( 12 août, 2017 )

Les Polonais pendant la campagne de France (1814).

Cette allocution fut prononcée en juillet 1935, lors d’un pèlerinage sur les champs de bataille de 1814. Elle fut reproduite la même année dans la « Revue des Études napoléoniennes ». 

Les Polonais pendant la campagne de France (1814). dans HORS-SERIE portetendardpolonaisparloncognietDevant ces grands tombeaux des soldats inconnus que sont les champs de batailles napoléoniennes de 1814, entre l’Oise, la Marne et l’Aube, le souvenir des Polonais s’impose spontanément. On songe, sans le vouloir, au rôle que le soldat polonais a joué dans cet avant-dernier chapitre de l’épopée napoléonienne. Dans l’histoire de la fraternité d’armes des Polonais et des Français, cette page est peut-être la plus belle. C’est elle, en effet, qui exprime toute la valeur de l’alliance et toute la fidélité de l’amitié polonaises. Elle fut écrite non aux jours des victoires, de la gloire et la puissance du grand Empereur, mais au moment où sa fortune chancelle, où sa chance l’abandonne, où les forces épuisées de sa nation trahissent, où ses alliés le quittent l’un après l’autre, et où les armées réunies et hostiles de la coalition pénètrent dans les frontières de l’Empire. A ce moment atroce, les Polonais seuls ne l’ont pas déçu.Loin de leur patrie, envahie à deux reprises par les usurpateurs,-privés de leur chef, le prince Poniatowski, tombé au champ d’honneur à Leipzig,-décimés dans les campagnes précédents, celles de Russie et d’Allemagne, ils sont restés fidèles à leur alliance.

Ils ont seulement accompagné Napoléon jusqu’au Rhin, mais, voyant les troupes russes et prussiennes passer ce fleuve-frontière et avancer sur Paris, ils n’hésitèrent pas un instant à se porter à l’aide de l’Empereur et de leur seconde partie-la France. Les débris des troupes polonaises sortis indemnes de la bataille de Leipzig furent réorganisés en décembre 1813. Ils furent répartis comme suit : cavalerie : deux régiments de lanciers, un régiment d’éclaireurs, un régiment de Krakus; infanterie : deux bataillons du régiment de la Vistule ; artillerie ; enfin le célèbre régiment de chevau-légers de la Garde Impériale. Ces troupes participent, dès le début, à cette foudroyante action de Napoléon qui couvrait Paris, menacé par les armées de Blücher et de Schwarzenberg. L’Empereur écrasait par une suite de rapides opérations, tout à tour les troupes russes, prussiennes et autrichiennes, et remportait vingt succès en dix jours. Il me convient de rappeler, et non sans fierté, que les régiments polonais, si modestes en nombre, ont joué dans ces combats un rôle de premier ordre. Ainsi à Brienne, le 29 janvier 1814, le régiment de chevau-légers polonais, conduit à l’attaque par Krasinski et par le général Lefebvre-Desnouettes, entre le premier dans la ville enlevée à l’ennemi. Le 1er février, dans la plaine de La Rothière, les chevau-légers polonais exécutent une charge de flanc et écrasent la cavalerie, enfonçant les carrés de l’infanterie russe. On se battait ici dans la proportion de un contre cinq. Le 10 février, c’est le succès de Champaubert, la charge menée par Skrzynecki, chef d’escadrons des chevau-légers. Deux jours plus tard, à Montmirail, c’est la défaite de Blücher, -les chevau-légers polonais prennent part à la charge qui écrase la brigade prussienne de Ziethen.

A Soissons, le bataillon de la légion de la Vistule s’oppose désespérément, jusqu’à la dernière minute, à la capitulation de la ville. Le colonel Kosinski demande à lutter jusqu’au dernier soupir : « Mes soldats sont des braves, s’écrie-t-il, je garantis qu’un seul aura raison de quatre ennemis ». En quittant la ville, rendue, ses soldats mordaient leurs fusils de fureur ; ils ont gagné dans la suite trente croix de mérite. A Berry-au-Bac, sur l’Aisne, le 5 mars 1814, Blücher fit face à Napoléon et fut battu. Le pont qu’il devait défendre fut enlevé par une charge foudroyante des chevau-légers polonais. C’était, pour la seconde fois, le jour d’Ambroise Skarzynski, chef de l’escadron, qui, s’emparant d’une lance cosaque, fit des ravages dans les rangs ennemis. Il gagna le titre de baron de l’Empire.  Deux jours plus tard, les chevau-légers polonais sont dans le feu de la sanglante bataille de Craonne ; le 9 et le 10, le général Pac avec ses lanciers prend part à la bataille de Laon où il est blessé.

Trois jours après, le 13 mars 1814, Napoléon anéantissait le corps commandé par Saint-Priest et prenait Reims. Krasinski entrait le premier dans les rues de la ville ; les chevau-légers polonais surprenaient l’ennemi battant en retraite et, protégés par la nuit, enlevaient leurs trains, leurs canons et faisaient prisonniers 1.600  fantassins prussiens.  Le 20 mars, Napoléon livre la bataille d’Arcis-sur-Aube aux troupes de Schwarzenberg. Elle fut fatale. La Jeune Garde dispersée par le feu violent de l’ennemi, se mêla aux cavaliers prussiens et, dans une panique épouvantable, tomba au milieu de la suite de l’Empereur. Celui-ci, couvert par un peloton de chevau-légers polonais, réussit à joindre le carré de l’infanterie de la Vistule, le bataillon de Jean Skrzynecki.

Après deux jours de lutte, Napoléon battit en retraite.  Le combat de Fère-Champenoise fut désastreux pour ses maréchaux. Parmi les renforts venus, trop tard, de Paris, se trouvaient trois escadrons de lanciers polonais qui, le 28 mars, prirent part à la charge victorieuse sur l’infanterie prussienne à Claye, à l’est de Paris. Sur ces entrefaites, Napoléon remportait à Saint-Dizier sa dernière victoire. Les lanciers polonais, avec Kurmatowski à leur tête, y ont prix des canons ennemis pour la dernière fois. Mais la catastrophe approchait, et ce fut la journée fatale du 30 mars 1814, la bataille de Paris. L’artillerie polonaise y prit une part active, le général Sokolnicki se jette, comme volontaire, à la défense des Buttes-Chaumont. Dwernicki, avec son régiment de Krakus, participe à la belle défense de la barrière de Clichy sous le maréchal Moncey. Le 31 mars a lieu l’évacuation de la capitale et quelques jours plus tard, la trahison du duc  de Raguse et l’abdication de Napoléon, déterminée par la défection de certains de ses maréchaux.  Pendant la marche du maréchal Marmont à Versailles, au camp des Coalisés, un escadron des lanciers polonais de l’arrière-garde se révolta, se détacha et alla à Fontainebleau auprès de Napoléon, où s’étaient réunis les régiments de chevau-légers et des éclaireurs polonais.

Le 7 avril 1814, ils reçurent la nouvelle de l’abdication de l’Empereur, qui avait eu lieu la veille. Ils la reçurent avec regret, indignation et douleurs. Leur effort, le sacrifice de leur vie et de leur sang étaient vains, ils n’ont pas pu préserver l’Empereur de la trahison et de la défaite. Tout un escadron de chevau-légers sous Jerzmanowski accompagna Napoléon à l’île d’Elbe et le suivit sur tout le parcours des Cent-Jours, jusqu’au jour fatal de Waterloo…  Le pélerinage d’aujourd’hui nous fournit l’occasion de voir deux champs de bataille qui ont bu le sang des chevau-légers polonais en février 1814 : Champaubert et Montmirail. 

Czeslaw CHOWANIEC 

Conservateur de la Bibliothèque Polonaise, à Paris. 

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( 28 juillet, 2017 )

La GUERILLA ESPAGNOLE dans la GUERRE contre l’ARMEE NAPOLEONIENNE…

Le mot et son histoire…

Le terme guérilla est entré aujourd’hui dans le langage commun en plusieurs langues: guerrilla warfare en anglais, guerriglia en italien, Guerrillakrieg ou simplement GuLa GUERILLA ESPAGNOLE dans la GUERRE contre l’ARMEE NAPOLEONIENNE… dans HORS-SERIE 89-000949-238x300errilla en allemand, guerrilha en portugais, langue qui toutefois emploie aussi le terme guerra subversiva. La signification attribuée au mot est –par convention– désormais reconnue et acceptée partout. La définition la plus complète à ma connaissance parle de « lutte illégale d’organisations ou groupes non autorisés à des opérations militaires, contre le pouvoir légitime de l’État ou contre une puissance d’occupation ». De toute évidence cette définition est rigoureusement juridique, puisqu’en effet, tout groupe de civils armés qui s’adonne à des opérations militaires agit de manière « illégale ». Ce n’est pas le lieu d’entamer ici une discussion concernant l’absence de reconnaissance de la guérilla par les conventions de guerre, même les plus récentes.

Un texte célèbre -Guerrilla-, rédigé par un homme qui appliqua avec intelligence et hardiesse ses théories sur le terrain, est celui de T. E. Lawrence, pour la quatorzième édition de l’Encyclopaedia Britannica (1929). Le texte était précédé d’un premier paragraphe analytique, signé par Sir Thomas Barclay, vice-président de l’International Law Association.

Mais d’où vient ce mot à consonance espagnole, et surtout pourquoi l’emploie-t-on aujourd’hui dans l’acception que l’on vient de citer ? Il s’agit de l’adaptation française du diminutif espagnol guerrilla (petite guerre) du terme guerra, qui n’a pas besoin de traduction. En espagnol, le mot guerrilla est défini pour la première fois en 1611, dans le célèbre dictionnaire de Covarrubias. Plus tard, dans les différentes éditions (1734, 1780, 1783 et 1791) du Diccionario de la Real Academia de España, le terme signifie « encuentro ligero de armas » (choc léger d’armes), « contrariedad de dictámenes de poca entidad » (contrariété d’opinions, ou de rapports, de faible importance), et on cite aussi un jeu de cartes nommé guerrilla. Comme diminutif du mot guerre, il fut employé pour traduire en espagnol le fameux ouvrage de Grandmaison, La petite guerre ou traité du service des troupes légères en campagne, certainement le plus connu des nombreux traités parus en la matière6 dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’ouvrage jouit d’une fortune aussi démesurée que surprenante, et devint très rapidement un texte de référence, cité et traduit partout. La première traduction espagnole fut publiée en 1780, sous le titre La Guerrilla ó Tratado del servicio de las Tropas ligeras en Campaña. De là vient l’équivalence entre guerrilla et petite guerre, et l’expression partidas de guérilla fut employée pour désigner les petits détachements d’infanterie destinés aux attaques par surprise ou aux actions de reconnaissance. On faisait donc référence à des opérations de troupes légères régulières, ordinairement en petites formations, homologues alors des partis français, ou des partite italiennes. Les deux termes furent utilisés avec cette signification au début de la Guerra de la Independencia, comme dans le bulletin du Général Castaños, après la bataille de Bailén, le 27 juillet 1808, comme aussi dans des écrits de 1814, qu’il s’agisse d’une biographie de l’Empecinado, ou de Mémoires contemporains restés longtemps inédits. On peut donc dire qu’en 1808, au début de la guerre en Espagne, le terme guerrilla indiquait des opérations militaires secondaires, et l’on continua encore à l’employer dans ce sens pendant un certain temps. Cependant l’usage en était de plus en plus répandu, et entrait avec force dans les autres langues, avec la signification moderne de lutte armée de civils encadrés en formations irrégulières, contre un ennemi envahisseur et aussi, comme en Espagne, contre un gouvernement national considéré comme illégal et usurpant le pouvoir légitime. Les Français, même s’ils furent les premiers à expérimenter la terrible nouveauté, continuèrent longtemps à désigner les combattants irréguliers espagnols comme des brigands, bandits, ou malfaiteurs, comme en témoigne la correspondance du comte deLa Forest, ambassadeur de France à Madrid, qui, en juillet 1808, se plaignait déjà de la difficulté des communications postales. Il faut attendre 1812 pour trouver la première trace en français de l’emploi du mot guérilla, sous la plume de Joseph de Maistre, envoyé du roi de Sardaigne à la cour du Czar. Dans une Relation pour S. M. le Roi Victor-Emmanuel, il note : « Ces paysans […] changés en véritables guérillas et ne sachant plus que tuer, reviendront-ils des serfs dociles ? » Par contre, les autorités espagnoles au service du roi Joseph, même en ayant souvent recours aux termes bandoleros (brigands), bandidos (bandits) ou malhechores (malfaiteurs) pour désigner les civils armés qui contestaient l’occupation, utilisèrent assez tôt guérilla dans l’acception moderne. En anglais, le même terme fut employé pour la première fois le 8 août 1809, dans une dépêche du général Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, au premier ministre britannique Castlereagh. On pourra trouver ailleurs le cheminement du mot en italien et dans d’autres langues européennes.

L’efficacité militaire de la guérilla.

Quels furent le poids et l’importance militaire de la guérilla dans la guerre que, suivant les historiens espagnols, nous appellerons Guerre de l’Indépendance ? La discussion sur ce point, toujours très controversé, porte aujourd’hui essentiellement sur la question de savoir si les hommes qui, pour des raisons très diverses, participèrent à la guerre dans les bandes de guérilleros, n’auraient pas été plus utiles à la cause espagnole en s’engageant dans les armées organisées à plusieurs reprises par le gouvernement légitime. Dans ce cas, leurs milices irrégulières auraient agi au détriment plutôt qu’à l’avantage de la cause. Le partisan de cette thèse est l’historien anglais Charles Esdaile. Pourtant, Charles Esdaile n’appartient pas, comme cette citation pourrait incliner à le penser, au courant historiographique des historiens britanniques, qui, très nombreux, et poursuivant une tradition commencée avec l’ouvrage célèbre de W.F.P. Napier, n’évoquent la guérilla, quand ils le font, que comme le fait de ramassis de bandits et de pillards. Tout en accordant dans ses études une large place à la guérilla et en en reconnaissant l’importance, Esdaile considère néanmoins que la contribution militaire des partidas a joué, dans l’ensemble, un rôle plus négatif que positif. En désaccord avec lui sur ce point capital, je ne soutiendrai pas pour autant que l’action des guérillas puisse avoir été la cause principale de la défaite des Français en Espagne, ce qui n’a été affirmé que par quelques historiens libéraux espagnols du XIXe siècle. Je reste toutefois profondément persuadé que, sans la guérilla, les Français auraient pu réussir à soumettre l’Espagne très rapidement, comme ils l’avaient fait d’autres pays d’Europe continentale. Dans cette perspective, quatre questions sensibles seront abordées : celle de l’estimation tant des pertes infligées par la guérilla aux troupes impériales que des effectifs des guérilleros ; les problèmes et les obstacles rencontrés en matière de communications ; les entraves opposées aux réquisitions de vivres et de récoltes et à la perception des impôts ; la nécessité imposée aux Français d’immobiliser un grand nombre de troupes pour le contrôle du territoire, affaiblissant de ce fait la force disponible pour s’opposer aux armées alliées dans les grandes batailles rangées, qui, finalement, décidèrent de l’issue de la guerre dans la péninsule ibérique. Le montant des pertes causées par la guérilla dans les armées impériales, aussi décisif que délicat à établir, ne saurait être que très approximatif. Le chiffre le plus élevé, certainement exagéré, a été donné par J.F.A. Le Mière de Corvey, ancien officier en Espagne, et auteur d’un important manuel sur la guerre de guérilla. « Cent cinquante à deux cents masses de guérillas répandues dans toute l’Espagne, avaient fait le serment de tuer chacune trente ou quarante Français par mois, cela faisait six à huit mille hommes par mois pour la totalité des bandes des guérillas. […] Comme il y a douze mois dans l’année, nous perdions environ quatre-vingt mille hommes par an, sans avoir eu de batailles rangées : la guerre d’Espagne a duré sept ans ; c’est donc plus de cinq cents mille hommes de tués […] » Le général Bigarré, aide de camp de Joseph Bonaparte, indique quant à lui dans ses Mémoires : « Je dois pourtant avouer que les guérillas ont fait beaucoup plus de mal aux troupes françaises que les armées régulières pendant la durée de la guerre d’Espagne; il est reconnu qu’elles n’assassinaient pas moins de cent hommes par jour. Ainsi, pendant l’espace de cinq années, elles ont tué 180 000 Français sans avoir perdu plus de vingt-cinq mille hommes, car il était rare que ces bandes indisciplinées se battissent en rase campagne sans être plus de cinq contre un. »

Jean Sarramon, qui a longtemps travaillé à une grande et très minutieuse histoire de la guerre en Espagne, hélas encore largement inédite, a produit un tableau détaillé des pertes françaises causées par la seule guérilla entre mai 1811 et la fin juin 1812. Le montant final, calculé de façon très prudente, s’élève à 15 888 hommes, soit moins de la moitié des 36 000 pertes annuelles annoncées par Bigarré et Marbot; on est évidemment bien loin des calculs de Le Mière, mais, si l’on étend ce bilan d’une année aux cinq années de guerre, on approche de 80 000 hommes. Il s’agit là de pertes bien plus importantes que celles causées par les armées régulières espagnoles, et presque doubles de celles provoquées par les troupes luso-britanniques de Wellington (45 000). Cette estimation globale se trouve confirmée par l’ouvrage à paraître de Ronald Fraser sur la participation populaire espagnole à la guerre. En utilisant les données recueillies sur les pertes impériales en Navarre, et en y ajoutant celles du reste de l’Espagne, Fraser parvient à une moyenne annuelle de 18 000 hommes, soit un total de 90 000 pour la durée entière de la guerre. Il ne s’agit là que des pertes dues à la guérilla. L’ensemble des pertes impériales en Espagne reste à établir : les estimations varient entre un minimum de 240 000 et un maximum de 600 000 hommes. Si l’estimation de Rory Muir montant à 300 000 hommes paraît acceptable, l’importance du rôle tenu par la guérilla semble indéniable.

Mais à combien pouvait s’élever le nombre de ceux qui ont pu imposer un si lourd tribut à la puissante machine de guerre napoléonienne ? Selon mes propres hypothèses, intégrant la statistique établie par Nicolas Horta Rodríguez, le nombre des engagés dans la guérilla en Espagne pourrait s’élever à un maximum de 65 000 hommes, ce qui dépasse de beaucoup celui de 50 000 indiqué par Arteche y Moro, mais semble toutefois raisonnable, si l’on tient compte de la nécessité de distinguer entre les guérilleros pour ainsi dire « permanents » et les « occasionnels », entre ceux qui pratiquèrent la guérilla pendant toute la durée de la guerre, et ceux qui, par ailleurs, ne prirent part aux combats qu’en une seule occasion et pendant un temps très réduit, ne dépassant parfois pas deux ou trois jours. Cette estimation recoupe celle donnée par Ronald Fraser. L’historien anglais, au terme de longues et difficiles recherches dans l’Espagne entière, a pu établir plusieurs bases de données sur la guérilla. L’une d’elles porte sur les partidas existant en 1811 et sur leurs effectifs, ainsi que sur la répartition entre soldats à pied et à cheval.

En suivant Ronald Fraser, au total de 55 531 guérilleros il convient d’ajouter ceux des 56 partidas dont les effectifs restent indéterminés. Il propose de leur attribuer les mêmes contingents qu’à ceux des petites bandes, soit 84,9 hommes chacune, ce qui établirait le total général à 60 285 combattants, sans compter les guérilleros de Catalogne et de Galice. On peut raisonnablement admettre que les partidas de ces deux régions pouvaient rassembler un effectif de 5 000 hommes, formant l’écart entre les calculs de Fraser et les miens. Il faut souligner qu’à l’été 1811, les quatre armées espagnoles subsistantes ou reconstituées après les défaites successives des années précédentes ne comptant guère plus de 70 000 hommes, les guérilleros formaient ainsi une force antifrançaise presqu’égale. Ils présentaient en outre l’avantage d’être dispersés sur le territoire d’une façon assez homogène et de jouir d’une très grande mobilité, leur permettant de renoncer au combat s’ils se trouvaient en position d’infériorité.

Sur la composition socio-professionnelle des guérilleros, l’on ne dispose jusqu’à présent que de l’ébauche d’étude de Nicolas Horta Rodríguez, mais des avancées importantes sont attendues aussi bien du côté de la prochaine publication de Ronald Fraser, que des recherches en cours de Charles Esdaile et Leonor Hernández Enviz, visant à la constitution d’une vaste base de données incluant la totalité des guérilleros pour lesquels on détient au moins un témoignage documentaire.Comme le soulignait l’ambassadeur de France à Madrid, les problèmes de communication à l’intérieur du territoire espagnol ou avec la France se posent dès 1808. Les attaques contre tous les types de messagers avaient commencé avant même le Dos de Mayo ; il est bien connu que l’Empecinado initia son activité contre les impériaux en avril 1808 comme caza-correos (chasse-courrier) ; en février de cette même année, la guérilla interceptait une lettre à Guadalajara. Couper ou rendre difficiles les communications postales, mais aussi le passage des personnes et des marchandises d’un lieu à l’autre de l’Espagne, fut, dès le début de la résistance anti-napoléonienne, une des tâches prioritaires confiées à la guérilla. Les Prevenciones, texte diffusé parla Junte de Séville le 6 juin 1808, donnent des instructions aux provinces sur les moyens de défense à utiliser contre l’invasion française, et précisent déjà très clairement qu’il conviendra d’entreprendre.

Communications et transports pour le ravitaillement des armées, des villes et des garnisons, furent sans doute les points faibles du système d’occupation impérial en Espagne. La documentation à ce propos est accablante. Nombreux sont les hauts fonctionnaires du régime joséphin, les juges en particulier, qui demandent au ministre de la Justicel’autorisation de surseoir à la prise de possession de leur poste à cause de « la notoriedad de estar ocupados los caminos por insurgentes » et de la difficulté d’avoir la « seguridad de escolta »; leurs lettres portent fréquemment la mention « duplicado » ou « triplicado », car l’expédition de plusieurs exemplaires d’un même courrier par des voies différentes cherchait à obtenir qu’au moins l’un d’eux parvienne à destination, même avec un retard considérable, comme il ressort d’une lettre, envoyée de Pampelune le 24 juillet 1809 par le général d’Agoult, gouverneur militaire de Navarre, au ministre dela Justice, qui affirme ne l’avoir reçue à Madrid que le 28 novembre suivant! Il est clair que toute l’Espagne Joséphine souffrait gravement de ces retards perpétuels imposés aux communications en tous genres, comme au fonctionnement quotidien de l’État et à la vie des particuliers, à quoi s’ajoutaient les difficultés des autorités militaires, sollicitées de toutes parts de fournir des escortes, indépendamment de toute considération de distance

Quoique les pertes infligées aux troupes impériales aient été importantes, mon opinion est que le succès majeur de la guérilla a été d’empêcher le ravitaillement régulier des armées d’occupation, soit en faisant obstruction à la libre circulation des convois, soit par une opposition opiniâtre aux exactions et aux réquisitions de récoltes, denrées alimentaires et bétail, dont les paysans étaient les principales victimes. Les impériaux devaient nourrir des effectifs compris entre 300 000 et 350 000 hommes, maximum atteint pendant l’été 1811. Les armées espagnoles oscillaient autour de 70 000 à 100 000 hommes, auxquels il convient d’ajouter les effectifs de la guérilla et ceux de l’armée anglaise, lorsqu’elle se trouvait en Espagne. Près de 700 000 combattants devaient ainsi pouvoir se nourrir sur une terre où la population, paysannerie en tête, vivait difficilement, même en temps de paix. Selon la devise napoléonienne, la guerre devait alimenter la guerre ; ce principe fut en effet appliqué sans trop de problèmes partout en Europe, mais pas en Espagne, où les paysans, même forcés à collaborer avec l’occupant, savaient bien qu’ensuite les guérilleros viendraient exiger une contribution équivalente à celle qu’on avait dû céder à l’ennemi. De plus, en offrant à la guérilla « otro auxilio mas que el de la raciòn de guerrá » (une autre aide à ajouter à la ration de guerre), ils seraient victimes d’un arrêté royal les obligeant à « mantener á su costa en raciones y sueldo, al destacamento de tropas que se le embiará ». Se trouvant ainsi placée entre le marteau et l’enclume, la population rurale fit le choix du moindre mal et participa à la guerre pour sa survie. Autant que possible, les paysans se rangèrent du côté de la guérilla, qui pouvait leur offrir une protection contre les troupes impériales et parfois aussi, en faveur des paysans pauvres, de l’argent ou de la nourriture pris à l’ennemi ou à quelques malheureux riches propriétaires suspectés d’être des afrancesados. Les attaques des bandes de guérilleros contre les colonnes militaires qui convoyaient pour le ravitaillement les troupeaux de moutons, de bœufs, et les chars de grains, enlevèrent enfin aux impériaux une portion considérable de leurs moyens de subsistance. On peut mesurer le succès de la guérilla au taux d’hospitalisation des troupes impériales en Espagne, 20 % plus élevé que dans le reste de l’Europe, en raison de la sous-alimentation.

Des difficultés analogues se présentaient à propos des lourds impôts réclamés par les militaires dans les territoires occupés, du plus petit hameau jusqu’à la grande ville. Dans les campagnes surtout, les prescriptions législatives restèrent souvent lettre morte, particulièrement dès que la force des guérilleros augmenta sensiblement, à partir des derniers mois de 1811. De toute façon, une fois l’impôt acquitté, le problème demeurait d’en faire parvenir le produit à sa destination finale, sans qu’il ne tombe aux mains des bandes qui infestaient les chemins. Cette importante fonction de la guérilla avait déjà été remarquée et signalée par l’historien anglais Charles Oman 

La bataille pour les vivres et le numéraire se solda donc par une cuisante défaite française.

Un autre résultat d’importance obtenu par la guérilla pendant la guerre fut de mobiliser une quantité considérable de troupes impériales dans des fonctions de police, de maintien de l’ordre et de contre-guérilla, empêchant ainsi les généraux napoléoniens d’exploiter avantageusement leur supériorité numérique sur les armées alliées, luso-britanniques dans un premier temps, hispano-luso-britanniques ensuite. Dès le début des hostilités, les effectifs impériaux en Espagne ne cessèrent d’augmenter, passant de 100 000 hommes à l’automne 1807 à 350 000 en juillet 1811. Ce fut seulement à la fin de cette année, qu’en préparation de la campagne de Russie, les troupes furent réduites de 70 000 hommes. Malgré cette imposante supériorité, le maréchal Masséna ne put compter pour la campagne du Portugal que sur 65 000 hommes, quand, selon le même Masséna, les impériaux disposaient en Espagne de 406 348 hommes; l’Armée du Midi, commandée par le maréchal Soult, se composait en théorie au 1er septembre 1811 de 72 000 hommes et des 4 800 recrues de la garnison de Badajoz, mais ne pouvait pas en réalité aligner plus de 37 000 soldats pour entrer en campagne, les autres étant, soit malades (8 500), soit, comme l’avait bien vu A.-L. Grasset dans son étude classique sur Málaga, dispersés dans de multiples petites garnisons, ou enrôlés dans les colonnes mobiles lancées à la poursuite des guérilleros. « Cette équipée fatigante et coûteuse et des centaines d’autres semblables prouvaient surabondamment la difficulté de réduire par les armes les bandes insurgées. Pendant plus d’un an, les troupes de Malaga vont se consacrer, sous un ciel de feu, à cette tâche surhumaine qui les épuisera et ruinera leurs effectifs. » Comme on l’a déjà évoqué, les impériaux devaient aussi diviser leurs forces en de nombreux détachements pour acheminer les convois ou, pire encore, tant est flagrante la disproportion entre l’objectif à atteindre et les moyens mis en œuvre pour y parvenir, pour escorter ne fût-ce qu’un seul messager à cheval. En 1812 en Navarre, les escortes de messagers pouvaient mobiliser jusqu’à 600 hommes. À la fin de 1811, du littoral méditerranéen jusqu’à Oviedo, 90 000 hommes étaient requis pour protéger des attaques de la guérilla les communications avecla France. C’est la raison pour laquelle les impériaux ne purent réunir que 46 138 hommes à la bataille de Talavera, en 1809, 49 634 à celle de Salamanque, en 1812, et seulement 62 131 à la bataille de Vitoria, qui décida en 1813 du sort de la guerre. De leur côté, les alliés purent lancer sur le terrain 55 634 hommes à Talavera (20 641 Anglais et 34 993 Espagnols); 51 937 à Salamanque (30 578 Anglais, 17 999 Portugais, 3 360 Espagnols); et plus de 101 000 à Vitoria (45 102 Anglais, 27 989 Portugais, 28 347 Espagnols). Au moment de ce dernier engagement, les impériaux avaient plus de 70 000 hommes des trois armées du Nord, de Catalogne, et du Maréchal Suchet à Valence, retenus dans leurs régions respectives pour le contrôle du territoire et la répression de la guérilla. J’espère avoir suffisamment illustré les raisons de mon désaccord avec Charles Esdaile. En guise de conclusion, je présenterai quelques considérations générales sur le rôle et l’importance de la guérilla dans la guerre, même au-delà des pourtant considérables aspects militaires. Les troupes impériales arrivèrent en Espagne en ayant gagné toutes les guerres entreprises jusque-là contre les armées les plus aguerries et chevronnées d’Europe, et, après avoir établi leur supériorité par une longue série de victoires écrasantes, crurent pouvoir se cantonner dans la routine quotidienne de l’occupation, comme elles l’avaient fait sans problèmes en Allemagne, en Europe centrale ou en Italie, avant la création d’un système d’États satellites de la France. Maisl’illusion fut de courte durée, le rêve se muant très vite en un horrible cauchemar, dans lequel chaque endroit du pays cachait un poignard prêt à frapper, où un verre de vin offert avec le sourire était très souvent empoisonné. Les soldats impériaux, les jeunes recrues comme les grognards les plus expérimentés, éprouvaient à l’égard de l’Espagne une espèce de crainte révérencielle qui affectait leurs capacités militaires et encourageait la désertion, surtout chez les alliés, de même que l’insoumission en France. D’après Charles Esdaile, les déserteurs français auraient, en 1811, dépassé le nombre de 50 000. La guérilla a également apporté un important soutien psychologique à la population espagnole, surtout pendant les années 1810 et 1811, lorsque les nouvelles des champs de bataille ne faisaient état que de terribles défaites, que la confiance envers les armées ne cessait de faiblir, et qu’il semblait que le tyran de l’Europe allait triompher une fois de plus. Les guerrilleros jouissaient du soutien populaire, qui s’exprimait aussi bien par l’appui matériel apporté (nourriture, hébergement…) qu’à travers les renseignements sur les mouvements de l’ennemi, ou les fausses informations dispensées aux impériaux. Personne ne songe à nier qu’il y ait eu des scènes de brigandage, de pillage, de violence, atroces parfois, imputables à des hommes ou à des bandes qui se réclamaient de la guérilla. On ne peut pas davantage nier que la population et les authentiques guérilleros dénonçaient en général ces malfaiteurs, même aux autorités joséphines ou impériales, ou bien exerçaient directement sur eux une justice sommaire.

Sans vouloir mythifier la guérilla, ni en exagérer l’importance, on doit de toute façon admettre que son existence et sa présence active, pendant les longues et difficiles années de la guerre, exercèrent un poids essentiel sur l’issue du conflit.

Vittorio SCOTTI-DOUGLAS

Source : Vittorio Scotti-Douglas,  « La guérilla espagnole dans la guerre contre l’armée napoléonienne », Annales historiques de la Révolution française, 336 /avril-juin 2004: http://ahrf.revues.org/1683

 

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( 20 juillet, 2017 )

Marengo en chantant…

Penser à la musique lorsque l’on parle de Marengo et de la mort du général Desaix pourrait sembler un paradoxe. Cependant, la musique est présente doublement. D’une part, par la présence des musiques militaires sur le champ de bataille, dont les tambours et trompettes battent et sonnent les ordonnances. D’autre part, après la victoire, comme pour mieux commémorer l’événement, ou plus exactement les événements, car non seulement la bataille et la victoire furent transcrites en musique, mais aussi la mort du général.

À Marengo, l’armée de réserve n’a guère le temps de s’attarder sur les programmes musicaux. Certes, la Garde consulaire et son harmonie alignent quelques 25 musiciens. Mais lors dMarengo en chantant… dans HORS-SERIE Lejeune1-300x200u combat, les seuls airs qui retentissent sont d’abord ceux des batteries et des sonneries d’ordonnance.

La musique accompagne depuis très longtemps l’armée. Les premières traces écrites semblent dater de 1589. À cette époque, la fonction de la musique se résume à l’escorte des soldats lors de leurs déplacements ou dans les phases de combat. Ce ne sont pas des musiciens militaires qui jouent mais de simples gagistes à la solde des colonels propriétaires des régiments. Les premiers changements vont s’opérer quand l’armée, sous l’influence du maréchal Maurice de Saxe, va passer au stade de l’armée réglée. À partir de ce moment, la musique en fera partie intégrante. Malgré la persistance des gagistes, il existe désormais des musiciens ayant statut de militaires. Pourtant, leur rôle n’est qu’utilitaire ; ainsi le trompette, monté à cheval, sonne les marches, porte les messages, le timbalier scande les pas et le tambour transmet les mouvements aux troupes par une série de batteries.

Progressivement, les sonneries d’ordonnances vont être créées, puis normalisées. Le 14 mai 1754, par ordre du ministre le marquis de Paulmy, le lieutenant Joseph Henri de Bombelles réunit tous les tambours de France et de Navarre aux Invalides, et les place sous les ordres du tambour major Jacques Bouroux afin qu’ils reçoivent tous la même instruction. À partir de 1764, les Gardes françaises recrutent des cuivres et des instruments à anche. Ils formeront un corps à part de celui des fifres et des tambours. Puis en 1788, les ordonnances royales précisent en quelles occasions sont sollicitées les musiques militaires et réglementent les sonneries et batteries d’ordonnances.

Telle est la situation des musiciens militaires à la veille de la Révolution française. Il en sera ainsi jusqu’en 1790, année où le capitaine d’état major Sarrette obtient l’autorisation de constituer un corps de musique militaire, dont les fonctions principales sont une participation aux grandes cérémonies organisées par les responsables politiques et la formation des musiciens nécessaires. Ce sont ces musiciens qui vont parcourir l’Europe, suivant dans leurs différentes campagnes les régiments, traversant les pays et les villes. Ils sont simples exécutants, compositeurs ou chansonniers, mais ils sont, avant tout, militaires et sont pris en compte dans les règlements, les ordonnances ou les décrets qui déterminent leurs uniformes, leur logement ou leur solde. C’est cependant leur vie d’artistes au service des musiques, des chants et des fêtes qui a présentement retenu notre attention.

Les musiques militaires dans les régiments à l’époque du général Desaix.

En 1800, lors de la seconde campagne d’Italie, l’organisation des musiques varie selon les armes. Ainsi la Garde consulaire, issue de la Garde du Directoire, et qui accompagne le consul dans ses déplacements, possède-t-elle la phalange musicale la plus importante de toutes les armées françaises. Cette garde fut créée 18 jours après le coup d’État du 18 Brumaire. Elle est en fait le résultat de la fusion entre l’ancienne Garde du Directoire et celle du Corps législatif – ce qui représente un total de 2 089 hommes, infanterie et cavalerie confondues et aligne 25 musiciens, mais rapidement, dès septembre 1800, leur nombre passera de 50 à deux sous-chefs. À Marengo, la Garde compte donc 25 fantassins (2 flûtes, 5 premières clarinettes, 5 deuxièmes clarinettes, 4 bassons, 1 trompette, 4 cors, 1 serpent, 1 paire de cymbales, 1 grosse caisse et 1 tambour). Quant à la Garde montée, c’est à elle que revient l’honneur d’accueillir le timbalier.

Mais la Garde n’est pas la seule à accueillir des musiciens. Les fantassins et les cavaliers possèdent également leur harmonie. Pour cette campagne, et notamment à la bataille de Marengo, l’infanterie de ligne se conforme à la circulaire du 11 thermidor an VII [29 juillet 1799]. Si l’on se réfère à ses prescriptions, la musique est directement rattachée à l’état-major et elle comprend : 8 musiciens, 1 chef, 1 tambour major et 1 caporal tambour, auxquels il faut ajouter les tambours des compagnies, qui sont au nombre de 2 par compagnies (qu’elle soit de grenadiers ou de fusiliers). Ce qui représente un total de 54 tambours, puisqu’un régiment est composé de 3 bataillons de 9 compagnies chacun. Il est à remarquer que, réglementairement parlant, les musiciens portent l’uniforme du régiment et qu’ils fournissent et entretiennent, sur leurs deniers, leurs instruments. Les régiments doivent pourvoir au besoin des cymbales ainsi que de toutes les caisses et tambours.

Quant à l’infanterie légère, elle doit obéir à la loi du 23 fructidor an VII [9 septembre 1799]. Là aussi, la musique dépend de l’état-major et est composée de 7 musiciens, 1 chef, 1 tambour major, 1 caporal tambour, auxquels nous devons ajouter les 54 tambours des compagnies – un régiment d’infanterie légère étant également composé de 3 bataillons de 9 compagnies chacun, et les tambours sont au nombre de 2 par compagnie qu’elle soit de grenadiers ou de fusiliers. Autre corps possédant des musiciens et régi par la même loi, l’artillerie est une arme qui emploie à la fois des fantassins et des cavaliers. Elle comprend d’une part l’artillerie à pied et de l’autre celle à cheval – auxquelles s’ajoutent quelques corps particuliers qui ne possèdent que des tambours. Dans ce cas, comme dans le précédent, seuls les états-majors possèdent des musiciens. Si les effectifs de l’artillerie à pied sont calqués sur ceux de l’infanterie de ligne, auxquels il nous faut ajouter 40 tambours, issus des compagnies – car le régiment d’artillerie à pied aligne 2 bataillons de 10 compagnies chacun – ceux de l’état-major de l’artillerie à cheval comportent 8 musiciens, 1 trompette maître et 1 chef et les 12 trompettes des escadrons – un régiment comprend 3 escadrons de 2 compagnies. La cavalerie enfin ne déroge nullement aux règles précédentes. Que ce soient des corps de carabiniers, dragons, chasseurs à cheval ou hussards, tous possèdent un effectif de 6 musiciens, 1 chef et 1 trompette maître ainsi que 20 trompettes des escadrons – puisque les régiments alignent tous 5 escadrons de 2 compagnies.

Si en temps de paix, les musiciens militaires s’adonnent à leur passe-temps favori, faire de la musique, et rythment la vie militaire par toute une série de sonneries et batteries d’ordonnance, où les cornets, fifres et les tambours sont essentiels, il n’en est pas de même durant les périodes de guerres ou lors des combats. Ainsi, sur les champs de batailles les musiciens servaient à l’approvisionnement en munitions, puis après les combats, au ramassage des blessés. On avait bien essayé de les faire jouer lors des phases d’attaques, pour «donner plus de cœur» aux fantassins présents sur le terrain, mais ces musiques étaient par trop repérables, et elles se faisaient décimer par l’artillerie ennemie.

Pendant la bataille de Marengo, les armées consulaires sonnent et battent les ordonnances datant de l’Ancien Régime. Ce ne sera qu’en 1803 que David Bühl commencera à présenter ses nouvelles ordonnances. Parmi les batteries réglementaires dans l’Infanterie, il faut citer : Au Drapeau, La générale, Aux Champs, La Chamade, Le Ban, L’Assemblée, Le Réveil, La Diane, La Fricassée, L’Extinction des Feux, La Retraite, La Charge et plusieurs rythmes de marches. Les témoignages qui furent diffusés après la bataille de Marengo notent que « La Charge fut battue en même temps [que le feu de l’artillerie] sur toute la ligne ; et cet élan qui se communique comme la flamme aux cœurs des braves, ajoute encore à l’ardeur qu’inspire la présence d’un chef qui tant de fois les a conduits à la victoire [Desaix, à la tête de la 9e Légère] ». Citons également quelques commandements lancés par le trompette à la cavalerie : Le Boute-selle, Le Boute Charge, La Marche, L’Appel ou le Ban, La Retraite ou le Guet, La Sourdine, etc… Sans compter toutes celles qui permettent de gérer la vie des chevaux eux-mêmes : le réveil des animaux, leur repas, leur pansage, l’abreuvoir (plusieurs fois par jour)

Outre ces sonneries et batteries d’ordonnances, il existe tout un répertoire de musiques militaires utilisé lors de concerts ou de défilés. Nous en trouvons trace dans les publications du Magasin de Musique, dont les premières parutions s’effectuent dès le mois de germinal an II (mars 1794) et se poursuivront jusqu’en 1825 – il a pris alors l’appellation de Magasin de Musique du Conservatoire. Ces musiques, dédiées aux phalanges militaires, se répartissent suivant trois grandes familles : ouvertures et symphonies, suites d’harmonie, pas et manœuvres. Les compositeurs les plus connus de cette période collaborent à l’élaboration de ce répertoire. Ainsi Mathieu Frédéric Blasius, Simon Catel, François Devienne, Étienne Ozi, François Joseph Gossec, Nicolas Mehul, Louis Jadin, Henri Montan Berton ou Rodolphe Kreutzer. Mais il en existe d’autres dont la production est bien moins importante, comme Xavier Lefèvre, François René et Michel Joseph Gebauer, qui ont endossé la tenue militaire, ou Frédéric Duvernoy, célèbre corniste de l’époque. Leurs compositions requièrent des orchestres d’harmonie (le détail de l’effectif se trouve sur l’en-tête de la partition), comprenant souvent des vents par deux – sauf pour les trombones et les serpents, quand la partition est destinée à un petit effectif.

Les marches et pas de manœuvres cités ci-dessus, ainsi que les ouvertures écrites spécifiquement pour harmonie, ne sont cependant pas les seules partitions dont les chefs de musique disposent. Ils ont, dans leur sac de voyage, des ouvertures d’opéra retranscrites pour l’occasion. Il en est ainsi de l’ouverture de La Journée de Marathon de Rodolphe Kreutzer, de celle d’Iphigénie de C.W. Gluck, de celle de La Chasse du Jeune Henri de Méhul – transcrite par H. Jadin, ou des airs à la mode tels ceux de Sémiramis (Air des Africains), Les Bayadères de Julie Candeille, Airs de Tarare de Salieri, Ceux d’Œdipe à Colonne de Sacchini ou ceux de La Flûte Enchantée de Mozart. Parfois, les orchestres exécutent des pots pourris tel celui composé par Vanderhagen ou Beinet.

Cette activité artistique marque un bref répit dans une vie marquée, comme pour les autres soldats, par les risques pris au combat. Bien que ne participant pas toujours à la phase la plus violente des affrontements, certains de ces militaires se distinguent en effet par leur bravoure. Et comme pour les autres militaires des armées, ils eurent droit à un certain nombre de récompenses. Ainsi, un arrêté des Consuls du 4 nivôse An VIII décide de l’attribution de fusils, carabines, sabres, etc… mais aussi aux tambours des baguettes d’honneur garnies en argent […] (article 2), aux trompettes des trompettes d’honneur en argent (article 4). De fait, à Marengo, certains d’entre eux sont justement récompensés, comme le stipule l’arrêté suivant :

Arrêté du Premier Consul qui accorde des armes ou marques d’honneur à 29 militaires – du 29 messidor an VIII

Bonaparte, Premier consul de la République, arrête :

Il sera accordé des grenades d’honneur aux citoyens, […]

Il sera accordé des baguettes d’honneur aux citoyens, Sayer, Avoine, tambours des grenadiers de la Garde.

Il sera accordé des trompettes d’honneur aux citoyens, Bonnet, Krettly, brigadiers trompettes ; Norberg, trompette.

Le ministre de la Guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui sera imprimé.

Les chants des militaires.

Outre les musiques, la vie militaire est également rythmée par les chants. Les chansons militaires existent depuis l’Ancien Régime, elles ne sont donc pas spécifiques à la période révolutionnaire. Mais il existe certaines différences, notamment quant au mode de diffusion et au contenu. Ces chants paraissent dans les journaux militaires de l’époque, ainsi que dans les almanachs et quelques publications militaires tels Le Petit chansonnier des armées pour l’An III de l’ère républicaine. Jean-Roch Coignet, dans ses cahiers, témoigne qu’il arrive en Italie marchant en chantant Cadet Rousselle ou Il Pleut Bergère. Écrire une chanson militaire n’est pas le domaine réservé du seul soldat et si l’armée compte dans ses rangs de nombreux chansonniers, de tous grades et de tous corps, n’importe quel citoyen peut composer et faire publier son œuvre dans les journaux militaires. Les timbres qui servent de support aux chansons militaires sont donc sans surprise identiques à ceux qu’ont l’habitude de chanter les civils. Ainsi nous trouvons, outre La Marseillaise, l’air Une femme de Province (tiré de Figaro), On va lui percer les flancs, Ah ! De quel souvenir affreux (tiré des Visitandines), Veillons au salut de l’empire, Français laisseras-tu flétrir, On doit soixante mille francs. Les textes privilégient les descriptions des campagnes et des victoires, le quotidien du soldat (ses affres, pour les chansons les plus politiques), ses amours, jusqu’aux chansons à boire.

Marengo et l’image de Desaix dans la musique er les chants révolutionnaires.

En ce tout début du Consulat, la musique reste encore le moyen le plus sûr pour honorer et commémorer les grands événements, même si les fastes révolutionnaires sont déjà loin et si ceux de l’Empire ne sont pas encore à l’ordre du jour. À la lecture des messages diffusés des grands organismes de l’État, nous ne pouvons que remarquer que la machinerie de la propagande musicale est belle et bien mise en place. Dans le cas de Marengo et de la mort de Desaix tout est mis en œuvre pour célébrer à la fois la victoire et la perte d’un personnage important. Pour en avoir la certitude, il nous suffit de nous reporter au Message et Vœu du Tribunat, sur la Bataille de Marengo, du 3 messidor an VIII:

« Le Tribunat, après avoir entendu la lecture d’un message des consuls, relatif à la victoire de Marengo, émet le vœu dont la teneur suit :

Qu’il soit donné aux armées de la République des témoignages solennels de la reconnaissance nationale.

Que la mémoire de l’immortel Desaix soit honorée dans la fête du 14 juillet prochain.
Le tribunat arrête de plus qu’il sera fait aux consuls de la république un message dont la teneur suit :

Consuls,

Votre message, sur la journée de Marengo, a inspiré au tribunat le vœu qu’il s’empresse de vous communiquer. L’armée s’est couverte d’une gloire nouvelle, mais elle a perdu un de ses héros. La mort de Desaix est un malheur public au sein des plus éclatants triomphes.
Que le Premier Consul revienne vainqueur et pacificateur : tel était, en Ventôse dernier, le vœu ou plutôt le présage du tribunat. Déjà la victoire a préparé et commencé la paix. La paix est le besoin des peuples ; elle est l’intérêt le plus vrai des gouvernements ; le tribunat sachant qu’elle est l’objet des travaux du gouvernement français. Puisse l’armistice de Marengo être le prélude du repos et du bonheur des nations !
La campagne de l’an VIII affermit la puissance de la République ; elle honore les magistrats chargés, les témoignages de la satisfaction qu’il éprouve, en apprenant leurs triomphes et la délivrance des patriotes italiens ».

Ainsi, les deux premiers articles sont explicites : il faut fêter dignement sur tout le territoire national la Victoire de Marengo ; la mort du général Desaix, elle, sera plus spécifiquement célébrée lors des cérémonies du 14 juillet. De fait, immédiatement après la victoire, au château de Marengo, on festoie et on chante, puis Bonaparte fête l’événement quatre jours après la Victoire, soit le 29 prairial (18 juin), à Milan, en se rendant à la cathédrale pour y entendre un Te Deum. Il en est de même dans toute la France qui célèbre la victoire bien avant l’entrée du général dans Paris. La fête se répand d’ailleurs tout au long du trajet de son retour, de Saint-Jean de Maurienne à Lyon, de Dijon à Villejuif.

Dans la capitale, la réalisation est grandiose. Dès le 2 messidor (21 juin), on chante un Te Deum en l’église Saint Gervais, puis le 5 messidor à Notre-Dame. Le 26 messidor (14 juillet), la cérémonie regroupe trois orchestres et quelques trois cents musiciens. Les gardes nationales sont présentes et on rapatrie la garde consulaire pour l’occasion. Dans toutes les rues, défilent des troupes menées par les musiques et tambours. Cet événement, qui frappe les imaginations, suscite quelques partitions dont le succès, bien que très temporaire, est tout de même réel si l’on en juge par le nombre d’éditions. La Bataille de Marengo de Bernard Viguerie, transcrite pour harpe, violon et basse, est ainsi publiée quatorze fois et sa diffusion dépasse les frontières de la France puisqu’on en trouve des réimpressions à Hambourg, Copenhague, Amsterdam, New York, Philadelphie et Boston. Les compositeurs français ne sont d’ailleurs pas les seuls à vouloir fixer cet épisode dans les mémoires. Pensons, aux côtés des ouvrages de Pierre César ou de Dreux, à la composition pour orchestre d’harmonie de George Friedrich Fuchs. D’une manière générale, ces musiques se veulent très descriptives. Elles recourent à l’emploi de clusters (très prisé par les clavecinistes de la période précédente) qui simulent les tirs des armes (qu’elles soient fusils ou les canons). Les compositeurs figurent également les coups de sabres, les ennemis renversés sur le champ de bataille ou en fuite…

Indépendamment des partitions instrumentales, il existe quelques chansons qui fêtent cet événement. Sont mentionnés sur le programme du Portique Républicain le citoyen Authenac pour ses Stances lyriques sur la bataille de Marengo, le citoyen Cournand (Stances sur les victoires de nos armées en Italie, mises en musique par le citoyen Fridzeri) et le citoyen Beauvarlet-Charpentier (Couplets sur la Victoire de Marengo).

Quant à la célébration de la mort du général Desaix, le Tribunat choisit de la faire coïncider avec l’une des deux fêtes nationales maintenues par la loi du 3 nivôse an VIII, le 14 Juillet, jour qualifié de « Jour de la conquête de la liberté sur le despotisme ». Quel plus bel hommage rendre au défunt général ! Outre les commémorations officielles, sa mort fut honorée autrement, notamment par des couplets. Le 16 messidor an VIII, au programme du Portique Républicain, quelques pièces le prouvent : Éloge funèbre du général Desaix par Dubroca, Couplets sur le général Desaix par Félix Nogaret, mis en musique et exécutés par le citoyen Beauvarlet-Charpentier. Desaix fut également célébré dans la Bataille de Marengo de Bernard Viguerie ; dans le Chant national du 14 juillet 1800 dont les paroles sont de Fontanes et la musique de Méhul. Le Moniteur universel rapporte que la foule manifesta sa peine lorsque fut prononcée la phrase : « Tu meurs, brave Desaix ! » sur un accompagnement de tam-tam qui rendait le moment très pathétique. Lors de l’inhumation du héros sur le Mont-Saint-Bernard, Vivant Denon demande à Lesueur, directeur de la Musique de l’Empereur, l’exécution d’une musique guerrière faisant appel aux harmonies militaires, celle de la Garde et d’autres corps1. Au programme est prévu un morceau d’harmonie funèbre et un autre guerrier…

En ce début de Consulat, existe indéniablement une sensibilisation du public et des pouvoirs aux musiques militaires et aux artistes qui les portent – le statut du musicien figure à présent dans les lois, décrets ou ordonnances. Sans doute les premières n’ont-elles pas encore le faste dont elles feront preuve sous l’Empire. Toutefois, au commencement de campagne d’Italie, tous les régiments qui possèdent un état-major sont censés entretenir plus qu’une clique, une harmonie (il est à remarquer que Napoléon supprimera celles de la cavalerie pour des raisons purement économiques, mais ne tardera guère à les remettre en place). La musique militaire devient une arme efficace de la propagande, surtout à partir de la campagne d’Égypte. Outre le fait qu’elle distrait les populations, elle peut les impressionner et servir ipso facto la diplomatie Elle devient aussi essentielle au moral du soldat dépaysé. Les musiques militaires n’ont-elles pas déjà aidé à la traversée des Alpes, des airs entraînants stimulant des hommes chargés comme des chevaux de bât ? Sillonnant les routes d’Europe, les grognards de l’Empire trouveront dans les sons et les paroles un réconfort égal à celui du courrier : la musique, c’est un morceau de la France que l’on transporte avec son régiment, la chanson, un peu de son « pays » dans sa besace. C’est sans doute pour cette raison que les frasques des musiciens seront tolérées par l’Empereur et leurs entorses aux règlements rapidement oubliées.

Marie-Hélène PARDOEN

Source : Marie-Hélène Pardoen, « Marengo en chantant », Annales historiques de la Révolution française, 324/avril-juin 2001. http://ahrf.revues.org/386

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( 18 juillet, 2017 )

Les LECTURES de NAPOLEON en 1812…

 

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Au commencement de la campagne de Russie, Napoléon lisait parfois des ouvrages sur ce pays mais aussi surla Pologne. Son secrétaire Méneval les avait empruntés à la bibliothèque du roi de Saxe, et ces ouvrages ayant été brûlés durant la retraite avec le fourgon qui les portait, Napoléon- homme inimitable qui rendait les livres prêtés- ordonna de les acheter coûte que coûte et de les envoyer à la bibliothèque de Dresde. Mais en 1812, comme dans toutes ses campagnes, Napoléon a lu des romans, des mémoires, et Ségur ne manque pas de le représenter à Moscou « passant de longues heures à demi couché, un roman à la main ». Le 7 août 1812, Méneval écrit au bibliothécaire Barbier que l’Empereur voudrait remplis ses moments de loisir et qu’il souhaite avoir des livres amusants, de bons romans, soit des nouveaux, soit des anciens qu’il ne connaît pas, et des mémoires d’une lecture agréable. Le 30 septembre, Duroc reproche à Barbier de ne pas envoyer exactement à l’Empereur les récentes publications. Pourquoi, dit le duc de Frioul, ne pas profiter des occasions et ne pas remettre les livres à l’estafette de la malle ou aux auditeurs du conseil d’Etat qui viennent apporter le portefeuille des ministres ? Quelles furent les lectures de Napoléon durant la campagne ? On l’ignore. On sait seulement qu’après avoir lu en France le « Charles XII » de Voltaire, -et la partie militaire de ce livre lui parut, à tort, croyons-nous, aussi peu  véridique que le plan de campagne développé par Mithridate à ses fils dans la pièce de Racine-il lut le « Journal » d’Adlerfeld qui jugea ennuyeux exact et supérieur au récit de Voltaire. On sait aussi qu’il reçut à Vitebsk un ouvrage de Laplace, « La Théorie analytique des probabilités ». Il ne le feuilleta même pas : « Il est un temps, mandait-il à Laplace, où je l’aurais lu avec intérêt ; aujourd’hui je dois me borner à vous témoigner la satisfaction sue j’éprouve toutes les fois que je vous vois donner de nouveaux ouvrages qui perfectionnent les mathématiques, cette première des sciences. » . 

Arthur CHUQUET. 

 

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( 13 juillet, 2017 )

Deux présidents et leurs épouses aux Invalides…

Ce jeudi 13 juillet 2017, dans l’après-midi, le Président de la République Française a fait découvrir le tombeau du Grand NAPOLÉON au Président des Etats-Unis d’Amérique.  

13 juillet 2017

Crédit-photo: REUTERS. Cliché diffusé sur ce site: http://www.lejdd.fr/politique/on-vous-raconte-la-premiere-journee-de-donald-trump-a-paris-3388625

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( 2 juillet, 2017 )

A propos du nombre de troupes françaises repassant le Niemen…

A propos du nombre de troupes françaises repassant le Niemen... dans HORS-SERIE 1812

Dans un article de Jean TULARD résumant bien l’année 1813 et la campagne d’Allemagne (« Valeurs Actuelles » du 18 juillet 2013), l’éminent historien annonce le chiffre de « 25 000 hommes » repassant le Niémen. Ce qui n’est, à mon avis, pas réaliste.

Robert Vilatte des Prugnes, dont nul n’a contesté les chiffres, estime que les effectifs de la Grande Armée au retour de la campagne de 1812 s’élevaient à 104,000 hommes.  Il cité également le « Carnet de situation » de mars 1813 qui affiche un total de 111,466 hommes pour la période allant du 10 au 20 février 1813 (Voir son article publié en 1913 dans la « Revue des Études Historiques », pp. 243-287).

C.B.

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( 30 juin, 2017 )

Les PERTES FRANCAISES durant la CAMPAGNE d’ESPAGNE (1808-1814).

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« L’écrivain Léon Meyniel, très bien disposé à l’égard de tout ce qui touche Napoléon estime que, dans l’affaire d’Espagne, les morts français s’élèveraient à 70 000. A quoi il y aurait lieu d’ajouter ceux des contingents étrangers, plus évidemment ceux de Cadix et de Cabrera. En tout donc à peu près 100 000. La proportion normale donnerait 200 000 blessés. Ce qui finalement aboutirait à un total de 300 000 hommes. Le lieutenant-colonel Clerc, lui, pense que nos pertes se sont élevées à 473 000 Français. Ce chiffre me paraître être trop fort pour les effectifs engagés.  Marbot est un témoin plus direct, au surplus sans aucun motif de partialité dans un sens ou dans l’autre.  Voici ce qu’il écrit : « Dans la péninsule ibérique, les français ont eu 200 000 hommes tués ou morts dans les hôpitaux ; auxquels il faut joindre les 60 000 perdus par nos alliés de diverses nations ».  A titre de comparaison, il est intéressant de remarquer que la guerre d’Espagne nous aurait, à nous seuls Français, coûté exactement deux fois plus que la guerre de 1870 alors que, au début du XIXème  siècle, notre pays était d’un tiers moins peuplé.  Quant aux Espagnols, ils calculent que, pour eux, ils auraient, d’une manière ou d’une autre, perdu 5 000 000 des leurs.  Pour une population total de douze millions d’âmes, la saignée se trouverait ainsi être très supérieure à celle de la France de 1914 à 1918.

On comprend qu’elle ait laissé un terrible souvenir ». 

Georges ROUX

(« Napoléon et le guêpier espagnol », Flammarion, 1970). 

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( 29 juin, 2017 )

La bataille de Bautzen (20 et 21 mai 1813) analysée par Carl von Clauzewitz.

La bataille de Bautzen (20 et 21 mai 1813) analysée par Carl von Clauzewitz. dans HORS-SERIE ltzenLe 14 mai, l’armée installa son camp près de Bautzen, un demi-mille en arrière de la ville. La ville et le terrain environnant étaient occupés par l’avant-garde sous les ordres du général comte Milora­do­witch. Le camp proprement dit avait son aile gauche derrière HIein-Jenkwitz, son centre derrière Gross­-Jenkwitz et Bas­chütz et sa droite appuyée à Kreckwitz.

La chaîne de hauteurs qui sépare le ruisseau de Klein-Bautzen de l’armée, entre Kreckwitz et Nieder­-Gurkau, ne fut pas occupée au début, pour ne pas étendre par trop la position. Lorsque le général Barclay de Tolly, qui s’était em­paré de Thorn, eut rejoint l’armée le 17, avec 14 000 hom­mes, en passant par Sprottau, il prit position sur les hau­teurs de Kreckwitz et forma l’aile droite de l’armée. Devant le front, et derrière les villages de Gross, KIein-Jenkwitz et Baschütz, on créa des embrasures pour l’artillerie, afin de lui donner l’avantage d’un tir à couvert sur l’ennemi, car on prévoyait une longue et violente canon­nade. L’armée goûta là un repos de huit jours, dont elle avait grand besoin après tant de marches et de combats. L’ennemi se montra, il est vrai, dès le 15, devant nos avant-postes ; mais il se contenta de les rejeter un peu en arrière, et de faire camper son avant-garde sur les hauteurs opposées, ce qui n’empêcha pas nos avant-postes de rester établis au bord de la vallée. L’armée s’était vu rejoindre, après la bataille de Gross-Görschen, par le général Kleist avec 5 000 hommes, par le général Barclay avec 1 000, par 3 000 hommes de la réserve prussienne, et quelques milliers d’hommes de ren­forts rus­ses. Elle s’était donc augmentée de 24 à 25 000 hommes. Si l’on évalue à 46 000 hommes les pertes qu’elle avait subies à la bataille de Gross-Görschen et dans les combats qui avaient suivi, on peut admettre qu’elle comptait 80 000 hommes prêts à entrer en ligne.

Quant aux forces de l’ennemi,. on ne saurait rien en dire de précis. Il paraît certain toutefois que ce n’est pas sans intention que l’Empereur resta immobile et inactif pendant huit jours devant Bautzen. D’après des renseignements ulté­rieurs, d’importants renforts traversèrent Dresde à cette époque, et il est certain qu’une partie des troupes de Davout avait été rappelée du bas-­Elbe. En outre, la garnison saxonne de Torgau et la grosse cavalerie qui était allée en Bohême avec le roi de Saxe, avaient dû rejoindre l’armée française en même temps que le contingent wurtembergeois. On peut donc admettre que les pertes de l’ennemi à Gross-Görschen et aux autres combats ont été largement compensées et qu’à la bataille de Bautzen les forces françai­ses s’élevaient de nouveau à 420 000 hommes. Dans ces conditions, puisqu’on avait affaire à une su­périorité numérique presque aussi considérable qu’à Gross Görschen, il n’eût pas été à propos de livrer bataille, si le système des Alliés n’avait pas consisté à disputer au­tant que possible le terrain à l’ennemi, et à montrer à l’Eu­rope que notre première bataille n’avait nullement été une défaite, et que, ni matériellement, ni moralement, nous n’étions hors d’état de tenir tête à l’ennemi. Il valait mieux donner aux Autrichiens cette conviction que nous étions résolus à ne pas épargner nos forces, et à ne pas nous en remettre à eux du soin de délivrer l’Europe, pendant que nous garderions une expectative pusillanime. En raison de sa supériorité morale, l’armée nourrissait le désir de se mesurer de nouveau et aussi vite que possible avec l’ennemi ; une nouvelle retraite sans combat aurait anéanti ce beau zèle et affaibli la confiance dans le comman­dement. La région de Bautzen était, comme nous le démon­trerons avec plus de détail, favorable à nos armes ; par suite, on convint de tenter encore une fois sur cette position de ré­sister aux forces ennemies.

Le 18, on apprit que le général Lauriston, qu’on avait envoyé contre la Marche dans la conviction que les Alliés seraient désormais incapables de résistance, s’avançait par Hoyerswerda. Aussitôt, le corps de Barclay, auquel se joignit celui d’York, fut dirigé vers cette localité.

La marche s’exécuta sur deux colonnes dans la nuit du 18 au 19. La colonne de gauche, sous le général Barclay, tomba près de Koenigswartha sur le corps du général Lau­riston, le repoussa après une lutte opiniâtre et lui enleva 2 000 prisonniers et 11 canons. La colonne, de droite, sous le général York, forte d’environ 5 000 hommes, rencontra à Wleissig le corps du maréchal Ney qui s’était réuni à celui du général Lauriston. Les attaques répétées du général York contre les forces bien supérieures du maréchal Ney contri­buèrent beaucoup à empêcher le maréchal de se porter au secours de Lauriston. Grâce à cet effort, qu’York continua jusqu’au soir, le combat de Barclay contre Lauris­ton prit une tournure favorable et les positions du champ de bataille fu­rent maintenues jusqu’à la nuit. L’obscurité étant venue, le corps prussien retourna à l’armée principale. La direction prise par les corps de Ney et de Lauriston sur le flanc droit de Bautzen dévoilait l’intention de ces deux généraux de tourner la position par Gleina et Preititz, le premier de ces deux villages se trouvant un petit demi-mille derrière l’emplacement de l’aile droite, à Kreckwitz. Il fallut donc chan­ger de position, et le 20, premier jour de la bataille, l’armée était établie de la façon suivante L’aile gauche occupait une petite colline derrière Klein-Jenkwitz. La ligne de front, passant par les villages de Gross-Jenkwitz et Baschütz, se dirigeait sur Krechwitz et de là vers Nieder-Gurkau sur la Sprée, où le flanc droit, décri­vant une légère courbe en arrière, la Sprée devant lui, allait aboutir au moulin à vent de Gleina.

Klein-Jenkwitz est situé près d’un ruisseau qui des­cend de la haute croupe à laquelle est adossé Hochkirch ; cette croupe longeait donc le flanc gauche de la position. Le ruisseau coule de Klein-Jenkwitz par Nadelwitz, Nieder­kaina et Basankwitz jusqu’à Kreckwitz où il fait un léger coude à droite pour atteindre Gleina en passant par Klein­Bautzen et Preititz. Ce ruisseau décrivait donc une courbe devant le front : au centre il s’en éloignait d’environ 4 500 pas et formait une sorte de demi-lune entièrement plane. A Kreckwitz, il coupait la position, tandis que l’aile droite oc­cupait le secteur compris entre lui et la Sprée ; cette rivière coule, en effet, pendant un quart de mille, tout à fait parallè­le­ment an ruisseau. A Gleina, il venait effleurer sur les ar­rières l’extrême aile droite de la position, parce que ce flanc (potence) courait depuis Nieder-Gurkau jusqu’à Gleina, dia­gonalement entre lui et la Sprée. De même que le ruis­seau couvrait le front jusqu’à Kreckwitz, de même la Sprée cou­vrait le flanc de Nieder-Gurkau à Gleina. L’espace com­pris entre Kreckwitz et Nieder-Gurkau est découvert et large d’environ 1 500 pas ; en avant se trouvent des hau­teurs qui, près du village de Burk, forment la limite de la vallée de la Sprée. Tout le terrain, depuis Klein-Jenhwitz jusqu’à Krecl­cwitz peut être considéré comme une plaine, quoique l’aile gauche se trouvait un peu plus élevée. Mais, derrière la posi­tion, le terrain monte dans la direction d’Hochkirch.

Entre Kreckwitz et Nieder-Gurkau se trouvait le groupe de collines dont il a déjà été question et qui servit de position principale au corps du général Blücher. Les villa­ges situés en avant de cette position et plus près de la Sprée fu­rent occupés par des troupes légères. L’extrême aile droite, sous Barclay, était à Gleina et sur la position avan­tageuse du Moulin a vent. Elle avait devant elle, a portée de canon, le défilé de Klix, au delà de la Sprée ; il s’agissait donc d’organiser la défense sur la rivière même, c’est-à-dire der­rière les villages de Nieller-Gurkau, Doberschütz, Plies­ko­witz et Malschwitz. Cependant, le mont du Moulin à vent près de Gleina, offrait un point très avantageux pour défen­dre, à portée de canon, les passages de la Sprée en aval de Malschwitz. Le 20, les troupes étaient réparties de la façon sui­vante sur cette position Le lieutenant général de Berg avec son corps, envi­ron 4 000 hommes, à l’aile gauche, derrière Jenkwitz ; à sa droite, le lieutenant général York et 5 000 hommes de trou­pes jusque derrière Baschütz. De Baschütz jusqu’à Krech­witz était un espace d’environ 2 000 pas, complètement plat, où aucune troupe ne se trouvait en première ligne. Il était couvert par la réserve des cuirassiers placée en ar­rière.

De Krechwitz à Nieder-Gurkau, en passant par Do­berschütz jusqu’à Plieskowitz, s’étendait le front du corps Blücher qui, sans la réserve de cuirassiers, peut être éva­lué à 18 000 hommes. A Gleina se tenait le général Barclay avec 14 000 hommes. Le général Blücher était d’ailleurs séparé du général Barclay par une ligne continue d’étangs avec peu de points de passage ; cette ligne commence à Plieskowitz sur la Sprée et se termine à Preititz sur le ruisseau.

Devant ce front, à Bautzen et aux environs, se te­naient 10 000 hommes sous les ordres du général Milorado­witch et sur les hauteurs de Burck, 5 000 hommes sous le géné­ral Kleist. La garde impériale et le reste de l’infanterie russe, 16 000 hommes environ, étaient établis en arrière du front, formant une réserve derrière l’aile gauche et le centre. En partie derrière eux, en partie à leur droite, se trouvaient les réser­ves de cavalerie russe, en tout 8 000 hommes, pour la plu­part des cuirassiers. Le front depuis Klein-Jenkwitz et Kreckwitz jusqu’à Gleina, par Nieder-Gurkau, embrasse plus d’un mille alle­mand. Par la configuration du terrain même, la position avait donc une très grande étendue. Cependant, la croupe élevée qui s’étend vers Hochkirch, en suivant l’aile gauche, devait être occupée dès que l’ennemi ferait mine d’y envoyer des masses importantes de troupes. C’est, en effet, ce qui arriva par la suite, car une partie des réserves, notam­ment la division du prince de Wurtemberg et une fraction du corps de Miloradowitch allèrent s’y établir et prolongèrent ainsi le front d’un demi-mille. A l’aile gauche, en terrain montagneux, le défenseur avait naturellement beaucoup d’avantages. En plaine, depuis KIein-Jenkwitz jusqu’à Krecklwitz, l’ennemi avait peu de chances de percer. Il fallait, en effet, passer le ruisseau ma­récageux sous le feu meurtrier d’une puissante artillerie qui était cachée dans des coupures du terrain et que l’ennemi aurait difficilement réduite au silence avant d’entreprendre son mouvement.

Les villages de Gross-Jenkwitz et de Baschütz étaient organisés défensivement, une nombreuse cavalerie était à proximité ; enfin, la partie de la plaine qui s’étend de Bas­chütz à Kreckwitz était si puissamment flanquée par la hau­teur de Kreckwitz, formant en quelque sorte saillant sur la position où était établie l’aile gauche de Blücher, que l’ennemi ne pouvait faire un pas en avant sans être préala­blement maître de la région de Kreckwitz. D’autre part, la position du général Blücher à Kreck­witz et à Nieder-Gurkau se trouvait sur des hauteurs avan­tageuses d’où elle avait des vues sur la vallée de la Sprée couverte de prairies en terrain plat. Comme front, on ne pou­vait pas demander mieux. Cependant, l’espace com­pris entre Kreckwitz et Malwitz), en passant par Nieder-­Gurkau, était d’un demi-mille trop grand pour 18 000 hom­mes, et d’autre part, le général Blücher, qui était éloigné d’un quart de mille de l’armée, était forcé, en cas d’échec, de se retirer par deux défilés à travers le ruisseau maréca­geux, et il ne pouvait pas non plus se passer d’une importante réserve. Par suite, il lui devenait impossible de dé­ployer plus de 12 000 hommes sur son front. Le général Barclay occupait un point sans doute fort avantageux, mais il était entouré de bois et plus éloigné en­core de l’armée que le général Blücher.

Le, 20, vers midi, l’ennemi attaqua le général Kleist sur les hauteurs de Burk et le général Miloradowitch à Baut­zen. Bientôt, le combat devint très violent, surtout du côté du général Kleist. L’ennemi considérait la possession de ces hauteurs comme le prélude nécessaire de la bataille et il amena, peu à peu, tant de troupes au combat, qu’il fallut soutenir le général Kleist. Cinq bataillons du corps de Blü­cher lui furent successivement envoyés. Dans le but de tour­ner le général Kleist sur son flanc droit, l’ennemi tenta de percer à Nieder-Gurkau vers 3 heures de l’après-midi. Mais là il rencontra quelques bataillons de la brigade de Ziethen du corps de Blücher et fut exposé au feu des batte­ries russes et prussiennes avantageusement établies sur les hauteurs, non loin et en arrière du défilé. Sur ce point, le combat se borna donc à un échange énergique de coups de fusil. En revanche, du côté du général Kleist, l’ennemi fit des efforts plus sérieux qui contribuèrent beaucoup rehaus­ser, en cette journée mémorable, la gloire et renommée de ce général remarquable et de ses troupes. Les attaques opiniâtres que l’adversaire entreprit en­tre midi et 8 heures du soir pour venir à bout des Prus­siens dans leur position tout à fait favorable ont principa­lement contribué aux pertes qu’il a subies dans la bataille de Baut­zen. Les 18 000 blessés qui de Bautzen ont été transportés à Dresde nous en ont donné la preuve évidente. Près de Bautzen, du côté du général Miloradowitch, le combat quoique sérieux, fut moins violent que contre le gé­néral Kleist. En outre, l’ennemi avait repoussé jusque dans les hautes montagnes les détachements russes qui, sous le commandement du général Emmanuel, étaient établis à gauche de Bautzen, et il avait envoyé à leur suite d’importantes masses de troupes. Cependant, les détache­ments rus­ses furent renforcés par une infanterie plus nom­breuse et, sur ce point, l’ennemi ne réussit pas non plus à dépasser les troupes avancées pour se jeter sur le flanc gau­che de l’armée, comme il parait en avoir eu l’intention. Rien ne fut entrepris ce jour-là contre le général Bar­clay, à l’extrême aile droite, sans doute parce que le maré­chal Ney et le général Lauriston n’étaient pas encore arrivés.

Ainsi se termina, à la tombée de la nuit, le combat du 20, dont on ne pourrait dire exactement s’il fut la ba­taille principale ou simplement un acte préparatoire. En effet, bien que du côté des Alliés on se fût contenté de dé­fendre certains points préalablement occupés et d’empêcher ainsi l’ennemi de pénétrer jusqu’au cœur de la position principale, la résis­tance due à la bravoure des troupes et aux avantages du ter­rain fut si grande et les pertes de l’en­nemi furent si nom­breuses qu’on était en droit d’espérer que l’adversaire s’abstiendrait de toute nouvelle attaque. Cependant, on ne voulait pas transformer ces points en champ de bataille pro­prement dit, dans le cas où l’ennemi renouvellerait son atta­que le lendemain, d’abord parce qu’on se promettait plus de succès sur la position princi­pale, ensuite, parce qu’une atta­que contre Barclay était inévitable dans ce cas et que sa po­sition avancée devenait intenable. On se décida donc, à la tombée de la nuit, à ramener les corps du général comte Mi­loradowitch et du gé­néral Kleist sur la position principale. Le général Milora­dowitch fit sa jonction avec le général de Berg et le général Kleist avec le général York.

Ainsi, les troupes, avec le sentiment réconfortant de s’être heureusement défendues, passèrent la nuit sur le champ de bataille, et, si quelque chose devait affirmer le suc­cès d’une journée, c’était bien de voir régner chez les soldats un ordre et un calme qu’on trouve rarement après un combat si meurtrier.

Le 21, quelques heures après le commencement du jour, on entendit les premiers coups de fusil. L’ennemi re­prenait son attaque en la dirigeant sur trois principaux points de la position : contre le général Blücher, contre le général Barclay, à gauche dans la montagne et, plus tard, pendant que s’engageait un combat de tirailleurs et d’artillerie, il déployait ses forces sur tous les points à la fois. Au centre, où la vue pouvait s’étendre librement, on vit venir sur les hauteurs, à droite et à gauche de Bautzen, de grosses colonnes qui allèrent s’établir en face de la posi­tion principale, hors de la portée du canon. Cette masse de troupes pouvait être évaluée à 30 ou 40 000 hommes. A peine ces troupes avaient-elles pris position qu’on vit s’élever sur les hauteurs de Burk des colonnes de fumée ; c’était le signal d’attaque pour le maréchal Ney et le général Lauriston. Ceux-ci étaient arrivés avec 30 000 hommes qu’ils lancèrent sur Barclay. Le combat, devenu bientôt très vio­lent, dura jusque vers 10 heures. Le général Barclay, repoussé par un ennemi supé­rieur en nombre, fut réduit à abandonner le Moulin à vent de Gleina et à se retirer peu à peu derrière le ruisseau auquel il était adossé ; il ramena ensuite une, partie de ses troupes par le cours d’eau de Löbau jusque sur les hauteurs de Ba­ruth. Comme ce point était un des plus sensibles de la posi­tion, le général Kleist reçut l’ordre de marcher au secours du général Barclay ; mais celui-ci, très affaibli par le combat sanglant de la veille et réduit à 3 000 hommes à peine, ne put repousser un ennemi supérieur et ne parvint qu’à faire sus­pendre le combat. Pendant ce temps, l’engagement s’était vivement ra­nimé dans la montagne. L’ennemi, toutefois, ne fit aucun progrès dans la journée. Le prince de Wurtemberg et le gé­néral Miloradowitch défendirent ce point, pas à pas, en fai­sant donner toute leur infanterie, et les avantages du ter­rain coûtèrent à l’ennemi un très grand nombre d’hommes.

Au centre, l’ennemi s’était très peu avancé, de sorte que le feu de l’artillerie venait seulement de commencer. Du côté du général Blücher, auquel, sur la rive opposée de la Sprée, un bois cachait la force de l’ennemi, on s’était borné à un combat de tirailleurs dans la vallée. Les choses en étaient là, vers midi, lorsque le maréchal Ney et le général Lauriston envoyèrent des détachements sur la droite et s’emparèrent du village de Preititz. Le village se trouvait entre le général Blücher et le général Barclay, sur le ruisseau souvent cité, près de Klein-Bautzen, par conséquent derrière l’aile droite du général Blücher. Cette localité était pour le général Blücher de la plus haute importance. Si l’ennemi parvenait, de là, à s’emparer des villages voisins, Klein-Bautzen et Purschwitz, non en­core occupés, le général Blücher ne pouvait plus rejoindre le reste de l’armée que par Kreckwitz. Or, Kreckwitz se trouvait en face de la position, sous le feu de l’artillerie enne­mie, il n’avait pu, en outre, être occupé que par un batail­lon et, l’en­nemi étant tout prés, à Bazankwitz, on n’était pas très sûr de pouvoir se maintenir à Kreckwitz. Le général Blücher se décida donc, quelque besoin qu’il en eût dans sa situation, à renoncer à la seule réserve qu’il eût avec lui, et à la faire marcher au secours du géné­ral Barclay, afin de pouvoir reprendre le village de Preititz. La lutte n’étant pas encore sérieusement engagée, il espé­rait que la brigade de réserve pourrait amener une diver­sion en survenant ainsi sur le flanc droit du maréchal Ney et de Lauriston. En même temps, une partie de la cavalerie de ré­serve prussienne fut envoyée vers la Sprée, qui sépa­rait alors le général Blücher du maréchal Ney, pour obser­ver les passages, menacer de plus en plus le flanc droit de l’ennemi et diriger sur lui les coups de la grosse artillerie. A peine ces dispositions étaient-elles prises et les troupes mises en mouvement que l’ennemi se précipita sur la position même de Blücher. A Pheskowitz d’abord, puis à Nieder-Gurkau et, enfin, sur toute la ligne de la Sprée s’engagea un violent combat de mousqueterie. Au bout d’une heure, et alors que la seconde ligne d’infanterie avait dû être amenée, le général Blücher, incertain de pouvoir conserver sa ligne, donna ordre à la brigade de réserve de battre en retraite et d’alter prendre position à Purschwitz pour parer à l’imprévu. Cependant, celle brigade s’était déjà mise en mou­vement sur Preititz et, se reliant au corps de Kleist, elle avait attaqué le village. Déployant une bravoure extraordi­naire, ces bataillons pénétrèrent dans le village et, malgré de très grosses pertes, s’en emparèrent rapidement. Ils s’y maintinrent pendant que le reste de la brigade, conformé­ment aux ordres reçus, battait en retraite.

Le corps de Blücher se trouvait ainsi dans l’obligation de faire face de trois côtés à la fois :

1.   entre Krechwitz et Nieder-Gurkau, contre l’ennemi qui descen­dait des hauteurs de Burk ;

2.  de Nieder-Gurkau à Plies­kowitz, pour défendre la vallée de la Sprée ;

3.  de Pliesko­witz à Preititz, derrière les étangs, contre les troupes de Ney, qui avançaient rapi­dement.

En même temps, on dut employer la réserve tout en­tière pour reprendre à l’ennemi le village de Preitiz dont il s’était emparé par les derrières et pour s’ouvrir ainsi le qua­trième côté menacé de la posi­tion, le seul par lequel on pou­vait, ou recevoir des renforts, ou opérer sa retraite.

A ce moment, le combat livré sur le front du général Blücher avait pris une très mauvaise tournure. Deux batte­ries lourdes russes, rune à Kreskwitz, l’autre à Nieder-Gur­kau, chargées de couvrir ces deux points d’appui, avaient épuisé leurs munitions et se trouvaient réduites à l’impuissance. En arrière de Nieder-Gurkau, où l’on n’avait pu établir que quelques bataillons, l’ennemi, supérieur en nombre, s’était rendu maître des hauteurs qui, seules, ren­daient possible la défense de ce point. L’ennemi s’avançait maintenant dans le secteur formé par le ruisseau et la Sprée, et, quoique la brigade du colonel de Klüx l’eût attaqué deux fois à la baïonnette et l’eût repoussé, on ne put parvenir à reprendre les hauteurs.

Le général Blücher demanda du renfort : ordre fut donné â York de voler à son secours. Ce général marcha contre le village de Kreckwitz, afin de se jeter sur le flanc droit de l’ennemi, qui poussait de l’avant. Il arriva trop tard.

Les deux brigades de front du corps de Blücher s’étaient peu â peu retirées de leur position convexe entre les collines, pour se porter sur Kreckwitz, mais sans pouvoir trouver un terrain à peu près convenable pour s’y établir. Si l’on voulait absolument rester maître de la position, il n’y avait plus qu’un moyen : réunir les deux brigades de front très affaiblies avec ce qui restait de la réserve et attaquer l’ennemi coûte que coûte avec ces forces. Il est hors de doute que de cette manière on aurait pu atteindre de nouveau la vallée de la Sprée. Mais la brigade de réserve n’était pas encore de re­tour! En outre, il pouvait surgir d’autres complications.

En reprenant ce terrain, on était loin d’avoir gagné la bataille ; bien plus, en lâchant pied à l’aile droite, on provo­quait un événement tellement décisif que le quartier général, voyant qu’il devenait impossible de progresser de ce côté, ne pouvait plus s’attendre à une issue tout â fait favorable du combat. Si Blücher tenait à tout prix à reconquérir son an­cienne position, il était obligé, même en cas de succès, de dé­ployer son corps tout entier. Il ne savait encore rien de l’arrivée du général York ; chez les généraux Barclay et Kleist, le combat continuait et il était peu probable qu’ils pourraient conserver leur ligne. En conséquence, le général Blücher prit le parti de ne rien entreprendre de décisif avant d’avoir reçu de nouveaux ordres. Il voulait attendre l’arrivée de la brigade de réserve à Purschwitz, mais elle n’y était pas encore. Il envoya donc, aux deux autres brigades, l’ordre de tenir aussi longtemps mue possible et, au pis aller, de se re­tirer sur Purschwitz. Quant à la cavalerie de réserve, de peu d’utilité sur ce terrain, il la fit reculer au­-delà du défilé pour ne pas barrer la retraite aux deux brigades, s’il fallait en ve­nir là.

Pendant ce temps, l’ennemi n’avait rien fait au cen­tre que de montrer ses colonnes et d’entretenir une assez vive canonnade. Il était évident que la force de notre posi­tion sur ce point le faisait réfléchir. Il attendait sans doute que le centre de l’armée alliée se fut plus affaibli encore qu’il ne l’était déjà pour se porter au secours de l’aile droite menacée, espérant que l’effort produit sur ce point sensible lui procu­rerait l’occasion favorable pour prononcer l’attaque générale qui, seule, rendrait possible une victoire complète.

Mais depuis l’ouverture de la campagne, les Alliés, s’inspirant de motifs politiques, avaient pris pour principe de ne jamais s’exposer à une défaite décisive, préférant rompre le combat avant son dénouement. Ici, c’était le cas plus que jamais, le combat, dans son ensemble, ayant pris déjà une mauvaise tournure. Et, précisément, les raisons qui ne per­mettaient pas d’espérer un résultat décisif de la reprise du terrain par le général Blücher, mais qui faisaient redouter pour son corps une situation fort dangereuse, dé­terminèrent le quartier général à rompre le combat entre 3 et 4 heures de l’après-midi et à ordonner la retraite. Dans ces conditions, cette retraite s’effectua en deux colonnes dans un ordre par­fait. Les troupes russes du centre et de l’aile gauche se diri­gèrent par Hochkirch sur Löbau, les troupes prussiennes par Wurschen sur Weissenberg. Les généraux Barclay et Kleist, avec la réserve de cavalerie prussienne, allèrent occuper les hauteurs avantageuses de Gröditz pour contenir sur ce point le maréchal Ney et le général Lauriston et ils y réussirent pendant toute la soi­rée ; de sorte que les généraux Blücher et York purent dé­passer Weissenberg avec la queue de leurs colonnes. Cette mesure était d’autant plus nécessaire que de Baruth àWeissenberg l’ennemi avait une distance moindre à parcourir que les généraux Blücher et York, qui venaient de Kreckwitz et de Purschwitz.

Au centre, l’ennemi poursuivit mollement et, pour mieux dire, pas du tout. Il ne s’empara d’aucun canon pen­dant la bataille et ne fit guère de prisonniers. Il délogea les Alliés d’une partie de leurs positions, cela est vrai ; mais au prix de quels sacrifices ? On peut soutenir, sans exagéra­tion, qu’il perdit en hommes le double de l’adversaire. Les Alliés, en effet, eurent de 12 000 à 15 000 morts et blessés, tandis que l’ennemi, nous l’avons déjà fait remarquer, fit conduire à Dresde, rien qu’en blessés, 18 000 hommes. Ce ne sont certainement pas des victoires de ce genre sur lesquelles l’empereur Napoléon comptait. Il avait l’habitude d’infliger à son adversaire des défaites décisives tout en perdant relativement peu de monde lui-même, et il en profi­tait pour imposer une paix rapide, précipitée. Son caractère de conquérant le veut ainsi. Mais maintenant après le désas­tre inouï qu’il a subi en Russie, et dans l’extrémité où il se trouve réduit, c’est pour lui une double, une triple nécessité de foudroyer par une éclatante victoire les espérances re­naissantes de l’Europe et de terrifier dans leurs préparatifs les nouveaux ennemis.

Nous avons déjà vu que ses désirs ne se sont pas réali­sés. Il est obligé de se contenter d’un demi-succès, qui ne peut opposer qu’une faible digue au torrent qui se précipite sur lui, tandis que derrière lui une nouvelle tempête éclate sur sa puissance et ses plans ;- lord Wellington, le vainqueur de Vittoria, est aux portes de la France. Nous n’avons donc aucune raison de nous lamenter sur notre situation et nous pouvons être convaincus que la persévérance, l’ordre, le courage et la confiance nous condui­ront à notre but, malgré les avantages passagers dont l’ennemi fait parade devant nous et qui ne lui donne­ront que des fruits verts.

De Weissenberg et de Lobau, les Alliés se retirèrent le 22 sur Gôrhtz. A Reichenbach, l’arrière-garde eut à sou­tenir un petit combat qui coûta à l’armée française un ma­réchal et deux généraux et, à l’empereur Napoléon, un ami. En effet, l’Empereur, vexé de voir que ses généraux de l’avant-­garde ne faisaient pas de prisonniers à une armée battue, prit, pour un jour, lui-même le commandement de l’avant­-garde, afin de leur donner une leçon. Notre arrière-garde était à Reichen­bach ; elle avait une nombreuse cavalerie et beau­coup d’artillerie et elle désirait vivement en venir aux mains avec la cavalerie française. La canonnade se fit en­tendre et quel­ques régiments de cavalerie ennemie se mon­trèrent en effet. On n’eut pas de peine à les repousser et, pendant la canon­nade, il arriva qu’un boulet néfaste étendit raide mort le gé­néral français Kirchner à côté de l’Empe­reur, éventra le [grand-] ma­réchal Duroc et blessa mortellement le général La­bruyère.

L’Empereur, ébranlé par ce coup du destin, qui ve­nait de se passer sous ses yeux et lui enlevait son meilleur ami, fit tourner silencieusement son cheval, et, depuis lors, on s’en tint à l’ancienne manière de faire la poursuite. De Görlitz, l’armée alliée se retira de nouveau en deux colonnes : par Naumbourg sur le Queiss, Bunzlau, Haynau et par Laubau, Löwenberg, Goldberg et Striegau sur le camp de Piltzen, près de Schweidnitz, où elle arriva le 1er juin.

L’armée prussienne se trouvait avec le corps du gé­né­ral Barclay dans la colonne de l’aile droite qui marchait par Haynau. Comme on avait l’intention de continuer la retraite aussi lentement que possible et d’éviter un combat général ; comme, d’autre part, l’avant-garde ennemie com­mençait peu à peu à serrer de plus près notre arrière-garde, le général Blücher se décida à tendre une embuscade à l’avant-garde ennemie. La contrée située en arrière de Haynau en offrit bientôt l’occasion.

Entre Haynau et Liegnitz, à un quart de mille en ar­rière de Haynau, se trouve le village de Michelsdorf, et, de ce village à Doberschau, qui est situé à un demi-mille de là, le pays est complètement plat et découvert. Seuls, les vil­lages de Pantenau et de Stendnitz, qui sont dans un fond de prai­ries, marquent une coupure du terrain. A droite de la plaine s’étend un terrain coupé qui commence au village d’Uberschaur et qui se compose d’un fond tout à fait plat et de quelques petites forêts. C’est ainsi que se dessine la contrée jusqu’à Baudmannsdorf, qui est à peu près à la même hauteur que Doberschau, mais à un demi-mille à droite. Le 26, l’armée prussienne se portait de Haynau sur Liegnitz. L’arrière-garde suivait l’armée à une distance de 2 milles et traversait Haynau le même jour. Le plan était le suivant : l’arrière-garde, qui se com­po­sait de 3 bataillons d’infanterie et de 3 régiments de cava­lerie légère sous les ordres du colonel de Mutius, devait re­culer à tra­vers cette plaine sur Stendnitz mais devait tenir devant Haynau jusqu’à ce que l’ennemi débouche pour la mettre en fuite. Elle devait chercher à attirer l’ennemi à sa suite. Toute la réserve de cavalerie, 20 escadrons et 2 batte­ries à cheval, sous le commandement du colonel de Dolffs, fut disposée à couvert à Schellendorf. Elle devait s’avancer dans ce terrain coupé avec toute la dissimulation et toute la rapi­dité possible, de manière â débou­cher dans la plaine par Uberschaur et à tomber dans le flanc droit de l’avant-garde ennemie pendant qu’elle était occupée à attaquer le colonel Mutius.

Entre Baudmannsdorf et Pohlsdorf se trouvait un moulin à vent que les deux partis pouvaient voir distincte­ment. On devait y mettre le feu et donner par là, à la ré­serve de cavalerie, le signal de l’attaque. La brigade de Zie­then fut établie en réserve derrière Pantenau et Pohlsdorf, et la di­rection de l’ensemble fut confiée à son général. Le général Blücher se trouvait aussi dans le voisinage. 

L’ennemi ne suivait, ce jour-là, qu’avec beaucoup de prudence. Ce ne fut qu’après 3 heures qu’il parut en avant de Haynau ; il s’avançait lentement, à pas craintifs. Le colonel Mutius se retirait tout aussi lentement. C’était la division Maison qui formait cette avant-garde. Le maréchal Ney, au corps duquel elle appartenait, était lui-même présent, peu avant l’attaque. Le général Maison, comme s’il était averti par un pressentiment, manifesta sur la marche dans cette plaine des craintes qui furent raillées par le maréchal Ney. Le maréchal se rendit sur un autre point et le général Mai­son s’avança dans la plaine, le cœur serré ; pourtant, malgré son appréhension, il avait omis d’envoyer des déta­chements à droite dans le terrain coupé, seul moyen par le­quel il pût assurer convenablement son flanc droit.

Lorsque l’ennemi eut dépassé d’environ 1500 pas le village de Michelsdorf, la réserve de cavalerie se porta en avant parce qu’elle avait à parcourir un quart de mille avant de se trouver à la même distance de l’ennemi que le colonel Mutius. Elle parcourut ce trajet au trot, et, là-dessus, le gé­néral de Ziethen donna le signal de l’attaque par l’incendie du moulin à vent. Le général Maison comprit aussitôt ce si­gnal et donna l’ordre de former les carrés ; mais ses troupes en eurent à peine le temps. Le colonel Dolffs laissa 2 régi­ments en réserve ; et, négligeant d’utiliser son artillerie à cheval, il saisit le moment favora­ble et se précipita sans dé­lai sur l’ennemi avec 3 régiments. La cavalerie ennemie prit la fuite et abandonna à leur sort les trois ou quatre masses en désordre qui cherchaient à se former. L’infanterie fut aus­sitôt culbutée, et ce qui ne fut ni sabré, ni pris, s’enfuit vers Haynau à travers le village de Michelsdorf Tout cela fut l’affaire d’un quart d’heure, en sorte que le colonel Mutius eut à peine le temps d’arriver avec sa cavalerie et de prendre part au combat.

L’ennemi abandonna toute son artillerie, qui se com­posait de 18 pièces. Comme on manquait de chevaux harna­chés, on ne put emmener que 11 pièces. On fit en outre de 300 à 400 prisonniers. La cavalerie rétrograda ensuite sur Lobendau ; l’arrière-garde s’installa sur place et poussa ses avant-postes dans la plaine, près de Haynau. L’ennemi n’osa pas reprendre l’offensive le jour suivant et c’est le 28 seule­ment que l’arrière-garde fut retirée jusqu’aux environs de Kloster-Wahlstatt. Dans ce combat, la cavalerie s’est acquis une gloire que la supériorité de la tactique de l’infanterie lui rendit plus tard bien difficile à conquérir. Nous avons là une preuve que, dans certaines circonstances, la supériorité de l’infanterie disparaît et qu’alors la cavalerie est capable de grandes cho­ses. Le colonel Dolffs, qui trouva la mort au milieu des en­nemis, peut, avec juste raison, être comparé ce jour-là à un Seidhtz. A l’arrière-garde russe, il y eut également quelques combats brillants, mais nous n’en connaissons pas les dé­tails. Aussitôt que l’empereur Napoléon fut arrivé à Liegnitz avec son armée, il s’aperçut que l’armée alliée se retirait, non sur Breslau, mais sur Schweidnitz ; il détacha alors sur Neumarkt un corps de 30 000 hommes, qui entra à Breslau le jour suivant. L’empereur Napoléon, avant la bataille de Bautzen, avait déjà fait des propositions d’armistice et de négociations pour la paix. Il renouvela ces propositions sur ces entrefaites, et les Alliés tombèrent d’accord avec lui pour une suspension d’armes préalable qui, d’abord de trente-six heures, fut en­suite portée à trois jours. Pendant que les Alliés reculaient en Silésie, le général de Bülow quitta la Marche et se porta avec environ 20 000 hommes dans la région de la basse Lusace.

L’empereur Napoléon détacha le général Oudinot avec son corps d’armée pour arrêter les progrès du général de Bülow. Celui-ci se trouvait à Luckau lorsque le général Ou­dinot marcha contre lui. Le 4 mai, le général de Bülow fut attaqué et la lutte devint bientôt générale ; elle roula sur l’occupation de Luckau. Mais les Français n’étaient pas en état de déloger les Prussiens du village en flammes ; ils fu­rent assaillis sur leurs arrières par la cavalerie du général de Bülow, sous le commandement du général de Oppen, et for­cés d’évacuer le champ de bataille, nous abandonnant 1 ca­non et 400 à 500 prisonniers. Le général de Bülow menaçait alors les communications de l’ennemi avec l’Elbe.

Des détachements prussiens et russes opéraient iso­lément sur les arrières de l’armée française sur les deux ri­ves de l’Elbe et même dans la Franconie. Ils firent indivi­duellement un grand nombre de prisonniers : deux de ces détachements se signalèrent d’une manière brillante. Le capitaine de Colomb, qui avait passé l’Elbe avec un escadron de chasseurs volontaires au moment où les deux armées se trouvaient sur ce fleuve, atteignit alors la fron­tière de la Franconie. C’est là qu’il enleva un convoi de 16 canons et 10 caissons qui se rendait à l’armée avec une es­corte de Bavarois. Il détruisit les canons, fit sauter les cais­sons et fit 200 à 300 prisonniers.

Le général russe Tschernitschef traversa l’Elbe avec 1 800 hommes de cavalerie légère et tomba près d’Halber­stadt sur un convoi du même genre : 14 canons et un grand nom­bre de caissons formaient un parc défendu par 2 500 hommes sous le commandement du général de division west­phalien von Ochs. Le général Tschernitschef n’avait que 2 pièces légères. Il fit canonner le parc et sauter plu­sieurs caissons, puis, avec une hardiesse rare, n’ayant au­cune in­fanterie, il se jeta sur le parc. En un clin d’œil, les cosaques se trouvèrent entre les canons et les caissons. On fit sauter tout le convoi ; le général Ochs fut fait prisonnier avec toute son infanterie et les 14 pièces qu’il perdit purent être ame­nées facilement sur l’autre rive de l’Elbe. Aussitôt après, le général Tschernitschef et le général Woronzof se mirent en marche et se portèrent sur Leipzig où le duc de Padoue était en train de remonter la cavalerie française. Là encore, ils auraient obtenu un brillant succès, si la nouvelle de l’armistice ne leur était parvenue à ce moment.

Les pourparlers au sujet de l’armistice furent conti­nués sur ces entrefaites et l’on s’entendit sur une prolonga­tion de sept semaines, c’est-à-dire jusqu’au 20 juillet, à la condition de prévenir six jours avant l’expiration. Les condi­tions furent l’évacuation de Breslau par les Français et le retrait de leurs troupes en arrière de la Katzbach. La ligne des avant-postes des Alliés devait s’appuyer à l’Oder, à une lieue en amont de Breslau, aller de là au ruisseau de Schweidnitz qu’elle remonterait, puis passer par Folken­hain, Landshut et Schmiedeberg. Toute la région comprise entre les deux armées fut dé­clarée neutre ainsi que la ville de Breslau.

Les détachements des Alliés qui se trouvaient sur les arrières de l’armée française durent repasser l’Elbe ; en somme, les limites des États prussiens avec la Saxe et la Westphalie formèrent la ligne de démarcation. Sur le bas Elbe, la situation devait rester telle qu’elle était le 7 juin à mi­nuit.

Les Danois, qui au nombre de 10 000 hommes, s’étaient portés dans les environs de Hambourg dans l’intention de prendre part aux opérations des Alliés, avaient pendant ce temps abandonné cette détermination, par suite de mésintelligences politiques survenues avec l’Angleterre et la Suède. Ils se déclarèrent tout à coup pour la France, firent cause commune avec les généraux Van­damme et Davout et forcèrent le général russe de Tetten­born à évacuer Ham­bourg. C’est ainsi qu’avant le 7 juin tomba, pour la deuxième fois, entre les mains des Français cette antique ville libre d’empire qui, par ses efforts pour la bonne cause, s’était mon­trée digne de ses anciennes liber­tés ; c’était incontestable­ment la perte la plus douloureuse que les Alliés avaient faite jusque là.

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( 24 juin, 2017 )

La CAMPAGNE de CALABRE, 1806-1807 (1ère partie)

La CAMPAGNE de CALABRE, 1806-1807 (1ère partie) dans HORS-SERIE SNB19347-225x300Au début de l’année 1806, Napoléon charge le maréchal Masséna de conquérir le royaume de Naples afin de placer son frère Joseph sur le trône napolitain. Malgré la facilité avec laquelle s’effectue la conquête, les Français se trouvent rapidement confrontés à de sérieuses difficultés. Soumis aux attaques des forces britanniques basées en Sicile, ils doivent également faire face à une féroce guérilla dans les provinces les plus méridionales du royaume. Soutenus par les Anglo-Siciliens, les insurgés calabrais parviennent à mettre en échec les troupes du général Reynier et obligent Masséna à intervenir personnellement. La Calabre devient alors un véritable laboratoire des méthodes de lutte anti-insurrectionnelle : les colonnes mobiles françaises se livrent à un incessant quadrillage du terrain, utilisent des unités spécialement formées à la contre-guérilla, lèvent des auxiliaires parmi la population calabraise. Grâce à l’emploi de ces méthodes, la région est progressivement pacifiée, mais la campagne se révèle fort coûteuse et préfigure les difficultés que les Français rencontreront peu après en Espagne.

Épisode parmi les plus étudiés de l’histoire contemporaine en raison de la fascination qu’il exerce, le premier Empire se caractérise par un curieux paradoxe. Les aspects militaires de l’épopée impériale ont fait l’objet de très nombreuses publications. Cependant, la majeure partie des travaux qui traitent des guerres napoléoniennes s’intéresse avant tout aux opérations menées par l’Empereur en personne. À côté de ces conflits de grande envergure mettant aux prises les armées professionnelles des principaux États européens, les nombreuses « petites guerres » qui jalonnent la période consulaire et impériale souffrent encore d’un évident manque d’intérêt de la part des chercheurs et du grand public. La locution « petite guerre » est née au XVIe siècle et désignait alors une forme larvée de combat ponctuée d’engagements limités menés par de petits groupes qui cherchaient à harceler l’ennemi. Le mot « guérilla », emprunté à l’espagnol guerrilla n’apparaît dans la langue française que vers 1812, lors des campagnes d’Espagne. Ce terme évoque un affrontement opposant des troupes régulières à une population civile en armes, éventuellement soutenue par une puissance étrangère alliée, la Grande-Bretagne dans le cas de la période napoléonienne. Le recours au peuple pour s’opposer à un envahisseur est souvent l’ultime moyen de résistance offert au gouvernement d’un État soumis à une agression extérieure après la défaite ou la dissolution de son outil militaire. La guérilla se caractérise par le volontariat des combattants, le soutien que leur apporte la majeure partie de leurs concitoyens, et un fort arrière-plan idéologique. Dans la plupart des cas, en effet, paysans et citadins prennent les armes au nom de la défense de la patrie et/ou de la religion menacée par l’envahisseur. Sur le plan militaire, ce type de conflit incarne la complète transgression des lois de la guerre tacitement admises par les combattants professionnels et les appareils de gouvernement de l’époque : les insurgés ne sont pas organisés en unités structurées et hiérarchisées, mais en bandes aux effectifs fluctuants attirés par le charisme d’un chef. Ils pratiquent une tactique très fluide qui privilégie l’usure et l’épuisement de l’adversaire par un constant harcèlement, et non sa destruction rapide et définitive, but que cherche à atteindre Napoléon dans toutes ses campagnes. De fait, les guerres insurrectionnelles ne comportent pratiquement pas de batailles rangées, mais se diluent en une multitude d’engagements ne mettant aux prises que des effectifs réduits. Cependant, les spécificités de ce conflit sont le plus souvent laissées dans l’ombre. Cette amnésie s’explique par de nombreuses raisons : à l’exception de la péninsule ibérique, qui mobilise une fraction considérable de la Grande Armée, les autres théâtres de la petite guerre (Italie du sud, Dalmatie, Tyrol) sont considérés comme des fronts périphériques et secondaires, parce que l’Empereur ne s’y trouve pas en personne. Les effectifs engagés demeurent le plus souvent relativement modestes, et les opérations qui s’y déroulent n’ont qu’une influence réduite sur l’évolution générale de la situation internationale. Surtout, notre vision de la période impériale demeure largement soumise à la légende napoléonienne forgée au xixe siècle, et fondée en grande partie sur les mémoires et récits des survivants de l’épopée. Or, pour ces derniers, la guérilla est la négation même de la guerre honorable et glorieuse, et le partisan qui refuse la bataille, tend des embuscades, et égorge le militaire durant son sommeil incarne l’abjection la plus absolue, comme en témoigne l’emploi systématique du terme « brigand » pour le désigner. Par ailleurs l’aspect avilissant du type d’affrontements pratiqués lors des petites guerres s’ajoute à leur absence de caractère spectaculaire.

Les forces de l’insurrection présentent une organisation hétérogène. Soucieuse de garder le contrôle du soulèvement, la cour de Palerme a généralisé le système des « masses ». La masse est un corps franc placé sous les ordres directs d’un chef, le « capomassa », issu de la population civile, et souvent d’origine modeste : Antonio Guaraglia, l’un des principaux chefs du Cilento est pharmacien ; Santoro, qui agit dans le massif de la Silla est berger ; le fameux Michele Pezza, plus connu sous son surnom de « Fra Diavolo », est un ancien condamné au bagne. Le chef de masse reçoit un brevet d’officier et un document officiel l’autorise à enrôler un certain nombre d’hommes dans sa troupe. Les principaux « capimasse » ont entre 300 et 500 hommes sous leurs ordres. Ces combattants reçoivent une solde dont le montant est défini lors de la mise sur pied du corps. Les masses se distinguent des unités régulières dans la mesure où leurs effectifs ne sont pas fixes et où elles ne sont pas placées sous le commandement d’officiers de l’armée bourbonienne. Toutefois, nombre d’entre elles semblent avoir adopté un uniforme, et s’être dotées d’attributs militaires tels que tambours et drapeaux. Largement financés par la cour de Palerme, les « massisti » disposent d’une importante logistique, et notamment d’artillerie : les rapports des généraux français évoquent très souvent la présence de canons aux côtés des insurgés. Organisation intermédiaire entre les unités régulières et la milice populaire, les masses constituent le fer de lance de l’insurrection. Organisées en Sicile, elles sont débarquées sur les côtes de Calabre par les vaisseaux britanniques ou ceux affrétés par la cour de Palerme, et constituent un noyau autour duquel viennent s’agréger les paysans et les villageois des régions dans lesquelles elles opèrent. Grossis par ces renforts, les rassemblements insurgés atteignent fréquemment plusieurs milliers d’hommes : le nombre de rebelles sous les armes dans le Cilento est estimé à 2 500 en août , tandis que Reynier affirme que la bande de Papasidero présente devant Maida début septembre compte un millier de combattants . En octobre, près de 1 500 Calabrais se heurtent aux Français lors du combat de Paola .

En dépit de ces difficultés, les généraux de l’armée d’expédition ne sont pas totalement démunis face à l’insurrection calabraise. Nombre d’entre eux ont l’expérience de ce type de conflit : Verdier, Gardanne et Reynier ont combattu en Égypte, Mermet en Vendée, Duhesme a participé à la campagne de Championnet dans le royaume de Naples en 1799. Aussi ces officiers sont-ils capables d’élaborer des réponses appropriées aux problèmes qu’ils rencontrent dans cette partie de la péninsule. En ce qui concerne la conduite générale des opérations, les Français ont compris que, en Calabre comme dans toute petite guerre, l’offensive était la seule attitude possible au plan stratégique. De fait, tous les généraux du corps d’expédition partagent cette conviction : « Il ne faut pas adopter le système défensif, il faut au contraire courir sur les brigands » , écrit ainsi Lamarque. « Il ne convient jamais d’attendre les brigands si on veut les battre », affirme de son côté Reynier. « Si l’on continue d’employer le système de les attaquer aussitôt que l’on sait qu’ils se réunissent, on parviendra bientôt à obtenir la paix dans les Calabres » , répond Franceschi-Delonne en écho. Ces vétérans des conflits insurrectionnels savent que le temps et l’espace jouent en faveur de leurs adversaires. Aussi l’unique façon de terrasser l’insurrection consiste-t-elle à traquer sans répit les bandes insurgées et à leur infliger une succession de coups qui les désorientent et les paralysent, sans leur laisser le temps de se ressaisir. Masséna et ses lieutenants n’ignorent pas, en effet, que les armées irrégulières comptent un noyau de combattants déterminés et une forte proportion d’indécis et de tièdes, rassemblés plus ou moins sous la contrainte, qui se contentent souvent de jouer le rôle de spectateurs durant les combats. De fait, nombre de rapports soulignent que des bandes souvent formidables en apparence se disloquent et prennent la fuite dès les premiers coups de feu. Tout revers subi par les rebelles suffit à faire réintégrer leurs foyers à un grand nombre d’entre eux. À l’inverse, la moindre échec ou mouvement rétrograde des forces régulières a pour effet de ranimer l’insurrection, de grossir à nouveau les rangs des insurgés. Aussi la correspondance des officiers supérieurs français témoigne-t-elle de leur obsession de ne jamais reculer ni abandonner une position sous peine de relancer la révolte. Le général Mermet refuse de porter secours à son camarade Verdier, en difficulté à Pedace, car cela le contraindrait à évacuer Scigliano. Il se justifie ainsi : « Dix pas en avant font trembler et fuir les brigands les plus braves, deux pas en arrière donnent du courage aux brigands les plus lâches. […] Je tiens trop à faire de bonnes choses pour quitter Scigliano menacé par les brigands nombreux de Nicastro. Dans le pays cela ressemblerait à une victoire pour eux et cela renforcerait sensiblement leurs bandes » . Les Français sont également conscients de l’effet produit par un coup décisif asséné dès le début de la campagne. Prise d’assaut par les troupes de Masséna le 8 août 1806, la petite ville de Lauria est entièrement pillée et incendiée, plusieurs centaines de ses habitants sont massacrés avec sauvagerie. Cette explosion de violence extrême s’explique par le besoin des soldats d’évacuer la tension accumulée au cours des jours précédents et d’exorciser la peur et le dégoût suscités par la vision des corps atrocement mutilés de leurs camarades exposés le long des chemins. Le maréchal déplore ces débordements mais estime que la destruction de la cité aura valeur d’exemple propre à dissuader les Calabrais de se joindre aux révoltés. De fait, le sac de Lauria provoque dans les semaines qui suivent un incontestable flottement chez les insurgés, qui abandonnent Cosenza et Nicastro sans combattre.

A suivre…

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( 7 juin, 2017 )

Les premiers jours de Napoléon à Sainte-Hélène.

napdicte

« 18 octobre. Il déjeune aux Briars avec Las Cases et fait la connaissance des filles de la maison [les filles Balcombe].

19 octobre. Il invite à déjeuner le fils Las Cases.

20 octobre. Aux Briars.

21 octobre. L’amiral Cockburn rend visite à Napoléon.

22 octobre. Napoléon se plaint devant ses compagnons du sort que lui font subit les Alliés.

23 octobre. Napoléon fait remettre une note de protestation au capitaine d’un des petits bâtiments qui accompagnaient le Northumberland.

24 octobre. Montholon se rend de grand matin chez Napoléon. C’est à cette date que Gourgaud place le mot de Napoléon pour résumer la situation : « J’ordonne ou je me tais. » Las Cases le situe le 22.

25 octobre. Napoléon se lève de bonne heure, se promène, déjeune vers dix heures, nouvelle promenade puis travail avec Las Cases. Sortie de 17 à 18 h., dîner et causerie.

26 octobre. Montholon fait à Napoléon l’éloge de l’amiral et met sur le compte de l’amiral Wilks les mesures désagréables.

27 octobre. Napoléon charge Las Cases de demander à chaque membre de son entourage les 16 000 F remis à bord du Bellérophon.

28 octobre. Napoléon décide que tout son entourage recevra ses dictées.

29 octobre. Montholon porte à Napoléon son travail sur le 13 Vendémiaire.

30 octobre. Napoléon retient Gourgaud à dîner et lui dicte pendant deux heures sur le 18 Brumaire.

31 octobre. La routine s’établit dans le travail.  A tour de rôle Las Cases, Montholon, Gourgaud lisent ce que Napoléon a dicté la veille et prennent la dictée du jour. »

(L. GARROS et J. TULARD, « Itinéraire de Napoléon… », Tallandier, 1992, pp.489-490)

 

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