( 11 août, 2017 )

DERNIERS JOURS de l’ARMISTICE de PLEISWITZ et ceux qui suivirent…

Un extrait choisi des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse (Editions Cléa, 2009), qui occupait depuis le 29 juillet 1813 les fonctions de Payeur de l’Empereur (après avoir été nommé initialement « Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur »).

8 août. On apprend que la trêve doit être dénoncée le 10 août, et, le 15 août, l’armistice cessera. Ce jour est la fête de l’Empereur, elle sera placée au 10 août.

10 août. Le plus beau jour a éclairé cette fête. A dix heures, Sa Majesté, après avoir reçu les compliments du Roi, de la famille royale, des grands officiers de sa maison, des maréchaux et des officiers de sa Garde, s’est rendue dans la prairie de l’Osterwise. Trente mille hommes d’infanterie et soixante-quinze escadrons défilent devant Leurs Majestés. A trois heures, les temples retentissent des chants du Te Deum. Un grand dîner a été servi à la Garde dans la grande allée de la Neustadt, et à l’armée du génie dans l’intérieur de la tête du pont. A la chute du jour, la Garde, au milieu des plus vives santés offertes à l’Empereur, à l’Impératrice, au Roi de Rome, à toute la Famille impériale, a fait un feu de file soutenu, en cartouches étoilées. Il y a eu grand banquet chez le roi de Saxe. Le soir, les principaux édifices de Dresde, le palais du Roi et des Princes, les hôtels des divers ministères et administrations saxonnes et les principales rues présentaient une illumination brillante.

Visité le palais Brulh et joui, de la terrasse du château, du beau développement que présente l’Elbe.

12 août.  Nous apprenons qu’on n’a pu s’entendre à Prague ; la face de Dresde a changé ; l’armistice a été dénoncé hier ; les hostilités vont recommencer ; les troupes quittent leurs cantonnements, leurs camps de plaisance ; le congrès est dissous. Un nouvel ennemi s’est déclaré contre nous. L’Autriche est entrée dans la coalition. L’armistice n’a été conclu que pour lui donner le temps de compléter ses armements ; de nouveaux aliments vont faire éclater avec plus de vivacité des querelles sanglantes qu’on se plaisait à croire terminées.

15 août.  Sa Majesté vient de partir, prenant la route de Pirna. Elle passera l’Elbe sur les ponts jetés entre Königstein et Lilienstein. La maison s’est arrêtée à Harta.

16 août. Sa Majesté est entrée à Bautzen. On apprend dans la journée que, déjà, nos troupes, en Silésie, ont été attaquées à l’improviste dans leurs cantonnements, et que le général Jomini, chef de l’état-major du prince de La Moskowa, avait passé à l’ennemi.

17 août.  A Reichenbach.

18 août. A Görlitz. Sa Majesté se porta plus avant. Déjà le prince Poniatowski avait rencontré une avant-garde autrichienne, en avant de Zitau ; on en était venu aux mains. Plusieurs corps d’armée avaient été détachés pour aller à la rencontre de l’armée autrichienne.

19 août.  A huit heures, Sa Majesté est partie pour Zitau. Dans la journée, le canon s’est fait entendre dans cette direction. Sa Majesté est allée jusqu’à Gabel. En rentrant de nuit à Zitau, le colonel Bernard, aide-de-camp de Sa Majesté, traverse un pont étroit et sans parapet, tombe dans le ravin et se casse la jambe. Sa Majesté fut très sensible à cet accident qui la privait d’un officier du plus grand mérite.

20 août. A trois heures du matin, Sa Majesté est rentrée à Görlitz. Son arrivée est le signal du départ du quartier impérial. On arrive à Lauban.

21 août.  Nous arrivons à Lowenberg. Les Prussiens, en fuyant devant nous, avaient brûlé le pont sur la Bober ; malgré la plus vive résistance, nos sapeurs le rétablissent. Le général Lauriston s’élance sur l’ennemi ; les troupes du duc de Tarente appuient ce mouvement. La Jeune et la Vieille Garde sont en observation dans la plaine. La nuit, les feux des bivouacs ennemis s’aperçoivent dans le lointain. Sa Majesté, qui s’était portée fort en avant, contente d’avoir arrêté le mouvement des Prussiens, rentre à Lowenberg.

22 août. Séjour. On annonce l’ennemi dans la plaine de Dresde.

23 août.  A Görlitz.

24 août.  A Bautzen. Les lettres de Dresde appellent Sa Majesté. Le Roi de Naples se dirige vers cette capitale. J’ai visité le faubourg dit des Wendich ou Vandales. Cette colonie d’habitants diffère des autres Saxons par la couleur de la peau ; elle a conservé ses mœurs, ses jeux et d’autres habitudes étrangères au pays.

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( 10 août, 2017 )

Le sommeil de Napoléon.

Au soir de la bataille de Friedland

« C’était un privilège donné par la nature à Napoléon de pouvoir dormir et se réveiller à volonté. Sans transition il passait du sommeil le plus profond au réveil le plus lucide. C’est une faculté qu’il tenait de sa mère Letizia . Il n’en abusait pas. Il dormait d’ordinaire cinq à six heures, mais souvent beaucoup moins. Lui arrivait-il de se coucher vers minuit, après trois heures d’un repos qui n’avait point été un instant troublé, il se réveillait par un brusque sursaut, sonnait son fidèle Constant endossait à la diable une robe de chambre et pénétrait dans son cabinet. Il était trois heures du matin : c’était l’heure qui lui semblait la plus favorable pour lire les rapports des ministres ou parcourir l’état de situation de ses armées. Il y avait du feu en toute saison dans son cabinet, Napoléon ayant toujours été très frileux. La duchesse d’Abrantès prétend qu’il se chauffait même au mois de juillet. Une fois installé à sa table de travail, s’il le jugeait indispensable, il donnait ordre qu’on fit prévenir son secrétaire. Un ambigu était préparé et le secrétaire était invité à partager la collation. C’est dans ces moments que le Maître consentait à se départir de sa froideur et de sa réserve habituelles. En campagne, ses habitudes n’étaient guère modifiées. « Dormir au moment d’une bataille, avait coutume de dire l’Empereur, est un genre d’héroïsme qui ne dépend que de la fatigue de la veille. » Le grand-maréchal du palais, Duroc, disait avoir vu Napoléon dormir non seulement la veille de la bataille, mais pendant la bataille même ! « Il le fallait bien, répliquait l’Empereur ; quand je donnais des batailles qui duraient trois jours, la nature devait aussi avoir ses droits. Je profitais du plus petit instant ; je dormais où et quand je pouvais. » Il disait, à ce propos, qu’indépendamment de l’obligation d’obéir à la nature, ce sommeil offrait au chef d’une très grande armée le précieux avantage d’attendre avec calme les rapports et la concordance de toutes ses divisions, au lieu de se laisser emporter peut-être par le seul objet dont il serait le témoin . L’Empereur dormait quelquefois un quart d’heure, une demi-heure sur le champ de bataille, lorsqu’il était fatigué ou qu’il voulait attendre plus patiemment le résultat des ordres qu’il avait donnés. Ainsi, à Wagram, à trois heures, quand Masséna est débordé, il donne des ordres pour arrêter le mouvement tournant qui menace la gauche de l’armée. Sûr de l’exécution des mouvements qu’il a prescrits, et confiant dès lors dans la victoire, il fait étaler sa peau d’ours et s’endort devant tout son état-major. Il se réveille à quatre heures et demie ; à ce moment, l’armée autrichienne est en pleine déroute. A Bautzen, en Saxe, en 1813, la bataille dure deux jours. L’Empereur rentre le soir de la première journée au quartier-général et reste avec le prince Berthier jusqu’à minuit. Le reste  de la nuit se passe à travailler et, à cinq heures du matin, l’Empereur est debout et prêt à retourner au combat. Mais, trois ou quatre heures après son arrivée sur le terrain, il ne peut résister au sommeil qui l’accable. Prévoyant l’issue favorable de la journée, il s’endort sur la pente d’un ravin, au milieu des batteries du général Marmont et sous la pluie battante. On ne le réveille que pour lui dire que la bataille est gagnée. Lorsque, malgré lui, l’Empereur cédait au sommeil, il prenait le repos qui lui était nécessaire où et comme il pouvait, en vrai soldat. Quand la bataille de Friedland fut gagnée, il fit dresser sa tente près d’une auberge isolée, qui avait servi de quartier général le matin même à l’empereur Alexandre et, toute la nuit, il reçut des officiers et travailla avec Berthier et ses secrétaires. En Italie, alors qu’il était général, il passa un grand nombre de nuits sans jamais dormir, tant le travail l’absorbait : un beau jour, épuisé et ayant un moment de répit, il se couche et dort dix-huit heures de suite. En 1813, lorsqu’il apprend que l’armistice était signée, il s’endort à Görlitz à neuf heures du soir et ne se réveille que le lendemain à sept heures ; les gens de sa suite ne l’avaient pas encore vu, depuis qu’il était Empereur, faire un si long somme. Napoléon attendait-il des nouvelles de ses généraux; présumait- il que quelque bataille avait eu lieu, il paraissait agité; au milieu de la nuit même, il se levait deux pu trois fois et faisait mettre sur pieds plusieurs de ceux qui travaillaient dans son cabinet. Au surplus, il était rare qu’il ne se levât pas vers deux heures du matin ; mais, lorsqu’il n’y avait rien d’extraordinaire, il se couchait presque toujours à neuf heures du soir. Napoléon avait un sommeil profond et sans trouble. Le comte de Las-Cases se plaisait à raconter que, dans le cours d’une campagne, on éveillait souvent l’Empereur pour des circonstances imprévues. Il se levait aussitôt et l’on n’eût pu deviner à ses yeux ni à sa parole qu’il venait de dormir ; il donnait ses décisions ou dictait ses ordres avec la même clarté, la même fraîcheur d’esprit que si c’eût été en tout autre moment ; c’est ce qu’il appelait la présence d’esprit d’après minuit. Il arriva, en certaines circonstances, qu’on l’éveilla jusqu’à dix fois dans la même nuit. Si un aide de camp devait apporter quelque nouvelle à l’Empereur, Roustam  le réveillait en le poussant doucement. —  » Qu’est-ce ? disait-il en s’éveillant en sursaut, quelle heure est-il ? Faites entrer. » L’aide de camp faisait son rapport ; si cela était nécessaire, l’Empereur se levait sur-le-champ et sortait de sa tente ; s’il devait y avoir une affaire, il examinait le ciel et l’horizon et disait : « Voilà un beau jour qui se prépare ! » « A cheval ! » ajoutait-il, et il partait. Chaque fois que des circonstances imprévues forçaient les aides de camp à faire réveiller l’Empereur, ils le trouvaient aussi apte au travail qu’il pût pu l’être au commencement pu au milieu du jour. Par contre, aussitôt le rapport d’un aide de camp terminé, Napoléon se rendormait aussi facilement que si son somme n’eût pas été interrompu. Son lit de campagne le suivait partout, porté par des mulets; lorsqu’il avait passé la nuit au bivouac, ou qu’il avait beaucoup voyagé, il le faisait dresser au pied ‘un arbre, dans le premier endroit venu, et dormait une heure. Souvent les mulets et les voitures qui portaient son lit n’arrivaient pas à temps, au bivouac. La veille d’Iéna, Napoléon passa une partie de la nuit à éclairer les travailleurs qui faisaient une route pour le passage de l’artillerie; le travail terminé, il s’étendit sur une botte de paille dans un bivouac de soldats, boutonna sa capote, retira son petit chapeau  et s’enveloppa la tête d’un mouchoir de couleur que lui prêta Roustam. Lorsque la suspension des hostilités lui laissait quelque répit, il s’établissait dans la ville la plus proche et se faisait un genre de vie plus régulier, mais il ne renonçait pas à son habitude de travailler de deux à quatre heures du matin; il se reposait ensuite environ une heure, reprenait son travail, et ses Maréchaux et ses généraux venaient alors recevoir ses ordres, ils le trouvaient se promenant dans son cabinet, en robe de chambre, la tête enveloppée dans un mouchoir de soie bigarré, qui avait l’air d’un turban. En campagne, il couchait comme il pouvait.  » A la guerre comme à la guerre  » , avait-il coutume de répéter. Le général de Ségur le trouva un jour dans une ferme, sommeillant, assis à côté d’un poêle, dont un jeune tambour, sommeillant de même occupait l’autre côté. Etonné de ce spectacle, il s’informe et apprend qu’à l’arrivée de Napoléon on avait voulu renvoyer cet enfant ailleurs, mais que le tambour avait résisté, disant qu’il y avait place pour tout le monde, qu’il avait froid, qu’il était blessé, qu’il était bien là et qu’il y resterait. Ce que Napoléon entendant, il s’était pris à rire, ordonnant qu’on le laissât sur sa chaise, puisqu’il y tenait si fort. En sorte que l’Empereur et le tambour dormaient assis en face l’un de l’autre, entourés d’un cercle de généraux et de grands dignitaires debout, attendant des ordres. Autres circonstances, autre décor. Le général Girod (de l’Ain) rapporte que le soir de la bataille de Montmirail, il avait été envoyé au quartier général pour prendre des ordres. Ce ne fut qu’é une heure très avancéequ’il atteignit la ferme qu’occupait l’Empereur. Hormis les sentinelles, tout le monde dormait. Après avoir traversé une grande cour, encombrée d’hommes et de chevaux, couchés pêle-mêle sur les fumiers qui la remplissaient. Girod pénètre au rez-de-chaussée, dans une petite chambre éclairée de bougies, brûlant sur une petite table et même sur le plancher. Le fidèle mameluck Roustam était couché par terre, en travers de la porte ; au fond de la chambre, était une petite alcôve et un lit, sur lequel reposait, tout habillé, l’Empereur lui-même. Encore Napoléon ne fut-il pas toujours couché aussi confortablement. Ainsi en Russie et en Pologne, l’Empereur ne trouva souvent asile que dans des bouges infects. La veille même de son entrée à Moscou, il logea dans le faubourg de Dorogomilow, dans une maison si sale et si misérable, que le lendemain matin on trouva dans le lit de l’Empereur et dans ses habits une vermine bien connue en Russie. L’Empereur ne dormit pas de la nuit et cependant, on ne cessa de brûler du vinaigre et du bois d’aloès. L’odeur était si désagréable qu’à chaque instant l’Empereur appelait Constant et lui disait : « Mon fils, brûlez du vinaigre, je ne puis tenir à cette odeur affreuse, c’est un supplice ; je ne puis dormir. » Constant faisait de son mieux et, un moment après, quand la fumée du vinaigre était évaporée, il fallait recommencer à brûler du sucre et du bois d’aloès. On peut présumer que, durant la retraite, les abris furent encore plus mauvais et que la vermine n’épargna pas plus Napoléon que ses soldats. Fait à remarquer : Napoléon supportait la faim, le froid, la mauvaise nourriture et les privations de toute nature, mais il ne pouvait s’habiller ni se déshabiller tout seul. Dès qu’il fut général en chef, il dut sans cesse être suivi d’un valet de chambre. Comment s’étonner, après cela, qu’il n’y ait pas de grand homme pour son valet de chambre ? »

Dr. CABANES.

 

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( 9 août, 2017 )

A propos du capitaine Planat de la Faye…

Portrait de Planat

Planat vers la fin de sa vie.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard: Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

C.B.

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( 8 août, 2017 )

Aspect physique de Napoléon en 1814.

Napoléon le Grand

« Napoléon n’avait pas pu se préserver entièrement des effets de l’obésité dont le plus caractéristique, chez le commun des hommes, est de les occuper presque exclusivement d’eux-mêmes, et de leur faire redouter à l’excès, les incommodités et les dangers de toute espèce. Le Bonaparte, maigre et sec, de l’armée d’Italie, n’eût pas encouru les reproches que l’on peut adresser au Napoléon, gros et gras de ses dernières campagnes. Pour commencer à apprécier la différence qui exista entre ces deux hommes, peut-être suffirait-il de rappeler que Bonaparte n’eut pas de maîtresses quand le feu de la jeunesse lui eût facilement fait pardonner des écarts, et qu’on ne peut plus en dire autant de Napoléon quand la seule maturité de l’âge aurait dû l’y faire renoncer. »

(Général LAFAILLE, « Mémoires (1787-1814) », Teissèdre, 1997, pp.144-145)

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( 7 août, 2017 )

Une LETTRE du GÉNÉRAL LEDRU DES ESSARTS…

Elle est adressée à son frère.

Friedeberg, Silésie, 4 août 1813.

… Ma division est campée depuis six semaines ; adossé à une forêt, appuyée à la Quiess, mon camp dans une position charmante, ayant en face les hautes montagnes de la Bohême ; il est bâti en planches avec beaucoup d’élégance et de régularité. J’ai 15 bataillons, savoir : 6 français, 4 de grenadiers et voltigeurs napolitains, et 5 Westphaliens, dont la garde royale qui est admirable par la beauté et la tenue des hommes, en outre 3 compagnies d’artillerie française, en tout 6900 baïonnettes, et 28 bouches à feu. J’ai l’avantage d’avoir de vieilles troupes.

Les bruits de guerre et de paix se succèdent ici journellement. Nous avons cependant l’espoir de la paix. Friedeberg est à l’extrémité méridionale de la Silésie, à demi-quart de lieue de la Saxe, et une lieue et demie de la Bohême, de manière qu’il m’arrive souvent de me promener à cheval sur le territoire de trois royaumes avant  mon dîner.

Les eaux minérales de Flinsberg, à une lieue, me procurent l’agrément d’une promenade utile à ma santé…

Baron LEDRU DES ESSARTS.

(Source : « Un grand patriote sarthois méconnu. Ledru des Essarts », Le Mans, Jean-Louis Bonnéry, 1988).

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( 6 août, 2017 )

La campagne de 1815 vue par le général Teste…

WaterlooLa première publication des « Souvenirs » du général François Teste (1775-1862) et dont est extrait ce passage, le fut dans le « Carnet de la Sabretache » entre 1906 et 1912. Le libraire F. Teissèdre, en 1999, a eu la bonne idée, dans sa grande campagne de réimpression de témoignages issus de cette revue, de rééditer ce texte. Celui qui suit, a été extrait du Bulletin de la Société Belge d’Études Napoléoniennes, n°26, de mai 1958.

C.B.

En 1815, le général Teste commandait la 21ème division d’infanterie du 6ème corps et fut détaché sous les ordres du maréchal Grouchy. Aussitôt que je pus profiter du loisir qui me fut donné alors et qui devait durer assez longtemps, je classai et compulsai mes notes sur cette dernière campagne du Premier Empire ; je crois devoir les reproduire ici.

Si la campagne de cette année a été si courte, si malheureuse pour les armes françaises, c’est qu’on a perdu aux préparatifs, aux parades de Mai, le temps le plus précieux, c’est qu’on a cru que l’entrée à Paris et le rétablissement du trône impérial dans la capitale décidaient de tout ; c’est qu’on a compté trop longtemps, malgré l’expérience de 1813, sur les promesses du père de Marie-Louise, c’est qu’on n’a pas su ou plutôt qu’on n’a pas voulu mettre à profit l’élan d’une nation généreuse, élan devant lequel toute coalition serait venue se briser ; c’est qu’on a négligé d’étouffer en son berceau cette coalition en se portant aux frontières naturelles de la France, en arrivant le 29 ou le 30 mars à Bruxelles, en enlevant à 15.000 Anglais ou Prussiens, seule garde de la Belgique, tout le matériel de notre ancienne artillerie, en grossissant l’armée, en vingt-quatre heures, de 1000.000 Belges, anciens compagnons de notre gloire, en reprenant rapidement la Savoie et s’emparant des alpes par quelques corps qu’i s’y trouvaient tout à coup accueillis et renforcés par la division franco-piémontaise. Que faisaient alors les Autrichiens ? Que faisaient alors les russes ? qu’auraient fait les Anglais, les Prussiens et les Espagnols ? La France entière était levée. Elle voulait rester grande et libre (sans autre conquête), entre le Rhin, les alpes et les Pyrénées. Cette attitude digne de nous, cette déclaration franche et ferme, jetée, dès le 30 mars, au milieu de l’Europe tout étonnée de la résurrection du géant, n’aurait-elle pas produit plus d’effets qu’une inaction de trois mois, les discussions dur l’Acte additionnel et le Champ de Mai ?Ces vérités, on les a senties, mais trop tard. Ces fautes, on les a reconnues, mais quand il n’était plus temps de les réparer. Le trône que vous n’aviez pas permis d’étayer, s’est écroulé de nouveau, plus vite et avec plus de fracas qu’en 1814, et a entraîné dans sa chute cette vieille armée dont les débris faisaient encore trembler l’Europe, maîtresse de la capitale. On a beaucoup écrit sur ces graves événements. La France et l’Europe ont été inondées de brochures de toutes couleurs, mais aucun des écrivains contemporains n’est parvenu à analyser les fautes qui ont amené la catastrophe ; Je viens de signaler la principale d’où découlent toutes celles qui l’ont suivie jusqu’au dénouement. On pouvait employer le temps d’inaction à donner à l’armée cette vigueur d’organisation que l’ardeur des officiers et soldats rendait si facile à obtenir. Loin de là, on procéda lentement à la formation des brigades et des divisions. La plupart d’entre elles étaient incomplètes la veille d’entrer en campagne. Elles portaient seulement pour « mémoire », sur leurs situations, des bataillons, des corps entiers détachés dans la Vendée ou s’organisant sur des points assez éloignées. Le 6ème corps, commandé par le comte de Lobau, arrivant sur la frontière, comptait à peine 9.000 combattants dans ses trois divisions d’infanterie. La désignation des généraux se fit aussi avec une précipitation dont elle devait nécessairement se ressentir. Nous semblions tout à fait, en dernier lieu, pris au dépourvu. Des traîtres surgirent, comme à toutes les époques difficiles où la France s’est trouvée. Les uns, agissant sourdement dans l’obscurité, se tenaient sur la réserve ; on les appelait « expectants ». Les autres, se glissant dans nos rangs, tiraient l’épée avec nous et captaient la confiance à l’aide d’un enthousiasme factice, quelque fois outré. Bientôt, sous d’honorables auspices, des commandements leur étaient confiés. MM. de Bourmont, Villoutreys, et quelques autres qui se sont signalés par les écrits de cette époque et qui furent, par la suite de leur défection, amplement récompensés par les vainqueurs. Sous un autre point de vue, les maréchaux et certains commandants de corps d’armée, pour me servir de l’expression consacrée par le soldat, « n’en voulaient plus ». Leur fortune était faite et ils ne visaient qu’à en jouir en repos. La manière dont ils s’étaient posés auprès des « restaurateurs », leurs hésitations à l’apparition de l’empereur, tout concourait à donner la mesure de leur dévouement. Napoléon le savait, et ce n’était pas là le moindre de ses soucis, mais il n’était plus temps, les événements se pressaient ; il y avait trop compté sur son étoile, sur ses courtisan et sur l’Autriche. Il devait et nous devions en porter la peine. Et cependant, malgré l’infériorité numérique que nous valait notre inaction, la frontière fut franchie avec l’impétuosité française, les premiers obstacles renversés et la bataille de Ligny gagnée sur l’armée prussienne. Si cette sanglante journée n’eut pas de plus grands résultats, il faut l’attribuer d’abord à quelques faux mouvements de notre part, à l’opiniâtreté qu’apportèrent à la lutte les ennemis plus nombreux que nous, à nos hésitations, vers la nuit après l’occupation du champ de bataille, et surtout aux dispositions du corps qui couvrait la retraite des Prussiens, corps dont l’admirable manœuvre parvint à nous tenir en éveil et sous les armes, toute la nuit du 16 au 17, et à masquer habilement sa marche dans un pays où il nous eût été si facile d’être mieux renseignés. Vers la fin du jour, le 16, le gros de l’armée prussienne était en pleine re-raite sur Liège, où les parcs d’artillerie et les bagages parvinrent, de nuit, dans la plus grande confusion. On ignorait tout cela dans le quartier-impérial, et dans la matinée du 17, on prit la fatale décision de scinder l’armée et d’employer 35.000 hommes, distraits de notre force principale, à poursuivre les Prussiens dans la direction de Wavre, de là tous les tâtonnements et ce qui s’ensuivit. Je ne me m’arrêterai pas à décrire la bataille ou plutôt le désastre de Waterloo, dont aucune plus amie ou ennemie ne nous a encore donné la relation exacte. Le brillant et habile historien de l’Empire [Adolphe Thiers] dont l’œuvre est si pompeusement annoncée [elle paîtra en 21 volumes de 1845 à 1869], parviendra-t-il à dévoiler la vérité sur cette dernière et mémorable lutte et surtout sur ses causes ? J’en doute. Il y a tant d’erreurs accréditées parmi les contemporains, tant d’ambitions, tant de jalousies qui se choquent, qui déchirent ou exaltent les personnes en dénaturant les faits !!! Enfin, que dirai-je sur toutes les relations auxquelles cette campagne a donné lieu, sur tous les reproches que se sont adressées mutuellement quelques lieutenants de l’Empereur et même des officiers en sous-ordre ?… On trouve souvent des prophètes après l’événement. Je tiens cependant à faire connaître mon opinion relativement aux graves accusations qu’on a voulu faire peser sur le maréchal Ney et sur le comte de Grouchy. Si le maréchal Ney avait vécu à l’époque où ces accusations furent formulées, il aurait pu appuyer par l’autorité de son nom et avec sa franchise habituelle la défense de sa conduite publiée par M. Gamot, son parent [son beau-frère], ancien préfet, et je pense qu’il aurait été possible à ce maréchal de justifier cette conduite. D’ailleurs, c’est au successeur de son titre comme prince de La Moskowa, qu’incombe le soin de provoquer l’entière réhabilitation du brave des braves. Quand au maréchal comte de Grouchy, il est difficile de porter un jugement sur la lecture des ordres qu’on lui a adressés, en les compulsant avec ceux qu’il assure ne lui être pas parvenus. Dans toutes les publications faites à ce sujet, qui devinrent fort vives et dans lesquelles le nom de plusieurs de nos écrivains militaires et civils, se trouve mêlé pour ou contre les assertions du général Gérard, la vraie vérité n’a pas encore percé les nuages dont les animosités de part et d’autre l’ont couverte. Le maréchal Grouchy a deux fils qui suivent brillamment la même carrière. Ils ont déjà commencé à réfuter la plus grande partie des assertions qui pouvaient nuire à la réputation de leur père. C’est à eux de continuer cette noble tâche que la vie si honorable du maréchal et ses éminents services de guerres leur rendront plus facile. Napoléon, lui-même, reste, à Sainte-Hélène, indécis sur ce point, et s’il hésite à se prononcer, c’est qu’il n’oublie pas qu’au moment où il prit la fatale résolution de détacher de l’armée impériale et de jeter sur sa droite un corps de 30.000 hommes, il tomba dans les errements qu’il avait si souvent reprochés à l’école de Moreau (école de petits paquets, disait-il, en plusieurs occasions). Si avec tous les moyens d’être bien informé, i lavait connu tous les désordres que les suites de la batailles de Ligny avaient produits sur l’armée prussienne, il aurait détaché seulement à sa suite une ou deux divisions, et en conservant son flanc droit une force plus imposante, et il eût porté en gagnant la bataille le dernier coup de la coalition.

Laissons du reste, à nos neveux éclairés par de nouveaux matériaux que le temps produira nécessairement le soin de jeter une plus vive lumière sur les causes et effets du drame mémorable qui a fixé les destinées du Premier Empire.

Général TESTE.

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( 5 août, 2017 )

La place d’Orcha en 1812, d’après une lettre du major Brosset.

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Le major Brosset, commandant la place d’Orcha, annonce le 16 novembre 1812 à Berthier qu’il a, avec le marquis d’Alorna, arrivé l’avant-veille, arrêté et rallié quelques isolés ; qu’il saura, s’il est attaqué, défendre les magasins et les fours ; qu’il a parqué l’artillerie ; les équipages, les voitures, formé ce que les Allemands nomment une « Wagenburg » ; qu’il est en état de résister à un coup de main.  Jacques Brosset, né en 1775 à Mamers (Sarthe), sergent-major au 4ème bataillon de ce même département en 1792, sous-lieutenant (1793), lieutenant (1794), capitaine (1799), chef de bataillon au 57ème (1807), major et aide de camp de Davout (1811), major titulaire au 29ème (1814), commandant d’armes à Metz, mis à la retraite pour infirmités en 1822 avec le grade de colonel honoraire.

A.CHUQUET

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Orcha, 16 novembre 1812 

Monseigneur, J’ai l’honneur de prévenir Votre altesse que j’ai arrêté 400 hommes environ de divers corps, à la tête desquels j’ai mis des officiers. De ce moment, je suis sûr de la conservation des magasins et des fours, ayant tout près de ces établissements qui, eux-mêmes, sont propres à quelque défense, une grande maison percée de beaucoup de fenêtres. Je pourri y mettre 150 hommes, 200 peut-être, en tenant en-dehors l’élite de ces hommes qui s’adosseraient à la muraille. Quant au parc d’artillerie, aux 4.000 fusils et aux pontons que le commandant d’artillerie n’a pas voulu laisser sur la rive droite du Dnieper à cause de l’apparition des Russes du côté de Krasnoïé, mouvement qui pouvait menacer Doubrovna et Orcha, ainsi que celui de quelques Cosaques vers Gorki, les divers équipages d’artillerie, dis-je, sont sur la rive droite de l’Orcha, les pièces en batterie formant un carré, toutes liées les unes aux autres par des petites charrettes qui ferment les intervalles. Toutes les voitures de munitions, pontons, etc., sont parquées dans un grand ordre et au centre du carré. Les canonniers sont, avant le jour, tous les matins, à leurs pièces ; l’infanterie, près des magasins et places commodes, et par toutes ces mesures nous sommes en état de parer un coup de main même forcé. M. le marquis d’Alorna est ici depuis deux jours et rectifie tout ce qui est susceptible de l’être. L’Orcha et le Dnieper sont gelés et portent presque partout. 

Le major commandant la place, BROSSET. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911

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( 5 août, 2017 )

Une lettre du payeur du Trésor de la Couronne…

Guillaume Peyrusse

« Au quartier-général de Wittebsk [Vitebsk], le 1er août 1812.

Ma dernière [lettre] était de Vilna, mon cher André. J’ai quitté cette résidence le 17 juillet pour suivre les mouvements de l’Empereur et suis arrivé ici le 29 juillet, en fort bonne santé, quoique j’aie fait une route de plus de cent lieues dans des pays arides ; heureusement que j’avais avec moi ma cantine et que bivouaquant au milieu d’une forêt, je buvais du bon vin, je mangeais de l’excellent biscuit et de la très bonne salade et avait dans un de mes fourgons un très bon lit fait avec des peaux d’ours. Nos troupes ont toujours marché depuis Vilna en arrière des russes ; enfin ils avaient pris position à Ostrovana, à deux lieues de Wittepsk dans une position superbe, et faisaient mine de vouloir nous arrêter. Sa Majesté s’y est portée de sa personne, et, dans les journées du 25 et du 26, 80,000 Russes commandés par le grand duc Constantin ont été chassés par l’armée d’Italie et la cavalerie du roi de Naples [Murat], avec une telle précipitation que l’affaire n’a pas été générale. Le grand duc Constantin s’est jeté dans Vitteps[Vitebsk], a brûlé le pont et s’est dirigé sur Saint-Pétersbourg et sur Moskou [Moscou], mais déjà sur les deux routes on l’a gagné de vitesse. Cette armée n’a pas de plan fixe. Sa Majesté les déconcerte par ses manœuvres ; elle est toujours là où on ne la croit pas. Nous voilà établis à Vitepsk [Vitbesk]. Sa Majesté y est entrée le 28 [juillet] au matin. Cette ville est assez jolie : elle est la capitale du gouvernement russe de Vitepsk [Vitebsk], dans une jolie position sur la Duna ; elle renferme douze mille habitants. Sa Majesté paraît devoir s’y établir pour quelque temps. Nous sommes à cheval sur les deux premières grandes routes de Russie. Nous commençons à éprouver de fortes chaleurs et à n’avoir presque pas de nuit. Notre armée est toute en avant. Je crois qu’on la laisse reposer : on ne fait pas sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] impunément… »

Guillaume [PEYRUSSE]

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier», Perrin et Cie, 1894, pp.77-78). L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.)

( 4 août, 2017 )

La mort du maréchal Bessières, duc d’Istrie, d’après une lettre du colonel Saint-Charles.

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M. le maréchal, prince de La Moskowa, à la tête de son corps d’armée en marche, venait de tourner, suivi de son état-major dont je faisais partie, le village de Rippach, par sa gauche, et s’était arrêté à la hauteur de ses dernières maisons, ayant une large plaine en face et couverte de cavalerie étrangère qui faisait mine de vouloir s’opposer vigoureusement à la continuation de notre mouvement, lorsque M. le maréchal Bessières, arrivant près de M. le maréchal Ney celui-ci lui dit :

 « Ah ! Te voilà ! Que viens-tu faire seul ? Vois ! Si ta cavalerie était ici… La bonne besogne !

- Je viens de l’envoyer chercher, répondit M. le maréchal Bessières, et elle va venir là, ajouta le duc d’Istrie, en montrant la terre avec son doigt. » 

A ce moment même, une bordée d’artillerie fut lâchée sur notre groupe, et comme si elle avait fait long feu, un des derniers coups frappant M. le maréchal Bessières, l’enleva de dessus son cheval, le jeta de toute sa longueur à terre, en même temps que son sang et des lambeaux de chairs, dont je fus couvert en partie, furent projetés de tous côtés ! L’ennemi, dont nous étions très près, s’ébranla alors pour exécuter une charge, et M ; le maréchal Ney, tout en donnant ses ordres à ses troupes pour bien en recevoir le choc, s’écria : « Il ne faut pas le laisser là !  » Aussitôt, comprenant sa pensée, je me précipitai à bas de mon cheval que j’abandonnai, je m’emparai vite du corps de M. le maréchal Bessières, et en  cherchant un refuge quelconque, j’aperçus une espèce de ravin vers lequel je me dirigeai et au fond duquel je ne parvins qu’en me traînant, me roulant avec mon fardeau que je ne pouvais porter.  Là, ne pouvant plus rien voir, mais entouré des cris de « Hourra ! En avant ! ». Je saisis mon épée, et soutenant M. le maréchal dans mon bras gauche, j’attendais avec la résolution ferme de me défendre, de périr avec mon mourant, plutôt que de le voir arracher de mes bras et de devenir ainsi un trophée pour l’ennemi.

Ce fut M. le maréchal Ney qui parut le premier au sommet de mon ravin, lequel me demanda avec vivacité comment était le blessé. « Il a le corps tout déchiré », ses yeux tournent dans leurs orbites, il balbutie, et je ne le comprends pas, lui dis-je.

-Tenez, ajouta-t-il, en me jetant une fiole, tâchez de lui en faire avaler un peu. »

 J’essayai, mais les yeux très mobiles jusqu’alors se fixant, je vois les paupières se baisser et elles ne se relevèrent plus. »Il meurt ! M’écriai-je à M. le maréchal Ney, et, après un moment de silence, il me dit : Il faut l’emporter et cacher sa mort.

- Mais il est trop pesant, répliquai-je, je ne suis pas seul.- Je vais vous envoyer quelqu’un, dit-il. » 

Bientôt des soldats vinrent, et m’aidèrent à le porter dans la maison la plus voisine que je remarquai, et qui se trouva être celle d’un tisserand. Là nous le déposâmes sur un lit. Je lui ôtai son épée et ne trouvai dans ses poches qu’une montre et un mouchoir ; après quoi je le couvris de la couverture du lit d’un paysan, et comme j’étais à réfléchir sur ce qui me restait à faire, il se présenta un officier pleurant, à qui je demandai, par rapport à son uniforme, s’il était un des officiers de M. le maréchal ; et sur ce qu’il me répondit qu’il était un de ses aides de camp, je lui remis l’épée, la montre et le mouchoir. Je retournai ensuite à mon poste auprès de M. le prince de La Moskowa, à qui je rendis compte de ce qui venait de se passer, et après une pause et avec l’accent de la douleur, il prononça ces mots : « C’est notre sort…C’est une belle mort ».   

(Lettre du colonel en retraite Saint-Charles, insérée dans le journal « Le Commerce », du 6 novembre 1839 et reproduite dans l’ouvrage de Georges Bertin, « La Campagne de 1813 », E. Flammarion, 1895). 

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Sur le maréchal Bessières, lire l’étude que lui a consacrée André Rabel en 1903 et qui a été rééditée en 2005 à la Librairie des Deux Empires. 

 

 

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( 3 août, 2017 )

Soyez incollable à propos de Napoléon !

Je viens de terminer la lecture d’un livre un peu atypique : « 250 réponses à vos questions sur Napoléon 1er », de Chantal PRÉVÔT. Paru en 2010 aux Editions Gerfaut, ce volume (de 185 pages) permet de faire le point sur les multiples aspects de Napoléon, de sa famille et de son époque. Ce lire est composé de plusieurs chapitres distincts (« La personne de l’Empereur », « La famille impériale », « Les armées napoléoniennes », etc.) lesquels seront utiles au lecteur selon le thème qui l’intéresse. Il s’agit donc là d’un livre que tout napoléonien se doit de garder en permanence près de soi !

C.B.

Napoléon le Grand2

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