( 14 juillet, 2017 )

Un médecin à l’île d’Elbe:Foureau de Beauregard…

Vue Portoferraio

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu’il n’est qu’un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout; il est la risée de la cour où on l’appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

C.B

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( 13 juillet, 2017 )

Deux présidents et leurs épouses aux Invalides…

Ce jeudi 13 juillet 2017, dans l’après-midi, le Président de la République Française a fait découvrir le tombeau du Grand NAPOLÉON au Président des Etats-Unis d’Amérique.  

13 juillet 2017

Crédit-photo: REUTERS. Cliché diffusé sur ce site: http://www.lejdd.fr/politique/on-vous-raconte-la-premiere-journee-de-donald-trump-a-paris-3388625

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( 13 juillet, 2017 )

Quelques lettres d’Espagne (1812).

82-001429

Cette correspondance fut publiée la première fois en 1933 dans le « Carnet de la Sabretache ». L’auteur de ces lettres, aide-major au 119ème régiment d’infanterie, n’a pu être identifié.

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Armée du Portugal

8ème Division

Au camp devant Palenzuela, le 10 août 1812.

Mes chers parents,

Assis sur un peu de paille, dans le fond d’un mauvais pigeonnier que j’ai choisi pour demeure, si je ne respire pas un air aussi pur que celui du camp, il m’est au moins très agréable d’avoir un toit, ce qui n’est pas peu de chose dans ce pays dénué d’arbres et dans une saison où l’ardeur des rayons du soleil est extrême. Dans cet espèce de cachot je n’ai d’autre table que la caisse à amputations placée sur mes genoux, ce n’est pas du tout commode pour écrire une très longue lettre. J’ai tant de choses à vous dire et à vous demander que je ne sais réellement par où commencer.

Depuis les premiers jours de mai nous n’avons presque pas eu de repos. Nous passâmes par les Asturies où nous séjournâmes trois semaines. J’ai donc revu ce pays chéri, cette patrie de la division bonnet… Mais il a fallu l’abandonner et je crois pour longtemps. En passant  près de Santander, je rencontrai le fils de François Meulenaere des Brouques ; il me parla de vous autres et surtout de Louis. Cela me fit plaisir. Nous bûmes un coup à vos santés mais à la hâte et à la bouteille. Il est frais comme une rose et ne paraît avoir que vingt ans. Le fils de Jack Turek que je trouvai trois semaines après à La Nava del Rey, n’était pas de même, une couleur de pain d’épices et les cheveux tout couverts de poussière m’auraient empêché de le reconnaître s’il ne m’eut appelé par mon nom. Je n’eus que le temps de lui parler un instant parce qu’il faisait presque nuit et qu’il fallait absolument chercher mon garçon qui s’était perdu dans la foule. Toute l’armée était réunie à La Nava del Rey. Trois jours avant j’eus le plaisir de rencontrer Henri Lespagnol à Torro et depuis lors nous nous voyons quelquefois ; il se porte bien. Nous parlâmes du pays. Heureux mortel ! Il a au moins la satisfaction de recevoir régulièrement des nouvelles de ses parents ; mais moi depuis six mois et plus, j’ai le malheur d’en être privé. J’ignore si vous jouissez tous d’une bonne santé, si vous avez reçu les six lettres que je vous ai écrites depuis novembre 1811. Enfin, si vous m’avez répondu, il est probable que les lettres sont perdues.

Nous formons actuellement le 8ème division de l’Armée du Portugal et c’est le général Chauvelle[1] qui nous commande depuis que le comte Bonet[2] est blessé ; une balle lui traversa la cuisse à la bataille des Arapiles (entre Alba de Tormès et Salamanque). Ce fut ce 22 juillet (toujours au temps de nos ducasses[3], j’ai l’occasion de me trouver au bal), l’affaire fut très chaude et nous fûmes ce qui s’appelle parfaitement brossés. Les Anglais, Espagnols et Portugais réunis étaient soixante-dix mille hommes, et nous eûmes l’audace de les attaquer n’étant que trente mille, et peut-être même aurions-nous gagné la bataille si le duc de Raguse n’eut pas eu le bras fracturé d’un éclat d’obus avant le fort de l’affaire, vu qu’alors (à deux heures après-midi) nous avions déjà enlevé trois des plus belles positions de l’ennemi. Notre division s’est couverte de gloire ; ce sont nos voltigeurs commandés par le général de brigade Gauthier[4], qui prirent les deux villages d’Arapiles. Et sans la division, lors de la retraite, on ne sait pas trop comme cela ce serait passé. Enfin, nous n’en avons pas moins perdu la bataille. Mais l’ennemi éprouva beaucoup plus de pertes que nous. Je crois bien que le fils de Jacques Turek y a laissé ses os, à moins qu’il soit fait prisonnier, car je me suis informé après lui, quatre ou cinq jours après la bataille et il n’avait pas encore paru à l’appel. Son régiment a été entièrement détruit.

Mais, je ne sais plus quelle position prendre, les reins me font mal, je suis contraint de laisser la lettre.

Un jour, il me sera plus facile de vous conter au juste comme l’affaire s’est passée. Je m’en conviendrai bien, parce que j’eus le loisir de la contempler pendant dix heures à une demi-portée de canon. Adieu.

Villa Muriel, près Palencia, le 14 août [1812].

 Je suis si content de la journée d’hier qu’il m’est impossible de vous dire deux mots si je ne vous ne rends compte. Depuis trois jours, nous étions sans vivres (excepté un peu de mouton). En arrivant dans ce village, comme de coutume nous ne trouvâmes aucun habitant. Nous n’eûmes rien de plus empressé que d’enfoncer les portes des maisons. Dans celle que je choisi, se trouvait un certain cochon, quatre poules, de la graine rance, du miel et du blé, mais pas de pain. De remplir un sac, le charger sur mon âne, et de fermer la porte en recommandant au garçon de garder la maison, fut l’affaire d’un instant. Avec plus de vitesse encore, je me suis acheminé vers le moulin à eau où après avoir attendu quatre heures, j’obtins de moudre à mon tour. De retour au logis, j’expédiai maître cochon avant la rentrée du patron. Le garçon avait mis une poule au pot, nous la mangeâmes à demi cuite avec de la bouillie fait d’un peu de beau son délayé dans de l’eau. Le parmen [sic] dont se servent nos tisserands pour coller leurs tailles vaut mieux. Et cependant jamais mets ne me parut meilleur. Ce fin repas terminé, je tamisai et fis le pain tandis que mon garçon chauffait le four. Il est inutile de vous dire que deux galettes furent faites et avalées en un clin d’œil ; cela se suppose. Enfin pendant que le pain cuisait, je partageai le cochon par morceaux. Un instant après on battit la berloque[5] pour distribuer un peu de vin qu’on avait trouvé dans quelques caves. J’y fus, encore tout couvert de farine, dans la crainte de perdre ma part, ce qui m’aurait infiniment peiné, attendu que j’en avais grand besoin, pour aider la digestion lente et laborieuse d’aliments dévorés à demi cuits et à la hâte. Après cela je hachai à la manière du pays la tête du cochon que le garçon avait fait cuire avec l’origan et du thym ; j’espère qu’elle sera bonne, du moins l’odeur l’annonce ainsi. J’obtins aussi un grand port de saindoux. Enfin, voilà des provisions précieuses et qui m’exempteront bien des corvées pendant quelque temps. Car dans cette armée du Portugal on ne fait aucune distribution. Chacun fait pour soi, et sinon est paresseux, on meurt de faim. On doit faucher le bé, le battre, le moudre, tamiser la farine, faire cuire le pain dans un four, sur des tailles ou sous la cendre, selon l’occasion. Souvent même il faut se contenter de la bouillie dont je vous ai parlé ! Vous allez sans doute dire, comment emporte-t-il tout cet attirail ? Eh bien voici : j’ai un âne. Il a sur son dos deux grands paniers pleins de farine, [de] blé ou [d’] orge ; sur ces paniers se placent deux sacs longs, pleins de pain, biscuit (bien entendu lorsqu’on a le temps d’en faire), lard, pot de graisse, peau de bouc pleine de vin ou d’eau selon la circonstance, etc., etc., etc. au cordes qui maintiennent les sacs, s’attachent la marmite, les poêle, a gamelle, les faucilles, la hache, le tamis, le crible, deux gros bâtons pour battre le blé et chacun à son tout le moulin à bras, etc., etc. C’est une vraie caricature, qu’un âne ainsi chargé surtout lorsque le garçon est dessus. Mais il est nuit et je ne vous ai encore rien dit ; il faut cependant me coucher car je suis fatigué. A demain.

—-

Valladolid, le 4 septembre 1812.

Enfin depuis dix-huit jours nous sommes ici en garnison. Nous avons d’excellents vivres, fourrages, la comédie, des marchands ; et moi j’ai de l’argent parce que j’ai vendu une de mes montres d’or, et mon baudet. Je vais au théâtre, je bois et mange bien.  Je jouis d’une assez bonne santé et j’ai entièrement oublié le mauvais temps passé. Il me fallait réellement cette garnison pour me remettre un peu. A la vérité, il fait trop cher à vivre, mais au moins pour son argent on trouve quelque chose. Enfin patience. , cela ne durera pas toujours.  J’espère aller bientôt dans un meilleur pays et où on nous payera, dit-on, les dix-neuf mois qu’on nous doit. Vous serez sans doute étonné de cette manière d’écrire à un mois de distance sur la même lettre, mais je ne puis faire autrement. Je veux une occasion sûre, et cela ne se rencontre pas tous les jours ; par le courrier, les lettres se perdent toujours. Un ami intime remettra celle-ci à  Dax, et j’espère qu’elle vous parviendra et que vous me donnerez de suite de vos nouvelles.

Vous adresserez vos lettres comme-ci : « A M. Faveur, officier de santé au 3ème bataillon du 119ème régiment, poste restante à Dax. » Cet ami qui doit rester au dépôt, est chargé de prendre les lettres à mon adresse et de me les faire passer par une occasion. Mandez-moi ce que vous me disiez dans vos lettres antérieures car il  est à croire qu’elles sont perdues pour toujours.

Le chirurgien en chef de cette armée (M. Favre) m’a ordonné de rester à l’ambulance, toujours comme aide-major provisoire, en promettant de me faire commissionner. Le général Bonet qui me connaît depuis longtemps, et à qui  je rendis des soins il y a quelque temps, pour une chute qu’il fit sur la tête, me promit de demander quelque chose pour moi au duc de Raguse si la bataille près [de] Salamanque eut tourné à notre avantage. Mais comme je vous ai dit, les affaires ne nous furent pas favorables, et puis il fut blessé, d’en est allé d’un côté, moi d’un autre, et ainsi il est à croire que rien ne s’est fait. Je me déplais souverainement à cette ambulance, attendu que le chirurgien-major est parti pour la France, et qu’un jeune homme le remplace. Il est plein d’ambition et d’orgueil. Il voudrait déjà avoir acquis la réputation que je me suis faite à la Division depuis quatre ans. Il est extrêmement jaloux de me voir étroitement lié avec tous les officiers de la Division et de ce que j’ai leur confiance. La mauvaise humeur qu’il manifeste et son ton hautain fait qu’à chaque instant nous avons des mots, cela me cause d’autant plus de peine que depuis quatre ans j’ignorais ce que c’est qu’une querelle.

Depuis que M. Celliac m’a proposé au ministre pour aide-major je n’ai pas reçu de ses nouvelles, malgré que je lui ai écrit quatre à cinq fois, les lettres parviennent si difficilement. Enfin, j’en ignore les résultats et désirerais bien à savoir ce qu’on a décidé au ministère. C’est-à-dire si les propositions ont été ou non acceptées. Je vous ai déjà écris concernant cet article. Suppliez, je vous prie, M. de Messange, qu’il écrive à Paris afin de savoir si je suis ou non commissionné, et qu’ainsi je sache à quoi m’en tenir.

Du 6 septembre [1812].

Enfin cet ami part. Adieu, je ne vous dis rien de plus. Écrivez de suite, poste restante à Dax. Il pourrait bien se faire que j’aille moi-même y chercher la lettre, des circonstances se présentent, adieu, n’oubliez pas de me mander ce que vous m’avez écrit dans vos lettres antérieures.                                

Votre dévoué

HYPPOLITE.


[1] Le général François Chauvel (1766-1838).

[2] Le général Bonet (1768-1857).

[3] Fête traditionnelle de village, à caractère religieux.

[4]  Le général Etienne Gauthier (1761-1826).

[5] Il s’agit d’une batterie de tambour servant à rassembler la troupe pour les repas ou autre distribution.

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( 12 juillet, 2017 )

Paris à la merci des Alliés. Juillet 1815…

« Pauvre pont [d’Iéna] ! Son nom pensa lui coûter cher; sans la maladresse des canonniers prussiens, c’en était fait de lui. Après la rentrée de Louis XVIII [8 juillet 1815], le bruit se répandit un matin que les Prussiens avaient fait sauter le pont d’Iéna, la nuit précédente. Je sortis à l’instant avec d’autres étudiants qui se trouvaient alors comme moi au café des Pyrénées ; nous nous rendîmes au Champ-de-Mars et vîmes en effet un groupe nombreux près du pont. La seconde pile du côté du Champ-de-Mars était écornée à la hauteur du chapiteau, quelques pierres du cintre étaient fendillées; les artificiers prussiens avaient si mal disposé leur fougasse, trop faible, du reste, que tout l’effet s’en était manifesté en dehors du pont et n’avait réussi qu’à le marquer d’une auréole noire qui était loin d’être glorieuse pour eux. L’indignation et le mépris jaillissaient de tous nos regards, à l’aspect de ce guet-apens nocturne; on annonçait que les Prussiens devaient, dans la journée, procéder définitivement à la destruction du pont d’Iéna; la plus vive agitation se répandit alors dans Paris. Le roi Louis XVIII, informé du projet de l’armée prussienne, déclara, dit-on, qu’il ne souffrirait point une telle violation des traités et qu’il irait se placer sur le pont qu’on voulait faire sauter. — Malheur inévitable de la situation ! Personne ne, crut un mot de cette résistance à l’étranger, de la part d’un prince dont le retour se signalait déjà dans le Midi par le meurtre et la terreur ; quoi qu’il en fût, les Prussiens respectèrent le pont d’Iéna, et le Roi, qui s’était peut-être prononcé avec fermeté, ne réussit qu’à s’attirer l’épigramme suivante, qui, dès le même jour, circulait en cachette. Louis XVIII était, on le sait, d’une corpulence énorme; quelle bonne fortune pour l’opposition ! Voici l’épigramme en question, demeurée intacte en ma mémoire, ainsi que tout ce qui tient à cette mémorable époque des Cent Jours :

Venez, fiers Prussiens, sur le pont d’Iéna

Assouvissant votre orgueil misérable,

Vous venger du nom mémorable

Que la victoire lui donna.

Essayez ! Louis vous défie

De pouvoir le faire sauter;

Car pour nous, exposant sa vie,

Il a juré de s’y faire porter!

Tu resteras debout sur ta base imposante,

Noble pont; ne crains rien pour tes fiers piédestaux,

Sur ton pavé que Louis se présente…

Et l’on verra la mine avorter, impuissante ,

Sous un tel héroïsme… et sous tant de quintaux.

Je vis hélas ! Plus tard, le pillage du Musée [du Louvre]; j’ai vu les grenadiers hongrois porter sur de grossiers brancards les divines toiles des Raphaël, des Titien et des Dominiquin ; la main sauvage d’un pandour arrachait de leur piédestal les marbres sacrés qu’avaient fait respirer les Phidias et les Praxitèle, sous les formes d’Apollon, de Vénus et de Laocoon. Pour l’honneur de Paris, l’Autriche n’avait pu y trouver d’emballeur pour consommer son vol; ses soldats seuls lui servirent dans cet ignoble emploi. Pendant ce temps-là, l’arc-de-triomphe perdait ses trophées, ses reliefs lui étaient arrachés; des câbles grossiers garrottaient les chevaux de Venise, que de victoire en victoire la gloire avait menés de Corinthe à Paris. Là, un officier anglais, monté sur le monument, prenait en riant des poses dans le char où Napoléon ne s’était pas trouvé digne de figurer ! Voilà ce que je voyais douloureusement, d’une croisée du Musée, tandis que la cavalerie autrichienne gardait toutes les avenues du Carrousel. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du quartier latin… » Lucien Marpon, Libraire-Editeur, 1863, pp.292-294).

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( 11 juillet, 2017 )

Pierre-Alexandre Fleury de Chaboulon (1779-1835).

Mémoires Fleury

Âgé de trente-six ans, avait débuté comme auditeur au Conseil d’État. Sous-préfet de Château-Salins depuis 1811, il s’y était distingué lors de l’invasion de 1814, ce qui lui valut d’être surnommé par Ney « l’intrépide sous-préfet ». Décoré de la Légion d’honneur à cette occasion, chargé de galvaniser la résistance à Reims, il en devient sous-préfet pendant les quelques semaines qui précèdent la chute de l’Empire. La Restauration le laisse sans emploi. Désœuvré, brûlant de servir, il rend visite à Maret, vraisemblablement dans la première quinzaine de janvier 1815 et le met au courant  du projet qu’il a formé d’entreprendre le voyage de l’île d’Elbe. Maret, l’aurait incité à brosser de la situation en France un rapport très complet et, pour mieux l’accréditer, lui aurait confié un secret connu de l’Empereur et de Maret seuls. Fleury se met en route, mais au lieu de couper au plus court, il suit un itinéraire de conspirateur qui, en plein hiver, le mène de Milan à La Spezzia en traversant les Apennins par des chemins muletiers. Après mille péripéties rocambolesques dans les montagnes ; où il tombe malade, et sur mer, il parvient aux Mulini déguisé en matelot. Son voyage, qu’un courrier pressé accomplirait en une dizaine de jours, a duré un bon mois. Napoléon, deux soirs de suite, le reçoit secrètement. La première fois il lui pose des questions sur l’opinion publique, l’armée, la politique des Bourbons, le sonde sur ses chances de reprendre le pouvoir ; Fleury, s’appuyant sur l’opinion de Maret, l’encourage, agite le spectre d’une régence de Marie-Louise s’il ne se décide pas, dépeint la France lasse et impatiente de son retour… Le lendemain on envisage les réactions européennes ; la fatalité d’une rupture avec l’Angleterre. Soudain Napoléon se déclare convaincu par les révélations du sous-préfet. Il partir bientôt, « d’ici au 1er avril [1815] ». En attendant, que ce messager de la Providence aille prévenir ses amis, qu’il lui écrive en code l’état des régiments stationnés de la Provence à Lyon, mais auparavant qu’il fasse le crochet de Naples et obtienne un passeport pour rentrer en France sans être inquiété… Telle est la version donnée par Fleury de Chaboulon de ses conversations avec l’Empereur. Malgré les invraisemblances dont elle fourmille, Houssaye n’hésite pas à lui attribuer une importance historique : les arguments de ce fonctionnaire persuasif auraient transformé en projet, jusque-là vaguement ébauché, en plan d’exécution immédiat. Certes, Napoléon pendant les Cent-jours a prodigué à Fleury de Chaboulon des marques d’estime et de confiance : le poste de quatrième secrétaire à son cabinet, la rosette de la Légion d’honneur, surtout une mission confidentielle à Bâle pour tenter de déjouer les intrigues de Fouché et de Metternich. Ces faits témoignent d’une faveur certaine. Napoléon avait été sensible au zèle du jeune homme ; seul civil et seul fonctionnaire, entre tant d’officiers en quête de gagne-pain, à être venu jusqu’à lui, sans quémander, rien que pour l’honneur d’apporter des informations qu’il croyait inédites. «  (G. Godlewski, « Trois cents jours d’exil.… », pp.223-225). Dans ses « Mémoires », publiés la première fois à Londres, en 1819-1820, et qui comprennent 2 volumes, Fleury de Chaboulon fait preuve d’une « insupportable vanité ». Il y interprète d’une façon très personnelle les conversations qu’il aurait eues avec l’Empereur. Selon G. Godlewski, « pour développer plus librement sa propre apologie, il imagine un personnage fictif le colonel Z…, qui serait rendu à l’île d’Elbe et lui aurait remis pendant les Cent-Jours le manuscrit de ses entretiens avec Napoléon ». A noter enfin le fait qu’à Sainte-Hélène, Napoléon lira les « Mémoires » de Fleury de Chaboulon et les annotera copieusement. Il faudra attendre 1901, pour qu’une édition reproduisant les annotations de l’Empereur soit publiée.

C.B.

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( 8 juillet, 2017 )

«Les hostilités sont enfin commencées…»

Voici une lettre du général Ledru des Essarts. Cet officier commandait alors la 1ère division du 3ème corps (Maréchal Ney).

Au Camp de Maliatoui, en Lithuanie, 8 juillet 1812.

Je reçois, mon cher frère, la lettre pour laquelle tu m’accuses réception d’un billet de 500 frs que je t’ai envoyé. Tu dois encore avoir reçu un billet de [la] même somme que je t’ai adressé quelques jours après le premier. Il faut maintenant prendre un peu patience, car le payeur ne marche pas aussi vite que l’armée.

«Les hostilités sont enfin commencées…» dans TEMOIGNAGES 2707-300x201Les hostilités sont enfin commencées. Après des marches rapides et de pénibles contremarches pour tromper l’ennemi, la Grande-Armée a passé le Niémen les 24, 25 et 26 juin à Ponémion, sans opposer de résistance. Le 3ème corps dont ma division fait partie a remonté la rive gauche de la Wilia jusqu’à une journée au départ de Wilna. Là, il a jeté un pont de chevalets et a passé sur la rive droite de la rivière, d’où faisant trois marches, environ 25 lieues. Il s’est arrêté à Maliatoui, petite ville de bois, habitée par des Juifs et que je trouve à l’embranchement de deux routes dont une à droite conduit à Dinabourg et l’autre à Riga.

On s’attendait à une grande bataille sous les murs de Vilna mais l’armée russe séparée en plusieurs corps par le résultat de nos manœuvre a eu peur d’être coupée et s’est empressée d’abandonner la capitale de la Lithuanie et de regagner la Dwina, qu’elle a, dit-on déjà repassé, et où elle va probablement prendre des positions retranchées. Elle a subitement abandonné la Lithuanie que je n’ai encore vu que quelques postes de cavalerie, toujours se sauvant à mon approche. Cette retraite précipitée pendant laquelle les Russes ont brûlé quelques magasins de seigle et de fourrages, ressemble à une fuite et doit nécessairement décourager leurs soldats et détruire cette confiance en soi-même, si nécessaire au commencement d’une campagne. Je ne pourrais t’apprendre autre chose ; à peine connais-je la position des autres corps d’armée. Les bulletins t’apprendront, ainsi qu’à moi, l’ensemble des opérations. Nous nous reposons trois jours. L’Empereur [est] encore à Wilna, l’armée se porte bien. Quoiqu’un peu fatigué, amaigri et noir comme un corbeau, je conserve ma santé. La chaleur est extrêmement forte, mais tempérée par de fréquentes pluies d’orages. Nous n’avons presque pas la nuit; c’est un crépuscule d’environ deux heures.

La partie de la Lithuanie que j’ai parcourue est assez fertile, mais les 2/3 de la surface sont couverts de lacs et de forêts ; pour la culture et la population, elle ne diffère peu du Grand-Duché de Varsovie. Les habitants sous voyant avec plaisir. Les seigles sont de la plus grande beauté et la récolte sera abondante, ce qui nous rendra bien service.

Je n’ai pas le temps d’écrire à ma femme. Donne-lui de mes nouvelles.

Je vous embrasse tous les deux de tout mon cœur.

Votre affectionné frère,

Baron LEDRU DES ESSARTS.

(Lettre extraite de l’ouvrage : « Un grand patriote sarthois méconnu. Ledru des Essarts (1765 [G. Six dans son « Dictionnaire… » indique 1770]-1844) », par Jean-Louis Bonnéry, Le Mans, 1988,  pp.81-82).

( 6 juillet, 2017 )

Les événements de juillet 1815 à Paris, vus par John Hobhouse.

Hobhouse1

« Dimanche 2 juillet 1815.

L’affaire le général Exelmans a eue hier à Versailles a été plus chaude qu’on ne l’avait cru d’abord. La ville a été reprise par les Français, et deux régiments de cavalerie prussienne ont été détruits. Cet événement a été annoncé aux Chambres par un message des Tuileries. Un avis du Gouvernement annonce en outre que « l’on a reçu la nouvelle que les plénipotentiaires traitaient d’un armistice au quartier-général du duc de Wellington; les négociations continuent, mais les résultats n’en sont pas encore connus ». Le duc a refusé la suspension d’armes demandée par le prince d’Eckmühl [maréchal Davout] en termes fort civils; et le héros Blücher a fait un discours que, pour l’honneur de la France, on n’a pas jugé à propos de publier. Les passages suivants en sont extrêmement polis. « Paris et la France sont dans mes mains; je viens défendre les honnêtes gens contre la canaille. Je vous promets de ne pas traiter Paris comme vous avez traite Hambourg ».

Tout est parfaitement tranquille en ville ; le jardin des Tuileries est plus fréquenté que jamais, et depuis le boulevard de Montmartre jusqu’aux Bains chinois, il y a jusqu’à vingt-six cabinets pour les lecteurs des journaux, qui s’aident dans leurs spéculations des nombreuses cartes du théâtre de la guerre, c’est-à-dire de celles des environs de Paris, qui pendent à toutes les murailles. Le Théâtre Français et l’Opéra sont fermés, mais les autres spectacles continuent. Le nombre des paysans qui ont été chassés par l’ennemi est d’au  moins trente mille; leurs petites charrettes chargées de matelas et de meubles, dans lesquelles étaient assis les femmes, les en fans et les vieillards, parcourent encore les rues. Je ne sais où, ils trouvent à se loger. On ne craint pas encore de manquer de vivres. Il est entré hier douze cents bœufs venant de Poissy ; il est également arrivé de la Lorraine un grand nombre de charrettes de provisions. »

—-

« Lundi 3 juillet 1815, dans la nuit.

On a appris ce matin qu’il y à eu des affaire partielles hier à Nanterre, à Sèvres, et sur différents points de la rive droite de la Seine, entre Neuilly et Argenteuil; que Versailles avait été repris, et que le pont de Choisy était occupé par les Prussiens. Ceux-ci et les Anglais ont passé la nuit à se retrancher dans le bois de Meudon et de Verrières, et se sont avancés ce matin de bonne heure jusqu’aux villages de Vanves et d’Issy-, comme pour se préparer à une attaque générale des armées combinées sur la capitale: à 8 heures les deux armées étaient en présente ; les Français dans la plaine de Grenelle, et les alliés dans celle de Meudon. On a vu et entendu le feu pendant toute la nuit des hauteurs de Chaillot, qui étaient couvertes de monde, avec des lorgnettes d’approche. Une partie de la cavalerie de la garde., qui était restée au Champ-de-Mars, s’est mise en marche à onze heures , le long de la rive gauche de la Seine, et ils furent les derniers à prendre leurs positions, ce qui paraissait terminé à midi; les deux armées restent en ligne de bataille. Quelques corps d’infanterie, dont deux batailIons de la Haute-Marne, ont joint l’armée aujourd’hui. Les corps des généraux Lamarque et Travot cheminent vers la capitale. On disait après-midi qu’on était sur le point de livrer bataille. La foule, les regards empressés, et le silence de la multitude dans les jardins et sur les boulevards ; les groupes qui se forment autour de quelques dragons qui traînent leurs chevaux blessés, ou qui portent des ordres au quartier-général à la place ‘Vendôme; l’insocialité [sic] morne et solennelle des fortes patrouilles qui parcourent les rues sans musique les portes des maisons et des allées fermées, les croisées d’en haut ouvertes de temps en temps, et occupées par des femmes j lorsque le bruit du cheval d’un gendarme annonce quelque nouvelle ; tous les signes de l’inquiétude et de la crainte que l’on n’avait pas encore remarqués; même depuis le commencement du siège, se reconnaissaient au premier coup d’œil, une heure ou deux après que l’on a su que les deux armées étaient en présence. Plus d’une fois la foule s’est portée sur les lieux élevés des jardins et des places aux cris d’individus que la canonnade commençait. A quatre heures la bataille n’était pas encore commencée. J’allai voir votre amie Madame… et la trouvai dans les larmes. Je fus terrasse de la nouvelle qu’elle m’apprit. Son fils le lieutenant général venait de quitter l’armée ; tout était perdu Paris était rendu, ayant une armée dévouée de 80,000 hommes sous ses murs. Il était déterminé à dénoncer cette trahison et les traîtres, le soir même à la Chambre des pairs, en la quittant ; j’entendis la confirmation de cette nouvelle, et je fus instruit de la capitulation et de la dénonciation projetée; l’artillerie et les troupes commencent déjà à défiler par Paris pour effectuer leur retraite. La commission de Gouvernement a siégé aux Tuileries pendant toute la nuit, et ne s’est séparée qu’a sept heures du matin; il paraît que c’est pendant ce temps là que le baron Bignon et le comte de Bondy, préfet de la Seine, sont allés avec un drapeau parlementaire, au quartier-général des Alliés à Vanves, et de là à St.-Cloud, où la convention a été signée. »

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« Mercredi, 5 juillet 1815.

Les murs de Paris étaient couverts ce matin de placards d’une nature importante : la Capitulation, les remerciements des Chambres à l’armée de l’Ouest ; les remerciements à l’armée de Paris; et une proclamation du prince d’Essling [maréchal Masséna] à la garde nationale de Paris. Vous verrez par la capitulation ou convention, que les généraux en chef des armées anglaise et prussienne s’engagent à respecter les autorités actuelles, aussi longtemps qu’elles existeront. Dans les remerciements à l’armée, vous verrez que la proposition de M.Pénières relatives à la conservation des couleurs nationales y est rapportée, et que le prince d’Essling défend expressément &arborer d’autres couleurs que celles-là. Le service intérieur de la capitale restera confié à la garde nationale et à la gendarmerie municipale. Le tumulte d’hier n’a pas eu de suites fâcheuses; mais tant que l’armée n’aura pas toute entière atteint sa destination, il y aura toujours des prétextes, au moins, pour les mouvements que les fédérés chercheront à exciter. Les hommes en uniforme qui paraissaient hier les « plus acharnés à exciter le mécontentement, n’étaient pas militaires, à ce qu’on dit, mais des mécontents déguisés; et l’on convient partout que les soldats de la garde qu’on vit dans les rues, s’y comportèrent avec décence et dignité. Passant dans l’après-midi vis-à-vis le palais du Corps législatif, j’en vis toutes les marches du péristyle et toutes les issues remplies de gardes nationaux qui ne laissaient plus approcher personne dès que les tribunes étaient pleines. Un membre de ma connaissance, se rendant à la séance, me dit qu’il croyait qu’on était occupé à élire un roi; et ce bruit se soutint jusqu’au moment de l’apparition des journaux du soir, où l’on vit que les délibérations n’avaient été que préliminaires sans doute à cet acte, mais qu’il n’avait pas été question de procéder à l’élection. Nous nous demandons quel roi car on ne parle plus de la succession de Napoléon II, quoique le buste et le portrait de cet enfant soient étalés chez tous les marchands d’estampes. Le Journal de l’Empire parle enfin hardiment, et dit qu’il serait absurde de penser un autre souverain que Louis XVIII. Ce prince est à Compiègne, avec la garde nationale de la Flandre et de la Picardie, et l’on-dit que son frère le comte d’Artois est au quartier du duc de Wellington. Le nom du duc d’Orléans est encore une fois mis à la loterie des couronnes, car aujourd’hui même il circulait des bruits en: sa faveur. Le secret gardé par le Gouvernement et par ses agents, dans cette occasion) est vraiment admirable- Ils ont eu l’adresse de supprimer des journaux les deux proclamations de Louis XVIII, quoiqu’elles aient été montrées à 500 per sonnes au moins; et en faisant cela ils prouvent qu’ils savent mieux que ce monarque ce qui peut augmenter les chances en faveur de son élection comme roi constitutionnel; car tel est le dernier espoir de ceux qui paraissent connaître à quelle extrémité la France est réduite. Les séances des représentons font voir qu’ils sont déterminés à faire tous leurs efforts pour obtenir ce bonheur, qui, tout en blessant leur honneur à l’égard de Napoléon II, est cependant l’objet essentiel, et si l’on y parvient, il assurera pour jamais à la France les droits et les privilèges d’une nation libre et heureuse. Il serait étonnant vraiment que les patriotes pussent faire plus pour leur patrie, dans ce moment de détresse, que n’ont jamais pu faire les champions les plus heureux de l’indépendance nationale. La gloire de l’Angleterre sera complète, et son nom acquerra un lustre que ne donne pas la victoire, si son armée triomphante respecte ces législateurs , si elle encourage les efforts de ceux lesquels, au moment du péril, consacrent ce qu’on peut nommer leurs derniers instants, à la défense de la liberté et à la cause des races futures. La fortune a mis aux mains du duc de Wellington la faculté d’acheter sa réputation par une action réservée à lui seul parmi tous les conquérants, et digne du général d’un peuple libre et éclairé. Si la vérité parvient jusqu’à lui, elle y viendra par la bouche de ceux dont il se méfiait à juste titre; mais s’il se persuadait, ce que je crois très-possible, que la déclaration suivante des représentants parle le langage de la très-grande majorité des Français, comme elle parle celui de la liberté et du bon sens, je ne doute pas qu’à ses lauriers il ne voulût ajouter la couronne que l’on décerne à ceux qui savent sauver et épargner.[…]

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« Jeudi, 6 juillet 1815.

Aujourd’hui dans l’après-midi j’ai été témoin, à la barrière de l’Etoile, d’un événement dont l’histoire ne fournit pas d’exemple, la remise de la capitale de la France aux troupes anglaises ! Cela eut lieu à quatre heures et demie, et à la même heure toutes les-barrières de Paris étaient au pouvoir des alliés. Tandis que cela se passait, on distribuait un imprimé daté de la préfecture de police, signé Courtin, portant que les plénipotentiaires envoyés près des souverains alliés étaient de retour; que les conférences commencées à Haguenau étaient ajournées jusqu’à ce que le ministre anglais ait reçu ses pleins-pouvoirs, et qu’elles recommenceraient à Paris, où les souverains alliés et leurs ministres ne tarderaient pas à arriver. On y ajoute »que les souverains alliés, fidèles à leur déclaration, annoncent les intentions les plus libérales, et la détermination la plus décidée de n’imposer à la France aucune forme de gouvernement, mais de la laisser parfaitement libre sous ce rapport. Leurs plénipotentiaires ont donné là-dessus des assurances les plus positives. Les commissaires= français ont trouvé, dans tous les départements  qu’ils ont traversés, les meilleures dispositions; les habitants ont plutôt besoin d’être contenus qu’excités, et enfin la cocarde tricolore et la  cocarde nationale se montrent partout au milieu des armées ennemies. »  

Les plénipotentiaires ne sont donc pas retournés par St.-Denis, dont le clocher est surmonté d’un drapeau blanc, que je vois de ma croisée. Une circulaire du ministre de l’intérieur, insérée dans le Moniteur d’aujourd’hui, annonce aux Français « que l’ennemi s’est engagé solennelle ment de respecter les personnes et les propriétés publiques et particulières, leurs institutions,  leurs autorités, et les couleurs nationales. »

Avant que la Chambre se séparât hier soir, M. Bedoch annonça aux représentants qu’il avait vu M. le comte de Pontécoulant aux Tuileries. Il a dit « que les puissances avaient montré des dispositions favorables, et particulièrement  l’empereur Alexandre; qu’il avait entendu y souvent dire et répéter que l’intention des alliés n’était point de gêner la France dans le choix de son Gouvernement.» Ce rapport fut confirmé par le général Sébastiani, l’un des plénipotentiaires, qui était présent, et qui dit qu’il n’avait rien à y ajouter. Cependant, malgré toutes. ces assurances, on craint dans la Chambre qu’on ne fasse quelque tentative contre la représentation- nationale. Une discussion violente a eu lieu au sujet de l’ajournement. M. Regnault demanda que la séance ne fût pas levée, mais seulement suspendue; et M. Bedoch convint qu’il circulait un bruit d’un mouvement populaire, et que l’insurrection d’un parti était prête à faire explosion le lendemain; mais que les généraux .alliés, et surtout les Prussiens, avaient offert de la prévenir en employant leurs bataillons au maintien de la tranquillité publique, et à protéger la représentation nationale. Cette alarme était toute naturelle , mais on en revint bientôt. La -Chambre arrêta que ses commissaires près de l’armée partiraient le lendemain, et séjourna jusque huit heures ce matin. Chez les pairs il n’y a pas encore apparence de désertion; – et le comte Thibaudeau a proposé, d’envoyer un message au Gouvernement pour demander ce qui l’avait porté à faire usage de cette phrase : « une cause abandonnée par la fortune et par la volonté de la Nation. » Il paraît que ces mots un prince ont été omis dans quelques exem plaires de la proclamation. On a affiché aujourd’hui un ordre du maréchal prince d’Eckmühl, qui règle la retraite de l’armée sur Orléans et un autre du maréchal Masséna, qui enjoint à tous les membres de la garde nationale et à tout individu qui porte le chapeau retroussé, de porter la cocarde tricolore, sous peine d’être arrêté. On a arboré les couleurs nationales ce matin à la Chambre des représentants, sur le piédestal où la statue de Napoléon était encore hier matin. Cette cérémonie se fit au milieu des acclamations. Le même drapeau flotte sur tous les édifices publics, et l’on voit peu de personnes dans rues sans cet emblème révolutionnaire ;  cependant tous les journaux; à l’exception- du Moniteur, -de l’Indépendant et d’un Journal du Soir, ont repris leurs emblèmes royadistes; la Gazette de France donne même la proclamation que le Roi fit à Cambrai le 28 juin, et un autre journal assure que les plénipotentiaires ne virent jamais les souverains alliés. Je remarque en passant qu’on n’a jamais affirmé qu’ils les eussent vus. Le Journal de l’Empire insulte et; dénonce tous les patriotes, et cite particulièrement M. Dumolard par son nom. Une persévérance de deux jours de .plus de la part des patriotes leur fera rehausser le ton. Ces journaux sont tombés dans le dernier mépris; et une caricature représente leurs rédacteurs dans les attitudes de l’abjection et de la servitude. »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’Empereur Napoléon. Lettres écrites de Paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.428-443)

 

 

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( 3 juillet, 2017 )

A VILNA, le 5 JUILLET 1812…

« Vilna [Vilnius] (Lithuanie [Lituanie] Russe), le 5 juillet 1812.

Je n’accuse que la précipitation avec laquelle nous marchons du retard que je mets à recevoir de tes nouvelles. Je t’ai écrit le 25 [juin 1812], je crois, de Wiklovsky (sic). Sa Majesté avait fait quelques démonstrations pour passer le Niémen à Tilsitt. Cela avait attiré de ce côté un corps de l’armée russe. Mais dès que S.M. s’est aperçue qu’ ils étaient là en observation, elle s’est hâtée de faire forcer de marche à l’équipage des ponts, et en moins de quatre heures, trois ponts ont été lancés et faits à vingt-six lieues [environ 104 km] de Tilsitt, près du village de Kanen en allemand ou de Kowno en polonais . Cent vingt mille hommes ont passé toute la nuit ; quelques escadrons de cosaques, placés sur les hauteurs qui dominent le fleuA VILNA, le 5 JUILLET 1812... dans TEMOIGNAGES 06-507695-300x182ve, ont échangé quelques coups de fusil avec les tirailleurs jetés sur la rive droite pour protéger les ouvriers. S.M. s’est portée sur la route de Vilna. Elle s’attendait que l’entrée de cette ville lui serait disputée. Il y a eu quelques coups de sabre, mais pas d’engagement sérieux. S.M. est entrée à Vilna assez à temps pour arrêter le feu que les russes avaient mis à leurs magasins, qui sont assez considérables. La ville a été respectée ; l’on trouve ici à peu près tout ce qu’il faut. Les Russes ne paraissent pas bien décidés à mordre. Peut-être veulent-ils amener S.M. à combattre sur un terrain préparé. Ces deux colosses se rencontreront et se heurteront enfin. Un jour la terre tremblera de ce choc. Notre armée est immense et se porte bien ; jamais je n’ai vu l’Empereur si calme et si actif… »

Guillaume Peyrusse (« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.75-76).

L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne. Sur ce personnage fort intéressant, voir mon édition complétée et annotée de ses «Mémoires » parue en 2009, à Dijon, aux Editions Cléa).

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( 2 juillet, 2017 )

A propos du nombre de troupes françaises repassant le Niemen…

A propos du nombre de troupes françaises repassant le Niemen... dans HORS-SERIE 1812

Dans un article de Jean TULARD résumant bien l’année 1813 et la campagne d’Allemagne (« Valeurs Actuelles » du 18 juillet 2013), l’éminent historien annonce le chiffre de « 25 000 hommes » repassant le Niémen. Ce qui n’est, à mon avis, pas réaliste.

Robert Vilatte des Prugnes, dont nul n’a contesté les chiffres, estime que les effectifs de la Grande Armée au retour de la campagne de 1812 s’élevaient à 104,000 hommes.  Il cité également le « Carnet de situation » de mars 1813 qui affiche un total de 111,466 hommes pour la période allant du 10 au 20 février 1813 (Voir son article publié en 1913 dans la « Revue des Études Historiques », pp. 243-287).

C.B.

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( 1 juillet, 2017 )

Rocquencourt, 1er juillet 1815 : un des derniers combats de la Grande-Armée…

1erhussards.jpg

18 juin 1815, Waterloo. L’armée de Grouchy, que l’on n’a point vue, après l’avoir tant espérée sur le champ de bataille principal, a retraité depuis la région de Wavre, par Namur, Dinant et Givet. Le 23 juin, avec un peu plus de 28 000 hommes valides, un millier de blessés et cent bouches à feu, il est entre Reims et Soissons. Le 29, il est à Paris. Son armée a parcouru quelque 350 km en dix jours et devance de peu l’armée prussienne, tandis que le gros des anglo-hollandais de Wellington s’attarde à Senlis. L’Empereur, qui a abdiqué le 22, a quitté l’Élysée le 25 juin pour la Malmaison.  Le 29, il prend place dans une calèche qui rejoint, par La Celle Saint-Cloud et Rocquencourt, la route de Paris à Rochefort où Napoléon à décidé de se livrer aux anglais. Alors qu’on le croit en route, il revêt son uniforme de colonel des chasseurs de la garde et propose au gouvernement de prendre une dernière fois la tête des armées pour battre l’ennemi.  C’est que la situation des forces en présence n’a pas laissé d’exalter l’imagination de Napoléon qui y voit l’occasion d’une revanche éclatante sur l’adversité, peut-être un des plus fantastiques retournements de l’histoire militaire, au moins les effets du désastre de Waterloo largement atténués. L’Empereur déchu en pressent l’occasion et l’urgence qu’exigent les actions violentes et soudaines.  Mais on ne l’écoute plus ; il quitte la Malmaison en vêtements civils, échappant de quelques heures à des éléments de cavalerie prussienne qui avaient le projet de l’enlever. Un gouvernement provisoire siège à Paris, Fouché l’anime, autant dire que l’intrigue règne et que sévit la confusion. Fouché, qui a trahit Napoléon, négocie avec les alliés et prépare le retour de Louis XVIII.  Ce personnage qui participa à la Terreur et contribua en 1793, à la sanglante répression de Lyon, après avoir trahi Robespierre.

Talleyrand expert en trahison disait : « Son mépris des hommes tient à ce que Monsieur Fouché s’est beaucoup regardé »  Dans Paris, sous Davout nommé généralissime, les forces de Grouchy viennent renforcer les restes de l’armée du Nord ramenés par Soult et quelques corps rameutés des provinces. « Les alliés, diminués par leurs pertes des 16 et 18 juin, obligés à des détachements importants pour l’observation des places et assurer les lignes de communication, ne peuvent opposer à Davout guère plus de cent mille hommes« . Or, celui-ci dispose maintenant d’une armée aussi nombreuse et sa supériorité en artillerie est écrasante. Si les troupes françaises sont concentrées, prussiens et anglo-bataves sont une fois de plus séparés. Malgré les précautions prises par Blücher pour masquer son changement de front, ces mouvements furent bientôt révélés à l’armée française. Bien qu’ayant adressé à Wellington et à Blücher une nouvelle demande d’armistice, Davout pensa qu’un échec infligé à l’ennemi dans une situation hasardeuse lui donnerait peut-être à réfléchir. En conséquence, Davout fit tenir l’ordre à Exelmans de rassembler toute la cavalerie bivouaquée sur la rive gauche et de la porter à la rencontre du parti prussien qui venait de traverser Versailles. Le succès de l’entreprise paraissait certain ; et comme cette petite opération devait être exécutée par de la cavalerie, presque toujours à même de se dégager, elle ne pourrait, quoi qu’il arrivât, entraîner une action générale. 

Exelmans combina un plan non seulement pour culbuter la cavalerie prussienne, mais aussi pour la prendre au filet: ordre à la division Piré, avec un bataillon du 44e, de se porter par Sèvres et Vaucresson sur Rocquencourt, afin de couper la retraite à l’ennemi; ordre à la division Valin de suivre ce mouvement; ordre à la division Donion, colonne de gauche, de se diriger sur Fontenay-le-Fleury, en tournant Versailles au sud-ouest. Exelmans se réservait le commandement de la colonne centrale, formée de ses deux divisions de dragons, qui marcherait droit sur Versailles par Le Plessis-Piquet et Vélizy. Les hussards prussiens (1), après avoir bivouaqué à Versailles (2), se dirigèrent en direction de Plessis-Piquet, mais se heurtèrent, à la hauteur de Velizy, aux 51ème et 13ème  dragons. Après un vif combat, les cavaliers de Sohr se replient sur Versailles, mais ne peuvent entrer, serrés de près qu’ils sont par les dragons d’Exelmans. Les hussards dévalent comme un torrent le boulevard du Roi et galopent en direction de Saint-Germain. Soudain, à l’entrée de Rocquencourt, une grêle de plomb s’abat sur le premier escadron: ce sont les fantassins du 44ème  de ligne français postés là par Piré qui tirent, dissimulés dans les champs. Une panique indescriptible s’empare de la cavalerie prussienne. Sohr jette ses hommes à travers champ en direction du Chesnay, mais lui-même tombe, blessé, et est emmené prisonnier à Versailles. Les Prussiens longent le parc du château du Chesnay, se trouvent bloqués dans la petite rue étroite. Ils sont cernés, tourbillonnent, cherchant vainement un refuge dans la cour de la ferme Poupinet et finalement sont tous massacrés ou faits prisonniers. Beaux coups de sabre donnés en vain ! Le gros de l’armée prussienne accourait en hâte en direction de Saint-Germain, et les forces qui s’opposèrent à Exelmans lui étaient dix fois supérieures. Néanmoins, il résista. Dans l’après-midi et jusqu’à 10 heures du soir soir, Exelmans, sans le soutien des corps de Vandamme, car Davout ne veut pas d’un engagement général, parvient à repousser un retour offensif des forces de Zieten accourues en hâte. Ayant bivouaqué à Versailles, il se replie le lendemain sur Paris ramenant quatre cent trente-sept prisonniers et de nombreux chevaux. Cependant, Blücher (3)n’osa entrer dans Le Chesnay que le 2 juillet au matin. Les femmes et les enfants du pays s’étaient réfugiés au Château. Il ne fallut rien moins que l’intervention et le sang-froid du propriétaire, M. Caruel, pour en imposer finalement aux Prussiens qui voulaient tout massacrer et brûler. Ce fait d’armes brillant, mais sans suite, est tout à la gloire d’Exelmans. En 1815, il a 40 ans. Incommode et bourru, il n’a pas connu la gloire et les honneurs qui ont favorisé parfois de moins dignes que lui. Au combat du Chesnay-Rocquencourt, cet entraîneur d’escadrons s’est révélé meilleur stratège que d’autres chefs d’un rang plus élevé ; quelques jours plus tard, c’est en vain qu’il s’oppose à la capitulation de l’armée. « Décision inutile, faute grave qui empêchait de tenter ce que Napoléon aurait voulu faire : frapper d’un coup foudroyant Blücher pris au piège dans la boucle de la Seine, puis encercler la petite armée de Wellington dans la plaine de Saint-Denis », et livrait le pays aux violences étrangères et aux vengeances des ultras. Engagé volontaire en 1791, l’ancien chef d’état-major de Murat ne rentre en grâce qu’en 1828 sous Charles X, qui le nomme inspecteur général de la cavalerie. Il est fait Grand Chancelier de la Légion d’honneur en 1849 et Louis-Napoléon lui confère enfin, en 1851, le titre de Maréchal de France.  C’est l’année suivante, d’une chute de cheval, que mourra l’un des plus grands cavaliers de l’Empire, qui avait exposé sa vie dans de nombreux combats. Un boulevard porte le nom d’Exelmans au Chesnay. Une plaque commémorative a été installée par la société d’histoire militaire «  la Sabretache » près de l’horloge du carrefour de Rocquencourt

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LE COURAGEUX FACTIONNAIRE

(Extrait des Annales du Chesnay n°5 1991 «  Rocquencourt Le Chesnay 1 juillet 1815 le dernier coup de sabre de la Grande Armée  ») 

Il est 6 heures et demie du soir; le général Exelmans dévale la rue des Réservoirs à la tête de la brigade Vincent et il rejoint boulevard de l’Empereur les lanciers de Piré et sa première brigade commandée par Burthe. Exelmans s’apprête à lancer les six régiments de cavalerie, qu’il a maintenant sous la main, aux trousses des hussards de Von Sohr, mais il se heurte aux grilles de la barrière Saint-Antoine, toujours fermées ; le général apprend que des Versaillais ont emporté les clefs et ont aidé les Prussiens; il s’indigne contre Versailles, « ce vieux repaire de royalistes, de traîtres abominables« ; il menace et s’écrie qu’ « il regrette de ne pas avoir le temps de livrer la ville aux flammes« . Enfin les grilles sont ouvertes; Exelmans se retourne vers le général Strolz : « Nous avons perdu bien du temps ! La brigade Hubert doit être actuellement aux prises avec l’ennemi à Rocquencourt ; pourvu qu’elle puisse tenir jusqu’à notre arrivée… Au galop! A Rocquencourt ! «  Plus de vingt escadrons de la cavalerie française sont sortis de Versailles dans un bruit d’enfer; le silence succède au tumulte ; le boulevard de l’Empereur est couvert de cadavres; on entend par moment des blessés qui gémissent… Le factionnaire de la barrière Saint-Antoine, M. Fasmann, est seul à son poste; tout à coup, son attention est attirée sur le boulevard par la vue d’un dragon qui se précipite, de toute la vitesse de son cheval, vers un Prussien démonté et blessé.

Le dragon brandit son sabre comme pour le frapper; le hussard allemand s’enfuit en courant et cherche à se réfugier dans le bureau de l’octroi; le dragon le rattrape et s’apprête à le tuer; le blessé se jette à genoux devant le cavalier et implore la merci de son agresseur, mais en vain; voyant cela, M. Fasmann s’élance au devant de son compatriote et l’apostrophe avec énergie : « Espèce de brute ! Tu ne vas tout de même pas commettre l’infamie de tuer de sang-froid un blessé qui te demande merci ! «  Le dragon n’écoute pas le garde national; il veut à toute force massacrer celui qu’il peut faire son prisonnier. Hors de lui, il hurle comme un forcené « qu’il doit venger la mort de ses camarades« ; le cavalier abaisse son sabre et l’enfonce à travers la poitrine du malheureux Prussien, sans craindre de frapper du coup M. Fasmann, dans les bras duquel le blessé est venu se blottir en un effort suprême ! Un coup de sabre malheureux, donné par un soldat aigri par la mort d’un compagnon ! Une tache sur l’honneur des dragons d’Exelmans ? Non. Nos « sabreurs » ont été en maintes occasions assez généreux pour se faire pardonner quelques faiblesses de ce genre. 

Capitaine P. MATZYNSKI

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(1) Qui, entre le 25 et le 29 juin, ont chevauché durant 170 kilomètres, et, pire encore, ont, depuis le 15 juin, avancé et combattu sans relâche. Situation qui ne sera pas sans influer sur les évènements qui vont suivre. (2)« J’ai l’honneur d’humblement rapporter à Votre Excellence que j’occupe Versailles. À mon approche, un nombre insignifiant de fantassins (français) et quelques cavaliers, tirant parti du terrain tourmenté, ont réussi à se retirer sur la route de Paris. Les 1200 hommes de la garde nationale nous ont envoyé un parlementaire, ouvert les portes, se sont déclarés partisans du Roi, et ont demandé notre protection. J’ai accepté, à la condition qu’ils enlèvent la cocarde tricolore de leur chapeau et que votre permission soit sollicitée. Selon les rapports reçus ici, Napoléon est parti l’après-midi du 29, pour Cherbourg via Rambouillet et Chartres, où deux frégates attendent son embarquement. Je vais continuer ma marche sur Longjumeau et j’ai déjà envoyé des patrouilles sur toutes les routes menant à Paris et vers l’intérieur du pays. » (Sohr à Blücher – in Voss, Generalmajor von, Napoleons Untergang 1815, Berlin 1906 – cité par Peter Hofschröer, « The Waterloo Campaign », Greenhill Books)  

(3) Blücher avait mal accueilli les nouvelles de Rocquencourt.  » Blücher était dans son bureau, sur un sofa, profitant d’un court repos et j’étais assis devant la maison, quand un parti de hussards du 5e régiment, conduits par le major von Wins, arriva et stoppa. Le major mis pied à terre et me reconnaissant, vint vers moi, me disant, très excité: « Ce que vous voyez ici est ce qui reste de deux régiments de hussards. Tous les autres sont soit morts ou prisonniers. Le lieutenant-colonel Sohr lui-même a été gravement blessé et fait prisonnier. » J’étais surpris. Je n’aurais jamais pensé que de si bonnes troupes puissent subir une si terrible défaite, et je lui dis que je n’en croyais rien. Le major m’assura que c’était la vérité et me demanda de parler au Prince. J’essayais de l’en dissuader, lui disant que l’entrevue risquait d’être très désagréable. Mais cela ne changea rien, et je l’introduisis. Le Prince écouta son rapport avec une colère grandissante, puis il explosa de rage, criant: « Monsieur ! Si ce que vous me dîtes est vrai, alors j’eusse souhaité que le diable vous ait également atteint ». Sur ces mots, Wins fut renvoyé. Le prince était outragé et choqué au plus haut point » (Nostitz, Graf von, Das Tagebuch des generals der Kavallerie Grafen von Nostitz, Kriegsgeschichtliche Einzelschriften, Berlin 1885 – cité par Peter Hofschröer, The Waterloo Campaign, Greenhill Books).  

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