( 23 janvier, 2019 )

Des nouvelles en provenance de l’île d’Elbe…

1815

« 22 Janvier 1815. — Les départs des Français de la garde de Bonaparte, m’écrit-on de l’Ile d’Elbe, se succèdent de manière qu’il ne conservera bientôt plus que les deux tiers de ceux qu’il avait emmenés; douze grenadiers se sont embarqués pour Gênes il y a trois mois, sur un des bâtiments napolitains qui étaient abordés à Portoferraio. » Ce n’est pas là une preuve de grande espérance autour de Bonaparte. On y voit, en effet, plutôt de l’inquiétude et de la défiance. Aussi, l’espionnage devient-il plus actif contre tout ce qui aborde du dehors à l’Ile d’Elbe. On parle, même, de l’arrestation d’un général, accusé d’avoir engagé les Polonais à repasser sur le continent. Bonaparte vient de recevoir des lettres de Marie- Louise avec son portrait et celui de son fils. Il n’a pas manqué de le répandre, à cause des bruits qui couraient sur son divorce. Il sent bien, d’ailleurs, que ce n’est que par l’influence de Marie-Louise sur son père qu’il peut espérer rester à l’Ile d’Elbe; si tout entre eux était rompu, il ne serait plus considéré, à Vienne, que comme un odieux aventurier, trop heureux qu’on lui offrît, après avoir été le fléau de l’Europe, un asile sur quelque point que fût du globe. Mais, Bonaparte se flatte que la vanité de la maison d’Autriche, tant qu’il sera mari d’une Archiduchesse, combattra, en sa faveur, contre les intérêts de la politique la plus évidente et ne permettra pas sa déportation. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814 d’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, 1897, pp.232-233).

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( 23 janvier, 2019 )

Une conférence sur les « Faux Napoléon » et donnée par Nathalie Pigault.

Les faux napoléon

Ce sera samedi 23 février 2019, à 15 heures, à la BIBLIOTHEQUE MARMOTTAN, 7, Place Denfert-Rochereau à BOULOGNE-BILLANCOURT (92). Conférence organisée par l’INSTITUT NAPOLEON. Entrée libre. J’avais déjà évoqué l’ouvrage de cet historienne ici:  http://lestafette.unblog.fr/2018/06/28/faux-empereurs-mais-veritables-imposteurs/

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( 23 janvier, 2019 )

Attention aux « trois mouches » !

Grenadier Garde

Le grenadier Vraincourt, de la 5ème compagnie du bataillon Napoléon est allé chercher la princesse Pauline. Il écrit à une amie de Verdun (Mme veuve Georges Chermer) et lui adresse un exemplaire de la cocarde elboise; gare aux trois abeilles !

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 1er décembre 1814.

La princesse Borghèse nous aime comme ses yeux, car c’est nous qui l’avons été chercher à Naples. Le roi Murat a très bien reçu les grenadiers ainsi que son peuple; l’on a reçu différents cadeaux de la cour de Naples ; les uns ont reçu des schalls [châles] de la  princesse, les autres, des bagues, des tabatières; mille caresses ont été faites. Nous avons toujours la même solde de 23 sous par jour ; nous sommes payés exactement. Nous n’ayons [avons] pas la même cocarde ; nous la portions blanche et rouge ; vous remarquerez trois mouches dedans le tour du blanc qui piqueront un jour.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.439)

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( 23 janvier, 2019 )

Arrestation d’un officier de l’ex-Garde…

Grenadiers à cheval

« J’ai fait arrêter aujourd’hui un sieur Bertrand, officier de grenadiers à cheval de l’ex-Garde Impériale, maintenant à la demi-solde, logé rue des Vieux-Augustins à Paris. Il sera interrogé avec le plus grand soin, parce que je le faisais observer depuis plusieurs jours, et que c’est un des militaires les plus dangereux qu’il y ait à Paris. C’est un homme hardi et entreprenant, tenant les propos les plus effroyables contre le Roi et la famille royale, proclamant comme inévitable une révolution prochaine en faveur de Bonaparte, cherchant à se faire des prosélytes, se disant en relations étroites avec plusieurs généraux, mais déclarant qu’il subirait la mort plutôt que de les nommer, parlant de millions dont il connaît le dépôt, de deux cents hommes dont il serait déjà sûr. Son arrestation même n’a point abattu son audace. Il se montre plus menaçant que timide ; il fait le mystérieux et prétend que s’il voulait dire un mot, il obtiendrait de suite sa liberté. J’aurai l’honneur de rendre compte au Roi du résultat de ses interrogatoires et des renseignements qu’on en tirera. »

(« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger & F. Chernoviz, Libraires-Editeurs, s.d., p.298, extrait du bulletin en date du 2 décembre 1814).

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( 22 janvier, 2019 )

Vidocq au « Champo » pour une soirée spéciale le 24 janvier !

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( 22 janvier, 2019 )

Les guerres napoléoniennes et les progrès de la chirurgie.

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Jusqu’aux guerres napoléoniennes, les combats, du moins tant que n’y intervenait pas le corps-à-corps, ont souvent fait plus de vacarme que de victimes. En 1786, le siège de Yorktown qui débouche sur la capitulation anglaise, mettant ainsi fin à la guerre d’indépendance américaine, coûta à la France 86 tués et il y en aurait eu une vingtaine de moins sans une maladroite contre-attaque de Chastellux.  Pour leur part, les Anglais comptèrent 350 morts et les américains 88.  En 1799, lors de l’expédition d’Égypte, la situation demeure du même ordre et Bonaparte prend lui-même la plume, le 17 mai (lettre n°4144 de sa Correspondance), pour ordonner l’évacuation «d’une quinzaine de blessés sur des brancards (qu’on) prendra en passant à l’ambulance ». Douze ans plus tard, les choses ont bien changé.  C’est désormais par milliers de tués et de blessés que les pertes se comptent, permettant même au mathématicien qu’est resté l’Empereur de mêler statistiques et prévisions.  En octobre 1812 (lettre n°19 250 de la Correspondance), il considère que sur 6 000 blessés, 2 500 seront morts trois mois plus tard. Un millier sera encore hors de combat et 2 500 auront regagné leurs unités. Les chiffres ne cessent de gonfler. L’année suivante, Napoléon estime qu’il y a à Dresde 9 000 malades ou blessés (lettre n°20 222, juillet 1813) qui l’embarrassent bien. Ce sera encore pire, moins d’un an plus tard (lettre n°21 319, février 1814) lorsqu’il cherchera à en répartir 24 000 entre Rouen, Chartres et Paris.  A l’évidence, les chirurgiens ne chômèrent guère au long des différentes campagnes qui ponctuèrent l’Épopée.  Malgré les soupçons que lui vaut son incorrigible vantardise, Larrey peut être considéré comme crédible, lorsque, dans les jours suivant Wagram (1809), il écrit à sa femme : « … plus de 10 000 blessés sont passés dans nos ambulances, j’ai mis cinq jours et cinq nuits à opérer… ». 

Une question vient dès lors aux lèvres.

Dans la mesure où, à la lumière de sa correspondance, nous voyons l’Empereur très au fait de l’augmentation quasi-vertigineuse du nombre des victimes, a-t-il donné au Service de santé de ses armées les moyens de minimiser les pertes, le mettant en mesure, comme l’écrit joliment le chirurgien Pierre-François Briot dans son « Histoire de l’état et des progrès de la chirurgie militaire en France » (Besançon, 1817), au sujet de la désarticulation d’un membre, « de conserver les trois quarts d’un individué en faisant l’ablation de l’autre quart ».  La réponse est négative.  Si les quelques chirurgiens des armées napoléoniennes, qu’au long du XIXème siècle, les historiens ont mis en vedette, tels Percy ou Larrey, ou tous ceux qu’ils ont négligés, tels justement Briot ou Gama, divergent dans leurs techniques opératoires. L’un prônant la résection (blocage) du membre « fracassé », un autre l’amputation, un troisième, la désarticulation, tous s’entendent sur deux points :  l’urgence de leur présence auprès du blessé, mais, davantage encore, l’impossibilité d’en convaincre l’Empereur qui, jusqu’au bout, y compris dans les conversations de Sainte-Hélène, demeura sourd à une argumentation qu’il ne voulait pas entendre. 

La raison en est simple.

Pour lui, la gestion de la bataille, plus impérieuse encore à ses eux que la raison d’État, se fonde sur la surprise, la souplesse et la rapidité d’action, en un mot sur une maîtrise du terrain que rien ne doit venir entraver et pas plus le ramassage des blessés avant la fin des combats qu’autre chose. En 1806, Napoléon en faisant peindre le sacrifice de Valhubert, obscur général gravement touché à Austerlitz et qui avait refusé d’être évacué, avait même tenté de montrer à ses soldats où se trouvait pour eux la voie de l’honneur s’ils étaient à leur tour blessés. Après sa présentation au Salon de 1808, le tableau devait figurer aux Tuileries mêmes, au cœur d’une série de vastes toiles magnifiant les moments importants du régime impérial. Privées de moyens, peut-on dès lors affirmer que les guerres napoléoniennes firent progresser la chirurgie ?

Sans aucun doute, en raison même de cette caractéristique. Dans cette foule de victimes, qui parvenait entre leurs mains aux stades souvent des plus tardifs de l’évolution d’une blessure, les chirurgiens de la base, généralement dépourvus d’a priori parce que venus à l’armée sans formation, ou si peu, firent au mieux leur devoir. Imaginant et improvisant ils sauvèrent sans doute des vies, aidées par la nature et l’instinct de conservation des intéressés, mais incontestablement ils apprirent leur métier.  Rendus à la vie civile sans beaucoup d’égards ni d’argent, devenus officiers de santé sous la Restauration, ils joueront un rôle précieux dans les régions rurales ou déshéritées où les médecins ne se montraient guère.

Le paysan coincé sous sa charrette, voire le notaire sous son cabriolet, ne pouvaient que se féliciter-dut-il y laisser une jambe-de voir, en pleine campagne, s’avancer vers lui un praticien qui avait survécu à la Russie ou réchappé d’Espagne. 

Docteur Jean-François LEMAIRE. 

—————————————-

Voici une réaction à propos de cette article. Elle m’a été très communiquée par « Augustin Legay » .

J’ai lu avec intérêt cet article du Dr Lemaire et me permets quelques commentaires. Il me semble inexact de dire que l’Empereur ne s’est pas intéressé aux progrès du service médical. C’est grâce à lui, lors de la campagne d’Italie, que Dominique Larrey (vantard ? quel chirurgien ne l’est pas ?) a pu mettre en oeuvre ses chariots d’ambulance pour intervenir sur le terrain (ce qui était interdit auparavant), développer l’organisation des ambulances et du Service de santé. Pour preuve sa colère sur son ami Larrey lorsqu’il apprit un manque d’efficacité du Service de santé par manque de matériel (colère injustifiée dont il s’excusera ensuite auprès de lui lorsqu’il fut mis au courant que ce manque était imputable aux commissaires des guerres). De nombreux exemples existent quant à l’attention que l’Empereur accordait aux soins prodigués. Il visitait fréquemment les ambulances, les hôpitaux (voir les nombreux tableaux, par exemple à Jaffa, sur l’île Lobau, aux Invalides…) De plus, Il était conscient du rôle joué par le Service de santé sur le moral et la combativité des troupes. Et critiquer les techniques utilisées par les chirurgiens ne me semble pas justifié (les mêmes qui restent utilisées lors de catastrophes comme récemment en Haïti après le tremblement de terre). Dans le texte, ce médecin laisse supposer une différence entre amputation (section d’un membre dans un segment), désarticulation (amputation au niveau d’une articulation, technique plus rapide, moins sanglante et d’un pronostic fonctionnel meilleur : il devrait lire les textes de Dominique Larrey !) et résection (ce qui signifie enlever le membre, et pas le blocage … à noter que des attelles ou des appareillages rigides étaient utilisés, pas en plâtre, mais avec des mélanges décrits).
Je pense donc que ce texte est réducteur vis-à-vis de nos collègues du Service de santé à qui tant de braves doivent la vie!
Par contre, il est vrai que bon nombre d’entre eux n’en ont pas été récompensés, mais ont exercé ensuite dans les campagnes ou les villes.

Honorons donc leur mémoire et respectons ce qu’ils ont fait.

« Augustin LEGAY ».

  

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( 21 janvier, 2019 )

La veillée du Retour des Cendres racontée par un « Brave »…

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Le 15 décembre 1840, l’Empereur retrouve sa capitale. Il fait un froid glacial mais cela n’a pas empêché cent mille parisiens de se presser sur le parcours du cortège. Le passage qui suit est extrait des « Mémoires » du grognard Jean-Marie Putigny, un brave de la Grande-Armée. Putigny, né le 9 juin 1774 à Saillenard (Saône-et-Loire) s’engagea dès 1792. Il est dans l’armée du Nord, en Vendée, en Italie. Plus tard on le retrouve dans la Grande-Armée. Il sera à Austerlitz, à Auerstaedt, à Eylau, à Wagram. Il connaîtra les plaines glacées de Russie puis la chute de l’Empire. Son témoignage fut publié par son descendant Bob Putigny une première fois en 1950 (Gallimard) puis en 1980 (Copernic). Moins connus que ceux de Bourgogne ou de Coignet, ses souvenirs sont ceux d’un homme simple, attachant et bonapartiste sans réserve. Un de ceux pour lesquels le retour du « Petit Caporal » dans sa bonne ville de Paris marquait l’apogée d’une existence vouée toute entière à Napoléon. Notons enfin que Jean-Marie Putigny, Baron d’Empire en 1809, officier de la Légion d’honneur en 1815, s’éteint à Tournus, le 5 mai 1849, 28 ans jour pour jour après la mort de « son » empereur…

Putigny, venu de sa Bourgogne, débarque à Paris.

Dès le 14 décembre il se rend sur les bords de la Seine afin de rejoindre l’endroit où vient d’arriver le bateau contenant les Cendres de l’Empereur, mais laissons-le parler : 

« Je descends de voiture au pont de Neuilly. A deux cents pas de là un petit navire vient d’accoster au quai de la Seine. Il est là, dans son cercueil. Mon émotion est si intense, les sensations, les souvenirs se succèdent à une telle vitesse que j’avance comme un automate, ne voyant rien que cette boîte noire sur le pont du navire: Lui. Mais il me faut attendre longtemps avant de pouvoir m’en approcher et de me retrouver ensuite sur le quai au milieu d’une armée de revenants: visages ridés, silhouettes courbées aux uniformes défraîchis, de tous grades et de toutes armes.  Avec hésitation je reconnais quelques camarades et, les regardant mieux, découvre à travers eux ce que je suis maintenant devenu: un vieil homme…  Le jour est tombé depuis longtemps. Les rafales du vent, soufflant le long du fleuve, allongent les flammes des torchères allumées auprès de l’Empereur, et avivent les feux autour desquels nous essayons de nous réchauffer un peu. Nous, les vétérans de la Grande Armée, toussant et grelottant, qui ont voulu Le veiller pendant la première nuit de son retour en France.  Par une dizaine de degrés sous zéro, malgré les gilets de laine, mes rhumatismes de Russie se réveillent, mes bras et mes épaules sont tordus par le froid. Je ne sens plus mes pieds, ni les doigts de mes mains, les oreilles me font mal. Faute de bois les feux se sont éteints. Je peux me protéger, un peu, de la bise glaciale en me tenant contre l’une des colonnes du seul bâtiment existant sur le quai, une construction de bois surmontée d’un fronton très élevé sous lequel on remise, avant l’aube, une énorme machine: le corbillard impérial. Les heures, les minutes se succèdent interminables… Il finit par faire jour. A neuf heures, après une salve d’artillerie, les cloches sonnent: les marins du bateau portant le cercueil franchissent la passerelle; l’Empereur est de nouveau parmi nous, sur le sol de France. J’oublie le froid et mes pauvres douleurs… Des larmes roulent sur mes joues, tandis que le cercueil est placé dans le char funèbre et que se forme le cortège.  On y avait prévu des places pour tout le monde, pour les officiels, pour l’armée nouvelle, les fonctionnaires, les blancs-becs qui ne L‘avaient pas connu, pour leurs pères qui L‘avaient trahi ou s’étaient battus contre Lui.  Mais personne ne s’était préoccupé de nous, n’avait pensé que ses anciens compagnons, ses fidèles, les Impériaux comme l’on dit encore, viendraient de tous les coins du pays, d’un seul élan, l’accompagner à sa dernière demeure.  Ce ne fut qu’à la suite d’une délégation de maires, de conseillers généraux et d’autres petits civils, que l’on nous autorise à marcher, une dernière fois, derrière notre Empereur.  Après cette nuit sans sommeil, à jeun depuis hier après-midi, il semble qu’il fasse encore plus froid. La montée du pont de Neuilly à l’Etoile est, pour la plupart d’entre nous, un calvaire. J’ai du mal à respirer.  Mes jambes sont de plomb, mes pieds douloureux, mais de toute ma volonté, je les mets l’un devant l’autre en m’appliquant à marcher droit, refusant que l’on me soutienne, malgré qu’à chaque pas je risque de tomber. Sur cette route, si mauvaise, nous trébuchons dans les trous et dans les ornières où le char plusieurs fois s’enlise.  Bien qu’il ne neige que très peu et qu’il n’y ait que quelques kilomètres à parcourir, cette marche funèbre me rappelle Austerlitz pour l’effort, et la Russie pour le froid; car je n’ai plus trente ans ! Je suis vieux maintenant et l’Empereur est mort.   »Vive l’Empereur ! » ces clameurs répétées jaillissent de la foule immense, entre laquelle nous défilons depuis plus de deux heures. Cette fois-ci je n’en crois pas mes oreilles, mais je sens se gonfler mon cœur puisque, dans celui des Français, l’Empereur est toujours vivant… » 

Jean-Marie PUTIGNY. 

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( 21 janvier, 2019 )

Un témoignage à lire sans hésiter !

AKFG

Paru chez AKFG: 

http://akfgedition.com/product/baron-guillaume-peyrusse

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63, rue Grande- 77300 Fontainebleau

Tél : 09.73.68.64.07

 

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( 21 janvier, 2019 )

Marie-Louise à l’île d’Elbe ?

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Voici une lettre de Louis Marchand à sa sœur. Rappelons que le fidèle valet de chambre de l’Empereur est l’auteur d’excellents mémoires que tout amateur napoléonien se doit de lire. Ce fidèle serviteur suivra Napoléon sur une autre île : Sainte-Hélène. Quant à Marie-Louise, jamais elle ne vint rendre visite à l’Empereur.

C.B.

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 3 juillet 1814.

Le bruit s’était répandu que l’Impératrice allait arriver à l’île d’Elbe. Mais ce bruit est resté sans fondement. Je ne serais cependant pas étonné que, sur la fin de la saison, elle vint nous voir. J’ai toute la dépense de la garde-robe entre les mains ; j’espère mettre 4.000 francs de côté. Adieu ma chère sœur.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.432)

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( 21 janvier, 2019 )

La mort de Duroc…

La mort de Duroc... dans FIGURES D'EMPIRE duroc2

Dans ses « Mémoires », Bausset, préfet du Palais, qui fut longtemps l’un des collaborateurs les plus immédiats, relate la conversation qu’il eut avec Duroc quelques jours avant qu’il ne fût tué à Bautzen. « Nous causions des succès du commencement de la campagne et nous donnions de justes regrets à la perte du maréchal Bessières. Je n’oublierai jamais les derniers mots de cette conversation : « Ceci devient trop long, me dit-il, nous y passerons tous ».

A l’aube du 22 mai 1813, lendemain de victoire, toute l’armée est en route ver l’Est, aux trousses de l’ennemi vaincu à Bautzen. L’Empereur galope vers l’avant-garde. La cavalerie de la Garde le suit, commandée par le général Walther, tandis qu’au bivouac matériel et bagages sont chargés sur les voitures du général Duroc. Dans l’aube grise, celui-ci vient de confier ses papiers personnels à son domestique Coursot (un ancien d’Austerlitz, qui rejoindra Napoléon comme valet de chambre à Sainte-Hélène  en 1819). A quoi pense-t-il donc ? Il lu remet aussi sa montre : « Tiens, mon vieux Coursot, si j’ai la gueule cassée, tu la garderas ». Puis il rejoint rapidement la suite de Napoléon, où sont les maréchaux Berthier, Mortier et Soult, le grand-écuyer Caulaincourt et le général Kirgener, beau-frère de Lannes.

Au-delà du petit village de Markersdorf, la cavalerie russe et des uhlans prussiens font tête. Napoléon surpris et impatient, d’écrie : « Mais ces gens-là renaissent donc de leurs cendres ? ». En fait ce n’est qu’une action retardataire de l’ennemi. Aussi le combat s’achève-t-il vers le soir par son repli raide, couvert de quelques salves d’obus. A ce moment l’Empereur et sa suite ont dépassé le village, et gagné une petite éminence garnie de quelques arbres pour observer la retraite des derniers éléments allés vers Görlitz. Mortier, Duroc et Kirgener sont resté un peu en arrière. Un dernier boulet russe : Mortier est indemne, mais Kirgener est tué net, et Duroc frappé mortellement au bas-ventre. 

 Marcel DOHER.

(Revue du Souvenir Napoléonien, n°278, novembre 1974).

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( 21 janvier, 2019 )

Qui est cette actrice qui joua le rôle de l’impératrice Joséphine dans « Austerlitz » d’Abel Gance (1960) ?

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( 21 janvier, 2019 )

Lettre sur la bataille d’Essling…

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Au Camp de Wagram Marchfeld, 27 mai [1809]. 

Vous avez reçu, j’espère, la lettre que je vous ai écrite en route ; je suis arrivé à l’armée devant Vienne, le  25. Deux jours après la bataille d’Aspern, où les français ont passé avec toute l’armée le Danube, le 21. Dans un terrain d’une lieue et demie d’étendue, 200.000 hommes se sont entretués pendant deux jours. L’empereur napoléon a dû abandonner son projet, et repasser le fleuve. Nous avons près de 800 officiers. Jugez ce que l’armée française, qui se trouvait en masse plus serrée encore, a perdu. Près de 2.000 cuirasses et au-delà de 17.000 fusils des leurs, ont été ramassés sur le champ de bataille depuis, et il nous a fallu nous en éloigner à grande distance pour éviter l’infection. Appuyant leurs ailes à deux villages, qui ont été pris et repris dix fois, les Français ont voulu percer le centre avec une masse de cuirassiers. Notre infanterie formée en masse par bataillon a repoussé toutes les attaques et, après trente-six heures de combat à peu près suivi, nous avons eu le champ de bataille que les français ont évacué la seconde nuit. Sans le Danube, cette victoire avait des suites incalculables. Ainsi, c’est à recommencer, et c’est une guerre de destruction qui doit finir faute de combattants. Ce que cette journée a effectué, c’est que le prestige est détruit. Il y a de quoi être touché aux larmes de voir le dévouement, l’enthousiasme du soldat, et tout est soldat, des bataillons de milice ont résisté aux cuirassiers, et soutenu leur place, avec [une] perte de 2 à 300 hommes. Le jour après la bataille, la tournée que l’Empereur a faite au camp a été une scène que la plume ne peut dépeindre et dont les suites seront des flots de sang de part et d’autre.  La première attaque repoussée, notre infanterie, en riant, disait : « Comme ils sont bêtes, les voilà déjà  qui reviennent se faire tuer. » Vienne est rempli de leurs blessés, la journée leur a coûté au-delà de 25.000 hommes hors de combat ; nous n’avons perdu que 8 à 900 prisonniers, et nous n’en avons guère plus que cela, c’est-à-dire qui ne sont pas blessés, car de ceux-là nous en avons ramassé plus de 5.000 le lendemain, qui sont dans nos hôpitaux. La ville de Vienne, les paysans de dix lieues à la ronde étaient [les] spectateurs de cette scène sanglante. L’archiduc Charles s’est surpassé ; il a, à plusieurs reprises, le drapeau en main, ramené les bataillons à la charge et c’est aux cris répétés de « Vive l’Empereur ! » qu’ils ont fait des prodiges.  A neuf heures du soir, le second jour, l’empereur Napoléon a renvoyé tous les aigles de l’autre côté, il a 10 [illisible] toute l’artillerie peu après. Un officier et une cinquantaine de nos pontonniers se sont abandonnés sur des bateaux [et se sont] exposés au Danube, [ils] ont rompu leur pont et sont revenus sains et saufs, en partie au moins, par Presbourg. Il a fallu des efforts inouïs aux Français pour rétablir la communication. Les malheureux Darmstadt ont dû enfin contenir le village d’Aspern et ont perdu immensément.  Je vous envoie les ordres à l’armée après la bataille. En peu de jours, nous aurons la répétition de la scène du 22, je ne sais quels seront les résultats, mais l’armée la demande à grands cris. 

Adieu mon très cher père, que le ciel vous protège et qu’il m’accorde le bonheur de vous embrasser encore dans ce monde où il n’y a plus qu’à vaincre ou mourir ; Mon tendre souvenir à ce qui vous entoure. Hélas ! Que ne puis-je encore vous charger des plus tendres assurances pour celle qui n’est plus, du reste, elle est plus heureuse et tranquille que nous ; que fait Charles-Adolphe et ma chère Louise ? Dites-leur combien, au milieu des horreurs qui m’entourent, je songe à eux et à vous tous. 

Pour m’écrire, adressez [-vous] au ministre de l’Empereur, à Berlin, Wessenberg. Je suis au 6ème corps de la Grande-Armée. 

Signé : LOUIS. (Archives de famille de M. le prince d’Essling.) 

Article paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

 

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( 20 janvier, 2019 )

Napoléon de Glogau à Haynau. Lettre du sous-lieutenant Baistrocchi.

N1

Voici une lettre du sous-lieutenant Baistrocchi qui escorta Napoléon. Nous l’avons traduit de l’italien ; elle a paru dans la « Revue Napoléonienne » d’avril-septembre 1903 (pp.301-304). On saura désormais que l’Empereur, après avoir quitté Glogau le 12 décembre 1812 à onze heures un quart du soir, est arrivé à Polkwitz le 13 décembre, à minuit et demi, qu’il est parti de Polkwitz à une heure un quart et arrivé à Haynau à cinq heures du matin. La course était précipitée, et, sur une route mauvaise et couverte de neige, elle a épuisé, crevé les chevaux. Le froid d’ailleurs semble avoir été cette nuit-là aussi intense en Prusse et en Saxe qu’en Russie Presque tous les hommes de l’escorte- des Italiens, gardes d’honneur et dragons de la Garde- ont eu un membre gelé. Un seul, le maréchal des logis de dragons, Paul Pezzina, a pu continuer la route ; au sortir de Haynau, il était assis derrière, le traîneau impérial, comme l’avait ordonné Napoléon, et il alla ainsi jusqu’à Dresde ; mais il perdit la jambe droite et quatre doigts du pied gauche. 

Arthur CHUQUET 

Baistrocchi, sous-lieutenant, commandant le détachement des gardes royales d’honneur et du régiment de dragons de la Garde à M. le chevalier major Palombini, commandant la colonne de marche du 2ème convoi. 

Glogau, le 16 décembre 1812. 

Rapport. Ayant eu le grand honneur d’escorter, la nuit du 12, notre très auguste Empereur, avec les dits détachements et conformément à ses ordres, nous sommes partis à onze heures un quart et nous sommes arrivés à Polkwitz (distant de six lieues de Glogau) en l’espace de cinq quarts d’heure. A peine arrivé dans cette ville, je reçus l’ordre de S.E. le duc de Vicence [Général de Caulaincourt] de faire descendre le maréchal des logis le plus ancien qui se placerait en armes derrière le traîneau de S.M. (je choisis à cet effet le maréchal des logis Pezzina)  et de suivre avec le détachement jusqu’à nouvel ordre.  A une heure un quart très exactement nous sommes partis et à cinq heures juste, nous sommes arrivés à Haynau, distant de huit autres lieues de Polkwitz. Une marche aussi précipitée, de nuit, par des routes si mauvaises, avec deux pieds de neige, nous a fait perdre beaucoup d’effets, dont je vous joins un état par détachement, et j’eus, en outre, la mauvaise fortune que beaucoup d’hommes ont perdu, qui les mains, qui les pieds, et qui les oreilles, à cause de l’excessive rigueur du froid qui, cette nuit-là, s’éleva à 18 degrés [lire – 18°]. Je vous en envoie aussi l’état. Ces hommes, sauf un pour qui l’on a employé de prompts remèdes, sont tous entrés à l’hôpital.  Deux chevaux de la Garde d’honneur sont à toute extrémité et je ne sais si je pourrais les sauver. J’eus moi-même le malheur de perdre mon meilleur cheval qui me tomba mort dans un bois, à deux lieues environ de Haynau. Cet accident m’obligea de prendre le cheval du maréchal des logis Pezzina, qui était conduit à la main, et de le monter. La majeure partie des gardes s’est perdue dans les bois, leurs chevaux, ne pouvant aller plus loin. Parmi les hommes le plus dangereusement malades se trouvent le garde Sieppi auquel on craint de devoir couper les doigts et le garde Focaccia qui devra subir l’amputation d’une oreille. J’ai dû laisser à Haynau le dragon Silveri 1er, qui a perdu par la gelée les deux mains et les deux pieds. Je vous ferai connaître, par la suite, l’état des autres ; mais je crains tous côtés en ville, et les malades ont dû être abandonnés en ville, faute de moyens de transport. N’ayant reçu aucun ordre ni destination de la part  de Votre Majesté Impériale et Royale, j’ai pensé devoir  prendre ceux du roi de Naples [Maréchal Murat] et rester près de lui comme il me l’a ordonné, jusqu’à ce que je reçoive les ordres de Votre Majesté que je la supplie de vouloir me donner. 

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( 20 janvier, 2019 )

Daru en 1812…

Daru, Intendant de la Grande Armée, ne fut pas seulement, dans la campagne de 1812, un grand travailleur, un laborieux administrateur ; il déploya la plus remarquable énergie. A Smolensk, au milieu de l’incendie qui menace sa maison, il prend soin de tout, et à minuit, malgré la fatigue et lorsqu’autour de lui Dumas, Kirgener, JDaru en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE Daruacqueminot, Beyle [Stendhal], harassés, d’endorment sur leur chaise, la fourchette à la main, Daru seul résiste au sommeil. Faut-il croire qu’il ait joué près de Napoléon le geôle de discoureur politique que lui prête Ségur. En tout cas, s’il a dit à l’Empereur que la guerre de 1812 n’était pas nationale, il a eu raison, et Gourgaud à tord de prétendre que cette guerre, à cause de la délivrance de la Pologne, était  plus nationale que toute autre, et, après la guerre de la limite du Rhin, la plus nationale qui pût être faite. Faut-il croire également qu’à la bataille de La Moskowa, il avertit l’Empereur que le moment était venu d’engager la réserve ? Gourgaud pense justement que Daru se serait bien gardé de conseiller à  Napoléon un mouvement militaire. Il eut, durant la retraite, le même courage que le comte de Narbonne-Lara. Sa voiture était la dernière des voitures de la maison impériale ; elle renfermait tous les papiers dela Chancellerie et les provisions destinées aux auditeurs qui s’écartaient du précieux véhicule le moins qu’ils pouvaient. Mais Daru n’occupa jamais sa voiture ; il chevauchait toujours à côté de l’Empereur. « Son esprit supérieur, dit un témoin, et son âme vigoureusement trempée lui conservaient l’attitude la plus calme, la plus noble, la plus imposante. » Stendhal n’écrit-il pas qu’il se conduit d’une manière très belle ?

Quels instants cruels il eut à passer lorsqu’à la veille du passage dela Bérézina, il brûla les papiers de l’Empereur ! « La journée de demain, dit-il alors, décidera de notre sort. Peut-être ne reverrai-je jamais la France, ni ma femme, ni mes enfants ; le sort du comte Piper m’attend ; j’irai mourir en Sibérie. » Mais, tout en faisant ces douloureuses réflexions, il montrait la même tranquillité, la même activité qu’auparavant. A Vilna, à Kowno, Daru seconda de tout son pouvoir Murat et Berthier. A Königsberg, il tâche de tout remettre en ordre ; une grande administration, comme il dit, est en ruine, et il faut la rétablir promptement, et que d’efforts continuels, et de mémoire et d’intelligence exige la perte de tous les papiers !

 Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.398)

 

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( 20 janvier, 2019 )

Une histoire de drapeaux: une lettre de Napoléon en 1814…

Une histoire de drapeaux: une lettre de Napoléon en 1814... dans TEMOIGNAGES 04507287

Adressée à Clarke, duc de Feltre, qui, après la chute de l’Empereur, s’empressera d’oublier ce dernier, j’ai trouvé son texte dans un vieux catalogue d’autographes datant de 1960. La voici. 

Monsieur le duc de Feltre, je vous envoie 4 drapeaux, deux prussiens, un autrichien, et un russe.

Deux doivent être arrivés avec les prisonniers, ce qui fait six. Il y en a quatre autres russes qu’on ne trouve pas, mais on en a pris dix bien comptés. Vous les présenterez à l’Impératrice, mon officier d’ordonnance Mortemart qui les porte, vous accompagnera, mais c’est vous qui parlerez, ensuite on les portera aux Invalides.  On va chercher les 4 autres drapeaux russes, mais si on ne les trouve pas, vous ferez prendre 4 drapeaux russes pour y suppléer.  Vous ferez mettre dans la Gazette que vous présentez un drapeau un drapeau autrichien, 4 drapeaux prussiens et cinq drapeaux russes, en tout dix drapeaux pris sur les trois grandes puissances de l’Europe.  Il me semble convenable qu’il y ait une revue de la Garde Nationale, devant laquelle passeront ces drapeaux avec la Musique Militaire.

Vous direz que ces drapeaux ont été pris à la bataille de Montmirail, à celle de Vauchamp et au combat de Montereau.  

Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde. 

Montereau, le 19 février 1814. 

NAPOLEON. 

 

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( 20 janvier, 2019 )

Un blog dédié aux films introuvables en DVD…

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( 20 janvier, 2019 )

Un dragon dans la campagne de France… (3 et fin).

Claye 28mars1814

Dernière partie du témoignage Gougeat, dragon à cheval au 20ème régiment.

« Nous quittons le camp d’Essoyes pour retourner de l’Aube. Après avoir passé dans différents endroits déjà parcourus, nous nous trouvons de nouveau, du 15 au 18 mars, dans les environs de Nogent. Là, nous recevons  l’ordre de rétrograder sur Arcis. En remontant la Seine et l’Aube, nous partons aussitôt pour cette ville où la Garde impériale et plusieurs corps d’armée se réunissent évidemment en prévision d’une grande bataille.

Les armées russes, prussiennes et autrichiennes se concentrent dans la plaine devant Arcis, sur la route de Troyes. Les Russes ont incendié, il y a quelques jours, la petite ville de Méry.

Pendant que l’armée française défile pour aller prendre position dans la plaine, on nous fait rouler nos manteaux et prendre nos dispositions pour charger. Nous traversons la ville à notre tour, et la bataille s’engage.

Nos escadrons, trop eu nombreux, se heurtent, mais sans succès, contre la masse énorme de la cavalerie ennemie; ils sont ramenés jusqu’à Arcis. Nous allons nous reformer dans l’avenue du château, sur les bords de la rivière; d’autres corps débandés nous rejoignent. On repart; on se bat toute la journée. Finalement, nous couchons sur nos positions.

Le lendemain, nous quittons Arcis avec l’Empereur et la Garde et nous marchons sur la route de Vitry. Nous passons la nuit à Dampierre d’où nous entendons encore le canon d’Arcis. Nous allons franchir la Marne à Frignicourt, petit village situé à une demi-lieue de Vitry. Là, toute l’armée défile devant l’Empereur et le salue de ses acclamations ; assis à une petite table devant l’église, il est penché sur une carte étalée devant lui et ne fait pas un mouvement.

Le régiment est envoyé devant Vitry. Il va ensuite en reconnaissance dans les villages situés entre Vitry et Saint-Dizier. Plusieurs fois, nous passons et repassons à Larzicourt, mon pays natal, dont l’aspect est des plus mornes. Les rares habitants que nous rencontrons, et dont je me garde bien de me faire connaître, sont tristes et abattus; on voit qu’ils sont encore sous l’impression de la terrible scène du bombardement dont j’ai parlé. Jetant les yeux du côté de la maison de ma mère, je suis navré à la vue des meubles entassés pêle-mêle dans la rue…

Nous partons, le lendemain, par la route de Montiérender et nous arrivons au pied du village de Moelain, au-dessous et non loin de Saint-Dizier. Ce village est situé au sommet d’une petite côte de vignes au bas de laquelle coule la Marne. De l’autre côté de la rivière est le bourg d’Hoëricourt, avec une vaste plaine.

Il est 10 heures du matin, le temps est splendide, le soleil brille d’un vif éclat. L’armée russe évolue dans la plaine.

A la vue de l’ennemi, notre armée, guidée par des habitants du pays, traverse la Marne au gué d’Hoëricourt, en masse et dans un ordre parfait. Parvenue sur l’autre rive, elle est accueillie par la cavalerie russe dont elle reçoit le choc sans broncher, notre cavalerie la charge à son tour; une terrible mêlée s’engage pendant laquelle les escadrons ennemis sont ramenés plusieurs fois. Enfin, après deux heures de ce rude combat, l’Empereur lance sur les Ruses la cavalerie de sa Garde qui les sabre et les met dans une déroute complète. Ils se débandent et fuient au galop: une partie dans la direction de Vitry et le reste par la route de Bar-le-Duc.

Je ne pris pas part à l’action, mais je la vs se dérouler à mes pieds, du haut del a petite colline de Moelain, où je me trouvais avec l’officier-payeur de mon régiment. La traversée de la Marne par notre cavalerie, dont les chevaux ne nous paraissaient pas plus gros que des moutons au milieu de la rivière, et le choc des escadrons dans la plaine aux rayons d’un beau soleil qui faisait jaillir des milliers d’étincelles des armes et des casques, constituaient l’une des plus beaux spectacles qu’il m’ait été donné de contempler.

Passant, le soir, sur le champ de bataille, je reconnais, parmi les morts, plusieurs dragons de mon régiment et un officier du 19ème dragons. Je rencontre M. Lallemant, officier dans ma compagnie, blessé à l’épaule, et qui me prie de panser ma blessure. Tout près de la grande route se tiennent des cavaliers qui offrent, mais sans succès, de vendre à leurs officiers des chevaux qu’ils ont pris à l’ennemi.

Je rejoins ma compagnie au village de Longchamp où elle s’est arrêtée après avoir coopéré à la poursuite des Russes; nous y passons la nuit.

Nous restons plusieurs jours entre Vitry et Saint-Dizier, profondément attristés à la vue des ravages exercés par les armées étrangères dans cette contrée, jadis si florissante et maintenant si dévastée. Dans les villages peu de maisons sont intactes. Parmi celle qui sont encore debout, les unes ne sont plus soutenues que par leurs piliers ; d’autres n’ont plus de toitures; des murs son ou renversés ou ébréchés; les portes et les fenêtres sont béantes. A l’intérieur, il n’y a plus rien. Un silence de mort plane sur ces ruines ; les habitants se sont enfuis, avec leurs bestiaux, au fond des forêts voisines, afin d’échapper aux vexations et aux brutalités de l’ennemi.

Nous repassons la Marne, sous l’impression de ce triste spectacle, et nous nous dirigeons sur Vandoeuvre. De là, nous allons à Troyes, à Sens, puis à Fontainebleau.

En arrivant à Fontainebleau, un jour qu’il tombait un léger brouillard, mon régiment se range en bataille sur la grande route, tout près d’un château. Longtemps, nous restons là immobiles et silencieux. De temps en temps, de vagues rumeurs nous arrivent de la ville; des officiers passent et repassent au galop; les visages sont tristes. On sent, on devine de graves événements. Bientôt, nous apprenons la capitulation de Paris et l’abdication de l’Empereur. Soudain un bruit de cavalerie en marche se fait entendre du côté de Fontainebleau et nous voyons venir plusieurs voitures, escortées par un escadron de lanciers de la Garde. Au moment où elles passent devant nous, un bras sort de l’une d’elles et s’agite en signe d’adieu; on nous dit que c’est l’Empereur qui part et nous adresse ses adieux. L’émotion est grande, les cœurs sont oppressés, les yeux se mouillent… »

Fin.

(Témoignage publié la première fois en 1901 dans le « Carnet de la Sabretache »; réimprimé en 1997 par Teissèdre).

 

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( 19 janvier, 2019 )

Les CENT-JOURS. Le MARÉCHAL NEY à LONS-LE-SAUNIER (12-14 mars 1815).

Les CENT-JOURS. Le MARÉCHAL NEY à LONS-LE-SAUNIER (12-14 mars 1815). dans TEMOIGNAGES ney

Extrait d’un témoignage peu connu. Il est tiré du livre de D. MONNIER, « Souvenirs d’un octogénaire de province » (Lons-le-Saunier, Imprimerie de Gauthier frères, 1871). 

« J’étais quartier-maître de la Garde nationale de Lons-le-Saunier depuis le 10 juillet 1814, lorsque l’illustre captif des puissances alliées s’évada de l’île d’Elbe, et c’est à ce titre que le 12 mars 1815 je me trouvai un moment en rapport avec le prince de la Moskowa. Il avait été envoyé contre son ancien maître. Le maréchal Ney venait de renouveler, à Paris, son serment de fidélité à Louis XVIII, et le vulgaire qui ne sait pas ménager ses termes et qui exagère volontiers les torts de l’homme qu’il accuse, répétait sottement que l’ancien compagnon d’armes de Napoléon avait promis au Roi de lui amener l’Usurpateur dans une cage de fer comme une bête féroce. Mais le héros de la Moskowa était tombé dans un état perplexe difficile à décrire, s’étant placé entre le devoir et les instincts de toute sa vie. C’est à peine s’il se laissait voir et aborder dans une situation aussi fausse, blâmé d’un côté par l’armée d’avoir prêté serment de fidélité à un prince qui passait pour avoir répudié les gloires nationales, blâmé en même temps par les royalistes de n’avoir encore rien dit aux troupes pour les encourager à repousser l’ennemi des bourbons.

Retiré dans le modeste hôtel de la Pomme-d’Or, le maréchal s’était étendu tout habillé sur son lit dont les rideaux tirés sur lui le dérobaient à la vue des visiteurs. Là, le guerrier poussait de profonds soupirs qui me semblaient accuser la plus pénible angoisse. Mon colonel, M Xavier de Champagne, écartant doucement les rideaux me présenta au maréchal comme un de ses officiers sur lequel il pouvait compter.

-Partez sur-le-champ pour Chalon-sur-Saône, me dit le maréchal d’un ton bref, comme si nous avions été à la Grande Armée, informez-vous du matériel dont l’Empereur dispose, et sachez m’en rendre compte dans le plus bref délai !

A dix heures du soir, on me délivra un passeport et je partis à onze dans un des voitures du Receveur général du département. Toute la journée du 13 fut employée à recueillir des renseignements. Je vis plusieurs fois Napoléon venir au balcon de l’Hôtel du Nord, pour se montrer au peuple enthousiasmé. Tous les détachements en garnison dans les villes de son itinéraire venaient successivement lui rendre hommage et accroître son effectif. On avait peine à distinguer ces soldats de dépôt avec les vieux grognards venus de l’île d’Elbe, sous les ordres du général Bertrand ; tous se ressemblaient par leur enthousiasme et par le culte de cette même idole.

Le lendemain, dans l’après-midi revenant à Lons-le-Saunier, je croisai en route le général G… et plusieurs autres officiers supérieurs ayant à leurs chapeaux de grandes cocardes tricolores, signe évident de leur défection. Leurs chevaux allaient ventre à terre dans le chemin boueux. C’était à qui de ces messieurs arriverait le premier auprès du maître.

Je m’arrêtai un moment à Montmorot, où je fus mis au courant de ce qui s’était passé pendant son absence à Lons-le-Saunier. Le prince de la Moskowa n’avait pas attendu le retour de son émissaire pour prendre son parti. A la revue d’un corps d’armée rassemblé sous ses ordres, le 14 mars 1815, au moment où tous les soldats de la ligne s’attendaient à crier « Vive le Roi ! » avec leur maréchal, ce dernier leur avait adressé sa fameuse allocution commençant par ces mots : « La cause des Bourbons est à jamais perdue, «  et le cri de « Vive l’Empereur ! » lui avait répondu, et la défection d’en était suivie.

Un trait de fidélité donné par le comte Alexandre de Grivel, commandant de la Garde nationale du Jura, a consolé les cœurs droits de l’acte de félonie d’un maréchal de France. La scène s’était passée à la promenade dite « de la Chevalerie » ; M. de Grivel était à côté du maréchal ; dès qu’il eût entendu  prononcer les mots : « La cause des Bourbons est à jamais perdue », M. de Grivel qui avait les yeux arrêtés sur les lèvres de l’orateur, s’attendant à l’explosion de sentiments bien différents et plus généreux, détourne de lui la vue avec indignation et brise son épée en la plongeant dans la terre et en criant d’une voix tonnante : « Vive le Roi ! ».  Ce cri fut répété par des échos sympathiques jusqu’aux derniers rangs et s’entremêla aux cris de « Vive l’Empereur ! » poussés par les soldats bonapartistes. Un de ces derniers, un sous-officier, ramassa le bout de la noble épée cassée et la serra dans son havresac : « Je suis, dit-il, un soldat de l’Empereur, mais je n’en admire pas moins la fidélité à une autre cause. Ceci était l’épée d’un brave, je garderai précieusement ce glorieux débris ; il me portera bonheur. »

De retour à Lons-le-Saunier, il va sans dire que je ne rendis compte à personne de ma mission tout à fait inutile. La scène était vide d’acteurs. Tout était redevenu bonapartiste.

A quelques mois de là, des Bourboniens, qui se croyaient bien informés parce qu’ils voyaient souvent M. le comte de Bourmont, me firent confidence de leur espoir dans un avenir très-prochain. Il s’agissait, suivant eux, d’un moyen infaillible. On ne m’en indiquait pas la nature, qui me répugne à supposer ; c’était probablement le sauve-qui-peut de Waterloo qu’on méditait déjà pour une déroute. « 

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( 19 janvier, 2019 )

Notes de la comtesse de Caffarelli.

Femme Empire

Ces documents proviennent des Archives du comte de Caffarelli, au château de Leschelle près du Nouvion-en-Thiérache. Julienne-Blanche-Louise d’Hervilly (1784-1854) avait épousé François Marie-Auguste, comte de Caffarelli (1766-1849), général de division, aide-de-camp de l’Empereur. Nous n’avons, malheureusement, retrouvé que ces fragments de mémoires.

Vicomte de GROUCHY (« Le Carnet Historique & Littéraire », 1899).

L’exécution du duc d’Enghien m’avait laissé une telle horreur que je cherchais à sauver une autre victime politique… Je logeais dans la rue de Poitiers, au moment de la conspiration de Georges; déjà la plus grande partie des personnes qui y tenaient venait d’être arrêtée ; j’étais malade, quand, une nuit, j’entends frapper à la fenêtre de ma chambre à coucher, située au rez-de-chaussée, et une voix me prie d’ouvrir, sans sonner mes gens. Je courus à la lucarne d’un petit cabinet par la lucarne duquel l’homme qui m’avait parlé me dit qu’il était poursuivi et qu’il avait pu gagner mon jardin. Je lui ouvris et le gardai dans ma chambre, fort embarrassée de ce que j’en ferais. Le matin, je le cachai sous mon canapé, fis mettre mes chevaux et ordonnai d’aller à Saint-Cloud. La livrée de l’Empereur que portaient mes gens permit de passer la barrière sans autre peine que celle de me nommer. Mon conspirateur était couché à mes pieds, je n’avais pas voulu savoir son nom; je le déposai au Point-du-Jour et m’en revins à Paris, sous le prétexte que j’étais malade. Je gardai si bien mon secret que je doute que j’en aie jamais parlé. J’éprouvais, à la vérité, un peu de remords de m’être servi de la livrée de Sa Majesté pour faire échapper, peut-être, un de ses assassins, et une grande crainte, d’avoir compromis mon mari ; mais je sentais en moi un grand bonheur en pensant que j’avais sauvé la vie d’un homme. Je ne sais ce qu’il est devenu, ni s’il vivait encore en 1814. Il n’aura peut-être pas non plus gardé la parole qu’il m’avait donnée de ne jamais rien tenter contre l’Empereur, au nom duquel je l’avais fait fuir.

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Mon mari avait été chargé d’aller à Rome inviter le Pape à venir en France, et quand Pie VII fut à Fontainebleau, on convia les dames pour les concerts qui s’y donnèrent. Il fallait faire la route toute habillée, et revenir de nuit. Je suis la seule femme qui arriva toujours à temps, car ma toilette n’était jamais longue à faire, et, prévenue à Paris, à une heure et demie, j’étais rendue à sept heures à Fontainebleau.

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Le Pape fut parfait pour moi, et, pendant tout le tems de son séjour, me combla de bontés. C’était un homme des plus respectables que j’aie connu ; il était d’une religion sage et éclairée, mais ses alentours ne le valaient pas, et, si j’eusse eu plus d’expérience, j’eusse été encore plus choquée de la conduite des monsignori qui se permettaient une foule de choses el de propos plus qu’inconcevables (sic) et que je n’ai compris que bien des années après. Le couronnement fut beau, mais combien je trouvais le général Bonaparte petit sous le costume impérial ; il n’était plus, pour moi, le grand homme, mais un comédien, et nous tous de vraies marionnettes.

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A la Malmaison, l’Empereur nous jouait des tours dans lesquels la griffe de Sa Majesté le Lion se faisait un peu sentir. Une fois, nous devions partir à huit heures pour la chasse. A six heures, pendant que nous dormions encore, nous entendons le bruit des calèches. Toutes les dames effrayées d’être en retard sautent à bas du lit et courent, dans le négligé le plus entier, regarder à la fenêtre. L’Empereur était en bas, à nous guetter, et déchargea son fusil sur de pauvres pigeons qui volaient autour de ma croisée. Un de mes carreaux en fut cassé et je dus m’estimer heureuse d’en être quitte pour avoir été vue en chemise. A la chasse, il tirait des lapins jusque sous notre calèche, les chevaux s’emportaient, et les femmes criaient.

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En allant à Leschelle, notre route nous conduisit à Ham, où une partie des complices de Georges était enfermée. Épouse d’un aide-de-camp du souverain, je voyais toutes les portes s’ouvrir devant moi ; le commandant donna l’ordre de me laisser entrer et je témoignai l’envie de visiter les horribles cachots de la tour. Il était trop lard, ce que je savais bien, mais on m’offrit de coucher là pour être toute portée le lendemain. J’acceptai et exprimai le désir de voir les prisonniers par la fenêtre quand ils feraient leur triste promenade. Le commandant me dit qu’il pouvait faire mieux encore pour une personne aussi dévouée que moi à l’Empereur, et convia à souper MM. de Polignac et deux autres dont j’ai oublié les noms. Je proposai, après le repas, déjouer à de petits jeux, parce que je n’osais causer à l’aise. Ces messieurs me comprenant à merveille, nous donnions des gages et toutes les pénitences avaient pour but d’éloigner le gouverneur. Je connus ainsi leur position et les moyens par lesquels je pourrais adoucir leur sort, et peu d’heures après, j’obtenais la promesse qu’on les laisserait sortir sur leur parole d’honneur. MM. de Polignac seuls purent profiter de cette permission, ayant une dé leurs parentes dans une campagne près de Ham. Il me serait pénible d’avoir à parler de la manière dont ils en ont abusé pour s’échapper, quelques mois après, en compromettant le commandant. Ils furent repris et mis à Vincennes, el le commandant de Ham destitué. Ce dernier eût été puni plus sévèrement sans la bonté de l’Empereur, auquel j’avouai tous mes torts, en le priant de ne châtier que moi. Il me répondit avec une douceur que je n’oublierai jamais : « Allez, vous êtes un enfant mutin; s’il y en avait dix comme vous, il faudrait les faire pendre, mais je préfère les qualités du cœur et l’étourderie à la raison froide. Prenez garde, cependant, d’en trop faire. » Il replaça le pauvre commandant près de Strasbourg, afin, dit-il, qu’il ne fût plus assez sur ma route pour que je puisse le séduire. Je continuai mes relations avec MM. de Polignac; ils étaient malheureux, ils se sont servi de moi, m’ont souvent compromise, j’ai été la confidente de leur dernière fuite, et depuis la Restauration, quand ils m’ont rencontrée, ils n’ont pas eu l’air de me reconnaître.

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Mon mari avait servi l’Empereur dans la campagne d’Austerlitz, et moi, je me retirai à Leschelle. La bataille eut lieu, le général s’y était distingué, et j’en étais bien heureuse, lorsque j’appris qu’il était resté à Znaïm, en Moravie, et qu’il y avait été à la mort d’une fièvre d’hôpital putride et maligne. Je partis de suite pour Paris, et là trouvai toutes les lettres que l’Empereur avait fait arrêter à la poste pour m’éviter des inquiétudes. Je courus aux Tuileries prendre l’Impératrice et, avec elle, fus trouver l’Empereur, lui annoncer mon départ pour Znaïm et lui demander ses ordres. Napoléon avait des nouvelles étaient mauvaises et raccommodées avec des rondins de bois. Les chevaux manquaient partout. Presque à la fin de ma course, à la poste de Vienne, où je prenais du café, un officier français me dit que le général devait être à Strasbourg, avec sa division. A Strasbourg, où j’avais passé, clans ma voiture, trois heures à la porte de l’auberge où mon mari était tranquillement couché et d’où j’étais repartie pour aller le chercher bien loin Je revins sur mes pas ; aux portes des villes, je retrouvais son nom, mais je perdis ses traces à Munich. A Neubourg, j’appris que la division n’arriverait que quelques jours après; il était une heure du matin, toutes les auberges étaient pleines et ce ne fut qu’après bien des peines que j’obtins de coucher dans le lieu où on avait suspendu un cochon qu’on venait de tuer. Je dus m’accommoder de six chaises et de m’y étendre, entourée d’un grand manteau. Mon mari était retourné en France avec un congé, et je ne fus dédommagée de mes peines qu’à Paris et que par le bonheur que nous éprouvâmes en nous retrouvant.

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Quand mon mari fut nommé ministre de la guerre et de la marine du royaume d’Italie, j’allai aux Tuileries prendre congé de l’Empereur qui me demanda gravement : « Combien résiderez-vous à Milan ? deux ans, quatre ans, six ans ?— « Tant que vous voudrez, Sire; mais vous savez que les campagnes comptent double ! » Il me donna des lettres pour le Vice-Roi et la Vice-Reine. Je quittais une cour où, au moins, le maître était un homme supérieur, pour retomber dans une autre où plus d’un ennui m’attendait. A Milan, il me fallut devenir grande dame, ce qui était si peu dans mon caractère que je conservai toute ma simplicité, portant même des robes de toile le matin : je fis aussi de grands frais envers les dames de la société. Cependant, la dame d’honneur de la Princesse craignait mon influence et me causa mille ennuis; d’ailleurs, mon mari était regardé plus comme un tuteur que comme un ministre ; je  ne pouvais m’éloigner, à cause de ma position, et pourtant je sentais qu’on me faisait des politesses plus par crainte que par affection. Le général se fiant en l’étoile de l’Empereur, non seulement mangeait son revenu, mais était chargé de dettes. Ma mère vint me retrouver; je reçus cette bonne nouvelle à Venise, je fus au-devant d’elle à Turin. et l’attendis dans une campagne chez Mmes de Cavour et de la Turbie; elle venait en voiturin, et j’étais certaine de connaître son arrivée, les gendarmes du mont Cenis ayant reçu l’ordre de me faire savoir son passage. Ma maison devint plus gaie, à cause de ma jeune sœur Thaïs, encore enfant; mes dîners seuls étaient ministériels; le soir, on jouait à de petits jeux, deux fois, par semaine, on faisait de la musique; le mardi gras, il y eut une grande mascarade à la Cour.

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La campagne de Prusse eut lieu, je suivis mon mari dans ses inspections; l’armée italienne était assez petite pour né former qu’une famille. Dans un voyage que l’Empereur fit à Milan, lors d’une fêle qu’on lui donna, ma voiture fut versée fort rudement, et le peuple qui nous aimait la releva si rudement qu’il la versa de l’autre côté. Les fêtes me tuaient, j’étais malade, et je sortais de mon lit pour faire les honneurs aux rois et aux princes dont nous étions accablés. Le sort de la pauvre reine d’Étrurie me révoltait. Les courses sur les bacs, avec le Vice-Roi et la, Vice-Reine, m’amusaient; nous passions notre temps à jouer et à nous faire des malices, mais partout je sentais la griffe du maître et l’envie des courtisans.

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Je dus faire un second voyage à Venise ; le Prince y vint, et les fêtes ne discontinuant pas, je dus faire les honneurs d’une partie où la gloutonnerie des dames m’étonna. Pour remercier les Vénitiens de l’accueil qu’ils m’avaient fait, je me fis présenter au Casino, qui ne commence qu’à une heure du matin. Menée par une dame de la ville, je fis le tour du cercle formé par les autres en faisant une révérence à chacune sans dire un mot; on se mit à jouer, moi, je m’en fus me coucher. A Chioggia se trouvait notre marine; les Anglais étaient en vue et l’on désirait faire honneur au pavillon italien : on devait pour cela faire sortir quelques bâtiments, mais les Anglais faillirent les prendre, nos frégates échouèrent et les ennemis purent bloquer Venise tout à leur aise. Notre brave division revint de l’armée, et rien ne fut négligé pour la bien recevoir. Le général Theuliet et plusieurs des colonels avaient été tués, les soldats étaient couverts de gloire et de cicatrices; mes favoris, les chasseurs royaux, arrivèrent les premiers; mon mari et son état-major furent au-devant d’eux à plusieurs lieues ; moi, je fus au-devant d’eux jusqu’à Lorette, où le régiment défila devant moi. Son nouveau colonel vint à ma voiture et, par un sentiment ridicule, je l’embrassai de tout mon cœur. Les habitants de Milan, les soldats de la Garde, des enfants, des femmes, marchaient au milieu de ces pauvres chasseurs. Peu de jours après, la division réunie fit son entrée solennelle à Milan : les rues étaient tapissées, des fenêtres on jetait des fleurs et des lauriers sur nos braves, qui se rendirent au Forum Bonaparte, où ils déposèrent leurs armes en faisceaux et dînèrent dans le cirque, où une table de quinze cents couverts était dressée, au milieu pour les officiers, tout autour pour les soldats. Trente mille spectateurs étaient sur les gradins et j’eusse été bien heureuse sans la vue de quelques invalides à la jambe de bois qui se promenaient au milieu de leurs frères d’armes. Le soir, il y eut bal à la Scala ; nos soldats remplissaient le parterre et furent accablés de couronnes. Je donnai peu après un bal qui fut réellement beau et où il y eut plus de trois mille invités. Le Vice-Roi était fort jaloux de la gaieté de ma maison : il voulut introduire aussi de petits jeux à la Cour, mais on ne s’amuse pas avec les princes en uniforme, on ne frappe pas à l’aise sur le dos ou la main d’une princesse, et on leur laisse toujours voir clair à colin-maillard. Aussi s’ennuyait-on chez eux, tandis qu’on riait chez moi. Alors, le Prince prétendit que nos jeux étaient contre la dignité de ministre, et je dus donner des soirées en règle et des bals. Mais on venait de préférence chez moi les autres jours. Les mascarades allaient leur train; les ministres les plus graves étaient convertis en bergers, en troubadours; mais comme les affaires devaient se faire, plus d’une fois je ris de bon cœur, surtout une fois, au bal masqué, où le général Sorbier, en grand uniforme, vint parler au Vice-Roi qui était en berger, et qu’il réunit mon mari et le général Charpentier, qui, bergers eux aussi, vinrent, avec leurs chapeaux de paille et leurs paniers de fleurs, traiter les affaires les plus graves.

——-

Je quittai l’Italie après un séjour de deux ans; je passai le mont Cenis avec peine, et, parvenue au sommet, ma voiture versa. Mon domestique était allé chercher du secours, et la neige me faisant craindre une tourmente, je partis en avant, pour me rendre à l’hospice, où j’arrivai transie et hors d’haleine. Des chiens énormes me barrèrent la porte ; je ne me laissai pas arrêter par leurs gueules effrayantes, les moines survinrent, je me nommai. Le prieur avait, autrefois, servi en Sardaigne avec mon mari, et l’hospice lui devait beaucoup, puisqu’il avait décidé l’Empereur à en doubler-presque les revenus. Des pères et des frères coururent avec des chiens et des flambeaux au-devant de mon fils, resté dans la voiture; j’étais si mouillée qu’il me fallut changer, et on me donna l’habit complet d’un jeune novice.

——-

Le 1er  avril, j’étais depuis plusieurs jours à Avignon et songeais à mon départ, lorsque, vers onze heures du soir, on vint me prévenir qu’il y avait des lettres importantes pour moi à la poste. Nous avions donné tant de poissons d’avril ce jour-là que je ne voulais pas me déranger; pourtant, je finis par y aller et trouvai l’annonce d’un majorat de 25,000 francs de rente et un titre de comte.

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( 18 janvier, 2019 )

Conversation entre Napoléon et le capitaine de Bourgoing (5 avril 1814)

Napoléon portrait.

Bourgoing, capitaine au 5ème régiment de tirailleurs et aide-de-camp de Mortier, vient annoncer à Napoléon, le 5 avril 1814, à 6 heures et demie du matin, la défection du duc de Raguse.

A. Chuquet

« Napoléon : Qu’y-a-t-il de nouveau ?

Bourgoing. Sire, je suis chargé d’un bien triste message.

Napoléon. Au fait ! Point de préambule !

Bourgoing. Le 6ème corps vient de quitter la cause de Votre Majesté, tout ce corps s’est mis en marche vers Paris.

Napoléon. C’est une nouvelle affreuse que vous me donnez là, jeune homme ! En êtes-vous bien sûr ?

Bourgoing. Sire, j’étais moi-même, cette nuit, à Essonnes ; j’ai vu de mes yeux les troupes prendre les armes et marcher dans la direction des lignes ennemies.

Napoléon. Les troupes savaient-elles où on les conduisait ?

Bourgoing. Non, sans doute, suivant leur coutume, elles ont obéi en silence.

Napoléon. Ah ! Il faut tromper mes soldats pour me les enlever ?… Avez-vous vu le duc de Raguse au moment de la marche des troupes,

Bourgoing. Non, Sire, il n’était pas à son quartier-général, lorsque les troupes ont fait leur mouvement. Je ne lai vu qu’hier soir quand je suis arrivé à Essonnes avec le duc de Trévise. Ce sont les généraux qui m’ont fait connaître le but de leur marche. J’ai dû les quitter brusquement, craignant qu’ils ne veuillent m’empêcher de rejoindre mon maréchal.

Napoléon. La cavalerie a suivi ce mouvement ?

Bourgoin. Oui, sire. Infanterie, cavalerie, artillerie, tout s’est mis en marche dans la même direction.

Berthier. Il paraît qu’ils sont partis en masse.

Napoléon. En masse ! En masse !… Que fait Mortier ?

Bourgoing. Sire, il m’envoie vers vous pour assurer Votre Majesté de son dévouement absolu. Il attend vos ordres pour marcher. Nous sommes, a-t-il dit, dévoués à l’Empereur à la vie à la mort.

Napoléon. Ah ! Je le reconnais bien là, et je sais que je dois compter sur lui. Et ses troupes ? Et ma jeune garde ? Elle pense aussi à m’abandonner ?

Bourgoing. Sire, la jeune garde et toute la jeunesse de France sont prêtes à mourir pour vous. Napoléon. (Touchant l’épaule de Bourgoing en passant la main sous les franges de l’épaulette). Ah ! Oui, les jeunes gens ! Ce ne sont pas ceux-là qui m’abandonneront !… Allez, mon ami. Dites à votre maréchal que je compte sur lui, que je le remercie de sa fidélité et que j’ai toute confiance en ses troupes. Qu’il se tienne prêt ; qu’il se garde… Au reste, dies-lui que nous ne nous battrons plus. On veut me perdre par des intrigues. « 

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1914, pp.180-181).

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( 18 janvier, 2019 )

Un martyr de la sinistre Terreur blanche (1815)

labedoyere.jpg

Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère, issu d’une vieille famille bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au sortir de la tourmente révolutionnaire n’a qu’un but :  » Il est dévoré de la passion de servir à la grandeur française « , comme l’écrit Marcel Doher dans la biographie qu’il lui a consacré.  Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère Henry, il parcourt la France, la Suisse et l’Allemagne, il rencontre la célèbre Madame de Staël. Il devient d’ailleurs un des habitués de son salon de Coppet. Mais c’est la carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème compagnie des gendarmes d’ordonnance.

Notons au passage que La Bédoyère était un cousin éloigné de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand (et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense).

Selon Marcel Doher, c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet de sous-lieutenant…

La compagnie de Charles jusque là cantonné à Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes de  » partisans « . Il traverse donc l’Allemagne en direction de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin, puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe à de  » petits engagements avec des groupes de partisans en embuscade « . Après une opération à Degow, devant Colberg,  » en dehors des jours de combat, ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige, dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés « , écrit Marcel Doher.  Le 14 juin 1807, La Bédoyère et ses camarades assistent à la bataille de Friedland. Après la dissolution des Gendarmes d’ordonnance, La Bédoyère est nommé lieutenant en 1er au 11ème chasseurs à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide de camp de Lannes et le suit en Espagne. On le retrouve ainsi au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part pour l’Autriche et participe à toute la campagne s’y déroulant. En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera jusqu’en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée, La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée. Puis c’est le départ pour la Russie…Il est présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre 1812), à celle de Malo-Jaroslawetz (24 octobre 1812), puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre 1812). En 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème division du Général Gérard (XI ème corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai 1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé et rentre en France pour se soigner. Il épousera au cours de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813. Les nouveaux époux profitent en cette fin d’année pleinement de leur bonheur. 

1814 ! L’ennemi foule le sol de la France… La Bédoyère, proposé à deux reprises pour le grade de général de brigade par le général Gérard, est affecté au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère division de Paris. Il refuse ce poste  » espérant rejoindre son régiment et désirant en garder le commandement « . Il est présent lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et  » se dépasse sans compter  » comme l’écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas dans ses  » Souvenirs « . Après la première abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c’est sans compter avec sa belle-famille les de Chastellux !

« César de Chastellux, le frère aîné de Georgine, émigré servant aujourd’hui dans la Garde Royale , effectue une démarche, que Charles n’aurait jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre « , écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre sa garnison à Chambéry. Le 25 octobre de la même année, Georgine donne naissance à un petit garçon : Georges-César-Raphaël. En janvier 1815, Charles de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il ne semble pas pressé de rejoindre son régiment…Il quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à sa destination quatre jours après.

Déjà en France, devant le mécontentement général, certains ont le regard tourné vers l’île d’Elbe…  » Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment a pris la cocarde tricolore et les aigles ?…  » demandait Charles à la Reine Hortense avant son départ…  Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry, l’Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes de France…Le général Marchand, commandant la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars au soir.

Le lendemain après une réunion avec tous les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry : il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s’opposer à la progression du  » Corse  » !  Le 7ème et le 11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème ayant à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère. Celui-ci au cours d’une halte chez une certaine Madame de Bellegarde aurait déclaré :  » Adieu , Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! « .

Puis c’est l’arrivée à Grenoble… On connaît l’épisode inoubliable de Laffrey… La Bédoyère n’y assistera pas: il est à Grenoble dans la ville en état d’alerte.

Après avoir déjeuné avec le Général Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux cris de  » Vive l’Empereur !  » et après un conciliabule avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant à la rencontre de l’Empereur qu’il retrouve  » avant Vizille, entre Tavernolles et Brié « .

Marcel Doher écrit :  » Celui-ci voit s’approcher le jeune et ardent colonel. L’an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau , La Bédoyère s’est mis spontanément à sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu’au dernier moment, à l’heure de tous les reniements « .

L’Empereur embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n’a pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son chapeau et la lui donne. Plus tard c’est la prise de Grenoble, après bien des aléas. La Bédoyère suit l’Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers 21 heures.

Le lendemain , à 3 heures du matin, Le 7ème de ligne commandé par La Bédoyère y fait son entrée.

L’Empereur nomme La Bédoyère général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf ans. Notons, que le « bon » roi Louis XVIII ne reconnaîtra pas cette nomination…Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte de l’Empire et nommé membre de la Chambre des pairs. La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815, l’Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras puis Waterloo…Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l’Empereur. L’Empire vit ses derniers jours…C’est la retraite.

L’Empereur entre dans Philippeville; La Bédoyère n’est pas loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean, Bussy, Corbineau et Canisy.

Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La Bédoyère se démène à la Chambre des députés afin de soutenir la reconnaissance de Napoléon II ; mais en vain …Pendant son vibrant plaidoyer, le maréchal Masséna lui assène cette phrase cinglante: « Jeune homme, vous vous oubliez !« . Le 29 juin, l’Empereur quitte la Malmaison pour Rochefort. Sensible à la fidélité de La Bédoyère il le veut près de lui dans son exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon est parti et les prussiens approchent de la Malmaison. 

La Reine Hortense, amie fidèle, l’engage à quitter Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet en direction de Riom afin d’aller saluer son ami Exelmans qui lui a réservé le poste de chef d’état-major du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les royalistes crient vengeance…Il faut songer à quitter la patrie. Aussi, après s’être procuré un passeport pour l’Amérique, La Bédoyère remonte à Paris embrasser une dernière fois son épouse et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l’ordonnance du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée. Ney, Les frères Lallemand, Drouet d’Erlon, Bertrand, Drouot, Cambronne et… La Bédoyère sont cités dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls…

Charles de La Bédoyère prend cette fois la décision d’aller en Amérique mais avant il tient à aller à Paris… Repéré durant son voyage, il est arrêté le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture de police.  Interrogé par Decazes, le nouveau ministre de la police,  » il reconnaît et prend à sa charge tous les actes qu’il a accomplis « . Transféré à la Conciergerie puis à la prison de l’Abbaye, La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son procès est fixé au lundi 14 août 1815.  Entre temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle n’aboutira pas. Après un procès mémorable, Charles de La Bédoyère est condamné à la peine de mort.  Chateaubriand, en bon courtisan, écrira au Roi :  » Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples… Le moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable clémence…votre sévérité paternelle est mise au premier rang de vos bienfaits.  » (Cité par Henry Houssaye (dans son  » 1815.La seconde abdication.-La terreur blanche « . Paris, Perrin, 1905)

Acta est fabula ! La pièce est jouée !

Malgré une dernière tentative de sa femme afin d’intercéder auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère semble devoir s’achever d’une façon irrémédiable…. Jugé par un conseil de guerre cinq jours auparavant, il est fusillé en fin de journée le 19 août 1815 à la Barrière de Grenelle (tout près de l’actuelle station de métro « Dupleix ») par un peloton dont on dit qu’il commanda lui-même le feu…

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis. Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871.

C.B.

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( 18 janvier, 2019 )

Découvrez un blog dédié à celle qui incarna le rôle de l’impératrice Joséphine dans le film « Austerlitz » d’Abel Gance (1960)…

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( 18 janvier, 2019 )

Le général Desaix…

Desaix

Paroles de Napoléon à propos du général Desaix, tué le 14 juin 1800, lors de la bataille de Marengo.

« Le général Desaix a été frappé d’une balle en chargeant à la tête de sa division. « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas assez fit pour vivre dans la postérité ». telles ont été  ses dernières paroles.

« Desaix…aimait la gloire pour elle, la France par-dessus tout. Il était d’un caractère simple, actif, insinuant ; il avait des connaissances étendues ; personne n’avait mieux étudié que lui le théâtre de la guerre dans le haut Rhin, la Souabe et la Bavière »

« Desaix était l’officier le plus distingué de l’armée d’Égypte. Actif, éclairé; aimant la gloire pour elle-même. Il était d’une petite taille, d’un extérieur peu prévenant, mais capable à la fois de combiner une opération et de la conduire comme une avant-garde. La nature lui avait assigné un rôle distingué, soit dans la guerre, soit dans l’état-civil. Il eût su gouverner une province aussi bien que la conquérir ou la défendre. »

« Desaix était plus capable de commander de grandes armées ; mieux qu’aucun autre, il comprenait la grande guerre comme je l’entends; Kléber était le deuxième dans mon opinion ; Lannes peut-être, le troisième. »

(Lieutenant-colonel Ernest Picard, « Préceptes et Jugements de Napoléon », Berger-Levrault, Éditeurs, 1913, pp.382-383).

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( 18 janvier, 2019 )

Retour sur la carrière de Guillaume Peyrusse.

G.Peyrusse

Miniature représentant G. Peyrusse.

Cet objet est visible au Musée de Carcassonne.

Cette œuvre a été réalisée par Edouard Corbet (1772-1825)

14 juin 1776 : Naissance de Guillaume Peyrusse à Carcassonne (Aude).

1er février 1808 : Nommé, par le comte Estève, au poste d’Inspecteur du Trésor de la Couronne.

1er janvier 1809 : Nommé par le comte Estève au poste d’Inspecteur de la Couronne.

7 mars 1809 : Nommé par le comte Estève  comme seul Inspecteur du Trésor de la Couronne.

24 mars 1809 : Désigné par le comte Estève, comme Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur. Il participe à ce titre à toute la campagne d’Autriche.

9 novembre 1809 : Nommé Payeur des voyages.

20 février 1810 : Nommé par le comte Estève au poste de la comptabilité des recettes du Trésor de la Couronne.

28 février 1810 : Désigné par le comte Estève comme Payeur du Trésor chargé des fonds à employer et de la garde des bijoux afin d’accompagner les personnes de la maison de l’Empereur chargées d’aller au-devant de la future impératrice (Marie-Louise). (Son ordre de mission porte la suscription suivante : A monsieur Guillaume Peyrusse, chef de la comptabilité des Recettes du Trésor de la Couronne).

4 (ou 5) mars 1812 : Désigné par le baron de La Bouillerie (Trésorier général de la Couronne) pour remplir les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne afin de suivre l’Empereur en Russie.

En 1813 : Participe à la campagne de Saxe au titre de Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur.

29 juillet 1813 : Peyrusse est désigné comme Payeur de l’Empereur.

24 février 1814 : Nommé sous-inspecteur aux revues de la Garde.

23 mars 1814 : Nommé au grade de chevalier de la Légion d’honneur (reçoit son brevet de nomination le 4 avril 1814).

En 1814: Participe à la campagne de France toujours comme Payeur, puis suit Napoléon à l’île d’Elbe, en tant que Trésorier personnel de l’Empereur

11 mai 1814 : Nommé « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ».

23 mars 1815 : Nommé Trésorier Général de la Couronne.

27 mars 1815 : Nommé Baron de l’Empire.

21 juin 1815 : Nommé officier de la Légion d’honneur.

De décembre 1832 à novembre 1835 : Maire de Carcassonne.

1er juillet 1853 : Nommé par décret de Napoléon III, Commandeur de la Légion d’honneur.

27 mai 1860 : Guillaume Peyrusse s’éteint dans sa demeure de Carcassonne.

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Les mémoires qu’il a laissés sont à lire sans hésitation !

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 18 janvier, 2019 )

Une lettre du général Pouget au général Dupont, Ministre de la Guerre.

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Obligé de lâcher Vitebsk, rattrapé par les cosaques, blessé et fait prisonnier, le général Pouget, comme on le voit dans ses « Mémoires », fut envoyé à Saint-Pétersbourg où la politesse russe ne put, selon son expression, adoucir l’amertume de sa captivité.  Le 4 mai 1814, de Saint-Pétersbourg, il écrit au nouveau Ministre de la Guerre-le général Dupont [celui de Baylen !]- la lettre suivante. Il y raconte de nouveau la défense de Vitebsk et demande que le Roi l’emploie à Nancy. Il signe même, pour plaire aux Bourbons, « Baron de Pouget. » 

Arthur CHUQUET 

Monseigneur, 

L’histoire de ma captivité est aussi courte que précise. Blessé aux tendons fléchisseurs du genou gauche le 18 août 1812 à la bataille de Polotsk, j’obtins de M. le général Saint-Cyr l’autorisation d’aller me faire soigner à Vilna où je fus transporté avec peine. J’ai reçu  dans cette ville l’ordre d’aller prendre le gouvernement de la province de Vitebsk. Les ordres précis que j’avais de garder ce point me firent un devoir d’y attendre que je fusse attaqué par des forces bien supérieures. Il n’en fallait pas beaucoup. 600 hommes dont 400 n’avaient jamais titré un coup de fusil et 16 gendarmes pour toute cavalerie composaient ma garnison.  Je fus attaqué le 7 novembre 1812 par 3.000 hommes d’infanterie et 1.500 de cavalerie. Je tins ferme. Je ne fis mettre le feu au pont qu’après l’avoir vigoureusement défendu. Je n’attendais aucun secours puisque le corps du duc de Bellune [Maréchal Victor], le seul qui pouvait m’en donner, était en retraite et déjà à vingt lieues de Vitebsk. Je me retirai en bon ordre sur Smolensk, toujours en colonne serrée et en me battant contre la cavalerie qui me serrait de près.  Je fis ainsi quatre lieues en combattant depuis six heures de temps. Enfin, la cavalerie fondit sur ma petite troupe qui se laissa enfoncer. Je l’en accuse avec raison : avec 600 bons soldats français, ils ne m’auraient point entamé, mais c’étaient des soldats de Berg qui voyaient l’ennemi pour la première fois et que j’avais trop à cœur de sauver ; ils ne firent pas assez de feu et, sourds à ma voix, ils ne présentèrent pas même la baïonnette ; ils s’ouvrirent. J’en fus victime, car, en me défendant, je fus sabré et j’eus le bras droit luxé ; enfin, forcé de me rendre. J’avais heureusement l’honneur d’être connu de Sa Majesté l’Empereur Alexandre qui daigna me recommander et m’envoyer à Saint-Pétersbourg pour me faire soigner. Je fus, en effet, traité par un chirurgien de la cour et par l’ordre de Sa Majesté l’Impératrice régnante.  Tant de bontés me pénétrèrent sans doute de la plus vive reconnaissance, mais n’ont pu adoucir l’amertume d’une première captivité. Lorsque je quitterai la Russie, je me rendrai à Nancy [D’après ses « Souvenirs de guerre », ce fut le 20 mai 1814, seize jours après cette lettre, qu’il reçut la nouvelle de sa mise en liberté, et le 4 juin, il quittait Saint-Pétersbourg ; quelques semaines plus tard, il arrivait à Nancy où il revoyait sa femme et ses enfants avec un bonheur inexprimable. »] où j’ai ma demeure.  Je supplie Votre Excellence de m’y faire parvenir ses ordres, et si vingt-quatre ans de services, des blessures graves dont une me prive de la moitié du pied gauche, toutes les campagnes depuis 1792 pouvaient intéresser en ma faveur, je prierais Votre Excellence de vouloir bien demander pour moi au Roi la grâce d’être employé dans la 4ème division militaire où je pourrais être près de ma famille que j’ai à peine vue depuis dix-neuf ans de mariage.  Je vous prie, Monseigneur, de vouloir bien agréer l’hommage de mon respect. 

Le général de brigade, 

Baron de POUGET, prisonnier de guerre. 

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( 17 janvier, 2019 )

Retour sur les lieux d’un drame…

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Le 1er juillet 1810, se déroulent, à l’ambassade d’Autriche une importante soirée. Celle-ci-fait partie des festivités organisées pour célébrer l’union de Napoléon avec la jeune archiduchesse Marie-Louise. Au cours de cette soirée se déclare un terrible incendie. On peut voir de nos jours une plaque commémorative sur cet événement et apposée récemment à l’angle des rues Lafayette et de la Chaussée d’Antin; emplacement du lieux de ce drame. Plus d’un demi-siècle plus tard, en 1897, Paris connaîtra un autre incendie meurtrier: celui du Bazar de la Charité, rue Jean Goujon (Paris 8ème).

C.B.

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( 17 janvier, 2019 )

Une citation tellement vraie…

Napoléon

« La méditation des leçons du passé est

la seule prophétie des gens raisonnables. »

NAPOLEON.

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( 17 janvier, 2019 )

Stendhal était-il à l’île d’Elbe en 1814 ?

Navire île Elbe

Henri Beyle, l’écrivain Stendhal, est-il passé à l’île d’Elbe alors que l’Empereur y séjournait ? A-t-il rencontré le Grand Homme ?

Dans une lettre adressée à sa sœur Pauline et datée de Florence le 24 septembre 1814, Stendhal écrit les mots suivants, malheureusement restés incomplets si l’on en croit une déchirure de papier mentionnée par H. Martineau le publicateur de cette « Correspondance » :

« En [allant] à Livourne, j’ai vu… à l’île d’Elbe… a reçu 16 millions… Angleterre. Il économise… que ton serviteur. »

(STENDHAL, « Correspondance (1812-1816) », tome IV, Le Divan, 1934, p.314).

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Le même H. Martineau dans « Calendrier de Stendhal » (Le Divan, 1950,  p. 149), ne mentionne ni le passage de Stendhal à Livourne, ni à l’île d’Elbe.  Victor Del Litto, autre biographe honorable de Stendhal, mentionne que du 29 août au 13 octobre 1814, le futur écrivain part de Gênes en bateau pour Livourne. (« La Vie de Stendhal », Editions du Sud / Editions Albin Michel, 1965 , p.178). L’île d’Elbe n’est pas citée.

Bien évidemment, j’ai consulté les témoignages de Marchand, Peyrusse, Ali, Pons (de l’Hérault); l’Itinéraire  de MM. Garros et Tulard, l’étude de Godlewski sur le séjour elbois de l’Empereur, mais en vain…

C.B.

Le talentueux Henri Beyle, plus connu sous le nom de Stendhal (1783-1842)

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