( 22 juillet, 2017 )

22 Juillet 1832…

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Il y a 185 ans, s’éteignait au château de Schoenbrunn, près de Vienne, sous l’uniforme autrichien, NAPOLÉON II, le fils de l’Empereur. Il n’avait que 21 ans… Depuis le 15 décembre 1940, il repose tout près de son père, sous le Dôme doré des Invalides….

Resquiescat in Pace  !

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( 21 juillet, 2017 )

Paris et son histoire à l’honneur…

( 21 juillet, 2017 )

Tours, dépôt général des blessés de la Grande Armée (2 février-14 avril 1814).

A3

Cette étude, fut publiée la première fois en 1934, dans le « Bulletin trimestrielle de la Société Archéologique de Touraine ». Son auteur Raoul Mercier, était à l’époque, Professeur à l’Ecole Militaire de Tours. Je crois savoir qu’elle a fait l’objet d’un tiré à part en 1935.

C.B.

Le choix de Tours comme dépôt général des blessés de la Grande Armée de la Grande Armée, en 1814, marque une des heures les plus graves de notre histoire nationale : il mérite, à ce titre, d’être exhumé de l’oubli. Le premier ordre d’évacuation date du 26 janvier 1814, mais l’exécution ne commence que quelques jours près. Le 2 février 1814, le général Bonnard, commandant la 22ème division militaire, reçoit une lettre de Son Excellence le ministre de la Guerre [général Clarke], l’informant que des ordres sont donnés pour diriger sur Tours les militaires malades évacués de la Grande Armée. Une autre lettre, datée également du 1er  février, adressée, celle-ci, par le ministre, directeur de l’administration de la guerre [comte Daru] au comte de Kergariou, préfet d’Indre-et-Loire, précise que 2500 malades ou blessés vont être évacués sur les hôpitaux de Tours et d’Amboise. Cette nouvelle aussi sensationnelle qu’alarmante trouve son explication dans les défaites qui marquent le début de la campagne de France, commencée le 25 janvier par les Alliés: elle est la conséquence de l’invasion. Dès le 3 février, le préfet répond : « Je supplie Votre Excellence de renoncer à établir dans mon département aucun dépôt de malades. » Il fait valoir, en effet, que l’Indre-et-Loire abrite déjà près de 6000 prisonniers et que le passage de la division Laval vient d’exiger 543 voitures et 2200 chevaux. Il fait remarquer enfin que, les blessés arrivant par la Loire, le dépôt peut aussi bien être fixé à Orléans et Blois qu’à Saumur, Angers et Nantes. Après avoir reçu l’ordre, il attend le contre-ordre de l’Empereur qui date du 3 février. Mais les événements se précipitent : le 9 février, 1 400 malades sont dirigés par Étampes sur Orléans et Tours. Une seconde évacuation, d’environ 2 000 malades, doit suivre et le trop plein des hôpitaux d’Orléans et de Blois refluera sur Amboise et Tours.

 

Plan d’Évacuation.

La ligne d’évacuation, fixée le 3 mars, dirige les malades de Troyes, par Montargis, sur Orléans: les évacuations sont réglées à Paris par le commissaire ordonnateur des guerres Mazeau, chargé du service des hôpitaux militaires. Les premiers convois, annoncés le 26 janvier, doivent provenir des lère , 2ème  et 18ème  divisions militaires. Les directives portent que les blessés et malades seront évacués par voie fluviale, avec embarquement à Orléans et débarquement à Tours. Les bateaux sont des de l’eau, à la vitesse moyenne de 3 kilomètres à l’heure; ils peuvent ainsi parcourir le trajet en 4 jours de 10 heures de navigation. Chaque bateau réquisitionné est garni de paille et couvert d’une toile, de manière à protéger les blessés contre les intempéries. D’ailleurs de nombreux blessés échappent à ce courantd’évacuation, comme l’établit cette note de la supérieure1 des religieuses de la Présentation à Toury : « Les routes de plusieurs départements étant interdites, tous les blessés nous arrivaient à Toury par différentes voies et jusqu’à 80 à la fois. Nous les pansions, nous leur donnions à manger et, après les avoir bien soignés, on les remettait en voiture. Nous n’avions que deux religieuses ; personne ne voulait nous aider. »

Plan d’Hospitalisation.

L’hôpital de Tours, qui dispose d’environ 500 lits (dont 300 pour les incurables, 40 pour les militaires, 65 pour les malades civils et le reste pour les orphelins), est fort peu préparé à son nouveau rôle, puisqu’un rapport du commissaire des guerres vient d’établir que « l’hospice se trouve dans un dénuement qui compromet éminemment le service ». Son budget annuel s’élève à 125720 francs pour les recettes et à 232400 francs pour les dépenses, d’où un déficit de 106685 francs. Il lui est encore dû 8166 francs pour des journées militaires, accumulées depuis 1808, et les fournisseurs n’acceptent de soumissionner qu’à la condition d’être payés comptant.

Un premier plan d’hospitalisation, établi par ordre

du préfet, prévoit :

1° pour Tours :        hôpital général de Tours 200 places

                                        la grande caserne 480  places

                                     l’ancien Hôtel-Dieu 120 places

                                caserne de Marmoutier 300 places

                                      dépôt de mendicité 200 places

bureau de bienfaisance, attenant au précédent 20 places

ancienne église des Carmélites                        80 places

église des Carmes                                             200 places

maison Mitton (à louer)                                      60 places

 

Total.                                                                 1660 places.

 

2° pour Amboise, au lieu des 14 lits actuels :

                                      hospice d’Amboise 100 places

                       ancien couvent des Minimes 100 places

Total.                                                                  200 places.

 

Dès le 2 février, la commission administrative de l’hôpital, présidée par le baron Deslandes, maire de Tours, décide d’augmenter la capacité hospitalière par l’adjonction de deux succursales installées, lune au Plessis-lès-Tours, et l’autre à la maison de Saint- François. Ayant, à partir du 20 février, constitué un bureau qui siège en permanence, elle déclare en outre que les 800 lits installés dans l’hôpital général de la Charité seront exclusivement réservés aux soldats. L’archevêque de Tours s’empresse de désigner un

aumônier pour chacune des succursales hospitalières qui vont s’ouvrir.

Equipement de l’hôpital général de la Charité.

La transformation de l’hôpital général de la Charité en hôpital militaire nécessite une série d’évacuations préalables qui peuvent se résumer ainsi :

1° Envoi des incurables dans les communes de leur ancien domicile ou dans celles de leur naissance;

2° Transport des enfants trouvés et orphelins pauvres aux environs de Tours, chez des habitants aisés;

3° Transfert des malades civils à l’hospice Saint- Clément, sis 14, rue de l’Hospitalité, dans l’ancienne infirmerie des prisons sous la révolution (23 février- 31 mai 1814).

Le personnel médical est recruté sur place : il est renforcé par 7 aides-majors réquisitionnés dans le département et par l’envoi, le 24 mars, de 12 chirurgiens sous-aides-majors. Les ressources financières sont fournies par une imposition extraordinaire de 270713 francs, payable dans un délai de trois jours. Mais la taxe d’un franc par habitant, prélevée dans le département, n’ayant pu être récupérée sur tous, le déficit est réparti, le 31 mars,

« sur les habitants les plus facultueux » : à ce titre, le pharmacien Chambert se trouve à nouveau imposé pour 70 francs. Dès le 10 février, une première réquisition de linge et d’effets est adressée aux habitants. Le sieur Salmon Champoiseau, « qui a feint d’y satisfaire, » est informé « qu’il logera chez lui et non à l’auberge quatre militaires blessés qui seront nourris, chauffés, éclairés, blanchis, servis et soignés jusqu’au jour de leur exeat,

sauf à lui de fournir :

une couverture bonne ou 15 francs en argent.

4 draps recevables ou 30 francs en argent

6 chemises neuves  ou 27  francs en argent.

6 tabliers d’infirmiers ou 9 francs en argent.

6 torchons neufs  ou 6 francs en argent

8 kilogr. de linges à pansements  »

4 kilogr. de charpie » »

Une seconde réquisition, faite le 10 avril, impose 5 kilogrammes de grands linges à pansements pour chaque habitant du département. Les achats se multiplient, à la même cadence accélérée.

On acquiert, en autres choses :

200 couchettes de 3 pieds, à 9 fr. 50 l’une;

400 couchettes brutes de 4 pieds de largeur;

100 pièces de toile jaune commune aux 4 quarts pour

draps, à raison de 1 fr. 85 l’aune ;

100 pièces de toiles de brins pour chemises, à 1 fr. 95 l’aune; 300 kilogr. de chandelle à 150 francs le cent;

2 pièces d’eau-de-vie, tant pour les besoins de la pharmacie que pour distribuer aux infirmiers le matin et dans le vin aux malades (mesure souvent ordonnée par MM. les officiers de santé).

Le service de santé de l’hôpital est ainsi organisé :

Charles Varin, médecin en chef (décédé en septembre 1814);

J.-B. Duchesne-Duperron, médecin suppléant;

Pierre Lecamus, deuxième médecin suppléant;

Vincent Gouraud, chirurgien en chef;

Pierre Mignot, chirurgien suppléant;

3 aides-majors : Chatelain, d’Azay-le-Rideau ;

Rougé, d’Amboise;

Beaumont, de Luynes;

12 élèves en chirurgie.

Le service de la pharmacie centrale est assuré par le pharmacien en chef, Parmentier. Lorsque ce dernier se trouve débordé, le maire réquisitionne, le 24 avril 1814, « les élèves en pharmacie demeurant ou travaillant de leur profession chez les pharmaciens de la ville de Tours. En cas de maladie ou d’empêchement légitime de la part desdits élèves, ils seront suppléés par les maîtres-pharmaciens eux-mêmes. » Parmentier est aidé dans ses fonctions par:

2 pharmaciens aides-majors : Durand ;Pivet;

6 pharmaciens sous-aides-majors : Riverin;Dehogues;Violette;

Revel; Jamimier.

Il dispose encore de 7 aides pour les diverses annexes; parmi eux figurent Thibaut, de Loches, et Delahayes, de Bléré.

La répartition des malades et des blessés, faite d’accord avec le service de santé, réserve à l’hôpital général « le triage et l’enregistrement sur les états de population ainsi que l’hospitalisation des malades non contagieux ».

 A1

I-Succursale du Plessis (mars-9 mai).

L’ouverture d’une succursale hospitalière au Plessis-lez-Tours, pour employer le langage de l’époque, est envisagée dans le plan d’hospitalisation esquissé le 2 février. A cet effet, le château du Plessis-lez-Tours est loué au sieur Cormery : il est réservé aux prisonniers malades, aux galeux et aux vénériens. Il est agrandi par la construction d’un hangar de 8200 francs et par le montage de deux tentes dans le parc. Dans une maison voisine, louée 45 francs par trimestre, s’installent le sous-directeur, l’aide-major et les élèves.

Le service médical en est confié à :

Félix Herpin, docteur en médecine;

Pimparé, aide-major;

3 chirurgiens allemands, prisonniers à Restigné;

1 officier de santé russe;

4 élèves en chirurgie.

Mais, lorsque Herpin est atteint par l’épidémie, il est remplacé, à dater du 27 mars, pendant 43 jours, par Jean-Baptiste Pipelet, docteur en chirurgie. Celui-ci, ancien chirurgien herniaire de la famille royale, ancien chirurgien du Roy au Châtelet de Paris, a, du fait de la Révolution, perdu toutes ses charges : en 1811, il est venu se fixer à Tours, où il assure les modestes fonctions de suppléant du médecin préposé aux inhumations. Se voyant obligé de réclamer ses

honoraires pour son remplacement a, il déclare « qu’il en aurait fait don si des circonstances malheureuses ne l’avaient réduit à une très modique fortune qui lui est insuffisante pour soutenir une famille de douze personnes ». Dans le rapport de Fournier, la gestion de cette succursale de Plessis-lez-Tours est ainsi appréciée : « La commission administrative, vu la nature même de cet établissement, l’espèce de malades qui y ont été reçus, l’incommodité du local et la difficulté d’y exercer une surveillance exacte et convenable, arrête : Les comptes de gestion du sieur Taillandier, sous-directeur, sont arrêtés et le dit Taillandier en demeure définitivement chargé. » Bien que les archives de l’hospice général n’en fassent pas mention, les annexes établies :

1° à la Rabaterie, dans l’ancien manoir d’Olivier-le-Daim;

2° dans l’ancien prieuré de Saint-Éloi;

3° dans l’église prieurale de Sainte-Anne;

40 dans la manufacture de M. Roze et dans quelques granges avoisinantes, paraissent avoir été gérées par la succursale du Plessis.

 A2

II. -Succursale de Saint-François (9 mars-16 avril).

La succursale hospitalière de Saint-François est installée dans un domaine appartenant au directeur du petit séminaire ; elle est réservée aux blessés légers et aux fiévreux convalescents. Elle compte jusqu’à 170 hospitalisés.

Le service de santé est assuré par :

Louis René Leclerc, docteur en médecine ;

4 aides-majors : Sourzac, de Tours;

l’Ecuyer, de Joué;

A. Orye, de Bourgueil;

Delanoue, de Bourgueil;

4 élèves en chirurgie.

En dépit de la pénurie d’infirmiers, le fonctionnement ne donne lieu à aucune observation; aussi, le rapport de gestion conclut-il favorablement : « Le sieur Delbourg, sous-directeur, a géré avec économie et fait preuve des meilleures intentions, en raison des circonstances dans lesquelles la gestion lui a été confiée. En conséquence, le compte de cette succursale est déclaré clos. » L’aide-major Sourzac, dans une lettre adressée au sous-préfet, auditeur à Tours, fournit des détails curieux sur le rendement de cette annexe : soignant surtout des blessés et des fiévreux convalescents, il s’attribue, sans modestie, un succès thérapeutique dû plutôt à la spécialisation de son service (18 mars 1814) : « Je me suis présenté plusieurs fois chez vous sans avoir eu l’avantage de vous voir, pour vous entretenir de l’hôpital de Saint-François, au soin duquel vous m’avez commis: avec beaucoup de peine, je suis parvenu à y établir de l’ordre et la plus grande propreté, sans laquelle tous mes soins pour les malades eussent été nuls. 80 individus ont été atteints d’une fièvre continue à mauvais caractères et qui s’est montrée avec tous les symptômes de malignité. Je fais usage d’une poudre tempérante, laxative et fébrifuge et très économique, je l’ai toujours employée avec un succès étonnant dans les divers hôpitaux militaires dont j’ai été chargé. Je n’ai perdu que 4 hommes sur 200 que j’ai reçus dans la dite : un poitrinaire, un autre d’épanchement au cerveau, un de mort subite et l’autre d’une fièvre lente. J’ai envoyé ce matin 29 hommes à l’hôpital des récolais presque guéris de leur blessure; j’ai donné 8 exeat et sous peu de jours j’aurai 60 hommes en état de sortir. Je ne suis point dissipateur : une demie livre de charpie suffit actuellement pour le pansement de 120 blessés; je suis à proportion aussi économe dans toutes mes prescriptions, tant pour le régime de vie que dans mes formules et médicaments; ce qui épargnera à l’administration une somme très conséquente sur la totalité. Mes visites sont un peu longues, je brave le danger; mais il est essentiel d’examiner chaque malade avec l’attention nécessaire, pour saisir toutes les indications et circonstances, prescrire ce qui convient à chaque cas particulier. « J’ai cru devoir vous soumettre cet aperçu pour vous assurer le zèle que je ne cessais d’employer pour répondre à la confiance dont vous m’avez honoré, et je vous prie de me croire avec tout le respect que je vous dois. J’ai

l’honneur. « Votre très humble serviteur

« Sourzac. »

Ce monument, que Sourzac élève à sa gloire, lui vaut d’être nommé ultérieurement médecin du dépôt de mendicité.

 

III. — Succursale des Récollets (11 mars-14 avril).

La succursale des Récollets s’installe, le 11 mars 1814, dans le dépôt de mendicité qui vient d’être ouvert,  pour 250 individus, dans l’ancien couvent des Récollets. L’administration en est laissée au directeur du dépôt, Godefroy d’Hosbert.

Le service médical est confié à :

Antheaume, chirurgien major;

Norbert, d’Amboise, médecin ;

Rouillé, de Tours, aide-major;

4 élèves en chirurgie;

2 élèves en pharmacie.

Dans ce service réservé aux blessés, le nombre moyen des hospitalisés est de 147, avec un total de 6782 journées. La vérification des dépenses, faite le 10 juin 1814, donne lieu à de regrettables constatations. Le déficit constaté s’élève, en effet, à 2425 livres pour la viande, à 81 douzaines pour les œufs, à 471 litres pour le vin; il n’est pas moindre pour le linge, les pansements et les effets mobiliers. Aussi, la commission administrative transmet-elle ce rapport au préfet, en le priant « de vouloir prendre en considération les intérêts de l’hospice évidemment lésés dans cette gestion ».

 

IV. -Autres succursales.

Les registres de délibération de la commission administrative de l’hôpital général de la Charité mentionnent encore, comme autres succursales, la maison de l’Orangerie, à Saint-Symphorien, où 5 prisonniers décèdent les 15 et 16 mars 1814. Ils restent muets sur l’occupation de l’ancien couvent de Marmoutier, où 32 prisonniers succombent du 17 au 29 mars, et sur celle de l’ancien couvent de Beaumont-lès-Tours.

L’épidémie de typhus.

L’opinion publique tourangelle est déjà inquiétée par les mauvaises nouvelles de la guerre, telles que le pillage de Lons-le-Saulnier le 22 janvier, par les Cosaques, « qui violent les femmes dans la rue, en plein midi; » l’apparition de 1500 ennemis à deux lieues d’Orléans,

le 18 février; la découverte de déserteurs dans les bois de Limeray, le 28 février; la bataille sous Paris, le 30 mars. Elle est encore plus douloureusement émue par la nouvelle d’un mal mystérieux qui emporte civils et soldats de la garnison. La mortalité militaire, enregistrée

pour l’hôpital général et ses succursales, atteint en :

             SOLDATS FRANÇAIS                                    PRISONNIERS DE GUERRE

Mars                  106                                                                       83

+ quelques inconnus

Avril                  285                                                                        102

Mai                     94                                                                           9

Juin                   58                                                                            6

En réalité, la mortalité générale militaire s’élève à 860, sur un total d’environ 7000 soldats évacués sur Tours au cours de l’année 1814. La journée la plus critique de l’épidémie est le 4 avril, où 31 soldats français et 64 prisonniers succombent; le 12 avril on enregistre encore 45 décès de soldats français et 8 de prisonniers. Il est vrai que, le lendemain, le Journal d’Indre-et- Loire annonce, comme nouvelle réconfortante, « le Te Deum, chanté dimanche dernier pour célébrer l’heureuse révolution qui rend aux Français, avec leur souverain légitime, la paix et le bonheur si durement acquis par 25 années de souffrances. » En dépit du peu de précision des statistiques mortuaires, on constate chez les Français 278 morts de fièvre, pour 103 morts de blessure et 3 morts de gale; chez les prisonniers, au contraire, la mortalité par blessure est intime. Parmi les victimes françaises, toutes les armes participent au sacrifice : on y voit même figurer quelques conscrits, dont les blessures mortelles n’ont pas suffi à faire de vrais combattants, et aussi trois réfractaires. Dans les décès de prisonniers, les plus nombreux sont ceux des Autrichiens, puis des Anglais, des Bavarois et des Prussiens. On enregistre même la mort d’un prisonnier anglais de marque, le contre-amiral Thomas Rogers, décédé chez l’habitant. Le personnel médical et infirmier, durement frappé par l’épidémie, compte 18 décès. Deux médecins affectés au Plessis (dont l’aide-major Beaumont, de Luynes), un pharmacien, 2 élèves en médecine, une religieuse, 11 infirmiers, 2 infirmières et un sacristain meurent. Un grand nombre d’autres, parmi lesquels le docteur Herpin et l’étudiant en médecine Urson, sont atteints, mais guérissent lentement. Parmi les victimes indirectes de l’épidémie, figure encore le médecin-chef Varin, qui, épuisé par le surmenage, ne tarde pas à succomber à une « phthisie pulmonaire», les mesures d’ hygiène, réclamées par le chirurgien en chef, sont les suivantes : « Tenir toujours le plancher des salles couvert d’une couche de sable et la renouveler chaque jour. Enlèvement immédiat, dans les salles, des substances animales et gangrénées, c’est-à-dire linges et pansements. Substitution de la balle d’avoine à la paille. Remplacement des couvertures et capotes de laine par des toiles, car il est reconnu comme vérité physique que la laine est plus susceptible que  toile de s’imprégner des gaz dangereux qui peuvent régner dans les salles. Réunion des infirmiers ans une salle particulière la nuit. Enlèvement chaque jour des cadavres dans l’ensevelissoir. Exposition des dépouilles des malades et des morts aux fumigations de l’acide muriatique oxygéné, préalablement à tout lavage. Lavage à l’eau de chaux des baquets, pots de nuit et autres ustensiles à l’usage des malades. Fumigation des salles ou d’y suppléer en y tenant habituellement des vases remplis d’acide muriatique oxygéné. Usage de lits simples pour les contagieux. Usage de lotions vinaigrées et camphrées pour les prisonniers malades. » Le 26 mars 1814 est promulgué un Règlement pour les bandes et linges pansement: « Le linge sale sera jeté dans des baquets pour y tremper 24 heures dans l’eau mêlée d’une quantité légère de chaux que se charge de déterminer M. le pharmacien en chef. Le détrempage du linge par l’eau de chaux, et celle du guéage à la suite, auront lieu sur le bord du Cher, à l’effet de quoi y seront placés lesdits baquets avec couverts fermant à cadenas. Il n’appartient qu’au chirurgien en chef de décider que tel linge ou tel vêtement devra être enfoui ou brûlé, la quantité en sera mentionnée au registre de la lingerie. » Toutes ces prescriptions sont rationnelles, si on admet la contagion directe du typhus; elles restent cependant inopérantes, parce qu’elles ne s’adressent pas au pou qu’alors on ne sait pas être le seul agent contaminant. Le service des inhumations est bientôt embouteillé à son tour. « L’achat d’un cheval pour le transport des cadavres au cimetière » et « le versement à l’aumônier d’une indemnité de 3 francs par jour pour le prêtre qui vient l’aider dans ses pénibles fonctions », ne suffisent pas à rétablir l’ordre. On organise un convoi bi-quotidien de tombereaux pour conduire les morts au Menneton, choisi comme cimetière. C’est là que, collégien, j’ai pu ramasser quelques uns des ossements de ces morts, insuffisamment ensevelis. En dépit des précautions prises « pour ne placer des militaires chez des particuliers en ville, sans avoir vérifié s’ils ne portent en eux-mêmes le germe de maladies contagieuses », l’épidémie gagne la population civile et y cause environ 812 décès, dont 160 hospitaliers. L’autorité militaire s’émeut d’un pareil désastre et envoie le baron Dominique Larrey, chirurgien de la Grande Armée, faire une enquête sur place : c’est vraisemblablement à la demande de ce dernier que le Dépôt général des blessés des armées est transféré de Tours à Saumur, le 14 avril 1814. Le refus des troupes de Tours de prêter serment au roi et de prendre la cocarde blanche explique peut-être aussi la hâte que met le ministre de la Guerre à « licencier les officiers de santé militaires employés dans les hospices civils de cette place, à compter du 16 juin 1814». Le silence médical s’est fait sur celte épidémie qui a triplé le nombre annuel des morts à Tours: c’est, sans doute, à la demande de l’autorité que la Société médicale d’Indre-et-Loire n’a point discuté un aussi copieux recueil de faits cliniques. Bien qu’un de mes prédécesseurs dans la chaire de clinique médicale, le docteur Charcellay , en ait fait le thème de son discours à la séance de rentrée de l’École de Médecine, le 18 novembre 1852, des documents nouveaux m’ont permis de compléter et de rectifier ses notes et aussi d’expliquer la marche de la maladie. Les deux plus récentes épidémies régionales de typhus sont celles de la prison de Loches, en 1804, décrite par Laferrière et Girardin, sous le nom de fièvre carcéraire, et de la prison d’Argenton-sur- Creuse, mentionnée par Rochoux (1811). L’épidémie de Tours de 1814 est contemporaine de celle qui sévit à Paris dans les salles de Dupuytren à l’Hôtel-Dieu : comme cette dernière, elle paraît avoir été apportée d’Allemagne où, en 1813, le typhus règne aussi bien à Berlin qu’à Dantzig. Une Instruction sur le typhus (fièvre des camps, fièvre des hôpitaux, fièvre des prisons), publiée le 27 janvier 1814, par le ministère de l’Intérieur, résume les notions recueillies tant à Coblentz que dans les départements du Nord-Est. « Le typhus, qui peut naître spontanément, donne un exanthème le quatrième jour; dans sa seconde période, qui commence le huitième jour, se manifestent des signes ataxiques et dans sa troisième période, après le quatorzième jour, se montrent des signes adynamiques. » Le meilleur moyen de détruire les miasmes délétères et contagieux consiste en fumigations d’acide muriatique oxygéné (formule de Guyton-Morveau) :

Muriate de soude (sel commun) 90 grammes (3 onces);

Oxyde noir de manganèse 7 grammes (2 gros).

Placer sur un réchaud allumé et verser dessus :

Acide sulfurique 60 grammes (3 onces).

Les précautions à prendre pour les officiers de Santé sont les suivantes : « Faire une fumigation avant de commencer leur visite; ensuite : 1° ils couvriront leurs habits d’un tablier ou d’une casaque de toile; ils relèveront un peu les manches de leurs habits; ils auront l’attention de ne point toucher les malades avec des mains froides et encore moins avec des mains en sueur; ils frotteront leurs mains avec de la poudre de stéatite (craie de Briançon) ou de lycopodium; ils auront soin de n’entrer à l’hôpital qu’après avoir pris un bouillon, une tasse de thé ou de café; après la visite, ils se laveront les mains et la bouche avec de l’eau légèrement acidulée. » Les conclusions ultérieures de Charcellay déclarant le typhus « maladie zymotique, reconnaissant pour cause essentielle un miasme particulier, un ferment sui generis, produit par l’encombrement et la viciation de l’air , demeurent elles aussi controuvées ; car, d’après les recherches récentes de Ch. Nicolle, le pou joue un rôle exclusif dans la transmission du typhus. La biologie du pou explique aussi l’apparition saisonnière de la maladie parce que « la pullulation de ce dernier s’effectue pendant les  mois froids de l’année et s’atténue au moment des chaleurs».

Nous devons, à ce propos, conserver pieusement les noms de ceux qui, à des titres divers, ont combattu l’épidémie. Ce sont, sous la présidence du baron Deslandes, maire, les administrateurs de l’hôpital : Viot- Olivier et Fournier, vice-présidents, Suzeau, Cartier- Rose, Briant et Proust. Quant à Bernard-François Balzac , le père d’Honoré, il est démissionnaire dès le 2 février, « attendu son séjour à Paris, dont il ignore le terme. » Ce sont encore: les médecins sus-nommés, les 40 élèves en médecine et en pharmacie, les 30 religieuses de la Présentation et les 115 infirmiers, qui ont fourni un chiffre notable de victimes. C’est enfin le commissaire de police Miquel, improvisé « directeur intérieur et temporel de l’hôpital », en remplacement de Gory, démissionnaire à la suite du refus d’un congé pour se rendre à Paris (13 avril). L’année 1814, commencée dans l’angoisse de la défaite, poursuivie dans la terreur de l’épidémie, s’achève encore dans le deuil pour les Tourangeaux. « Le 11 décembre, 21 personnes sont, en effet, mordues à Gravant, Panzoult et Villaines par une jeune louve enragée, si bien que 16 d’entre elles n’avaient presque plus figure humaine. Toutes ont terminé dans les convulsions et les tourments de la rage leur déplorable existence. » Le chirurgien Desmé, de Chinon, qui les a visitées dans leurs derniers moments, a remarqué qu’aucune ne cherchait à mordre ni à déchirer: « Un de ces infortunés, nommé Soudée, déjà dans les accès d’hydrophobie, le voyant entrer dans sa chambre avec précaution et défiance, assura qu’il ne lui ferait aucun mal et qu’il pouvait l’approcher sans crainte; en effet, ce malheureux, dans les convulsions et au milieu des accès de la rage, embrassait sa femme et la pressait dans ses bras avec la plus tendre affection. » L’impression qui se dégage de cette étude médico-militaire est que bien des inventions sanitaires de la récente guerre [Celle de 1914-1918] ne sont que des réminiscences du Service de Santé des armées napoléoniennes. Péniches sanitaires improvisées, grand centre hospitalier installé à 200 kilomètres du front, service de répartition, carnet de passage, antiseptiques chlorés, distribution d’une notice sur la maladie régnante, voilà tout ce que nos grands ancêtres ont créé.

R.M.

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( 20 juillet, 2017 )

Hors-série du magazine « LIRE ».

Paru récemment en kiosque, ce numéro est consacré NAPOLEON. (98 pages, 7,95 euros).

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( 20 juillet, 2017 )

Marengo en chantant…

Penser à la musique lorsque l’on parle de Marengo et de la mort du général Desaix pourrait sembler un paradoxe. Cependant, la musique est présente doublement. D’une part, par la présence des musiques militaires sur le champ de bataille, dont les tambours et trompettes battent et sonnent les ordonnances. D’autre part, après la victoire, comme pour mieux commémorer l’événement, ou plus exactement les événements, car non seulement la bataille et la victoire furent transcrites en musique, mais aussi la mort du général.

À Marengo, l’armée de réserve n’a guère le temps de s’attarder sur les programmes musicaux. Certes, la Garde consulaire et son harmonie alignent quelques 25 musiciens. Mais lors dMarengo en chantant… dans HORS-SERIE Lejeune1-300x200u combat, les seuls airs qui retentissent sont d’abord ceux des batteries et des sonneries d’ordonnance.

La musique accompagne depuis très longtemps l’armée. Les premières traces écrites semblent dater de 1589. À cette époque, la fonction de la musique se résume à l’escorte des soldats lors de leurs déplacements ou dans les phases de combat. Ce ne sont pas des musiciens militaires qui jouent mais de simples gagistes à la solde des colonels propriétaires des régiments. Les premiers changements vont s’opérer quand l’armée, sous l’influence du maréchal Maurice de Saxe, va passer au stade de l’armée réglée. À partir de ce moment, la musique en fera partie intégrante. Malgré la persistance des gagistes, il existe désormais des musiciens ayant statut de militaires. Pourtant, leur rôle n’est qu’utilitaire ; ainsi le trompette, monté à cheval, sonne les marches, porte les messages, le timbalier scande les pas et le tambour transmet les mouvements aux troupes par une série de batteries.

Progressivement, les sonneries d’ordonnances vont être créées, puis normalisées. Le 14 mai 1754, par ordre du ministre le marquis de Paulmy, le lieutenant Joseph Henri de Bombelles réunit tous les tambours de France et de Navarre aux Invalides, et les place sous les ordres du tambour major Jacques Bouroux afin qu’ils reçoivent tous la même instruction. À partir de 1764, les Gardes françaises recrutent des cuivres et des instruments à anche. Ils formeront un corps à part de celui des fifres et des tambours. Puis en 1788, les ordonnances royales précisent en quelles occasions sont sollicitées les musiques militaires et réglementent les sonneries et batteries d’ordonnances.

Telle est la situation des musiciens militaires à la veille de la Révolution française. Il en sera ainsi jusqu’en 1790, année où le capitaine d’état major Sarrette obtient l’autorisation de constituer un corps de musique militaire, dont les fonctions principales sont une participation aux grandes cérémonies organisées par les responsables politiques et la formation des musiciens nécessaires. Ce sont ces musiciens qui vont parcourir l’Europe, suivant dans leurs différentes campagnes les régiments, traversant les pays et les villes. Ils sont simples exécutants, compositeurs ou chansonniers, mais ils sont, avant tout, militaires et sont pris en compte dans les règlements, les ordonnances ou les décrets qui déterminent leurs uniformes, leur logement ou leur solde. C’est cependant leur vie d’artistes au service des musiques, des chants et des fêtes qui a présentement retenu notre attention.

Les musiques militaires dans les régiments à l’époque du général Desaix.

En 1800, lors de la seconde campagne d’Italie, l’organisation des musiques varie selon les armes. Ainsi la Garde consulaire, issue de la Garde du Directoire, et qui accompagne le consul dans ses déplacements, possède-t-elle la phalange musicale la plus importante de toutes les armées françaises. Cette garde fut créée 18 jours après le coup d’État du 18 Brumaire. Elle est en fait le résultat de la fusion entre l’ancienne Garde du Directoire et celle du Corps législatif – ce qui représente un total de 2 089 hommes, infanterie et cavalerie confondues et aligne 25 musiciens, mais rapidement, dès septembre 1800, leur nombre passera de 50 à deux sous-chefs. À Marengo, la Garde compte donc 25 fantassins (2 flûtes, 5 premières clarinettes, 5 deuxièmes clarinettes, 4 bassons, 1 trompette, 4 cors, 1 serpent, 1 paire de cymbales, 1 grosse caisse et 1 tambour). Quant à la Garde montée, c’est à elle que revient l’honneur d’accueillir le timbalier.

Mais la Garde n’est pas la seule à accueillir des musiciens. Les fantassins et les cavaliers possèdent également leur harmonie. Pour cette campagne, et notamment à la bataille de Marengo, l’infanterie de ligne se conforme à la circulaire du 11 thermidor an VII [29 juillet 1799]. Si l’on se réfère à ses prescriptions, la musique est directement rattachée à l’état-major et elle comprend : 8 musiciens, 1 chef, 1 tambour major et 1 caporal tambour, auxquels il faut ajouter les tambours des compagnies, qui sont au nombre de 2 par compagnies (qu’elle soit de grenadiers ou de fusiliers). Ce qui représente un total de 54 tambours, puisqu’un régiment est composé de 3 bataillons de 9 compagnies chacun. Il est à remarquer que, réglementairement parlant, les musiciens portent l’uniforme du régiment et qu’ils fournissent et entretiennent, sur leurs deniers, leurs instruments. Les régiments doivent pourvoir au besoin des cymbales ainsi que de toutes les caisses et tambours.

Quant à l’infanterie légère, elle doit obéir à la loi du 23 fructidor an VII [9 septembre 1799]. Là aussi, la musique dépend de l’état-major et est composée de 7 musiciens, 1 chef, 1 tambour major, 1 caporal tambour, auxquels nous devons ajouter les 54 tambours des compagnies – un régiment d’infanterie légère étant également composé de 3 bataillons de 9 compagnies chacun, et les tambours sont au nombre de 2 par compagnie qu’elle soit de grenadiers ou de fusiliers. Autre corps possédant des musiciens et régi par la même loi, l’artillerie est une arme qui emploie à la fois des fantassins et des cavaliers. Elle comprend d’une part l’artillerie à pied et de l’autre celle à cheval – auxquelles s’ajoutent quelques corps particuliers qui ne possèdent que des tambours. Dans ce cas, comme dans le précédent, seuls les états-majors possèdent des musiciens. Si les effectifs de l’artillerie à pied sont calqués sur ceux de l’infanterie de ligne, auxquels il nous faut ajouter 40 tambours, issus des compagnies – car le régiment d’artillerie à pied aligne 2 bataillons de 10 compagnies chacun – ceux de l’état-major de l’artillerie à cheval comportent 8 musiciens, 1 trompette maître et 1 chef et les 12 trompettes des escadrons – un régiment comprend 3 escadrons de 2 compagnies. La cavalerie enfin ne déroge nullement aux règles précédentes. Que ce soient des corps de carabiniers, dragons, chasseurs à cheval ou hussards, tous possèdent un effectif de 6 musiciens, 1 chef et 1 trompette maître ainsi que 20 trompettes des escadrons – puisque les régiments alignent tous 5 escadrons de 2 compagnies.

Si en temps de paix, les musiciens militaires s’adonnent à leur passe-temps favori, faire de la musique, et rythment la vie militaire par toute une série de sonneries et batteries d’ordonnance, où les cornets, fifres et les tambours sont essentiels, il n’en est pas de même durant les périodes de guerres ou lors des combats. Ainsi, sur les champs de batailles les musiciens servaient à l’approvisionnement en munitions, puis après les combats, au ramassage des blessés. On avait bien essayé de les faire jouer lors des phases d’attaques, pour «donner plus de cœur» aux fantassins présents sur le terrain, mais ces musiques étaient par trop repérables, et elles se faisaient décimer par l’artillerie ennemie.

Pendant la bataille de Marengo, les armées consulaires sonnent et battent les ordonnances datant de l’Ancien Régime. Ce ne sera qu’en 1803 que David Bühl commencera à présenter ses nouvelles ordonnances. Parmi les batteries réglementaires dans l’Infanterie, il faut citer : Au Drapeau, La générale, Aux Champs, La Chamade, Le Ban, L’Assemblée, Le Réveil, La Diane, La Fricassée, L’Extinction des Feux, La Retraite, La Charge et plusieurs rythmes de marches. Les témoignages qui furent diffusés après la bataille de Marengo notent que « La Charge fut battue en même temps [que le feu de l’artillerie] sur toute la ligne ; et cet élan qui se communique comme la flamme aux cœurs des braves, ajoute encore à l’ardeur qu’inspire la présence d’un chef qui tant de fois les a conduits à la victoire [Desaix, à la tête de la 9e Légère] ». Citons également quelques commandements lancés par le trompette à la cavalerie : Le Boute-selle, Le Boute Charge, La Marche, L’Appel ou le Ban, La Retraite ou le Guet, La Sourdine, etc… Sans compter toutes celles qui permettent de gérer la vie des chevaux eux-mêmes : le réveil des animaux, leur repas, leur pansage, l’abreuvoir (plusieurs fois par jour)

Outre ces sonneries et batteries d’ordonnances, il existe tout un répertoire de musiques militaires utilisé lors de concerts ou de défilés. Nous en trouvons trace dans les publications du Magasin de Musique, dont les premières parutions s’effectuent dès le mois de germinal an II (mars 1794) et se poursuivront jusqu’en 1825 – il a pris alors l’appellation de Magasin de Musique du Conservatoire. Ces musiques, dédiées aux phalanges militaires, se répartissent suivant trois grandes familles : ouvertures et symphonies, suites d’harmonie, pas et manœuvres. Les compositeurs les plus connus de cette période collaborent à l’élaboration de ce répertoire. Ainsi Mathieu Frédéric Blasius, Simon Catel, François Devienne, Étienne Ozi, François Joseph Gossec, Nicolas Mehul, Louis Jadin, Henri Montan Berton ou Rodolphe Kreutzer. Mais il en existe d’autres dont la production est bien moins importante, comme Xavier Lefèvre, François René et Michel Joseph Gebauer, qui ont endossé la tenue militaire, ou Frédéric Duvernoy, célèbre corniste de l’époque. Leurs compositions requièrent des orchestres d’harmonie (le détail de l’effectif se trouve sur l’en-tête de la partition), comprenant souvent des vents par deux – sauf pour les trombones et les serpents, quand la partition est destinée à un petit effectif.

Les marches et pas de manœuvres cités ci-dessus, ainsi que les ouvertures écrites spécifiquement pour harmonie, ne sont cependant pas les seules partitions dont les chefs de musique disposent. Ils ont, dans leur sac de voyage, des ouvertures d’opéra retranscrites pour l’occasion. Il en est ainsi de l’ouverture de La Journée de Marathon de Rodolphe Kreutzer, de celle d’Iphigénie de C.W. Gluck, de celle de La Chasse du Jeune Henri de Méhul – transcrite par H. Jadin, ou des airs à la mode tels ceux de Sémiramis (Air des Africains), Les Bayadères de Julie Candeille, Airs de Tarare de Salieri, Ceux d’Œdipe à Colonne de Sacchini ou ceux de La Flûte Enchantée de Mozart. Parfois, les orchestres exécutent des pots pourris tel celui composé par Vanderhagen ou Beinet.

Cette activité artistique marque un bref répit dans une vie marquée, comme pour les autres soldats, par les risques pris au combat. Bien que ne participant pas toujours à la phase la plus violente des affrontements, certains de ces militaires se distinguent en effet par leur bravoure. Et comme pour les autres militaires des armées, ils eurent droit à un certain nombre de récompenses. Ainsi, un arrêté des Consuls du 4 nivôse An VIII décide de l’attribution de fusils, carabines, sabres, etc… mais aussi aux tambours des baguettes d’honneur garnies en argent […] (article 2), aux trompettes des trompettes d’honneur en argent (article 4). De fait, à Marengo, certains d’entre eux sont justement récompensés, comme le stipule l’arrêté suivant :

Arrêté du Premier Consul qui accorde des armes ou marques d’honneur à 29 militaires – du 29 messidor an VIII

Bonaparte, Premier consul de la République, arrête :

Il sera accordé des grenades d’honneur aux citoyens, […]

Il sera accordé des baguettes d’honneur aux citoyens, Sayer, Avoine, tambours des grenadiers de la Garde.

Il sera accordé des trompettes d’honneur aux citoyens, Bonnet, Krettly, brigadiers trompettes ; Norberg, trompette.

Le ministre de la Guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui sera imprimé.

Les chants des militaires.

Outre les musiques, la vie militaire est également rythmée par les chants. Les chansons militaires existent depuis l’Ancien Régime, elles ne sont donc pas spécifiques à la période révolutionnaire. Mais il existe certaines différences, notamment quant au mode de diffusion et au contenu. Ces chants paraissent dans les journaux militaires de l’époque, ainsi que dans les almanachs et quelques publications militaires tels Le Petit chansonnier des armées pour l’An III de l’ère républicaine. Jean-Roch Coignet, dans ses cahiers, témoigne qu’il arrive en Italie marchant en chantant Cadet Rousselle ou Il Pleut Bergère. Écrire une chanson militaire n’est pas le domaine réservé du seul soldat et si l’armée compte dans ses rangs de nombreux chansonniers, de tous grades et de tous corps, n’importe quel citoyen peut composer et faire publier son œuvre dans les journaux militaires. Les timbres qui servent de support aux chansons militaires sont donc sans surprise identiques à ceux qu’ont l’habitude de chanter les civils. Ainsi nous trouvons, outre La Marseillaise, l’air Une femme de Province (tiré de Figaro), On va lui percer les flancs, Ah ! De quel souvenir affreux (tiré des Visitandines), Veillons au salut de l’empire, Français laisseras-tu flétrir, On doit soixante mille francs. Les textes privilégient les descriptions des campagnes et des victoires, le quotidien du soldat (ses affres, pour les chansons les plus politiques), ses amours, jusqu’aux chansons à boire.

Marengo et l’image de Desaix dans la musique er les chants révolutionnaires.

En ce tout début du Consulat, la musique reste encore le moyen le plus sûr pour honorer et commémorer les grands événements, même si les fastes révolutionnaires sont déjà loin et si ceux de l’Empire ne sont pas encore à l’ordre du jour. À la lecture des messages diffusés des grands organismes de l’État, nous ne pouvons que remarquer que la machinerie de la propagande musicale est belle et bien mise en place. Dans le cas de Marengo et de la mort de Desaix tout est mis en œuvre pour célébrer à la fois la victoire et la perte d’un personnage important. Pour en avoir la certitude, il nous suffit de nous reporter au Message et Vœu du Tribunat, sur la Bataille de Marengo, du 3 messidor an VIII:

« Le Tribunat, après avoir entendu la lecture d’un message des consuls, relatif à la victoire de Marengo, émet le vœu dont la teneur suit :

Qu’il soit donné aux armées de la République des témoignages solennels de la reconnaissance nationale.

Que la mémoire de l’immortel Desaix soit honorée dans la fête du 14 juillet prochain.
Le tribunat arrête de plus qu’il sera fait aux consuls de la république un message dont la teneur suit :

Consuls,

Votre message, sur la journée de Marengo, a inspiré au tribunat le vœu qu’il s’empresse de vous communiquer. L’armée s’est couverte d’une gloire nouvelle, mais elle a perdu un de ses héros. La mort de Desaix est un malheur public au sein des plus éclatants triomphes.
Que le Premier Consul revienne vainqueur et pacificateur : tel était, en Ventôse dernier, le vœu ou plutôt le présage du tribunat. Déjà la victoire a préparé et commencé la paix. La paix est le besoin des peuples ; elle est l’intérêt le plus vrai des gouvernements ; le tribunat sachant qu’elle est l’objet des travaux du gouvernement français. Puisse l’armistice de Marengo être le prélude du repos et du bonheur des nations !
La campagne de l’an VIII affermit la puissance de la République ; elle honore les magistrats chargés, les témoignages de la satisfaction qu’il éprouve, en apprenant leurs triomphes et la délivrance des patriotes italiens ».

Ainsi, les deux premiers articles sont explicites : il faut fêter dignement sur tout le territoire national la Victoire de Marengo ; la mort du général Desaix, elle, sera plus spécifiquement célébrée lors des cérémonies du 14 juillet. De fait, immédiatement après la victoire, au château de Marengo, on festoie et on chante, puis Bonaparte fête l’événement quatre jours après la Victoire, soit le 29 prairial (18 juin), à Milan, en se rendant à la cathédrale pour y entendre un Te Deum. Il en est de même dans toute la France qui célèbre la victoire bien avant l’entrée du général dans Paris. La fête se répand d’ailleurs tout au long du trajet de son retour, de Saint-Jean de Maurienne à Lyon, de Dijon à Villejuif.

Dans la capitale, la réalisation est grandiose. Dès le 2 messidor (21 juin), on chante un Te Deum en l’église Saint Gervais, puis le 5 messidor à Notre-Dame. Le 26 messidor (14 juillet), la cérémonie regroupe trois orchestres et quelques trois cents musiciens. Les gardes nationales sont présentes et on rapatrie la garde consulaire pour l’occasion. Dans toutes les rues, défilent des troupes menées par les musiques et tambours. Cet événement, qui frappe les imaginations, suscite quelques partitions dont le succès, bien que très temporaire, est tout de même réel si l’on en juge par le nombre d’éditions. La Bataille de Marengo de Bernard Viguerie, transcrite pour harpe, violon et basse, est ainsi publiée quatorze fois et sa diffusion dépasse les frontières de la France puisqu’on en trouve des réimpressions à Hambourg, Copenhague, Amsterdam, New York, Philadelphie et Boston. Les compositeurs français ne sont d’ailleurs pas les seuls à vouloir fixer cet épisode dans les mémoires. Pensons, aux côtés des ouvrages de Pierre César ou de Dreux, à la composition pour orchestre d’harmonie de George Friedrich Fuchs. D’une manière générale, ces musiques se veulent très descriptives. Elles recourent à l’emploi de clusters (très prisé par les clavecinistes de la période précédente) qui simulent les tirs des armes (qu’elles soient fusils ou les canons). Les compositeurs figurent également les coups de sabres, les ennemis renversés sur le champ de bataille ou en fuite…

Indépendamment des partitions instrumentales, il existe quelques chansons qui fêtent cet événement. Sont mentionnés sur le programme du Portique Républicain le citoyen Authenac pour ses Stances lyriques sur la bataille de Marengo, le citoyen Cournand (Stances sur les victoires de nos armées en Italie, mises en musique par le citoyen Fridzeri) et le citoyen Beauvarlet-Charpentier (Couplets sur la Victoire de Marengo).

Quant à la célébration de la mort du général Desaix, le Tribunat choisit de la faire coïncider avec l’une des deux fêtes nationales maintenues par la loi du 3 nivôse an VIII, le 14 Juillet, jour qualifié de « Jour de la conquête de la liberté sur le despotisme ». Quel plus bel hommage rendre au défunt général ! Outre les commémorations officielles, sa mort fut honorée autrement, notamment par des couplets. Le 16 messidor an VIII, au programme du Portique Républicain, quelques pièces le prouvent : Éloge funèbre du général Desaix par Dubroca, Couplets sur le général Desaix par Félix Nogaret, mis en musique et exécutés par le citoyen Beauvarlet-Charpentier. Desaix fut également célébré dans la Bataille de Marengo de Bernard Viguerie ; dans le Chant national du 14 juillet 1800 dont les paroles sont de Fontanes et la musique de Méhul. Le Moniteur universel rapporte que la foule manifesta sa peine lorsque fut prononcée la phrase : « Tu meurs, brave Desaix ! » sur un accompagnement de tam-tam qui rendait le moment très pathétique. Lors de l’inhumation du héros sur le Mont-Saint-Bernard, Vivant Denon demande à Lesueur, directeur de la Musique de l’Empereur, l’exécution d’une musique guerrière faisant appel aux harmonies militaires, celle de la Garde et d’autres corps1. Au programme est prévu un morceau d’harmonie funèbre et un autre guerrier…

En ce début de Consulat, existe indéniablement une sensibilisation du public et des pouvoirs aux musiques militaires et aux artistes qui les portent – le statut du musicien figure à présent dans les lois, décrets ou ordonnances. Sans doute les premières n’ont-elles pas encore le faste dont elles feront preuve sous l’Empire. Toutefois, au commencement de campagne d’Italie, tous les régiments qui possèdent un état-major sont censés entretenir plus qu’une clique, une harmonie (il est à remarquer que Napoléon supprimera celles de la cavalerie pour des raisons purement économiques, mais ne tardera guère à les remettre en place). La musique militaire devient une arme efficace de la propagande, surtout à partir de la campagne d’Égypte. Outre le fait qu’elle distrait les populations, elle peut les impressionner et servir ipso facto la diplomatie Elle devient aussi essentielle au moral du soldat dépaysé. Les musiques militaires n’ont-elles pas déjà aidé à la traversée des Alpes, des airs entraînants stimulant des hommes chargés comme des chevaux de bât ? Sillonnant les routes d’Europe, les grognards de l’Empire trouveront dans les sons et les paroles un réconfort égal à celui du courrier : la musique, c’est un morceau de la France que l’on transporte avec son régiment, la chanson, un peu de son « pays » dans sa besace. C’est sans doute pour cette raison que les frasques des musiciens seront tolérées par l’Empereur et leurs entorses aux règlements rapidement oubliées.

Marie-Hélène PARDOEN

Source : Marie-Hélène Pardoen, « Marengo en chantant », Annales historiques de la Révolution française, 324/avril-juin 2001. http://ahrf.revues.org/386

( 19 juillet, 2017 )

Réflexions de Napoléon à propos de la campagne de 1813…

Nap« Après la campagne de Russie, j’ai commis une grande faute en ne renvoyant pas Ferdinand en Espagne. Cela m’eût rendu 180,000 bons soldats. Si  je ne e les avais eux, durant la  campagne de Lützen, que n’aurais-je pas fait avec eux ? » (Journal de Gourgaud à Sainte-Hélène).

« Je crois bien que j’ai mal fait, mais j’espérais m’arranger avec l’Autriche ; mon armée était fatiguée ! Il faut rendre justice à Soult, il approuvait mon idée de ne pas signer l’armistice, mais Berthier, qui radotait, et Caulaincourt m’ont pressé. » (Gourgaud).

« Quand je reporte ma pensée sur les fautes que j’ai faites et qui ont amené les alliés en France, je me sens accablé de remords. Quelles fautes d‘avoir accordé une suspension d’armes après la victoire ! Si j’avais donné un coup de collier de plus, l’armée russe et l’armée prussienne étaient anéanties, et je dictais la paix. » (A Montholon à Sainte-Hélène).

« Voyez-vous, les malheurs se suivent à la file et, quand on est dans le malheur, tout tourne mal. Encore, si cette bataille de Vitoria était venue plus tôt, j’aurais signé la paix, mais elle est arrivée juste au moment où il ne fallait pas ! Quand les alliés ont vu que j’avais perdu la bataille, mes canons, mes bagages, et que les Anglais entraient en France, ils me jugèrent perdu. Les Français se sont, alors bien mal conduits pour moi. Les Romains, lors de Cannes, ont redoublé d’efforts, mais c’est qu’alors tout le monde avait peur pour soi d’être violé, égorgé, pillé. C’est faire la guerre, tandis que dans les campagnes modernes, tout se passe à  l’eau de rose ». (Gourgaud).

« Si j’ai commis des fautes, les Autrichiens risquaient bien plus en m’attaquant à Dresde sur la rive gauche que sur la rive droite ». (Gourgaud).

« Marmont qui était un faiseur, n’a pas voulu occuper ni fortifier la position que je lui avais indiquée à Leipzig » (Gourgaud).

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Toutes ces réflexions sont extraites de l’ouvrage : « Préceptes et Jugements de Napoléon. Recueillis et classé par le lieutenant-colonel Ernest Picard », Berger-Levrault, Éditeur, 1913, pp.303-304.

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( 18 juillet, 2017 )

Les LECTURES de NAPOLEON en 1812…

 

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Au commencement de la campagne de Russie, Napoléon lisait parfois des ouvrages sur ce pays mais aussi surla Pologne. Son secrétaire Méneval les avait empruntés à la bibliothèque du roi de Saxe, et ces ouvrages ayant été brûlés durant la retraite avec le fourgon qui les portait, Napoléon- homme inimitable qui rendait les livres prêtés- ordonna de les acheter coûte que coûte et de les envoyer à la bibliothèque de Dresde. Mais en 1812, comme dans toutes ses campagnes, Napoléon a lu des romans, des mémoires, et Ségur ne manque pas de le représenter à Moscou « passant de longues heures à demi couché, un roman à la main ». Le 7 août 1812, Méneval écrit au bibliothécaire Barbier que l’Empereur voudrait remplis ses moments de loisir et qu’il souhaite avoir des livres amusants, de bons romans, soit des nouveaux, soit des anciens qu’il ne connaît pas, et des mémoires d’une lecture agréable. Le 30 septembre, Duroc reproche à Barbier de ne pas envoyer exactement à l’Empereur les récentes publications. Pourquoi, dit le duc de Frioul, ne pas profiter des occasions et ne pas remettre les livres à l’estafette de la malle ou aux auditeurs du conseil d’Etat qui viennent apporter le portefeuille des ministres ? Quelles furent les lectures de Napoléon durant la campagne ? On l’ignore. On sait seulement qu’après avoir lu en France le « Charles XII » de Voltaire, -et la partie militaire de ce livre lui parut, à tort, croyons-nous, aussi peu  véridique que le plan de campagne développé par Mithridate à ses fils dans la pièce de Racine-il lut le « Journal » d’Adlerfeld qui jugea ennuyeux exact et supérieur au récit de Voltaire. On sait aussi qu’il reçut à Vitebsk un ouvrage de Laplace, « La Théorie analytique des probabilités ». Il ne le feuilleta même pas : « Il est un temps, mandait-il à Laplace, où je l’aurais lu avec intérêt ; aujourd’hui je dois me borner à vous témoigner la satisfaction sue j’éprouve toutes les fois que je vous vois donner de nouveaux ouvrages qui perfectionnent les mathématiques, cette première des sciences. » . 

Arthur CHUQUET. 

 

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( 17 juillet, 2017 )

Une lettre d’un sergent du Premier Empire…


Une lettre d’un sergent du Premier Empire... dans TEMOIGNAGES La-division-Broussier-à-Wagram

Ce document fut publié la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en mars 1902. Nous l’avons rétabli dans une orthographe correcte pour une meilleure compréhension ; combien de ces « Braves » écrivirent à leurs proches en langage phonétique !

C.B.           

Le sergent Humblot était né en 1780 à Savonnières-devant-Bar (Meuse). Il était caporal au 84ème de ligne lors du fameux combat de Saint-Léonard-sous-Groetz et s’y conduisit en héros.

Fait au camp de Groetz, le 16 août 1809.

Mon cher père et ma chère mère,

La présente pour m’informer de l’état de votre santé. La mienne est fort bonne, Dieu merci. Je souhaite de tout mon cœur que la présente vous trouve de même.Tendres père et mère, je vais vous donner un petit détail de l’entrée en campagne qui a eu lieu le 11 avril. Nous fûmes repoussés par le  nombre 70 lieues en arrière. Le 11 avril à Venzone, le 16 avril à Sacile, le 4 mai à La Piave, le 8 à Brenta, le 16 mai au fort de Prewald, le 22 à Laybach, le 1er juin à Groetz, le 6 juillet eut lieu une bataille à 1 contre 10 comme vous pouvez le lire sur les Bulletins. Tendre père, nous sommes arrivés le 1er juin à Groetz, le fort a été bloqué pendant 3- jours par les Français. Le bombardement a commencé le 6 juin et a duré jusqu’au 6 juillet nuit et jour. Le 6 juillet [le sergent Humblot fait une confusion de dates ; c’est le 25 juin 1809 au soir que se déroula l’héroïque combat de Groetz] 2 bataillons se sont battus depuis 10 heures du soir jusqu’au 7 juillet à 8 heures du soir. Les deux bataillons se montaient à 700 hommes et l’ennemi était de 1,000 hommes [Humblot donne aux 1er et 2ème bataillons un effectif un peu moindre qu’il ne l’était en réalité. Dans son appréciation de la force de l’ennemi il a vraisemblablement oublié un zéro] et nous leur avons fait 600 prisonniers et 2 drapeaux. Sa Majesté l’Empereur et Roi a ordonné à notre colonel de mettre  à nos drapeaux la phrase « Un contre dix ». Le 84ème régiment s’est couvert de gloire et de lauriers. Tendre père, j’ai été blessé au bras mais légèrement. Dans toutes mes campagnes j’ai été renversé 4 fois par le boulet. La 1ère fois à Sacile : le boulet m’a coupé mon shako sur ma tête. La 2ème  fois le boulet a tué 3 hommes. J’étais au serre-file : le boulet tue les deux premiers et au troisième lui coupe la tête. Le choc m’a couché et j’ai été éclaboussé de chair et de cervelle. Les deux autres fois on m’e croyait mort. Tendre père par ma vaillance, par mon courage que j’ai montré au champ d’honneur et par ma bonne conduite, j’ai été nommé par les vœux de l’empereur sergent et en même temps nommé membre de la Légion d’honneur. Ainsi, voyez tendres père et mère la manière dont je me suis conduit.  J’ai été obligé d’emprunter 130 francs à mon capitaine. J’espère que sitôt la présente reçue nous m’honorerez d’une lettre et que vous ferez votre possible afin de m’envoyer au moins 200 francs. Depuis le 11 avril nous n’avons couché dans aucun lit. Tous les jours au bivouac nous sommes mangés par la vermine.

Mon frère Dominique est venu me voir le jour de la fête à Vienne [jour de la bataille de Wagram, le 6 juillet 1809], aimable jour du champ d’honneur auquel on a eu 1000 hommes hors de combat tués et blessés. Je n’ai pas eu le plaisir de l’avoir vu. Mon capitaine et mon lieutenant, le sergent-major ont été tués. Je n’ai pas pu quitter la compagnie. Le fils Burtout a la cuisse coupée. Je finis ma lettre en vous embrasant de tout mon cœur et tout Savonnières, et je suis pour la vie,

Votre fils

HUMBLOT, sergent.

 

 

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( 16 juillet, 2017 )

« J’ai vu Napoléon… »

Le texte qui suit est extrait de la revue « Je sais tout », du 15 avril 1912. Maurice Level, journaliste de cette publication, part à la rencontre d’un centenaire, Pierre Schamel-Roy.

Le vieillard, âgé de 105 ans, a eu l’occasion de rencontrer Napoléon…

Le 25 août 1807, comme il se promenait dans le parc de Saint-Cloud, les oreilles encore remplies des clameurs enthousiastes dont, dix jours plus tôt, Paris avait salué sa fête, Napoléon s’arrêta devant une femme qui portait un bébé dans les bras. Et là, la femme déjà vieille, voyant sourire l’Empereur, lui dit : -Sire, je vous présente un nouveau citoyen…-Vous pourriez dire « un Français », interrompit l’Empereur.  Alors la bonne vieille s’inclina et, répondit un peu plus bas, mais non sans malice : – Que Votre Majesté m’excuse, mais je me souvenais que le Premier Consul et l’Empereur n’étaient qu’une même personne. Nul dans l’Histoire n’a jamais raconté cette anecdote. Elle me fut contée par Pierre Schamel-Roy à qui, bien souvent, sa grand’mère la conta ; car Pierre Schamel-Roy, bien vivant, solide, est ce petit enfant auquel le vainqueur d’Austerlitz sourit un matin sous les grands arbres de Saint-Cloud.

Tout au bout d’Ivry, presque en face d’une porte où l’on peut lire sur une plaque de marbre blanc : « Monsieur Coutant, député, maire d’Ivry, ne reçoit que le dimanche et le jeudi, de 9 heures à 11 heures, au 22 ter, de la rue Parmentier », au bout d’un petit couloir, sur une porte figure une plaque émaillée : « Pierre Schamel-Roy, centenaire ».  C’est là qu’habite l’homme qui a vu l’Empereur. 

« Papa et maman (comme ces mots sont drôles sur les lèvres de ce vieillard !) s’étaient mariés par amour ; maman avait seize ans et demi, papa n’en avait guère plus de dix-neuf. Ils auraient pu vivre côte à  côte, mais les hommes, mais les hommes à  ce moment-là ne restaient guère en repos, et papa partit pour l’armée. Quant à maman, elle fut placée chez M. Talma [Le célèbre tragédien], par sa propre mère, ma grand’mère, qui avait connu M. Talma pendantla Révolution.

C’est comme cela, par M. Talma séjournant souvent à Saint-Cloud, que je suis venu au monde, tout près de l’Empereur. Il paraît- çà, on me l’a dit- que j’étais un enfant très faible. J’avais une maladie de la colonne vertébrale, et pendant des mois on me laissa étendu. M. Talma, qui m’aimait bien me gardait dans sa chambre mon petit berceau près de son lit. Quand je commençai à aller mieux, on me promena dans le parc de Saint-Cloud. A partir de là, j’ai des souvenirs. J’avais un peu plus de quatre ans, maman passait ses journées avec moi, assise sous les arbres, et c’est là, que, consciemment, j’ai vu pour la première fois l’Empereur. Je ne sais plus d’où il revenait ni en quelle saison c’était, mais je me souviens bien qu’il avait une escorte comme un régiment, qu’ils étaient tous à cheval, gris de poussière, et que l’Empereur passa très vite. Maman me dit : « Tu as vu ton papa ? ». Il faut vous dire que papa était au service de l’Empereur, qu’il était toujours à cheval derrière lui, qu’il ne le quittait jamais. Mais n’est-ce pas, j’étais si petit quand j’avais vu papa pour le dernière fois que je ne l’avais pas reconnu. Je n’avais vu que l’Empereur ». 

Le père de l’honorable vieillard semble avoir été ordonnance de Napoléon, et comme tel avoir voyagé « à la suite ». Ce qui est certain, c’est qu’il fit toutes les campagnes avec l’Empereur, et que l’Empereur lui parla souvent. Or, devant l’Histoire, cela est presque un titre véritable, et l’anecdote suivante en tire la valeur réelle d’un document. Un jour, pendant la campagne d’Iéna, l’Empereur ayant froid, appela Schamel et lui dit : -Passe-moi ton bonnet à poil. Puis, coiffé de cette montagne de fourrure, il tendit à l’homme son petit chapeau : « Tu me le rendras tout à l’heure ». Tout à l’heure, ce fut vers la fin de la journée, quand la nuit tombait déjà, et Schamel, qui n’avait pas chaud, lui non plus, avait bravement placé sur sa tête le chapeau glorieux. Le souvenir de ce récit est un de ceux auxquels le centenaire s’attarde le plus volontiers. Sans doute son « papa » le lui avait-il redit bien souvent, avec orgueil, comme il redit lui-même, à tout instant : 

« J’ai vu l’Empereur ! Je l’ai vu, et il me semble bien des fois, un peu partout, aux revues du Carrousel, au théâtre, où il apparaissait au milieu de théâtre, où il apparaissait au milieu de tant d’or, qu’on ne voyait que lui ; à Saint-Cloud, mais là je l’ai bien regardé. Il avait une figure qu’on n’oublie pas. Je ne peux pas vous dire s’il était grand ou petit, ou, si je vous le dis, c’est qu’on me l’a dit, parce que, à l’âge que j’avais, on ne se rend  pas bien compte de la taille. Mais ce qui m’est resté bien présent, ce sont ses yeux. Ah ! les beaux yeux ! Il ne vous regardait pas souvent, mais quand il vous regardait ! Oui, ses yeux ! Je n’en ai jamais vu de pareils. Ils n’étaient pas noirs, ni marrons, ni bleus, ils étaient mauves, d’un mauve sombre, profond, mais qui changeait quand il se mettait en colère. Je l’ai aperçu un jour comme çà dans une allée, et je n’ai pas osé m’approcher. Pourtant, il m’aimait bien, et souvent, en passant, me donnait une petite tape sur la joue. Et puis, il connaissait son monde ! Quand le Roi de Rome est né, vous pensez si ce furent des fêtes à Saint-Cloud ! Moi, j avais quatre ans, et, comme j’étais sage et bien élevé, on me permit de jouer avec le petit enfant. Quand il fut un peu plus grand, on venait souvent même me chercher pour l’amuser. On me donnait aussi ses vieux joujoux, et j’ai gardé une poupée qu’il tenait souvent dans ses bras. C’est à peu près tout ce qui me reste de la famille impériale, mais j’y tiens et on pourrait me donner n’importe quoi, je m’en déferais pas. Ensuite, les mauvais jours sont venus. Je voyais maman toute triste. On ne riait plus à Saint-Cloud, puis on y pleura tout à fait : On venait d’apprendre le grand malheur de Waterloo. Maman, M. Talma et moi nous partîmes pour Paris. Comme c’était triste ! Nos, nous nous étions mis en deuil… » 

Sous la Restauration et après, le jeune Schamel-Roy apprit le métier de tailleur et devint habilleur. Il fut engagé par Talma. Après la mort du grand tragédien [en 1826] il devint costumier à l’opéra [celui de la rue Le Peltier à Paris ?]. Plus loin dans son récit, il déclare qu’il se trouvait en Russie lors de la Révolution de 1830. En 1848, Schamel-Roy est blessé lors de l’attaque du Palais-Royal : « Un biscayen me broya le pied droit », écrit-il. Lamartine qui fut son protecteur lui fit obtenir un bureau de tabac par le gouvernement. Il le conserva dix ans, « sans quitter mon métier [de costumier] pour cela, mais passant de l’Opéra à l’Opéra-Comique », écrit-il.  « Du n°24, boulevard Poissonnière où j’habitais, je voyais très souvent le Prince-Président [Louis-Napoléon], celui qui allait être l’autre Napoléon [il devint Napoléon III en décembre 1852], entre au restaurant Baurel situé tout près de chez moi. C’était un bon homme, mais j’avais trop connu l’autre pour être impressionné par celui-ci. Pourtant, le hasard me rapprochait de lui. J’étais le grand ami d son écuyer-chef [Sans dote le général Fleury] et souvent, car j’étais bon cavalier, j’allais essayer les chevaux de l’empereur au Bois [de Boulogne]. Je rappelai un matin à l’Empereur le petit restaurant du boulevard Poissonnière. 

- Je m’en souvins aussi, Pierre, me dit-il en riant. 

Oui, c’était un bon homme, et l’Impératrice était bien jolie. Je la vis bien souvent lors du choléra à Amiens [en 1866] où j’accompagnai les artistes en représentation. Elle allait dans les pauvres maisons où on travaillait le velours, habillée de noir avec un tablier blanc, comme une bonne femme, accompagnée de l’épouse du Préfet, Mme Cornuau. Et puis je revis encore l’Empereur aux Tuileries, c’est lui qui me fit nommer costumier chef à l’Opéra… Mais, tout çà, voyez-vous, Monsieur, quand on a vu comme moi Napoléon 1er… Comme c’est peu de chose !… » 

Peu de choses, en effet, que la vie, même la vie étonnante de cet homme devant lequel défila plus d’un siècle d’Histoire ! Et pour lequel rien n’est rien, sauf, ces deux yeux profonds, inoubliables, ces yeux mauves, changeants, qu’il vit un jour sous les arbres de Saint-Cloud, et dont le regard l’accompagne aux extrêmes limites de la vieillesse. 

 Maurice LEVEL. 

En complément à ce témoignage, voici un article que publia le 7 janvier 1909, « L’Humanité ». Elle est d’une version différente quant aux origines de Pierre Schamel-Roy : 

A l’asile d’Ivry, les pensionnaires et la direction viennent de célébrer le cent deuxième anniversaire de Pierre Schamel-Roy.  Sa jeunesse est telle, sa vigueur et sa souplesse sont si surprenantes, que l’on croit rêver en pensant que Schamel fut le contemporain de Talma qu’il habilla pendant plus de vingt ans. M.Schamel était tailleur et il l’est encore, puisque, dans le petit atelier qu’il possède en dehors de l’asile d’Ivry, il coupe encore de nombreux costumes de scène et de carnaval. Le tailleur se réclame cependant d’illustres origines. Sa grand’mère était comtesse de Kérul ; elle quitta le toit paternel pour fuir avec son jardinier en Amérique.  De retour en France, ils eurent un fils, père du centenaire. Ce fils fut carrossier de Napoléon, à Versailles, et c’est là que Schamel connut l’Empereur qui le faisait sauter quelquefois dans ses bras. Il se souvient que son père, ardent républicain, se refusait à donner d’autre nom à Napoléon que celui de « Mon général». 

Sous la Restauration, Schamel eut un commerce de socques. Mais son industrie ne le charmait pas, et il se fit tailleur de théâtre. A ce titre, il accompagna Talma comme costumier dans toutes ses tournées en Europe. Il a conservé un souvenir ému de Talma, qui lui a donné un portrait de Napoléon fait à Moscou. Après la mort de Talma, M. Schamel fut tailleur de divers théâtres, notamment à la Porte-Saint-Martin; enfin, à l’Opéra, en 1883; sous la direction Ritt et Gaillard, et il y est resté jusqu’en 1893. 

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( 14 juillet, 2017 )

Le général Eblé…

General_Jean_Baptiste_Eblé

« Je pense qu’il faut conférer au général Éblé le commandement en chef de cette immense artillerie ; il y verra une preuve spéciale de ma confiance »

(Napoléon au Ministre de la Guerre, Saint-Cloud, 23 novembre 1811).

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