( 18 novembre, 2018 )

Extrait d’une lettre inédite de John Perceval sur le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe.

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J’en reproduis le passage le  plus intéressant. Cette lettre fut diffusée la première fois dans la « Revue Historique de la Révolution Française et de l’Empire » (janvier-juin 1916), dans sa version originale en anglais suivie d’une traduction en français. Écrite par un des six fils de Spencer Perceval, le ministre britannique, elle est adressée à Francis d’Ivernois, alors représentant de Genève au Congrès de Vienne.

C.B.

[…] Je crois qu’une [dernière] lettre vous fut écrite avant mon voyage à Elbe. Le colonel Campbell  [Officier anglais chargé de la surveillance de l’Empereur] me présenta à Napoléon, dans sa propre demeure (où, par chance, nous tombâmes sur lui]. Il nous reçut très poliment, nous montra toute sa maison, nous désignant toutes les améliorations qu’il y avait faites, etc. Il m’adressa la parole plusieurs fois, me demanda si j’étais le fils du Chancelier, remarqua que celui-ci avait été un grand antagoniste de la France. En somme, je fus très favorisé dans mon voyage. Il semble être ne parfaite santé, physiquement et moralement ; s’occupe de meubler son cottage [sic], qui n’est pas encore achevé. Ses gardes sont très mécontents de leur situation : 50 d’entre eux avaient envoyé une pétition pour qu’il leur permis de retourner en France, à laquelle l’Empereur n’a pas répondu [fait imaginaire]. Ils sont au nombre de 600 environ avec 50 lanciers Polonais, et à peu près 300 Corses, que les officiers sont très occupés à dresser [sic]. Chaque dimanche, il tient un lever. Porto-Ferrajo [Portoferraio] est très bien fortifié à la fois par terre et par mer.

Croyez-moi, je vous prie, très sincèrement et profondément votre.

John PERCEVAL.

Rome, vendredi 18 novembre 1814.

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( 17 novembre, 2018 )

Les effectifs de Napoléon à son départ pour l’île d’Elbe…

Les effectifs de Napoléon à son départ pour l'île d'Elbe... dans HORS-SERIE etendard-chevau-legers-polonais

« Les Alliés avaient d’abord fixé à 400 le nombre de soldats que Napoléon était autorisé à emmener à l’île d’Elbe. Dans la journée du 6 avril [1814], ils lui accordèrent un bataillon d’infanterie de 610 hommes, une compagnie d’artillerie de 120 hommes et 120 chevau-légers polonais, officiers non comptés. Le général Friant, colonel-général des grenadiers à pied, assisté des généraux Petit et Pelet, de la Garde, fut chargé par l’Empereur de l’organisation immédiate de ces divers détachements. Il y procéda aussitôt sans désemparer, Cambronne, souffrant d’une blessure grave, reçue à Craonne, eut le commandement des troupes. Le bataillon d’infanterie eut à sa tête le colonel Malet du 1er voltigeurs ; son adjudant-major fut le lieutenant-colonel Laborde du 2ème régiment de chasseurs à pied. Les six compagnies, formées de volontaires, furent recrutées [pour] moitié dans les grenadiers, [pour] moitié dans les chasseurs de la Vieille Garde. Mais dans la formation nouvelle, les uns et les autres ne furent plus dénommés que « grenadiers ». On s’était arrêté un moment à l’idée de former ce bataillon de 3 compagnies de chasseurs. Elle fut abandonnée. On ne retint pas davantage la formation de la compagnie d’artillerie que l’on remplaça sous le nom de Compagnie des marins. Enfin, l’escadron des chevau-légers ne réunit pas tout-à-fait 90 sabres. Dès sa constitution, cet escadron prit le nom d’Escadron Napoléon…Cette troupe d’élite ainsi formée, prit le nom de Bataillon de l’île d’Elbe.  Le 7 avril [1814], l’Empereur la passa en revue, dans la cour du palais de Fontainebleau, ainsi que tout le reste de la Garde… Dans la soirée du 6 avril [1814], l’Empereur avait reçu les officiers de la Garde qui allaient l’accompagner à l’île d’Elbe et s’était longuement entretenu avec chacun d’eux ». »

(Capitaine Jean Lasserre « Le Bataillon de l’île d’Elbe », in Bulletin de la Société Belge d’Études Napoléoniennes, 1994, n°22, p.9). 

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( 17 novembre, 2018 )

Un portrait méconnu de Guillaume Peyrusse…

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Voici un gros plan du fameux (et très beau) tableau de Joseph Beaume représentant le départ de Napoléon de l’île d’Elbe le 27 février 1815. Et si le personnage dont j’ai grossi l’image était Guillaume Peyrusse ? . Hypothèse séduisante et même troublante car en effet, cet homme qui se trouve derrière l’Empereur, entre Cambronne et le vertueux Drouot, ressemble beaucoup au portrait de Peyrusse figurant  en frontispice dans mon édition de ses « Mémoires , (Editions AKFG, 2018 ). On sait que Guillaume Peyrusse, personnage de qualité, suivit Napoléon durant les 300 jours de son exil elbois. Il fut en charge de toute la trésorerie du souverain et même des finances publiques. Il est donc très probable que l’anonyme du tableau soit celui que l’Empereur appelait avec son accent méditerranéen « Peyrousse ».

C.B.

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( 17 novembre, 2018 )

Krasnoïé, 17 novembre 1812…

Krasnoïé, 17 novembre 1812… dans TEMOIGNAGES les-grenadiers-hollandais-a-la-bataille-de-krasnoie-17-nov.1812

« … en approchant de Krasnoïé, nous sommes vivement attaqués en tête et sur nos flancs par le canon, la cavalerie régulière et les cosaques, mais bientôt nous voyons l’Empereur, à la tête de sa Garde. Cette vue triple notre courage  et, après six heures d’un combat acharné, nous sommes maîtres de la ville, mais la victoire avait encore coûté bien cher à notre division. Bivouac en dehors de la ville par 24° de froid. J’avais très soigneusement gardé dans mon sac un peu de la farine trouvée à Smolensk. Un artilleur m’ayant prêté une petite poêle, à la condition qu’il aurait sa part du festin, je projetai de faire une galette. A cet effet, je fixai ma poêle à un long bâton, et ayant fait fondre assez de neige pour obtenir un peu d’eau je fis la pâte et la présentai au feu. J’attendais avec ravissement que la cuisson fut complète, lorsque tout à coup nous recevons des boulets et de la mitraille. L’un de nos projectiles m’enleva la poêle et son contenu. Je n’eus d’autre mal qu’une secousse très forte dans partie droite du corps, mais, de désespoir, je me mis à pleurer ! Vers deux heures du matin le froid augmenta encore, et, à travers mes souffrances je revoyais l’Empereur  marchant, armé d’un long bâton, sur le terrain couvert de verglas et d’une neige épaisse. Au jour, nous nous remîmes en marche, abandonnant nos morts et nos blessés. Ceux-ci, ainsi que nous l’apprîmes de l’un  d’entre eux qui avait pu s’échapper, eurent à souffrir des cruautés des Cosaques. »

Capitaine Vincent BERTRAND, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815….», (A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.148-150). L’auteur était à cette époque sergent dans les rangs du 7ème régiment d’infanterie légère, lui-même faisant partie du 1er corps (Maréchal Davout).

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( 16 novembre, 2018 )

Paru le 14 novembre…

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« Il arrive parfois, qu’au détour des pages glorieuses de l’Epopée, apparaisse un personnage oublié ou méconnu. Guillaume Peyrusse, qui fut un des collaborateurs de Napoléon, en fait partie. Entré en 1805, l’année d’Austerlitz, dans les bureaux du Trésor de la Couronne, Peyrusse va débuter une carrière fulgurante. En 1809, alors que se prépare la campagne d’Autriche, Peyrusse est nommé Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur.  Dès le lendemain de cette nomination, qui le rapproche de Napoléon, il suit la Grande-Armée. 

C’est là que débute son passionnant témoignage.

Il va raconter notamment toutes les campagnes auxquelles il participe, les batailles dont il est témoin, toujours placé non-loin de Napoléon.

En 1812, débute une des plus fameuses campagnes de Napoléon : celle de Russie. G. Peyrusse suit l’Empereur, toujours en tant que Payeur du Trésor de la Couronne. Cette fonction lui va décidément à ravir, lui, dont la rectitude dans les comptes est légendaire. Aux batailles menées par Napoléon, il oppose des batailles de nombres. Son armée est composée de milliers d’opérations, de colonnes noircies à la plume par des combats d’additions et de soustractions qui doivent donner en finalité un résultat exact. C’est quelquefois pour lui un vrai casse-tête. Mais il n’oublie pas relater tout ce qu’il voit : la bataille de Borodino, Moscou, la ville aux mille clochers, l’incendie dantesque dont elle sera la proie et plus tard l’enfer blanc, ce froid, cette neige qui décimeront la Grande-Armée de l’Empereur, et le fameux passage de la Bérézina qui a tant marqué les esprits !

G. Peyrusse fait partie des survivants. Le voici en Allemagne, où il aura à peine le temps de se reposer. En ce début 1813, il doit suivre Napoléon dans la nouvelle campagne qui commence. En avril, il est à Mayence ; en mai, Peyrusse assiste aux batailles de Lützen et de Bautzen ; en août, il est témoin de la bataille de Dresde qui verra la mort du fameux général Moreau dans les rangs ennemis. Puis ce sera celle de Leipzig, le 16 octobre 1813, que Peyrusse qualifie « d’effroyable boucherie ». En janvier 1814, il est de retour à Paris. L’Empire est menacé. L’héroïque campagne de France commence. Elle est ponctuée par des noms de lieux, qui sont autant de combats et de batailles menés avec courage par les troupes de l’Empereur : Brienne, Champaubert, Montmirail, Vauchamps…

Mais tout est bientôt fini. Napoléon doit abdiquer. G. Peyrusse assiste aux émouvants Adieux de Fontainebleau, le 20 avril 1814, puis c’est le départ pour l’exil: l’île d’Elbe.

Durant cet intermède, il joue un rôle capital auprès de Napoléon : c’est lui qui occupe les fonctions de « Trésorier général de l’Empereur et Receveur général de l’île ». Celui que Napoléon aime à appeler, avec son accent si particulier, Peyrousse, a su obtenir la confiance du souverain.

Le 26 février 1815, lorsque l’Aigle prend soudain son envol, lorsque Napoléon décide de revenir en France, G. Peyrusse le suit et note tout, depuis le débarquement de la petite armée de l’Empereur à Golfe-Juan jusqu’ à son arrivée triomphale à Paris. Au soir du 21 mars, aux Tuileries,  Napoléon est accueilli par une foule en délire; moments d’une intensité incommensurable !

Deux jours après, l’Empereur nomme G. Peyrusse, Trésorier général de la Couronne. Il s’installe non loin du cabinet du souverain, se tenant toujours prêt à répondre à ses sollicitations. Peyrusse, travailleur infatigable, entreprend alors de remettre en ordre les comptes fastidieux de l’Empire. Resté à Paris, il ne participe pas à la campagne de Belgique. Le 21 juin 1815, à trois heures du matin, il apprend la défaite de Waterloo… Tôt ce même jour, Napoléon arrive à l’Élysée et convoque aussitôt Peyrusse afin de remettre de l’ordre dans ses finances. Mais l’Histoire suit son cours inexorable : l’Empereur  doit abdiquer pour la seconde fois.

 « Je rentrai aux Tuileries le cœur navré », écrit-il, après avoir rencontré Napoléon une ultime fois au château de Malmaison et assisté à son départ pour un exil, cette fois, définitif…

Ce sont les « Mémoires » de ce personnage attachant que nous vous proposons de découvrir, et ce dans une version intégrale. En effet, Christophe Bourachot, commentateur de cette nouvelle édition, a pu avoir accès au manuscrit original écrit de la main de Guillaume Peyrusse. L’ensemble a été complété par de nombreuses notes qui viennent éclairer cet important témoignage. »

Site internet de l’éditeur AKFG: http://akfgedition.com/product/baron-guillaume-peyrusse

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( 16 novembre, 2018 )

Une note du général Roussel d’Hurbal…

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Au moment du débarquement de l’Empereur sur les côtes de France, le général Roussel d’Hurbal commandait une division de cavalerie chargée d’arrêter l’Usurpateur en avant de Paris. Il assure que le 20 mars 1815, à Gentilly, des régiments, le 1er  dragons et le 6ème chasseurs, ne fléchirent pas, malgré l’infanterie qui leur criait : « Vive l’Empereur ! » et malgré les voitures de la cour qui les virent passer et venaient chercher Napoléon. 

A.CHUQUET. 

Le 14 du mois de mars, étant à Besançon en tournée d’inspection, je reçus de M. le maréchal duc de Dalmatie [Soult], Ministre de la Guerre, l’ordre, du 11, de me rendre en poste à  Lyon près de S.A.R . Monsieur [le comte d’Artois, frère de Louis XVIII, lui-même futur Charles X].  Je me mis en route le même jour ; mais ayant appris à Chagny, près de Chalon-sur-Saône, que Monseigneur le comte d’Artois était retourné à Paris, je me dirigeai vers cette ville, où j’arrivai le 17.  Le 19, surlendemain de mon arrivée, Monseigneur le duc de Berry [fils du comte d’Artois] me fit expédier l’ordre de me rendre à Essonnes pour y prendre le commandement d’une division de cavalerie dans le corps de M. le comte du Valmy [Kellermann fils] ; j’y arrivai le même jour au soir.  Le 20, à 5 heures du matin, M. le général comte de Valmy m’envoya l’ordre de me retirer d’Essonnes sur Saint-Denis. Je pris sur le champ mes mesures pour mettre cet ordre à exécution. Mais, mes brigades ayant été répartie sur différents points et marchant isolément, je partis d’Essonnes avec une garde d’un officier er quatorze chasseurs du 4ème régiment et j’atteignis à deux lieues de là la brigade de M. le général Vallin, composée du 1er de dragons et du 6ème de chasseurs, à la tête de laquelle je me mis  pour marcher au lieu désigné.  A la hauteur de Gentilly, entre Paris et Villejuif, le général en chef, instruit de l’insurrection de Saint-Denis, me fit ordonner de l’arrêter où je me trouvais et de cantonner mes régiments dans les villages voisins de la route. Je m’empressai d’obéir à cet ordre pour ne pas me trouver sur la route au moment du passage de Bonaparte que je prévoyais devoir arriver bientôt à cause des voitures de la Cour qui, depuis longtemps, étaient passées pour aller le chercher.  Qu’il me soit ici permis de rendre hommage à la conduite digne d’éloge des deux régiments et au détachement de chasseurs que je ramenai.  Aucun homme n’a ni quitté son rang ni fait entendre un cri séditieux, quoique tous y fussent provoqués par plusieurs bataillons d’infanterie qui marchaient en sens contraire et retournaient à BonaparteJe passai la nuit du 20 à Gentilly avec le colonel du 6ème chasseurs et le lendemain, je me rendis à Paris dans mon logement où je restai sans vouloir paraître aux revues de ma troupe passées par BonaparteCe ne fut qu’après le retour de M. le maréchal Macdonald et des autres militaires qui avaient escorté le Roi jusqu’à la frontière, que je consentis à paraître aux Tuileries.  Le 8 avril, le Ministre de la Guerre m’envoya les lettres de service que je n’avais point sollicitées, pour prendre le commandement de la 2ème division de cavalerie. 

Paris, 26 octobre 1815. 

 

 

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( 15 novembre, 2018 )

Un événement à ne pas manquer les 24 et 25 novembre prochains à Versailles !

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( 15 novembre, 2018 )

La bataille de Bautzen vue par Guillaume Peyrusse…

Guillaume PeyrusseLe passage qui suit est extrait de l’excellent témoignage du trésorier Guillaume Peyrusse, dont j’ai réalisé une édition annotée. Ce livre est paru récemment aux Editions AKFG.

« 20 mai. Tout le quartier-général est sur pied de très bonne heure. Les officiers d’état-major se succèdent. Les corps des ducs de Reggio, de Tarente, de Raguse et du général Bertrand font leurs dispositions pour passer la Spree. Une canonnade effroyable retentit autour de Bautzen. Les Russes et les Prussiens se battent avec acharnement ; ils occupent toutes les sommités des montagnes et sillonnent la plaine de leur artillerie. Dans les bouquets de bois qui environnent Bautzen, brillent les éclairs de la fusillade. L’ennemi, après la résistance la plus opiniâtre, est forcé de céder. Pendant toute la bataille, la maison est restée dans une auberge qui se trouve sur la route, au centre d’un très grand mouvement. Les avenues de Bautzen étaient jonchées de cadavres ; nous y sommes arrivés à neuf heures du soir. Vers les onze heures, placé sur un point très élevé à l’entrée de la ville, j’observai les feux de nos bivouacs ; ils figuraient autour de la ville un cercle lumineux. Sur les hauteurs de droite et bien avant dans la plaine, on apercevait les feux de l’ennemi. Le calme de cette nuit contrastait avec le bruit effroyable de toute la journée. 

21 mai.  J’avais couché dans mon fourgon ; aussi je fus sur pied de très bonne heure. A la pointe du jour, je vis Sa Majesté sortir de son quartier. La bataille recommence à cinq heures ; à la vivacité des feux, tout annonce qu’elle sera vive. Toute la Garde Impériale est mise en mouvement. Le feu éclate partout ; la fusillade et les bruits de l’artillerie retentissent sur toute la ligne. Le combat est sanglant ; l’ennemi résiste avec opiniâtreté. Les cent bouches à feu dela Garde vomissent la mort; nous triomphons de tous les obstacles. 

Le Maréchal Ney, qui,depuis Dresde, manœuvrait sur notre extrême gauche, entre en ligne. C’est un canon qu’on entend dans le lointain. L’ennemi s’ébranle et précipite sa retraite vers Wurschen. On le suit ; mais Sa Majesté s’arrête dans une auberge qui se trouve en arrière du village. La joie brille sur tous les visages. 

La bataille de Bautzen est décisive. Je m’établis dans mon fourgon derrière le bataillon de service. L’armée avait fait des pertes cruelles.

La nuit couvre ce vaste champ de carnage et de gloire.  

22 mai. Sa Majesté, voulant reconnaître le dévouement que l’armée vient de lui témoigner dans ces deux journées, a fait mettre à l’ordre de l’armée le décret suivant : «Un monument sera élevé sur le Mont-Cenis ; à l’endroit le plus élevé et le plus apparent, on lira :L’Empereur Napoléon, du champ de bataille de Wurschen, a ordonné l’érection de ce monument comme témoignage de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie.Ce monument transmettra d’âge en âge le souvenir de cette grande époque, où, en trois mois, un million deux cent mille hommes ont couru aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’Empire Français. » Dans la matinée, on s’occupe du soin des blessés ; plus de vingt mille sont étendus dans la plaine. Tous les services des ambulances sont en mouvement. Les malheureux Saxons réunissent tous leurs efforts et tous les moyens de transport possibles pour le soulagement des blessés. Mais tous les villages sont anéantis et les habitants dispersés. Les moyens manquent sur tous les points, mais l’humanité y supplée. Les convois de blessés sont dirigés sur Dresde. Dès la pointe du jour, nos troupes ont été lancées à la poursuite de l’ennemi, qu’on trouve établi partout où il peut nous disputer le terrain avec quelque avantage. Sa Majesté est à l’avant-garde. On se canonne d’une manière effroyable. Les lanciers rouges de la Garde, les cuirassiers de Latour-Maubourg sont aux prises avec l’ennemi ; l’impétuosité et la valeur française triomphent de tous les soldats, et le village de Reichenbach est enlevé. Dans cette journée, comme dans toutes les autres, placés avec toute la maison de l’Empereur non loin du champ de bataille, j’en attendais l’issue dans une alternative de crainte et d’espérance ; cet état d’immobilité était fatigant. Nous suivons le mouvement de Sa Majesté ; nous traversons Reichenbach ; sur les rampes qui mènent à ce village, et dans le village, l’image de la destruction, du pillage et du carnage est empreinte partout…  

Guillaume PEYRUSSE  »

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 15 novembre, 2018 )

Le 1er Lanciers lors du débarquement de l’île d’Elbe…

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Ce que fit le 1er lanciers à la nouvelle du débarquement de Napoléon, nous est brièvement raconté par un de ses chefs d’escadron, M. de Trentinian. Élève de l’École royale militaire de Tournon en 1782, cadets aux chasseurs des Alpes en 1785, sous-lieutenant aux chasseurs bretons en 1791, Trentinian avait émigré et fait les campagnes de l’armée de Condé. Puis il était rentré dans l’armée nationale où il avait rapidement reconquis ses grades : fourrier en l’an X, sous-lieutenant en l’an XI, lieutenant en l’an XII, aide-de-camp du général Thiébault en 1807 (voir les « Mémoires » de ce général), capitaine en 1809, chef d’escadron en 1813.

Il passait pour être brave, actif, et il était en 1816 « cité dans la ville d’Agen comme un des officiers qui s’étaient le plus prononcés pour la cause royale ».  

Arthur CHUQUET. 

Note du chef d’escadron Trentinian. 

Aussitôt que le 1er régiment de lanciers du Roi eut appris la nouvelle du débarquement de Bonaparte, il s’empressa de renouveler son serment de fidélité au roi. Ayant reçu ordre de se porter sur Fontainebleau, ils furent instruits, à leur arrivée, que les troupes auxquelles ils devaient se joindre, s’étaient rangées du parti de l’Usurpateur. Le maréchal de camp Colbert sous les ordres duquel était le 1er régiment de lanciers, ne recevant aucun ordre et craignant que les soldats ne suivissent le coupable exemple de leurs camarades, décida de se retirer sur Paris.  Arrivé à Brunoy, le 1er de lanciers fut arrêté par un régiment qui passait à l’ennemi. Près d’Essonnes, l’infanterie et l’artillerie les arrêta de nouveau. Mais, voulant absolument rejoindre l’armée royale qu’on disait campée dans la Plaine Saint-Denis, le 1er de lanciers se jeta sur sa gauche et alla prendre poste à Montlhéry. Le colonel, connaissant le dévouement du sieur Trentinian pour le roi, l’envoya à Paris pour s’informer où se trouver l’armée royale et où était le Roi. Là, il apprit le départ de S.M. et l’arrivée de Bonaparte aux Tuileries.  Il retourna rendre compte de sa mission.

Mais déjà le général Colbert avait reçu ordre de se rendre à Vincennes ; l’armée était soumise. M. de Trentinian suivit son régiment. 

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( 14 novembre, 2018 )

On en parle déjà…

Etat-major impérial

Le prochain numéro du « Bulletin de L’Estafette »

paraîtra fin décembre.

Il sera consacré au parcours d’un jeune officier durant la campagne d’Espagne, à travers sa correspondance.

Pour recevoir ce numéro et/ou les précédents, par mail,

faites-en la demande:

contact.lestafette@gmail.com

(Bulletin diffusé gracieusement)

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( 14 novembre, 2018 )

Une lettre INEDITE de Guillaume Peyrusse, Trésorier de la Couronne durant les Cent-Jours.

G. PEYRUSSE. Lettre écrite à la suite de l'abdication de Napoléon.

Ce document a été écrit par Peyrusse le 26 juin 1815, huit jours après la défaite de la bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ». Nous ne savons pas à qui elle s’adresse exactement. Est-ce au ministre de la Guerre ? A  notre connaissance, ce document, lequel se trouve actuellement dans un fonds d’archives privé, n’a jamais été publié.  En voici le contenu:

« Monseigneur, 

Je suis instruit que plusieurs généraux veulent demander des gratifications à l’Empereur et que S. M. [Sa Majesté] veut vous en parler; je crois devoir faire observer à Votre Excellence que les fonds du Trésor s’épuisent et que les fournisseurs doivent passer avant tout.

Je supplie votre Excellence de prendre ma demande en considération. 

Le Trésorier. 

PEYRUSSE

Paris, ce 26 juin 1815. »

G.Peyrusse

Miniature représentant G. Peyrusse. (Musée de Carcassonne).

Ce portrait daterait des années 1820.

Il a été redécouvert récemment dans les réserves du Musée.

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( 14 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (IV)

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Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème  régiment de ligne.

« Le 10 mai 1809, tout notre corps d’armée reçut l’ordre d’aller se poster à deux lieues au-dessous de Vienne, sur les bords du Danube, qu’il s’agissait de franchir. Pour cela il fallait construire trois ponts: un premier pour passer dans une petite île, un second pour aborder dans l’île Lobau, et enfin un troisième pour passer de l’île Lobau sur a rive gauche. J’allai voir travailler aux ponts, et comme j’étais assis sur une pièce e bois, je vis arriver l’Empereur qui se mit fort en colère, parce qu’il ne trouvait pas le premier pont terminé. Il ne restait plus que deux ou trois barques à placer. Il ne s’en alla que lorsque le pont fut terminé, et, comme quelques pièces de bois obstruaient encore le passage, et qu’on ne se pressait pas assez d’obéir à ses ordres pour les enlever, il distribua quelques coups de cravache et tout fut bientôt nettoyé. Le 20, lorsque le pont qui reliait l’île Lobau à la petite île  fut terminé En arrivant au pont, nous vîmes l’empereur qui en examinait les travaux. Mes camarades qui comme moi l’avaient reconnu, se mirent à plaisanter : — « As-tu vu le tondu? — As-tu vu le petit caporal ?» Comme il n’avait pas sa redingote, et que sa toilette paraissait plus soignée que d’habitude, je dis: —« Il s’est mis en toilette pour le grand bal qu’il va donner demain aux Autrichiens. » Comme je prononçais ces paroles, je me sens heurter. C’était l’empereur qui me poussait pour passer devant moi. J’aurais bien voulu avoir mes paroles dans le ventre; mais il ne dit mot et se mit à sourire, ce qui lui arrivait rarement, et nous entrâmes dans l’île Lobau, avec l’Empereur, au milieu de notre musique. Nous traversâmes toute l’île, qui a bien deux lieues d’étendue, et l’on nous posta en bataille derrière un petit bois où nous passâmes la nuit pendant que les voltigeurs et les grenadiers, dont on forma des bataillons, passaient sur des barques le troisième bras du Danube, pour protéger la construction du troisième pont auquel on travaillait avec la plus grande activité. Je m’étais couché près d’un feu qu’avaient allumé les travailleurs et je fis un petit somme. A mon réveil, je me trouvai le plus proche voisin de l’Empereur. Il était assis sur une pièce de bois qui me servait d’oreiller. Très étonné de n’avoir pas été dérangé, mais effarouché d’un pareil voisinage, je ne savais comment me tirer de là. Je fis comme si je n’avais rien vu, je me retournai et feignis de dormir. J’écoutais de toutes mes oreilles ce que l’on pouvait dire, mais je n’entendis rien d’intéressant. On ne s’occupait que de faire diligenter les ouvriers pour la confection du pont. De temps en temps l’Empereur s’appuyait sur ses deux mains et faisait sans doute un petit somme; puis il s’informait si l’ouvrage avançait.

Sur les deux heures du matin, il alla s’assurer par lui-même de l’état des travaux, et il dit aux ouvriers: – « Si dans deux heures le pont est fini, il y a deux cents napoléons pour vous autres. » Sous l’œil du maître, on fit des prodiges. Tout le monde travaillait : officiers, généraux étaient dans l’eau presque jusqu’au cou. A trois heures et demie tout était prêt et à quatre heures du matin (21 mai 1809) nous abordions l’autre rive, l’empereur et tout son état-major à notre tête. En débouchant du pont, nous entrâmes dans une plaine superbe. J’entendis le prince Berthier dire à l’Empereur: — « Voilà une magnifique salle de bal. Nous allons y faire danser les Autrichiens. » Pour cette fois il s’est trompé. Il y a bien eu danse, mais c’est nous qui avons payé les violons. Notre régiment ayant pris position à droite du village d’Essling, j’allai à la découverte pour tâcher de trouver quelque nourriture ; car j’avais mangé mon dernier morceau de pain le matin et il ne devait pas y avoir de distribution avant le soir. Je trouvai un bidon de graisse; puis, comme dans le village il y avait beaucoup d’oies qui avaient été plumées et vidées par les premiers arrivants, je ramassai, parmi les débris, des foies et des cœurs qu’on avait dédaignés et qui furent pour moi les éléments d’un bon fricot où la graisse ne manquait pas. Un de mes confrères avait trouvé de la farine, nous en fîmes une galette que nous fîmes cuire dans la cendre. Notre festin, quoique bien modeste, attira cependant des convives. L’adjudant-major et l’adjudant sous-officier, qui n’avaient rien à se mettre sous la dent, vinrent nous demander de partager notre repas. Nous avions grand’faim, aussi nous n’attendîmes pas que la galette fût cuite; nous la mangeâmes en pâte et en doublant les bouchées de fricot. Nous finissions notre festin, quand le premier coup de canon se fit entendre. L’adjudant-major courut reprendre son poste, et l’adjudant qui était un de mes pays, me fit ses adieux en m’embrassant, disait-il, pour la dernière fois. Il avait le pressentiment qu’il n’en reviendrait pas. Pendant trois mois, on le crut mort, mais il n’était que prisonnier. Moins heureux fut un de mes intimes amis, un sergent-major, qui lui aussi avait des idées noires, et qui nous répétait souvent qu’il ne verrait pas finir la campagne. Un boulet de canon le coupa en deux, quelques minutes après que je lui eusse serré la main. Dès les premiers coups de canon, la plupart de nos confrères s’empressèrent de repasser le Danube. Six de nous seulement restèrent avec l’année, malheureusement pour nous; car si nous les avions suivis nous nous serions épargné bien des misères. Pour nous garantir des boulets, nous nous retirâmes dans le village d’Essling. Au milieu du village, un aide-de-camp vint à moi et me demanda si je n’avais pas vu le maréchal Lannes. Un moment après le prince Berthier arrivait au galop demandant lui aussi après le maréchal. A l’instant, je le vis qui traversait un verger. Je le montrai au prince qui, piquant des deux, alla le rejoindre, et le ramena pour le conduire à l’empereur qui était de l’autre côté du village. C’est la dernière fois que je devais voir le maréchal Lannes qui, le lendemain, eut la cuisse emportée par un boulet et qui mourut quelques jours après à Vienne (31 mai 1809). J’étais monté au grenier d’un bâtiment fort élevé, qui servait de magasin de grains. De là je découvrais tout le champ de bataille. Je pus constater que l’ennemi avait des forces bien plus considérables que les nôtres. Les Autrichiens avaient trois lignes, l’une derrière l’autre, tandis que nous n’en avions qu’une, encore nous ne garnissions pas tout notre terrain. Ils étaient bien cent mille, contre nous trente mille, mais des troupes débouchaient sans cesse du pont du Danube, cela me rassura. J’étais loin de me douter que les renforts, dont nous avions tant besoin, allaient être arrêtés par la rupture des ponts, et que la Grande Armée allait être coupée en deux. Comme les boulets menaçaient de venir me trouver dans mon observatoire, je m’empressai de descendre. Je trouvai en sortant un bataillon qui venait occuper la maison. Il se livra là un terrible combat, qui ne fut pas à notre avantage. Au bout de deux heures, le bataillon fut obligé d’abandonner sa position après avoir fait des pertes considérables. Abandonnant le village, où il faisait trop chaud pour moi, je me dirigeai du côté du quartier-général de l’Empereur, pensant que là je serais moins en danger. Mais je n’y arrivai pas sans baisser souvent la tête, les boulets sifflant de tous côtés. L’Empereur et son état-major étaient dans un petit fond près d’une tuilerie. Un général ou un maréchal, je ne pouvais d’où j’étais distinguer les insignes, était monté dans les bâtiments de la tuilerie, et de là suivait les divers incidents de la bataille. Il en informait l’Empereur qui était au-dessous et qui d’après cela donnait des ordres qu’allaient porter dans toutes les directions, au triple galop, une nuée d’aides de camp. J’aurais bien voulu m’approcher plus près pour entendre ce que disait le patron; mais il ne fallait pas songer à franchir le cercle que formaient autour du quartier-général les chasseurs de la Garde. Un boulet qui vint en ricochant s’enfoncer en terre, presque à mes pieds, me fit abandonner la place et me guérit de ma curiosité. Je m’empressai de me mettre hors de portée du canon en me dirigeant du côté du Danube. Je trouvai là mes camarades qui m’apprirent qu’ils avaient essayé en vain de franchir le pont, qui était exclusivement réservé au passage des blessés. Il y avait en faction, sur le pont, un maréchal et plusieurs généraux qui avaient pour consigne de ne laisser passer aucun soldat valide. Avec de tels factionnaires, il n’y avait pas à parlementer. Toute la rive était encombrée de blessés qui y avaient été déposés en attendant leur passage dans l’île. Tous ces blessés avaient fait sortir de l’armée beaucoup de soldats qui, pour se tirer du danger, se mettaient trois ou quatre à porter un blessé. C’étaient ceux-là surtout qu’on voulait empêcher d’entrer dans l’île, dont ils ne seraient plus sortis. Mais on avait beau leur ordonner de rejoindre leurs corps, ils se faufilaient au milieu de la foule des blessés et augmentaient le désordre qui était à son comble, lorsque la nuit vint. Il n’y avait point de service d’ambulance organisé et l’on n’entendait partout que les cris des blessés appelant au secours. Mes camarades et moi nous nous mîmes en devoir de soulager autant que nous le pouvions les pauvres moribonds. Il y avait là un capitaine de grenadiers qui avait l’épaule emportée par un boulet. C’est par lui que je commençai, quoiqu’il n’y eut pas d’illusion à se faire sur son sort; mais le pauvre malheureux endurait de telles souffrances, que je voulus essayer de le soulager. Je dépouillai de leurs chemises plusieurs morts qui étaient parmi les blessés, et avec mon couteau j’en coupai des bandes. Nous avions une gamelle de fer-blanc dans laquelle nous allâmes chercher de l’eau. Je lui lavai sa plaie, puis je la lui bandai le mieux que je pus. Il se trouva un peu soulagé, mais ce ne pouvait être pour longtemps. Nous pansâmes ainsi, pendant la nuit, une vingtaine de blessés; mais notre plus grand ouvrage fut de donner à boire à ces pauvres malheureux, à qui la soif faisait sortir la langue de la bouche. Nous n’avions d’autre vase que notre gamelle, qui nous servait alternativement à laver leurs plaies et à leur donner à boire de l’eau toute boueuse. On avait amené près de nous un convoi de prisonniers autrichiens. Plusieurs avaient des bidons. Je leur ordonnai d’aller les remplir et de donner à boire à leurs blessés ainsi qu’aux nôtres, car nous ne pouvions pas suffire. Mais je m’aperçus bientôt qu’à la faveur de la nuit, tous les prisonniers valides s’enfuyaient : il n’y avait personne pour les garder. Je résolus d’aller en prévenir un général qui était près du pont; mais le Danube venait de déborder, et pour arriver jusqu’au général, je fus obligé de me mettre à l’eau jusqu’aux genoux. Le général qui était de fort mauvaise humeur, me reçut fort mal. — « Qu’ils aillent au diable, me répondit-il, cela ne me regarde pas », et il me tourna le dos. Je fus bien fâché de m’être mis à l’eau pour obtenir une aussi belle réponse. Je retournai près de mes camarades, et toute la nuit se passa à soigner les blessés, sans qu’aucun de nous ne songeât à dormir. A la pointe du jour, je montai sur une petite éminence, et je ne vis autour de moi qu’un amas de blessés, couchés presque les uns sur les autres, et sur la route une foule de cavaliers et de fantassins qui cherchaient à gagner le pont; mais la route était tellement encombrée que personne ne pouvait plus avancer. La crue du Danube ayant augmenté, les abords du pont étaient devenus impossibles. Il fallait attendre qu’on l’eût rendu de nouveau praticable. Sur ces entrefaites, nous apprîmes que les ponts qui reliaient l’île Lobau à la rive droite avaient été emportés. »

 A suivre.

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( 13 novembre, 2018 )

En suivant le parcours du major Le Roy…

8 MARS 2018

En mars de cette année sont parus chez OMNIBUS les « Souvenirs » du major LE ROY.  Ce témoignage, qui peut figurer parmi les meilleurs publiés sur l’Epopée, entraîne le lecteur depuis les dernières années de l’Ancien Régime jusqu »aux ultimes feux de l’Empire. Voici une choronlogie qui permet de resituer son auteur.

7 septembre 1767. Naissance de Claude-François-Magdeleine LE ROY, à Talmay (Côte-d’Or)

21 mars 1781. Part pour Paris et y arrive le 15 avril.

16 mai 1781. Embarque sur le navire le « Triomphant » comme « volontaire d’honneur ».

22 mai 1782. Fait partie de l’équipage du bâtiment « Le Guerrier ».

15 avril 1783. Retour en France.

26 janvier 1785. Soldat au Bataillon auxiliaire des Colonies.

20 décembre 1785. Le Roy est expédié à la Martinique.

1787/1789. Détaché à l’île Sainte-Lucie puis de retour à la Martinique. Nommé le 7 juillet 1787 caporal au 3ème Bataillon (sans autre précision).

Mai 1790. Le Roy rentre en France.

Hiver 1790/1791. Major à la Garde nationale du canton de Talmay.

22 mars 1792. Selon ses états de service, c’est à cette date que Le Roy s’engage comme soldat au 9ème Bataillon de Seine-et-Oise. Dans son récit, l’auteur indique que c’est plus tard, en septembre de la même année, qu’il intègre ce bataillon avec le grade de sergent-major. La date du 16 septembre 1792 est notée dans ses états de service comme étant celle de sa nomination à ce même grade.

2 septembre 1796. Sous-lieutenant au 9ème bataillon de Seine-et-Oise, devenu, en mai précédent, le  108ème régiment d’infanterie.

20 juillet 1803. Lieutenant au 108ème régiment d’infanterie.

21 janvier 1805. Capitaine au 108ème régiment d’infanterie.

5 novembre 1804. Légionnaire au 108ème régiment d’infanterie.

Le Roy participe aux campagnes de 1805 (à Austerlitz, l’auteur est cité à l’ordre du jour pour une action d’éclat), de 1806 (présent à Auerstaedt) et de 1807. Fait prisonnier lors de la bataille d’Eylau (le 8 février 1807), il est expédié en Russie et ne sera libéré qu’en septembre de la même année. 

22 juin 1811. Nommé chef de bataillon et rejoint le 85ème régiment d’infanterie de ligne.

22 juin 1812. Nommé chef de bataillon du 85ème régiment d’infanterie, il participe à la campagne de Russie.

10 août 1812. Major à la suite du 85ème régiment d’infanterie.

8 octobre 1812. Major titulaire dans ce même régiment.

1er janvier 1813. A l’issue de la campagne de Russie, Le Roy arrive à Berlin.

14 mars 1813. Commandant du 34ème régiment provisoire. Participe à la campagne de Saxe.

13 juillet 1813. Officier de la Légion d’honneur.

Début 1814.Le Roy est nommé colonel du 1er régiment des Gardes nationales de la Moselle

19 avril 1851. Mort de Claude Le Roy à Talmay (Côte-d’Or).

———————

Principaux événements importants de l’époque.

 Louis XV règne depuis 1715.

10 mai 1774. Mort de Louis XV et avènement de Louis XVI.

3 septembre 1783. Signature du Traité de Paris mettant un terme à fin de la guerre d’Indépendance américaine.

20 juin 1789. Serment du Jeu de Paume.

14 juillet 1789. Prise de la Bastille.

19 juin 1790. Suppression de la noblesse.

14 juillet 1790. Fête de la Fédération à Paris.

22 octobre 1790. Adoption du drapeau tricolore.

20 et 21 juin 1791. Fuite puis arrestation de Louis XVI

21 septembre 1792. Abolition de la royauté et proclamation de la République.

21 janvier 1793. Exécution de Louis XVI.

16 octobre 1793. Exécution de Marie-Antoinette.

5 avril 1794. Condamnation et exécution de Danton.

28 juillet 1794. Exécution de Robespierre.

27 juin 1795. Débarquement d’une armée de 4000 émigrés à  Quiberon.

5 octobre 1795. L’armée républicaine réprime durement l’insurrection royaliste.

1er novembre 1795. Début du directoire.

4 septembre 1797. Coup de force du Directoire. Barras, aidé par le général Bonaparte, prend le pouvoir.

1er août 1798. Destruction de la flotte française par l’amiral Nelson à Aboukir ;

9 novembre 1799. Coup d’état du 18 brumaire, organisé par Bonaparte.

23 novembre 1799. Bonaparte, Sieyès et Ducos sont nommés consuls.

25 décembre 1800. Attentat de la rue Saint-Nicaise vissant Bonaparte.

9 février 1801. Paix de Lunéville entre la France et l’Autriche.

25 mars 1802. Paix d’Amiens entre la France et l’Angleterre.

16 mai 1803. Cession de la Louisiane aux États-Unis.

18 mai 1804. L’Empire est institué.

2 décembre 1804. Sacre de Napoléon.

21 octobre 1805. Défaite navale française à Trafalgar.

2 décembre 1805. Bataille d’Austerlitz.

14 octobre 1806. Bataille d’Iéna.

21 novembre 1806. Mise en place du Blocus continental 

8 février 1807. Bataille d’Eylau.

14 juin 1807. Bataille de Friedland.

7/9 juillet 1807. Traité de Tilsit entre la France et la Russie.

13 novembre 1807. Entrée des troupes françaises en Espagne. Début de la campagne d’Espagne.

23 mai 1808. Déclenchement de l’insurrection espagnole.

10 avril 1809. Début de la campagne d’Autriche.

22 avril 1809. Bataille d’Eckmühl.

21/22 avril 1809. Bataille d’Essling.

5/6 juillet 1809. Bataille de Wagram.

12 juillet 1809. Bataille de Znaïm.

14 octobre 1809. Traité de Schönbrunn. Fin de la campagne d’Autriche.

2 avril 1810. Mariage religieux de Napoléon de Marie-Louise d’Autriche.

20 mars 1811. Naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon.

24 juin 1812. La Grande-Armée franchit le Niémen. Début de la campagne de Russie.

17 août 1812. Bataille de Smolensk.

7 septembre 1812. Bataille de La Moskowa (Borodino)

14 septembre 1812. La Grande-Armée arrive à Moscou.

25/29 novembre 1812. Passage de la Bérézina.

Janvier/octobre 1813. Campagne de Saxe.

2 mai 1813. Bataille de Lützen

20/21 mai 1813. Bataille de Bautzen.

27 août 1813. Bataille de Dresde.

18 octobre 1813. Bataille de Leipzig.

Janvier /mars 1814. Campagne de France.

10 février 1814. Bataille de Champaubert.

11 février 1814. Bataille de Montmirail.

18 février 1814. Bataille de Montereau.

30 mars 1814. Bataille de Paris. La capitale tombe le lendemain.

6 avril 1814. Napoléon abdique.

4 mai 1814. Napoléon découvre son nouveau royaume : l’île d’Elbe.

3 mai 1814. Entrée de Louis XVIII à Paris. Début de la Première Restauration.

1er mars 1815. Napoléon débarque à Golfe-Juan.

20 mars 1815. L’Empereur arrive à Paris.

16 juin 1815. Bataille des Quatre-Bras et de Ligny.

18 juin 1815. Bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ».

22 juin 1815. Abdication de l’Empereur.

8 juillet 1815. Louis XVIII entre à Paris. Début de la Seconde Restauration.

16 octobre 1815. Napoléon débarque à l’île de Sainte-Hélène.

LE ROY-Portait-Mairie Talmay

 Tableau représentant le major Le Roy (Mairie de Talmay, Côte-d’Or)

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( 13 novembre, 2018 )

Une princesse à l’île d’Elbe: Pauline Borghèse…

Pauline

« La princesse Pauline, faisait, chez son frère, le bonheur des réunions, avec cette grâce qui la distinguait d’une manière si éminente. Ces soirées intimes étaient pleines de saillies ; c’étaient de délicieuses causeries toutes pétillantes d’à-propos, toutes chatoyantes d’intrigues. L’Empereur, que l’entraînement général gagnait, devenait alors charmant d’improvisations gracieuses ; il racontait ses impressions du jeune âge ; il disait des scènes de salon ou de bivouac avec cette lucidité colorée qui le caractérisait si bien ! Et c’était véritablement une bonne fortune pour tous quand il s’emparait de la conversation, et qu’il voulait bien descendre des grandes et graves pensées qui l’agitaient au niveau de l’intimité !… » (J. Chautard, « L’île d’Elbe et les Cent-Jours… », p.90). « Dès son arrivée dans l’île [le 1er novembre 1814, après un passage le 1er juin de la même année], la princesse Pauline dînait tous les jours avec l’Empereur, à moins que S.A. ne se trouvât indisposée. Je ne me rappelle pas s’il en était ainsi de Madame Mère mais ce qui est positif, c’est qu’elle dînait au palais tous les dimanches. Dans la semaine, il y avait un jour où l’Empereur allait chez sa mère. Les mets étaient de cuisine italienne… Les amusements ordinaires durant les soirées, étaient les jeux de cartes, les échecs, les dames ; le plus souvent, le temps se passait en causeries ou en promenades.

(« Lettre de Saint-Denis, ancien mameluck de l’Empereur », in « Documents sur le séjour de Napoléon 1er à l’île d’Elbe », dans la « Nouvelle Revue Rétrospective », 1895. Cette lettre datée de « Sens, le 7 octobre 1847 » est adressée à André Pons de l’Hérault en réponse à plusieurs questions formulées par ce dernier sur le séjour elbois de l’Empereur).

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( 12 novembre, 2018 )

Bande-annonce du film « L’Empereur de Paris » [Vidocq] qui sortira au cinéma le 19 décembre prochain.

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J’avais déjà évoqué ce film ici: http://lestafette.unblog.fr/2018/10/18/un-film-sur-vidocq/

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( 12 novembre, 2018 )

12 novembre 1812…

« Le 12 novembre nous arrivons devant Smolensk, les Russes tentent de nous disputer le passage. Les quelques canons que nous avions pu conserver prennent les devants, et après deux heures d’une lutte énergiquement disputée, nous passons le pont, encombré de malheureux, blessés ou gelés.

(Capitaine Vincent BERTRAND, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815….», A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.145-146). L’auteur était à cette époque sergent dans les rangs du 7ème régiment d’infanterie légère, lui-même faisant partie du 1er corps (Maréchal Davout).

12 novembre 1812… dans TEMOIGNAGES russie

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( 12 novembre, 2018 )

La liquidation d’une légende: la survivance de Ney en Amérique…


ney1815

Cet article, est paru dans la «  Revue de l’Institut Napoléon » n°125, en 1972. 

 ——————————

Le 29 septembre 1946, dans un petit village de Caroline du Nord, il y eut une cérémonie religieuse et militaire en l’honneur d’un Maréchal de France. Sur un certain tombeau on déposa des couronnes, on étendit des drapeaux, il y eut un défilé militaire. Sur ce tombeau on lit (je traduis) : 

Ci-gît PETER STEWART NEY

Soldat de la Révolution Française et de Napoléon Bonaparte

Mort le 15 novembre 1846, âgé de 77 ans.

Pour beaucoup d’habitants du pays, comme pour ceux de certaines autres régions, le Maréchal aurait échappé à l’exécution pour finir ses jours dans la Caroline du Nord.  Aucun historien sérieux n’a traité ce sujet en anglais, et ceux qui croient à notre légende n’ont jamais vu de documents sur ce point et ne savent que des histoires plus ou moins authentiques et mal traduites. Sans aucun doute, le maréchal Ney, au moment de son arrestation, était déjà sur le chemin de l’Amérique. Evidemment il avait des passeports pour Lausanne en Suisse et aussi un laissez-passer pour Toulon. Mais son passeport de date la plus récente,établi au nom de ses domestiques, était pour La Nouvelle-Orléans, par Bordeaux.  Si on étudie l’itinéraire du Maréchal entre son départ de Paris, le 6 juillet 1815, et son arrestation le 3 août, on voit bien qu’il ne se dirigeait pas surla Suisse. Il se cachait dans le Massif Central pour prendre son passeport pour l’Amérique qui a probablement été envoyé par sa femme, et peut-être aussi des lettres.

Puis il a essayé plusieurs fois de s’échapper du côté de Bordeaux, mais il était entouré dans un réseau de dénonciateurs et l’on a fini par le prendre dans un château dans le département du Lot, à quelques kilomètres d’Aurillac. Peter Stewart Ney a vécu dans les Carolines du Nord et du Sud entre 1819 et 1846. C’était un maître d’école qui a joui d’une grande réputation, à en juger d’après les témoignages de plusieurs de ses anciens élèves.

Malheureusement les documents- sauf un daté de 1827- n’ont paru qu’après la mort de Peter Ney en 1846.

Malgré le manque de documents, il sûr que des bruits coururent pendant la vie de Peter Ney. Quelques mois après sa mort, il y eut plusieurs lettres publiées à ce sujet dans le « Southern Litterary Messenger ». Pendant la dernière moitié du XIX°siècle, d’anciens élèves de Peter Ney ont insisté sur le fait qu’ils avaient, dans leur jeunesse, profité de l’enseignement d’un Maréchal de France. Un pasteur du pays, un certain Weston, et un docteur en médecine du nom de Smoot, ont ramassé et publié des centaines de pages de témoignages de ces élèves, de leurs enfants et de leurs familles. Certains ont dit que le maître d’école, désormais devenu fameux, leur avait affirmé en classe qu’il avait été maréchal. Les uns prétendaient qu’il le disait quand il était sobre ; d’autres, au contraire, quand il était ivre. Ces derniers ont expliqué qu’étant ivre, Ney avait l’habitude d’agir comme un général sur le champ de bataille, donnant des ordres, et surtout demandant à monter à cheval.  Lorsqu’il était dans le monde, il voulait faire croire qu’il connaissait la haute société de l’époque impériale. Il obtint un jour un gros succès en disant à une dame : « Ne me regardez pas ainsi, car c’est la façon dont Mme de Staël me regardait. » Il parlait des deux Impératrices en donnant tort à Napoléon d’avoir répudié Joséphine. Chaque fois que venaient de France de grandes nouvelles : celle de la mort de l’Empereur, celle de la mort du duc de Reichstadt, celle de l’accession au trône de Louis-Philippe, il noyait avec ostentation son désespoir dans l’alcool et souffrait ensuite, comme on peut aisément l’imaginer, de dépressions nerveuses.

Tout cela a beaucoup impressionné ses amis, et les années passant, ils ont vu de pus en plus une ressemblance entre le vieux maître d’école et le Maréchal, sans aucune documentation, sans même connaître le caractère du Maréchal.

D’après la légende, le duc de Wellington aurait sauvé Ney en ordonnant une fausse exécution. Nous savons aujourd’hui que pour éviter les incidents, le Gouvernement français avait choisi pour l’exécution un terrain, près du Luxembourg, où le Maréchal était prisonnier.  Quant à l’enterrement, la police avait exigé qu’il ait lieu avant l’aube. Toutes ces précautions ont été considérées par les amis de Peter Ney comme le témoignage d’une fausse exécution et la preuve que le cercueil a dû être vide.  Si le maréchal n’avait pas été tué, il est invraisemblable que la foule qui arrivait d tous côtés n’en eût pas eu connaissance. Un officier hollandais, au service de la Russie, après avoir assisté au procès, s’est habillé en grand uniforme, a attendu toute la nuit près du Palais du Luxembourg, et enfin a suivi les troupes au lieu d’exécution.  Les observateurs de la Police ont parlé de « plus de cinq cents Anglais qui sont venus pour voir le corps ». Un autre observateur, dans un rapport, déclare que des Pairs de France, des généraux, des officiers étrangers et des attachés des légations étaient venus voir si c’était bien le maréchal Ney qu’on avait fusillé.En somme, il n’y a aucun document ni témoignage contemporain qui permette le moindre  doute sur la mort de Ney.  Les soi-disant témoignages ne sont basés sur rien de précis et ont sûrement été inventés par des gens qui n’ont pas lu les documents contemporains, qui ne connaissent pas la France de 1815 et ne savent peut-être pas bien la langue française d’aujourd’hui. En général les amis de Peter Ney étaient des amis bien intentionnés mais mal renseignés. On a de Peter Ney plusieurs œuvres. Il a publié beaucoup de vers dans les journaux du pays, dont  plusieurs ont été copiés par le pasteur Weston. On n’a qu’à lire quelques-uns de ces vers convaincu que l’auteur avait une formation entièrement anglaise, une éducation classique genre XVII° siècle. Beaucoup de ces vers ont pour sujet ls guerres de Napoléon, mais la langue et les images poétiques que l’on y trouve n’ont rien de français. Un officier français qui n’aurait pas eu de culture anglaise classique n’aurait jamais pu écrire ces vers, surtout les quelques lignes sur la mort du poète anglais, Sir Philip Sydney. Beaucoup de gens ont dit que Peter Ney parlait parfaitement bien le français. Pourtant, aucune de ces personnes ne parlait cette langue, et nous savons que Peter Ney s’est beaucoup fâché quand un de ses élèves lui demanda de lui enseigner un peu de français. Dans tous les écrits que nous avons de lui, il n’y a pas une seule lettre en français, rien que de petites phrases et surtout des maximes- comme « Le sage parle à demi-mot ».  Peter Ney possédait plusieurs livres sur Napoléon et son temps, et il avait l’habitude d’écrire là-dedans des commentaires.

Dans ces inscriptions on trouve énormément d’erreurs, surtout de genre et d’accent, des erreurs qu’un français n’aurait jamais pu faire.  Un autre respect de l’affaire, qui affaiblit beaucoup la légende, c’est la conduite de Peter Ney à l’égard des amis et des parents que le Maréchal avait eu aux Etats-Unis. Pourquoi aurait-il évité le groupe des Bonapartistes de Philadelphie, y compris le frère de Napoléon qui s’y trouvait à ce moment-là ? Pourquoi n’aurait-il pas vu l’oncle de sa femme, Edmond-Charles Genet, qui a joué aux Etats-Unis un certain rôle politique ?

Pourquoi ne serait-il pas allé à La Nouvelle-Orléans dans la famille de Pontalba, où l’on était tout prêt à le recevoir ? 

La vérité semble être- et je suis d’accord avec un certain Wiseman qui, déjà en 1885, avait écrit au bibliothécaire en chef de l’Université du Wisconsin, que Ney « était un Ecossais et un grand admirateur de Napoléon, qu’il avait peut-être même été dans l’armée impériale et que, beaucoup plus tard, se trouvant pris pour le maréchal Ney, il avait accepté de jouer ce rôle qui flattait sa vanité ».  Pendant toute sa vie, il aurait donné l’impression d’être un méconnu et il a dû vivre dans la peur d’être démasqué.  Si le maréchal Ney avait voulu passer inaperçu en Amérique, il aurait plutôt choisi le nom de Dupont ou de Durand. 

Dorothy MACKAY-QUYNN 

Docteur de l’Université de Paris. 

 

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( 11 novembre, 2018 )

A paraître en kiosque le 23 novembre prochain…

Traditions n°23
Au sommaire  de ce numéro:
 
Batailles
- Wattignies, la nécessaire victoire Dominique Timmermans
- Ostrolenka, la victoire oubliée Natalia Griffon de Pleineville
Livres anciens : La guerre d’Alfred Duquet  Laurent Teitgen
Destins
- La carrière mouvementée d’Ignace François Bousson Philippe Arnould

Blasons : L’épée et la plume   Philippe Lamarque
Lieux de mémoire
- Le camp de Sathonay Jérôme Croyet

Actualités : Le 7e Champagne outre-Atlantique   Philippe Charlet
Revue de détail
- La vérité sur les wursts du service de santé   Patrick Ehresmann
Unités
- La compagnie de réserve du Puy-de-Dôme Fabien Pacaud
- Les gardes de la porte du roi à Versailles Maxime Blin
Livres
 
Editorial.
Lors de certaines batailles, les enjeux nationaux sont parfois doublés d’implications personnelles lourdes de sens. C’est le cas pour Jean-Baptiste Jourdan, tout juste nommé commandant en chef de l’armée du Nord. Compte tenu du contexte politique très tendu, il sait qu’il risque sa tête s’il ne remporte pas la victoire. Le 23 septembre 1793, les Autrichiens ont mis le siège devant Maubeuge afin de consolider leurs positions, pénétrer dans la vallée de l’Oise et viser le cœur de la France. Alors qu’il préférerait attaquer les flancs de l’ennemi, il doit en priorité dégager Maubeuge. Au terme de deux jours de combats acharnés et longtemps indécis, ses troupes entrent enfin à Wattignies le 16 octobre, obtenant la victoire qui conforte le redressement des armées de la République et garantit la carrière du général (voir page 14).
Les enjeux n’ont évidemment pas la même importance lors de la bataille d’Auer­staedt ; pourtant, en dépit (ou à cause) de son comportement héroïque, le colonel Jean-Baptiste Buisson y perd, en même temps que l’usage de sa jambe gauche, sa dernière chance de voir confirmer sa nomination au grade de général (voir page 44). Quelques mois plus tard, avec une mission précise, le général Savary prend momentanément la tête du Ve corps avec lequel il va remporter la victoire oubliée d’Ostrolenka. Cette belle bataille élimine les risques qui pesaient sur le flanc droit de la Grande Armée et embellit l’avenir du futur ministre de la Police (voir page 30).
La question ne se pose pas dans les mêmes termes pour les jeunes gens engagés dans la compagnie de réserve du Puy-de-Dôme. Cette affectation a au moins l’intérêt de leur donner une formation militaire qui leur sera bien utile lorsqu’ils intégreront l’armée (voir page 82). Sous l’Ancien Régime, les gardes de la porte du roi n’envisagent pas les choses de la même manière ; leur rôle est plus honorifique que militaire et leur somptueux équipement digne de leur fonction (voir page 89). 
Dans un tout autre domaine, celui du service de santé, Pierre François Percy, constatant la difficulté pour les chirurgiens de se déplacer rapidement sur le champ de bataille, imagine d’utiliser les fameux wursts dont est alors équipée l’artillerie. Bien qu’efficace, l’idée n’aura pas de suite, faute sans doute des moyens nécessaires, mais elle a frappé les imaginations et se retrouve régulièrement dans l’iconographie, y compris à contretemps, hors des périodes de réelle utilisation (voir page 72).
En plus de cet ensemble déjà bien riche en lectures passionnantes, ce numéro de Traditions vous invite à découvrir l’histoire d’un camp militaire, né sous le second Empire, dont la vocation se poursuit encore aujourd’hui sous une forme bien différente (voir page 56). L’actualité fournit également une rare occasion de revenir sur quelques épisodes de la guerre d’Indépendance américaine puisque, pour la première fois, un groupe de reconstitution français a participé aux commémorations (voir page 67). 
Nous espérons que ce sommaire varié, auquel il faut évidemment ajouter nos rubriques récurrentes (Livres anciens, Blasons, Actualités, Livres…), vous donnera autant de plaisir que nous en avons eu à le concevoir. »

 

 
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( 11 novembre, 2018 )

1814. Un projet de cavalerie non réalisé…

1814. Un projet de cavalerie non réalisé… dans TEMOIGNAGES claye-28mars1814

Le 31 janvier 1814, le duc de Feltre [général Clarke, ministre de la Guerre] envoyait à l’Empereur un intéressant rapport. Tous les inspecteurs, les généraux-colonels des gardes d’honneur, disait-il, jugeaient que les chevaux de ces régiments étaient en mauvais état parce que les cavaliers, jeunes gens de famille, ne pouvaient, ne savaient en prendre soin. Il avait donc cherché « ce qui se pratiquait dans les gardes du corps sous l’ancien gouvernement » et il avait vu qu’ « on accordait, sur trois gardes, un palefrenier, ou Tartare pour soigner les chevaux ». Le ministre pensait donc qu’il serait bon d’accorder à chaque garde sur le pied de guerre un Tartare monté sur un cheval de 4 pieds 3 pouces. Ces tartares seraient en même temps employés comme éclaireurs ; leur uniforme différerait de celui des gardes ; ils auraient la solde et les masses de la cavalerie légère ; ils seraient admis par les généraux-colonels sur la présentation des gardes qui trouveraient aisément des hommes de leur département et qui, pour cette fois, se chargeraient de leur donner un cheval ; ce service serait d’ailleurs compté pour la conscription. Là-dessus, le duc de Feltre soumit à l’Empereur son projet.

I. Il pourra être passé dans les régiments de gardes d’honneurs, sur le pied de guerre, un palefrenier sous la dénomination de Tartare, à la suite de chaque sous-officier ou garde d’honneur, pour soigner son cheval. Ce Tartare, présenté par chaque garde au capitaine de sa compagnie et agrée par celui-ci, sera admis dans le régiment par le général-colonel.

II. Chaque Tartare ne pourra avoir moins de 18 ans et plus de 40 ans. A dater de son admission, il recevra la solde de soldat de cavalerie légère et aura droit aux mêmes masses.

III. Chaque Tartare devra être monté sur un cheval de 4 pieds 3 pouces. Les gardes d’honneur qui présenteront un Tartare, devront, pour cette fois, fournir son cheval. L’habillement, l’équipement et le harnachement lui seront fournis aux frais de l’État.

IV. L’uniforme des Tartares aura les mêmes formes et la même coupe que celui des chasseurs à cheval : l’habit-veste, le gilet, la culotte hongroise et le manteau-capote seront en drap gris : collet, liseré des revers, parements et doublures verts; boutons blancs; shakos noirs; buffleterie noire; bottes à la hussarde ; le harnachement du cheval sera le même que celui des éclaireurs.

V. Le service des Tartares leur sera compté pour la conscription; mais sous aucun prétexte, on ne pourra les tirer d’autres corps de la ligne.

VI. En campagne, les Tartares seront employés en éclaireurs; il y aura, dans chaque compagnie des gardes d’honneur, un officier et le nombre de sous-officiers nécessaires pour les diriger suivant les ordres des chefs.

—-

Napoléon ne signa pas le décret ; il n’en eut pas le temps et n’en vit pas l’utilité.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.33-34).

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( 11 novembre, 2018 )

Il y a cent ans, c’était la fin de la guerre de 1914-1918…

1918

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( 11 novembre, 2018 )

Une lettre du capitaine Rey, du 1er régiment suisse, sur le passage de la Bérézina.

La Bérézina

Arrivés au jour au petit village de Studienzka [le 26 novembre 1812] ; nous prîmes position sur une petite éminence qui dominait d’assez près la Bérézina. L’artillerie s’y établit avec nous, et l’on renouvela l’injonction de ne laisser personne s’éloigner. Il y avait là des tas de planches autour de quelques maisons. Dans la matinée, le bruit circula que l’Empereur était auprès de la rivière et, malgré la défense expresse de quitter notre troupe, vu que d’un moment à l’autre nous pouvions recevoir l’ordre d’opérer un mouvement, je ne pus résister à la curiosité de voir de près le grand homme dans la conjoncture où nous nous trouvions. Me faufilant le long des rangs, je gagnai le bas de la position et, arrivé au bord de l’eau, je l’aperçus de fort près, adossé contre des chevalets qui se trouvaient sur la rive, les bras croisés, dans sa capote, silencieux, n’ayant pas l’air de s’occuper de ce qui se passait autour de lui, fixant seulement de temps en temps ses regards sur les pontonniers qu’il avait en face et à quelques pas de lui, dans la rivière parfois jusqu’au cou et parmi les glaçons, occupés à ajuster des chevalets qu’ils paraissaient avoir beaucoup de peine à assujettir au fond, tandis que d’autres plaçaient des planches sur eux à mesure qu’ils étaient fixés. Les seules paroles que j’ai entendues sortir de la bouche de l’Empereur pendant un assez long espace de temps étaient une allocution faite d’un ton d’humeur et d’impatience au chef chargé de la direction des travaux. Il lui faisait observer que cela allait trop lentement. Mais le premier lui répondit avec vivacité et assurance, en lui montrant la position de ses gens plongés depuis longtemps dans ces flots glacés sans avoir quoi que ce fût pour se fortifier et se restaurer : position, en effet, horrible à voir. L’Empereur, sans rien répliquer, reprit sa première attitude, avec son air taciturne, pensif et soucieux. Je rejoignis ma troupe, je passai encore un certain temps dans cette position, et nous reçûmes de nouveau plusieurs injonctions de tenir nos gens réunis et prêts à marcher. Tout à coup, un bruit s’éleva du côté de la rivière, et je vis un détachement s’engager sur le pont aux cris de « Vive l’Empereur ! ». au même instant, nous reçûmes l’ordre du départ et nous nous trouvâmes nous-mêmes dans un moment à l’entrée du pont, de ce frêle pont, où je revis Napoléon dans la position où je l’avais laissé, avec sa même taciturnité, son même air pensif, et ne faisant pas la moindre attention à nous, quoique nous répétions tous, en arrivant près de lui, les mêmes vivats, dont il n’avait pas l’air de se soucier le moins du monde…

Lausanne, le 3 février 1839.

REY.

Extrait du 3ème volume de l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents », (Fontemoing, 1912, 3 volumes).


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( 10 novembre, 2018 )

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( 10 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (III)

1809 3

Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème  régiment de ligne.

« Le temps s’était remis au beau, la marche était devenue moins pénible, attendu que nous ne faisions guère que quatre ou cinq lieues par jour. Mais il nous fallait coucher à la belle étoile, au bivouac, et puis les vivres manquaient souvent. Nous avions la paresse, nous musiciens, de ne pas porter de marmite avec nous, aussi fallait-il souvent nous passer de soupe ou attendre qu’une escouade de soldats eût terminé sa cuisine. Quelquefois, lorsqu’il n’y avait pas de distribution du tout, les soldats vivaient de maraude; alors je me mettais à parcourir le camp, et comme j’avais beaucoup de connaissances parmi les sous-officiers, je mangeais la soupe avec l’un, buvais un coup avec l’autre en cassant une croûte, et de cette manière je ne souffrais pas trop de la faim, ce qui arrivait à beaucoup de nous. Un jour que je m’étais éloigné du bivouac pour mettre culotte basse, dans un blé, je vis un Autrichien couché tout son long et qui paraissait dormir. Je m’approchai de lui et le remuai pour le faire lever. Mais je m’aperçus qu’il était mort: une balle lui avait traversé le corps. En rentrant au bivouac, je racontai cela à mes camarades et l’un d’eux, sur mes indications, partit pour aller voir le cadavre ; mais ce n’était pas la curiosité seule qui le poussait. Il revint avec une ceinture contenant cinq ducats d’or et quelque argent blanc qu’il avait trouvés sur le pauvre mort. C’est une triste besogne qu’il avait faite là, et l’idée ne m’en était point venue. Dépouiller les cadavres ne fut jamais mon fait. Et cependant à la guerre, c’est chose que l’on se permet généralement sans scrupule. Beaucoup sont poussés par cette idée: « Si, moi, je ne le fais pas, un autre le fera: mieux vaut que j’en profite. » Quoi qu’il en soit, nous nous mîmes en devoir de vérifier si les ducats étaient de poids. La ville n’était qu’à un quart de lieue. Nous nous y rendîmes quatre. Nous nous fîmes servir un repas magnifique, où le vin d’Autriche ne fut pas épargné, et nous oubliâmes, en faisant bombance jusqu’au soir, les privations des jours précédents. Le lendemain, on nous fit une distribution de biscuits. Il m’en revenait trois pour ma part.

Je les mis soigneusement dans mon petit sac, me promettant bien de n’y toucher qu’en cas d’extrême nécessité. A mesure que nous avancions, les difficultés de la route devenaient plus grandes. Les Autrichiens, que nous poursuivions l’épée dans les reins, brûlaient tous les ponts pour retarder notre marche et détruisaient toutes les ressources du pays pour nous empêcher d’y vivre. Mais ils avaient beau faire, ils ne pouvaient arrêter notre marche sur Vienne. Notre division faisait partie du 4ème corps d’armée, commandé par Masséna. Il n’avait pas encore été aux prises avec l’ennemi. On nous réservait sans doute pour la bonne bouche. En attendant, nous parcourions un pays dévasté, d’abord par l’ennemi, puis par les corps d’armée qui nous avaient précédés, de sorte que nous ne trouvions absolument rien dans les villages que nous traversions et qui étaient abandonnés par leurs habitants. Ce n’est qu’aux environs des villes que nous trouvions le nécessaire et que l’on nous faisait des distributions suffisantes. C’est ainsi qu’arrivés aux portes de Saint-Polten, on nous distribua du pain et de la viande. C’était déjà quelque chose; mais, pour faire la soupe, il fallait aller chercher du bois et de l’eau fort loin du bivouac, quand il était si facile, croyions-nous, de faire un bon repas dans la ville, qui n’était qu’à deux pas. Quelques camarades et moi nous nous y risquâmes. Aux portes, nous trouvâmes des factionnaires de la Garde; car l’empereur et tout son état-major étaient logés à Saint-Polten. On nous laissa entrer sans trop de difficultés, les musiciens ayant à peu près carte blanche. Il s’agissait alors de trouver une auberge. Nous en trouvâmes un grand nombre; mais tout était plein, et il nous fut impossible de nous faire servir quoi que ce soit, et de trouver à nous loger même pour notre argent. Passant devant la mairie, j’eus l’idée d’y entrer pour voir si je ne pourrais pas obtenir de billet de logement. Je fus un peu déconcerté en trouvant là un colonel, qui me demanda ce que je voulais. Je lui expliquai notre embarras pour nous loger et nous nourrir. – « Il paraît, me dit-il d’assez bonne humeur, que les musiciens n’aiment pas le bivouac. Combien êtes-vous ? — Nous sommes vingt-quatre musiciens du 93ème ; mais nous ne sommes que six ici, les autres nous attendent à la porte de la ville. — Allons, pour que vous puissiez vous reposer et nous faire de bonne musique à notre entrée à Vienne, après demain, je vais vous donner des billets de logement. » On me donna quatre billets de logement de six, et, bien content, je remerciai le colonel et j’allai retrouver mes  camarades. L’un d’eux alla au camp porter la bonne nouvelle à ceux qui y étaient restés, et chacun se mit en devoir de chercher son logement. Je trouvai dans le mien deux officiers de la Garde. L’un d’eux était un vieux militaire qui avait longtemps servi dans la même division que moi. Sitôt que la connaissance fut faite, il ne voulut plus me laisser. Il me fallut partager un dîner de prince à la table des officiers, et quand nous eûmes entonné le récit de nos campagnes, il n’y en avait plus que pour nous deux à parler. Tout en vidant quelques vieilles bouteilles de vin autrichien, nous nous remémorâmes toutes les misères et aussi toutes les gloires de l’armée du Rhin, et nous ne nous séparâmes qu’à minuit pour nous coucher sur des matelas par terre. Le matin, dès cinq heures, nous étions en route pour regagner le camp, après avoir partagé un très bon déjeuner commandé par nos officiers. Le lendemain, nous étions à trois lieues de Vienne, bivouaquant dans un petit bois, lorsqu’on entendit une explosion formidable. Le bruit courut bientôt dans tout le camp que les Autrichiens avaient fait sauter le château de Schönbrunn avec l’empereur Napoléon qui venait d’y établir sa résidence. La consternation régna alors dans tout le corps d’armée, et pendant trois heures on resta dans les transes, lorsqu’enfin un officier d’ordonnance vint nous apprendre ce qui s’était passé. Les Autrichiens avaient enterré quelques barils de poudre sur le chemin qui correspond du faubourg de Schönbrunn au faubourg de Hongrie. Voyant passer un peloton de cavalerie et croyant que c’était l’Empereur et son escorte, ils y avaient mis le feu. Mais personne n’avait été atteint. Tout le camp accueillit cette bonne nouvelle par un immense cri de « Vive l’Empereur ! »

Le 10 mai 1809, à neuf heures du matin, nous arrivions aux portes de Vienne, ou du moins aux portes de ses faubourgs, deux fois plus considérables que la ville elle-même. Les faubourgs n’étant pas fortifiés, nous entrâmes sans éprouver de résistance. On nous fit faire musique, à la tête du régiment, pendant la marche, à travers les rues, jusqu’à l’esplanade qui sépare les faubourgs de la ville proprement dite, seule entourée de fortifications. Là notre musique fut interrompue par les canons des remparts qui nous saluèrent à coup de mitraille. Nous nous empressâmes de nous mettre hors de portée, et pendant que notre régiment bivouaquait dans les rues, nous cherchâmes une auberge où nous pourrions nous restaurer. Nous en trouvâmes une sur la route de Hongrie, où il y avait déjà beaucoup de monde et où l’on nous servit de la bière et de la charcuterie. Nous terminions notre repas, lorsque arriva, pour camper près de là, une division et le parc d’artillerie. En un instant la maison fut envahie, non par des consommateurs, mais par des pillards. La pauvre maîtresse d’auberge, qui nous avait servis avec beaucoup d’affabilité, assista de son comptoir à la dévastation de son établissement. Elle pleurait comme une Madeleine, ce qui n’empêcha pas qu’on vînt lui prendre son argent jusque dans ses poches. En moins d’un quart d’heure, la maison fut complètement nette et les habitants, craignant un plus mauvais sort, s’étaient enfuis vers la ville. De cette manière, et bien involontairement, nous n’eûmes pas à payer notre consommation. Cependant la ville de Vienne ne s’était pas encore rendue. Un de nos généraux de brigade, qui avait été envoyé en parlementaire, faillit être assassiné par la populace. Couvert déjà de blessures, il aurait été infailliblement massacré, si un perruquier et sa femme ne l’avaient fait entrer dans leur maison où un piquet de nos soldats alla l’arracher des mains de ces furieux. Ordre fut alors donné de bombarder la ville. Notre division fut chargée d’aller occuper la célèbre promenade appelée le Prater.

Mais il fallait passer le bras du Danube qui sépare cette promenade du faubourg, et tous les ponts avaient été détruits ainsi que les barques. Cependant dans leur précipitation les Autrichiens avaient oublié trois ou quatre petits bateaux. Après avoir balayé avec quelques coups de canons les postes qui se trouvaient en face de nous, sur l’autre rive, on fit embarquer quelques compagnies de voltigeurs et de grenadiers ; et la rive gauche occupée, et sous la protection de nos canons, on se mit en devoir de fabriquer un pont. Ce fut bientôt fait, et toute notre division franchit le Danube et alla camper dans le Prater et le faubourg de Leopoldstadt.

Toute la promenade était garnie de cafés, de guinguettes, de lieux de divertissement de toutes sortes. Il y avait même une salle de spectacle. Tout cela fut mis au pillage. Le camp devint bientôt comme une foire. Les soldats étalaient leurs marchandises qui comprenaient des objets de toutes sortes, des habits de comédiens) des robes de comédiennes, des instruments de musique, dont quelques-uns de grande valeur. Ces derniers objets me tentaient bien, j’aurais pu avoir pour un écu des instruments valant au moins dix louis. Mais je ne voulais pas m’embarrasser, j’avais assez de mon corps à traîner, et puis je n’aurais pas voulu qu’on crût que je les avais pillés moi-même. J’achetai cependant, pour trente sous, une lunette d’approche, et pour l’éprouver je m’approchai du grand bras du Danube, qui était en cet endroit fort large, et je cherchais à découvrir sur l’autre rive les Autrichiens. Je les voyais si bien que je ne pus m’empêcher de faire quelques exclamations qui attirèrent l’attention d’un général du génie qui lui aussi examinait l’autre rive dans sa lunette. Il me demanda de lui prêter la mienne, et il la trouva si bonne qu’il me proposa de l’acheter. Je ne me souciais guère d’abandonner mon emplette; mais il insista de telle sorte, que je finis par la lui céder pour un louis qu’il me paya sans marchander. Une batterie d’obusiers avait été établie dans le Prater, et les obus lancés sur la ville avaient incendié les principaux hôtels et les principaux édifices. Pour éviter la destruction de la ville entière, les troupes autrichiennes abandonnèrent Vienne, et les habitants s’empressèrent de demander à capituler. La capitulation fut signée le 13 mai, et, le même jour, nos soldats occupèrent la capitale de l’Autriche.

Pour nous, on nous logea dans un des faubourgs où nous étions tout un corps d’armée. Nous étions tous les uns sur les autres. Dans une seule habitation, nous étions une compagnie, les sapeurs et la musique, c’est-à-dire environ cent trente hommes. Et les habitants étaient obligés de pourvoir à nos besoins, de nous fournir à boire et à manger, et cela dura pendant cinq jours. Le lendemain, nous allâmes nous promener dans Vienne. Je trouvai la ville bien moins belle que ses faubourgs: il est vrai qu’une partie de ses monuments avaient été ruinés par le bombardement. Dans les rues, on ne trouvait que des soldats qui bivouaquaient, et les habitants, encore dans la consternation, n’osaient sortir de chez eux. En nous promenant, nous vîmes un café qui avait pour enseigne: A la Parisienne. Nous y entrâmes, mais nous eûmes beaucoup de peine à nous faire servir: c’était plein partout, l’enseigne avait fait fortune et pendant tout le temps que les Français restèrent à Vienne, la vogue continua et le maître de l’établissement fit, m’a-t-on dit, une fortune colossale. Je demandai à un garçon, qui parlait fort bien français, si dans le voisinage il n’y avait pas quelque curiosité. — « Tout le monde va voir, nous dit-il, un poteau où tous les maréchaux qui viennent en ville se croient obligés de planter un clou. » Il nous indiqua où était ledit poteau et nous allâmes le voir. Il avait environ cinq à six pieds de hauteur et deux pieds de circonférence, et était garni de clous de haut en bas, de sorte qu’il paraissait bien difficile de trouver de la place pour en mettre de nouveaux. Je crois qu’il aurait fallu passer huit jours au moins pour les compter. On nous assura que ledit poteau était aussi ancien que la ville. Ce pouvait être curieux, mais n’était guère précieux. Si l’on ne voyait pas de Viennois dans les rues, en revanche les juifs y pullulaient. Ils harassaient les soldats pour leur demander s’ils avaient quelque chose à vendre, et j’assistai à plus d’un marché où ces coquins exploitaient l’ignorance de nos soldats. C’est là que je m’aperçus que le papier était la monnaie usuelle du pays et qu’un florin d’argent valait deux florins en papier. Jusque-là j’avais payé mes petites dépenses en argent au prix du papier et j’avais perdu la moitié. Je m’empressai de changer un écu de six francs pour lequel on me donna six florins en papier: le florin en argent vaut deux francs. Mais je ne tardai pas à regretter mon écu; car le lendemain on nous paya un mois de solde en papier, en comptant le florin pour un franc. Un de mes confrères, qui était déjà venu à Vienne, me dit qu’il savait où demeurait le célèbre Haydn, le père de la symphonie, et que, si je voulais, il m’y conduirait. Je ne demandais pas mieux; mais pouvions-nous espérer d’être reçus, après tant de généraux et de maréchaux qui avaient tenu à honneur de visiter l’illustre musicien. Nous y allâmes quatre et, malgré nos craintes, nous fûmes bien accueillis. Il nous dit qu’il avait toujours grand plaisir à s’entretenir avec des musiciens; mais qu’il craignait bien de ne pas avoir longtemps encore ce plaisir, vu qu’il se sentait bien affaibli. Il disait vrai, car il est mort dans la même année. On peut bien croire que la présence des armées françaises a abrégé ses jours; car les habitants de Vienne ont éprouvé bien des misères. On s’était emparé, pour les besoins de l’armée, de tous les magasins de blé et de farine, ainsi que des moulins. Aussi les boulangers ne se procurant que très difficilement des farines, ne pouvaient plus satisfaire aux besoins de la population, et j’ai vu, à la porte des boulangers, plusieurs centaines de personnes faire queue pour n’obtenir qu’une livre de pain. On était rationné comme pendant un siège, et beaucoup se passèrent de pain pendant plus de huit jours. »

A suivre.

 

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( 9 novembre, 2018 )

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Napoléon1

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