( 17 avril, 2022 )

Des mesures énergiques…

« Dans la soirée du 22 mars 1815, Napoléon, justement irrité de la Déclaration des puissances où on le traitait en galérien évadé, dicta un décret exceptant de l’amnistie et déférant aux tribunaux, comme coupables de connivence avec l’ennemi en 1814, Talleyrand, Marmont, Lynch, Vitrolles, La Rochejaquelein, Alexis de Noailles, Sosthène de La Rochefoucauld, Bourrienne, Bellart, Beurnonville, Jaucourt, Dalberg et Montesquiou. Cette mesure n’était dans l’idée de l’Empereur qu’un arrêt comminatoire destiné à imposer aux séditieux. Aucun ordre ne fut donné par lui pour arrêter ceux des treize proscrits qui se trouvaient encore en France. L’Empereur, voulant rattacher ce décret à ceux qu’il avait rendus à Lyon, le data à l’avance de Lyon, 12 mars, et demanda à Bertrand de le contresigner comme les précédents. Le grand-maréchal s’y refusa nettement ; il déclara qu’il ne pouvait s’associer à un acte arbitraire. L’empereur s’adressa alors au duc de Bassano qui, après lui avoir fait les mêmes objections et opposé le même refus, n’obéit qu’à un ordre formel. Encore ce décret parut-il au Bulletin des Lois avec cette formule inusitée : « Par l’Empereur, pour expédition conforme. » Devant l’opposition de ses plus dévoués serviteurs, Napoléon avait hésité, au reste, à publier le décret qui, rédigé le 22 mars, ne fut rendu public que le 6 avril. Il y eut une clameur chez les libéraux, des murmures jusque dans les Tuileries. La Bédoyère dit assez haut pour être entendu de l’Empereur : « -Si le régime des proscriptions recommence, tout sera bientôt fini .» La Bédoyère se rappela-t-il ces paroles quand, quatre mois plus tard, il tomba sous les balles du peloton d’exécution ? Les proscriptions avaient profité à la Révolution et le gouvernement de Louis XVIII n’allait pas hésiter à s’en servir. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.498-500).

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( 16 avril, 2022 )

Le général Friant…

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« Friant, disait l’Empereur à Sainte-Hélène, n’est pas capable de tirer parti de la Garde : c’est un bon soldat, voilà tout. » Pourtant, durant la campagne de Russie, à Vitebsk, lorsqu’il apprit la mort de Dorsenne, il nomma Friant colonel des grenadiers à pied de sa Garde. « Je vous apprends avec plaisir, écrivait Berthier à Friant le 8 août, que l’Empereur vous a nommé colonel commandant des grenadiers à pied de sa Garde, en remplacement du général Dorsenne qui vient de mourir.

Vous n’en conserverez pas moins, jusqu’à nouvel ordre, le commandement de votre division. Rendez-vous ici demain, à 6 heures du matin, pour être reconnu à la parade, à 7 heures. » Le 9 août 1812, à 7 heures du matin, par la pluie, l’Empereur recevait Friant à la tête des grenadiers de la Garde :  « Grenadiers de ma Garde, dit-il, vous reconnaîtrez le général Friant pour votre commandant colonel et lui obéirez comme tel en tout ce qu’il pourra vous commander pour l’exécution des règlements militaires », et il donna à Friant l’accolade d’usage. Le même jour, le maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, s’adressait àla Vieille Garde dont il était commandant, rendait hommage à la mémoire de Dorsenne.

« Vous reporterez, ajoutait-il, sur son successeur l’amour que vous aviez pour lui ; la réputation du général Friant, l’aigle qui le décore et le choix de Napoléon vous assurent qu’il est digne de vous commander ». 

Arthur CHUQUET  

(« Lettres de 1812. Première série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

 

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( 11 avril, 2022 )

Le général Roussel d’Hurbal en 1815…

Le général Roussel d’Hurbal en 1815… dans TEMOIGNAGES golfejuan

Le général Roussel d’Hurbal commandait une division de cavalerie chargée d’arrêter l’ Usurpateur en avant de Paris, et il assure que le 20 mars, à Gentilly, des régiments, Le 1er dragons et 6ème chasseurs, ne fléchirent pas, malgré l’infanterie qui leur criait : « Vive l’Empereur ! »  et malgré les voitures de la cour qui les virent passer et qui venaient chercher Napoléon.

Arthur CHUQUET.

 Le 14 du mois de mars, étant à Besançon en tournée d’inspection, je reçus de M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, l’ordre, du 11, de me rendre en poste à Lyon près de S. A. R. Monsieur, Je me mis en route le même jour ; mais, ayant appris à Chagny, près de Chalon-sur-Saône, que Mgr. Le comte d’Artois était retourné à Paris, je me dirigeai vers cette ville où j’arrivai le 17. Le 19, surlendemain de mon arrivée, Mgr. le duc de Berry me fit expédier l’ordre de me rendre à Essonnes pour y prendre le commandant d’une division de cavalerie dans le corps de M. le comte de Valmy [fils du maréchal Kellermann] ; j’y arrivai le même jour au soir. Le 20, à 5 heures du matin, M. le général comte de Valmy m’envoya l’ordre de me retirer d’Essonnes sur Saint-Denis. Je pris sur le champ mes mesures pour mettre cet ordre à exécution. Mais, mes brigades ayant été réparties sur différents points et marchant isolément, je partis d’Essonnes avec une garde d’un officier et quatorze chasseurs du 4ème  régiment et j’atteignis à deux lieues de là la brigade de M. le général Vallin, composée du 1er  de dragons et du 6ème  de chasseurs, à la tête de laquelle je me mis pour marcher au lieu désigné. A la hauteur de Gentilly, entre Paris et Villejuif, le général en chef, instruit de l’insurrection de Saint- Denis, me fit ordonner de m’arrêter où je me trouvais et de cantonner mes régiments dans les villages voisins de la route. Je m’empressai d’obéir à cet ordre pour ne pas me trouver sur la route au moment du passage de Bonaparte que je prévoyais devoir arriver bientôt à cause des voitures de la cour qui, depuis longtemps, étaient passées pour aller le chercher. Qu’il me soit ici permis de rendre hommage à la conduite digne d’éloge des deux régiments et au détachement de chasseurs que je ramenai. Aucun homme n’a ni quitté son rang ni fait entendre un cri séditieux, quoique tous y fussent provoqués par plusieurs bataillons d’infanterie qui marchaient en sens contraire et retournaient à Bonaparte.

Je passai la nuit du 20 à Gentilly avec le colonel du 6ème  de chasseurs et le lendemain, je me rendis à Paris dans mon logement où je restai sans vouloir paraître aux revues de ma troupe passées par Bonaparte, et ce ne fut qu’après le retour de M. le maréchal Macdonald et des autres militaires qui avaient escorté le Roi jusqu’à la frontière, que je consentis à paraître aux Tuileries. Le 8 avril, le ministre de la Guerre m’envoya des lettres de service que je n’avais point sollicitées, pour prendre le commandement de la 2ème division de cavalerie.

Paris, 26 octobre 1815.

Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911, pp.285-287.

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( 4 avril, 2022 )

L’île de Sainte-Hélène en ballon…

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J’ai découvert  un article paru dans la « Revue de l’Institut Napoléon » de 1938 (n°2, 2ème trimestre). Rédigé par un certain Joseph Duhem, il porte le titre suivant : « Le Ballon incendiaire de Moscou en 1812 ». La majeure partie de cet intéressant article concerne les projets non-aboutis et autres moyens d’incendie de la ville de Moscou préparés par les Russes, lors de l’entrée de Napoléon dans cette ville, en septembre 1812. Mais au début de son écrit, Duhem fait état « d’une romanesque entreprise projetée en 1816 par de fanatiques admirateurs de Napoléon ».  L’histoire a lieu au Brésil, et l’auteur nous précise que c’est grâce au conservateur du Museu Paulista [à  Sao Paul] qu’il a pris connaissance des faits suivants : « Des Français et des Brésiliens établis à Pernambuc [Etat de Pernambouc, dont Recife est la capitale], imaginèrent d’armer dans ce port un bateau capable de porter une petite montgolfière jusqu’aux abords du rocher de Sainte-Hélène. Là, de courageux aéronautes auraient fait descendre le ballon sur Longwood, et l’auraient ensuite ramené au navire, après avoir enlevé l’Empereur. Le chef de la conspiration était Antonio Carlos de Andrade, si connu pour la part qu’il a prise aux événements de 1822, et frère lui-même de ce José Bonifacio de Andrade que les Brésiliens nomment le patriarche de leur indépendance. La légende du ballon de Sainte-Hélène subsiste encore au Brésil, et le souvenir en est vivace chez les descendants des Andrade. » 

Joseph Duhem laisse entendre que c’est une absence de confidentialité parmi les réfugiés français qui fit échouer ce projet. Mais  était-il réalisable ? On peut en douter par la surveillance particulière qu’exerçaient les Anglais sur Napoléon, par les deux navires britanniques tournant en permanence, et en sens inverse, autour de l’île, mais aussi par les conditions atmosphériques aléatoires (courants marins et ascensionnels), que la technologie de l’époque ne permettait ni de prévoir, ni de maîtriser. Enfin, que seraient-ils advenus des compagnons de captivité  de l’Empereur ? N’auraient-ils pas été soumis à un traitement difficile en représailles de l’évasion de Napoléon dans les airs ?

C.B.

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( 4 avril, 2022 )

Le baron Larrey…

Larrey

D.-J. LARREY (1766-1842), Docteur en Chirurgie et en Médecine, Premier Chirurgien de la Garde et de l’Hôpital de la Garde de S.M.I.et R, Commandant de la Légion d’Honneur, Chevalier de la Couronne de Fer, Inspecteur Général du Service de Santé des Armées, Professeur à l’Hôpital Militaire d’Instruction du Val de Grâce, Membre de l’Institut, de celui d’Égypte, de la Société de la Faculté de Médecine de Paris. Associé correspondant des Facultés de Montpellier, Toulouse, Bruxelles, de l’Académie Impériale Joséphine de Vienne, Madrid, Turin, Naples, Munich, et Iéna. Il a été créé Baron d’Empire le 31 janvier 1810.

Né à Beaudéan, près de Bagnères dans le comté de Bigorre, il est issu d’une modeste famille pyrénéenne, fils d’un cordonnier de village, éduqué par l’abbé Grasset jusqu’à 12 ans. Jean Dominique Larrey était fier de sa longue chevelure bouclée et sa petite et robuste taille lui valut le surnom de  » Hercule basset  » qui rendit populaire sa silhouette. Son apprentissage médical s’est déroulé près de son oncle Alexis à l’hôpital St. Joseph de la Grave, vieil hôpital toulousain, en 1780. Puis, Chirurgien de la Marine, il fait campagne à bord de la Vigilante, et compléta ses études sous la direction de Dessault. Nommé aide-major principal après la prise de Mayence par Custine, il put rendre service à Houchard encerclé. Ce fut la première fois qu’un médecin se trouva dans la mêlée et le Service de Santé ne sera plus considéré comme le refuge des « planqués ». Cependant, il sera toujours en butte à l’autorité stérilisante des Commissaires-Ordonnateurs et des Intendants Généraux ainsi que de la toute-puissante Administration de la guerre. Pour protéger ses blessés et ses services il mènera jusqu’à sa mort des guérillas et des batailles contre cette Administration. Cela n’empêche pas qu’il soit nommé Chirurgien en Chef à l’Armée de Corse, ensuite en Espagne et en Italie. Il suivit, malgré son récent mariage, la fortune du premier Consul dans l’expédition d’Égypte dont il improvisa le personnel médical et le matériel d’ambulance qui ne le suivit pas : il utilisa alors un moyen du pays : le chameau pour le transport des blessés et il raconte le fait dans ses Mémoires

 » Je fis construire cent paniers (sans doute en osier souple), deux par chameau, disposés en forme de berceau que l’animal portait de chaque côté de sa bosse, suspendus par des courroies élastiques au moyen d’une prolonge à bascule : ils pouvaient porter un blessé couché dans toute sa longueur. « 

De retour en France, il devint, en 1796, le premier Professeur titulaire de la chaire d’Anatomie et de Chirurgie Militaire. Dans ses fonctions, il inventa, entre autres, la ligature des vaisseaux sanguins. Il dut abandonner son poste l’année suivante pour rejoindre l’Armée d’Italie, et au retour, il reprend sa fonction au Val de Grâce. Il fut promu alors Chirurgien en Chef de la Garde Consulaire et Officier de la Légion d’Honneur à la création de l’Ordre.

De Boulogne à Waterloo, Larrey ne quittera plus l’Empereur, utilisant la confiance que lui accordait Napoléon, pour la mettre au profit des soins aux blessés. Chirurgien-soldat hors pair, il est partout, voit tout, connaît tout et prévoit tout. Les soldats l’appellent leur  » Providence ».

Le voici soignant le général Comte Morand : il porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu à parements écarlates, gilet écarlate, bottes noires à parements. On voit à côté de lui ses instruments personnels et les pansements nécessaires pour donner les premiers soins. Il eut le titre de Chirurgien en Chef de la Garde Impériale. Cette fonction représente la participation à 25 campagnes, 60 batailles rangées et 400 combats. C’est au cours de la campagne de Russie qu’il devint Chirurgien en Chef de la Grande Armée. Il faillit y rester pendant le passage de la Bérézina, et relate dans ses Mémoires les faits suivants :

 » J’étais près de mourir quand je fus heureusement reconnu. Mon nom fut prononcé. Aussitôt les regards se tournent vers moi puis chacun s’empresse de m’aider… C’est aux soldats que je dois mon existence… Chacun me faisait place et j’étais aussitôt entouré de paille et de leurs vêtements. »

On peut ajouter qu’à la Moskowa, en deux fois 24 heures, il pratiqua, seul, 200 amputations dont 11 désarticulations de l’épaule avec 75% de succès, aidé par l’environnement glacé, servant d’anesthésique.

Revenons en arrière, c’est alors qu’étant parti comme aide-major, en 1792, à l’Armée du Rhin, il eut un éclair de génie au cours de cette campagne, en Franconie, sous les ordres de Houchard En effet c’est en regardant à la lorgnette évoluer des batteries d’artillerie volante, qu’il eut l’idée de les transformer et de concevoir les « Ambulances Volantes  » capables de suivre les combattants et de les secourir jusqu’au cœur de la bataille. Il présenta son plan à Houchard et devint ainsi l’inventeur des ambulances volantes. C’est le but de mon propos sur ces dernières qui virent le jour, sur le papier, en 1792 et réalisée seulement en 1797 pour l’Armée d’Italie, qui sauvèrent, parmi tous les blessés, bien des gueules cassées. Dans ce projet, l’équipe sanitaire se compose alors d’un Chirurgien-Chef, de 2 assistants, et d’un infirmier. Ils seront montés et les fontes des chevaux porteront des pansements et des instruments de première urgence. Le Commissaire Villemanzy, consulté par Houchard, donne son accord et en quelques semaines, les premières « ambulances volantes » furent mises au point, ce qui ne manque pas de le faire remarquer par Bonaparte. Il faut citer aussi Heurteloup et le Baron Percy, qui pensent au même problème que Larrey, mais Percy le résout d’une autre manière en inventant le  » Wurtz  » : caisson ordinaire, difficile à conduire et insuffisant dans les grandes occasions et les chirurgiens étaient difficiles à remplacer. On dut y renoncer. Il faut rappeler qu’à la fin de la Monarchie et sous la Révolution, le Service de Santé est considéré par le Commandement comme une organisation très accessoire, ce dernier étant orienté vers le combat avec peu de soucis pour les pertes humaines. Pourtant, certaines personnes pensèrent donner au Service de Santé une structure, des moyens et des modes de fonctionnement dans le but d’aller récupérer les blessés sur le champ de bataille, afin de les acheminer vers des centres de traitement susceptibles de leur donner des soins plus efficaces. Ces idées furent loin d’être appliquées et en 1792, le règlement des Hôpitaux ambulants qui suivent les colonnes est le suivant : les hommes et les chevaux sont mis à la disposition par l’entrepreneur de charrois ou de la régie pour être affectés à ce service. Les caissons attelés de 4 chevaux sont recouverts d’une toile enduite et sur les caisses sont inscrits les mots :  » Hôpital ambulant N°.. « , qui restait à une lieue de l’Armée.

Un nouveau règlement est édité sous le Directoire, le 20 Thermidor An VI (7 août 1798) qui modifie la couleur de l’uniforme lequel sera  » bleu national piqué de blanc sur le rapport d’un trente deuxième. » Cette couleur fut changée en  » bleu barbeau » par le règlement du 1er Vendémiaire An XII (24 septembre 1803). La couleur distinctive des chirurgiens devient l’écarlate, mais cette décision semble être restée lettre morte car elle ne fut pas suivie en pratique. Cependant l’organisation du Service de Santé reconnaissait le personnel par une couleur distinctive : noire pour les médecins, cramoisi pour les chirurgiens et vert pour les pharmaciens. La couleur de l’uniforme resta gris bleu et les revers croisés se portent rabattus en laissant voir le gilet tantôt gris, blanc ou écarlate. Le haut du collet avait des broderies différenciées et ils ont tous droit au port de l’épée. On peut ajouter que les Officiers de Santé attachés au régiment, portent le plus souvent l’uniforme du régiment avec la couleur de leur spécialité et les marques de leur classe au collet.

Le nombre de chirurgiens des corps est de 1000 au début de l’Empire, il passera à plus de 2000 par la suite. Seule la formation de la Garde Impériale comporte des médecins et des chirurgiens dignes de ce nom disposant d’ambulances, de caissons et de matériel, et accompagnés d’infirmiers… Dans la Garde, ils ont en outre l’aiguillette or à l’épaule droite. On constate surtout entre 1804 et 1815 cette différenciation de plus en plus marquée entre les uniformes de la Garde et ceux de la Ligne par le rapprochement de leurs tenues avec celles portées par les combattants. Ce qui aboutit à l’abandon progressif du bleu barbeau.

Le Service des ambulances

Le service était organisé en 3 divisions. Chacune d’elles comprenait 8 à 12 ambulances légères à 2 roues et 4 ambulances lourdes à 4 roues tirées par 4 chevaux, et 2 fourgons contenant pansements et instruments. Ces groupes mobiles sont complétés par une ambulance sédentaire et 2 hôpitaux temporaires, il faut dire que seule la Garde possédait une telle organisation. Chaque ambulance est placée sous la direction d’un Chirurgien de 1ère classe assisté par 6 chirurgiens de seconde classe, 2 pharmaciens et 8 infirmiers. En 1806, Napoléon, par un décret du 1er mai, grâce à l’action conjuguée de Larrey et de Percy, crée 5 compagnies d’ouvriers d’administration comprenant 100 infirmiers.

Ces derniers sont au service des Ambulances. Vêtus de gris jusqu’à ce qu’en 1809 on leur donne un uniforme de coupe militaire. Ils sont alors formés en 10 compagnies de 125 hommes. Ils portent un chapeau noir, puis un shako noir sans cordon, à plaque de cuivre jaune avec le N° de la compagnie, veste blanche, culottes blanches, guêtres et chaussures noires. Leurs grades sont : Centenier, commandant de compagnie, Sous-Centenier et Sergent-major. Sergent et caporal. En 1812, le nouveau règlement leur donne la poche en long, supprime le fusil, et la giberne est remplacée par un sac à compartiments pour contenir les objets de 1er secours pour les blessés. Ils ont également une tenue de travail. (bonnet de police et tablier). Ils sont encadrés par les Médecins, les Chirurgiens et les Pharmaciens de 1ère, de 2ème ou 3ème classe et détachés suivant leur classe auprès des Etats-Majors, des Régiments, des Ambulances ou des Hôpitaux Militaires. La Garde possédait un Service de Santé particulièrement bien organisé, en raison de l’attention spéciale qu’accordait l’Empereur à Larrey. Larrey avait alors divisé son ambulance volante en 3 divisions comprenant chacune 75 infirmiers à pied, 36 infirmiers à cheval et 60 conducteurs.

On distingue deux types de voitures : La voiture légère à deux roues qui peut être attelée de trois façons différentes :

1. Un cheval entre les brancards

2.  de chaque côté du timon : un en porteur et un en sous-verge, le cheval porteur peut être attelé à hauteur du limonier, les traits bouclés à un palonnier suspendu au brancard gauche de la voiture

3.  le cheval porteur en flèche. Son collier est alors relié par des traits en corde à l’extrémité des brancards de la voiture et le harnais ne comporte pas d’avaloir. La voiture est une caisse dont les quatre angles inférieurs sont suspendus par de fortes courroies de cuir à quatre ressorts de fer. Les chevaux porteurs sont montés par les conducteurs. La voiture a 4 roues, destinée surtout au pays de montagne, dont la caisse est un peu plus longue et qui est généralement attelée de 4 chevaux, parfois 6 chevaux en cas de difficulté de terrain. Certaines voitures, attelées à grandes guides, étaient conduites par un militaire, juché au devant de la caisse. Les deux chevaux de derrière étaient attelés de chaque côté du timon de l’avant-train; le cheval porteur à gauche, le sous-verge à droite. En plus de leur rôle de traction et de retenue, ils dirigeaient l’avant-train ; ils étaient reliés à l’anneau d’attelage du timon par des chaînes engagées dans la plate-longe. Les deux chevaux de devant étaient attelés au bout du timon par des palonniers reliés au porte-palonnier de volée, cheval porteur à gauche et sous-verge à droite. Les chevaux porteurs servaient de montures aux conducteurs. Celui de sous-verge comprend : licol avec longe, bride de cavalerie, collier, une paire de traits, fourreau de traits, sous-ventrières, la croupière, rênes de filet tenues par le conducteur. Pour les chevaux de devant, le harnais est le même que pour les chevaux de derrière, sauf l’avaloir et la plate-longe qui sont remplacés par un surdos recouvert d’une sellette en cuir de vache.

Toutes ces voitures étaient peintes en gris, ocre clair ou en vert olive, les parois intérieures restant en bois naturel. Toutes les ferrures, charnières, ressorts, etc., étaient noires. Les cordages enserrant les lames de ressorts étaient noircis. Les courroies de suspension et de balancement, en cuir naturel. Les toitures étaient de toile cirée noire, portant en lettres blanches, de chaque coté, Nème DIVn d’AMBULANCE ou AMBULANCE du Nème CORPS ou encore AMBULANCE Gle. L’inscription sur celles de la Garde présentait un Aigle au milieu de GARDE IMPERIALE, surmontée du mot AMBULANCE. Les voitures, attelées par le Train des Equipages, étaient accompagnées d’infirmiers montés et de chirurgiens à cheval qui  » portent à l’arçon de leur selle comme dans une valise des moyens de pansements fort abondants « . Parmi les objets se trouvant dans les ambulances figuraient des brancards. A la fin de l’Empire, un essai allait être fait pour faire porter ces brancards par des infirmiers spéciaux qui reçurent le nom de despotats.

A Waterloo, Larrey dirigea les ambulances jusqu’à l’instant de la déroute où il tomba, frappé de deux coups de sabre, entre les mains des Prussiens. Il fut fait prisonnier et conduit devant le Général Blücher ; ce dernier le traita en ennemi généreux. Larrey porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu barbeau à collet et parements écarlate garnis de broderies or. Gilet écarlate, culotte blanche, bottes noires à revers fauves. Les aiguillettes de l’épaule droite marquent l’appartenance à la Garde. Il porte un coffret renfermant ses instruments personnels, des pansements et de la charpie pour donner sur place les premiers soins. Après la fin de l’Empire, bien que mis à l’écart par la Restauration, Larrey, respecté et admiré de tous, fut réintégré par le gouvernement de Juillet et il va se servir alors de son autorité et de son prestige pour défendre l’organisation du Service de Santé contre les avis néfastes de l’Intendance de l’époque. Larrey meurt à Lyon le 25 Juillet 1842, au retour d’une inspection des Hôpitaux de l’armée d’Algérie, qu’il accepta de faire sur ordre de Louis Philippe, à l’âge de 76 ans. Mission qu’il accomplit, bien que malade, et qu’il ne voulut pas refuser. Les médecins de l’Hôpital militaire procédèrent à l’embaumement. Le cœur et les entrailles furent prélevés et furent transférés au Val de Grâce, le cœur en 1854, et ce fut autre chose pour ses entrailles. Sa dépouille fut bien transférée à Paris après que les Honneurs Militaires et Civils lui furent rendus. Son testament exprimait le vœu d’être enterré  » dans un petit coin du jardin de l’Infirmerie des Invalides « , mais le refus du ministre de la guerre, le Maréchal Soult, fit que la ville de Paris se montra plus généreuse, grâce à Arago, en lui offrant une sépulture à perpétuité au Père Lachaise.

C’est seulement le 15 décembre 1992, anniversaire du retour des cendres de l’Empereur, que le transfert du corps de Larrey eut lieu aux Invalides, dans la crypte des Gouverneurs, au cours d’une importante manifestation, L’exhumation du corps fut faite par Madame le Professeur Bonnet Lecomte, Médecin-Inspecteur et Directeur de l’Institut Médico-Légal, le Docteur Pierre L. Thillaud, et mon confrère le Docteur Claude Lavaste, Odontologiste. Ce dernier en profita pour faire un examen dentaire de la mâchoire de D. Larrey et en faire des photographies ainsi que des boutons de son uniforme. Soldat énergique, peu soucieux de la fatigue, doué des qualités de calme, de sang-froid et de bravoure devenues proverbiales, soignant, pansant et opérant les blessés avec rapidité et compétence et surtout avec un grand esprit d’humanité. Le plus bel éloge qu’on puisse lui faire est de citer la phrase du testament de l’Empereur : « Si l’Armée élève une colonne à la reconnaissance, elle doit l’ériger à Larrey« .

Sacha BOGOPOLSKY

DCD, DSO, DEA Ecole Pratiques des Hautes Etudes (La Sorbonne, Paris).

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( 28 mars, 2022 )

Deux mamelucks (1814)…

Mamelouks

« Bouches-du-Rhône. Préfet, 8 octobre 1814.- Le préfet m’adresse les interrogatoires qu’il a fait subir à deux mamelucks débarqués à Marseille et venant de l’île d’Elbe. L’un, Barthélémy Corpi, âgé de trente-huit ans, a déclaré qu’il avait, dans le courant de mai dernier, quitté à Fontainebleau le service de Bonaparte. Il se retira dès lors à Marseille avec sa femme et ses enfants, et y vivait du produit de sa pension de retraite. Il avait vendu deux chevaux à un lieutenant de son corps, et c’est pour en obtenir de lui le paiement qu’il se rendit, au mois de juillet, à l’île d’Elbe où il a passé quinze jours. Durant cet espace, il a vu (dit-il) une seule fois Bonaparte, à Portoferraio. Celui-ci lui demanda d’où il revenait et ce qu’on disait de lui à Paris et à Marseille. Barthélémy assure qu’il répondit que chacun en parlait à sa manière; que Bonaparte en paraisse offensé, se retira brusquement et avec beaucoup d’humeur. Il se trouvait à Portoferraio le jour de la fête de Bonaparte. Il avoue y avoir été invité par des officiers de son ancien corps à un banquet splendide. Bonaparte n’y parut pas; mais il alla visiter la table des soldats. Cette indifférence mécontenta beaucoup les officiers. Ils se plaignaient encore davantage qu’on ne leur avait pas fait donner un mois de gratification, comme c’était l’usage en France. Suivant lui, la garde de Bonaparte se compose de 850 hommes. On aurait essayé de former en outre un corps franc de Corses, mais on n’aurait pu le compléter, et il diminuait tous les jours par la désertion. Les militaires de la Garde de Bonaparte paraissaient depuis quelque temps se dégoûter de son service et parlaient de rentrer dans leur patrie. Ils étaient humiliés de l’obligation qu’on leur imposait de travailler comme des mercenaires, quoiqu’on leur donnât trente sols par jour outre leur paye [Note de Beugnot: C'est très peu probable]. La mère de Bonaparte est logée dans une maison particulière, près de lui. Chaque jour, il parcourt l’intérieur de l’île. Il part à 4 heures du matin, emportant une lunette d’approche, visite ses ateliers et les salines qu’il a presque toutes achetées. Il va chez les paysans, boit et mange avec eux, rentre vers 11 heures pour déjeuner, ressort l’après-midi vers 5 heures, et ne revient qu’à la nuit avancée, tantôt en voiture, tantôt par mer. Bonaparte ni les siens ne manifestent pas l’espoir d’être jamais rappelés en France; mais ils n’usent point de la même réserve pour l’Italie. Ils se bercent de l’illusion qu’au Congrès de Vienne le trône d’Italie lui sera rendu, et que son beau-père et que Marie-Louise plaideront sa cause en ce sens auprès des puissances alliées. Le sieur Barthélémy, en quittant l’île  d’Elbe, s’embarqua avec un Anglais qui lui déclara pendant sa traversée que si jamais Bonaparte quittait l’île d’Elbe, il serait perdu.

Le second mameluck se nomme Michel Mosseri, il était parti de l’île d’Elbe en même temps que son camarade. Il est porteur d’un congé absolu délivré à Portoferraio. Il a confirmé la plupart des détails donnés par son compagnon de voyage. Il a ajouté qu’il s’était décidé à demander sa retraite et à rentrer en France, parce que, contre son goût et son engagement, on avait voulu le contraindre de faire le service de canonnier. Je donne des ordres aux autorités de leur résidence pour qu’ils y soient tous deux surveillés avec soin dans leurs propos comme dans leur conduite, et pour qu’on les empêche de se rendre à Paris. »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger  et F. Chernoviz, Libraires-Editeurs,  s.d., pp.238-240).

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( 24 mars, 2022 )

Deux billets du général de Lariboisière…

Deux billets du général de Lariboisière… dans TEMOIGNAGES lariboisireLariboisière, commandant l’artillerie de la Grande-Armée, annonce au général Lepin qui commande cette même arme à Dantzig, l’évacuation du Kremlin et au major Poirel qui commande l’artillerie à Vilna, son arrivée à Smolensk, et il prie Poirel de ne plus envoyer ni vin ni canons. 

Arthur CHUQUET. 

Au général LEPIN 

Avant de quitter Moscou, j’ai fait détruire la poudre et le salpêtre qui s’y trouvaient.  Après notre départ, lors de l’évacuation du Kremlin, on a fait sauter le grand magasin de l’Arsenal où l’on avait rassemblé les poudres et les cartouches trouvées dans divers magasins extérieurs de la place. 

Au major POIREL 

Smolensk, 10 novembre 1812. 

Nous sommes arrivés à Smolensk, mon cher major. Nous y avons trouvé beaucoup de munitions ; il est inutile d’en envoyer davantage sur ce point. Conservez à Vilna tout ce que vous avez.  Écrivez à Kowno pour que ce point reste bien approvisionné. Vous devez continuer à fournir de ces deux dépôts aux consommations des 2ème, 9ème et 10ème corps.

Vous n’avez pas besoin de nous envoyer des armes. Ne nous envoyez plus de vin : celui que nous avons trouvé à Smolensk nous embarrasse. 

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( 7 mars, 2022 )

La tombe de Louis-Vivant Lagneau (1781-1867)…

La tombe de Louis-Vivant Lagneau (1781-1867)... dans INFO snb10260

Destinée à disparaître, cette sépulture dans laquelle reposent le fameux chirurgien et cinq de ses parents, a pu être sauvée et restaurée par le biais d’une souscription publique en 2000, lancée à mon initiative et avec le soutien du magazine « Tradition » et de l’Association « Passepoil ». Sa tombe se trouve au Cimetière du Père-Lachaise (27ème division). 

portrait Louis-Vivant Lagneau dans INFO

 Louis-Vivant LAGNEAU (1781-1867)

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( 6 mars, 2022 )

Pourquoi quitter l’île d’Elbe ?

Vue Portoferraio

Lorsque Napoléon débarque à l’île d’Elbe, il entend se consacrer désormais à son nouveau royaume. Il s’en occupera d’ailleurs pleinement. Au travers du témoignage d’André Pons de l’Hérault, on retrouve l’Empereur en grand organisateur, tour à tour ordonnant la construction de nouvelles routes, de casernes, de fortifications, de ses résidences impériales ; décidant de la réparation d’une rue, analysant tel ou tel budget, s’occupant d’approvisionnement de bois pour Portoferraio. Afin de mieux se rendre compte de l’activité  débordante de Napoléon, il suffit consulter l’ouvrage rassemblant les lettres et ordres édictés par le souverain de l’île d’Elbe (« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815)», A.Fontemoing,  Éditeur, 1897) et rassemblés par Léon-G. Pélissier, le publicateur de la première édition du « Souvenirs et Anecdotes » de Pons de l’Hérault. Toutefois, Napoléon restait attentif à ce qui se passait en France : un mécontentement s’installait peu à peu contre le gouvernement des Bourbons.  Recevant périodiquement des informations il est presque certain que l’idée d’un retour mûrit lentement dans son esprit. Plusieurs éléments sont à prendre en ligne de compte. Tout d’abord l’absence de Marie-Louise et de son fils. Même si cette dernière a été cruellement ressentie par l’Empereur, comme le notera Pons ce n’est pas ce qui motiva Napoléon. Le départ de l’île d’Elbe est dû à des causes politiques et matérielles.

Politiques, car comment imaginer un seul instant que, connaissant l’échec du gouvernement de Louis XVIII, Napoléon soit resté confiné dans son île ?  L’Aigle se devait de relever le pari d’un nouvel envol. Les causes matérielles ont également leur importance et en particulier les difficultés financières qui commençaient à se faire ressentir dans le fonctionnement des institutions mises en place par Napoléon à l’île d’Elbe.

« Le revenu  annuel de l’île était d’environ 470 000 francs, 120 par les droits fiscaux, 350 par le Domaine (mines de fer, salines, pêcheries). Ces rentrées équilibraient à peine le budget civil (fonctionnaires, clergé, justice, ponts et chaussés) fixé à 120 000 francs, et les dépenses de la maison de Sa Majesté qui engloutit 480 000 francs pendant les sept derniers mois de 1814, ramenées à 380 000 sur les évaluations du budget de 1815. Restait à combler le déficit béant du million annuel prévu pour les dépenses militaires, qu’aucune ressource ne pouvait équilibrer. Napoléon le préleva entièrement sur les débris de sa lite civile sauvée à Fontainebleau, chiffrée par Peyrusse à 3 980 000 francs le jour de son entrée à Portoferraio. Dix mois plus tard, ce trésor est déjà amputé de moitié : le 26 février [1815], en s’embarquant pour la France, il ne reste en caisse que 1 863 000 francs. Au plus juste, en multipliant les économies, Napoléon pourrait tenir encore deux ans, mais il ne disposerait plus de cette masse de manoeuvre sur laquelle vivront ses cinq cent compagnons de Fréjus à Paris.», comme l’écrit G. Godlewski.

De plus, le pouvoir royal ne tient pas ses engagements. En effet, l’article 3 du Traité de Fontainebleau prévoyait à Napoléon le versement « d’un revenu annuel de 2 millions de francs en rente sur le Grand Livre de France, dont 1 million réversible à l’Impératrice ». Ni l’Empereur ni aucun membre de sa famille (car une disposition complémentaire prévoyait que ces derniers reçoivent également une compensation financière), ne percevront un centime. Louis XVIII ira même plus loin dans son mépris en décrétant le 18 décembre 1814, sur proposition de ses ministres, la mise sous séquestre de tous les biens de la famille impériale. Ainsi le trésorier Peyrusse, fidèle collaborateur de Napoléon écrit-il dans ses mémoires : « Les jours de mon travail avec Sa Majesté étaient fixés ; nous préparions les éléments du budget de 1815, et je présentai à Sa Majesté un projet sur la régie des tabacs à l’île d’Elbe. Pendant ces diverses séances, l’Empereur laissait percer l’humeur que lui donnait le refus que faisait la France d’acquitter la somme stipulée par le traité du 11 avril [1814]. M. de Talleyrand écrivait de Vienne à notre grand maréchal [le général Bertrand], que Sa Majesté Louis XVIII ne reconnaissait pas le traité de Fontainebleau. Les revenus de l’île et ma caisse eussent été insuffisants pour parer au budget futur, maintenu sur le pied du précédent, ce qui avait décidé Sa Majesté à arrêter que je payerais que la moitié des traitements fixés, et que je ne fournirais le surplus aux parties prenantes en bons sur le trésor public français et à valoir. Cette situation, le projet de certaines réductions à imposer à la Garde, affectaient vivement Sa Majesté. C’était le secret de son cabinet ».

Et pendant ce temps, le gouvernement royal, faut de budget suffisant, licenciait 200 000 hommes de cette armée qui jadis avait fait trembler l’Europe, jetant sur les routes des hommes démunis de tout , réduit à la mendicité pour survivre. Parallèlement, était crée une « maison du Roi », composé de  6000 hommes appartenant pour les trois-quarts à la noblesse. Cette  armée  d’Ancien Régime était une armée de parade et beaucoup de ceux qui en faisait partie, n’eurent jamais entendu tonner le canon. De maladresse en maladresse, on pourrait souligner notamment la place exagérée faite à un clergé ranimant les divisions d’autrefois,  le régime de Louis XVIII en qui une partie des français avait apporté sa confiance, ne sut pas la conserver. « Le menu peuple souffrait comme il n’avait pas souffert depuis le Directoire », Guy Godlewski dans son ouvrage consacré à l’île d’Elbe (Hachette, 1961).

Les yeux de bien des français étaient dorénavant tournés vers une certaine île d’Elbe…

Napoléon est rentré « en triomphateur, parce qu’il incarnait, malgré son autorité despotique, le plus grand courant des idées révolutionnaires, l’opposition la plus ferme à la réaction nobiliaire et cléricale de l’Ancien Régime, incapable de s’adapter. Sans doute aussi parce que son génie rayonnant, son magnétisme personnel offraient aux Français de 1815 un saisissant contraste avec la médiocrité de leurs nouveaux dirigeants», comme le souligne encore Guy Godlewski.

C.B.

 

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( 5 mars, 2022 )

Les derniers jours des Mamelucks…

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Au cours de la campagne d’Égypte, des cavaliers turcs syriens ou arabes furent incorporés dans l’armée française ; ces cavaliers, dont le général Bonaparte avait apprécié la valeur, suivirent en France le futur empereur et formèrent sous le nom de Mamelucks, un escadron qui prit rang dans la Garde consulaire. Cet escadron fit ensuite partie de la Garde impériale et la suivit sur tous les champs de bataille. Les Mamelucks avaient conservé leur pittoresque costume oriental, montaient des chevaux arabes et l’un d’eux, Roustam, devenue en quelque sorte l’ordonnance de Napoléon, figurait toujours dans son escorte. L’Empereur avait en lui la plus grande confiance et l’avait attaché à sa personne. Les mamelucks devaient ne se recruter que difficilement, les communications entre la France et l’Égypte étant coupées. Aussi, étaient-ils peu nombreux en 1814. Les survivants furent dirigés sur Melun, où leur escadron avait son dépôt, dans le quartier Saint-Ambroise, sur la rive gauche de la Seine. Ce quartier, qu’occupait sous Napoléon III un régiment de cavalerie de la Garde, à disparu.  A leur licenciement, après la campagne de France, les cavaliers de l’ancien escadron syrien de la Garde consulaire avaient conservé envers Napoléon, leur foi, leur idolâtrie. Il leur fallut quitter pour toujours leur costume oriental. « Ils furent bien empêtrés, les pauvres dit un historien local, Gabriel Leroy, en entrant dans la vie civile qu’ils n’avaient jamais soupçonnée. Jamais gens ne furent plus embarrassés quand il leur fallut se vêtir comme tout le monde. Où étaient leurs airs conquérants de naguère ? » 

Quelques-uns attirés par le soleil, peut-être par le voisinage de l’île d’Elbe, s’en furent à Marseille. Il en resta peu à Melun. Les officiers s’y fixèrent et leurs descendants s’y voyaient encore, il y a quelques années. Officiers et Mamelucks durent, pour vivre, faire des prodiges d’économie. Les pensions n’étaient pas grosses sous la Restauration. D’aucuns s’improvisèrent cuisiniers, sans grand succès d’ailleurs, leurs plats orientaux étant peu goûtés à Melun. D’autres vendirent ou mirent en loterie des débris de leur ancienne existence. Ceux qui avaient été ordonnances continuèrent leur service près de leurs officiers, défendant avec énergie, dans un sabir souvent peu compréhensible, les intérêts de leurs officiers contre les dames de la halle de Melun. Plus heureux, l’un d’eux, nommé Azaria, chevalier de la Légion d’honneur et ancien brigadier, obtint une place chez le duc de Choiseul-Praslin, à Vaux-le-Vicomte, et s’y montra impitoyable pour les braconniers. 

Roustam, auquel les gratifications de l’Empereur avait constitué une large aisance, ne suivit pas ses camarades à Melun. Resté à Paris, il obtint par la suite une place de receveur-buraliste à Dourdan ; où il mourut en 1845.  En 1830, le drapeau tricolore réveilla chez les Mamelucks de Melun les souvenirs de leur jeunesse et quelques-uns d’entre eux s’en allèrent en Algérie se battre contre les Bédouins, ainsi qu’on disait alors. Les autres, de moins en moins nombreux, vieux, infirmes, restèrent à Melun. Accompagnés de leurs femmes qui les avaient suivis en France, ils erraient dans les rues de la ville, cherchant un rayon de soleil. Misérablement vêtus, portant toujours le turban, ils étaient bien vus des habitants. 

Ils s’éteignirent ainsi les uns après les autres et aujourd’hui leur souvenir même a disparu.     

GENERAL DE MAINDREVILLE. 

Article paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1932.

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( 26 février, 2022 )

La campagne de France (1814) racontée par Guillaume Peyrusse.

Guillaume Peyrusse

Cet intéressant personnage était alors Payeur de l’Empereur.

Voici une chronologie succincte de ses fonctions en 1813-1815:

En 1813 : Participe à la campagne de Saxe au titre de Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur.

29 juillet 1813 : Peyrusse est désigné comme Payeur de l’Empereur.

24 février 1814 : Nommé sous-inspecteur aux revues de la Garde. Il semblerait qu’il poursuive ses fonctions de Payeur de l’Empereur.

23 mars 1814 : Nommé au grade de chevalier de la Légion d’honneur (reçoit son brevet de nomination le 4 avril 1814).

Suit Napoléon à l’île d’Elbe, en tant que Trésorier personnel de l’Empereur.

 11 mai 1814 : Nommé « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ».

 23 mars 1815 : Nommé Trésorier Général de la Couronne.

 27 mars 1815 : Nommé Baron de l’Empire

 3 avril 1815 : Nommé officier de la Légion d’honneur.

                                                                         

———————

1er février La matinée fut calme. Vers deux heures, des officiers d’ordonnance viennent annoncer que l’ennemi a attaqué. Sa Majesté sort du château ; je la vis ordonner elle-même au tambour du poste du château de battre la générale, et se porter au galop vers le point où le feu était le plus vif. On se battit toute la soirée avec opiniâtreté, mais sans succès marqué de part ni d’autres. A la nuit, les feux avaient cessé. A dix heures, je me promenais sur la terrasse du château ; les feux des bivouacs des deux lignes se dessinaient dans la plaine ; Sa Majesté venait de rentrer. A onze heures,  par une nuit obscure, des corps nombreux traversent Brienne, se dirigeant vers Troyes[; la retraite est ordonnée, nous quittons le château pour nous diriger vers l’Aube que nous passons à Lesmont. Notre marche est silencieuse. Après avoir traversé le pont, le service a campé sur la route.

2 février. Sa Majesté a quitté Brienne à quatre heures du matin. L’armée a continué sa retraite. Deux cents grenadiers de la Garde ont eu ordre d’attendre le passage du dernier peloton et de brûler le pont. Nous sommes arrivés au village de Piney.

3 février. On est en marche vers Troyes. Le duc de Trévise est venu au-devant de nous avec la Vieille Garde. Rangée en bataille sur la route, elle est destinée à fermer la marche de l’armée et à retenir l’ennemi qui nous suit. On arrive à Troyes. Depuis l’ouverture de la campagne, aucun succès n’avait couronné nos armes, nos bataillons étaient d’une faiblesse numérique extrême. L’ennemi était partout ; il nous entourait de toutes parts. On séjourna.

4 février.  La nouvelle qu’un congrès allait se réunir à Châtillon fut accueillie avec la plus vive joie.

5 février. Malgré les négociations, quelques engagements partiels avaient lieu, soit au pont de Cléry en avant de Troyes, soit aux ponts de la Barse. Les ordres pour une attaque générale avaient été donnés. La Garde Impériale était sortie de la ville pour se porter en arrière et prendre position à La Chapelle St-Luc. J’avais eu ordre de suivre son mouvement ; le soir, nous avons tous eu ordre de rentrer en ville.

6 février. L’armée quitte Troyes et prend la route de Paris. Le hameau de Grès reçoit le quartier-général.

7 février. On arrive à Nogent ; on mine le pont ; on se prépare à disputer à l’ennemi le passage de la Seine.

8 février. Séjour. Les nouvelles reçues du Nord paraissent fâcheuses. L’ennemi occupe Châlons. Un courrier du duc de Vicence est arrivé ; l’horizon paraît se rembrunir. Le soir, la Garde a ordre de passer la Seine. Je marche avec elle ; nous arrivons à Villenauxe.

9 février. Sa Majesté a traversé notre ligne ; nous sommes arrivés après elle à Sézanne.

10 février. Au point du jour, l’Empereur se porte aux avant-postes du duc de Raguse ; un vif engagement signale sa présence ; ce maréchal s’empare de Champaubert, se met à cheval sur la grande route de Châlons, taille en pièces le corps du général Alsufieff [Olsufiev] et lui fait trois mille prisonniers. On établit le quartier de l’Empereur dans la dernière maison du village donnant sur la grande route. Les trophées et les prisonniers de Champaubert sont dirigés sur Paris. Sa Majesté veut rassurer la capitale. Nous sommes arrivés à Provins.

11 février Le service y a séjourné. Sa Majesté s’est portée sur Montmirail ; un combat sanglant a eu lieu à la ferme des Grenaux. Sa Majesté coucha sur le champ de bataille.

12 février. J’arrivai à Nangis. L’ennemi ayant passé la Seine à Bray, la position de Nangis n’était plus tenable, et nous l’avons quitté dès le premier coup de canon. Après la belle affaire d’hier, Sa Majesté a fait poursuivre les vaincus ; on les a sabrés jusque dans Château-Thierry. Sa Majesté a couché au village de Nesle.

13 février. Notre service s’est porté sur Guignes. Sa Majesté est arrivée à Château-Thierry. Des travaux défensifs sont ordonnés autour de la ville. On complète l’armement des gardes nationales. Nous nous trouvons à Guignes avec le corps du duc de Tarente.

14 février. Nous arrivons à Brie-Comte-Robert. Ce jour, l’Empereur a battu les Prussiens dans la plaine de Vauchamps. Les charges de notre cavalerie ont culbuté tous leurs carrés. Sa Majesté est rentrée à Montmirail.

15 février. Le quartier de l’Empereur a passé la nuit à Meaux. Notre service suit le grand parc, qui est refoulé jusqu’à Charenton. Beaucoup de curieux entourent nos voitures ; inquiet de me voir poussé jusqu’à cette position, et prévoyant l’issue malheureuse de la campagne, je me rendis auprès de M. le Trésorier général pour lui annoncer l’arrivée du Trésor sous les murs de Paris. Les bulletins de la semaine étaient parvenus la veille ; ils avaient été suivis par une forte colonne de prisonniers Russes et Prussiens que tout Paris avait vu défiler sur les boulevards. Je trouvai le Trésorier dans une sécurité parfaite. L’ennemi était aux portes de Paris, et, sur la foi des bulletins, la capitale s’était endormie.

16 février. De très bonne heure, notre service quitta Charenton. Je le joignis à Ouzouer. Sa Majesté a quitté Meaux se dirigeant sur Guignes. A midi, le canon retentit ; les ducs de Bellune et de Reggio font tête à l’ennemi ; l’Empereur s’arrête à Guignes.

17 février.  Notre service traverse la forêt d’Armainvilliers et s’arrête à Ouzouer-le-Vougis. Dès le matin, le canon s’est fait entendre. Les Russes ont été vivement attaqués ; leurs colonnes sont culbutées, couvrant les chemins de morts et de débris. On a fait trois mille cinq cents prisonniers. L’Empereur couche à Nangis.

18 février. On marche vers Montereau. Les Wurtembergeois occupent la ville, le pont et le château de Surville, placé sur un plateau très élevé. Les batteries qui sont placées sur toutes les rampes foudroient nos colonnes. A la vue de l’Empereur, nos troupes escaladent les hauteurs de Surville et s’en emparent ; l’ennemi en est précipité ; notre artillerie l’écrase dans Montereau et le 10ème hussards en fait un horrible carnage. On ramasse dix-huit cent prisonniers et beaucoup de fusils. Nous montons au château, où nous trouvons deux mille cinq cents prisonniers Bavarois ou Wurtembergeois, fort désappointés et fort étonnés de la vue de notre armée. Sa Majesté est venue s’y établir et y a passé la nuit.

19 février. Séjour. Les maires des communes voisines, divers fonctionnaires accourent à Surville ; ils donnent à Sa Majesté des renseignements sur la marche de l’ennemi. Nous pensons que l’on va dans la journée balayer Sens et tout le côté de Fontainebleau. Sa Majesté paraît fort contente ; les soldats chantent, et ils estiment, comme nous tous, que les manœuvres et l’activité ardente de Sa Majesté ont déjoué tous les plans de l’ennemi, et que tout danger a cessé pour la capitale.

2 février. On déjeune à Bray, dans la maison que l’empereur de Russie avait quittée la veille, et le soir en occupe Nogent. Cette ville avait horriblement souffert. Les Autrichiens avaient été arrêtés trois jours devant cette place que le général Bourmont n’avait cédée qu’à la dernière extrémité. L’ennemi ne trouve que des morts, des blessés et des ruines.

21 février. Sa Majesté s’arrête à Nogent pour voir défiler devant elle les divers corps qui se portent sur Troyes.

22 février. Départ. On se dirigeait sur Méry. L’ordre avait été donné d’y établir le quartier-général, mais l’ennemi occupait la ville. Une division de la Garde s’y était portée et avait trouvé une résistance à laquelle on ne s’était pas attendu. Pour arrêter notre marche, l’ennemi mit le feu à la ville; on se fusilla de part et d’autre toute la nuit. Les fourriers du palais revinrent à Châtres. Sa Majesté passa la nuit dans la chaumière d’un charron.

23 février. On était encore à Châtres. A onze heures du matin, le prince Lichtenstein, aide-de-camp du prince Schwartzenberg, arrive en parlementaire auprès de Sa Majesté. On parle de suspension d’armes, de cessation d’hostilités. L’Empereur l’a vu, l’a laissé en conférence avec le major général et il est parti pour marcher sur Troyes. Les portes en sont fermées. Le combat s’engage ; mais, à la nuit, un parlementaire vient demander douze heures pour évacuer la ville, menaçant de l’incendier si Sa Majesté refuse. Le salut de cette ville décide Sa Majesté à retirer dans une maison du faubourg, et la retraite de l’ennemi a lieu à la lueur de quelques incendies dans le faubourg et dans les maisons de la route.

 24 février. Au point du jour, les portes de Troyes s’ouvrent devant Sa Majesté, qui apprend bientôt que deux anciens émigrés, MM. de Gouaut et de Vidranges se sont montrés dans les rues de Troyes avec la cocarde blanche et la croix de Saint-Louis, et qu’au nom des principaux royalistes de Troyes ils sont allés présenter à l’Empereur Alexandre une adresse dans laquelle ils sollicitaient le rétablissement des Bourbons sur le trône de France. L’Empereur ordonne l’arrestation de ces deux individus et la formation d’un conseil de guerre devant lequel ils seront traduits. Le Conseil de guerre condamne à mort M. de Gouaut. La sentence reçut son exécution. D’après l’ordre de Sa Majesté, un officier d’ordonnance était accouru pour la faire suspendre, mais il fut trop tard.

M. de Vidranges ne put être pris.

Aujourd’hui, sur la demande de M. de La Bouillerie, le rapport du major-général de la Garde, les conclusions de M. le comte Daru et la présentation de M. le duc de Bassano, Sa Majesté m’a nommé sous-inspecteur aux revues de sa Garde, avec un traitement de 21,000 Fr.

 M. le duc de Bassano, qui a voulu être le premier à m’annoncer cette faveur de Sa Majesté, m’a assuré que si je désirais terminer la campagne comme payeur, Sa Majesté ne le trouverait pas mauvais. C’est aussi mon projet ; n’ayant pas la croix, que jamais Sa Majesté n’a voulu me donner, parce qu’elle ne voyait en moi qu’un employé civil, je serai peut-être assez heureux pour la gagner cette campagne.

Sa Majesté a créé elle-même dans sa Garde le corps des inspecteurs. Il n’y a qu’un seul inspecteur ; tout le reste est sous-inspecteur. Nous avons rang de colonel. Ce corps est très considéré ; les membres qui le composent ont tous été commissaires des guerres de première classe. Je succède à un sous-inspecteur qui a demandé à passer dans la ligne en qualité d’inspecteur. C’est un droit qu’on a dans la Garde ; on gagne toujours un grade quand on en sort bien. L’avantage de faire partie de la maison militaire de Sa Majesté, l’agréable de la résidence, la certitude d’une retraite honorable, la connaissance que j’ai de la partie, et mes relations avec les individus de la Garde avec lesquels je serai en rapport, tous ces avantages réunis ont fixé mon choix, et j’ai obtenu de Sa Majesté cette faveur insigne. Je n’espérais obtenir que le poste d’adjoint, et cela aurait été fort beau pour un début. Je dois beaucoup à M. de La Bouillerie, mais je ne me dissimule pas combien je dois à M. le comte Daru, auquel Sa Majesté a renvoyé la demande, non comme devant s’immiscer dans les affaires de la Garde, mais comme au grand patriarche de l’administration, devant connaître tous les individus de la maison et de l’armée. Son rapport a été beaucoup plus avantageux que je ne le mérite. Son Excellence a dit, entre autres choses :

« M. Peyrusse, à la retraite de Moscou, a sacrifié tout ce qui lui appartenait pour sauver le Trésor, les papiers et les bijoux de Votre Majesté, ainsi que toute sa comptabilité ; il a mis dans la reddition de ses comptes une probité qui a été jusqu’au scrupule. »

Le prince de Lichtenstein est revenu pendant la nuit. Par une suite de cette mission, le village de Lusigny, situé à deux lieues de Troyes, a été neutralisé, et des conférences sont établies entre les généraux Flahaut, pour la France, Duca, pour l’Autriche, Schouwaloff [Schouvalov], pour la Russie, et Rauch, pour la Prusse.

25-26 février. Séjour. Le besoin de repos fait vivement désirer que les conférences de Lusigny aient une issue favorable. A notre approche, les paysans ont repris les armes et ils nous ont amené hier un millier de prisonniers. Lorsque nous sommes arrivés à Troyes, l’ennemi avait commencé sa retraite. En arrivant ici, ses officiers ne voulaient pas se pourvoir de soieries dont ils sont fort amateurs, espérant les avoir à meilleur marché à Paris ; en battant en retraite, ils ont jugé convenable de faire leurs emplettes à Troyes. Ils se retirent, disent-ils, pour nous attirer. Notre armée est animée d’un bon esprit, et Sa Majesté déroute les ennemis par ses manœuvres. Ils ont eu la faiblesse de croire que nous n’avions personne ; aussi ils ont disséminé leurs corps de Soissons jusqu’à Sens ; Sa Majesté a profité de cette faute et les a successivement battus . Aussi on soupçonne que le besoin de se réorganiser a été pour beaucoup dans la proposition de l’armistice faite par le prince de Schwartzenberg. Des bruits sinistres circulent. La France est envahie de toutes parts. Les princes de la famille de Bourbon ont paru sur le territoire de l’Empire. Le mouvement qui a éclaté à Troyes n’est que le prélude d’une conspiration plus vaste qui s’organise contre Sa Majesté. Ce concours de circonstances a dû rendre l’Empereur sévère envers M. de Gouaut.

Une certaine merveilleuse, Mme B…, avait reçu l’empereur Alexandre et avait donné une soirée ; enfin, après avoir reçu un cadeau de Sa Majesté, elle avait été conduite en pompe à Châtillon. Le pauvre mari a comparu devant Napoléon qui, en plein salon de service, a tourné en ridicule la conduite de sa femme, et lui a dit : « Que votre femme vous fasse c… [cocu] avec un de mes officiers d’ordonnance, à la bonne heure ; mais que ces messieurs, non contents de tout le mal qu’ils font à la France, viennent encore f…[outre] les femmes, c’est un peu fort !… Que votre femme rentre, et que ce qu’elle a reçu soit versé à la commission des hospices, ou je vous envoie tous les deux à la Salpêtrière. »

- Oui, Sire, a répondu le mari…

Il vient d’arriver une colonne de deux mille cinq cents prisonniers faits par notre cavalerie légère sur la route de Bar-sur-Aube. Le général de Wrède a failli être pris.  Je ne regretterais pas de le voir pendre, cet homme qui était comblé des bienfaits de Sa Majesté et qui maintenant porte les armes contre elle.

27 février Sa Majesté quitte Troyes de très bonne heure. On arrive à Arcis-sur-Aube. Les troupes défilent et passent l’Aube en se dirigeant vers Sézanne. L’Empereur s’arrête au petit village d’Herbisse. Les ducs de Rovigo et de Tarente sont restés à Troyes.

28 février. La diane a été battue de très bonne heures dans le camp de la Garde ; on part, je marche avec le bataillon de service, se dirigeant vers Sézanne. Sa Majesté s’est portée vers la Fère-Champenoise. On dépasse Sézanne ; le quartier impérial passe la nuit au Chêne-d’Esternay. Le soir, des nouvelles venues de Troyes annoncent que toutes les troupes laissées devant nous pour cacher notre mouvement, ont été énergiquement attaquées et ramenées vers Troyes.

A suivre…

(Guillaume Peyrusse : « Mémoires, 1809-1815. Edition présentée et complétée par Christophe Bourachot », Editions AKFG, 2018 ).

 

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( 22 février, 2022 )

Stendhal a-t-il connu Napoléon ?

Le talentueux Henri Beyle, plus connu sous le nom de Stendhal (1783-1842)

« Nous touchons là un des points les plus controversés de la vie de l’écrivain. Il est vrai que les passages relatifs aux rapports personnels entre Stendhal et Napoléon contribuent, par leur caractère contradictoire, à entretenir l’embarras du lecteur ou du commentateur. Effectivement dans la « Vie de Henry Brulard », Stendhal affirme : « Napoléon ne parlait pas à des fous de mon espèce ».

Or, en 1832, dans les « Souvenirs d’égotisme » (Le Divan, p.102) une phrase s’inscrit en faux contre dette dernière affirmation : « D’un autre côté, il y a du plaisir à parler du général Foy, de Mme Pasta, de lord Byron, de Napoléon, de tous ces grands hommes ou du moins ces êtres si distingués que mon bonheur a été de connaître et qui ont daigné parler avec moi. »

En 1837, la préface aux « Mémoires sur Napoléon » (Editions Rencontre) nous fournit des précisions sur ces entretiens de l’écrivain et de l’Empereur:

« Ce grand homme m’a adressé la parole pour la première fois, à une revue au Kremlin. J’ai été honoré d’une longue conversation en Silésie, pendant la campagne de 1813. Enfin, il m’a donné de vive voix des instructions détaillées en décembre 1813 lors de ma mission à Grenoble, avec le sénateur comte de Saint-Vallier. Ainsi, je puis me moquer, en sûreté de conscience, de bien des mensonges. »

En réalité, il n’est pas sûr que tous ces entretiens aient réellement eu lieu; celui dont l’authenticité semble la plus certaine, concerne la campagne d’Allemagne en 1813, car Stendhal en donne connaissance à sa sœur [Pauline]

Nous lisons dans une lettre écrite de Glogau, le 9 juin 1813 : « Il y a huit jours que j’ai eu une longue conversation avec sa Majesté » (Correspondance, Le Divan, tome IV, p. 135).

En effet, au lendemain de la bataille de Bautzen, Beyle accompagnant le 24 mai 1813 les équipages du grand quartier-général, assista, à une échauffourée sur laquelle il fut écrire un rapport. C’est en cette circonstance que Napoléon aurait eu avec lui un entretien particulier.

Il n’est d’ailleurs pas d’une très grande nécessité d’ouvrir ou d’entretenir une polémique sur cette question. Nous jugeons nécessaire d’en parler, car Stendhal semblait y attacher une assez grande importance. Mais ce souci de l’auteur est-il véritablement justifié, A-t-on accordé, accorderons-nous plus de crédit ou d’intérêt à ses jugements sur Napoléon selon qu’il a connu l’ Empereur en personne ou qu’il ne lui a jamais parlé ? Le jugement de Mérimée dans sa réponse à la préface des « Mémoires sur Napoléon » fournit une excellente conclusion à cette question : « Pourquoi parler d’abord de l’avantage d’avoir connu Napoléon, lorsque vous dites quelques pages plus bas que cette connaissance se réduit à l’avoir vu quatre fois ; que ces quatre fois il ne vous parla que trois fois, et de ces trois fois, une fois pour dire des bêtises ?  Ne vaudrait-il pas mieux dire que vous avez vécu à sa cour, et que vous avez été dans l’intimité de ses ministres ? Cela est un titre maintenant, tandis qu’il n’y a pas un mauvais général de brigade qui n’ai eu de plus longues conversations que vous avec l’Empereur.»  »

(Maurice HEISLER, « Stendhal et Napoléon, Editions A.-G. Nizet, 1969 , pp.81-83).

Napoléon portrait.

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