( 18 novembre, 2017 )

Extraits des papiers d’un cavalier de la Grande-Armée…

06526471.jpg

Ce texte, rédigé par Jean-Baptiste Villeminot,  paru la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en 1908. Je l’avais reproduit dans « La Chronique des Deux Empires » en 1996. Mais laissons parler le commandant Carlet, préfacier de l’édition de 1908.

C.B.

La complaisance d’un de nos amis nous a valu la communication de papiers provenant de la succession d’un vieux brave, qui a fait presque toutes les campagnes de la Révolution et de l’Empire et qui, parti simple cavalier au 25ème régiment de cavalerie, en 1792, prit sa retraite en 1815, comme sous-lieutenant au 2ème cuirassiers. Parmi ces notes, prises au jour le jour, nous avons trouvé, entres autres, un tableau assez intéressant dans lequel il relate les différentes étapes parcourues par son corps pendant la funeste retraite de Russie. Nous les reproduisons ci-après, en en respectant l’orthographe. Nous avons également remarqué, dans ce carnet, une chanson de route intitulée : Les Français en Autriche, qui dut être composée avant la capitulation d’Ulm ; nous la donnons à la suite de l’itinéraire. Mais, demandons la permission de présenter tout d’abord notre héros : Jean-Baptiste Villeminot, fils de François et de Marguerite Eloy, naquit à Tornay, localité située, à vol d’oiseau, à environ 27 kilomètres au sud-est de Langres, le 8 décembre 1771. Il n’avait pas tout à fait vingt et un ans, quand il rejoignit le 25ème régiment de cavalerie, le 24 août 1792. Il y devint successivement, brigadier le 6 frimaire de l’an VI ; fourrier le Ier vendémiaire de l’an VII ; maréchal des logis le 16 thermidor de l’an VIII. Le 10 janvier 1804, il passait avec son grade au 2ème cuirassiers où il fut nommé maréchal des logis-chef le Ier novembre 1806, et sous-lieutenant le 14 mai 1809, c’est-à-dire quelques jours avant la bataille d’Essling. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 1er octobre 1807. La première Restauration le confirma dans son grade de sous-lieutenant au 2ème cuirassiers, devenu cuirassiers de la Reine.Villeminot prit sa retraite le 10 décembre 1815, après le licenciement à Saumur de son régiment ; il se retira à Chaumont. D’après ses états de service, ses campagnes furent les suivantes : Campagnes de 1793, ans II, III, IV, V et VI à l’armée du Rhin ; de l’an VII à l’armée de l’ouest ; des ans XIII et XIV, 1806, 1807 à la Grande Armée ; de 1809 à l’armée d’Allemagne ; de 1812 en Russie ; de 1813 et 1814 à Hambourg.

Commandant CARLET.

Noms des villes et des villages où j’ai passé à la retraite de Russie.

- Le 18 octobre 1812, à 7 heures du matin, à la Saskowa, grand houra.
- Le 19 et le 20, à Wornowo et devant le château de M. Rotopschin, gouverneur de Moskou.
- Le 21, à Formineskoé, où j’ai appris par un officier italien la révolution qui avait eu lieu à Paris.
- Le 22, à Borovsk, sur la Protwa (rivière), ville aux oignons.
- Le 23 et 24, près de Malojaroslavetz. Grande bataille par le corps italien.
- Le 25, à 7 lieu[es] de Kaluka.
- Le 26, à Ouvarovskoé, en pleine retraite.
- Le 27, à Alferewa, petite ville qui a été entièrement brûlée. .
- Le 28, à Mitiaewa.
- Le 29, à Ouspeuskoué, où j’ai perdu mon dernier cheval.
- Le 30, à Prokorefo, Guillemot a eu son porte-manteau de volé.
- Le 31, à Giot, un très jolie ville (toute brûlé[e]).
- Le 1er novembre, à Velistschewo, (grand froid et grande neige).
- Le 2, à Foederowskoé, sans pain ni viande et couché en plaine.
- Le 3, à Wiasma, très jolie ville où il y avait de très jolis édifices, mais tout a été brûlé.
- Le 4, à Roulkeki. .
- Le 5 et 6, Jalkow, rien…
- Le 7, à Zazelé, dans les bois, je me suis couché dans mon manteau, à mon réveil j’avais au moins six pouces de neige sur moi et je ne me suis pas ressenti du froid.
- Le 8, à Stoboda.
- Le 9, dans les bois.
- Le 10, soi-disant à Doukovchtchina.
- Le 11, à Wolodemerowa où j’ai eu environ un quart de livre de pain pour 6 francs, que nous avons partagé à quatre personnes ; il y a neuf jours que je n’en avais vu.
- Le 12 et 13, à Smolensk.
- Le 14, à Toubna, à 2 lieues de Smolensk.
- Le 15 et 16, à Krasnoé, grand houra. .
- Le 17, à Piadoui, dans la forêt.
- Le 18, à Doubrowna avec un colonel de lanciers, du pain pris des Juifs à force d’argent.
- Le 19, à Orcha.
- Le 20 et 21, à Kokhanowo, rien.
- Le 22, dans le bois où la 2e division de cuirassiers. Grand houra.
- Le 23, à Toloczin, rien.
- Le 24, à Bobr, forêt.
- Le 25, à Nalscha, près d’une chapelle dans la forêt.
- Le 26, à Nemonitza, nous avons trouvé à force de bras (car la terre était extrêmement gelée), quelques carottes dans la terre.
- Le 27, à Weselowo, près la Bérézina.
- Le 28, à Zembin. C’est le 28 que nous avons passé la Bérézina. C’est dans cet rivière où il a péris beaucoup de misérables qui se sont jetés dans la glace pour se sauver de l’ennemi.
- Le 29, à Kamen.
- Le 30, à Zowichino où nous avons trouvé le commencement des pommes de terre.
- Le 1er décembre, à Hia.
- Le 2, à Molodetschino, plus de misère.
- Le 3, à Markovo, chez les Juifs, pain, vin, etc.
- Le 4, à Smorgoni.
- Le 5, à Joupronoul, où le fils de M. le major Dubin est mort.
- Le 6, arrivé à Vilna, ayant fait 16 lieue[s].C’est le 5 et 6 décembre où il a fait les plus grands froids et où il a perri le plus de monde ; il y avait 28 degrés de froid.
- Et le 7, 8 et 9 inclus, Villena.
- Le 10, à Evé, petit village dans les bois.
- Le 11, à Zismovi.
- Le 12, à Kowno. Ici finissent nos peines.

L’armée française contre la Russie était, le 24 juin 1812, forte de 680.500 hommes, 176.850 chevaux et de 1.200 pièces de canons – Il n’en est pas rentré une seule.

- Arrivé à Koenigsberg le 20 décembre, le 25 à Elbing.

1813

- Arrivé le 8 janvier à Stetin, jusqu’au 15 inclus.
- Arrivé le 24 à Berlin.
- Arrivé le 2 février à Brunswick (logé chez Mayer).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 18 novembre, 2017 )

Un film incontournable ! « Waterloo » de S. Bondarchuk (1970).

Waterloo

Image de prévisualisation YouTube

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 17 novembre, 2017 )

JERZMANOWSKI : un POLONAIS au SERVICE de la FRANCE…

jerzmanowski.jpg

Jan Pawel Jerzmanowski naît le 25 juin 1779 à Podkielecki (Pologne). En l’an VII, il s’engage dans la Légion du Danube et prend part à la campagne d’Allemagne. Ses qualités lui permettent de passer sous-lieutenant le 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1800) puis lieutenant le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).Il devient aide-de-camp du général Ordener en l’an XII et combat à Hollabrünn et Austerlitz. Le 24 juillet 1806, il passe au service du général Duroc qu’il accompagne dans les campagnes de Pologne et de Prusse. Le 7 avril 1807, il est nommé capitaine dans le Régiment des chevau-légers de la Garde et participe à la campagne d’Espagne, d’Autriche en 1809, reçoit une blessure à Wagram, et aux campagnes d’Espagne et du Portugal de 1810 et 1811.Il devient chevalier de la Légion d’honneur le 10 mars 1809, chevalier de l’Empire le 15 mars 1810 et chef d’escadrons le 17 février 1811.Avec ce grade, il prend part à la campagne de Russie en 1812 et à celle d’Allemagne en 1813, où il se distingue à Dresde et à Leipzig ce qui lui vaut d’être élevé aux rangs d’officier de la Légion d’honneur le 14 avril 1813, de baron de l’Empire le 16 août 1813 et chevalier de l’ordre de la Réunion le 28 novembre 1813.

En 1814, il participe à la campagne de France et passe major. Après l’abdication, il accompagne l’Empereur en exil et commande l’escadron de lanciers de l’armée elboise.Il est nommé colonel le 1er  mars 1815, conduit l’escadron polonais pendant la campagne des Cent-Jours et reçoit une blessure à Mont-Saint-Jean.Après un court service dans l’armée du Royaume de Pologne, il s’installe définitivement en France.Après la révolution de 1830, Louis-Philippe l’élève aux grades qui lui avaient été promis par l’Empereur:Il est nommé général de Brigade et commandeur de la Légion d’honneur, le 28 novembre 1831. Jerzmanowski s’éteint le 15 avril 1862 à Paris. 

Alexandre TOLOCZIN

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 15 novembre, 2017 )

Quand un ex-capitaine de gendarmerie rencontre Napoléon à l’île d’Elbe.

Vue Portoferraio

« Ajaccio, 1er juillet 1814.

Cet officier a rapporté avoir vu deux fois l’empereur napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe. Il l’a trouvé dans sa chambre, sans bas ni habit, l’air assez gai, mais marquant de temps en temps un esprit préoccupé et triste. Bonaparte lui a fait beaucoup de question sur la dernière révolution de la Corse en disant que les corses avaient eu tort, qu’ils devaient rester tranquilles et servir Louis XVIII avec fidélité. Il a ajouté qu’il désirait former un bataillon corse et il demanda au capitaine Costa s’il pouvait compter sur quelques recrues du pays ; ce à quoi ce dernier lui répondit qu’il craignait que le gouvernement français n’y consentit pas.

« Il ne peut pas l’empêcher. Qu’est-ce que cela lui fait » 

Il demanda ensuite s’il voulait entrer à son service ; il lui aurait donné le commandement de ce bataillon.  L’ex-capitaine Costa le remercia en disant qu’il voulait entrer à son service ; il lui aurait donné le commandement de ce bataillon. L’ex-capitaine Costa le remercia en disant qu’il voulait rester tranquille et qu’il avait déjà dans le temps refusé le commandement d’un bataillon et qu’il ne pouvait d’ailleurs servir que dans son pays. Napoléon le fit asseoir et prendre une glace. M. Costa  rapporte que le général Bertrand paraît être très indisposé contre les Corses et qu’il les reçoit très mal; que la plupart des hommes qui ont été enrôlés en Corse pour l’Elbe en désertent au premier moment : ils disent que ce n’était pas la peine de s’expatrier pour n’avoir que neuf sous par jour et le pain. Napoléon fait bâtir une maison de campagne sur une hauteur. Il attend la princesse Borghèse. On dit à l’Elbe que le pape n’a pas voulu  recevoir le prince Borghèse dans ses états, mais qu’il a très bien reçu Lucien Bonaparte et sa mère. On dit que Louis Bonaparte se fait moine [encore une rumeur stupide !] et que Joseph est en Suisse. Napoléon Bonaparte a répété en quittant le capitaine Costa que les Corses devaient rester tranquilles et fidèles à Louis XVIII, qu’ils n’avaient que cela à faire ».

(Arthur CHUQUET, « L’année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.397-398)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 15 novembre, 2017 )

Un nouveau forum…

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 14 novembre, 2017 )

Le couvre-chef de Napoléon en Russie…

A notre connaissance, trois auteurs, dont une femme, ont parlé du singulier couvre-chef de l’Empereur, lors de la retraite de Moscou, depuis Mojaïsk (avant Smolensk au retour) jusqu’à Varsovie : l’abbé de Pradt, notre ambassadeur en Pologne, qui vit Napoléon à son passage en traîneau ; Mme Armand Domergue, qui fit la retraite dans les équipages de l’Empereur et passa derrière lui le pont de la Bérézina ; enfin, Duverger (« Mes aventures dans la campagne de Russie »). Ces trois auteurs sont d’accord pour nous dire qu’outre sa pelisse de fourrures à la polonaise, que portait l’Empereur sous sa légendaire redingote grise, il avait sur la tête un bonnet fourré en velours vert, attaché sous le menton par de longs rubans noirs, avec un énorme gland d’or pendant en arrière. Ces rubans noirs semblaient [être] de bien tristes augure à Mme Armand, une des comédiennes du Théâtre français de Moscou.

Il faut ajouter que l’Empereur se trouvait très bien sous ce costume, qui ne lui allait pas du tout, à cause de son obésité précoce et de sa petite taille ; tandis que ces fourrures allaient admirablement aux officiers polonais, généralement sveltes et élancés. Aussi, en arrivant à Smolensk, faisant la queue au milieu des soldats débandés, qui se pressaient pour entrer, fut-il bousculé par des gens qui ne le reconnaissaient pas, sous ce déguisement tout nouveau pour eux : et la vérité nous oblige à reconnaître qu’il apostropha fort incivilement les officiers qui se permettaient de le bousculer un peu fort, bien qu’ils se confondissent en excuses.

Docteur BOUGON.

(« La Chronique médicale » n°19, 1912, pp.659-660).

Le couvre-chef de Napoléon en Russie… dans HORS-SERIE SNB19503

Napoléon 1er en Russie. (Lithographie de Verestchaguine, d’après son tableau, « La Retraite »).

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 12 novembre, 2017 )

Le général François Dufour….

Né à Fruges dans le Pas-de-Calais le 5 décembre 1769, François-Marie Dufour, capitaine, puis lieutenant- colonel en second du 8ème bataillon de son département en 1792, chef de bataillon à la 79ème demi-brigade en l’an IV, chef de brigade ou colonel du 6ème  régiment de ligne qu’il nommait un des beaux régiment de l’arméLe général François Dufour.... dans FIGURES D'EMPIRE 06-513465e, général de brigade le 19 janvier 1807, général de division le 4 mars 1813, mourut à Lille le 14 avril 1815. Il avait fait en 1812 la campagne de Russie, et voici comment, par deux fois, dans deux lettres au prince Eugène, l’une du 28 janvier, l’autre du 5 février 1813, il expose le rôle qu’il a joué.

————-

J’ai l’honneur de faire connaître à Votre Altesse Impériale que, depuis le 7 septembre, à 4 heures après midi, j’ai pris le commandement de la 2ème division du 1er corps, qui n’a pas cessé de faire l’avant-garde sous les ordres de S. M. le roi de Naples; qu’à la tête de cette division, j’ai eu plusieurs combats honorables pour les armes de l’Empereur; que le 7 septembre, je me suis emparé, à la tête de trois bataillons du 15ème régiment d’infanterie légère du plateau du Village brûlé où je me suis maintenu en carré et où sept charges de cavalerie ont été repoussées avec une perte considérable de l’ennemi ; enfin, que les 18, 19 et 20 novembre, j’ai pris une part honorable aux combats glorieux soutenus par S. E. le maréchal Ney.

———–

Le 7 septembre, jour de la bataille, je commandais les trois bataillons du 15ème  régiment d’infanterie légère qui s’emparèrent à la baïonnette du plateau du Village brûlé. Je me suis maintenu dans cette position malgré une grôle de mitraille, de balles et de boulets et plusieurs charges de cavalerie que j’ai eu le bonheur de repousser aux cris de « Vive l’Empereur ! » Le même jour, à 4 heures, le général de division comte Friant, blessé, m’appela et me donna le commandement de sa division que j’ai commandée toute la campagne et à l’avant-garde. Les 9 et 10 septembre, ainsi que les 4 et 18 octobre, la 2ème division, sous mes ordres, a eu des affaires très chaudes et dont les résultats ont toujours été glorieux pour les armes de l’Empereur. Destinée à faire partie de l’arrière-garde avec le maréchal Ney, la 2ème  division a soutenu sa réputation aux combats des 18, 19 et 20 novembre et a eu sa part de gloire à cette brillante retraite. J’ai pris une part honorable aux combats glorieux soutenus par le maréchal duc d’Elchingen. J’y ai été blessé d’un coup de feu au bras. Dans ces affaires comme à Smolensk le 17 août, et le 7 septembre à La Moskowa, j’ai été démonté. C’est trois fois dans la campagne.

(Arthur CHUQUET, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.345-346).

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 9 novembre, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL COMPANS…

06502477.jpg

J’ai déjà diffusé sur le présent Blog, une lettre de ce général. Celle-ci est adressée à sa femme depuis les neiges de Russie… 

Dorogobouje, le [resté en blanc] novembre 1812. 

Ma chère Louise, j’ai reçu hier avec une extrême joie cinq de tes lettres. Elles ont calmé une double inquiétude que j’éprouvais depuis plusieurs jours, celle d’être sans nouvelles de toi et celle de voir par ta correspondance qu’aucune des lettres, que j’avais écrites après celle du 7 septembre, ne te parvenait ; cette double inquiétude cesse enfin. Je me rapproche tous les jours de toi et j’espère que cet hiver notre correspondance qui fait tout mon bonheur reprendra toute son activité. Ma division a combattu plusieurs jours de suite à l’arrière-garde  et toujours avec beaucoup d’ordre et de bravoure ; mais le 2 de ce mois devant Viasma elle prit part à un combat assez sérieux  où elle ajouta beaucoup à la gloire qu’elle s’est acquise pendant cette campagne. Le 57ème régiment a bien  justifié le surnom de « Terrible » que l’Empereur lui donne en Italie. Il s’est fort distingué dans cette campagne ; j’ai été aussi très satisfait des trois autres régiments [25ème, colonel Dunesme, 61ème  colonel Bouge et 111ème, colonel Julliet]. Mon artillerie ne m’a rien laissé à désirer ; elle était parfaitement conduite. Je connaissais déjà l’intérêt que Mme de Lépine avait bien voulu prendre à ma blessure et je t’avais priée d’être auprès d’elle l’interprète de ma gratitude et de tous mes sentiments. On dirait que je me suis donné le mot avec cette aimable dame pour te mettre dans la confidence de ce que nous avons l’un pour l’autre. Réitère-lui que je l’aime bien et que je saisirai toutes les occasions de le lui témoigner. Je ne m’intéresse pas moins à sa santé qu’elle ne s’est intéressée à ma blessure. Je conçois que ta famille n’ait pas été moins inquiète que toi sur mon compte, voyant ma correspondance cesser après le 7 septembre. Je conçois aussi qu’elle ait vivement partagé toute la joie lorsque tu reçus à la fois cinq lettres qui te donnent de mes de mes nouvelles jusqu’au 14. J’aime cette bonne famille autant qu’elle peut m’aimer et j’espère qu’un temps viendra où nous passerons d’heureux jours ensemble. L’accident d’un de tes beaux yeux n’aura probablement pas de suites fâcheuses, ma chère Louise. C’est ordinairement un mal très passager qu’un coup d’air de cette espèce. Je vois  avec plaisir que ta santé et celle du petit Monique-Napoléon [Dominique-Napoléon, son fils] ; ménage-les bien l’une et l’autre.

Je t’écris au bivouac, la neige tombe en ce moment d’une telle force qu’elle m’oblige à finir cette lettre. Je vous embrasse de cœur et d’âme. 

Comte D.COMPANS 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 7 novembre, 2017 )

Une lettre du général Lasalle…

LasalleMéconnues sont les lettres de ce fameux officier. Disparu trop tôt pour avoir eu le temps de rédiger des « Mémoires », sa correspondance nous éclaire sur cette figure haute en couleurs. Celle-ci, d’une série de trois fut publiée la première fois en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache ».  

Zaoué, 24 messidor an VII (12 juillet 1799). 

Le chef de brigade Lasalle au général de division Dugua. 

J’apprends dans l’instant mon général, que vous avez été nommé inspecteur général de cavalerie ; je me félicite, en vous faisant mon compliment de congratulation, de me trouver encore sous vos ordres, et je présage d’avance tout l’avantage que les corps de notre armée en retireront ; le général en chef [Bonaparte] enfin voit donc la nécessité qu’il y a d’organiser solidement les corps de cavalerie, et il confie leur administration à un général qui pourra par ses connaissances rendre l’éclat à cette arme si nécessaire en Égypte . Vous savez que je ne suis pas courtisan, et que franc comme un houzard, je dis ce que je pense ; ainsi, ne voyez  dans ce que je dis qu’un hommage rendu à la vérité, et un remerciement que je fais au général en chef. Nous courons depuis deux mois après Mourad Bey ; il vient de nous échapper, et le résultat de nos fatigues n’a été que la prise de quelques-uns de ses chameaux et bagages ; deux fois il a refusé le combat. Le général en chef m’écrit que mon régiment [Lasalle commandait alors le 22èmechasseurs à  cheval] reste en Haute-Égypte. Je vous supplie d’obtenir de lui de l’y réunir en entier ; vous savez que c’est de la plus grande nécessité, soit pour la partie administrative, soit pour l’instruction ou la discipline. 

Avez-vous reçu des lettres de France depuis que je n’ai eu le plaisir de vous voir ? Je vous plains si vous êtes dans le même cas que moi, rien ne m’est parvenu, et s’il m’en parvenait, je tremblerais encore d’y trouver des nouvelles alarmantes sur le compte de ma mère ou de ma Joséphine [son épouse]. Jamais nous n’avons été si malheureux qu’en Égypte ; nous y éprouvons toutes les privations, toutes les fatigues les plus inouïes, et l’espoir d’un mieux-être nous est même refusé. Votre Lasalle, mon cher Général, est bien changé ; sa gaieté, qui jadis vous a amusé, l’a quitté ; sombre et mélancolique, il traîne sa triste existence dans les plaines du Saïd, où, à travers ses déserts, il a tout perdu ; et ses yeux ne peuvent plus même gouter le plaisir de pleurer. Qu’ai-je fait en venant ici ? Écrivez-moi donc quelquefois ! J’ai besoin de consolation, et votre amitié ne doit pas m’en refuser ; pensez à ce que j’ai perdu : mère, maîtresse chérie, fils charmant, et vous excuserez mes plaintes et mes importunités. 

Adieu, mon Général, ne quittez jamais votre fils, il serait trop malheureux ; pensez à moi un peu l’un et l’autre et ne doutez pas de mon sincère et respectueux attachement. 

LASALLE. 

P.S.J’embrasse Monfalcon ; et le capitaine Mousci qui vous présente son respect, et vous prie de lui faire ses amitiés. 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 5 novembre, 2017 )

Une lettre du général Subervie au maréchal Berthier…

gnralsubervie.jpg

Le général Jacques-Gervais Subervie, naguère colonel du 10ème régiment de chasseurs à cheval, comte de l’Empire depuis le 28 novembre 1809, est nommé général de brigade le 6 août 1811.  Il sera général de division le 3 avril 1814. Plus tard, du 25 février au 4 avril 1848, il occupera les fonctions de Ministre de la Guerre. Subervie a été blessé à la bataille de La Moskowa. Mais c’est pour son jeune frère, blessé à Smolensk, qu’il demande, au lendemain de la bataille, les grâces de l’Empereur. 

Arthur CHUQUET. 

En arrière du champ de bataille de Boroghino [Borodino] le 8 septembre 1812. 

Monseigneur, j’ai été frappé hier dans la bataille par deux éclats d’obus qui, m’ayant ouvert la cuisse droite, m’ont obligé de quitter le commandement de la 16ème brigade de cavalerie légère.  Je prends la liberté de renouveler aujourd’hui mes instances à Votre Altesse pour qu’elle veuille bien accorder le grade de lieutenant, pour être mon aide-de-camp, à mon frère, sous-lieutenant au 10ème régiment de chasseurs à cheval.  Pendant que je marchais sur la Dvina pour assurer la communication avec le général Montbrun. Il fut blessé d’un coup de feu à Smolensk et, à cette occasion, Votre altesse eut la bonté de lui donner des espérances.  J’ose la prier de les réaliser aujourd’hui que l’Empereur accorde des grâces à ceux de son armée qui ont bien servi. J’espère que Votre altesse accueillera avec sa bonté ordinaire la demande que j’ai l’honneur de lui adresser.

En parcourant l’état des services de mon frère, elle verra qu’il a quatre ans de grade et plusieurs blessures. 

Le général SUBERVIE. 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 4 novembre, 2017 )

Un buste méconnu de Napoléon découvert… aux Etats-Unis d’Amérique !

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 4 novembre, 2017 )

Les POMMES DE TERRE: un TRESOR durant la CAMPAGNE de RUSSIE !

96013519.jpg

On sait l’hommage que les Français dans la marche d’Alexandrie au Caire,rendirent aux pastèques.  « Elles m’ont fait tant de plaisir, disait l’un d’eux, par leur fraîcheur, par la douce boisson qu’elles nous offraient !  » et un autre assure que les soldats ont conservé au melon d’eau la plus vive reconnaissance et qu’ils auraient mis volontiers ce fruit savoureux au rang des dieux, lui auraient volontiers élevé des autels. La pomme de terre fut en Russie ce qu’était la pastèque en Egypte. « Nous sommes, disait Stendhal, à genoux devant des pommes de terre. » Dans la plaine de Moscou, lorsque Auguste Thirion [officier de cuirassiers dont les « Souvenirs militaires » ont été réédités en 1998 à la Librairie des Deux Empires] et ses frères d’armes rencontrent des champs de pommes de terre, ils font une ample moisson de ces « précieux tubercules » et c’est pour eux une aubaine, une « bonne fortune gastronomique ». De même, durant la retraite. Le 29 novembre 1812, près de Kamen, dans le château d’un baron- l’armée appelait « barons » tous les grands propriétaires et tous les châtelains- les officiers de l’Empereur trouvent des pommes de terre. Ce fut un événement. Il fallait voir ces jeunes gens allumer aussitôt dans la cour du château un feu de bivouac et y faire cuire les pommes de terre au bout de leur sabre. On en mangea, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », tant et plus. Ouvrons les « Mémoires » du sergent Bourgogne. Notre brave officier, rencontrant à la lisière d’un bois un soldat qui fait cuire des pommes de terre, le somme de lui en vendre et en achète sept pour quinze francs. Dans le délire de la fièvre, il croit manger des pommes de terre comme à Condé-sur-Escaut, sa patrie, et quel bonheur lorsqu’il découvre après le passage de la Bérézina, dans un village, sous un four, trois petites pommes de terre qu’il fait cuire à un feu abandonné, assez loin pour ne pas être vu de ses camarades ! 

A .CHUQUET 

Extrait du 2ème tome de  l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812, la guerre de Russie », (Fontemoing et Cie, 1912, 3 volumes).   

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 2 novembre, 2017 )

Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE.

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonctions d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE. dans TEMOIGNAGES 86001577

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 1 novembre, 2017 )

Une conversation de lord Ebrington avec Napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe.

01004566.jpg

On sait, notamment par Pons, que l’Empereur reçut la visite de plusieurs sujets britanniques à l’île d’Elbe. Lord Ebrington eut l’honneur de rencontrer Napoléon par deux fois ; la première de ces entrevues eut lieu le 6 décembre 1814 ; une autre suivra quelques jours plus tard, le 8 décembre. Lord Ebrington sera alors  invité par l’Empereur à partager son dîner. Son récit de cette première entrevue fut reproduit dans l’ouvrage qu’Amédée Pichot a consacré à la période des Cent-Jours (publié en 1873 ).

C.B. 

« Je voyageais en Italie ; je ne voulais pas retourner en Angleterre sans être à l’île d’Elbe, pour tâcher d’y voir l’homme le plus extraordinaire de tous les temps », écrit au début de son texte Lord Ebrington, avant de poursuivre : « Je  fus bien accueilli par Napoléon, et j’ai eu avec lui deux conversations de plusieurs heures. A l’issue de ces entretiens, je ne suis hâté de prendre note de ce qu’il m’avait dit de plus remarquable. Ce fut le 6 décembre 1814 à huit heures du soir, heure indiquée par la lettre de rendez-vous que le grand-maréchal [le général Bertrand] m’avait adressée, que je me présentai au palais de Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Après avoir attendu quelques instants dans le salon de service, je fus introduit dans la pièce où se trouvait l’Empereur.  Il me fit d‘abord quelques questions sur moi, sur ma famille, etc. ; puis, s’interrompant vivement, il me dit : « Vous venez de la France ; dites-moi franchement, sont-ilscontents ?- Comme cela, répondis-je.- Cela ne peut-être autrement, reprit-il. Ils ont été trop humiliés par la paix. La nomination du duc de Wellington au poste d’ambassadeur a dû paraître injurieuse à l’armée, ainsi que les attentions particulières que le roi lui témoigne. Si lord Wellington fût  venu à Paris comme voyageur, je me serais fait un plaisir d’avoir pour lui les égards dus à son grand mérite, mais je n’aurais pas été content que vous me l’envoyassiez comme ambassadeur. Il aurait fallu aux Bourbons une femme jeune, jolie et spirituelle pour captiver les français ; c’eut été l’ange de la paix. Ils ont laissé trop prendre d’influence aux prêtres ; et l’on m’a dit que le duc de Berri avait dernièrement, fait bien des fautes. Ils ont eu le malheur de signer la paix à des conditions que je n’aurais jamais consenties. Ils ont abandonné  la Belgique, que la nation s’était habituée à considérer comme faisant partie intégrale de la France. Vous aviez assez gagné à la paix, en assurant votre repos intérieur, en faisant reconnaître votre souveraineté dans l’Inde et en mettant les Bourbons à ma place. La meilleure chose pour l’Angleterre eût été sans doute la partage de la France ; mais, tandis que vous lui avez laissé tous les moyens de redevenir formidable, vous avez en même temps humilié la vanité de tous les français, et fait naître des sentiments d’irritation qui, s’ils ne peuvent pas s’exercer dans quelque contestation extérieure, produiront tout au tard une évolution et la guerre civile. Au reste, ajouta-t-il, ce n’est point de la France que l’on me mande tout cela, car je n’ai de nouvelles que par les gazettes ou les voyageurs. Mais je connais bien le caractère du français ; il n’est pas orgueilleux comme l’Anglais, mais il est beaucoup plus glorieux.  La vanité est, pour lui, le principe de tout, et  sa vanité le rend capable de tout entreprendre.  Les soldats m’étaient naturellement attachés ; j’étais leur camarade. J’avais remporté des succès avec eux, et ils savaient que je les récompensais bien ; ils sentent aujourd’hui qu’ils ne sont plus rien. Ii y a en France à présent 700 000 hommes qui ont porté les armes ; et les dernières campagnes n’ont servi qu’à leur montrer combien ils sont supérieurs à leurs ennemis. Ils rendent justice à la valeur de vos troupes, mais ils méprisent tout cela. ». 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 30 octobre, 2017 )

« Le temps était très beau… »

« Moscou, à l’exception du Kremlin, fut évacué le 19 [octobre 1812]. Le temps était très beau. Il fallut toute la journée pour déboucher de la ville. Les voitures d’artillerie et d’équipages, les chariots de vivres, les calèches, les chevaux de selle et de bât se mêlait, s’embarrassaient, se heurtaient et gênaient la marche des colonnes. 10,000 soldats valides étaient employés à  l’escorte ; chaque corps, chaque compagnie, chaque état-major y était représenté par des hommes de confiance. On se battait et on se disputait partout. On jurait en français, en allemand, en polonais et en italien. Nous commencions à revenir ne arrière, et c’est de ce moment que commencèrent nos grands revers et cette immortelle retraite bien digne de figurer à côté de celle des dix mille. Je crois, tout amour-propre de côté, que nous avons, en cette circonstance, laissé bien loin de nous les romains dont l’Empereur nous parlait tant en Italie et en Égypte. Ces cohues présentaient un spectacle aussi étrange qu’effrayant. On prit d’abord la vieille route de Kalouga, sur laquelle se trouvait l’armée russe ; on la quitta le 21 pour passer sur la nouvelle, qui, de Moscou, passe à Borowsk et à Malojaroslavets. Ce mouvement fut masqué par le maréchal Ney et le roi de Naples. Beaucoup de voitures restèrent dans les boues du chemin de traverse, que nous suivîmes pour passer d’une route à l’autre. L’artillerie y perdit des chevaux. Cette circonstance nous démontre d’une manière évident que l’armée, trop appesantie par son immense matériel, ne pouvait se mouvoir que sur une grande route, et que, dans cet état de choses, il fallait marcher, toujours marcher, et ne combattre que pour s’ouvrir un passage. »

(Général de PELLEPORT, « Souvenirs militaires. Tome II : 1812-1853 », Édité par un Demi-Solde, 2009, pp. 36-37. L’auteur était à cette époque colonel du 18ème de ligne. Son régiment faisait partie du 3ème corps (maréchal Ney)).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 28 octobre, 2017 )

L’AFFAIRE MALET d’après la LETTRE d’un CORRESPONDANT ANONYME…

gnralmalet.bmp

Le général Malet.

De qui est cette lettre envoyée de Paris et sans doute adressée à Duroc ? Nous le savons ; mais elle mérite d’être connue, et elle a été lue durant la retraite et, sans doute, le 6 novembre 1812, à Mikhaïlevska, lorsqu’arriva l’estafette, la première que l’armée rencontrait depuis dix jours.  

A.CHUQUET 

Le 23 octobre 1812. 

Monseigneur, un événement inimaginable vient de se passer à Paris, je veux vous en rendre compte. Je suis sorti ce matin à 8 heures. Je voulais entrer aux Tuileries par la grille en face de la rue Napoléon [en fait la rue de Castiglione, qui porte ce nom depuis 1802. C’est son prolongement, l’actuelle rue de la Paix qui portait l’appellation de "rue Napoléon"]. On n’entrait point. Sur l’instant, je crois que le factionnaire ne connaît pas sa consigne. On me répond qu’il la connaît bien, mais qu’il y a du nouveau, que le général Hulin, est assassiné, que tous les ministres sont arrêtés et qu’il règne un bruit sourd que l’Empereur est mort. Pendant que j’écoute, arrive Etienne qui me dit la même chose. Nous allons ensemble au Ministère de la Police [se trouvant alors au n°13, quai Malaquais]. Un garde était à la porte. Je rencontre M. de Rémusat. Même discours. Je vais chez le général Dériot. J’apprends alors que trois ex-généraux ont voulu faire une révolution à Paris. Le général Malet, qui a été enfermé longtemps, avait dans la nuit parcourir les casernes des Gardes nationales du 2ème ban et, muni de faux sénatus-consultes, disait qu’il y avait un gouvernement provisoire dont le chef était le général Moreau. Il a obtenu ainsi des détachements. Il a fait sortir de [la prison de] la Force où ils étaient, les généraux Lahorie et Guidal, les a chargés de s’emparer du Ministère de la police et du baron Pasquier, et s’est rendu de sa personne chez le général Hulin, est entré chez lui vers 3 heures du matin, lui a tiré un coup de pistolet qui l’a blessé grièvement dans son lit et après, a été à l’état-major. Ils avaient fait prisonnier l’adjudant commandant Doucet, général commandant de la place. Celui-ci, à la lecture de la proclamation, n’a pas été maître de contenir son indignation, s’est jeté sur le général Malet et l’a arrêté, aidé de M. Laborde. Pendant ce temps, l’ex-général Lahorie, avec un détachement, s’emparait du Ministre de la Police [le général Savary, duc de Rovigo]. Il fait enfoncer les porte à coups de hache, le fait saisir, lui dit qu’il n’est plus ministre et le fait monter dans une petite voiture qui le conduit avec un détachement à La Force. Il paraît que d’après ce qui s’était passé à l’état-major, on a donné ces ordres ; des détachements ont été envoyés pour dégager le ministre de la police. 

Témoignage publié dans le volume d’Arthur Chuquet « Lettres de 1812. 1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911.  

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 26 octobre, 2017 )

L’EVACUATION de MOSCOU…

« Du 14 au 15 octobre nous fûmes surpris par les premières neiges, qui ne durèrent, il est vrai, que deux jours. Le 15 octobre commença l’évacuation de Moscou. C’était la retraite, qui ne devait finir que le 31 décembre à Thorn, 79 jours par.  Nous restâmes en ville, le 1er corps et la Jeune Garde, sous le commandement du maréchal Mortier, duc de Trévise, et, dans la nuit du 19 au 20 octobre, après avoir fait sauter le Kremlin, nous sortions à notre tour de la ville sainte. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.138-139).

Gouvernement de Kalouga, Borovsk, le 27 octobre 1812.

« Mon cher André, notre départ de Moscou a été si précipité qu’il m’a été impossible de te l’annoncer. Depuis que nous avons quitté Moscou le 19 [septembre 1812]. Nous avons pris la route de Kalouga. Ce qui s’est passé prouve que S.M., ayant décidé d’opérer sa retraite pour faire prendre aux troupes les quartiers d’hiver, a voulu avant de partir, donner aux Russes la mesure des forces qui lui restaient encore : leur affaire s’est engagée dans la plaine de Borovsk le 23 [octobre 1812]… »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, p.106. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

L'EVACUATION de MOSCOU... dans TEMOIGNAGES Moscou

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
12345...70
« Page Précédente  Page Suivante »
|