre et le salpêtre qui s’y trouvaient.  Après notre départ, lors de l’évacuation du Kremlin, on a fait sauter le grand magasin de l’Arsenal où l’on avait rassemblé les poudres et les cartouches trouvées dans divers magasins extérieurs de la place. 

Au major POIREL 

Smolensk, 10 novembre 1812. 

Nous sommes arrivés à Smolensk, mon cher major. Nous y avons trouvé beaucoup de munitions ; il est inutile d’en envoyer davantage sur ce point. Conservez à Vilna tout ce que vous avez.  Écrivez à Kowno pour que ce point reste bien approvisionné. Vous devez continuer à fournir de ces deux dépôts aux consommations des 2ème, 9ème et 10ème corps.

Vous n’avez pas besoin de nous envoyer des armes. Ne nous envoyez plus de vin : celui que nous avons trouvé à Smolensk nous embarrasse. 

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( 23 mars, 2019 )

A propos du livre « Lettres de grognards » et paru en librairie le 14 février 2019 (Editions du Cerf)…

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( 23 mars, 2019 )

Il y a 177 ans…

En uniforme de Consul de France en Italie, 1836Stendhal en uniforme de consul de France, alors qu’il était en poste en Italie. Portrait daté de 1836.

Le 23 mars 1842, à Paris, s’éteignait Henry BEYLE, plus connu sous le pseudonyme de « STENDHAL ». L’auteur, entre autre, du « Rouge et le Noir » et de « La Chartreuse de Parme » était un grand utilisateur de pseudonymes puisqu’il en usa de près de 250 !

Rappelons que Stendhal fut, en son temps, fonctionnaire impérial et qu’il participa aux campagnes de 1809, 1812 et de 1813. 

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( 23 mars, 2019 )

La fin du chef d’escadron Alfred de Noailles…

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Alfred de Noailles, chef d’escadron, aide-de-camp de Berthier, fut tué le 28 novembre à la bataille de la Bérézina. Fort dévot, très bon militaire, remplissant avec scrupule les devoirs de son métier, brave, ardent, prodigue de sa vie, un de ces hommes, comme dit Ségur, qu’on croit avoir assez récompensés en les employant : tel était Noailles. Il portait, lorsqu’il périt, une paire d’épaulettes de l’Empereur qui lui avait été donnée le 25, au bivouac de Borisov, par Angel, l’huissier du cabinet. Tout le monde, Castellane, Fézensac, Gourgaud, le regretta. Le maréchal Ney remarqua la douleur de Fézensac. Mais la guerre avait endurci le cœur du duc d’Elchingen et il trouvait tout simple qu’un militaire mourût sur le champ de bataille. « Eh! dit-il à Fézensac, c’était apparemment son tour, à Noailles, et il vaut mieux que nous le regrettions que s’il nous regrettait! » N’avait-il pas adressé à un blessé qui se plaignait cette sincère et rude parole : « Que veux-tu que j’y fasse! Tu es une victime de la guerre ! » Comment mourut Noailles ? Selon Gourgaud, il parlait avec Marbot, colonel du 23ème régiment de chasseurs, lorsqu’eut lieu une charge de la cavalerie russe. Le cheval de Noailles s’abattit; deux cosaques saisirent l’officier, le frappèrent, l’entraînèrent par le collet, et vainement les chasseurs essayèrent de le délivrer; on ne revit plus Noailles qui fut sans doute massacré par les cosaques. Mieux vaut croire Berthier. Suivant Berthier, Noailles reçut à la tète une balle qui le tua raide, tandis qu’il venait à l’avant-garde d’Oudinot reconnaître l’ennemi. Sa veuve et ses amis retrouvèrent ses traits dans l’album où Lejeune avait dessiné et réuni les portraits de ses camarades. Voici, au reste, quelques documents sur lui et sur sa mort :

1° Une lettre où Bacher, notre agent à Ratisbonne, le recommande à Berthier.

2° L’apostille de Berthier à la lettre de Bâcher; il attache Noailles à son état-major.

3° La proposition de Berthier qui fait donner à Noailles une sous-lieutenance.

4°La nomination de Noailles comme sous-lieutenant au 23ème régiment de chasseurs à cheval (le 19 juillet 1809, il était promu capitaine et, le 12 août 1812, un décret daté de Vitebsk le faisait chef d’escadron aide-de-camp).

5° Une lettre d’une tante de Noailles qui obtient pour lui un congé de quatre mois en avril 1810.

6° Trois certificats de la mort de Noailles.

7° L’acte de notoriété qui constate cette mort.

I. Ratisbonne, 23 vendémiaire an XIV. 

Bacher à Berthier.

Monseigneur, M. Alfred de Noailles, orphelin du ci-devant vicomte de Noailles, âgé de vingt ans et d’une taille de cinq pieds huit pouces, attaché à la légation de France près l’Electeur archichancelier, se propose de s’équiper à ses dépens pour obtenir la permission d’entrer au service comme simple soldat, dans le corps que Votre Excellence voudra bien lui désigner. Il se rend à cet effet au grand-quartier général pour y demander les ordres de Votre Excellence. Je la supplie de vouloir bien l’accueillir favorablement; il promet de se rendre digne du nom qu’il porte, en combattant sous les aigles impériales et en suivant l’exemple de feu son père qui est mort en servant sa patrie.

 II. Note de Berthier à la lettre de Bacher.

M. Alfred de Noailles, volontaire, portera un uniforme de chasseur à cheval tout vert; il sera attaché à mon état-major jusqu’à ce que le corps des volontaires soit formé.

III. Note de Berthier. Linz, 20 janvier 1806.

Proposer M. de Noailles, volontaire, qui a servi toute la campagne et qui s’est trouvé à la bataille d’Austerlitz, à une sous-lieutenance de troupes à cheval.

IV . Paris, 10 février 1806.

Le sieur [de] Noailles, volontaire à l’état-major de la Grande Armée, est nommé sous-lieutenant au 23ème régiment de chasseurs à cheval. 

V . Mme de Noailles à Berthier. Paris, 22 avril 1810.

Monseigneur et cher prince,

L’état de la santé de mon neveu Alfred est inquiétant; on lui a appliqué un large vésicatoire qui lui a peut-être sauvé une maladie. Le docteur Bourdois dit que votre aide-de-camp a besoin d’eaux sulfureuses. Comme je ne puis le décider à vous demander un congé, je crois de mon devoir de le solliciter moi-même et j’oserais vous supplier de lui ordonner d’en profiter. Depuis sa prison d’Espagne dont vos bontés et votre intérêt si suivi l’ont fait sortir, il n’a pas juste santé. Elle se détruirait tout à fait s’il ne faisait des remèdes. Veuillez agréer, Monseigneur, l’assurance de mon respectueux et bien sincère attachement.

NOAILLES-POIX.

J’espère que pendant votre séjour à Compiègne, vous aurez bien voulu vous occuper de faire jouir Alfred des grâces de Sa Majesté l’Empereur accordées depuis quinze mois sans effet quelconque.

Apostille de Berthier. Accorder un congé de quatre mois pour prendre les eaux (avec appointements.)

VI. Certificats de la mort d’Alfred de Noailles.

N°1.

Je soussigné, certifie que le 28 novembre 1812, ayant été envoyé par S. A. S. le prince de Neuchâtel à la recherche de M. Alfred de Noailles, l’un de ses aides-de-camp, qui n’avait pas reparu depuis le matin, je trouvai près de nos tirailleurs un bomme mort, ayant une très grande ressemblance avec M. de Noailles. Il avait été atteint d’un coup de feu à la tête; ce qui altérait assez ses traits pour que j’eusse besoin de quelques autres indices pour le reconnaître. Je les cherchai dans la marque d’une chemise et d’un gilet de coton fait au métier, seuls vêtements qui lui restaient. Mais, on les lui ôtant, je reconnus que cet homme mort avait un cautère au bras. Vivant habituellement depuis plusieurs mois avec M. de Noailles et ne lui connaissant pas cette incommodité, je présumai m’être trompé à la ressemblance et laissai là ce cadavre pour continuer mes recherches. Elles furent inutiles et je revins rendre compte au prince du mauvais succès de la mission dont il m’avait chargé. Je fis mention du corps que j’avais trouvé, ayant beaucoup de ressemblance avec M. de Noailles, mais ayant un cautère au bras. Cet indice qui m’avait empêché de croire que ce fût lui, fut pour ceux qui le connaissaient plus particulièrement et qui savaient qu’il avait en effet un cautère au bras, une preuve certaine que le corps que j’avais trouvé était réellement le sien. En foi de quoi, j’ai signé le présent pour servir et valoir ce que de raison.

A Dresde, le 29 juillet 1813.

H. de COURBON. Aide-de-camp de S. A. S. le prince de Neuchâtel.

N°2.

Nous soussignés, étant présents au quartier général de l’armée française en Russie à Zanivki, près la Bérézina, le 28 novembre 1812, d’après la connaissance que nous avons eue de la mission confiée le dit jour sur le champ de bataille à M. le chef d’escadron Alfred de Noailles, aide de camp du prince major général, et d’après ce que nous avons entendu rapporter à M. le chef d’escadron de Courbon qui fut chargé de parcourir le champ de bataille pour rechercher Alfred de Noailles dont l’absence inquiétait, certifions qu’il a passé parmi nous pour certain que cet officier avait été tué aux avant-postes en exécutant avec sa bravoure ordinaire les ordres qu’il avait reçus. Ce que nous avons appris depuis cette époque n’a fait que nous confirmer dans l’opinion de sa mort. En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison.

Au quartier-général impérial à Dresde, le 12 juillet 1813.

Anatole de MONTESQUIOU, chef d’escadron, aide de camp du prince.

L.-M. GUILLABERT, commissaire des guerres près le major général.

LEDUC, commissaire ordonnateur et secrétaire intime de S. A. S. le prince de NEUCHATEL.

François SUCHORZEWSKI, capitaine adjoint à l’état-major général.

SALAMON chef du bureau du mouvement des troupes.

LATRAN, adjoint aux commissaires des guerres, près S. A. S. le prince major général.

Y. COUTARD, aide-de-camp.

Le chevalier de MONDREVILLE, adjudant commandant.

L’adjudant commandant chevalier MICHAL.

LECHANTRE, adjoint aux commissaires des guerres, employé près du prince major général.

F. de RIANCEY, adjoint aux commissaires des guerres près le major général.

Le général de division, chef de l’état-major comte MONTHION.

Je certifie, de plus, que la mort de M. le baron Alfred de Noailles, chef d’escadron, aide-de-camp du prince de Neuchâtel, m’a été attestée par M. Hippolyte Dessalles, sous-lieutenant au 19ème régiment d’infanterie de ligne, membre de la Légion d’honneur, lequel commandait un parti de tirailleurs du 2ème corps (duc de Reggio) au moment où M. de Noailles apportait des ordres au maréchal duc de Reggio. M. Dessalles, qui avait fréquemment vu chez moi M. de Noailles, causa avec lui et l’engagea à ne pas rester sans motif sous le feu, en lui observant qu’il valait mieux chercher maréchal. Mais, au moment même, une balle frappa M. de Noailles à la tête. Les tirailleurs français, obligés de se retirer de la position, abandonnèrent M. de Noailles ; mais bientôt, occupant de nouveau les hauteurs, les tirailleurs retrouvèrent le corps de M. de Noailles, dépouillé et sans mouvement. Cette déclaration de M. Hippolyte Dessalles a été également faite au colonel Chataux, premier aide-de-camp du duc de Bellune.

 Dresde, le 12 juillet 1813.

L’inspecteur aux Revues, DENNIEE, employé près S. A. S. le prince major général.

N°3. Lettre en russe et traduction française de cette lettre.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse les renseignements qu’elle m’avait chargé de demander sur son aide-de-camp M. Alfred de Noailles. J’ai fait traduire cette lettre qui contient la déclaration suivante : « Le nom d’Alfred de Noailles ne s’est point trouvé sur la liste des prisonniers français en Russie. Ses effets et ses lettres ont, par contre, été trouvés près de la Bérézina et l’on en conclut qu’il est mort ou a été tué au passage de cette rivière. Cette déclaration ne laisse, je crois, aucun doute sur sa mort et Votre Altesse pourra mettre sa famille dans le cas d’arranger ses affaires en ayant la bonté de lui envoyer le certificat qui lui est si nécessaire.

Le général [de] FLAHAUT.

Neumark, 4 juillet 1813.

VII. Acte de notoriété.

Vu la déclaration ci-incluse n°1 signée de M. de Courbon; vu le certificat n° 2 signé de plusieurs officiers généraux et autres de l’état major; vu la déclaration n°3 écrite en russe, je soussigné, inspecteur aux revues, ayant été présent moi-même, le 28 novembre 1812, à Zanivki près la Bérézina et ayant la même conviction que les signataires du certificat n° 2, ai rédigé le présent acte de notoriété auquel seront annexées les trois pièces ci-dessus énoncées (n°1, 2, 3) pour constater la mort d’Alfred de Noailles, baron de l’Empire, chef d’escadron, aide-de-camp du prince de Neuchâtel, tué sur le champ de bataille le 28 novembre 1812 en Russie près dela Bérézina.

Dresde, 15 juillet 1813.

Baron DUFRESNE.

(Arthur Chuquet, « 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912,pp.370-377).

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( 23 mars, 2019 )

Pour m’écrire…

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Une seule adresse, celle-ci: 

contact.lestafette@gmail.com

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( 23 mars, 2019 )

Une lettre d’Eugène de Beauharnais…

Eugène2

Voici une belle lettre d’Eugène de Beauharnais à Napoléon. Alors que l’Empereur est en exil à l’île d’Elbe, et que nombreux sont ceux qui ont oublié ses bienfaits, le fils de Joséphine  témoigne de sa fidélité et de son affection. Dans quelques jours, Eugène sera frappé par la disparition brutale de sa mère…

C.B.

Sire,

J’ai enfin l’occasion de faire arriver ma voix jusqu’à vous, et je la saisis avec empressement. Je ne veux pourtant pas parler à Votre Majesté de ma douleur, je me flatte que son âme vit dans la mienne, et elle comprendra tout ce que j’ai éprouvé à la nouvelle des malheurs de tout genre dont elle est frappée. Je suis venu il y a 15 jours à Paris pour voir ma mère et sœur, assurer leur tranquillité future, faire acte de français pour moi-même et prouver que je ne renonçais pas volontairement à ce titre. Je compte repartir dans très peu de jours à Munich où j’ai laissé ma femme et mes enfants. Là, j’attendrai paisiblement le sort qu’il plaira aux puissances alliées de m’assigner aux termes du traité du 11 avril [celui de Fontainebleau].

Ma nombreuse famille me fait un devoir d’accepter ce sort, quel  qu’il soit, puis je croirai toujours me conformer aux volontés de Votre Majesté, puisque c’est avec elle que le traité du 11 avril a été conclu.

Sire, prenez soin de votre santé, conservez-moi, je vous prie, votre souvenir et vos bontés. En quelque lieu que je sois, Votre Majesté doit en être sûre, si elle rend justice à mes sentiments, elle aura toujours sn moi le fils le plus respectueux, l’ami le plus tendre et le plus reconnaissant.

J’ai l’honneur d’être,

Sire,

de Votre Majesté,

Le très respectueux et bien affectionné fils.

Le Prince EUGÈNE

 

Malmaison, le 25 mai 1814.

 

(Lettre se trouvant en annexe du livre intitulé : « Marie-Louise et Napoléon, 1813-1814. Lettres inédites… Réunies et commentées par C.F. Palmstierna », Librairie Stock, s.d. [1955],p.289)

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( 22 mars, 2019 )

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( 22 mars, 2019 )

Le général Corbineau durant les Cent-Jours…

corbineau

Le général de division Juvénal Corbineau avait repris auprès de Napoléon ses fonctions d’aide-de-camp et il accompagna Grouchy dans l’expédition du Midi. Il alla remplacer Delaborde à Angers avant l’arrivée de Lamarque. Corbineau était à Waterloo aux côtés de Napoléon.  Voici comment la commission d’examen apprécia dans sa séance du 23 décembre 1815 le rôle qu’il avait joué durant les Cent-Jours. 

Arthur CHUQUET. 

Rien, dans le dossier de M. le général Corbineau, n’indique qu’il était en activité de service le 1er mars dernier. On pense donc qu’il était en demi-solde  retiré à Paris, lieu de son domicile habituel.  Ayant repris en mars ses fonctions d’aide-de-camp de l’Usurpateur, il fut envoyé en mission à Lyon, où on le voit figurer dans un rapport fait par le général Grouchy au maréchal Davout le 7 avril 1815, comme s’occupant particulièrement des mesures de police et des arrestations des personnes suspectes.  Il est de notoriété publique qu’il était avec le général Grouchy, lorsque ce dernier fit arrêter S.A.R. Mgr le duc d’Angoulême [le fils du comte d’Artois, futur Charles X], contre la foi du traité.  Aussi est-il cité au Moniteur du 19 avril 1815, comme ayant reçu des témoignages de satisfaction de l’Usurpateur pour avoir terminé la guerre du Midi.  On le voit  ensuite indiqué sur la feuille du 7 mai comme accompagnant Bonaparte en qualité d’aide-de-camp. Il y a lieu de croire qu’il a suivi l’Usurpateur pendant sa courte campagne de Waterloo, et qu’étant rentré en même temps que lui, il est demeuré sans commandement, lors de sa fuite. On trouve, dans son dossier, une lettre du 1er juillet 1815 par laquelle la commission du gouvernement invite le maréchal Davout à donner un emploi à cette officier général.Après le mouvement de l’armée de la Loire, Corbineau est resté à Paris, chargé avec MM. Turreau et Grundler de la capitulation du 3 juillet, et, depuis, s’est borné à revendiquer son titre de commandant du 2ème corps de cavalerie, dans le cas où il serait proposé pour une distinction quelconque.

Cet exposé démontre :

1° Qu’il a arboré l’étendard de la rébellion dans le midi de la France. 2° Qu’il a réprimé et puni les mouvement des fidèles serviteurs du Roi en faveur de l’autorité légitime, et qu’enfin, ayant marché contre l’armée de S.A. Royale Mgr le duc d’Angoulême et concouru à l’arrestation de ce prince, il ne peut être noté d’une manière favorable. 

(Document extrait du livre d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 


 

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( 21 mars, 2019 )

Les dépenses du maréchal Marmont

Marmont« Le maréchal Marmont, duc de Raguse, avait été sans contredit un des hommes les plus capables de l’Empire. On pouvait dire de lui qu’il connaissait toutes choses, qu’il savait tout. C’était aussi l’homme le plus prodigue, le plus dépensier du monde. Pendant qu’il gouvernait l’Illyrie, il tenait une véritable cour ; il avait cent domestiques à livrées, des chevaux, des voitures, des équipages de chasse, des meutes considérables. Ces détails m’ont été fournis par M. Heim, qui a été plusieurs années secrétaire général de son gouvernement [Alexandre-Gabriel Heim (1773-1836), nommé secrétaire général du gouvernement des Provinces Illyriennes par décret du 4 mars 1810]. En 1826, nommé ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg pour représenter la France au sacre de l’empereur Nicolas 1er , Marmont reçut une indemnité de trois cent mille francs. Cette ambassade devait durer six semaines ou deux mois. Il dépensa plus d’un million. Une autre fois, une dame dont il était le chevalier témoigna le désir de voir un simulacre de guerre : il donna à Vincennes une fête à laquelle la cour assista et qui lui coûta quarante mille francs. En dehors de cet amour du faste et de cette magnificence royale, il se livra à des spéculations commerciales, à des entreprises industrielles, dans lesquelles il engloutit des capitaux énormes. Il était le plus souvent besogneux, dénué d’argent. A Paris, il était tellement connu que personne ne lui aurait fait crédit de la plus minime somme. M. Heim le rencontra, un jour, chaussé de socques, vêtu et coiffé à l’avenant. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.187-188)

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( 21 mars, 2019 )

Un mot de Victor Hugo au général de Brack

Antoine-Fortuné de Brack.Qui sait que le célèbre écrivain et le fameux colonel de Brack (nommé plus tard général) se connaissaient ? Ce document (malheureusement ne comportant pas d’année) fut publié la première fois en 1899 dans « Le Carnet Historique & Littéraire).

J’arrive, Général, de Bretagne, où ma famille passe les vacances, et je trouve votre précieux billet. Jugez de mon regret. Je me mets a votre disposition, choisissez (dimanche ou lundi exceptés) le jour qui vous plaira. Seulement, si vous prenez l’après-midi, soyez assez bon pour me prévenir la veille par un mot; si vous prenez le mardi, veuillez m’en faire part l’avant-veille. Tout ce qui me donnera occasion d’avoir l’honneur de vous voir sera un bonheur pour moi.

Victor HUGO.

Vendredi 14 septembre.

 

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( 20 mars, 2019 )

Un blog dédié aux films français (période 1950/1980) introuvables en DVD…

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( 20 mars, 2019 )

« Mes amis, vous m’étouffez ».

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20 mars 1815… Jour historique dans l’histoire de l’Épopée. Napoléon s’apprête à retrouver les Tuileries après son exil à l’île d’Elbe. Laissons parler le baron Guillaume Peyrusse qui le suivit: « 20 mars. Nous quittâmes Auxerre, la joie et l’enthousiasme régnaient dans la ville. Sa Majesté arriva dans la nuit à Fontainebleau. Après quelques heures de repos, Sa Majesté passa en revue dans la cour du palais un régiment de lanciers. Après l’arrivée de la Garde, l’Empereur, apprenant que le Roi avait quitté Paris et que la capitale était libre, se mit en route pour s’y rendre .Tous les villages que nous traversions témoignaient la plus vive joie ; une révolution sans exemple s’achevait sans le moindre désordre. Nous vîmes arriver autour de Sa Majesté tous les officiers généraux résidant à Paris ; une foule immense, plusieurs équipages à six chevaux vinrent au-devant de l’expédition. A neuf heures du soir, arrivé aux portes de Paris, l’Empereur rencontra l’armée qui devait commander le duc de Berry . Officiers, soldats, généraux, lanciers, cuirassiers, dragons, tous se pressèrent au-devant de l’Empereur. A son entrée aux Tuileries, Sa Majesté pouvait à peine traverser la foule des officiers qui l’entouraient ; elle fut obligée de leur dire, presque suffoquée par son émotion : « Mes amis, vous m’étouffez.  » La nuit, la Garde arriva et bivouaqua dans la cour du Carrousel. Dès le matin, le drapeau tricolore avait été arboré sur la tour de l’horloge des Tuileries. Ainsi s’est terminée, sans rencontrer un obstacle, sans brûler une amorce et sans effusion de sang, une entreprise qui, au lieu d’être jugée comme une imprudente témérité, doit compter parmi les calculs les plus sublimes de la vie de l’Empereur, et l’entourer de la plus haute gloire militaire qui ait jamais honoré un grand capitaine. La marche de Cannes à Paris est sans exemple dans l’histoire des nations.

C’est l’élan unanime d’un grand peuple courant au-devant de son libérateur.

Je versai tous mes fonds aux Tuileries et fis conduire à la Banque ceux que j’avais pris à Lyon. Sur toute la route l’armée n’avait eu besoin que de 19,000 Fr. »

(Baron Guillaume PEYRUSSE, «  Mémoires, 1809-1815. Edition présentée, complétée et annotée par Christophe Bourachot », Editions AKFG, 2018)

 

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( 19 mars, 2019 )

Le capitaine Christ, du 2ème régiment d’infanterie légère…

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Christ est un vieux capitaine alsacien, retiré du service. La lettre qu’il envoie au général Bertrand, en un style naïf, et avec une foule de fautes d’orthographe dont nous l’avons charitablement débarrassée, dépeint bien l’enthousiasme et la joie que ressentirent la plupart des militaires lorsqu’ils apprirent le retour de Napoléon de son île d’Elbe en mars 1815. 

Arthur CHUQUET. 

A son Excellence le grand-maréchal Bertrand, major-général de la Grande-Armée de l’Empire français, à Paris. 

Département du Haut-Rhin, arrondissement de Belfort. Wattwiller, le 24 mars 1815. 

M. le chevalier Christ (Bertin-Joseph), capitaine retiré du 2ème régiment d’infanterie légère, à Monsieur le Grand-Maréchal, major général de la Grande-Armée, Bertrand. J’ai appris avec la plus vive joie la flatteuse nouvelle du retour de notre auguste souverain Napoléon, le grand empereur des Français. Dans cette contrée on nous a toujours laissé ignorer les nouvelles flatteuses avec la plus forte indignité contre Napoléon et de grandes menaces à ceux qui voudraient prendre parti pour notre auguste empereur.  J’ai l’honneur de m’adresser à Votre Excellence pour m’offrir aux emplois de Sa Majesté s’il y est possible.  J’y remplirai toutes les fonctions avec la plus grande exactitude et fidélité.  Mes infirmités ne m’apportent plus aucun obstacle ni gêne au service de Sa Majesté Napoléon le grand empereur. Je suis un ancien militaire qui est au service depuis 1781 et a passé par tous les grades jusqu’à ce qu’il fût forcé de se retirer avec mes infirmités qui m’ont fait jouir une pension.  Je me suis remis au service en 1813 et me suis très bien acquitté au blocus de Schlestadt.  L’information pour certifier mes services est [à prendre auprès de] M. Duzer, major du 36ème de ligne. Il a été notre major dans le régiment du Haut-Rhin, à Schlestadt. 

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect et dévouement votre très fidèle, 

Le chevalier CHRIST, capitaine.

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( 19 mars, 2019 )

Planat, un de ceux qui voulurent rejoindre l’Empereur à Sainte-Hélène…

Portrait de Planat

« Entré au service en 1806, aide de camp du général Lariboisière pendant la campagne de Russie, du général Drouot pendant celles de Saxe et de France, je fus nommé officier d’ordonnance de l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe au mois de mars 1815. L’admiration mêlée de réserve, qui jusque-là avait prédominé dans mes sentiments pour l’Empereur, se changea à cette époque en un dévouement sans bornes, et bientôt en un véritable culte pour le grand homme malheureux. Après le revers de Waterloo, je suivis l’Empereur à Rochefort et je montai avec lui sur le « Bellérophon ». Le 7 août 1815 je fus séparé de sa personne par ordre du gouvernement anglais ; le Northumberland emporta l’Empereur à Sainte- Hélène, un autre bâtiment anglais me transporta avec les généraux Lallemand, Savary et autres, à Malte où nous fûmes retenus pendant une année dans une étroite captivité. Relâché en août 1816, mais rayé des cadres de l’armée française, ne pouvant ni ne voulant, au moment de la plus furieuse réaction, rentrer dans ma patrie, je dirigeai mes premiers pas vers Rome. Une partie de la famille de l’Empereur y résidait auprès du cardinal Fesch, son nouveau chef. La nature et les motifs secrets de l’hospitalité accordée par la cour de Rome à l’ex-famille impériale ressortiront surabondamment des pièces que je publie; les mêmes motifs n’existant pas à mon égard, je fus invité, sur la demande de l’ambassadeur de France, M. de Blacas, à quitter Rome sous vingt-quatre heures. Je partis pour Florence, mais la persécution de M. de Rlacas m’y suivit et me força bientôt de quitter Florence et l’Italie et de me réfugier en Autriche, malgré ma répugnance. L’année suivant  le comte de Las Cases revint en Europe. Il m’écrivit que l’Empereur avait, à plusieurs reprises, exprimé le vif regret de ne pas m’avoir auprès de lui… »

(PLANAT DE LA FAYE, « Rome et Sainte-Hélène, de 1815 à 1821 », Furne et Cie, 1862,  pp.7-8)

(Illustration: portrait de Planat de la Faye âgé).

 

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( 18 mars, 2019 )

1812. Une lettre de Picard, commissaire-ordonnateur des hôpitaux.

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Cette lettre adressée au commissaire des guerres Valcourt donne une idée de l’effroyable désordre qui régnait à Kowno le 12 décembre 1812. Des soldats, des officiers pillent les magasins de l’hôpital, magasins des subsistances, magasins des effets militaires et même les chambres des officiers de santé. 

Arthur CHUQUET. 

Kowno, 12 décembre 1812. 

J’arrive à l’instant, mon cher camarade, à Kowno, et je viens d’acquérir la certitude que l’hôpital y est dans le plus grand désordre. On y pille les magasins des subsistances, ceux des effets des militaires et les chambres qui sont occupées par des officiers de santé. Les désordres sont commis par des soldats des 57ème, 85ème et 108ème régiments, en présence de quelques-uns de leurs officiers qui sont eux-mêmes accusés d’avoir pris part au pillage de la chambre du médecin. Je vous prie de vous transporter sur-le-champ chez M. le commandant de la place pour lui faire connaître tous ces détails et pour le prier de mettre à votre disposition un détachement de 50 hommes par l’assistance duquel vous vous occuperez sans délai de rétablir l’ordre. Je vous attends à l’hôpital même pour vous tracer la conduite que vous aurez à tenir dans cette circonstance extraordinaire. 

J’ai l’honneur de vous saluer avec considération. 

Le commissaire-ordonnateur des hôpitaux. 

PICARD. 

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( 18 mars, 2019 )

Un bon témoignage sur l’Empereur et ses campagnes…

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

Paru (en novembre 2018) chez AKFG: 

http://akfgedition.com/product/baron-guillaume-peyrusse

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63, rue Grande- 77300 Fontainebleau

Tél : 09.73.68.64.07

 

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( 17 mars, 2019 )

Merci !

SDL

J’adresse tous mes remerciements aux nombreux visiteurs qui sont passés me voir sur le stand d’AKFG EDITIONS lors du SALON du LIVRE de PARIS à l’occasion des deux séances de dédicace de mon édition des « Mémoires » de Guillaume PEYRUSSE.

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

SDL

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( 16 mars, 2019 )

Une lettre sur la campagne de Russie…

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Elle est écrite par Edouard de Ribeaux à son père. Son auteur, alors adjoint provisoire aux commissaires des guerres, était né à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) le 9 janvier 1790. Il est décédé comme intendant militaire le 22 août 1853. Il est à noter qu’Edouard de Ribeaux était apparenté au célèbre Daru. Ce document est extrait du volume que j’affectionne particulièrement et qui reprend les lettres interceptées par les Russes durant la campagne de Russe (publié par la Sabretache en 1913). 

C.B. 

3 novembre 1812. Mon cher papa, à treize lieues d’une ville qui se nomme Wiasma et à six d’une autre qui s’appelle Dorogobouje, il est une maison environnée de palissades et qui sert de maison de poste pour le service français. Devant ce bâtiment se trouve un étang couvert de trois pouces de glace ; une belle forêt de bouleaux le sépare de la grande route ; une vaste allée percée vis-à-vis la maison sépare les bois et donne à celle-ci l’aspect du chemin.

L’Empereur loge dans le poste fortifié, et votre fils, placé sur deux arbres qu’on vient d’abattre, goûte en ce moment en vous écrivant un des plaisirs auxquels il est le plus sensible…Soyez tranquille sur on compte. Je me porte fort bien, c’est tout dire. Je suis attaché au petit Quartier impérial ; je n’ai encore manqué de rien de n nécessaire depuis mon départ de Moscou. Je voyage à cheval avec l’ordonnateur en chef du Quartier impérial [le baron Joinville], qui est un ami de mon oncle, et avec l’ordonnateur des hôpitaux de l’armée [Laurent-François Trousset, commissaire ordonnateur des guerres, mort prisonnier des Russes le 21 décembre 1812], dont je suis l’adjoint . Je ne passe jamais deux jours sans voir M. Daru [le secrétaire d’Etat, oncle de l’auteur], ou pour mieux dire je me trouve toujours au même lieu que S.M.  Pendant mon séjour à Moscou j’ai dîné chez lui tous les jours et depuis deux jours j’y fais deux repas, l’un à dix heures du matin et l’autre à  huit heures. La bonne étoile de l’Empereur nous donne, depuis que je suis en  Russie, le plus beau temps possible. Depuis dix jours le temps s’est mis à la gelée, il fait bien froid, le vinaigre gèle. Nous avons cependant tout le jour le plus beau soleil possible ; il est trois heures après-midi, je suis en plain air sans la moindre peine, et si mon écriture n’est pas plus ferme, cela vient de ce j’écris sur mes genoux. Mes finances sont en fort bon état ; j’ai deux chevaux de selle et un domestique.

Mon cheval est fort beau, grand trotteur, chose très utile dans un pays où, lorsqu’on est isolé, on peut se trouver exposé à  être poursuivi par des cosaques, troupe légère, qui voltige de part et d’autre. Jusqu’à ce moment je n’en ai pas aperçu un seul. Il est vrai que je voyage toujours au milieu de quelque corps d’armée, et qu’ils n’approchent jamais lorsqu’ils voient qu’on est en mesure de défense.

Mais il peut se trouver telle ou telle occasion où l’on est bien aise de pouvoir compter sur les jambes de son cheval. Rassurez ma chère Caroline, je n’étais pas à l’affaire du 7 [7 septembre 1812, bataille de La Moskowa ou de Borodino]. Je ne suis passé sur le champ de bataille que huit ou dix jours après. J’avais déjà vu celui de Smolensk, j’ y étais un peu accoutumé. Je suis descendu de voiture pour aller voit les redoutes et les positions redoutables que les Français avaient enlevées d’autant plus glorieusement qu’elles ont été parfaitement défendues. J’ai eu un regret, celui de ne pas aller visiter la plus grande, mais cela se trouvait un peu éloigné de la grande route et une chute que je venais de faire me permettait as de marcher autant que je l’aurais désiré. En montant une côte assez rapide, un cheval de la charrette dans laquelle j’étais, s’emporta et me jeta dans des ravins au lieu de suivre la route. La voiture tombe sur moi, et j‘en fus quitte pour une douleur à la jambe qui disparut quelques jours après.

Voilà le seul accident qui me soit arrivé ; si jamais j’écris mon voyage, je serai obligé d’user du privilège des voyageurs : il est ridicule de partir de Paris pour aller à Moscou et de ne pas se casser une jambe au moins. Je couche presque tous les jours à la belle étoile ; la terre me sert de matelas, un porte-manteau d’oreiller. Mon ordonnateur me prête une de ses pelisses. J’en ai une dont je e trouve séparé, parce que mon domestique, dont le cheval est fort chargé, ne peut pas aller aussi vite que moi…. 

Le temps se refroidit, le jour tombe, le froid aux pieds me gagne, je commence à tousser ; par amour pour vous, je finis ma lettre. J’ai fait aujourd’hui deux repas en plein air, j’espère dans deux heures en faire un troisième et dormir auprès du feu comme dans le lit aux rideaux duquel mes sœurs avaient tissé la frange. 

Je les embrasse de tout mon cœur ; j’embrasse mille fois maman, je vous embrasse mille fois ; mes souvenirs bien tendres au grand cousin, à sa belle moitié et à mes jeunes cousines. 

De RIBEAUX. 

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( 16 mars, 2019 )

« Les Vosges Napoléoniennes »: une association très active !

Napoléon le Grand

Visitez le site de l’association: 

http://www.vosgesnapoleoniennes.eu/

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( 16 mars, 2019 )

Le général Almeras…

Louis Almeras, né en 1768 à Vienne en Dauphiné, mort à Bordeaux en 1828, sergent-major, puis sous-lieutenant au 5ème bataillon de l’Isère en 1791, adjudant- major, puis adjudant général chef de bataillon en 1793, aide de camp de Carteaux devant Toulon, adjudant général chef de brigade en 1795, appelé par Bonaparte à l’armée d’Italie en 179Le général Almeras... dans FIGURES D'EMPIRE 06-5134717 et chargé en 1799 du commandement de Damiette, nommé général de brigade par Kléber en 1800, employé durant quelques années à l’île d’Elbe, fut promu général de division le 16 octobre 1812, et lui-même raconte ainsi ce qu’il fait pendant la campagne de Russie : «Il a été grièvement blessé d’un coup de feu à la bataille de Mojaïsk sous les ordres du prince Eugène. Il y fut chargé de reprendre la redoute de droite en avant de laquelle sa brigade se maintint le reste de la journée. Il prit à l’ennemi dix-huit pièces de canon. Par suite de cette affaire, il fut nommé lieutenant général. Sa blessure l’empêchant de monter à cheval, il fut fait prisonnier près de Krasnoïé le 15 novembre 1812. » Almeras ne revint en France qu’au mois d’août 1814. Sous les Cent-Jours il commanda une division d’infanterie à La Rochelle, et le gouvernement provisoire l’envoya le 7 juillet 1815 à Rochefort pour hâter avec Beker l’embarquement de Napoléon.

A. CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, p.326).

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( 15 mars, 2019 )

Lettre du capitaine Heuillet sur la bataille de Waterloo…

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Une lettre du capitaine HEUILLET, du 2ème chasseurs de la Garde, au Directeur de la revue « La Sentinelle de l’Armée ».

Ce document fut publié le 8 septembre 1845 dans cette même revue. Ce témoignage est extrait d’un article concernant l’infanterie de la Garde à Waterloo et paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1905. Il me semble, de mémoire, que c’est le fameux Hippolyte de Mauduit qui était alors à la tête de cette publication.

Episode de la bataille de Waterloo. 

Monsieur et  cher camarade, 

…Je fus blessé à la jambe (à la défense de Plancenoit) et tombai entre les mains des Prussiens On me conduisit à Bruxelles, où je trouvai le chef de bataillon de Bat, L’Herminier, le comte Lobau [le général Mouton], le colonel Gentil et le colonel Carré.Le lendemain, au moment où l’on embarquait sur le canal d’Ostende pour l’Angleterre, je m’entendis appeler, et, me retournant, je reconnus le général Cambronne, qu’on avait dit mort à la suite d’une blessure à la tête : « Bonjour Heuillet, me dit-il, vous êtes prisonnier ? J’en suis bien fâché ; néanmoins, dans notre position, on aime à retrouver ses vieux amis. «Bientôt après, nous arrivâmes à Plymouth, et l’on nous laissa prisonniers sur paille, dans une vile de l’intérieur appelée Ashburton. C’est là que nous apprîmes par les journaux que le général Cambronne avait répondu à la sommation des Anglais par ces mots : «La Garde meurt et ne se rend pas ! » Comme nous prenions nos repas ensemble, nous lui fîmes nos compliments sur ces mots glorieux, qui immortalisaient sa mémoire, et illustraient toute la Garde Impériale. « J’en suis bien fâché, répondit-il, mais je n’ai « pas dit ce qu’on m’attribue : j’ai répondu autre chose…et non pas ce qu’on en rapporte. »  Nous le priâmes de maintenir toutefois le fait pour l’honneur de l’armée, mais il persista toujours dans sa première affirmation. 

Signé : HEUILLET, chef de bataillon en retraite. Officier de la Légion d’honneur.   

 

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( 15 mars, 2019 )

15 mars 1815, Napoléon est à Autun…

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« 15 mars. L’Empereur vint coucher à Autun . J’en parcourus les antiquités. » (Mémoires de G. PEYRUSSE).
——————–
« Il [Napoléon] reçut un peu prudemment le maire et le conseil municipal de cette ville. L’Empereur ayant appris que ces messieurs se laissaient diriger par les nobles et les prêtres, dont ils suivaient toutes les impulsions, leur dit, entre autres choses, que les fonctions, dans toute circonstance, étaient de maintenir l’ordre, la tranquillité et la paix, et non d’obéir aux nobles et aux prêtres qui cherchaient à mettre le trouble dans les esprits, à fomenter la discorde et à exciter au désordre. » (Ali, Arléa, 2000, pp.101-102). Sur les événements qui se produisirent à Autun, lire la relation de Louis Abord-Guéniot, membre du conseil municipal de cette ville (« Précis des événements qui se sont passés à Autun. (Mars-juillet 1815) et celle de Jean Pignot, premier magistrat (« Napoléon à Autun »). Ces deux témoignages sont contenus dans « De l’exil au retour de l’île d’Elbe…, Teissèdre, 2001, pp.101-109 et pp.113-119),

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( 14 mars, 2019 )

Deux lettres du capitaine Faré…

Ombre 1

L’auteur était capitaine adjudant-major aux grenadiers de la Garde Impériale.

Chaumont, 11 janvier 1814.

Mes chers parents, je me promettais de vous écrire de Luxembourg ; mais j’en suis parti si brusquement que je n’en ai pas eu le loisir. Depuis cette époque nous avons toujours marché sans un seul séjour. On nous avait d’abord dirigé sur Namur ; mais la violation de la neutralité de la Suisse nous  a attirés dans ces contrées. Demain, nous arrivons à Langres où des partis ennemis se sont déjà montrés. Je vous griffonne ces mots sur le coin d’une table de café au milieu d’un brouhaha d’une centaine d’officiers. Je ne vous parlerai pas politique : c’est un sujet trop triste. Je vous conseillerai seulement de ne point vous affecter trop de nos malheurs actuels. Du courage et de la persévérance, et les choses changeront.

Pour moi, c’est avec joie que je verserai jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour la défense de la Patrie, et, ne restât-il que quatre Français réfugiés dans les montagnes et combattant pour la liberté, j’irais faire le cinquième.

————-

Meaux, 16 février 1814.

Je me porte bien. Je n’ai pas un moment à moi. Depuis Troyes, nous sommes toujours en mouvement. Nous nous sommes déjà battus quatre fois. Heureusement, le temps est superbe et les affaires vont bienDans peu de jours le sort de la France se décide. Je vous écrirai aussitôt qu’il y aura eu quelque chose de nouveau.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.121-123).

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( 14 mars, 2019 )

Les femmes à l’armée sous l’Empire…

Sur les flancs de l'armée...

Déjà, pendant la Révolution, de nombreuses femmes avaient accompagné les volontaires aux armées, les unes par patriotisme, les autres par attachement conjugal ou encore par intérêt, supputant les profits d’un négoce de bivouac ou de…la prostitution.

Il en fut de même pendant l’Empire. « Beaucoup de femmes suivant leur mari aux armées, soit que, par tendresse conjugale, elles ne voulussent pas se séparer d’eux, soit que leur modeste fortune ne leur permit pas d’entretenir deux ménages », écrit Elzéar Blaze dans ses « Souvenirs ».Leur présence ne manquait pas de provoquer des complications ; en Espagne et au Portugal, Masséna traîna à sa suite sa maîtresse, « la poule à Masséna » disaient les soldats. Cette présence fit naître maints incidents. Pendant la campagne du Portugal, ordre fut donné d’arrêter la marche des troupes. La donzelle avait oublié à l’étape sa perruche et l’escadron de service dut faire demi-tour pour aller la chercher !Ce fait est raconté par le général Roch Godart dans ses « Mémoires ». Encore un incident parmi tant d’autres : « Le quartier-général du prince [d’Essling, Masséna] resta à Guarda jusqu’au 29 mars 1811, jour où il manqua d’être enlevé par l’ennemi, notamment sa maîtresse, pour la sûreté de laquelle il fallut se battre, dans les environs et aux portes de la ville, tandis qu’elle s’occupait à faire ses paquets et à monter en voiture » (« Souvenirs  de  guerre et de captivité d’un page de Napoléon », par le vicomte de Barral.  Un jeuneofficier conta un jour à un camarade une mission dont il fut chargé, et qui consistait à escorter une favorite. Il termina en disant : « Comprends-tu maintenant de quoi j’ai eu peur ? Suppose qu’une des balles qui me sifflaient aux oreilles m’eut dit un mot en passant. Il faudrait ajouter à mes états de service : Blessé en Espagne, le 20 octobre 1812, en escortant la maîtresse du général X…  Quelle honte !  L’épouse du général Dorsenne, escortée par un fort détachement de fantassins fit un jour presser la course.  Les soldats durent courir derrière la voiture, par une lourde chaleur, de Burgos à Torquemada, ce qui fit qu’à l’arrivée, 800 hommes durent entrer à l’hôpital (rapporté dans l’ouvrage de Jan Morvan, « Le soldat impérial »). A la bataille de Médina del Rio-Seco, en juillet 1808, « le général Lasalle avait avec lui se femme et sa petite fille. Mme Lasalle a été dans une position affreuse pendant la bataille ; on a rapporté au village où elle était restée, le colonel Piéton tué, deux chefs d’escadron du même corps dangereusement blessés. Elle les avait vu partir à côté  de son mari pour aller à l’ennemi. Emmener sa femme à la guerre est un véritable tort. » (« Journal » du maréchal de Castellane).  La femme d’un jeune capitaine, Dupin, quoi était sous les ordres de Murat à Madrid, rejoignit son mari en 1808 emmenant avec elle sa petite fille à peine âgée de cinq ans. Le récit de cette équipée nous est parvenu grâce à l’enfant qui signa plus tard ses récit d’un nom célèbre : George Sand.

« Plus nous avancions dans notre trajet, plus le spectacle de la guerre devenait terrible… Nous atteignîmes notre but sans catastrophe, ce qui est presque miraculeux… Nulle part les Français n’étaient en sûreté contre ces nouvelles vêpres siciliennes ; et ma mère, portant un enfant dans son sein, un autre dans ses bras  n’avait que trop de sujets de crainte. » Le retour en France de Mme Dupin, avec sa fillette et un nouveau-né, ne fut pas exempt de dangers et de privations…  « C’étaient les villages incendiés, des villes bombardées, des routes couvertes de morts, des fossés où nous cherchions une goutte d’eau pour étancher une soif brûlante, et où l’on voyait tout à coup surnager des caillots de sang.

C’était surtout l’horrible faim et une disette de  lus en plus menaçante ». (George Sand, « Histoire de ma vie »). Des épreuves plus cruelles encore étaient réservées à la plupart des femmes qui vivaient humblement avec la troupe et partageaient volontairement son sort.  « Voyageant sur la route, elles étaient exposées ainsi que nous aux coups de fusil, et lorsque leur escorte les livraient à la merci des brigands espagnols, elles subissaient les plus infâmes traitements », raconte Blaze dans ses souvenirs. Elles n’échappaient pas aux supplices. « Les femmes, loin d’être épargnées, sont en butte à d’effroyables représailles. Les guérilleros estiment que leurs souffrances seront les plus vivement ressenties ; ils espèrent que leurs cris de détresse terrifieront l’ennemi abhorré. Le viol, le meurtre, ne leur suffisent pas ; ils mutilent atrocement leurs victimes pour jouir de leur longue agonie… Ne furent-elles pas courageuses entre toutes les femmes, celles qui affrontèrent de tels périls ?

Il est impossible de prétendre que l’amour ou l’intérêt seuls les guidèrent aveuglément. Elles n’ignoraient pas les risques à courir sur les routes d’Espagne, mais elles avaient le goût de l’aventure et elles se connaissaient une énergie morale qui égalait celle du soldat », écrit Raoul Brice dans son étude intitulée « Les femmes et les armées de la Révolution et de l’Empire ».  C’est en vain que Napoléon, à plusieurs reprises, donna des instructions pour les écarter, et en termes parfois sévères, tels ceux de son ordre du jour de Wurtzbourg du 3 août 1806 :

« Sa Majesté ordonne que les femmes et toute espèces d’embarras soient dirigés sur les places désignées pour les petits dépôts des corps… » Néanmoins, les « embarras » persistèrent et, comme on l’a vu, notamment en Espagne.

La plupart des femmes qui suivirent le corps du général Dupont furent, comme les hommes, victimes de la capitulation et partagèrent le sort tragique des prisonniers à bord des pontons et, quelques-unes, sur l’île maudite de Cabrera, qui, parmi les rares survivants, laissa de si tragiques souvenirs. 

Jean LOUVOIS.

Texte publié en décembre 1963 dans le bulletin de la  Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (N°45). 

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( 13 mars, 2019 )

« J’ai vu Napoléon… »

Le texte qui suit est extrait de la revue « Je sais tout », du 15 avril 1912. Maurice Level, journaliste de cette publication, part à la rencontre d’un centenaire, Pierre Schamel-Roy.

Le vieillard, âgé de 105 ans, a eu l’occasion de rencontrer Napoléon…

Le 25 août 1807, comme il se promenait dans le parc de Saint-Cloud, les oreilles encore remplies des clameurs enthousiastes dont, dix jours plus tôt, Paris avait salué sa fête, Napoléon s’arrêta devant une femme qui portait un bébé dans les bras. Et là, la femme déjà vieille, voyant sourire l’Empereur, lui dit : -Sire, je vous présente un nouveau citoyen…-Vous pourriez dire « un Français », interrompit l’Empereur.  Alors la bonne vieille s’inclina et, répondit un peu plus bas, mais non sans malice : – Que Votre Majesté m’excuse, mais je me souvenais que le Premier Consul et l’Empereur n’étaient qu’une même personne. Nul dans l’Histoire n’a jamais raconté cette anecdote. Elle me fut contée par Pierre Schamel-Roy à qui, bien souvent, sa grand’mère la conta ; car Pierre Schamel-Roy, bien vivant, solide, est ce petit enfant auquel le vainqueur d’Austerlitz sourit un matin sous les grands arbres de Saint-Cloud.

Tout au bout d’Ivry, presque en face d’une porte où l’on peut lire sur une plaque de marbre blanc : « Monsieur Coutant, député, maire d’Ivry, ne reçoit que le dimanche et le jeudi, de 9 heures à 11 heures, au 22 ter, de la rue Parmentier », au bout d’un petit couloir, sur une porte figure une plaque émaillée : « Pierre Schamel-Roy, centenaire ».  C’est là qu’habite l’homme qui a vu l’Empereur. 

« Papa et maman (comme ces mots sont drôles sur les lèvres de ce vieillard !) s’étaient mariés par amour ; maman avait seize ans et demi, papa n’en avait guère plus de dix-neuf. Ils auraient pu vivre côte à  côte, mais les hommes, mais les hommes à  ce moment-là ne restaient guère en repos, et papa partit pour l’armée. Quant à maman, elle fut placée chez M. Talma [Le célèbre tragédien], par sa propre mère, ma grand’mère, qui avait connu M. Talma pendantla Révolution.

C’est comme cela, par M. Talma séjournant souvent à Saint-Cloud, que je suis venu au monde, tout près de l’Empereur. Il paraît- çà, on me l’a dit- que j’étais un enfant très faible. J’avais une maladie de la colonne vertébrale, et pendant des mois on me laissa étendu. M. Talma, qui m’aimait bien me gardait dans sa chambre mon petit berceau près de son lit. Quand je commençai à aller mieux, on me promena dans le parc de Saint-Cloud. A partir de là, j’ai des souvenirs. J’avais un peu plus de quatre ans, maman passait ses journées avec moi, assise sous les arbres, et c’est là, que, consciemment, j’ai vu pour la première fois l’Empereur. Je ne sais plus d’où il revenait ni en quelle saison c’était, mais je me souviens bien qu’il avait une escorte comme un régiment, qu’ils étaient tous à cheval, gris de poussière, et que l’Empereur passa très vite. Maman me dit : « Tu as vu ton papa ? ». Il faut vous dire que papa était au service de l’Empereur, qu’il était toujours à cheval derrière lui, qu’il ne le quittait jamais. Mais n’est-ce pas, j’étais si petit quand j’avais vu papa pour le dernière fois que je ne l’avais pas reconnu. Je n’avais vu que l’Empereur ». 

Le père de l’honorable vieillard semble avoir été ordonnance de Napoléon, et comme tel avoir voyagé « à la suite ». Ce qui est certain, c’est qu’il fit toutes les campagnes avec l’Empereur, et que l’Empereur lui parla souvent. Or, devant l’Histoire, cela est presque un titre véritable, et l’anecdote suivante en tire la valeur réelle d’un document. Un jour, pendant la campagne d’Iéna, l’Empereur ayant froid, appela Schamel et lui dit : -Passe-moi ton bonnet à poil. Puis, coiffé de cette montagne de fourrure, il tendit à l’homme son petit chapeau : « Tu me le rendras tout à l’heure ». Tout à l’heure, ce fut vers la fin de la journée, quand la nuit tombait déjà, et Schamel, qui n’avait pas chaud, lui non plus, avait bravement placé sur sa tête le chapeau glorieux. Le souvenir de ce récit est un de ceux auxquels le centenaire s’attarde le plus volontiers. Sans doute son « papa » le lui avait-il redit bien souvent, avec orgueil, comme il redit lui-même, à tout instant : 

« J’ai vu l’Empereur ! Je l’ai vu, et il me semble bien des fois, un peu partout, aux revues du Carrousel, au théâtre, où il apparaissait au milieu de théâtre, où il apparaissait au milieu de tant d’or, qu’on ne voyait que lui ; à Saint-Cloud, mais là je l’ai bien regardé. Il avait une figure qu’on n’oublie pas. Je ne peux pas vous dire s’il était grand ou petit, ou, si je vous le dis, c’est qu’on me l’a dit, parce que, à l’âge que j’avais, on ne se rend  pas bien compte de la taille. Mais ce qui m’est resté bien présent, ce sont ses yeux. Ah ! les beaux yeux ! Il ne vous regardait pas souvent, mais quand il vous regardait ! Oui, ses yeux ! Je n’en ai jamais vu de pareils. Ils n’étaient pas noirs, ni marrons, ni bleus, ils étaient mauves, d’un mauve sombre, profond, mais qui changeait quand il se mettait en colère. Je l’ai aperçu un jour comme çà dans une allée, et je n’ai pas osé m’approcher. Pourtant, il m’aimait bien, et souvent, en passant, me donnait une petite tape sur la joue. Et puis, il connaissait son monde ! Quand le Roi de Rome est né, vous pensez si ce furent des fêtes à Saint-Cloud ! Moi, j avais quatre ans, et, comme j’étais sage et bien élevé, on me permit de jouer avec le petit enfant. Quand il fut un peu plus grand, on venait souvent même me chercher pour l’amuser. On me donnait aussi ses vieux joujoux, et j’ai gardé une poupée qu’il tenait souvent dans ses bras. C’est à peu près tout ce qui me reste de la famille impériale, mais j’y tiens et on pourrait me donner n’importe quoi, je m’en déferais pas. Ensuite, les mauvais jours sont venus. Je voyais maman toute triste. On ne riait plus à Saint-Cloud, puis on y pleura tout à fait : on venait d’apprendre le grand malheur de Waterloo. Maman, M. Talma et moi nous partîmes pour Paris. Comme c’était triste ! Nos, nous nous étions mis en deuil… » 

Sous la Restauration et après, le jeune Schamel-Roy apprit le métier de tailleur et devint habilleur. Il fut engagé par Talma. Après la mort du grand tragédien [en 1826] il devint costumier à l’opéra [celui de la rue Le Peltier à Paris ?]. Plus loin dans son récit, il déclare qu’il se trouvait en Russie lors de la Révolution de 1830. En 1848, Schamel-Roy est blessé lors de l’attaque du Palais-Royal : « Un biscayen me broya le pied droit », écrit-il. Lamartine qui fut son protecteur lui fit obtenir un bureau de tabac par le gouvernement. Il le conserva dix ans, « sans quitter mon métier [de costumier] pour cela, mais passant de l’Opéra à l’Opéra-Comique », écrit-il.  « Du n°24, boulevard Poissonnière où j’habitais, je voyais très souvent le Prince-Président [Louis-Napoléon], celui qui allait être l’autre Napoléon [il devint Napoléon III en décembre 1852], entre au restaurant Baurel situé tout près de chez moi. C’était un bon homme, mais j’avais trop connu l’autre pour être impressionné par celui-ci. Pourtant, le hasard me rapprochait de lui. J’étais le grand ami d son écuyer-chef [Sans dote le général Fleury] et souvent, car j’étais bon cavalier, j’allais essayer les chevaux de l’empereur au Bois [de Boulogne]. Je rappelai un matin à l’Empereur le petit restaurant du boulevard Poissonnière. 

- Je m’en souvins aussi, Pierre, me dit-il en riant. 

Oui, c’était un bon homme, et l’Impératrice était bien jolie. Je la vis bien souvent lors du choléra à Amiens [en 1866] où j’accompagnai les artistes en représentation. Elle allait dans les pauvres maisons où on travaillait le velours, habillée de noir avec un tablier blanc, comme une bonne femme, accompagnée de l’épouse du Préfet, Mme Cornuau. Et puis je revis encore l’Empereur aux Tuileries, c’est lui qui me fit nommer costumier chef à l’Opéra… Mais, tout çà, voyez-vous, Monsieur, quand on a vu comme moi Napoléon 1er… Comme c’est peu de chose !… » 

Peu de choses, en effet, que la vie, même la vie étonnante de cet homme devant lequel défila plus d’un siècle d’Histoire ! Et pour lequel rien n’est rien, sauf, ces deux yeux profonds, inoubliables, ces yeux mauves, changeants, qu’il vit un jour sous les arbres de Saint-Cloud, et dont le regard l’accompagne aux extrêmes limites de la vieillesse. 

 Maurice LEVEL. 

En complément à ce témoignage, voici un article que publia le 7 janvier 1909, « L’Humanité ». Elle est d’une version différente quant aux origines de Pierre Schamel-Roy : 

A l’asile d’Ivry, les pensionnaires et la direction viennent de célébrer le cent deuxième anniversaire de Pierre Schamel-Roy.  Sa jeunesse est telle, sa vigueur et sa souplesse sont si surprenantes, que l’on croit rêver en pensant que Schamel fut le contemporain de Talma qu’il habilla pendant plus de vingt ans. M.Schamel était tailleur et il l’est encore, puisque, dans le petit atelier qu’il possède en dehors de l’asile d’Ivry, il coupe encore de nombreux costumes de scène et de carnaval. Le tailleur se réclame cependant d’illustres origines. Sa grand’mère était comtesse de Kérul ; elle quitta le toit paternel pour fuir avec son jardinier en Amérique.  De retour en France, ils eurent un fils, père du centenaire. Ce fils fut carrossier de Napoléon, à Versailles, et c’est là que Schamel connut l’Empereur qui le faisait sauter quelquefois dans ses bras. Il se souvient que son père, ardent républicain, se refusait à donner d’autre nom à Napoléon que celui de « Mon général». 

Sous la Restauration, Schamel eut un commerce de socques. Mais son industrie ne le charmait pas, et il se fit tailleur de théâtre. A ce titre, il accompagna Talma comme costumier dans toutes ses tournées en Europe. Il a conservé un souvenir ému de Talma, qui lui a donné un portrait de Napoléon fait à Moscou. Après la mort de Talma, M. Schamel fut tailleur de divers théâtres, notamment à la Porte-Saint-Martin; enfin, à l’Opéra, en 1883; sous la direction Ritt et Gaillard, et il y est resté jusqu’en 1893. 

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( 13 mars, 2019 )

Une lettre d’un chirurgien-major en 1812…

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Cette dernière a été rédigée par Philippe Granal, chirurgien aide-major au 53ème régiment d’infanterie de ligne. Elle est adressée à son épouse, demeurant à Montagnac (Hérault).

Krasnowi, le 7 novembre 1812.

Ma chère femme, Moscou exista ; Viasma, Dorogobouje, Smolensk, existaient aussi, mais il ne reste de ces villes que les cendres. L’armée russe a eu la fausse politique d’emmener avec elle les administrations et de donner l’exemple de l’incendie ; nous avons achevé. Elle avait sans doute le but de nous réduire à la haine ; mais Dieu est ici comme tout ailleurs. Jamais campagne n’a offert tant d’horreur ; l’armée se retire de Moscou pour former une ligne, dit-on, à Smolensk. La campagne prochaine (s’ils ne se mettent à la raison) nous irons brûler ou leur faire brûler (s’ils osent) Saint-Pétersbourg. Adieu, embrasse nos enfants.

GRANAL.

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