( 10 octobre, 2017 )

Napoléon à l’honneur à Arras…

C’est à l’occasion d’une exposition qui se déroule jusqu’au 4 novembre 2018.

https://napoleon.versaillesarras.com/

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( 10 octobre, 2017 )

En Espagne…

Général BUQUET

« Vitoria. Lettre du général Buquet, 10 juillet 1812. Le 29 juin la malle de France à Madrid a été enlevée par la bande de Longa (environ 3000 hommes), entre Miranda et Pancorbo ; le courrier, le postillon, 60 hommes, dont 2 officiers, de l’escorte qui n’était que de 134 hommes, ont été tués. Le 2 juillet, un convoi de 62 prisonniers allant de Santander à Bilbao avec une escorte de 160 hommes a été surpris par une embuscade près de Villa-Real ; 80 hommes dont l’officier ont été tués par la première décharge ; des prisonniers ont été atteints, presque tous se sont enfuis. Le 4 juillet, Mina a paru devant Vitoria avec 2500 hommes et 500 cavaliers ; la garnison les a mis en fuite ; les habitants sont restés tranquilles. Le 6 juillet, les anglais ont canonné la place de Castro ; les bandes de Longa et de Campillo ont soutenu l’attaque par terre, le général Duvernet s’étant porté au secours de Laredo à Castro, y est retourné ; le 8, les bandes, rappelées par les anglais, ont de nouveau attaqué la place ; la garnison d’une centaine d’hommes a capitulé et la place a été remise aux Anglais. Ils ont détruits tous les ouvrages de Lequeitio, Bermeo et autres places de la côte ; ils ont débarqué quelques hommes à Sarauz ; il y a eu un feu très vif entre le fort de Guetaria et l’ennemi ; le général Soulier s’est porté vers cette place. On porte à plus de 25 000 hommes le nombre d’insurgés dans le nord de l’Espagne. »

Bulletin du samedi 25 juillet 1812 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome V », Honoré Champion, 2001, p.82)

 —————————-

« Vitoria. Lettre du général Buquet, 21 juillet 1812. Le général gouverneur de Pampelune a adressé une circulaire aux communes voisines sur l’approvisionnement de la ville ; à Huarte, l’alcade et le curé ayant publié à nouveau les défenses de Mina, ont été fusillés ; 211 habitants de cette commune ont été arrêtés et conduits à Pampelune ; 165 habitants ont été retenus en otages, les autres renvoyés. Le résultat a été qu’au 1er marché de juillet, 100 paysans environ ont apporté divers objets. Après la prise de Castro, les Anglais ont laissé 1 frégate et 2 bricks devant la ville et se sont portés à Guetaria. La bande de Pastor s’est approchée de la ville avec de l’artillerie ; le 16, ily a eu un feu très vif, de terre et de mer ; le général Aussenac est intervenu avec une forte colonne, aidé par la garnison de Guetaria ; la bande a pris la fuite, abandonnant 5 canons ; parmi les prisonniers se trouvent « 5 Anglais dont 3 officiers ; le commandant de l’escadre a proposé un échange que le gouverneur a refusé. L’escadre anglaise a aussi attaqué Portugalete avec les bandes de Longa et Campillo ; le général Soulier les a mises en fuite ; ils ont laissé 400 fusils anglais neufs. On apprend que Madrid est tranquille. L’armée du centre semblait faire un mouvement vers celle du Portugal qui se trouvait sur le Duero en présence des anglais ; le général Binet était arrivé. On s’attendait à une bataille. »

Bulletin du jeudi 30 juillet 1812 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome V », Honoré Champion, 2001, p.96)

 

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( 9 octobre, 2017 )

Manière de dicter de Napoléon Ier .

Napoléon 1er

L’Empereur écrivait rarement, de sa propre main. Il dictait à un secrétaire, M. de Bourrienne, M. Méneval, M. Fain. Il relisait ordinairement les lettres ainsi dictées. Un très grand nombre de ces lettres sont corrigées de sa main. Indépendamment de ces dictées à ses secrétaires habituels, il dictait souvent à ceux qui étaient là, et par conséquent à ceux avec lesquels il était le plus habituellement en rapport, au ministre secrétaire d’Etat, principalement, et à ses autres ministres. En temps de guerre, au major général, à Duroc, à l’intendant général. La même chose lui arrivait avec ceux avec lesquels il traitait des affaires spéciales. Il arriva ainsi plus d’une fois qu’il dicta à mon père. Mon père confirme ce témoignage, qui est unanime, à savoir qu’il dictait avec une excessive rapidité; qu’il eut été impossible de le suivre si l’on avait voulu tout écrire qu’il fallait se contenter de jeter de temps en temps un mot sur le papier, et s’appliquer surtout à suivre l’ordre de ses idées, qui était comme celui de ses mots, elliptique en quelque sorte. Ceux qui habituellement écrivaient sous sa dictée, devaient nécessairement se faire une sténographie qui leur fût propre. Ils devaient traduire et remettre au net la dictée. C’était cette traduction que l’Empereur relisait et corrigeait, s’il y avait lieu. On envoyait la lettre ainsi corrigée, quelque difficile qu’il fit de lire ces corrections. Elles ajoutaient à l’authenticité (le la lettre. Cependant, il y a des exemples où le secrétaire transcrit à côté ou au bas de la lettre la traduction écrite de sa main. L’Empereur signait en toutes lettres Napoléon, ou paraphait, tantôt d’un simple N, tantôt de trois lettres, Nap. Il en était de même dans le temps où il signait Bonaparte, B., Bon., Bonap. Je suis convaincu que ses signatures et ses paraphes avaient souvent une signification suivant le plus ou moins grand nombre de lettres. Il est encore plus certain pour moi que le mouvement de son âme se peignait très souvent dans la plus ou moins grande pression qu’il faisait subir a sa plume en signant. Le plus souvent, l’Empereur dictait des lettres. Il lui arrivait cependant de dicter de simples notes. Les notes alors sont bien plus décousues encore. La phrase semble n’avoir plus aucune construction, ni correction. J’ai vu telle de ces notes qui contient la pensée première d’une de ses plus glorieuses campagnes. Un jour, il entraîna mon père dans son cabinet pour lui dicter une note. « Mettez-vous là. lui dit-il en lui montrant une table, et écrivez. » Mon père, préoccupé entièrement du sujet, sur lequel l’Empereur allait lui dicter, et fort peu, peut-être, de certains détails d’étiquette, prenait le premier siège qui lui tombait sous la main et allait l’occuper. C’était le fauteuil de l’Empereur, c’est-à-dire le trône. « Est-ce que vous voulez me détrôner ?» dit-il à mon père en riant, et avec un accent particulier de bienveillance.

Henry BOULAY DE LA MEURTHE

(« Carnet de la Sabretache », 1913)

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( 8 octobre, 2017 )

Un projet d’évasion de Sainte-Hélène…

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Divers projets d’évasion ont été formés pendant la captivité de l’Empereur à Sainte-Hélène. Il est difficile de savoir lesquels Napoléon a connus. Mais à aucun il n’a jamais prêté la moindre attention. Il savait que son rôle était fini et que son martyre créerait en faveur de son fils un courant d’opinion favorable. Il s’est sacrifié pour son enfant.  La lettre ci-dessous, adressée par l’amiral Plampin, commandant des forces navales anglaise à Sainte-Hélène, à Lord Melville, ministre de la marine, donne sur un plan d’évasion par sous-marin des détails assez curieux.   

Sainte-Hélène, 25 janvier 1818. 

Monseigneur, le 8 de ce mois, j’ai eu l’honneur d’écrire à Votre Seigneurie pour lui rendre compte que j’avais reçu des instructions relatives au docteur O’Meara contenus dans votre lettre du 14 septembre [1817]. Par retour du « Mosquito » de Rio de La Plata, le 19 courant, j’ai reçu une lettre du capitaine Sharpe de l’ « Hyacinthe » datée du 22 décembre [1817], contant des rapports sur des complots et plans d’évasion du général Bonaparte, et dont la copie suit : « J’ai reçu il y a quelques semaines une communication confidentielle de M. Chamberlain, chargé d’affaires, à Rio de Janeiro : elle porte que le duc de Richelieu a avisé M. Malert, chargé d’affaires de France, qu’un plan était en préparation pour secourir Buonaparte ; quatre officiers (pris à Pernambouc et envoyés prisonnier à  Lisbonne) auraient déclaré qu’un général français nommé Brayer, au service de ce gouvernement était le principal acteur de cette affaire. J’ai en conséquence pris toutes [les] mesures en mon pouvoir pour m’assurer qu’un plan de ce genre se préparait- mais sans succès. Le général Brayer commande en ce moment les troupes bloquant Falcaquara ; il a avec lui plusieurs officiers français ; mais aucun d’eux, pendant leur séjour ici, n’a entendu parler d’une participation quelconque aux plans ci-dessous. -Un jeune homme, arrivé il y a quelque temps en Angleterre, a apporté le plan d’un bateau capable d’être mû à la rame sous l’eau. Ce bateau, pouvant contenir six hommes, naviguerait au choix en surface ou sous l’eau pendant plusieurs heures. La personne qui a apporté ce plan a refusé de donner le nom des personnes qui l’emploient en angleterre. J’ai transmis l’affaire à l’Amirauté, qui pourra sans aucun doute découvrir ces personnes ; un brevet d’invention a, je crois, été pris. Le bateau est en fer et peut-être transporté à bord d’un vaisseau de 150 tonneaux. Le Gouvernement de Buenos-Ayres [Buenos-Aires] n’a donné aucune réponse à cette proposition… 

Amiral PLAMPIN. 

Document publié en 1932 dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes, avec la mention « Communication de Mlle DECHAUX ». 

 

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( 7 octobre, 2017 )

Un documentaire sur SCHULMEISTER, ce soir sur ARTE.

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( 7 octobre, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL RAPP au BARON DESPORTES, PREFET du HAUT-RHIN.

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Moscou, 7 octobre 1812. 

Il y a aujourd’hui un mois que l’Empereur a gagné la plus belle et la plus terrible bataille qui se soit encore livrée depuis la Révolution [Rapp fait allusion à celle de La Moskowa, le 7 septembre 1812]. Le général Compans ayant été blessé, Sa Majesté l’avait donné le commandement de cette belle division mais j’ai reçu à mon tour quatre coups dans une heure et demie de temps. Le premier, un coup de pistolet dans la cuisse ; le troisième, un boulet de canon au bras gauche, et le quatrième, un biscaïen dans la hanche gauche. Celui-là m’a renversé de dessus mon cheval et m’a obligé de quitter la partie. Heureusement qu’aucune de ces blessures n’avait rien cassé, et je suis presque rétabli. Tout le monde prétend que je ne serais plus tué à la guerre. 

(Arthur Chuquet, « Avec la Grande Armée en Russie. 1812. Préface de Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 2004, pp.252-253).

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( 6 octobre, 2017 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

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( 5 octobre, 2017 )

Les blessés de Wagram, d’après une lettre adressée à Maret, duc de Bassano.

Les blessés de Wagram, d'après une lettre adressée à Maret, duc de Bassano. dans TEMOIGNAGES larreyetblesss

Vienne, le 17 juillet 1809.

Au duc de Bassano 

Monseigneur, 

J’ai été assez heureux pour voir les Français combattre dans plusieurs campagnes, et j’ai souvent pensé qu’à l’armée seulement on pouvait juger du noble caractère de notre nation ; qu’il ne peut y avoir d’esprit d’opposition, en France, que chez des gens d aveuglés par la passion ou parmi ceux qui n’ont pas vu nos drapeaux chez l’étranger ; que les Français montrent à le guerre mille qualités qui ne trouvent point leur développement sur le sol natal et que l’on ne connaît encore que la moitié du courage, de la gaîté, de la générosité du soldat français, si l’on ne l’a pas vu blessé, souffrant et prêt à expirer de la mort des braves. Votre Excellence désire connaître quels sont les traits remarquables dont nous avons pu être les témoins pendant nos heureuses journées du 7 au 14 juillet. J’ai déjà vu tant d’actions héroïques dans les armées françaises, que si j’avais été le seul qui dût répondre à cette demande, je n’aurais pas hésité à dire que le trait le plus inconnu à citer était de voir les ministres de S.M. près d’Elle sur le champ de bataille, dépassant la ligne où leur vie pouvait être à l’abri du danger et ajoutant au courage des braves qui recevaient des blessures derrière eux, ce sang-froid désintéressé et cet et cet élan du cœur qui le associaient aux chances de nos armes et leur faisaient un plaisir du bivouac, de la fatigue et des privations. Louis XIV était aussi suivi à l’armée par ses ministres, mais ils ne se livraient pas à lus de dangers et de fatigues que n’en offre une longue partie de chasse. Le génie militaire de l’Empereur a rendu nos batailles en combats de géants, que nos rois les plus guerriers auraient peine à  croire, s’ils pouvaient en entendre le récit. Les relations que MM. Pinot et de Breteuil ont eu l’honneur de remettre à Votre Excellence contiennent ce que nos recherches ont offert de plus intéressant. Ce qui m’a été dit personnellement est ce que chaque officier ou soldat a pu entendre cent fois depuis nos armées couvrent le territoire ennemi. J’en extrais pourtant ce qui peut mériter le plus d’être mis sous les yeux de Votre Excellence. Le 11, au soir, nous ramenâmes plusieurs blessés, qui avaient été pansés à l’ambulance d’Enzersdorf et pour lesquels il n’y avait plus de moyens de transport. L’un d’eux (Français) dit gaiement quand il fut placé dans une voiture : « Infirmier, je laisse ici ma jambe, je te la donne ; aies-en bien soin, entends-tu ? ». Un soldat de la ligne avait tout le bas-ventre emporté par un boulet ; il était le plus souffrant de tous et, cependant, il avait le plus de courage. Il exhortait, encourageait chaque blessé : « J’aimerais mieux être seul au fond d’un bois, disait-il, que d’entendre mes camarades crier ainsi. » Un autre Français, plus sensible à la douleur, couché près de lui, poussait des cris lamentables ; on les met dans la même voiture, le courageux soldat y est placé le premier ; l’autre, ne songeant qu’à ses douleurs, se laisse tomber sur l’affreuse plaie du soldat, qui pousse des cris horribles : « Vilain lâche, lui dit-il, si j’avais mon sabre, je te tuerais, mais je vais te rouer de coups si tu ne te retires pas. » On les plaça l’un vis-à-vis de l’autre, et le soldat, oubliant sur-le-champ sa colère et sa souffrance, s’occupa de son compagnon d’infortune, comme de l’être qu’il eût le plus aimé ; il lui montrait à se tenir, arrangeait le linge qui couvrait ses blessures, lui donnait à boire. Le 14, à minuit, je trouvai à la porte de l’hôpital de Josephplatz, un fiacre contenant deux blessés (l’un Français et l’autre Hongrois). On avait déjà refusé leur admission dans deux hôpitaux et le cocher, voulant emmener sa voiture et ses chevaux, qui étaient attelés depuis le matin, les deux soldats allaient passer la nuit sur le pavé, à la porte de l’hôpital. Je demandai au Français (carabinier du corps d’Oudinot) quelle était sa blessure : »Monsieur, me dit-il avec tranquillité, j’ai eu la cuisse emportée par un boulet ; je suis resté six jours sur le champ de bataille, on m’en a relevé ce matin et on m’a coupé la cuisse ; mais il est trop tard, j’ai des vers jusqu’à la hanche ; je mourrai sûrement demain ; au reste , je m’en moque ; je serais seulement fâché de mourir sur le pavé. » Je lui promis qu’il allait sur-le-champ entrer à l’hôpital : »Monsieur, ajouta-t-il, tâchez je vous en prie, d’y faire mettre aussi ce pauvre kaiserlich. » Je fis lever immédiatement le chirurgien-chef et le forçai à recevoir ces deux soldats. 

Le 7, au soir, nous ramenâmes dans notre voiture un capitaine du 25ème régiment d’infanterie légère, qui avait le bras et l’épaule fracassés par une balle. Il ne sentait pas le besoin de manger, quoiqu’il n’eût rien pris depuis trente-six heures, mais une soif affreuse le dévorait. Son palais était devenu sec et enflammé ; une goutte de vin venait de le faire beaucoup souffrir. J’avais une orange et la lui donnait : « Monsieur, me dit-il  avec attendrissement, il y a 15 ans que je sers ; depuis  ce temps, les deux plus grands plaisirs que j’aie éprouvée sont : d’avoir reçu la croix à Friedland, et de manger cette orange. » Voici une ingénuité qui m’a fait à la fois peine et plaisir. Je fus voir l’hôtel du comte de Rasumowski, lorsque le corps du général Lasalle venait d’y être transporté ; il était encore sur le chariot qui l’avait amené. Un chasseur à cheval, qui l’avait escorté, le gardait ; des larmes roulaient dans ses yeux. J’entrai en conversation avec lui : « Ah Monsieur ! me dit-il, quel brave militaire que le général Lasalle ! Si j’étais l’Empereur, je le ferais maréchal d’Empire. » Le 10, près de Rachsdorf, nous vîmes deux ou trois soldats qui avaient fait halte et semblaient accablés de fatigue ; nous les prîmes d’abord pour des blessés : »Qu’as-tu mon ami ? Dis-je à l’un d’eux.- Monsieur, je n’ai rien ; c’est que je n’ai pas mangé depuis trois jours.- Où vas-tu ? – Rejoindre le corps du général Marmont. » Je terminerai ma narration par un tableau bien noir et bien frappant. A Enzendorf, dans un recoin obscur, sous l’escalier du clocher, deux soldats autrichiens étaient couchés l’un à côté de l’autre.

L’un d’eux venait d’expirer, l’autre avait les deux jambes emportées jusqu’au-dessus du genou. Il n’avait point été pansé et la chaleur extrême des quatre jours précédents avait fait produire à ses plaies une grande quantité de vers qu’on voyait le ronger. Ce malheureux avait conservé sa connaissance ; il avait vécu de la paille qui était sous lui. On lui donna du pain dont il mangea aussitôt. Lorsqu’on lu parlait, il ne pouvait répondre ; mais alors il montrait ses blessures et, soit que le soldat qu’il avait à ses côtés fût son camarade et son ami, soit qu’il redoutât d’avoir près de lui un mort, je l’ai vu étendre sa main sur lui comme pour s’assurer s’il vivait encore.                                                 

Signé : G. de VIENNEY, membre du Conseil d’Etat.

 

Article paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1896. 

 

 

 

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( 4 octobre, 2017 )

Le Général Dery….

César Dery, né à Saint-Pierre, dans l’île de la Martinique, le 2 février 1768, avait d’abord servi dans la marine comme pilote à bord d’une frégate et comme garde-marine surnuméraire à bord d’une corvette. En 1788 il s’engage au 12ème régiment de chasseurs et il devient successivement brigadier (1791), maréchal des logis et sous-lieutenant (1793), lieutenant (1794). Blessé à Marengo, après avoir été blessé à Saint-Trond et à Fleurus, il est Le Général Dery…. dans FIGURES D'EMPIRE Lutzencapitaine en 1801. Aide de camp de Murat en 1805, chef d’escadron en 1806 et colonel du 5ème régiment de hussards en décembre de la même année, il fait toutes les campagnes de la Grande Armée et reçoit le titre de baron de l’Empire en 1810. Passé au service du roi de Naples en 1809, il rentre au service de France et obtient, le 6 août 1811, le grade de général de brigade. Il était pendant la campagne de Russie aide de camp de Murat, et il se distingua à la Moskova. Ce fut lui qui, après la bataille, alla reconnaître le terrain en avant de Mojaïsk et jusqu’aux portes de la ville, et il revint dire à Murat qui s’avançait avec fougue sans soupçonner d’obstacle, qu’un profond ravin se trouvait entre les Russes et lui. Mais le 18 octobre, à Winkowo, il périt. « Je le vis, dit Combe, atteint mortellement d’une balle dans la poitrine, se pencher sur le cou de son cheval en abandonnant les rênes, son sabre soutenu à son poignet par la dragonne, ses mains cherchant à se cramponner à la crinière. Il resta quelques secondes dans cette position et tomba enfin sur le dos. Des Cosaques eurent la barbarie de percer de coups de lance le corps du général qui se roulait sur le sable dans les dernières convulsions de l’agonie. A cette vue, saisis de rage, nous nous précipitâmes sur le groupe et en tuâmes une dizaine. » Il était mulâtre et il devait sa fortune à Murât dont il aurait été, au 12ème  chasseurs, le camarade de lit; aussi, Lamarque, arrivant à Naples et apprenant qu’Exelmans était le favori de Murat, disait-il plaisamment : « Ah je vois, c’est un Dery blanc. » Mais Labaume, dans son témoignage sur la campagne de Russie, assure qu’en 1812, dans toutes les occasions, Dery avait fait preuve d’un grand courage et d’une haute capacité.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.339-340).

 

( 3 octobre, 2017 )

Le sergent Réguinot.

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« Mes camarades, j’ai pris la plume pour vous écrire ces mots : « Nous avons fait la campagne de Moscou, beaucoup y sont morts, peu en sont revenus, tous s’y sont couverts de gloire ; quant à moi, j’y ai cruellement souffert, mais je me porte bien, et désire ardemment que le présent livre vous trouve de même ». Ainsi commencent les « Mémoires » qu’i la laissées sur la campagne de Russie ; un ouvrage publié en 1831 « Au profit des Polonais » (La Pologne alliée de la France sous l’Empire, venant alors de se soulever contre les Russes). Avec son régiment, le 26ème d’infanterie légère, il passe le Niémen fin juin 1812. « Notre régiment particulièrement, reçut l’ordre de traverser Kowno, et de prendre position de l’autre côté de la Wilia. L’ennemi en battant en retraite, avait brûlé un pont qui devait servir de passage aux troupes. Il nous fut enjoint de le rétablir, et en quelques heures tout était terminé ».

Le témoignage du sergent Réguinot ne laisse aucun répit au lecteur. Avec lui, on suit le soldat dans son ravitaillement, à la préparation d’un bivouac. On est à ses côtés lors d’une halte nocturne dans les bois, ne pouvant aller plus loin sous peine d’être fait prisonnier par les cosaques…Rien n’est jamais acquis d’avance dans cette campagne de Russie qui a fait couler tant d’encre : « …nous trouvâmes pour la première les Russes disposés à se défendre. Les voltigeurs étaient près du château [celui de Jacobowo]. On fit faire à quelques-uns des battues dans le bois pour faire de la soupe ; mais les Russes ne nous laissèrent pas le temps de la manger : une grêle de biscayens et d’obus enlevèrent nos marmites. On nous donna l’ordre de nous former en tirailleurs. Nous exécutâmes ce mouvement avec la rapidité de l’éclair, et nous fîmes bientôt reculer les tirailleurs russes. »

Plus tard, Réguinot doit affronter la neige, à laquelle vient s’ajouter un froid intense, la faim, le typhus, et la mort omniprésente qui peut vous faucher d’un instant à l’autre…Sérieusement blessé par un éclat de mitraille, son témoignage prend alors une intensité supplémentaire. Dans cet « enfer blanc », il souffre comme un damné, en proie à une fièvre très virulente. Le 12 janvier 1813, Réguinot arrive à Dantzig comme par miracle : « On me donna un billet de logement. Les personnes chez lesquelles j’étais, s’empressèrent, à mon arrivée, de me prodiguer tous les soins qu’exigeait ma position. ». Après sa convalescence, mais encore faible, il demande à reprendre du service. Le sergent Réguinot rejoint les rangs du 2ème léger, troisième compagnie. Confiné à l’intérieur de la ville, alors assiégée par les russes, il écrit : « Je regrettais d’autant plus de n’avoir point assez de force pour combattre l’ennemi, et chercher une mort glorieuse, que dans la ville, on courait autant de dangers, en raison du grand nombre de bombes et de boulets qui y tombaient. C’était mourir dans se défendre ».

Fin décembre 1813, intervient la chute de Dantzig, Réguinot y sera retenu prisonnier durant trois mois puis renvoyé en France. Après le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan, il rejoint les rangs du 5ème régiment de voltigeurs de la Jeune Garde.

C.B.

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