( 19 février, 2018 )

Un méconnu. Nicolas Raoul…

Un méconnu. Nicolas Raoul… dans FIGURES D'EMPIRE grenadier-ile-delbe

Nicolas Raoul (1788-1850) à ne pas confondre avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris…

Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie  avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était «  arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

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( 13 février, 2018 )

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade…

« Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade, second fils du grand-duc Charles de Bade et de la comtesse de Hochberg, né le 8 avril 1792 à Karlsruhe, entré dans l’armée en 1805, colonel au quartier-général de Masséna (1809), commandant de la brigade badoise en Russie (1812), lieutenant-général en janvier 1813, capitule à Leipzig le 19 octobre, mais refuse de se joindre aux Alliés, prend part aux campagnes de 1814 et de 1815, reçoit le titre de margrave de Bade (4 octobre 1817), devient président de la première Chambre (1819), général en chef du corps d’armée badois (1825), renonce à ses fonctions après 1848, meurt le 11 octobre 1859. »

(Arthur Chuquet, « L’Alsace en 1814 », Plon, 1900, p.470.)

Le margrave de Bade a laissé des  « Mémoires » dont la partie sur la campagne de 1812 fut traduite en français et publiée par Arthur Chuquet en 1912 (chez Fontemoing et Cie). En 1812, Hochberg et ses 6000 badois sont intégrés au sein du 9ème corps d’armée (maréchal Victor). Ce témoignage a été réédité en 2009 par le Livre chez Vous sous le label « A la Librairie des Deux Empires ».

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( 11 février, 2018 )

A propos du capitaine Planat de la Faye…

Portrait de PlanatPlanat vers la fin de sa vie.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard: Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

C.B.

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( 8 février, 2018 )

Quelques personnages méconnus…

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Le retour de l’île Elbe est le prétexte d’évoquer ici plusieurs personnages ayant joué un rôle à l’île d’Elbe et après.

Commençons par Jean Dumoulin (1786-1856). « Il suivra l’Empereur jusqu’à Paris, jusqu’à Waterloo où un coup de sabre le rend à demi-sourd. Prisonnier quelque temps des anglais, il réussira à faire fortune à Londres puis à Amsterdam. Revenu en France, il s’établit à Paris où il essuie des revers… » (Sophie et Anthelme Troussier, « La Chevauchée héroïque du Retour de l’île d’Elbe », Grenoble, Imprimerie Allier, 1964, p.148). N’oublions pas son compère, un autre des partisans de l’Empereur : « Apollinaire Emery [1786-1821], alors âge de trente ans, né au Grand-Lemps (Isère), dans l’arrondissement de La Tour du Pin, avait, comme chirurgien de la Garde, suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Il accompagnait l’Empereur dans la marche sur Paris. Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur .Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter. Mais Emery se cacha et il avait eu le temps d’annoncer l’arrivée de Napoléon et de distribuer ses proclamations », écrit à son propos Arthur Chuquet dans ses « Lettres de 1815 » (Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). « L’Empereur avait, depuis quelques années, dans sa Garde, une jeune chirurgien de Grenoble (Emery), qui avait offert de suivre à l’île d’Elbe les compagnies accordées à Napoléon par le traité de 1814. Il avait quitté momentanément ces compagnies, à Lyon, pour venir à Grenoble prendre congé de ses parents et de ses amis. M. Emery mit à profit son séjour dans cette ville et y forma des liaisons avec quelques partisans déterminés de l’Empereur, entre autres avec un de ses confrères et un jeune gantier (Jean Dumoulin). On présume qu’ils se concertèrent pour établir entre eux une correspondance secrète et l’on assure que des paquets de gants de Grenoble transportaient périodiquement à Porto-Ferrajo [Portoferraio] des bulletins circonstanciés des bulletins sur l’état des choses et des esprits en France ». (J. Berriat de Saint-Prix, «Napoléon 1er à Grenoble. Histoire du 7 mars 1815 », Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, Libraire-Editeurs. Paris, Auguste Durand, Libraire de la Bibliothèque des Avocats, p.25). Sur ces deux personnages, il faut lire l’ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud, 1934).

Qui connaît Jean Sari (1792-1863) ? Aspirant de marine en 1814, Sari refuse de se rallier à la Première Restauration et gagne l’île d’Elbe. Napoléon le reçoit avec empressement. Il est nommé enseigne en second de l’Inconstant le 9 juillet 1814. Ayant fait preuve d’audace au cours du premier voyage que fit l’Empereur à l’île de la Pianosa, c’est lui qui tient la barre de l’Inconstant dans la nuit 26 février 1815. Sari devient commandant de ce même navire le 27 mai 1815. Rayé des cadres de la marine en juillet 1815, il est obligé de quitter la France. En 1818, Sari est envoyé par Madame Mère au service de Joseph Bonaparte, au États-Unis. Il sera à son service durant quinze ans. Il devient son intendant et effectue pour son compte plusieurs missions en Europe. Sari sera en relation avec le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, dans ses menées bonapartistes.

Honoré de Grimaldi (1778-1841), qui règnera en 1819 à Monaco, après la mort de son père, sous le nom d’Honoré V. Entre 1798 et 1809, il fut aide camp de Grouchy, puis de Murat. « Dans la soirée, le poste avancée du côté de Cannes arrêta un courrier qui fut amené au bivouac de l’Empereur. Cet homme fit connaître qu’il était au service du Prince de Monaco, dont il précédait la voiture et qu’antérieurement il avait postillon de l’impératrice Joséphine. Quelques gens des écuries le reconnurent pour tel. L’Empereur le questionna sur l’esprit public de la capitale, sur ce que l’on disait de lui, Napoléon, sur les Bourbons, etc. Sa Majesté parut assez satisfaite de ce lui répondit ce courrier ; elle congédia en lui disant de continuer sa route. Il allait à Monaco » (Mameluck Ali, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon 1er. Présentés et annotés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000, pp.91-92). « 2 mars [1815]. A minuit, le départ eut lieu. Cette première marche fut silencieuse. Nous nous trouvions lancés dans une entreprise très périlleuse. L’Empereur vit à la poste le prince de Monaco, lui fit beaucoup de questions et lui dit en partant : – « Venez-vous avec nous, Monaco ?… » (G. Peyrusse, « En suivant Napoléon. Mémoires… », Dijon, Cléa, 2009 p.359). « Vraisemblablement, le seul encouragement que Napoléon reçut à Cannes lui fut donné par le courrier du duc de Valentinois. Cet homme assura que la Provence une fois traversée, tout le monde serait pour l’Empereur. Le prince fut aussi amené au bivouac. « -Venez-vous avec nous, Monaco ? » demanda l’Empereur en riant. « -Mais, Sire, je vais chez moi. » « -Et moi aussi, « répondit Napoléon. » (Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.214). Chuquet a publié en 1913 dans sa revue « Feuilles d’Histoire » deux lettres inédites sur cet épisode.

André Pons de l’Hérault (1772-1853) prend la direction des mines de fer de l’île d’Elbe, dès son arrivée sur place le 16 octobre 1809. Républicain de la première heure, ayant croisé Bonaparte en 1793 à Toulon, il apprend à connaître l’Empereur durant son séjour elbois. Il en deviendra un des plus actifs partisans. Pons de l’Hérault suit le souverain lors de son retour en France et il est envoyé en mission par Napoléon auprès de Masséna (à Marseille), afin de le rallier à sa cause. Durant les Cent-Jours, Il est nommé préfet du Rhône. André Pons de l’Hérault a laissé un très précieux témoignage qui parut pour la première fois en 1897sous les auspices de Léon-G. Pélissier. Pons est également l’auteur d’un autre témoignage intitulé « Mémoire aux puissances alliées », qui sera publié en 1899.

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu’il n’est qu’un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout ; il est la risée de la cour où on l’appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

François Gatte (ou Gatti) (1789-1832) était pharmacien de l’hôpital militaire de Portoferraio. Reçu docteur en pharmacie à Paris, Gatte participe a partir de 1808 aux campagnes de l’Empire. A l’île d’Elbe il est en charge du personnel de la maison de l’Empereur. « C’est un homme sans instruction qui ne cherche même pas à se perfectionner. Il se contente de préparer le plus consciencieusement possible les ordonnances qu’on lui remet. Avec cela modeste et doué d’une nature aimable, complaisante. Il a le désir de plaire et est aimé de tout le monde, surtout de sa femme, la belle et vertueuse Bianchina Ninci qu’il a épousé le 28 octobre 1814 à l’île d’Elbe. Malgré son caractère facile, il se dispute violemment avec le médecin-chef [Foureau de Beauregard] et de nombreuses querelles s’élèvent entre eux. Napoléon est souvent obligé d’intervenir. »

Jules Loubers (1785-après 1840) commandait à l’île d’Elbe la 4ème compagnie de la Garde Impériale. Après un début dans les troupes italiennes, Loubers entre comme capitaine au 1er grenadiers à pied de la Garde Impériale. « Le capitaine Jules Loubert [Loubers] affectait les allures de ce qu’on appellerait une personne bien née ; ce qui n’est pas toujours la preuve d’une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert [Loubers] était « fils de famille », comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire ; il n’était pas aimé. L’Empereur le chargea d’aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert [Loubers] dansait parfaitement. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », pp.326-327).

Le commandant Anselme Malet (1779-1815) était chef d’état-major de la Garde à l’île d’Elbe. Il sera tué à Waterloo… André Pons de l’Hérault qui l’a côtoyé sur place, écrit dans ses « Souvenirs » qu’il « avait peu d’instruction, mais c’était une belle nature de soldat, de bon soldat, franc, loyal, dévoué, pouvant honorablement remplir sa tâche et la remplissant à la complète satisfaction de l’Empereur… ». Cet officier, blessé plusieurs fois, participa aux campagnes d’Italie, d’Égypte, de 1805/1807. On retrouve Malet en Espagne, puis plus tard en Autriche. Il est en Russie, en Allemagne et participe à la campagne de France. « Après avoir commandé le bataillon de la Garde Impériale ayant accompagné l’Empereur à l’île d’Elbe, il est promu major dans la Garde Impériale le 27 février 1815 à l’âge de 37 ans et 22 ans de service. Major du 3ème régiment de chasseurs à pied de la Garde Impériale le 13 avril 1815, il participe avec l’Armée du Nord à la campagne de Belgique et est blessé d’un coup de boulet à l’épaule gauche à la bataille de Waterloo, 18 juin 1815. Décédé aux ambulances de Charleroi des suites de ses blessures le 9 août 1815. » (B. Quintin, « Dictionnaire des colonels de Napoléon », SPM, 1996, pp.563-564).

Nicolas Raoul (1788-1850) que l’on ne confondra pas avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris. Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était « arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

C.B.

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( 3 février, 2018 )

Casimir Hégo et François Bessier, deux pharmaciens de la Grande-Armée…

Casimir Hégo et François Bessier, deux pharmaciens de la Grande-Armée… dans FIGURES D'EMPIRE 97-018506

Image d’illustration.

Casimir Hégo est né à Valenciennes le 4 mars 1767. Son père, Herménegilde-Joseph Hégo, né lui aussi à Valenciennes, le 20 octobre 1736, était maître-apothicaire dans cette ville. Il fit partie de l’armée de réserve en avril 1792 comme apothicaire-major et fut reçu membre du Conseil de Santé des Armées. Il avait été reçu membre du collège de Pharmacie de Paris par agrégation en avril 1795, en même temps que Vauquelin. Il est mort à son poste en juin 1795. Le fils, Casimir Hégo, était apothicaire sous-aide à Soissons le 1er septembre 1792 à l’armée de réserve où était son père, puis passa pharmacien de 2ème  classe à l’armée du Nord en 1795, puis pharmacien de 1ère clase à l’armée de Mayence en 1798. Il était au camp de Saint-Omer en 1803 et à l’armée expéditionnaire du camp de Boulogne en 1804, enfin, au Grand Quartier-Général de la Grande-Armée en 1805. Il mourut du typhus à l’hôpital de saint-Ulric, à Augsbourg, le 15 janvier 1805. « Généralement regretté pour la douceur des mœurs, pour son zèle et son exactitude au service ».

Coste qui fut médecin de l’armée de Rochambeau en Amérique, à dit de lui : « Le pharmacien de 1ère classe Hego, fils d’un de mes collègues du Conseil de Santé, a payé à Augsbourg, du prix de sa vie, le dévouement avec lequel il avait demandé à faire cette campagne. A l’époque où nous montrâmes nos canonnières à Boulogne, je n’avais pas consenti à ce qu’il fût de la traversée et mon honorable collègue Parmentier avait sanctionné cette défense. Plaignons la digne épouse  qui il a laissé pour tout bien deux enfants en bas âge.

Quant à Claude-Charles-François Bessier, il naquit le 31 mai 1761 à Falaise (Calvados). Voici ses états de service :

Pharmacien-élève à l’hôpital de Lyon le 2 juin 1792.

Passé à l’hôpital de Melun le 28 juin 1793.

Pharmacien de 2ème classe à l’armée des Pyrénées-Orientales le 24 ventôse an 2.

Employé à l’hôpital militaire de Montlibre le 15 ventôse an 4, à l’hôpital de Villefranche le 13 fructidor an 4.

Réformé (mesure générale) le 13 pluviôse en 5.

Remis en activité comme pharmacien de 2ème classe de l’armée du Danube le 12 floréal an 7, passé ensuite à celle du Rhin.

Réformé pour cause de surabondance le 14 floréal an 9.

Réemployé à l’armée de Saint-Domingue le 1er fructidor an 10.

Réformé le 30 fructidor an 12.

Pharmacien de 2ème classe au camp de Bret le 18 brumaire an 13.

Pharmacien-major à la Grande-Armée le 24 juin 1804.

Pharmacien-major disparu à Eylau en 1807.

F. RICHARD

(« Revue d’Histoire de la Pharmacie », n°149, 1956).

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( 31 janvier, 2018 )

JOMINI…

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Le général Antoine de Jomini (1779-1869), d’origine suisse, nommé chef d’état-major de Ney après la paix de Tilsitt, il participe à la campagne d’Espagne. Il connaîtra sur place une grave mésentente avec l’entourage du maréchal. Offensé, Jomini demande son congé et quitte l’armée. Rentré en Suisse il démissionne et offre ses services à l’empereur de Russie. Rappelé par Napoléon, il est nommé général de brigade. Après avoir participé à la campagne de Russie, il est en Saxe. S’opposant à Berthier qui gèle tout avancement de Jomini, et raye son nom du tableau des avancements. C’en est trop ! Jomini traverse les lignes le 14 août 1813 et passe à l’ennemi. Sur ce personnage intéressant, excellent « prévisionniste » stratégique, lire l’étude de J.-F. Baqué (« L’homme qui devinait Napoléon. Jomini », Perrin, 1994).

La photographie ci-dessus le représente vers la fin de sa vie.

C.B.

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( 30 janvier, 2018 )

Le comte Dorsenne…

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Né à Ardres (Pas-de-Calais) en 1773, Dorsenne partit comme volontaire en 1792 et fut bientôt élu capitaine. Après avoir fait avec distinction les campagnes de 1792, 93, celles de l’an II, III, IV et V, il fut nommé chef de bataillon sur le champ de bataille, le 3 germinal an V, et fit, dans ce grade, les campagnes de l’an VI, et de l’an VII en Egypte. Il y fut nommé chef de la 61ème demi-brigade en l’an VIII. Il revint en France après être resté encore en Egypte jusqu’à l’évacuation et fit les campagnes de l’an XII et XIII. Il fut nommé général de brigade le 14 nivôse an XIV après s’être signalé à Austerlitz. A Eylau, il repoussa l’ennemi à la tête d’un bataillon de la Garde. Colonel des grenadiers dela Garde en 1808, il passa avec eux en Espagne, puis revint à la Grande-Armée et se fit remarquer à Ratisbonne, puis à Essling, où il soutint par sa ferme attitude les efforts des Autrichiens, qu’il contint pendant que nos troupes rentraient à l’île Lobau. Il eut là deux chevaux tués sous lui et reçut à la tête, en tombant avec l’un d’eux, une contusion qui devait plus tard amener sa mort.

Après Wagram, il fut nommé général de division. Envoyé en Espagne avec 20.000 hommes de la Garde, il fut nommé, le 8 juillet 1811, commandant en chef de l’armée du Nord. Il fit reculer les Anglais, battit l’armée espagnole de Galice et rétablit l’ordre en Navarre et en Biscaye, mais depuis Essling, il ressentait des douleurs de tête qui, augmentant sans cesse, le contraignirent de rentrer en France, où il succomba, à Paris, le 24 juillet 1812, des suites de l’opération du trépan, à peine âgé de trente-neuf ans.

 G. COTTREAU 

Article paru en 1910 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

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( 26 janvier, 2018 )

A propos d’Amédée de Pastoret en 1812…

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Personnage quelque peu méconnu, Amédée de Pastoret (1791-1857), fut intendant de la Russie blanche. Il  n’avait eu que deux mois pour organiser cette province, délai manifestement trop court, quand il se vit entraîné dans les désastres de la Grande-Armée et réduit à tracer dans les boues et les neiges son douloureux itinéraire de Vitebsk à la Bérézina. Il assiste au dénouement du drame militaire le plus poignant que les annales du monde aient enregistré; il rejoint la Grande-Armée à ce moment tragique où, selon le mot de Ségur  « l’aspect de la carte devenait effrayant. » Les premières nuits de grand froid, en gelant des bivouacs entiers, ont frappé les troupes comme à coups de massue. Koutousov les talonne depuis Moscou. L’âge et le caractère de ce général rendent sa poursuite peu active, mais n’empêchent pas que Napoléon ne soit dans l’impossibilité de faire halte là où, par hasard, il pourrait reposer ses troupes et les nourrira Au moins Napoléon se rassure-t-il en voyant le Dnieper tout près de lui il compte s’arrêter de l’autre côté du fleuve et recueillir là les fruits de cette extrême prudence qu’il sait mêler à ses plus grandes témérités. La région entre le Dnieper et la Duna lui appartient Oudinot et Saint-Cyr à Polotsk, avec les 2ème  et 6ème  corps, Victor à Smolensk avec le 9ème, Schwarzenberg à Minsk avec les Autrichiens, la lui tiennent fermée; Macdonald resté de l’autre côté du Niémen avec le 10ème corps, Augereau à Berlin avec le 11ème, viendront l’y rejoindre. Telles sont ses espérances; dans le fait, son dispositif de sûreté est enfoncé depuis le jour même où il a quitté Moscou. Ce jour-là, 18 octobre 1812, Gouvion Saint-Cyr battu à Polotsk par la faute de Victor, qui ne l’a pas secouru, a perdu la lignezde la Duna ; il rétrograde avec Oudinot vers Sienno, où Victor vient tardivement le rejoindre, mais où il ne pourront se maintenir En même temps, Schwarzenberg, qui barrait jusque-là la route à l’armée de Tchitchagov, lui abandonne Minsk et se retire vers Varsovie, trahissant ainsi la première défection de son empereur à la cause de Napoléon; Tchitchagov se dirige vers Borisov, où il se propose de maîtriser les passages de la Bérézina. Koutousov à l’est, Wittgenstein au nord, Tchitchagov au sud-ouest, sont désormais aux trois sommets d’un triangle à l’intérieur duquel la Grande-Armée se trouve inscrite; ce triple coin s’enfonce dans la masse militaire française qui s’émiette et ne résiste plus.

Partout des retraites, des abandons, des capitulations depuis le 6 novembre 1812, jour au cours duquel il connu la conjuration de Malet, l’Empereur n’a reçu que de mauvaises nouvelles. D’abord le rapport de Gouvion Saint-Cyr, annonçant son revers de Polotsk, puis les courriers qui lui apprennent la porte de Minsk, la défection des Bavarois, désormais séparés de Gouvion Saint-Cyr et marchant par un itinéraire à eux, le pillage des magasins de Smolensk. Il est dans cette ville, qu’il faut maintenant quitter, qu’on ne quittera pas sans de nouveaux désastres, quand le jeune intendant de Pastoret s’en approche, croise des troupes du prince Eugène qui marchent vers Vitebsk et qu’il n’a pas qualité pour arrêter. Ces troupes ignorent encore l’événement dont Pastoret vient rendre compte Vitebsk pris, la mauvaise garnison de Berg, qui le défendait, prise elle-même, ou rejetée en désordre vers le gros du 9ème corps. Au cours de sa campagne de Russie, Amédée de Pastoret rencontrera plusieurs personnages célèbres (Berthier, Murat et l’Empereur en personne).

C.B.

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( 25 janvier, 2018 )

Benjamin Constant…

Benjamin Constant

« Suisse à la Jean-Jacques [Rousseau], coureur d’aventures galantes,  passant à l’amour orageux avec Mme de Staël au culte platonique avec Mme Récamier, transformant en épanchements littéraires les phases de sa vie intime, cœur et esprit mobiles, imprégné du scepticisme et de l’incrédulité du dix-huitième siècle ; c’est le type de l’incohérence. Ses variations politiques lui ont valu une place d’honneur dans le dictionnaire des girouettes. Il soutint d’abord le Directoire, puis accepta d’entrer au Tribunat. Ses relations avec Mme de Staël combinées avec des intrigues politiques l’obligèrent à demeurer à l’étranger pendant le temps de l’Empire. Rentré à Paris en 1814, il mène dans les « Débats » une violente campagne royaliste. Rien ne peut donner idée de la fureur avec laquelle il fonça sur l’Empereur, exilé inoffensif pour le moment. Il faut citer quelques phrases qui paraissent incroyables de la part d’un écrivain dont le talent n’était pas sans charme ni délicatesse.  On venait d’apprendre le débarquement de Napoléon à Cannes [Golfe-Juan]. Chacun à Paris pensait que c’était là une aventure de casse-cou, sans lendemain.

Benjamin Constant écrit :

« Nous subirons sous Bonaparte un gouvernement de mamelucks. C’est Attila, c’est Gengis-Khan, plus terrible et plus odieux. Il prépare les ressources de la civilisation pour régulariser le massacre et pour administrer le pillage. Une année du règne de Louis XVIII n’a pas fait répandre autant de larmes qu’un seul jour du règne de Bonaparte. Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre, couvrir l’infamie par le sophisme et balbutier des mots profanes pour racheter une vie honteuse. »

Cet article parut dans les « Débats » le 19 mars 1815. Le lendemain, Napoléon entrait aux Tuileries. Trois semaines plus tard, en avril, le « misérable transfuge » acceptait de l’Empereur une place de conseiller d’État. A cette absence de principes, Benjamin Constant ne joignait pas le courage. Quand il vit Napoléon à Paris, il se crut perdu. Il ne songea qu’à en finir avec la vie. Il se réfugia chez un ami et, déjà, il commença ses apprêts, certain qu’il ne ferait que devancer de quelques heures le châtiment. Une dépêche le mande aux tuileries, raconte Edgar Quinet. Il obéit, non sans crainte. Napoléon le reçoit d’un air riant. C’est à lui qu’il veut parler de liberté et de constitution ; c’est à  lui qu’il veut s’ouvrir.

« Et sachant qu’il s’adresse à un écrivain, c’est la liberté de la presse qu’il invoque. Il est pleinement converti sur ce point. L’interdire serait un acte de folie. Qu’au reste, Benjamin constant, lui apporte ses idées, ses vues ; il est  prêt à accepter ce qui est possible. Tout cela entremêlé de caresses et de sourires, comme en ont les maîtres du monde. Ces discours ne durèrent pas moins de deux heures. »

Benjamin constant se laissa facilement enguirlander. Pendant les quelques jours où Napoléon parut assuré sur le trône, il garda l’attitude du parfait courtisan. C’était, de part et d’autre, une comédie. Chacun savait qu’il reprendrait sa liberté et agirait selon sa vraie nature, dès que le spectacle aurait pris fin ; tout le monde, sauf peut-être Napoléon, savait qu’il serait de courte durée ! 

(A. PERIVIER, « Napoléon journaliste », Plon, 1918, pp.331-333.)

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Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830) a laissé des « Mémoires sur les Cent-Jours » (Pauvert, 1961), non dépourvus d’intérêt.

 

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( 19 janvier, 2018 )

Daru en 1812…

Daru, Intendant de la Grande Armée, ne fut pas seulement, dans la campagne de 1812, un grand travailleur, un laborieux administrateur ; il déploya la plus remarquable énergie. A Smolensk, au milieu de l’incendie qui menace sa maison, il prend soin de tout, et à minuit, malgré la fatigue et lorsqu’autour de lui Dumas, Kirgener, JDaru en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE Daruacqueminot, Beyle [Stendhal], harassés, d’endorment sur leur chaise, la fourchette à la main, Daru seul résiste au sommeil. Faut-il croire qu’il ait joué près de Napoléon le geôle de discoureur politique que lui prête Ségur. En tout cas, s’il a dit à l’Empereur que la guerre de 1812 n’était pas nationale, il a eu raison, et Gourgaud à tord de prétendre que cette guerre, à cause de la délivrance de la Pologne, était  plus nationale que toute autre, et, après la guerre de la limite du Rhin, la plus nationale qui pût être faite. Faut-il croire également qu’à la bataille de La Moskowa, il avertit l’Empereur que le moment était venu d’engager la réserve ? Gourgaud pense justement que Daru se serait bien gardé de conseiller à  Napoléon un mouvement militaire. Il eut, durant la retraite, le même courage que le comte de Narbonne-Lara. Sa voiture était la dernière des voitures de la maison impériale ; elle renfermait tous les papiers dela Chancellerie et les provisions destinées aux auditeurs qui s’écartaient du précieux véhicule le moins qu’ils pouvaient. Mais Daru n’occupa jamais sa voiture ; il chevauchait toujours à côté de l’Empereur. « Son esprit supérieur, dit un témoin, et son âme vigoureusement trempée lui conservaient l’attitude la plus calme, la plus noble, la plus imposante. » Stendhal n’écrit-il pas qu’il se conduit d’une manière très belle ?

Quels instants cruels il eut à passer lorsqu’à la veille du passage dela Bérézina, il brûla les papiers de l’Empereur ! « La journée de demain, dit-il alors, décidera de notre sort. Peut-être ne reverrai-je jamais la France, ni ma femme, ni mes enfants ; le sort du comte Piper m’attend ; j’irai mourir en Sibérie. » Mais, tout en faisant ces douloureuses réflexions, il montrait la même tranquillité, la même activité qu’auparavant. A Vilna, à Kowno, Daru seconda de tout son pouvoir Murat et Berthier. A Königsberg, il tâche de tout remettre en ordre ; une grande administration, comme il dit, est en ruine, et il faut la rétablir promptement, et que d’efforts continuels, et de mémoire et d’intelligence exige la perte de tous les papiers !

 Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.398)

 

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( 16 janvier, 2018 )

Louis-François Gille, un conscrit dans la campagne d’Espagne…

Gille

En avril 1807, alors qu’il ne se destine pas à une carrière militaire, Louis-François Gille est compris dans « la levée immédiate de la conscription de 1808 ». Après tirage au sort, et un ultime examen, en vain, auprès de plusieurs officiers de santé, le voici « Bon pour le service » ! Gille est tout d’abord fourrier, à la compagnie des voltigeurs du 6ème bataillon du 121ème régiment d’infanterie. Il se met en route pour Lille où se forme alors la 1ère Légion de réserve à laquelle il va désormais appartenir, reprenant peu de temps après ses fonctions de fourrier. Nous sommes en juin 1807. Quatre mois plus tard, le jeune soldat prend la direction de Bayonne où il arrive le 9 décembre. Gille pénètre en Espagne dans les derniers jours de l’année 1807. Il passe avec son régiment à Burgos, à Valladolid à Ségovie, puis à Madrid avant d’atteindre Aranjuez. Ces étapes donnent à l’auteur l’occasion de raconter de nombreuses anecdotes, et de faire partager au lecteur son quotidien. Il n’y a pas de temps mort dans ce témoignage. Gille, du haut de ses vingt ans note tout, et sait décrire le moindre incident, le moindre combat, le danger omniprésent ! Le 1er mai 1808 il est à Madrid et assiste au sanglant soulèvement qui marquera cette campagne. Le voici ensuite à Tolède, et à Manzanarès avant d’arriver dans les gorges de la Sierra-Morena. Puis c’est la bataille de Baylen à laquelle Gille consacre un long passage. Suite à la capitulation qui suit, l’auteur est expédié sur les sinistres pontons de Cadix avant d’être transféré dans l’île de Cabrera, lieu de déportation de tant de braves, magistral exemple de la cruauté des Espagnols pour leurs adversaires. Son récit passionnant s’achève après son transfert en Angleterre, au château de Porchester, en septembre 1810, afin d’y être enfermé. L’auteur ne revient en France que le 25 mai 1814 et passe au 31ème de ligne (le 26 août 1814).  Le 1er octobre 1815, il entre comme secrétaire des bureaux de l’administration à l’École royale militaire de Saint-Cyr qu’il quitte en 1828, avant de devenir magistrat à Paris; Gille occupera ces fonctions pendant trente ans, avant de s’éteindre le 2 décembre 1863, jour-anniversaire de la bataille d’Austerlitz…

Son témoignage fut publié la première fois en 1892, par son fils, Philippe Gille (1830-1901) qui fut rédacteur au « Figaro ». Ce livre connut à l’époque un certain succès [1].

C.B.


[1]. Première, deuxième et troisième éditions : Paris, Victor-Havard, Éditeur, 168, Boulevard Saint-Germain, 1892 ; quatrième édition, chez le même, en 1893. 

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( 11 janvier, 2018 )

Les maréchaux Marmont et Augereau en 1814…

Marmont

Maréchal Marmont.

Marmont et Augereau eurent un comportement plus que contestable en 1814…On peut leur ajouter les maréchaux Murat, Masséna et Soult ; sans parler de Fouché et de Talleyrand…

« Le 20 mars 1814, Augereau, l’ancien bretteur, jacobin fait duc avec un mot de Napoléon, Augereau avait livré Lyon à Bubna et Bianchi, qui firent leur entrée en vainqueurs dans cette ville consternée. Le lendemain 21, Bordeaux, par la trahison de son infâme maire, le comte de Lynch et de quelques misérables conseillers municipaux, ouvrait ses portes aux Anglais ; et, le 25, Raguse [Maréchal Marmont] et Trévise [Maréchal Mortier], des ducs [faits] par la grâce de Napoléon, fuyaient devant l’ennemi, après avoir vu se flétrir leurs blasons napoléoniens dans l’inconcevable déroute de La Ferté-Champenoise [Fère-Champenoise] ».

(J. Chautard, « L’Ile d’Elbe et les Cent-Jours. Livre de la démocratie napoléonienne », Paris, Ledoyen, Éditeur, 1851, p.50).

« Un soldat, devenu maréchal d’Empire [Augereau] avait livré Lyon et son armée ; un autre soldat [Marmont], parvenu au même grade, après avoir abandonné Paris à l’Europe en armes, pour accélérer la paix du monde, pour le bonheur de la France et du monde entier, traversait les lignes des alliés avec sa division, qui ne pouvait le soupçonner de félonie. Abandonnant celui qui l’avait toujours traité come un ami fidèle, laissant un des flancs de l’armée sans défense, il osait encore stipuler pour la vie et la liberté de son général, de son Empereur »

(A.D.B. M*** [Monnier], lieutenant de grenadiers, « Une année de la vie de l’empereur Napoléon… », Paris, chez Alexis Emery, Libraire, 1815, pp.6-7).

Augereau

Maréchal Augereau.

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( 7 janvier, 2018 )

Le général Razout en 1812…

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Le général Louis-Nicolas Razout [Général de brigade le 14 février 1807, et de division, le 31 juillet 1811 ; baron de l’Empire, le 29 septembre 1809] commandait la 2ème division du 3ème corps d’armée sous les ordres du maréchal Ney. Il avait la vue basse, il ne distinguait rien de ce qui se passait tout près de lui et il devait s’en rapporter à ceux qui l’entouraient. De là, dans ses ordres et dispositions une incertitude perpétuelle. De là, durant la retraite, à Dorogobouje, l’indécision qu’il montra lorsque il se vit enfermé dans la cour du château presque cerné par l’ennemi ; de là, les reproches qu’il reçut du maréchal Ney. Mais il fut blessé à Krasnoïé, il continua à commander sa malheureuse division qui ne formait plus, le 28 novembre 1812, au passage de la Bérézina, qu’un demi-bataillon, et sous le première Restauration, Ney lui donnait cette attestation honorable :

Paris, 13 juin 1814.

Je n’ai que des éloges à donner à M. le lieutenant-général Razout qui a montré le plus grand dévouement dans la campagne de Moscou qu’il a faite sous mes ordres et où il a été blessé : je verrais avec une bien grande satisfaction que S.E. le Ministre de la Guerre voulût employer ce brave officier général, ainsi que le méritent ses anciens et bons services. 

 NEY. 

Extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1812. 1ère série [seule parue] », Paris, Champion, 1911, pp.204-205. 

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( 6 janvier, 2018 )

Le Père Brassart…

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( 3 janvier, 2018 )

Le capitaine Guingret et son témoignage…

Image d'illustration

Image d’illustration.

Pierre-François Guingret, (1784-1845), s’enrôle au début de l’année 1803, à l’âge de dix-huit ans, dans le 6ème régiment d’artillerie des côtes de l’Océan. L’année suivante, il entre comme élève à l’École polytechnique, d’où il sort en 1806, avant d’être envoyé à la Grande Armée. Sous-lieutenant le 10 octobre de la même année, au 69ème de ligne, Guingret participe aux campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807). De 1808 à 1813, il est en Espagne et au Portugal. A Burgos, le 13 novembre 1808 lors d’une revue, Guingret est nommé lieutenant; puis capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811. Son récit, qui concerne la campagne du Portugal fut publié la première fois en 1817 [1].

« Cette relation est extraite des notes que je prenais après chaque marche, après chaque combat, quelquefois même pendant le cours de l’action, lorsque le corps dont je faisais partie n’était point engagé ». Il participe notamment au siège d’Almeida (qui se déroule du 25 juillet au 28 août 1810), à la bataille de Busaco, le 27 septembre de cette même année. « Masséna encourageait les régiments qui défilaient devant lui, en excitant les soldats par ses discours » écrit Guingret. Il est présent également au siège de Badajoz au printemps 1811, point stratégique situé en Espagne à proximité de la frontière portugaise, puis au combat de Fuentes de Onoro (en Espagne du 3 au 5 mai 1811). L’auteur est nommé capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Dans ses souvenirs, le capitaine Guingret évoque la difficulté du  ravitaillement durant cette campagne difficile : « Nos maraudeurs avaient beau s’étendre jusqu’à quinze ou vingt lieues sur les derrières ou sur les flancs de l’armée, ils ne rapportaient plus que très peu de choses »; et même quelques faits méconnus : « Une circonstance bien particulière de cette guerre, et dont on n’a jamais parlé, est qu’on a porté le dérèglement jusqu’à vendre des femmes ! On en a troqué pour des comestibles et pour des chevaux de main ». Et ajoute : « Dans les combats, l’impulsion, bonne ou mauvaise, produit l’effet d’une masse de neige que l’ouragan détache du sommet d’une montagne : elle se grossit en roulant de sa chute accélérée, et elle forme enfin l’avalanche dont le poids énorme renverse les arbres les plus vigoureux. Ainsi l’élan du courage se communique rapidement de proche en proche, il pénètre à la fois tous les rangs d’une force à laquelle rien ne peut résister ».

Le 30 octobre 1812, alors qu’il est capitaine au 6ème léger, il propose, commande, et effectue le passage du Douro devant Tordesillas, en face d’une colonne anglaise et sous un feu meurtrier. Le vaillant capitaine passe le fleuve, le sabre aux dents, à la tête des troupes électrisées par son exemple, et fait déposer les armes à la garnison de la tour, dont la fusillade empêchait le rétablissement du pont. Le 11 mai 1813, à l’assaut de Castro-Urdiales, Guingret aborde avec intrépidité la brèche, pénètre le premier dans le fort, au moyen d’une échelle, par une embrasure, et suivi de ses voltigeurs aussi braves que leur chef, fond à l’arme blanche sur la garnison, la fait prisonnière et se rend maître de la place. L’illustre Foy, son général divisionnaire, lui donne à cette occasion des éloges publics.

Quelques jours plus tard, près de Lequeytio, il attaque avec deux compagnies d’élite le bataillon d’Artola, le culbute et le détruit entièrement; il lui prend 300 hommes, dont 20 officiers; les autres ayant été tués ou noyés, sans qu’un seul soit parvenu à se sauver. Le bouillant officier se fait remarquer le 25 juillet 1813, en enlevant à la baïonnette la position retranchée d’Achistoÿ, défendue par un régiment anglais. Quelques jours auparavant, Guingret avait été nommé chef de bataillon par le maréchal Soult, commandant en chef de l’armée du Portugal.

C.B.

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État des services de Pierre-François GUINGRET

[Né le 24 mars 1784, à Valognes (Manche).

Mort en janvier 1845 à Paris]

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Source : Base « Léonore » de la Légion d’honneur,

Dossier LH/1245/28.  

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Services.

Enrôlé volontaire dans le 6ème régiment d’artillerie le 5 ventôse an 11. Reçu par examen à l’École Polytechnique le 4ème de la promotion, le 28 brumaire an 13.

Sous-lieutenant par décret en date du 10 octobre 1806.

Lieutenant à la revue de Burgos le 13 novembre 1808.

[Chevalier de la Légion d’honneur le 6 août 1810.]

Capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Nommé chef de bataillon par Son Excellence le général en chef de l’armée du Portugal, le 5 juillet 1813. Et confirmé dans ce grade par décret pour prendre rang du jour même de sa nomination provisoire. Officier de la Légion d’honneur le 25 novembre 1813. Décoré du Lys le 17 juillet 1814.

 A la réorganisation de l’armée d’après l’ordonnance royale, le 69ème  régiment ayant formé le noyau du 64ème régiment organisé le 6 septembre 1814, Mr Guingret fut conservé en activité et eut le commandement du 1er bataillon du 64ème, lequel reprit depuis le n°69.

 

Campagnes, blessures & actions.

A fait les campagnes des ans 12, 13, sur les côtes de l’Océan; 1806, 1807, en Prusse et en Pologne; 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, en Espagne et au Portugal; 1814, dans les Pyrénées.

-A fait les sièges de Rodrigo et d’Almeida en 1810, et celui de Castro en 1813.

-Blessé à la bataille de Friedland d’un éclat d’obus à la cuisse droite.

-Blessé à la bataille de Busaco, d’un coup de feu dans le col et de plusieurs éclats de mitraille.

-Blessé à l’affaire de Fuentes de Onoro, d’un coup de feu à la jambe droite.

-Blessé d’un coup de feu à la jambe gauche à l’enlèvement de la montagne d’Aïnoha.

 Actions.

 Le 2 mars 1809, Mr Guingret, à la tête de 50 tirailleurs enleva sur le chemin de La Corogne, une pièce de canon défendue par plus de 200 Espagnols. Le 13 avril 1809, il a franchi le premier le pont de San-Payo qui était barricadé et fortifié par une batterie de 8 pièces de canon; il tua un canonnier au moment où il mettait le feu à la pièce, et détermina par son élan l’enlèvement du pont, la prise des 8 pièces, et la défaite totale de l’ennemi. Le 27 septembre 1810, il combattit à Busaco quoiqu’il ait déjà l’épaule traversée d’une balle et il reçut plusieurs nouvelles blessures dans l’action. Le 30 septembre 1812, Mr Guingret fut mis à l’ordre de l’armée pour la conduite qu’il tint dans la surprise de Poza, où commandant l’avant-garde, il se précipita sur une masse de 500 ennemis qui furent tous pris où passés à la baïonnette. Le 30 octobre 1812, mis à l’ordre de l’armée pour avoir proposé, dirigé et commandé le passage du Douro à la nage, par un froid rigoureux devant Tordesillas, en face d’une colonne ennemie, et dans le feu le  plus vif de l’ennemi, il passa le sabre aux dents à la tête d’hommes résolus et fit prisonnière la garnison de la tour, qui du bord opposé, défendait le rétablissement du pont. Les journaux rapportèrent ce fait. Le 11 mars 1813, à l’assaut de Castro, il franchit la brèche des premiers ; et de son chef, pénètre dans le fort qui servait de réduit à l’ennemi; au moyen d’échelles, il passa le premier par une embrasure et suivi de la compagnie de voltigeurs, il égorge la garnison du fort et s’en rendit maître. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de ce fait. Le 30 mai [1813] prit Lequeytio avec deux compagnies d’élite, il attaqua et défit  les bataillons d’Artola, auxquels il prit 300 hommes dont 20 officiers ; le reste de ce bataillon fut presque tout tué ou noyé. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de cette affaire. Le 25 juillet [1813], avec son bataillon, il enleva la position d’Achistoÿ défendue par un régiment anglais. On l’aborda et l’on combattit à la baïonnette. Le duc de Dalmatie [maréchal Soult] dans son rapport, loua la conduite du bataillon qu’il commandait. Le général de division Foy ayant été blessé au commencement de la bataille d’Orthez, Mr Guingret prit le commandement de la 1ère brigade et l’ayant conservé jusqu’au 22 mars [1814], il la conduit plusieurs fois à l’ennemi dans cet intervalle.

Certifié par nous, membres du Conseil d’administration de l’ex-69ème régiment de ligne. A Chauvigny, le 16 novembre 1815.

Signés : d’HERVÉ, colonel; VINCENT, major; GUINGRET, chef de bataillon; GINOUX, capitaine.

 Vu par nous, sous-inspecteur aux revues, adjoint, LATOUR.

Et après l’Empire…

Pierre-François Guingret est nommé lieutenant-colonel du 33ème de ligne, le 19 mars 1823 et participe à la campagne d’Espagne qui se déroula cette même année. En 1837, nous le retrouvons comme colonel du 51ème de ligne. Il est expédié à la Guadeloupe et y passe trois années. Il doit faire face à un soulèvement des habitants et se refuse à employer la force. C’est par le dialogue qu’il calme la révolte. Pour cet acte de courage, Guingret reçoit la croix de Commandeur de la Légion d’honneur. Élevé au grade de maréchal-de-camp le 11 novembre 1837, il passe l’année suivante en Algérie où il reste quatre ans. Il commande ensuite à Paris une brigade d’infanterie, avec le grade de général. C’est à ce poste qu’il s’éteint en janvier 1845; la date exacte ne nous est pas connue. Ses obsèques sont célébrées à l’église Saint-Pierre du Gros-Caillou le 14 janvier 1845, en présence d’une foule nombreuse. Il repose au cimetière du Montparnasse, à Paris.

 


[1] A Limoges, chez Bargeas, Imprimeur-Libraire, rue Ferrerie, mai 1817.

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( 2 janvier, 2018 )

Le mameluck Roustam…

Ce portrait figure en tête des Mémoires inédits de Roustam qu’a publiés la « Revue Rétrospective » (de janvier à juin 1888) ; c’est un peu grâce à ces Mémoires que nous avons connu la carrière accidentée du fameux mameluck ; par malheur, l’auteur s’éternise en une infinité de détails inutiles, mas, à vrai dire, ces souvenirs n’étaient point destinés à la publication, leur auteur les ayant  modestement intitulés ; « La vie privée de sier [sic] R. R…[Roustam Raza] jusqu’à 1814 [sic] »Le mameluck Roustam… dans FIGURES D'EMPIRE Roustam-224x300 Il suffira de savoir que quelques jours avant son départ d’Egypte, le général Bonaparte reçut ne présent du cheik El Bacri deux de ses meilleurs mamelucks. Napoléon garda Roustan et donna Ali à Joséphine [celui-ci finira par être renvoyé et remplacé par un « faux » mameluck, Louis-Etienne Saint-Denis, né à Versailles, auquel l’Empereur donnera le même nom d’Ali]. Dès ce moment, Roustan suis partout son maître. Fiancé à la fille d’un des valets de chambre de l’Impératrice peu de temps avant le départ pour ma campagne d’Austerlitz, Roustam revient aux Tuileries le 26 janvier 1806. Le 12 février, l’on festoie dans un cabaret à la mode ; les agapes sont joyeuses et copieuses, l’addition que règle l’Empereur se chiffre par une dépense de 1,341 fr. Trois jours après, notre « gros garçon », comme l’appelle familièrement Napoléon, devient l’époux légitime de Mlle Douville, comptant seize printemps. D’après les dires du narrateur, le maître appose sa signature sur le contrat, assertion que pourront vérifier les amateurs en consultant le minutier du successeur de maître Foucher.

Avant la fin de l’année, Mme Roustam donne un héritier à son mari er, par une missive de la belle-mère, l’heureux père est informé de la nouvelle sur le champ de bataille même de Pułtusk. Tout ému, Roustam saisit la première occasion pour faire part au maître de la venue au monde du jeune Achille.-« C’est bien, réponde le grand conquérant, j’ai un mameluck de plus ; il te remplacera, je l’espère. »

Jusqu’à la veille de l’abdication, il n’est point malaisé de suivre pas à  pas notre Géorgien. Puis, il s’embrouille en racontant son séjour de deux mois à Dreux qu’il attribue aux vexations de la police royale ; en tout cas, il ne précise ni la cause ni les motifs de sa brusque disparition. A différentes reprises, Roustam avait reçu de l’Empereur des sommes relativement importantes, ce qui avait fait croire qu’il devait être à son aise. Sous la Restauration toutefois, l’ancien mameluck menait une existence très retirée et fort modeste, habitant la rue Saint-Martin,  n°228, à Paris, un appartement de 428 fr. de loyer. Il n’en fut pas moins étroitement surveillé ; un rapport de police le représente « homme tout à fait inabordable, menant en apparence une vie retirée, très méfiant, froid, peu communicatif, à peine  connu de ses voisins » ? En apparence, parce que les fréquents voyages à Londres de Roustam, avaient éveillé de nouveaux soupçons, lesquels, d’ailleurs, tombèrent dès que es véritables motifs de ces déplacements furent connues ; engagé par quelque barnum britannique, Roustam traversait le détroit pour se produire, revêtu des riches atours orientaux de sa splendeur passée, devant l’aristocratie anglaise et les badauds londoniens. Ces exhibitions, sans doute lucratives, n’eurent qu’un temps. En 1831, Louis-Philippe donna à Mme Roustam une petite situation à la poste aux lettres de Dourdan. Son mari et elle vécurent dès lors dans cette petite ville, entourés de leurs deux filles. Il fallut l’imposante cérémonie du 15 décembre 1840 pour arracher Roustam à sa paisible retraite. Ne devait-il pas d’ailleurs ce dernier et bien tardif tribut de reconnaissance à la mémoire de celui qui l’avait tiré de l’esclavage ?

Cinq ans plus tard, presque jour pour jour, Roustam mourait. Le document suivant précise la date de l’événement : « le sept décembre mil huit cent quarante-cinq, à cinq heures et demie du matin, est décédé Roustan [Roustam] Raza, ancien mameluck de l’empereur Napoléon, né à Tiflis, en Géorgie, âgé de soixante-quatre ans, demeurant à Dourdan, fils de… et de …, époux d’Alexandrine-Marie-Marguerite Douville.»

Extrait du « Carnet de la Sabretache », 1900.

———

En complément…

Au sujet de son témoignage. Les «Souvenirs » de Roustam parurent la première fois en volume en 1911, à l’initiative de Paul Cottin et de Georges Bertin, chez P. Ollendorff. Cette édition fut préfacée par Frédéric Masson. Ce récit a été réédité en 2010 par les Editions Jourdan (à Bruxelles, Belgique). Le témoignage qu’a laissé Roustam est très décevant et mal écrit. Lire aussi l’ouvrage d’Hector Fleischmann, « Roustam, mameluck de Napoléon «  (Albert Méricant, s.d. [vers 1910]). Ce livre contient une autre version du témoignage de Roustam.

Bonus… Découvrez (ou redécouvrez) l’interview posthume de Roustam :

http://napoleon1er.perso.neuf.fr/Roustam.html

Le 9 juin 2007, une cérémonie a eu lieu à Dourdan (Essonne) à l’occasion de la restauration de la tombe du célèbre mameluck.

Visionnez le reportage :

http://www.napoleon1er.org/galerie/thumbnails.php?album=47

 

 

 

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( 31 décembre, 2017 )

Le baron Larrey…

Larrey

D.-J. LARREY (1766-1842), Docteur en Chirurgie et en Médecine, Premier Chirurgien de la Garde et de l’Hôpital de la Garde de S.M.I.et R, Commandant de la Légion d’Honneur, Chevalier de la Couronne de Fer, Inspecteur Général du Service de Santé des Armées, Professeur à l’Hôpital Militaire d’Instruction du Val de Grâce, Membre de l’Institut, de celui d’Égypte, de la Société de la Faculté de Médecine de Paris. Associé correspondant des Facultés de Montpellier, Toulouse, Bruxelles, de l’Académie Impériale Joséphine de Vienne, Madrid, Turin, Naples, Munich, et Iéna. Il a été créé Baron d’Empire le 31 janvier 1810.

Né à Beaudéan, près de Bagnères dans le comté de Bigorre, il est issu d’une modeste famille pyrénéenne, fils d’un cordonnier de village, éduqué par l’abbé Grasset jusqu’à 12 ans. Jean Dominique Larrey était fier de sa longue chevelure bouclée et sa petite et robuste taille lui valut le surnom de  » Hercule basset  » qui rendit populaire sa silhouette. Son apprentissage médical s’est déroulé près de son oncle Alexis à l’hôpital St. Joseph de la Grave, vieil hôpital toulousain, en 1780. Puis, Chirurgien de la Marine, il fait campagne à bord de la Vigilante, et compléta ses études sous la direction de Dessault. Nommé aide-major principal après la prise de Mayence par Custine, il put rendre service à Houchard encerclé. Ce fut la première fois qu’un médecin se trouva dans la mêlée et le Service de Santé ne sera plus considéré comme le refuge des « planqués ». Cependant, il sera toujours en butte à l’autorité stérilisante des Commissaires-Ordonnateurs et des Intendants Généraux ainsi que de la toute-puissante Administration de la guerre. Pour protéger ses blessés et ses services il mènera jusqu’à sa mort des guérillas et des batailles contre cette Administration. Cela n’empêche pas qu’il soit nommé Chirurgien en Chef à l’Armée de Corse, ensuite en Espagne et en Italie. Il suivit, malgré son récent mariage, la fortune du premier Consul dans l’expédition d’Égypte dont il improvisa le personnel médical et le matériel d’ambulance qui ne le suivit pas : il utilisa alors un moyen du pays : le chameau pour le transport des blessés et il raconte le fait dans ses Mémoires

 » Je fis construire cent paniers (sans doute en osier souple), deux par chameau, disposés en forme de berceau que l’animal portait de chaque côté de sa bosse, suspendus par des courroies élastiques au moyen d’une prolonge à bascule : ils pouvaient porter un blessé couché dans toute sa longueur. « 

De retour en France, il devint, en 1796, le premier Professeur titulaire de la chaire d’Anatomie et de Chirurgie Militaire. Dans ses fonctions, il inventa, entre autres, la ligature des vaisseaux sanguins. Il dut abandonner son poste l’année suivante pour rejoindre l’Armée d’Italie, et au retour, il reprend sa fonction au Val de Grâce. Il fut promu alors Chirurgien en Chef de la Garde Consulaire et Officier de la Légion d’Honneur à la création de l’Ordre.

De Boulogne à Waterloo, Larrey ne quittera plus l’Empereur, utilisant la confiance que lui accordait Napoléon, pour la mettre au profit des soins aux blessés. Chirurgien-soldat hors pair, il est partout, voit tout, connaît tout et prévoit tout. Les soldats l’appellent leur  » Providence ».

Le voici soignant le général Comte Morand : il porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu à parements écarlates, gilet écarlate, bottes noires à parements. On voit à côté de lui ses instruments personnels et les pansements nécessaires pour donner les premiers soins. Il eut le titre de Chirurgien en Chef de la Garde Impériale. Cette fonction représente la participation à 25 campagnes, 60 batailles rangées et 400 combats. C’est au cours de la campagne de Russie qu’il devint Chirurgien en Chef de la Grande Armée. Il faillit y rester pendant le passage de la Bérézina, et relate dans ses Mémoires les faits suivants :

 » J’étais près de mourir quand je fus heureusement reconnu. Mon nom fut prononcé. Aussitôt les regards se tournent vers moi puis chacun s’empresse de m’aider… C’est aux soldats que je dois mon existence… Chacun me faisait place et j’étais aussitôt entouré de paille et de leurs vêtements. »

On peut ajouter qu’à la Moskowa, en deux fois 24 heures, il pratiqua, seul, 200 amputations dont 11 désarticulations de l’épaule avec 75% de succès, aidé par l’environnement glacé, servant d’anesthésique.

Revenons en arrière, c’est alors qu’étant parti comme aide-major, en 1792, à l’Armée du Rhin, il eut un éclair de génie au cours de cette campagne, en Franconie, sous les ordres de Houchard En effet c’est en regardant à la lorgnette évoluer des batteries d’artillerie volante, qu’il eut l’idée de les transformer et de concevoir les « Ambulances Volantes  » capables de suivre les combattants et de les secourir jusqu’au cœur de la bataille. Il présenta son plan à Houchard et devint ainsi l’inventeur des ambulances volantes. C’est le but de mon propos sur ces dernières qui virent le jour, sur le papier, en 1792 et réalisée seulement en 1797 pour l’Armée d’Italie, qui sauvèrent, parmi tous les blessés, bien des gueules cassées. Dans ce projet, l’équipe sanitaire se compose alors d’un Chirurgien-Chef, de 2 assistants, et d’un infirmier. Ils seront montés et les fontes des chevaux porteront des pansements et des instruments de première urgence. Le Commissaire Villemanzy, consulté par Houchard, donne son accord et en quelques semaines, les premières « ambulances volantes » furent mises au point, ce qui ne manque pas de le faire remarquer par Bonaparte. Il faut citer aussi Heurteloup et le Baron Percy, qui pensent au même problème que Larrey, mais Percy le résout d’une autre manière en inventant le  » Wurtz  » : caisson ordinaire, difficile à conduire et insuffisant dans les grandes occasions et les chirurgiens étaient difficiles à remplacer. On dut y renoncer. Il faut rappeler qu’à la fin de la Monarchie et sous la Révolution, le Service de Santé est considéré par le Commandement comme une organisation très accessoire, ce dernier étant orienté vers le combat avec peu de soucis pour les pertes humaines. Pourtant, certaines personnes pensèrent donner au Service de Santé une structure, des moyens et des modes de fonctionnement dans le but d’aller récupérer les blessés sur le champ de bataille, afin de les acheminer vers des centres de traitement susceptibles de leur donner des soins plus efficaces. Ces idées furent loin d’être appliquées et en 1792, le règlement des Hôpitaux ambulants qui suivent les colonnes est le suivant : les hommes et les chevaux sont mis à la disposition par l’entrepreneur de charrois ou de la régie pour être affectés à ce service. Les caissons attelés de 4 chevaux sont recouverts d’une toile enduite et sur les caisses sont inscrits les mots :  » Hôpital ambulant N°.. « , qui restait à une lieue de l’Armée.

Un nouveau règlement est édité sous le Directoire, le 20 Thermidor An VI (7 août 1798) qui modifie la couleur de l’uniforme lequel sera  » bleu national piqué de blanc sur le rapport d’un trente deuxième. » Cette couleur fut changée en  » bleu barbeau » par le règlement du 1er Vendémiaire An XII (24 septembre 1803). La couleur distinctive des chirurgiens devient l’écarlate, mais cette décision semble être restée lettre morte car elle ne fut pas suivie en pratique. Cependant l’organisation du Service de Santé reconnaissait le personnel par une couleur distinctive : noire pour les médecins, cramoisi pour les chirurgiens et vert pour les pharmaciens. La couleur de l’uniforme resta gris bleu et les revers croisés se portent rabattus en laissant voir le gilet tantôt gris, blanc ou écarlate. Le haut du collet avait des broderies différenciées et ils ont tous droit au port de l’épée. On peut ajouter que les Officiers de Santé attachés au régiment, portent le plus souvent l’uniforme du régiment avec la couleur de leur spécialité et les marques de leur classe au collet.

Le nombre de chirurgiens des corps est de 1000 au début de l’Empire, il passera à plus de 2000 par la suite. Seule la formation de la Garde Impériale comporte des médecins et des chirurgiens dignes de ce nom disposant d’ambulances, de caissons et de matériel, et accompagnés d’infirmiers… Dans la Garde, ils ont en outre l’aiguillette or à l’épaule droite. On constate surtout entre 1804 et 1815 cette différenciation de plus en plus marquée entre les uniformes de la Garde et ceux de la Ligne par le rapprochement de leurs tenues avec celles portées par les combattants. Ce qui aboutit à l’abandon progressif du bleu barbeau.

Le Service des ambulances

Le service était organisé en 3 divisions. Chacune d’elles comprenait 8 à 12 ambulances légères à 2 roues et 4 ambulances lourdes à 4 roues tirées par 4 chevaux, et 2 fourgons contenant pansements et instruments. Ces groupes mobiles sont complétés par une ambulance sédentaire et 2 hôpitaux temporaires, il faut dire que seule la Garde possédait une telle organisation. Chaque ambulance est placée sous la direction d’un Chirurgien de 1ère classe assisté par 6 chirurgiens de seconde classe, 2 pharmaciens et 8 infirmiers. En 1806, Napoléon, par un décret du 1er mai, grâce à l’action conjuguée de Larrey et de Percy, crée 5 compagnies d’ouvriers d’administration comprenant 100 infirmiers.

Ces derniers sont au service des Ambulances. Vêtus de gris jusqu’à ce qu’en 1809 on leur donne un uniforme de coupe militaire. Ils sont alors formés en 10 compagnies de 125 hommes. Ils portent un chapeau noir, puis un shako noir sans cordon, à plaque de cuivre jaune avec le N° de la compagnie, veste blanche, culottes blanches, guêtres et chaussures noires. Leurs grades sont : Centenier, commandant de compagnie, Sous-Centenier et Sergent-major. Sergent et caporal. En 1812, le nouveau règlement leur donne la poche en long, supprime le fusil, et la giberne est remplacée par un sac à compartiments pour contenir les objets de 1er secours pour les blessés. Ils ont également une tenue de travail. (bonnet de police et tablier). Ils sont encadrés par les Médecins, les Chirurgiens et les Pharmaciens de 1ère, de 2ème ou 3ème classe et détachés suivant leur classe auprès des Etats-Majors, des Régiments, des Ambulances ou des Hôpitaux Militaires. La Garde possédait un Service de Santé particulièrement bien organisé, en raison de l’attention spéciale qu’accordait l’Empereur à Larrey. Larrey avait alors divisé son ambulance volante en 3 divisions comprenant chacune 75 infirmiers à pied, 36 infirmiers à cheval et 60 conducteurs.

On distingue deux types de voitures : La voiture légère à deux roues qui peut être attelée de trois façons différentes :

1. Un cheval entre les brancards

2.  de chaque côté du timon : un en porteur et un en sous-verge, le cheval porteur peut être attelé à hauteur du limonier, les traits bouclés à un palonnier suspendu au brancard gauche de la voiture

3.  le cheval porteur en flèche. Son collier est alors relié par des traits en corde à l’extrémité des brancards de la voiture et le harnais ne comporte pas d’avaloir. La voiture est une caisse dont les quatre angles inférieurs sont suspendus par de fortes courroies de cuir à quatre ressorts de fer. Les chevaux porteurs sont montés par les conducteurs. La voiture a 4 roues, destinée surtout au pays de montagne, dont la caisse est un peu plus longue et qui est généralement attelée de 4 chevaux, parfois 6 chevaux en cas de difficulté de terrain. Certaines voitures, attelées à grandes guides, étaient conduites par un militaire, juché au devant de la caisse. Les deux chevaux de derrière étaient attelés de chaque côté du timon de l’avant-train; le cheval porteur à gauche, le sous-verge à droite. En plus de leur rôle de traction et de retenue, ils dirigeaient l’avant-train ; ils étaient reliés à l’anneau d’attelage du timon par des chaînes engagées dans la plate-longe. Les deux chevaux de devant étaient attelés au bout du timon par des palonniers reliés au porte-palonnier de volée, cheval porteur à gauche et sous-verge à droite. Les chevaux porteurs servaient de montures aux conducteurs. Celui de sous-verge comprend : licol avec longe, bride de cavalerie, collier, une paire de traits, fourreau de traits, sous-ventrières, la croupière, rênes de filet tenues par le conducteur. Pour les chevaux de devant, le harnais est le même que pour les chevaux de derrière, sauf l’avaloir et la plate-longe qui sont remplacés par un surdos recouvert d’une sellette en cuir de vache.

Toutes ces voitures étaient peintes en gris, ocre clair ou en vert olive, les parois intérieures restant en bois naturel. Toutes les ferrures, charnières, ressorts, etc., étaient noires. Les cordages enserrant les lames de ressorts étaient noircis. Les courroies de suspension et de balancement, en cuir naturel. Les toitures étaient de toile cirée noire, portant en lettres blanches, de chaque coté, Nème DIVn d’AMBULANCE ou AMBULANCE du Nème CORPS ou encore AMBULANCE Gle. L’inscription sur celles de la Garde présentait un Aigle au milieu de GARDE IMPERIALE, surmontée du mot AMBULANCE. Les voitures, attelées par le Train des Equipages, étaient accompagnées d’infirmiers montés et de chirurgiens à cheval qui  » portent à l’arçon de leur selle comme dans une valise des moyens de pansements fort abondants « . Parmi les objets se trouvant dans les ambulances figuraient des brancards. A la fin de l’Empire, un essai allait être fait pour faire porter ces brancards par des infirmiers spéciaux qui reçurent le nom de despotats.

A Waterloo, Larrey dirigea les ambulances jusqu’à l’instant de la déroute où il tomba, frappé de deux coups de sabre, entre les mains des Prussiens. Il fut fait prisonnier et conduit devant le Général Blücher ; ce dernier le traita en ennemi généreux. Larrey porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu barbeau à collet et parements écarlate garnis de broderies or. Gilet écarlate, culotte blanche, bottes noires à revers fauves. Les aiguillettes de l’épaule droite marquent l’appartenance à la Garde. Il porte un coffret renfermant ses instruments personnels, des pansements et de la charpie pour donner sur place les premiers soins. Après la fin de l’Empire, bien que mis à l’écart par la Restauration, Larrey, respecté et admiré de tous, fut réintégré par le gouvernement de Juillet et il va se servir alors de son autorité et de son prestige pour défendre l’organisation du Service de Santé contre les avis néfastes de l’Intendance de l’époque. Larrey meurt à Lyon le 25 Juillet 1842, au retour d’une inspection des Hôpitaux de l’armée d’Algérie, qu’il accepta de faire sur ordre de Louis Philippe, à l’âge de 76 ans. Mission qu’il accomplit, bien que malade, et qu’il ne voulut pas refuser. Les médecins de l’Hôpital militaire procédèrent à l’embaumement. Le cœur et les entrailles furent prélevés et furent transférés au Val de Grâce, le cœur en 1854, et ce fut autre chose pour ses entrailles. Sa dépouille fut bien transférée à Paris après que les Honneurs Militaires et Civils lui furent rendus. Son testament exprimait le vœu d’être enterré  » dans un petit coin du jardin de l’Infirmerie des Invalides « , mais le refus du ministre de la guerre, le Maréchal Soult, fit que la ville de Paris se montra plus généreuse, grâce à Arago, en lui offrant une sépulture à perpétuité au Père Lachaise.

C’est seulement le 15 décembre 1992, anniversaire du retour des cendres de l’Empereur, que le transfert du corps de Larrey eut lieu aux Invalides, dans la crypte des Gouverneurs, au cours d’une importante manifestation, L’exhumation du corps fut faite par Madame le Professeur Bonnet Lecomte, Médecin-Inspecteur et Directeur de l’Institut Médico-Légal, le Docteur Pierre L. Thillaud, et mon confrère le Docteur Claude Lavaste, Odontologiste. Ce dernier en profita pour faire un examen dentaire de la mâchoire de D. Larrey et en faire des photographies ainsi que des boutons de son uniforme. Soldat énergique, peu soucieux de la fatigue, doué des qualités de calme, de sang-froid et de bravoure devenues proverbiales, soignant, pansant et opérant les blessés avec rapidité et compétence et surtout avec un grand esprit d’humanité. Le plus bel éloge qu’on puisse lui faire est de citer la phrase du testament de l’Empereur : « Si l’Armée élève une colonne à la reconnaissance, elle doit l’ériger à Larrey« .

Sacha BOGOPOLSKY

DCD, DSO, DEA Ecole Pratiques des Hautes Etudes (La Sorbonne, Paris).

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