( 8 septembre, 2013 )

8 septembre 1813…

8 septembre 1813... dans TEMOIGNAGES general-mouton

Voici une nouvelle lettre du général Mouton à son épouse, Félicité. Rappelons que depuis le 3 septembre, le comte de Lobau est à la tête du 1er corps, après la déroute du général Vandamme à Kulm (30 août).

Raechnitz, près Dresde, le 8 septembre 1813.

Ma chère Cité [Félicité], l’Empereur a passé hier la revue du corps d’armée qui m’est confié et quoiqu’il ait été malheureux sous le général Vandamme, S.M. a daigné le traiter avec beaucoup de bienveillance. Je t’avoue que cela m’a fait grand plaisir. Perrin a été nommé adjudant, commandant à cette revue sur ma demande, et d’après l’idée que m’en avait donné le grand écuyer [général de Caulaincourt] qui est toujours un excellent homme. Sois tranquille sur mon sort, ma bien-aimée Cité. Quelque part que je me trouve, je ferai mon devoir et partout je t’aimerai par inclination ; tu m’es chère au plus haut point.

Tu rirais aux éclats si tu voyais mon ménage. Hier soir, nous étions à peu près onze à table et nous avions, je crois, trois assiettes ; comme grand personnage j’avais la mienne et je crois même en avoir changé.

Bonjour, mon enfant, je t’aime beaucoup, ta fille presque autant et toutes deux je vous embrasse très tendrement.

LOBAU

« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiée et annotée par Emmanuel de Waresquiel] », Nouveau Monde Éditions, 2005, p.160.

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( 6 septembre, 2013 )

«Venez à ma rencontre…»

«Venez à ma rencontre…» dans TEMOIGNAGES maret

Lettre de Napoléon à Maret, duc de Bassano, Ministre des Relations Extérieures et se trouvant à Dresde.

Bautzen, 6 septembre 1813

Monsieur le duc de Bassano, je serai à Dresde avant sept heures du soir. Venez à ma rencontre sur la route. Dites au général Durosnel de faire partir 300 gardes d’honneur qui viendront au-devant de moi sur la grande route, jusqu’à ce qu’ils me rencontrent.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1898, lettre n°1231, pp.500-501).

 

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( 4 septembre, 2013 )

« Je suis resté ici pour réorganiser le 1er corps d’armée et en prendre le commandement… »

Une nouvelle lettre du général Mouton, comte de Lobau, à son épouse. Il vient d’être nommé (3 septembre) à la tête du 1er corps d’armée.

Dresde, faubourg de la rive droite, le 4 septembre 1813.

Ma chère Cite [Félicité], l’Empereur est parti hier pour aller du côté de la Silésie. Où se trouve l’Empereur, nous sommes presque certains des succès, mais malheureusement il n’en est pas de même ailleurs. Il ne fait pas également beau partout. Il faudrait que S.M. pût être partout. Moi, je suis resté ici pour réorganiser le 1er corps d’armée et en prendre le commandement, le général Vandamme qui le commandait précédemment ayant été pris en Bohême dans un fort engagement dont les résultats n’ont pas été heureux. L’Empereur ne donne par là une grande preuve de confiance, mais une tâche énorme. J’emploierai tous mes moyens pour bien servir S.M. et remplir mes devoirs. Il est des circonstances où je regarderai comme un crime la moindre hésitation. Je connais assez ton âme, ma tendre et bonne amie, pour être persuadé que tu partageras mon opinion. Ce changement ne va pas me permettre de te donner souvent de mes nouvelles, mais je te promets de ne négliger aucune occasion de le faire.

Bonjour, ma chère, je t’embrasse de toute mon âme ainsi que ta fille.

LOBAU.

Je suis encore ici et je m’attends à chaque instant à recevoir l’ordre d’en partir. Le duc de Bassano sort de chez moi et je vais dîner avec lui. Bonjour mon cher enfant.

« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiées et annotées par Emmanuel de Waresquiel], Nouveau Monde Éditions, 2005, pp.158-159). 

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( 29 août, 2013 )

« Il n’y a rien de nouveau… »

Une lettre de Cambacérès à Napoléon.

Paris, 29 août 1813.

Sire,

La lettre que V.M. a daigné m’écrire de Görlitz le 21 de ce mois m’est parvenu aujourd’hui vers midi.  La continuité de succès qu’elle annonce nous prépare à des événements plus décisifs. Ils sont attendus ici avec le sentiment unanime de la plus entière confiance. Les affaires sont engagées de tous côtés, et les ennemis étonnés retrouvent partout V.M. et l’empreinte de son génie.

Le ministre de la Guerre m’a prévenu qu’il y aurait demain dans le Moniteur une lettre expositive [sic] de nos premiers avantages qui lui a été adressée par le compte Daru, d’après les ordres de V.M. La publicité donnée à cette dépêchez produira un bon effet, et suppléera aux bulletins qui arriveront plus tard. J’ai eu l’honneur de rendre compte hier à V.M. des considérations d’après lesquelles je me suis abstenu de faire mettre dans les journaux une note que m’a fait passer le duc de Bassano. Au surplus, on sait à peu près toutes les nouvelles par la voie du commerce.

Je me suis rendu aujourd’hui à Saint-Cloud, pour faire ma cour au Roi de Rome qui se porte à merveille. Chaque jours, ce prince se fortifie et se développe. Nous avons su de Cherbourg que l’enceinte du port avait été ouverte le 27 aux flots de l’Océan. Il paraît que S.M.l’Impératrice a joui longtemps de cet imposant spectacle qui a pris un nouveau degré d’intérêt par la présence de S.M. et par l’allégresse générale qu’elle a occasionné.

Il n’y a rien de nouveau : tout va bien dans l’intérieur de l’Empire. Je ne parle point à V.M. de l’Espagne pour ne pas la fatiguer par des redites. 

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Lettre n°1251, p.1035).

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( 28 décembre, 2012 )

Le MONUMENT au MARECHAL MONCEY…

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Place de Clichy,la nuit… Une photographie de ce monument réalisé en 1870 par Doublemard. Son inauguration ne peu avoir lieu à cause de la déclaration de la guerre de 1870-1871… Il a été restauré en 2010. Il s’élève à l’emplacement de la Barrière de Clichy de l’enceinte des Fermiers-généraux (disparue en 1860) qui fermait Paris à l’époque. Fin mars 1814, les troupes alliées (russes et prussiens) commencent à s’approcher de la capitale par le nord-est. Moncey fera le coup de feu avec les élèves de l’Ecole polytechnique.

 

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( 26 septembre, 2012 )

LU: « L’effroyable tragédie.Une nouvelle histoire de la campagne de Russie », de M.-P. REY…

Paru en janvier 2012, au tout début de cette année-anniversaire de la campagne de Russie l’ouvrage de Marie-Pierre Rey, qui s’y connaît plutôt en histoire de ce pays, elle est l’auteur d’un magistral « Alexandre 1er » (Flammarion, 2009), est à classer parmi les bons livres sur le sujet. On oubliera d’entrée l’étrange (et peu flatteuse) illustration de couverture ; il y avait bien mieux à choisir, pour ce livre, parmi les multiples (et souvent belles) peintures existantes sur cette campagne ;  mais entrons dans le vif du sujet. « L’effroyable tragédie » permet de comprendre, de suivre et d’appréhender toute l’étendue de cette fameuse campagne tant sur le plan militaire que sur le plan humain ; l’auteur a consulté de nombreux témoignages russes méconnus, sans oublier ceux émanant de soldats de la Grande-Armée, qui viennent étayer son travail. Toutefois, j’ai eu quelques petits moments de doute en lisant ce livre. Ainsi cette légende accompagnant un portrait de Napoléon (dans le cahier iconographique) : « A la tête du grand empire, au faîte de sa puissance en 1812, Napoléon semble invincible. Pourtant, la campagne de Russie lui coûtera son régime et sa liberté ». N’est-ce pas plutôt en 1814, puis en 1815 que ces propos seront d’actualité ? A la page 232,  l’auteur évoque le Tsar à l’été 1814 « aussitôt reparti pour le congrès de Vienne ». Mais celui ne commencera qu’en novembre de la même année… ; à la p. 301 : « Le 13 janvier 1813, les troupes russes, placées sous la direction du tsar et celle de Koutouzov, franchissent à leur tour le Niémen et pénètrent en Prusse. La campagne de Russie est terminée. Débutent alors celles d’Allemagne et de France. » Cette dernière ne débutera que plus tard, en 1814 ! Dans l’Épilogue, les chiffres avancés par Marie-Pierre Rey sur la bataille de Leipzig sont inexacts, si l’on en croit ceux que donnent Alain Pigeard dans son « Dictionnaire des batailles de Napoléon » (Tallandier, 2002). Je ne développerai pas plus en avant cette question au risque d’ennuyer ceux qui liront ces lignes. Ces quelques points soulevés ne remettent aucunement en question la qualité de « L’effroyable tragédie » de Marie-Pierre Rey qui apporte d’une façon non négligeable sa contribution à l’historiographie sur 1812. Et c’est là l’essentiel.

Marie-Pierre Rey, « L’effroyable tragédie. Une nouvelle histoire de la campagne de Russie », Flammarion, 2012, 390 pages. 

LU:

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( 10 août, 2012 )

LUE: la CORRESPONDANCE d’Eugène de ROUSSY…

LUE: la CORRESPONDANCE d'Eugène de ROUSSY... dans HORS-SERIE 51gQRS887HL__SS500_-189x300

Après avoir fait paraître en 2005 les lettres du général Mouton, qui présentaient un certain intérêt, les Editions Nouveau Monde ont réalisé un volume consacré à la correspondance, elle aussi inédite, d’Eugène de Roussy. Ce jeune aristocrate, né en 1787 et mort en 1872, s’engagea de 1806 à 1807 aux gendarmes d’ordonnance, puis passa dans les rangs du 28ème dragons, de 1808 à 1811. Les nombreuses lettres qu’il adressa à ses proches pourraient être intéressantes; loin de là ! Je me suis profondément ennuyé en lisant la prose du jeune de Roussy. Il n’y parle que de préoccupations matérielles, d’argent à lui transmettre, de bals, de repas entre amis (bien nés comme lui), de choses futiles, sans réel intérêt. Point de batailles, de combats ou même d’escarmouches. On est loin des correspondances si hautes en couleurs que laissèrent certains officiers et soldats de cette époque (citons notamment Coudreux, Paruit, Maffre, le jeune Aubry de Vildé-qui laissa peu de lettres mais d’une densité émouvante-, et les frères Peyrusse, Guillaume et André, qui me sont désormais particulièrement familiers, tout en n’étant pas des militaires au sens propre du terme). Au fur et à mesure de la lecture de cet ouvrage, qui comporte pourtant une solide préface et un appareil critique qui l’est tout autant, le lecteur peut se demander légitimement quand « l’action » va commencer, enfin. Et le ronflement du canon, et les coups de feu et les cris, que l’on peut deviner si souvent dans les lettres laissées par les acteurs de la Grande-Armée ? Point de tout cela ! Il ne se passe rien : Eugène de Roussy tout occupé par des futilités évoque à peine les événements historiques auxquelles il a été associé. Comme on est éloigné de ce que pouvait ressentir alors le soldat des guerres de l’Empire ! Ses espoirs, ses doutes, la peur aussi, qu’il n’ose s’avouer, ce réalisme quelquefois si violent  et qui permet au lecteur d’aujourd’hui de revivre cette grande époque historique. Le contenu de ce livre est à des années-lumière de tout cela. De ces 157 lettres restées enfermées dans les lourdes armoires des archives familiales on ne retient historiquement rien. On ne peut que le regretter.

« De l’Empereur au Roi. Correspondance d’Eugène de Roussy (1806-1830). Préface d’Emmanuel de Waresquiel. Présentée par Chantal de Loth. Introduction et annotation par François Houdecek », Editions Nouveau Monde,[paru le 12 juin] 2012, 382 pages).

 

 

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( 19 avril, 2012 )

Le GENERAL MENOU…

Paru en kiosque le jeudi 19 avril 2012, le n°185 de la fameuse série d’Hachette-Collections (11,95 €) concerne le général MENOU (1750-1810). « Gentilhomme de l’Ancien Régime fourvoyé dans un monde qu’il ne comprend plus, Menou se fraye un chemin au gré des circonstances. Homme du monde, instruit et Le GENERAL MENOU... dans INFO Menou-175x300cultivé, mais soldat dépassé par les réalités de la guerre moderne, il bénéficiera toujours de la protection du général Bonaparte, puis de celle de l’Empereur». Il est représenté ici  « en grand uniforme de général de division. Habit bleu foncé avec broderies d’or».

Ce numéro est, comme annoncé, le dernier de cette longue série et qui a débuté en 2006.

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( 5 avril, 2012 )

MASSENA à la CAMPAGNE…

Nous voici rue Jean MASSENA à la CAMPAGNE... dans HORS-SERIE Masséna3-256x300Dolent, à Paris (14ème); tout près de la célèbre prison de la Santé… Au n°23 de cette paisible voie, se cache une maison de campagne du XVIIIème siècle qui aurait appartenu au maréchal Masséna. Ce même numéro fut fréquenté par le peintre Renoir qui y peignit des portraits, vers 1875. Plus récemment, l’écrivain d’origine suisse Blaise Cendrars (né en 1887) y vécut. On peut voir une petite plaque  sur le mur d’entrée qui mentionne le nom du maréchal. (Source : J. Hillairet, « Dictionnaire historique des rues de Paris », Editions de Minuit, 1979, tome I, p.672).Masséna-300x225 dans HORS-SERIEMasséna2-300x225

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( 8 mars, 2012 )

Une VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON…

Depuis hier, se tient à Paris, une exposition sur la voiture de l’Empereur prise le soir de Waterloo; voir « L’Estafette » à la date du 7 mars 2012 . J’ai pensé qu’il serait utile de reproduire ici cet article paru dans le Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (SBEN) en avril 1974 (dans son n°86). Il vous éclairera sur la provenance et le devenir de cette fameuse voiture. Les photos (celles en noir et blanc) qui viennent compléter cet article sont celles diffusées à l’époque dans ce bulletin.

C.B.

Une précision: la berline qui a donc fait l’objet d’un dépôt en 1973 a été donnée par les descendants de Blücher à l’Etat français en 1975; ce que j’ignorai.

Grâce à l’heureuse initiative de M. Gérard Souhami, membre du conseil d’administration de la Société des amis de Malmaison, et à  l’exceptionnelle générosité du comte Blücher von Wahlstatt, descendant du feld-maréchal Blücher, qui en a consenti le dépôt, le « landau en berline » du Service de Campagne de l’Empereur durant la malheureuse campagne de Belgique vient d’entrer au Pavillon des voitures du Château de Malmaison. Il y voisinera désormais avec l’OUne VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON… dans A LA UNE ! Landau-300x200pale, berline de cérémonie, qui emmena l’Impératrice répudiée à Malmaison le 16 décembre 1809 et avec la voiture moins élégante offert au Musée par le Prince Murat, toutes deux signées de Devaux, carrossier habituel de Napoléon, comme Cauyette et Getting.S.A.I. le Prince Napoléon et plusieurs des hautes personnalités, qui ont daigné accorder leur patronage àla Société des Amis du Musée, ont honoré de leur présence la cérémonie intime de mis en dépôt du « landau », le 31 octobre 1973. Le Directeur des Musées de France souligna la portée de cet acte, le comte Blücher, dans sa réponse, exprima de façon éLandau-092011-300x202 Blücher dans INFOmouvante la satisfaction que lui procurait le retour en France de ce souvenir d’un passé glorieux. Photos au-dessus et à droite: la berline photographiée au moment de son entrée en 1973 dans le Pavillon des Voitures du château de Malmaison. Puis la même berline mais capotée cette fois. Etat actuel. ( sept.2011).

Cette voiture, exposée pour la dernière fois à la fin de 1933 dans une cour de l’Arsenal de Berlin avec une partie du butin fait après Waterloo, n’avait pas attiré l’attention des historiens, autant que celle offerte au Prince-Régent par le major von Keller, puis cédée à Bullock qui l’exposa dès 1818 à l’Egyptian Hall de Londres. Cette dernière voiture brûla le 18 mars 1925 au Musée Tussaud, où elle se trouvait depuis longtemps. Il n’en reste que des fragments dépourvus d’un réel intérêt. En revanche, le « landau » conservé dans la famille des princes Blücher est pratiquement intact, sauf la garniture moderne de drap bleu. Il porte encore, avec la marque du carrossier répétée six fois, les deux numéros qui lui furent attribués en 1812 puis en 1815 par le service du Grand-Ecuyer. On doit regretter que nul historien n’ait songé  à relever les numéros de la voiture londonienne, qui les portait nécessairement aux mêmes emplacements. Grâce aux indications que porte le « landau » les documents des Archives de France permettent en effet de préciser que le mémoire pour un « landeau (sic) en berline », mis en service le 12 juin 1812 sous le numéro 429, montant à11.560 F., somme fort élevée si on la compare avec le prix des autres voitures fournie par le même fabricant, est transmis par Caulaincourt à l’Intendant général le 21 août 1812. Or, le landau porte la marque de Getting, lequel dirigea longtemps les ateliers de Cauyette, rue des Martyrs, avant de créer en 1815 sa propre firme. Les noms de Cauyette et de Getting sont associés ou cités indifféremment dans les pièces d’archives avant 1815. Le numéro 429 apparaît toujours sur les moyeux de roues. A l’inventaire de 1815 le numéro 301 fut donné à ce landau ; il est spécifié qu’il a été « pris à l’armée ». Il convient de rappeler l’organisation minutieuse des déplacements de l’Empereur qui relevaient du Grand-Ecuyer. Elle ne variait guère. Il y avait toujours trois « services » de plusieurs voitures. L’un précédait Napoléon de quelques heures. Lui-même prenait place dans une voiture du deuxième [service]. Le troisième [service] partait ensuite. Le baron Fain, confirmé par tous les documents officiels, a pris soin de détailler la manière dont l’Empereur effectuait ses « voyages de guerre », empruntant d’abord un « coupé » à l’usage de « dormeuse » pour les « traites de longue haleine ». Quand l’Empereur quittait cette voiture pour marcher avec ses troupes, on la laissait à l’arrière-garde avec les fourgons dela Maison : c’était ce qu’on appelait « les gros équipages »… « La calèche, attelée par des relais dela Maison, servait à l’Empereur pour se transporter d’un corps d’armée à un autre ».

L’« Ordre de marche » dicté par Napoléon le 10 juin 1815 et mis au net par le Grand-Ecuyer, qui ne devait pas accompagner cette fois l’Empereur, est d’une précision absolue. Le premier Service, scindé en deux groupes de voitures, l’un partant le 10 à 11 heures du soir, l’autre partant le 11 à 4 heures du matin, comprend d’abord le « landau 301 » dans lequel prendront place le général comte de Fouler de Relingue, Ecuyer-Commandant (troisième personnage dela Grande-Ecurie, après le duc de Vicence, Grand-Ecuyer, tous deux indisponibles), et M. Gy, Quartier-Maître des Ecuries, responsable de toutes la marche des équipages, plus un ouvrier et un domestique. Les autres voitures sont celles de la chambre et six « chariots » ou « pourvoyeuses ». L’heure du départ du « Service de l’Empereur » n’est évidemment pas précisée : il comprend la «berline 51» pour les quatre aides-de-camp : Drouot, Flahaut, Corbineau et Labédoyère ; la « battardelle [sic] 399 », avec Marchand, premier valet de chambre [de l’Empereur], un chirurgien, le garde du Portefeuille et une autre personne, le « dormeuse 389 » qui « restera à l’armée », emportant Napoléon et le Grand-Dormeuse-300x236 GenappeMaréchal ,plus Saint-Denis [le mameluk Ali] et des chasseurs, escorté d’un écuyer, d’un page, de deux officiers d’ordonnance, de courrier et de piqueurs. Vient enfin le troisième service, « partant après l’Empereur », comprenant le « voiture du Cabinet 379 » avec le baron Fain, le général Bernard, un garde du Portefeuille et un garçon de bureau, la « gondolle  [sic] 262 », pour les gens des officiers, et la « chaise 22 » pour un secrétaire du Grand-Maréchal et un maître d’hôtel de l’Empereur. Soit au total quatorze voitures. Il est précisé qu’un « un lit de fer complet » sera placé « sur la dormeuse de Sa Majesté» et un « lit de fer sans bidet ni chaise sur le landeau (sic) ». La « dormeuse » et le « landau », que Napoléon devait emprunter de préférence sur le terrain des opérations, constituaient donc les voitures essentielles de cet équipage de guerre, l’une plus lourde, au rayon de braquage moins large, pour la route, l’autre plus légère, décapotable, pouvant presque tourner sur elle-même, destinée à affronter tous les terrains. Photo en haut: « Voiture des équipages de Napoléon prise par les Prussiens le soir de Waterloo. Exposé à Londres, elle fut détruite dans l’incendie du Musée Tussaud en 1925. »

On sait la suite : les rapports allemands, anglais, français sont formels et ne contredisent pas les souvenirs des témoins privilégiés, Marchand, Saint-Denis. Au soir du 18 juin 1815, à Genappe, le major von Keller, du 15ème fusiliers prussiens s’empara sur la route encombrée de toutes les voitures arrêtée. Il conserva la « dormeuse » vendue en Angleterre par ses soins, dont les anciennes photographies, les dessins détaillés et les descriptions correspondent bien à ce type de voiture spécialement aménagée pour Napoléon. Seul manque le relevé du numéro pour emporter notre conviction absolue. C’est dans cette voiture, plus personnelle encore que le  landau, que furent trouvés les objets les plus intimes, les plus prestigieux, répartis ensuite entre les vainqueurs.

Mais Blücher se réserva le landau armorié, jugé sans doute plus pratique, qu’il envoya à sa femme. La lettre qu’il dicta pour elle le 25 juin 1815, de Gosselies, est trop décousue pour que l’on puisse affirmer que Napoléon a quitté brusquement ce landau pour fuir à cheval. Il est plus probable que l’Empereur a abandonné la « dormeuse » aujourd’hui détruite dans laquelle il devait normalement monter. Si les termes employés pour désigner les différentes voitures de voyage utilisées par Napoléon lui-même, berline, coupé, dormeuse, calèche, landau,… varient  suivant les documents contemporains, leurs numéros, leur prix d’achat suffit à les distinguer des simples « chaises, gondoles, batardelles, pourvoyeuses ou chariots… Si nombreux dans les équipages impériaux qui comptaient encore au 12 juillet 1815, 179 voitures auxquelles il faudrait ajouter les 43 voitures « sorties depuis le 20 mars [1815] », c’est-à-dire « prises à l’armée » ou « prises par les Prussiens à Versailles et à Saint-Cloud ». Le « landau en berline » pouvait d’ailleurs servir de « dormeuse » pour le voyageur placé à droite, grâce à un ingénieux dispositif. De par sa qualité et sa provenance, il mérite à coup sûr qu’un spécialiste lui consacre une étude technique détaillée. 

Gérard HUBERT,

Conservateur des Musées Nationaux, chargé du Musée de Malmaison.

  

 

 

 

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( 17 décembre, 2010 )

La demeure du Prince Roland BONAPARTE renaît de ses cendres…

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Le somptueux palace qui vient tout juste d’ouvrir des portes à Paris est un lieu historique. Il fut la demeure du prince Roland Bonaparte (1858-1924), fils du prince Pierre Bonaparte, petits-fils de Lucien Bonaparte, un des frères de Napoléon. Roland Bonaparte, lieutenant au 36ème régiment d’infanterie de ligne, épouse en novembre 1880 Marie-Félix Blanc, héritière de François blanc, fondateur du casino de Monte-Carlo. Deux ans après, naît sa fille Marie, qui deviendra une psychanalyste célèbre. L’épouse du Prince disparaît la même année, en septembre, victime d’une embolie. En 1886, une loi radiant de l’armée les princes des maisons ayant régné en France est votée. Le prince Roland Bonaparte quitte définitivement l’armée pour entreprendre de nombreux voyages dans le monde. Il commence à accumuler une importante documentation géographique, ethnologique et botanique. Notons que le Prince sera d’ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces disciplines. En 1891, il fait l’acquisition de terrain, avenue d’Iéna, à Paris, en surplomb de la rue Fresnel, sur une partie la colline de Chaillot et dominant la Seine.

L’avenue d’Iéna fut ouverte en 1858, en partie sur l’emplacement de la rue des Batailles (curieux hasard toponymique), voie principale de l’antique village de Chaillot.

C’est dans cette même rue, à l’emplacement du n°12 de l’avenue d’Iéna, qu’habita Balzac, en 1834. En 1892, l’architecte Ernest Janty commence les imposants travaux de la demeure du prince. Ils se poursuivront jusqu’en 1894. Cette même année le prince Roland et sa fille la princesse Marie emménagent dans cet endroit somptueux. Cette immense demeure, entretenue par un personnel composé de 30 personnes, comporte une importante bibliothèque, comprenant 6 kilomètres de rayonnages… 

En avril 1924, le prince Roland meurt dans ce même endroit. L’année suivante, sa fille Marie, devenue par son mariage en 1907, princesse de Grèce vend l’hôtel de l’avenue d’Iéna à la Compagnie financière du Canal de Suez. La bibliothèque du prince érudit est alors louée à la société de Géographie, dont il fut Président. 

Par la suite, dans les années 1926/1929, le corps de l’hôtel Roland Bonaparte sera surélevé de deux étages. Des appartements locatifs sont emménagés. Le peintre Jean-Gabriel Domergue (1889-1962) qui a commis avec talent quelques peintures légères,  en sera un des locataires. Quatre niveaux de garages seront crées sur la rue Fresnel. La cour de la bibliothèque sera transformée en salle de spectacle et les galeries du rez-de-chaussée en foyers. En 1944, l’immeuble est acquis par le Centre National du commerce Extérieur (CNCE), nouvellement créé. Cette institution deviendra par la suite le Centre Français du Commerce Extérieur (CFCE) et occupera les lieux jusqu’en 2004. En 1966 un sixième étage est ajouté au bâtiment. De 1983 à 1987, d’importants travaux de rénovations sont entrepris. 

Cet endroit, que j’ai eu l’occasion de visiter en 1992, contenait çà et là quelques rappels napoléoniens. Ici ce sont des abeilles dans une moulure, un plâtre superbe représentant Bonaparte à cheval franchissant le Saint-Bernard surmontait la cheminée de l’ancienne salle à manger princière, devenue le siège du très confidentiel « Club Carrefour Iéna International »…Il est à souligner que l’entier contenu de l’hôtel, formé par le mobilier, les tableaux, les livres de l’imposante bibliothèque, a été dispersé après la mort de Roland Bonaparte. 

Le groupe Shangri-La, qui n’a pas donné un nom très original à ce nouvel établissement  en le baptisant « Shangri-La Hôtel, Paris », n’oublie nullement que ce lieu fut construit pour un descendant du grand Napoléon, un prince lettré et cultivé.

Ainsi, la chambre la plus somptueuse porte le nom de « Suite Impériale » et occupe l’emplacement des appartements privés du Prince Roland Bonaparte. 

C.B.

Ici un article récent du « Parisien » (26 octobre 2010) sur cet endroit (400 personnes formeront le personnel de l’hôtel. Shangri-La a préféré donner la priorité à la qualité qu’à la quantité : 81 chambres (de 47m2 en moyenne) et 27 suites-de 50 à 300 m2- occupent les lieux) :

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75005/l-hotel-shangri-la-devoile-son-decor-de-futur-palace-26-10-2010-1123691.php 

Site institutionnel :

http://www.shangri-la.com/fr/property/paris/shangrila 

Illustrations: Portrait du prince Roland Bonaparte dans sa tenue de lieutenant au 36ème de ligne. Ce tableau d’Edouard Armand-Dumaresq ornait le trumeau de la cheminée de son cabinet de travail, avenue d’Iéna.

Une lettre du même en date du 20 octobre 1894. Elle porte les initiales « R.B. » [Roland Bonaparte] surmontées de la couronne princière et l’adresse « Paris, 10, avenue d’Iéna ».

 

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( 30 septembre, 2010 )

Petite visite de nuit aux Invalides…

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Hier soir, mercredi 29 septembre, avec deux amis, j’ai eu l’occasion d’effectuer une visite très privée du dôme des Invalides et du Caveau des gouverneurs. Il est environ 20h30 lorsque nous pénétrons sous le dôme. Ce qui est frappant c’est le silence qui règne sur cet endroit. Ce dernier nous paraît encore plus grand, vide de tout visiteur. Je lève les yeux et peux contempler la fresque magnifiquement illuminée (elle n’est éclairée que la nuit) du plafond; et là, devant moi, s’élève le tombeau de quartzite….

Petit moment d’émotion intérieure au cours duquel, nous nous retrouvons tous les 3, accompagnés de notre guide, face à la dernière demeure du Grand Homme… Que sommes-nous bien petits face à l’immensité de ce monument ! Personne ne prononce un mot. Mais il faut déjà quitter ce lieu unique pour partir en direction du Caveau…

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