( 14 juin, 2017 )

Une lettre du général Lasalle…

LasalleMéconnues sont les lettres de ce fameux officier. Disparu trop tôt pour avoir eu le temps de rédiger des « Mémoires », sa correspondance nous éclaire sur cette figure haute en couleurs. Celle-ci, d’une série de trois fut publiée la première fois en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache ».  

Zaoué, 24 messidor an VII (12 juillet 1799). 

Le chef de brigade Lasalle au général de division Dugua. 

J’apprends dans l’instant mon général, que vous avez été nommé inspecteur général de cavalerie ; je me félicite, en vous faisant mon compliment de congratulation, de me trouver encore sous vos ordres, et je présage d’avance tout l’avantage que les corps de notre armée en retireront ; le général en chef [Bonaparte] enfin voit donc la nécessité qu’il y a d’organiser solidement les corps de cavalerie, et il confie leur administration à un général qui pourra par ses connaissances rendre l’éclat à cette arme si nécessaire en Égypte . Vous savez que je ne suis pas courtisan, et que franc comme un houzard, je dis ce que je pense ; ainsi, ne voyez  dans ce que je dis qu’un hommage rendu à la vérité, et un remerciement que je fais au général en chef. Nous courons depuis deux mois après Mourad Bey ; il vient de nous échapper, et le résultat de nos fatigues n’a été que la prise de quelques-uns de ses chameaux et bagages ; deux fois il a refusé le combat. Le général en chef m’écrit que mon régiment [Lasalle commandait alors le 22èmechasseurs à  cheval] reste en Haute-Égypte. Je vous supplie d’obtenir de lui de l’y réunir en entier ; vous savez que c’est de la plus grande nécessité, soit pour la partie administrative, soit pour l’instruction ou la discipline. 

Avez-vous reçu des lettres de France depuis que je n’ai eu le plaisir de vous voir ? Je vous plains si vous êtes dans le même cas que moi, rien ne m’est parvenu, et s’il m’en parvenait, je tremblerais encore d’y trouver des nouvelles alarmantes sur le compte de ma mère ou de ma Joséphine [son épouse]. Jamais nous n’avons été si malheureux qu’en Égypte ; nous y éprouvons toutes les privations, toutes les fatigues les plus inouïes, et l’espoir d’un mieux-être nous est même refusé. Votre Lasalle, mon cher Général, est bien changé ; sa gaieté, qui jadis vous a amusé, l’a quitté ; sombre et mélancolique, il traîne sa triste existence dans les plaines du Saïd, où, à travers ses déserts, il a tout perdu ; et ses yeux ne peuvent plus même gouter le plaisir de pleurer. Qu’ai-je fait en venant ici ? Écrivez-moi donc quelquefois ! J’ai besoin de consolation, et votre amitié ne doit pas m’en refuser ; pensez à ce que j’ai perdu : mère, maîtresse chérie, fils charmant, et vous excuserez mes plaintes et mes importunités. 

Adieu, mon Général, ne quittez jamais votre fils, il serait trop malheureux ; pensez à moi un peu l’un et l’autre et ne doutez pas de mon sincère et respectueux attachement. 

LASALLE. 

P.S.J’embrasse Monfalcon ; et le capitaine Mousci qui vous présente son respect, et vous prie de lui faire ses amitiés. 

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( 11 juin, 2017 )

Planat, un de ceux qui voulurent rejoindre l’Empereur à Sainte-Hélène…

Portrait de Planat

« Entré au service en 1806, aide de camp du général Lariboisière pendant la campagne de Russie, du général Drouot pendant celles de Saxe et de France, je fus nommé officier d’ordonnance de l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe au mois de mars 1815. L’admiration mêlée de réserve, qui jusque-là avait prédominé dans mes sentiments pour l’Empereur, se changea à cette époque en un dévouement sans bornes, et bientôt en un véritable culte pour le grand homme malheureux. Après le revers de Waterloo, je suivis l’Empereur à Rochefort et je montai avec lui sur le « Bellérophon ». Le 7 août 1815 je fus séparé de sa personne par ordre du gouvernement anglais ; le Northumberland emporta l’Empereur à Sainte- Hélène, un autre bâtiment anglais me transporta avec les généraux Lallemand, Savary et autres, à Malte où nous fûmes retenus pendant une année dans une étroite captivité. Relâché en août 1816, mais rayé des cadres de l’armée française, ne pouvant ni ne voulant, au moment de la plus furieuse réaction, rentrer dans ma patrie, je dirigeai mes premiers pas vers Rome. Une partie de la famille de l’Empereur y résidait auprès du cardinal Fesch, son nouveau chef. La nature et les motifs secrets de l’hospitalité accordée par la cour de Rome à l’ex-famille impériale ressortiront surabondamment des pièces que je publie; les mêmes motifs n’existant pas à mon égard, je fus invité, sur la demande de l’ambassadeur de France, M. de Blacas, à quitter Rome sous vingt-quatre heures. Je partis pour Florence, mais la persécution de M. de Rlacas m’y suivit et me força bientôt de quitter Florence et l’Italie et de me réfugier en Autriche, malgré ma répugnance. L’année suivant  le comte de Las Cases revint en Europe. Il m’écrivit que l’Empereur avait, à plusieurs reprises, exprimé le vif regret de ne pas m’avoir auprès de lui… »

(PLANAT DE LA FAYE, « Rome et Sainte-Hélène, de 1815 à 1821 », Furne et Cie, 1862,  pp.7-8)

(Illustration: portrait de Planat de la Faye âgé).

 

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( 10 juin, 2017 )

De BAUTZEN, le 10 JUIN 1813.

Lettre du Payeur  G. Peyrusse dans laquelle il raconte (ou répète) sa mésaventure…

Je reçois, mon cher André, ta lettre du 29 mai ; elle s’est croisée avec ma dernière de Neumark ; tu auras vu que nous avions assez bien rangé les affaires et que S.M. peut dire le veni, vidi, vici. Nous rentrons à Dresde sous des arcs de triomphe. Toutes les villes que nous traversions sont aux pieds de Sa Majesté. Les jeunes demoiselles viennent offrir des fleurs. Quel changement subit s’est opéré : Tout fuyait à notre aspect il y a peu de jours : aujourd’hui tous les visages sont riants. Nous arriverons demain à Dresde où quantité de personnages du plus haut rang sont attendus. J’y sais rendu le duc d’Otrante [Fouché]…T’ai-je dit que dans la soirée du 30 [mai 1813], dans un village près Neumark tous les équipages de Sa Majesté ont été incendiés dans une grange, et que l’action du feu a été si rapide et su prompte qu’on a eu à peine le temps de sauver les chevaux ? J’avais mon écurie dans le bâtiment. Je travaillais, mes paniers étaient étalés : j’ai eu à peine le temps, dès qu’on a commencé à crier « Au feu ! », de sortir de l’écurie avec mes papiers jetés pêle-mêle dans ma capote et de quitter l’enclos. Il a été de toute impossibilité de sortir une seule voiture. Mon fourgon a été incendié et le feu a été d’autant plus vif que j’avais seize caisses de pharmacie. J’ai eu 125,000 [pièces ?] d’or mis en fusion et mêlés avec du fer, du charbon et des cristaux. Je surpris entré dans l’enceinte lorsqu’on a pu s’y maintenir et j’ai enlevé tout ce qui était à moi. J’ai dressé procès-verbal d’une manière très authentique et je l’ai adressé à Paris. Les napoléons qui me restent propres à la circulation sont très noircis, mais je parvins à les nettoyer à l’eau forte, au savon et avec de la cendre. Cela m’a bien vexé, d’autant que j’ai perdu tous mes effets généralement quelconques. Je n’ai pas un mouchoir. Apparemment c’était écrit…

Guillaume.

« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894, pp.138-141.

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