( 22 mars, 2019 )

Le général Corbineau durant les Cent-Jours…

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Le général de division Juvénal Corbineau avait repris auprès de Napoléon ses fonctions d’aide-de-camp et il accompagna Grouchy dans l’expédition du Midi. Il alla remplacer Delaborde à Angers avant l’arrivée de Lamarque. Corbineau était à Waterloo aux côtés de Napoléon.  Voici comment la commission d’examen apprécia dans sa séance du 23 décembre 1815 le rôle qu’il avait joué durant les Cent-Jours. 

Arthur CHUQUET. 

Rien, dans le dossier de M. le général Corbineau, n’indique qu’il était en activité de service le 1er mars dernier. On pense donc qu’il était en demi-solde  retiré à Paris, lieu de son domicile habituel.  Ayant repris en mars ses fonctions d’aide-de-camp de l’Usurpateur, il fut envoyé en mission à Lyon, où on le voit figurer dans un rapport fait par le général Grouchy au maréchal Davout le 7 avril 1815, comme s’occupant particulièrement des mesures de police et des arrestations des personnes suspectes.  Il est de notoriété publique qu’il était avec le général Grouchy, lorsque ce dernier fit arrêter S.A.R. Mgr le duc d’Angoulême [le fils du comte d’Artois, futur Charles X], contre la foi du traité.  Aussi est-il cité au Moniteur du 19 avril 1815, comme ayant reçu des témoignages de satisfaction de l’Usurpateur pour avoir terminé la guerre du Midi.  On le voit  ensuite indiqué sur la feuille du 7 mai comme accompagnant Bonaparte en qualité d’aide-de-camp. Il y a lieu de croire qu’il a suivi l’Usurpateur pendant sa courte campagne de Waterloo, et qu’étant rentré en même temps que lui, il est demeuré sans commandement, lors de sa fuite. On trouve, dans son dossier, une lettre du 1er juillet 1815 par laquelle la commission du gouvernement invite le maréchal Davout à donner un emploi à cette officier général.Après le mouvement de l’armée de la Loire, Corbineau est resté à Paris, chargé avec MM. Turreau et Grundler de la capitulation du 3 juillet, et, depuis, s’est borné à revendiquer son titre de commandant du 2ème corps de cavalerie, dans le cas où il serait proposé pour une distinction quelconque.

Cet exposé démontre :

1° Qu’il a arboré l’étendard de la rébellion dans le midi de la France. 2° Qu’il a réprimé et puni les mouvement des fidèles serviteurs du Roi en faveur de l’autorité légitime, et qu’enfin, ayant marché contre l’armée de S.A. Royale Mgr le duc d’Angoulême et concouru à l’arrestation de ce prince, il ne peut être noté d’une manière favorable. 

(Document extrait du livre d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 


 

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( 16 mars, 2019 )

Le général Almeras…

Louis Almeras, né en 1768 à Vienne en Dauphiné, mort à Bordeaux en 1828, sergent-major, puis sous-lieutenant au 5ème bataillon de l’Isère en 1791, adjudant- major, puis adjudant général chef de bataillon en 1793, aide de camp de Carteaux devant Toulon, adjudant général chef de brigade en 1795, appelé par Bonaparte à l’armée d’Italie en 179Le général Almeras... dans FIGURES D'EMPIRE 06-5134717 et chargé en 1799 du commandement de Damiette, nommé général de brigade par Kléber en 1800, employé durant quelques années à l’île d’Elbe, fut promu général de division le 16 octobre 1812, et lui-même raconte ainsi ce qu’il fait pendant la campagne de Russie : «Il a été grièvement blessé d’un coup de feu à la bataille de Mojaïsk sous les ordres du prince Eugène. Il y fut chargé de reprendre la redoute de droite en avant de laquelle sa brigade se maintint le reste de la journée. Il prit à l’ennemi dix-huit pièces de canon. Par suite de cette affaire, il fut nommé lieutenant général. Sa blessure l’empêchant de monter à cheval, il fut fait prisonnier près de Krasnoïé le 15 novembre 1812. » Almeras ne revint en France qu’au mois d’août 1814. Sous les Cent-Jours il commanda une division d’infanterie à La Rochelle, et le gouvernement provisoire l’envoya le 7 juillet 1815 à Rochefort pour hâter avec Beker l’embarquement de Napoléon.

A. CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, p.326).

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( 12 mars, 2019 )

Daumesnil, le héros de Vincennes (2ème partie et fin).

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Napoléon a toujours eu pour lui une estime et une affection jamais démenties, semblant voir dans sa présence un gage de sécurité particulier. Il lui a accordé le titre de baron (13 août 1809) avec une somptueuse dotation formant un majorat. Il écrit à Bessières, duc d’Istrie, le 27 janvier 1812 : »Il faut me faire un rapport sur cet officier que je veux occuper militairement. Ne pourrait-on lui donner le commandement de Vincennes, avec un grade supérieur et un bon traitement ? Vincennes est une prison d’Etat et un des quartiers de ma Garde, j’ai besoin d’un homme sûr ». Et le 2 février, l’Empereur « appose sa signature au bas du décret nommant Daumesnil général de brigade, commandant de Vincennes ». Pour lui, le titre de gouverneur de Vincennes a été créé. Daumesnil se marie le 11 février 1809, avec une toute jeune fille, Léonie Garat, dont le père a été l’un  des créateurs de la Banque de France. « Le contrat de mariage est signé au palais des Tuileries par l’Empereur ». A Vincennes le gouverneur et sa jeune femme vont occuper le Pavillon de la Reine, « mais le cadre du château est sinistre ». C’est une forteresse et une prison. « L’arsenal prend une extension considérable pendant les campagnes de Russie, d’Allemagne et de France. On fabrique en moyenne par jour 350.000 cartouches et 40.000 gargousses. Dans une seule journée, il faut jusqu’à 150 voitures pour amener la poudre nécessaire aux besoins de la cartoucherie. » L’Empereur se rend à Vincennes avant la campagne de France. Avec Daumesnil, il  visite la place dans tous ses détails, étudiant les moyens de défense. Napoléon ordonne de raser ou d’abattre en cas d’attaque, tout ce qui pourrait gêner dans ses mouvements le gouverneur. La garnison compte 300 vétérans, grognards d’un dévouement à toute épreuve, et un millier de gardes nationaux. Vincennes renferme 700 bouches à feu et beaucoup d’armes, de munitions, de poudre. Le 30 mars 1814, dans la soirée, les troupes du maréchal Mortier commencent à évacuer Paris. La capitulation est signée à deux heures du matin le 31.

Tous les arsenaux, ateliers, établissements militaires doivent être laissés dans l’état où ils se trouvaient avant qu’il fût  question de la capitulation, en somme, livrés aux Alliés. « En pleine nuit, monté sur un cheval de trait, Daumesnil sort de sa citadelle, à la tête de 250 cavaliers, qui conduisent des attelages disparates. Cette troupe de fantômes entasse dans les voitures tout le matériel qu’elle rencontre : fusils et  munitions, et attelle  les canons. A l’aube, le pont-levis du château de referme… ». Apprenant cet extraordinaire coup d’audace, Barclay de Tolly, commandant en chef de l’armée ruse, dépêche aussitôt un parlementaire au gouverneur de Vincennes qui se présente devant la citadelle. Sommé de rendre la place :  »Je ne la rendrai que sur l’ordre de S.M. l’Empereur  », répond-il, ajoutant cette boutade qui va faire sa gloire :  »Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes  ». Vincennes tient bon. Le gouvernement provisoire entame des négociations, tant avec Daumesnil qu’avec le rince de Schwarzenberg, généralissime des armées alliées. De guerre lasse, celui-ci finit par renoncer à ce que Vincennes soit livré aux Alliés. « Daumesnil a su imposer ses conditions et le pays conserve un matériel de guerre évalué à 90 millions de francs. » Au mois de décembre, le poste de gouverneur est supprimé par Soult, ministre de la guerre de Louis XVIII. Daumesnil, remplacé par l’ancien émigré Puivert, est nommé Commandant  supérieur de l’arrondissement de Condé-sur-l’Escaut.

C’est là que le 22 mars 1815, apprenant le retour de l’île d’Elbe, il fait arborer le drapeau tricolore.  Ce retour refait de lui, le 8 avril , le gouverneur de Vincennes, tâche considérable, car l’Empereur attribue à cette forteresse plus d’importance encore que par le passé. Mais le 18 juin 1815, c’est Waterloo, la fin de l’Empire… Tout le matériel de guerre qu’on n’a pas eu le temps d’évacuer sur la Loire, est entassé dans la forteresse. « La citadelle renferme plus de 500 bouches à feu, 20 tonnes de poudre, un million de pierres à feu, 53.000 fusils, 59.000 sabres, etc. » Le blocus de Vincennes commence le 9 juillet 1815. Il durera 129 jours. Le 15 novembre, lassés par tant de ténacité, les Alliés lèvent le blocus. Le matériel confié à la garde du gouverneur restera à  la France. Daumesnil est admis à la retraite. Il a 39 ans…Le temps passe, les gouvernements aussi. Rappelé à l’activité, il est nommé le 5 août 1830 une dernière fois gouverneur de Vincennes. Il y mourra deux ans plus tard, le 17 août 1832. Vincennes n’oubliera pas celui que le peuple appelait familièrement « Jambe de bois ». Par souscription publique, une statue lui sera élevée et, maintes fois déplacée, se dresse aujourd’hui sur le nouveau cours Marigny. 

Marcel DUNAN 

Cet article fut publié la première fois en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». 

 

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( 6 mars, 2019 )

Daumesnil, le héros de Vincennes (1ère partie).

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Yriex-Pierre Daumesnil (il abandonnera pour le second son premier prénom trop singulier), né à Périgueux le 27  juillet 1776, engagé au 22ème chasseurs à cheval le 10 novembre 1793, fait campagne dans les Pyrénées, sous les ordres de Bessières, puis en Italie ; il aide à retirer le général Bonaparte des marais du pont d’Arcole où il s’enlisait. Il charge à Rivoli et, au cours de cette campagne, enlève six drapeaux à l’ennemi. Sous le commandement de Lannes est créé un corps monté de « Guides », devenus plus tard les Chasseurs à cheval de la Garde consulaire puis de  la Garde Impériale. En 1797 on y trouve Daumesnil, brigadier, puis maréchal des logis, un beau garçon, cheveux et sourcils châtains, front haut, yeux gris, héroïque, indomptable. Le 19 mai 1798, il s’embarque pour l’Egypte avec le corps expéditionnaire, se bat devant les Pyramides, monte un des premiers à l’assaut de Saint-Jean d’Acre et reçoit un sabre d’honneur. A Aboukir, il sauve une fois de plus la vie de Bonaparte, qui le choisit avec quelques autres chasseurs pour l’accompagner à son retour en France. Il prend part à la seconde campagne d’Italie et charge à Marengo. Mais, six ans près son engagement, il doit à son caractère difficile d’être encore sous-officier, adjudant sous-lieutenant en mai 1800. Il est enfin lieutenant le 18 juillet 1800, puis capitaine le 1er août 1801,Le 15 juillet 1804, au cours de la cérémonie des Invalides, il reçoit l’étoile de la Légion d’honneur de la main de l’Empereur. Et voici le camp de Boulogne, l’Armée des Côtes de l’Océan ; Austerlitz ; la terrible charge des Chasseurs de la Garde contre les Chevaliers-gardes du tsar Alexandre. Daumesnil, quoique blessé, sauve la vie de Rapp. Le 18 décembre 1805, il est nommé chef d’escadron dans la Garde. A l’automne 1806, c’est la campagne de Prusse, l’entrée à Berlin, à Varsovie, les tempêtes de neige sur les plaines glacées qui dégage Bessières cerné par l’ennemi. Daumesnil s’empare de dix-huit pièces de canon. Un détachement de  la Garde Impériales quitte Paris le 25 janvier 1808. Daumesnil en est,  à la tête d’un escadron de Chasseurs et de la compagnie de Mamelucks. Le 23 mars, Murat fait son entrée à Madrid.Quelques jours plus tard, Daumesnil, face à l’émeute, a deux chevaux tués sous lui. La guerre d’Espagne se déroule, atroce, inexpiable. Le 27 novembre 1808, Daumesnil, officier de la Légion d’honneur depuis le 14 mars 1806, est fait chevalier de la Couronne de Fer. Au printemps de 1809, 5ème Coalition : « Les Chasseurs et les Mamelucks de Daumesnil sont à Abensberg, Landshut, Eckmühl, Ratisbonne. Allant de victoire en victoire, l’Empereur, après une campagne-éclair, entre dans Vienne, le 11 mai. Après Essling, les régiments se regroupent. Le 13 juin, Napoléon élève Daumesnil au rang de major, c’est-à-dire de lieutenant-colonel. Mais un major de la Garde, lui, a rang de colonel. Daumesnil commande le 1er régiment de Chasseurs à cheval de la Garde, qui forme avec les chevau-légers polonais la brigade légère de la cavalerie de  la Garde. Il a 32 ans. Le voici au matin de Wagram : « Il arbore la tenue de parade, avec le lourd colback noir, le dolman vert, la pelisse écarlate bordée d’hermine, les culottes jonquille, bottes à la hussarde ; il est splendide, flamboyant. » En fin de journée, ses chasseurs font une brillante charge. Mais Daumesnil n’est plus là pour les enlever : un boulet lui a brisé la jambe gauche. Sa carrière militaire active est finie. Larrey va « scier sa jambe au-dessous du genou ». 

A suivre.

 

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( 2 mars, 2019 )

Le suicide de Berthier (4ème partie et fin).

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Le mot de suicide n’est pas prononcé dans le rapport que nous venons de traduire. Mais ce rapport décisif nous révèle l’état d’âme de Berthier, on notera qu’avant d’entrer dans les cabinets, il a essayé d’éloigner Mlle Gallien et qu’elle n’a pas voulu le laisser seul dans la chambre des enfants. Une lettre confidentielle, écrite de Munich le 13 juin par le conseiller de légation baron de Strampfer assure que la princesse de Wagram craignait une catastrophe et qu’elle avait chargé les domestiques de surveiller son mari, mais que le prince sut se soustraire à l’attention de ses gens, qu’il se rendit, pour exécuter son dessein, dans la chambre de ses enfants où il y avait des cabinets, et que là, sous le prétexte d’un besoin naturel, il trouva le temps de mettre une chaise contre la fenêtre, de se jeter en bas.

« La cour de Bamberg, ajoute Strampfer, représente cette mort comme tout à fait accidentelle ; mais on sait que Berthier s’est ôté la vie à dessein, et il a sans doute choisi ce genre de mort pour donner à la chose l’air d’un accident. »

La cause est entendue. Nous n’ignorons plus le comment et le pourquoi de la mort de Berthier.

 Il est dégoûté de la vie, et voici que passent sous ses yeux les colonnes russes en files interminables.

Quoi ! Elles vont envahir et ravager la France, et lui, Berthier, est cloué à Bamberg ! Plutôt mourir…et il meurt.

On a dit que ce suicide était impossible parce qu’il est vulgaire, qu’un soldat, un maréchal de France aurait choisi d’autres moyens. Berthier devait donc se tirer un coup de pistolet ! Il devait s’empoisonner ainsi que Napoléon l’avait tenté dans la nuit du 11 au 12 avril 1814 !

Hélas ! Le pauvre Berthier ne pensait pas à mourir en beauté. Quand on veut mourir, on meurt comme on peut.

Arthur CHUQUET

—————–

Il est à noter que tous les historiens ne partagent pas la théorie du suicide. Ainsi le général Derrécagaix, un des premiers biographes du Maréchal, penche plutôt pour un accident, avançant le fait que Berthier était sujet très souvent à des vertiges. Selon lui, le maréchal se mit debout « sur un fauteuil placé sur une petite estrade » pour mieux voir la cavalerie russe qui passait devant son château et aurait pris d’un de ces fameux vertiges qui le déséquilibra … (Source: La plaquette de cet auteur et intitulée:  »Les derniers jours du maréchal Berthier », Paris, Librairie Militaire R. Chapelot et cie, 1905).

C.B.

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( 26 février, 2019 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

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( 25 février, 2019 )

Le général Marchand.

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Le général Marchand que Napoléon rencontra devant lui en 1815, à Grenoble, était un brave et habile soldat, un des meilleurs parmi les hommes de guerre de l’Empire. Joubert faisait de lui un très grand cas : « Marchand, écrivait Joubert, a été un de ceux qui ont le mieux servi dans la campagne d’Italie, et c’est un officier de la première distinction. » Napoléon estimait Marchand et l’employait volontiers. Il le confirma général de brigade (12 mai 1800) et le fit général de division (24 décembre 1805) et comte de l’Empire (26 octobre 1808).

Il refusait en 1811 de lui donner le commandement de la 2èmedivision militaire en disant qu’on pouvait « l’employer plus utilement que cela », et, à ce qu’assure Senft-Pilsach, il aurait écrit au roi Jérôme que Marchand, sans être maréchal d’Empire, valait à lui seul quatre maréchaux. Aussi Marchand fut-il, en 1812, chef d’état-major du roi de Westphalie qui commandait l’aile droite de la Grande-Armée.  Cet officier n’a pas écrit de « Mémoires », et c’est peut-être dommage : car sa relation de l’arrivée de Napoléon devant Grenoble est vraiment intéressante [Voir « Lettres de 1815 », d’Arthur Chuquet]. Mais selon un de ses amis, cet excellent homme était très court d’esprit ; « tout ce que j’ai à raconter de mes campagnes, disait-il une fois, c’est que j’ai eu bien chaud en Syrie et bien froid en Russie, que j’ai été blessé à l’assaut de Jaffa et que j’ai passé le Dniepr sur la glace avec Ney. » Peut-être Marchand se moquait-il de son ami, et tout cela ; si peu que ce fût aux yeux de Marchand, valait la peine d’être rajouté. Ajoutons que Marchand ne déplut pas du tout aux Wurtembergeois qu’il commandait en 1812.

Il a l’honneur d’avoir commandé le dernier détachement de l’armée française qui ait quitté le sol russe et l’avait alors avec lui tous les aigles du 3ème corps. Avec Ney et Gérard, il est le héros des suprêmes jours de la retraite. 

Arthur CHUQUET. 

 

 

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( 24 février, 2019 )

Talleyrand en 1814…

Talleyrand

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) ; prince de Bénévent, personnage controversé ayant traversé bien des régimes, est nommé le 23 janvier 1814, par Napoléon, au Conseil de Régence. Après le départ de l’impératrice Marie-Louise et de la cour, le 27 mars 1814, de Paris, il jouera une nouvelle fois sa propre partition. Talleyrand parvient à rester dans la capitale, le 30 mars au soir, puis dirige les négociations avec les Alliés pour la capitulation de la ville. Son objectif prioritaire étant le retour des Bourbons afin de remplacer le régime impérial. Le lendemain, 31 mars, les troupes ennemies pénètrent dans Paris. Le prince de Bénévent met son hôtel particulier de la rue Saint-Florentin, près de la place de la Concorde, à la disposition des souverains alliés. Le tsar Alexandre y résidera. Le 1er avril le Sénat conservateur élit Talleyrand à la tête d’un gouvernement provisoire. Une nouvelle constitution est rapidement rédigée. Elle n’est toutefois pas acceptée par Louis XVIII qui lui préfère une Charte constitutionnelle. Au bout d’un mois d’existence, le gouvernement provisoire est dissous. Talleyrand est  nommé ministre des Affaires étrangères. C’est en cette qualité  qu’il signe le Traité de Paris le 30 mai 1814,  avec les puissances alliées, entraînant pour la France un retour à ses frontières de 1792 (avec quelques petits aménagements compensatoires). Puis le prince de Bénévent représente la France au Congrès de Vienne, tout en étant plutôt favorable à l’Angleterre. En 1815, il est en exil en Belgique et rejoint tardivement Louis XVIII à Gand, avec lequel il entretient à présent des rapports difficiles. Talleyrand rentre en France après la chute de l’Empereur. Il est nommé en juillet 1815, président du Conseil des Ministres, puis Grand Chambellan de France en septembre de la même année.

C.B.

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( 20 février, 2019 )

Le suicide de Berthier (3ème partie).

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Les bruits les plus étranges, les plus inouïs coururent aussitôt. Des émissaires du Tugendbund, disait-on, des parents du libraire Palm que Berthier avait fait passer par les armes en 1806, des amis de Staps qu’il avait fait fusiller en 1809 [l’étudiant autrichien qui avait le projet d’assassiner Napoléon sous prétexte de lui remettre un missive lors d’une revue et qui manqua son coup, Rapp s’étant interposé entre lui et l’Empereur], avaient pénétré dans le château sous un déguisement et jeté le maréchal par la fenêtre. N’a-t-on pas défendu naguère, et très sérieusement, que Berthier fut assassiné sur un ordre parti de Gand par des hommes de main, émigrés ou chouans, parce que les royalistes craignaient qu’il ne rejoignît l’Empereur pour être de nouveau son major général ?

D’autres, avec plus d’apparence de raison, ont soutenu que Berthier était mort, soit d’une congestion cérébrale, soit d’un accident : pour mieux voir les troupes russes qui passaient devant le palais, l monta sur une chaise et, soudainement étourdi, frappé de vertige ou d’un transport au cerveau, il perdit l’équilibre, tomba dans le vide et vint s’écraser sur la pavé. Le général Thiébault qui défend cette opinion et qui n’est jamais à court d’arguments, affirme que l’apoplexie semblait endémique chez les Berthier ; que César Berthier et Mme d’Haurangeville étaient morts comme leur frère le maréchal, dans une attaque d’apoplexie ; que l’un, montant en bateau  sur le lac de Grosbois, tomba dans l’eau ; que l’autre, étant debout devant la cheminée de sa chambre, tomba dans le feu, et, parce qu’un autre frère, Léopold, est mort d’une sorte de malaria à Hanovre, Thiébault conclue ingénieusement, sinon subtilement, que ces quatre Berthier ont péri par les quatre éléments et que la nature leur a fait l’honneur de déployer contre eux  les plus nobles moyens de destruction, la terre, l’air, l’eau et le feu.

Eh bien non ! Berthier s’est donné volontairement la mort. Ce qui prouve son suicide, c’est ce mot d’un employé du ministère bavarois qui écrit au crayon sur une lettre du directeur de la police de Bamberg : « Le prince a mis fin lui-même à la surveillance. » C’est la missive du baron de Seckendorf, président du tribunal d’appel de Bamberg, qui mande le 5 juin à Montgelas : « Je déjeunais lorsque deux messagers, hors d’haleine, vinrent l’un après l’autre, m’annoncer que le prince Berthier s’était jeté du haut d’une fenêtre dans la rue et qu’il était mort sur la place. L’opinion qui règne ici croit à une mort préméditée. Les gens qui tiennent à la cour veulent expliquer la chose par le vertige qu’aurait excité un soudain retour de la goutte. »

C’est la lettre envoyée de Gand par Sir Charles Stuart le 9 juin à Castlereagh et ainsi conçue : « Des lettres de Bamberg annoncent que le maréchal Berthier a mis récemment à sa vie en se  jetant par la fenêtre  au moment où une colonne russe passait par la ville ». C’est ce rapport que le tribunal d’appel de Bamberg adressa le 21 juin au roi de Bavière. Le prince de Wagram, lisons-nous dans cette pièce capitale, vint entre midi  et une heure dans la chambre de ses enfants, au troisième étage du palais. Il s’entretint avec la gouvernante française, mlle Gallien ; il dit qu’il était souffrant, qu’il avait la langue toujours jaune, et il allait par la chambre, de long en large, absorbé dans ses pensées et rongeant ses ongles. Les troupes russes ne cessaient de passer. Il les vit de la fenêtre et il s’écria en soupirant : « Ce défilé n’aura donc pas de fin ! Pauvre France, que vas-tu devenir ? Et moi, je suis ici ! ». Puis s’éloignant de la fenêtre, il demande si Mlle Gallien allait sortir pour faire une promenade en voiture avec les enfants. La gouvernante répondit qu’elle ne pourrait sortir que lorsque le prince aurait quitté la chambre. Alors il voulut savoir où étaient les cabinets. Il ouvrit la porte et la referma. Soudain retentit un bruit. Mlle Gallien accourt, croyant le prince indisposé ; elle ne le voit plus ; mais la chaise placée entre la commode et la croisée est tombée et vacille encore ;  pendant que la gouvernante entendait le bruit de la chaise renversée, « avait lieu la malheureuse chute. »

 A suivre…

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( 17 février, 2019 )

Le Général Claparède, un « mauvais camarade » ?

claparde2.jpgDurant la guerre de Russie, le général Claparède commande la division polonaise. Mais cette division, n’appartenait pas au 5ème corps d’armée ou  corps polonais ; elle était portée à la suite de la Garde Impériale. Elle se composait des régiments de la Vistule. « Je donne, écrivait Napoléon le 8 mars 1812 au duc de Feltre, le commandement de la division polonaise composée des régiments de la Vistule au général Claparède », et le même jour Berthier écrivait au Ministre que les quatre régiments de la Vistule formeraient une division à la suite de la Garde Impériale. Brandt vit Claparède au dépôt de Sedan pour la première fois, le 5 avril. « Il était, écrit-il, imposant ; il avait tout à fait la marque d’un général français ; résolu, rude, brusque, et la campagne de 1809 lui valait bon renom. » Mais l’adjudant-major Rechowicz disait à Brandt : « Cet homme-là me paraît être un mauvais camarade ; nous le trouverons toujours en quête de sa proie ; quaerens quem devoret » et quelques mois plus tard, au sortir de Vilna, Brandt accuse Claparède de brutalité : «Nous avions appris à Paris par des officiers qui avaient servi sous Claparède en Allemagne et en Espagne que c’était un homme sans cœur, et nous avions sujet tous les jours de nous en convaincre. Dans nos conversations sa conduite était l’objet du blâme le plus amer. On lui reprochait d’être fier et hautain, de se tenir éloigné des officiers. Quelques-uns prétendaient même, et à tort, qu’il voulait ruiner les troupes polonaises pour en être débarrassé. On rappelait toutes les marches que nous avions faites depuis Vilna, ces nombreuses marches de nuit, ces bivouacs mal choisis » Le payeur Duverger rend le même témoignage ; il assure que  Claparède eut, pendant la retraite, « toute l’urbanité d’un cosaque » et qu’il fut au-dessous de lui-même, qu’il avait, comme tant d’autres, cédé à l’influence de la mauvaise fortune, qu’il n’était plus ce guerrier qui, dans la guerre d’Allemagne, avait mérité les éloges de Napoléon. Quoiqu’il en soit, la division Claparède se signala pendant la campagne, et durant la retraite, elle ne vit guère son général qui fut blessé. Le 28 novembre 1812, à la bataille de  la Bérézina. Aussi, le 12 décembre, à Kowno, Claparède se faisait-il donner par Berthier un congé de convalescence de trois mois « pour se rendre en France et s’y guérir de sa blessure. »  Près de trois mois après, il mande qu’il désire « entrer en campagne » et donner à l’Empereur des preuves nouvelles de son dévouement, mais qu’il est toujours souffrant et hors d’état de mettre ses bottes et de monter à cheval. Le 10 juin 1814, Ney écrivit en sa faveur cette lettre élogieuse au ministre de  la Guerre Dupont :  « M. le lieutenant général Claparède me demande une lettre de recommandation pour vous, et je la lui donne avec d’autant plus de plaisir que cet officier général qui a servi sous mes ordres avec une grande distinction pendant la campagne de 1812, et notamment à la bataille de la Bérézina, est tout à fait digne de votre bienveillance.

Je prie Votre Excellence de vouloir l’accueillir favorablement. » 

Arthur CHUQUET 

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( 15 février, 2019 )

Le suicide de Berthier (2ème partie).

 06515184.jpgVoici la suite de ce texte très intéressant dû à l’historien Arthur Chuquet.

Napoléon n’avait pas de rancune contre Berthier. Le frère du maréchal, César Berthier, l’assurait dans ses lettres que, s’il rentrait, il n’aurait rien à craindre. Il reviendra », disait Napoléon à Rapp avec un malin sourire, je lui pardonne tout, à condition qu’il revêtira son habit de garde du corps pour paraître devant moi, « et, dans ses conversations avec Mollien, l’Empereur répétait, sans accompagner ses regrets de plaintes ni de reproches, qu’il aurait besoin d’un Berthier, que le prince de Wagram était le plus intelligent et le plus habile des majors généraux, celui qui saisissait mieux que tout autre ses pensées et ses plans, qui savait les transmettre et les rédiger sous une forme claire et facile à comprendre. Pourtant, dans le secret de son coeur, Napoléon se doutait que Berthier ne le servirait plus. « Il m’a trahi ; disait-il à Sainte-Hélène, parce que c’était un homme de Versailles. » Il mit les biens de Berthier, le 26 mars, sous séquestre et il la raya, le 10 avril, de la liste des maréchaux. Mais, si Berthier était rentré en France, Napoléon aurait sûrement levé le séquestre, et c’est pourquoi le prince de Wagram avait sollicité du roi de Bavière la permission de partir.

 Le roi de Bavière et le ministre Montgelas n’osèrent pas lui donner de passeport sans avoir consulté les alliés, et l’envoyé bavarois à Vienne, le comte de Rechberg, prit l’avis de Metternich. Le chancelier  refusa le passeport : il croyait que Berthier, une fois en France, serait de nouveau le lieutenant de Napoléon, et, le 15 avril, Montgelas répondait au prince de Wagram : « Les puissances alliées m’ont invité à vous conseiller de ne as vous retirer en France, et je vous prie de rester auprès du duc, votre beau-père, jusqu’à ce que les circonstances nous permettent de retourner dans votre patrie. »

Le gouvernement bavarois exerça dès lors une surveillance occulte sur Berthier. Le 14 avril, sans nul doute après avoir reçu la réponse de Metternich, Montgelas ordonnait au directeur de la police de Bamberg d’employer tous les moyens  « pour observer le prince de Wagram et savoir sous la main tous les mouvements qui auraient rapport au départ ». Berthier sur que ses moindres démarches étaient épiées ; il sut que ses lettres étaient envoyées à Munich ; il se vit  comme étant prisonnier à Bamberg, et il s’attrista, se désespéra. Il écrivit au duc de Feltre et au duc d’Havré qu’il était fatigué, vieilli, chagrin, incapable de toute besogne, quelle qu’elle fût, et qu’il souffrait très vivement de la goutte, « cette maladie que laquelle les affections morales agissent toujours. »

Par deux fois, il avait envoyé sa démission au duc de Feltre : « L’état de sa santé, disait-il, le forçait à la retraite de toutes les fonctions militaires ou civiles. » Le duc de Feltre répondit que Berthier devait remettre personnellement à Louis XVII sa démission de capitaine des gardes, puisque cette charge « venait directement du Roi », et il pria le prince de Wagram de se rendre sans retard à Gand, si sa santé le lui permettait, puisque tous les autres capitaines de la Garde étaient, en ce moment critique, réunis autour du monarque. Louis XVIII lui-même écrivit de sa main au maréchal. Le 22 mai, dans une lettre au Roi, Berthier maintient sa démission.

Un grave incident avait achevé de l’assombrir et de lui faire voir tout en noir. Sa femme avait obtenu du Roi de Bavière, ainsi que ses enfants, la permission de retourner en France. Elle fut arrêtée, le jour même de son départ, le 30 avril, à Stockach, par les autorités wurtembergeoises, et obligée de revenir sur ses pas sous prétexte que son passeport n’était pas signé par le prince de Schwartzenberg.

Déjà, depuis le débarquement de Napoléon [à Golfe-Juan début mars 1815],  Berthier, qui n’avait pas l’âme forte, semblait méconnaissable. Il se lamentait à la cour des Tuileries parce que sa femme était allée en Allemagne chez ses parents, et Castellane jugeait qu’il n’avait pas une tenue convenable et ne montrait pas de caractère. Un autre témoin, Reiset, trouvait qu’il était de tous les gens le plus affecté par les événements, qu’il avait la figure à l’envers, que son état faisait peur. Durant le mois d’avril et le mois de mai, Berthier ne se remit pas, ne se releva pas de cette sorte de découragement et de dépression. Il demeurait accablé, affaissé, absolument démoralisé ; il se renfermait en lui-même ; il ne parlait que pour se plaindre de l’ennui mortel qui le consumait, et les médecins notaient en lui tous les symptômes d’une « hypocondrie mélancolique », le manque d’appétit, une sensation d’amertume dans la bouche. Le 31 mai, le général russe Sacken qui dînait avec lui chez le duc Guillaume de Bavière, le félicitait d’être du petit nombre de ceux qui n’avaient pas trahi le roi légitime ; Berthier ne répondit qu’avec embarras et par des mots entrecoupés.

Le lendemain, 1er juin, à midi et midi, au palais de Bamberg, il tombait d’une fenêtre du troisième étage et se fracassait le crâne.

A suivre…

 

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( 12 février, 2019 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (2ème partie et fin)

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 La défection. 

Nommé commandant de la 4ème division d’infanterie à l’Armée de la Moselle, devenue le 4ème corps d’armée sous Gérard, Bourmont choisir son état-major qui le 15 juin 1815 déserta au complet avec lui. C’étaient son chef d’état-major, l’adjudant-commandant Clouet, ancien élève à l’école du Génie en l’An II, capitaine en Pologne où il fut blessé (1806), chef de bataillon en 1810. Puis le chef d’escadron de Villoutreys, adjudant, rien moins qu’un ancien officier d’ordonnance et un écuyer de l’Empereur en 1808. Il y avait aussi Sourdat, capitaine-adjudant ; ses deux aides-de-camp et enfin, le capitaine de Trelon et le capitaine d’Andigné, son compagnon de captivité à Besançon.

On connaît les circonstances de la défection.

Il paraît que le 14 juin 1815 au soir, Bourmont, dont la division formait l’avant-garde du corps de Gérard, avait soupé à Florennes, son quartier-général, avec le général baron Etienne Hulot, un de ses brigadiers, sans que celui-ci ne pût se douter de rien. Tel est du moins le récit de Hulot. D’autres ont affirmé que Bourmont avait fait part de ses intentions à ce général, et que celui-ci avait essayé de l’en dissuader. Tant il y a que le 15 juin, de grand matin, Bourmont monta à cheval à Florennes avec les cinq officiers dont nous avons donné les noms et l’escorte régimentaire : un brigadier et quatre chasseurs du 8ème régiment. Rien là-dedans qui pût éveiller des soupçons. Chef de l’avant-garde, Bourmont allait en reconnaissance avec son état-major. Les avant-postes franchis, Bourmont remis au brigadier deux lettres pour le compte Gérard, renvoya l’escorter, piqua des deux et, suivi de ses cinq adjudants, franchit la frontière dont le point le plus rapproché était alors situé à une lieue et demie de Florennes. Voici la teneur des deux lettres que le brigadier des chasseurs remit à Gérard : 

Florennes, le 15 juin 1815. 

Mon général, si quelque chose au monde avait pu, dans les circonstances actuelles, me déterminer à servir l’Empereur, cela aurait été votre exemple et mon attachement pour vous, car je vous aime et vous honore bien sincèrement. Il m’est impossible de combattre pour un gouvernement qui proscrit mes parents et presque tous les propriétaires de ma province. Je ne veux  pas contribuer à établir, en France, un despotisme sanglant qui perdrait mon pays, et il m’est démontré que ce despotisme serait le résultat certain du succès que nous pourrions obtenir. On ne me verra pas dans les rangs étrangers. Ils n’auront de moi aucun renseignement capable de nuire à l’armée française, composée d’hommes que j’aime et auxquels je ne cesserai de prendre un vif intérêt. Mais je tâcherai d’aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la Patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l’indépendance nationale. J’aurais donné ma démission, si j’avais pu croire qu’on m’en laissât le maître.  Cela ne m’a point paru vraisemblable dans le moment actuel, et j’ai dû assurer, par d’autres voies, ma liberté, afin de ne pas perdre tout moyen concourir au rétablissement d’un meilleur ordre des choses en France. J’éprouve un profond chagrin à l’idée de la contrariété que vous causera mon départ. Pour vous éviter un désagrément, j’exposerais cent fois ma vie, mais je ne peux pas renoncer à l’espoir d’être utile à mon pays. Toujours, et quoiqu’il arrive, je conserverai pour vous l’attachement le plus sincère et le plus respectueux. 

Le lieutenant général Comte de BOURMONT. 

Florennes, le 15 juin 1815.

 Mon général, les motifs qui déterminent le départ de M. de Bourmont sont aussi les miens, et il faut qu’ils soient bien puissants pour que je me résolve à quitter une armée remplie de mes mais, et commandée par un chef dont le caractère noble et les grands talents inspirent à la fois le respect, l’attachement et une confiance sans bornes. Mes amis vous diront, mon général, tout ce qu’il m’en coûte pour suivre ce parti. Il me faut cette conviction intime que je fais par là le bien de mon pays, pour abandonner tout ce qu’on trouve sous vos ordres. Je suis avec le plus vif chagrin et un profond respect. 

Colonel CLOUET. 

Relations prussiennes. 

Laissons aux relations prussiennes le soin de nous raconter ce qu’il advint des transfuges : Bourmont et ses compagnons rencontrèrent les avant-postes de la cavalerie de landwehr westphalienne disséminés au sud de Presles-Sart-Eustache et furent conduits au colonel de Schutte, commandant en second de la 4ème brigade, à Fosse. Schutter envoya les Français au compte Henckel à Moustier, et transmit au général Zieten les noms des six transfuges. Il accompagnait cette liste des remarques suivantes : « Le lieutenant général français m’a dit lui-même que l’ennemi tenterait aujourd’hui quelque chose contre Charleroi. Le général et sa suite appartiennent au corps du général Gérard, venu de Metz. Ce corps est fort de 20.000 hommes et se trouve de Philippeville à  Florennes. » Pour que Zieten ait écrit ce que l’on vient de lire, il faut que Bourmont ait jasé, malgré sa promesse écrite à Gérard. Bourmont rencontre Blücher dans l’après-midi sur la route de Namur et reçut de lui l’autorisation de se rendre à  Gand.

Le vieux rude accompagna, dit-on, cette autorisation d’une expression forte et comme la langue allemande seule en possède dans son riche vocabulaire.

 Winand AERTS. 

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