( 28 août, 2017 )

Les RAISONS de la DEFAITE de NAPOLEON au PORTUGAL…

L’histoire de l’épopée napoléonienne oublie généralement de mentionner que le Portugal a été le théâtre d’importantes batailles entre 1801 et 1811, période au cours de laquelle des soldats portugais ont combattu les forces françaises aux côtés des armées anglaises et espagnoles à travers la péninsule ibérique et jusqu’au sud de la France. Lorsque l’on étudie cette période profondément et pendant de nombreuses années, comme nous l’avons fait, on ne peut qu’être étonné par la désignation générale de Guerre d’Espagne donnée à cette épopée commencée par la Révolution Française et dont quelques années plus tard Napoléon , d’abord en tant que consul puis en tant qu’empereur, deviendrait le personnage principal. Les RAISONS de la DEFAITE de NAPOLEON au PORTUGAL... dans HORS-SERIE 97-022546-300x206Celui-ci ne se rendit jamais au Portugal mais y envoya des émissaires ou des alliés dans le but d’avoir la mainmise sur une nation dont les frontières avaient été fixées depuis longtemps ; une nation dont la position stratégique était capitale pour le commerce international et d’une importance fondamentale pour son vieil allié l’Angleterre. Effectivement, ce pays trouvait sur les côtes portugaises, celles de ses colonies et des îles adjacentes, le meilleur port de refuge nécessaire au soutien de ses intérêts économiques, à une époque où ceux-ci avaient été mis à mal par l’indépendance des Etats-Unis. Il suffit de mentionner le Brésil pour évaluer à quel point l’Angleterre profitait d’une source de richesses vitale pour l’équilibre de son économie. D’ailleurs, avant même que Napoléon ne devienne un homme politique important, de très nombreux patriotes français écrivaient au Directoire pour expliquer à ses dirigeants que le meilleur moyen de vaincre l’inexpugnable Albion était de conquérir le Portugal. Ce qui démontre bien, si besoin en était, que le Portugal était considéré comme le soutien fondamental au développement de son vieil allié. Napoléon s’aperçut très tôt de l’importance stratégique du Portugal et estimait qu’il fallait le conquérir pour pouvoir concrétiser pleinement son projet d’unir l’Europe sous les ailes protectrices de l’aigle impérial

Échec diplomatique, stratégique et militaire.

En 1801, le Portugal est envahi sur son ordre et au nom de ses intérêts. À l’époque, Godoy, le puissant dirigeant espagnol, est convaincu qu’une coalition franco-espagnole viendra à bout de la suprématie anglaise et décide de s’allier à la France, poussé à la fois par son ambition et par la crainte de déplaire à Napoléon plus que par admiration pour lui. C’est ce que l’on peut déduire de la lecture attentive de ses « Mémoires » de l’homme espagnol rédigés au cours de son long exil, qui ne se terminent qu’à sa mort à Paris en 1851, ainsi que de la correspondance de Napoléon dans laquelle celui-ci exprime clairement son intention de commencer la conquête de la Péninsule Ibérique par le Portugal. Pour ce faire, il lève d’abord une armée commandée par son beau-frère, le général Leclerc, à laquelle il ajoute d’autres troupes placées sous le commandement du général Saint-Cyr. Godoy comprend très vite que l’Espagne ne gagnerait rien dans cette guerre dont la France serait la seule bénéficiaire et regretterait plus tard de n’avoir été qu’un jouet dans les mains du dictateur français. Cette invasion marque la première phase du projet de Napoléon de conquérir l’Espagne, projet que, grâce à d’habiles manœuvres politiciennes, il finirait par la mettre à exécution. Dans cet essai sur la défaite des armées de Napoléon en territoire portugais, seront évoquées les raisons pour lesquelles la première incursion des forces napoléoniennes au Portugal a débouché sur l’échec de ses projets. Effectivement, avec cette première invasion, qui eut lieu en 1801, Napoléon poursuivait deux objectifs : d’une part conserver le soutien de l’Espagne et, d’autre part, une fois conquis le territoire portugais en totalité ou en partie – fait qui se concrétisa avec la conquête de la Province de l’Alentejo – négocier à son avantage avec les Anglais avec lesquels il était déjà engagé par le Traité d’Amiens. L’échange de ces territoires conquis, très importants pour l’ennemi lui permettait d’obtenir des avantages économiques dans d’autres régions alors en possession de l’Angleterre, notamment en Amérique. Mais la trêve fut de courte durée, Godoy et Lucien Bonaparte, frère de Napoléon et ambassadeur de France en Espagne, signèrent un accord de paix qui n’allait absolument pas bénéficier à la France dans la mesure où ils s’étaient limités à prendre possession de Olivença, négligeant les autres territoires conquis. Ainsi le traité de Badajoz servait-il les intérêts portugais faisant échouer tous les espoirs que Napoléon avait déposés dans « la monnaie d’échange » que le Portugal constituait potentiellement.

Les lettres que le consul français adressa à Talleyrand et à Lucien Bonaparte sont très claires et ne laissent aucun doute sur les projets qu’il nourrissait. En ce sens, cette première incursion se solda par un échec.

Quant à la deuxième invasion, menée sous le commandement administratif et militaire de Junot, ancien ambassadeur de France au Portugal, elle aboutirait également à un échec dans la mesure où elle ne permettrait pas à Napoléon de concrétiser ses projets. Les contrariétés commencèrent dès que l’envahisseur entra dans Lisbonne sans avoir pu empêcher la fuite de la famille royale vers le Brésil. Junot ne s’empara ni du Régent ni de sa couronne et ainsi, contrairement à l’Espagne, le Portugal allait demeurer un pays indépendant. Par ailleurs, Junot, dont il était légitime de penser qu’il connaissait le pays et la mentalité de ses habitants, allait démontrer une incapacité totale à gouverner la nation occupée. En premier lieu, il ne comprit pas que l’Angleterre, qui jusque là avait hésité à s’engager aux côtés du Portugal, ne consentirait jamais à ce que lui soit retiré son allié le plus utile avec sa colonie du Brésil qui l’alimentait en produits de première nécessité pour le fonctionnement de son économie gravement atteinte par l’indépendance des États-Unis. Il négligea également le fait qu’un pays dans lequel l’indépendance était une tradition séculaire supporterait mal une quelconque tutelle, aussi douce fût-elle. Quant à la stratégie consistant à justifier l’invasion française comme une protection contre l’oppresseur anglais, elle fut un échec total et ne fit qu’alimenter les pamphlets virulents hostiles à la Révolution Française et à la politique qui s’ensuivit et qui peut être considérée comme la « troisième phase révolutionnaire » selon Jacques Godechot.

Les batailles de Columbeira, Roliça et Vimeiro, menées par les généraux de Junot contre les armées anglo-portugaises et remportées par les Anglais venus alors se porter en aide aux Portugais, constituent une preuve irréfutable de cette profonde défaite. D’ailleurs il suffit de lire la correspondance échangée entre Napoléon et Junot pour comprendre à quel point ce dernier ignorait tout de la mentalité portugaise. Napoléon faisait preuve de bien plus de lucidité et d’intelligence quant à la situation dans laquelle se trouvait Junot et aux risques que celui-ci courait en adoptant une attitude qui ne tenait pas compte de la réalité du pays occupé. Ainsi, dans sa lettre du 7 janvier 1808, répondant à une missive de Junot datée du 21 décembre, Napoléon affirme-t-il (Lettres inédites de Napoléon Ier: « Je reçois votre lettre du 21 décembre. Je vois avec peine que, depuis le 1er décembre, jour de votre entrée à Lisbonne, jusqu’au 18, où ont commencé à se manifester les premiers symptômes d’insurrection, vous n’ayez rien fait. Je n’ai cependant cessé de vous écrire : Désarmez les habitants ; renvoyez toutes les troupes portugaises ; faites des exemples sévères ; maintenez-vous dans une situation de sévérité qui vous fasse craindre. Mais il paraît que votre tête est pleine d’illusions, et que vous n’avez aucune connaissance de l’esprit des Portugais et des circonstances où vous vous trouvez. Je ne reconnais pas là un homme qui a été élevé à mon école. Je ne doute pas que, en conséquence de cette insurrection, vous n’ayez désarmé la ville de Lisbonne, fait fusiller une soixantaine de personnes et pris les mesures convenables. Toutes mes lettres vous ont prédit ce qui commence à vous arriver et ce qui vous arrivera bientôt. Vous serez honteusement chassé de Lisbonne, aussitôt que les Anglais auront opéré un débarquement, si vous continuez à agir avec cette mollesse. Vous avez perdu un temps précieux, mais vous êtes encore à temps. J’espère que mes lettres, que vous aurez reçues successivement, vous auront fixé sur le parti à prendre, et que vous aurez adopté des mesures fortes et vigoureuses, sans vous repaître d’illusions et de bavardages. Vous êtes dans un pays conquis, et vous agissez comme si vous étiez en Bourgogne. Je n’ai ni l’inventaire de l’artillerie ni celui des places fortes ; je ne connais ni leur nombre ni leur situation. Je ne sais pas même si vous les occupez. Vous n’avez pas encore envoyé au ministre la carte de vos étapes depuis Bayonne jusqu’à votre première place forte, ni aucune note sur la situation du pays. J’avais cependant de fortes raisons de le désirer. Enfin je suis porté à croire que mes troupes ne sont pas encore dans Almeida. S’il arrivait quelque événement, vous vous trouveriez bloqué par les Portugais. Il y a dans tout cela une singulière imprévoyance.» La teneur de la correspondance échangée entre Napoléon et Junot, comme celle de la lettre que nous venons de citer en partie, montre bien que ce dernier n’était pas l’homme de la situation. Après huit mois passés au Portugal il rentra en France. Une fois de plus, les intérêts de Napoléon étaient contrariés.

L’expédition de Soult constitue la troisième invasion, au service des intérêts expansionnistes de Napoléon en Europe et requiert une analyse sous plusieurs angles, seule à même de rendre compte des erreurs qui y furent commises et de leur poids dans la défaite. Après l’embarquement des troupes françaises, à la suite de la « Convention de Sintra », le pays se trouvait dans un état de totale anarchie surtout après le départ du général anglais Moore, qui, dans une certaine mesure, était parvenu à calmer les esprits les plus exaltés dans le nord du Portugal. Ainsi, les désaccords entre le commandement anglais et l’évêque de Porto ne cessaient d’augmenter du fait que celui-ci considérait sa ville comme le siège du gouvernement. Le peuple, alarmé par les rumeurs d’une nouvelle invasion, rendait encore plus ingouvernable le pays qui venait tout juste d’échapper à la tutelle des étrangers. Après la Convention de Sintra, l’Angleterre fit en sorte que soient respectés les intérêts du Portugal, qui depuis longtemps, jouaient en sa faveur face aux menaces françaises. Ajoutons que, dans l’intervalle entre l’invasion de Junot et celle de Soult, l’Espagne se trouvait pratiquement sous tutelle française, si l’on excepte la région de Cadix où allaient bientôt se réunir les Cortes qui contribueraient de façon décisive à l’installation du régime constitutionnel. Enfin, dans le court laps de temps qui sépare le départ de Junot de la nouvelle invasion, l’Angleterre continua à aider le Portugal. C’est ainsi que, à Porto, le colonel anglais Robert Wilson, demeurant à l’écart des dissidences politiques citées plus haut, équipa et disciplina un corps d’armée portugais et en fit deux bataillons d’infanterie, deux de cavalerie et une batterie d’artillerie qu’il baptisa Leal Legião Portuguesa (Loyale Légion Portugaise) en opposition au nom de Legião Portuguesa donné par Junot au corps d’armée formé par les dix mille combattants lusitaniens engagés aux côtés des armées napoléoniennes. C’est à cette même époque que le général anglais Beresford, qui avait été détaché à Madère, à partir de 1807 se rendit pour la deuxième fois en territoire portugais pour s’y voir confier l’organisation de l’armée portugaise Nous avons fait une brève allusion aux évènements liés à l’invasion menée par Soult. On le sait, le général Moore, avant de mourir au champ de bataille en Galice, avait réussi à repousser les armées de Junot, Ney et Soult, soit près de 60.000 hommes, loin des frontières portugaises. Napoléon ordonna alors à Soult qu’après avoir anéanti l’armée anglaise, fortement ébranlée par la mort de son commandant, de marcher sur le Portugal et d’occuper la ville de Porto au début du mois de février 1809. Pour l’aider dans sa tâche, le général Victor s’installerait à Mérida et menacerait Lisbonne. Quant au général Lapisse, détaché du corps d’armée de Bessières, il occuperait Salamanque, Ciudad Rodrigo et Almeida : ainsi la ligne du Douro serait garnie de troupes et l’arrière-garde de l’armée française de Galice serait protégée. Tout portait donc à croire que Soult était suffisamment protégé pour pouvoir entrer au Portugal sans courir de gros risques. Par ailleurs, l’armée portugaise était en phase de réorganisation et l’Espagne était pratiquement occupée par les troupes françaises.

La méconnaissance du terrain.

Ces ordres donnés par Napoléon prouvent incontestablement qu’il ignorait tout de l’état des routes espagnoles et portugaises et que les quelques informations qu’on lui avait fournies étaient pour le moins lacunaires. Sur le théâtre des opérations, les besoins essentiels à une armée ne pouvant être satisfaits, faute d’un approvisionnement en vivres organisé ; les soldats qui pratiquaient la maraude, étaient obligés de se déplacer en petits groupes à la merci des attaques perpétrées par des paysans armés. Ces derniers profitaient des obstacles d’un terrain qu’ils connaissaient bien pour provoquer d’innombrables embuscades, assassinant les petits contingents militaires nécessaires à l’occupation de chaque point stratégiquement important pour poursuivre la marche. Ainsi les troupes se dispersaient et les contingents perdaient des hommes. Malgré tout, grâce à la trahison des commandants espagnols, Soult réussit sans aucune difficulté à occuper Ferrol à la fin du mois de janvier. Ajoutons qu’à proximité de la frontière, des milliers de soldats de l’armée espagnole sous les ordres du général La Romana désertèrent. Napoléon estimait alors que la défaite des armées espagnoles entraînerait la reddition de l’Espagne. Les troupes de Soult prirent position à Tuy, Salvaterra et Vigo, sur la frontière portugaise. Là, un premier obstacle se présenta que Napoléon et Soult avaient mésestimé : la traversée du Minho. Si le maréchal avait eu connaissance de la difficulté que posait la traversée de ce fleuve, jamais il ne l’aurait tentée et aurait ainsi gagné un temps précieux. Tout d’abord il aurait dû commencer par porter ses troupes à un endroit qu’il utiliserait d’ailleurs ultérieurement, là où les gros obstacles pouvaient être surmontés. Il faut dire que le Minho, ligne de séparation entre l’Espagne et le Portugal, depuis l’embouchure et au cours de 65 kms à l’intérieur des terres, cesse d’être navigable en amont de Monção. Soult, qui avait décidé de passer le Minho à Valença dut y renoncer car les fortes pluies d’hiver avaient gonflé le débit du fleuve. Il choisit alors comme lieu de passage le hameau de Seixas près de Caminha qui se trouvait un peu plus bas sur la rive droite. Toutefois, les Portugais présents sur le terrain, parmi lesquels Gonçalo Coelho de Araújo et le colonel français au service du Portugal, Champalimaud, tous deux sous le commandement de Bernardim Freire d’Andrade, avaient pris soin de retirer toute embarcation qui pourrait faciliter le passage des troupes. Malgré les difficultés dues à la force du courant, cette tentative, qui eut lieu le 16 février avant le lever du jour permit le passage de 300 hommes qui furent aussitôt abattus par les soldats portugais. Ce même jour, aux environs de midi, une nouvelle tentative eut lieu devant Vila Nova de Cerveira. Là encore Soult s’y prit mal et les ordonnances du Gouverneur Gonçalo Coelho de Araújo repoussèrent énergiquement ses armées. Devant l’impossibilité de traverser le Minho et d’entrer au Portugal, Soult choisit la ville d’Orense en Galice, comme nouveau point de passage. Etant donné que cette région était en proie à des convulsions, le Maréchal devait la conquérir village par village, sans cesse arrêté dans sa marche par les innombrables barricades dressées par les habitants. Six mois s’étaient écoulés depuis la Convention de Sintra et le départ de Junot, quand le 6 mars, l’avant-garde de l’armée du Duc de Dalmatie arriva près de Monterrey, à la frontière de la province de Trás-os-Montes. C’est à peu près à cette date que le Duc de Beresford, le général anglais que la Régence avait choisi pour aider les forces portugaises, débarqua à Lisbonne. Il était tard pour éviter l’invasion. Après la prise de Chaves, Soult était arrivé sans grands encombres à Porto en suivant la route de Braga. C’est à proximité de cette ville, au nord-est, sur la position de Carvalho d’Este, que commencèrent les troubles populaires qui allaient provoquer l’assassinat d’une partie de l’Etat Major portugais qui était sous le commandement de Bernardim Freire de Andrade, lui aussi assassiné sous prétexte qu’il était jacobin, alliés aux Français et donc traître. La misère dans laquelle se trouvait le pays, l’absence de moyens nécessaires au combat si souvent réclamés par ceux qui étaient en charge de la défense du Minho et de Porto, menèrent à une situation chaotique. Dans ce contexte, l’armée de Soult atteignit Porto et, le 28 mars, la reddition fut proposée à ceux qui défendaient la ville. Soult s’attarda à Porto deux mois de plus que prévu contrariant ainsi les plans de Napoléon . Précisons qu’il régnait alors dans la ville un climat délétère alimenté, d’une part par la misère matérielle et psychologique dans laquelle le peuple était tombé et, d’autre part par la démagogie de l’évêque gouverneur de Porto. Tout cela faisait que de nombreux Portugais caressaient le rêve d’être gouvernés par un roi français comme ceux que Napoléon avait installés sur les trônes des pays conquis. D’ailleurs, pendant son court séjour au Portugal, Soult, lui-même, fit tout pour attirer la sympathie des Portugais et créer un climat de paix de façon à rallier les mécontents dont le nombre ne cessait d’augmenter. Toutefois, il n’avait pas prévu l’avancée des armées anglo-portugaises où se détachaient les troupes de la Leal Legião Lusitana de Wilson et celle de Wellington qui se rejoignirent sur la Serra do Pilar devant Porto, sur la rive gauche du Douro que Soult avait eu l’imprudence de laisser sans défense. À partir du 12 mai 1809, un mois et demi après la conquête française de Porto, Wellington profita, avec prudence, de la situation militaire que ses ennemis lui offraient. Le Douro, dans les eaux duquel tant d’habitants de Porto avaient perdu la vie au cours du triste épisode du ‘Ponte das Barcas’ (pont des bateaux), fut franchi. Ainsi se termina, par un nouvel échec pour les armées napoléoniennes, la troisième invasion du Portugal. Le maréchal Soult dont les qualités militaires ne sont pas en cause et que l’empereur avait fait Duc de Dalmatie pour le récompenser de son courage et de ses qualités de stratège, révéla une totale méconnaissance du pays qu’il voulait conquérir. Sans doute n’avait-il pas compris pourquoi les Anglais s’étaient empressés, peu de temps auparavant, pendant l’occupation menée par Junot, de venir au secours de leur vieil allié.

Toutefois, Napoléon n’abandonnait pas l’idée de conquérir le Portugal, qui contrairement à l’Espagne presque entièrement sous sa coupe, était toujours indépendant. Il chargea Masséna de cette mission quelques mois après l’échec de Soult à Porto. Rappelons que l’ancien ministre espagnol, Manuel Godoy, alors exilé en France, s’était laissé convaincre, comme il l’a d’ailleurs écrit dans ses Mémoires, que l’alliance des deux puissances, française et espagnole, permettrait de venir à bout de la suprématie anglaise. Or, ce but n’avait toujours pas été atteint. Une fois la flotte de la coalition franco-portugaise défaite, d’abord à Aboukir puis à Trafalgar, Napoléon allait prendre conscience qu’il lui était impossible de débarquer sur les côtes anglaises. Par ailleurs, depuis le Directoire les dirigeants français et notamment Bonaparte, alors simple consul, avaient reçu en provenance de tous les coins de France, de nombreuses lettres de patriotes français, conservées aujourd’hui aux archives de Vincennes, leur donnant des conseils sur la meilleure façon de soumettre l’Angleterre. Dans toutes ces missives une seule et même recommandation : pour vaincre l’Angleterre, il fallait d’abord défaire son vieil allié le Portugal de façon à porter un rude coup à l’économie anglaise. Effectivement, l’Angleterre trouvait sur les côtes portugaises une excellente base pour l’essor de ses activités commerciales et industrielles, pour l’acquisition de ses matières premières, notamment de celles qu’elle avait quelque difficulté à trouver depuis l’indépendance des Etats-Unis. Mais le Portugal lui offrait également un domaine commercial qui embrassait de vastes territoires : les îles adjacentes et le Brésil où l’Angleterre jouissait d’avantages douaniers concernant des produits d’une importance cruciale pour son industrie. Le Portugal était en somme la « vache à lait » de l’Angleterre selon l’expression d’un patriote français et sa conquête provoquerait sa banqueroute. Il ne faut donc pas s’étonner que Napoléon tînt tant à avoir la mainmise sur cette partie de la péninsule. L’Espagne était conquise et vivait sous le joug d’un roi français. À l’époque, tout le territoire espagnol, à quelques rares exceptions, comme la ville de Cadix, luttait depuis le 2 mai pour recouvrer son indépendance.

Rivalité des officiers.

Les 80.000 soldats que comptait l’armée de Masséna (Prince d’Essling) faisaient partie de deux des 9 corps d’armée maintenus dans la péninsule. Parmi les officiers supérieurs qui étaient à leur tête, Ney, le fameux général de cavalerie et les deux généraux vaincus précédemment, Junot et Soult, étaient sous le haut commandement de Masséna. Là encore le choix de Napoléon s’avéra très vite désastreux : Ney estimait que le commandement de l’expédition devait lui revenir et ce en raison de son rang élevé ; Junot et Soult, soudain commis à un rôle subalterne et aux ordres d’un camarade, qui plus est, ignorant tout du Portugal, faisaient régner un sentiment de malaise au sein de leurs troupes. Voilà quelques raisons parmi d’autres qui ne tarderaient pas à provoquer des dissidences et des résultats adverses aux intérêts de la politique française. Dans ses Mémoires, le général Foy, décrit de façon explicite le comportement de ces officiers et d’autres encore, comme Eblé, Fririon, Reynier, tous haut gradés dont les désaccords, qui commencèrent dès Salamanque, portèrent un grave préjudice au fonctionnement des armées françaises et contribuèrent à favoriser les Portugais. Cette gigantesque armée entra en territoire portugais au début du mois d’août 1810 et tomba sur un premier obstacle : Almeida. De l’avis de plusieurs stratèges, Masséna avait déjà commis plusieurs erreurs. Ainsi perdit-il un temps précieux à vouloir conquérir la place forte de Ciudad Rodrigo. Même constat à Almeida où, toutefois, la chance lui sourit quand le 26 août, la poudrière de la forteresse explosa, précipitant la reddition. D’ailleurs, le temps et l’énergie employés à conquérir une forteresse ne faisaient déjà plus partie des pratiques en vigueur à l’époque. Il suffisait d’en faire le siège de façon à protéger l’arrière-garde contre toute attaque. De plus, voulant entrer dans Lisbonne, Masséna choisit de prendre la rive droite du Mondego, erreur qu’il aurait pu éviter s’il avait pris connaissance du rapport de l’un des ingénieurs de Junot, un dénommé Boucherat, qui expliquait clairement les raisons pour lesquelles le chemin menant vers la capitale ne pouvait en aucun cas se faire en empruntant cette rive. Masséna, calculant qu’il nécessitait 17 jours de vivres jusqu’à Lisbonne, ordonna aux corps d’armée de faire les récoltes dans les champs abandonnés par les paysans. Cette décision lui porta préjudice. Une autre erreur fut également lourde de conséquences : l’absence d’un service des vivres amenait les soldats à pratiquer le pillage. Ce système de maraude avait des effets tragiques et des conséquences funestes quand les voleurs étaient découverts. L’armée de Masséna passa ainsi par Pinhel, Trancoso, Mangualde, Guarda, Celorico, Fornos. Après avoir traversé l’affluent du Douro, le Coa, Masséna arriva à Viseu, désertée par sa population. Le Maréchal semblait avoir oublié que l’automne approchait et que, les chemins seraient bientôt difficilement praticables. Ses plans étaient peu à peu mis en difficulté. Il était surveillé nuit et jour par l’armée anglo-portugaise sous le commandement de Wellington, lequel avait conseillé aux habitants d’abandonner leurs foyers et d’emporter ou de cacher tout ce dont l’ennemi aurait pu tirer profit. Mais c’est à Bussaco que la gloire du Prince d’Esling va commencer à se ternir. Cette chaîne de montagnes, qui depuis le Mondego se dirige au cours de huit millesvers le nord, allait être fatale aux plans français. Toutes les routes venant de l’est qui permettent de rejoindre Coimbra, passent par des reliefs montagneux qui rendent difficiles le passage d’une armée quelle qu’elle soit. C’est là que Masséna fut stoppé dans sa marche par des troupes déployées sur les hauteurs de la montagne. Les forces anglo-portugaises comptaient quelques 70.000 hommes. Le 27 août, vers deux heures du matin, l’armée française se mit en mouvement et attaqua au lever du jour. Les Français perdirent 4.500 hommes dont 223 officiers. Devant ce revers, Masséna ordonna de tourner la position, ce qu’il aurait sans doute fait beaucoup plus tôt s’il avait eu connaissance de la topographie des lieux. Les quelques officiers portugais de la Legião Portuguesa, qui accompagnaient l’armée française n’aidèrent pas Masséna : serait-ce par méconnaissance du terrain ou bien accès de patriotisme ? Toujours est-il que l’armée française perdit presque deux jours à découvrir le chemin menant à Coimbra par Boialvo (Águeda). Enfin le 29 août, aux premières heures du matin, l’armée se mit en route vers Coimbra, point de passage obligatoire pour les deux armées et prit la direction de Pombal puis de Leiria (centre névralgique pour les combattants). Les troupes anglo-portugaises, devançant toujours les troupes françaises, allèrent en direction du sud jusqu’aux célèbres lignes de défense de Torres-Vedras qu’elles avaient précédemment fortifiées mettant à profit le temps précieux que les multiples erreurs de Masséna leur avaient concédé. Selon les mémorialistes, ces erreurs ne seraient pas toutes de l’entière responsabilité de Masséna : ils affirment que, pour de mesquines questions de jalousie ou autres, des informations importantes ne lui furent pas fournies (ainsi le rapport de Boucherat). Quant aux nominations de Junot, Soult et Ney, lesquels se sentant humiliés d’être sous les ordres du Prince d’Essling, ne luttèrent pas de façon efficace, elles ne sont pas non plus le fait de Masséna. Celui-ci arriva bien tard devant les lignes de Torres-Vedras. Il ne put les franchir et dût renoncer définitivement à entrer dans Lisbonne. Des villes et des villages désertés par leurs habitants, le manque de nourriture, de secours depuis longtemps demandés, jamais arrivés, l’absence de toute collaboration de la part des chefs militaires de prestige, l’ignorance dans laquelle celui-ci fut maintenu de certains rapports cités plus haut, les dissidences existant au sein de son Etat Major, sont autant de facteurs qui contribuèrent à l’échec de cette invasion. À certains moments, Masséna avait recours à l’aide de son confident Jean-Jacques Pelet, un jeune homme alors âgé de 28 ans. Grâce essentiellement au travail de compilation de Donald Horward, nous avons aujourd’hui accès aux Mémoires et aux études faites par ce jeune ingénieur géographe qui sera ultérieurement nommé général et prendra la direction des archives de guerre françaises. Foy, Guingret, Marbot et d’autres mémorialistes indiquent certains des évènements qui menèrent à une nouvelle défaite de Napoléon. Busaco fut l’une des dernières batailles et des nombreuses défaites de l’armée française au Portugal. Lors de sa retraite, Masséna livra quelques combats de moindre importance à Redinha et à Pombal. L’on estime que, malgré les défaites subies, Masséna révéla une grande valeur militaire en parvenant à regagner la frontière espagnole sans perdre beaucoup d’hommes. Dans le laps de temps qui s’écoula entre août 1810 et mars 1811, Soult, à qui Napoléon avait ordonné de rejoindre Lisbonne par la rive gauche du Tage pour apporter son aide à Masséna qui venait du sud par la frontière de Badajoz, ne le fit pas. À partir de cette date, un corps militaire d’une dizaine de milliers de Portugais, dans une épopée qui reste à raconter, va traverser l’Espagne en compagnie des troupes anglaises et espagnoles et atteindre le sud de la France. Le rêve que Napoléon avait caressé de « s’offrir une balade » dans la péninsule s’était écroulé. L’aigle, jusqu’alors altier, allait succomber en abandonnant derrière lui un paysage de mort et de destruction que seuls l’ambition, la ténacité et le génie des peuples permettraient de reconstruire. Effectivement le spectacle des actes barbares pratiqués par chacun des camps, les assassinats, l’obligation faite aux populations affamées de s’enfuir en abandonnant leurs foyers et leurs biens, ne pouvaient que provoquer une profonde douleur chez les habitants des régions dévastées. Mais, plus tard, après avoir de nouveau goûté à la liberté et à la paix, ceux-ci trouvèrent en eux les forces nécessaires à la reconstruction de leurs maisons et de leurs biens.

Le témoignage du général Marbot.

Beaucoup d’affirmations concernant la désastreuse épopée de Napoléon dans la péninsule, sont corroborées par le Français Jean Baptiste Antoine-Marcellin de Marbot, c’est pourquoi nous avons choisi de présenter rapidement quelques-unes de ses réflexions sur le sujet. Dans l’un des chapitres de ses intéressants Mémoires intitulé « Causes principales de nos revers dans la Péninsule », le Général Baron de Marbot, énumère certaines des raisons qui menèrent aux guerres péninsulaires. Il affirme ainsi, à propos de la victoire de Baylen remportée par les armées anglo-luso-espagnoles, que « ce succès inespéré non seulement accrut le courage des Espagnols, mais enflamma aussi celui de leurs voisins les Portugais ». Il fait également allusion au départ précipité de la famille royale vers le Brésil « de crainte d’être arrêtée par les Français ». Il évoque aussi la défaite de Junot, les triomphes de Napoléon et l’installation de son frère sur le trône d’Espagne, les victoires de Soult et la mort du général Moore en Galice. Les victoires de Napoléon s’espacèrent, selon l’avis de ce mémorialiste, quand « … le cabinet de Londres lui [suscita] habilement un nouvel et puissant ennemi : l’Autriche venait de déclarer la guerre à Napoléon , qui fut contraint de courir en Allemagne, en laissant à ses lieutenants la difficile tâche de comprimer l’insurrection ». D’après Marbot quand le « maître abandonna la péninsule, le faible roi Joseph n’ayant ni les connaissances militaires ni la fermeté nécessaires pour le remplacer, il n’y eut plus de centre de commandement ». Il rapporte la situation du Maréchal Soult abandonné à Porto « sans que le maréchal Victor exécutât l’ordre qu’il avait reçu d’aller le rejoindre » et explique que « L’anarchie la plus complète [régnait] parmi les maréchaux et chefs des divers corps de l’armée française ». Il ajoute que « Soult, à son tour, refusa plus tard de venir au secours de Masséna, lorsque celui-ci était aux portes de Lisbonne, où il l’attendit vainement pendant six mois ! » et que, plus tard, « Masséna ne put obtenir que Bessières l’aidât à battre les Anglais devant Almeida ! » Le Baron explique comment Masséna, incapable de percer les lignes fortifiées de Torres-Vedras, renonça à conquérir Lisbonne et le Portugal. Marbot raconte dans le détail des scènes d’égoïsme et de désobéissance qui causèrent la perte de l’armée française mais reconnaît « que le tort principal appartint au gouvernement » en la personne de Napoléon qui, « se voyant attaqué en Allemagne par l’Autriche, [s’éloigna] de l’Espagne pour courir au-devant du danger le plus pressant ». Toutefois Marbot exprime son incompréhension devant le comportement de Napoléon lorsque celui-ci, « après la victoire de Wagram, la paix conclue dans le Nord, (…) n’[a] pas senti combien il importait à ses intérêts de retourner dans la Péninsule, afin d’y terminer la guerre en chassant les Anglais ! ». En fait, ce qui le surprend le plus, c’est que « ce grand génie ait cru à la possibilité de diriger, de Paris, les mouvements des diverses armées qui occupaient à cinq cents lieues de lui l’Espagne et le Portugal, couverts d’un nombre immense d’insurgés, arrêtant les officiers porteurs de dépêches et condamnant ainsi souvent les chefs d’armée français à rester sans nouvelles et sans ordres pendant plusieurs mois ». Marbot estime que « puisque l’Empereur ne pouvait ou ne voulait venir lui-même, il aurait dû (…) punir très sévèrement ceux qui ne lui obéiraient pas ! » Quant à son frère Joseph, le roi d’Espagne, Marbot le dépeint comme un homme « instruit mais totalement étranger à l’art militaire » et incapable de se faire obéir des officiers. Le roi Joseph était d’ailleurs le premier à désobéir aux ordres de l’Empereur, refusant d’envoyer en France les soldats ennemis faits prisonniers et les intégrant dans des corps d’armée. Marbot se montre en désaccord avec le système de recrutement napoléonien dont il estime qu’il était préjudiciable à l’armée française : « La défection des soldats étrangers dont l’Empereur inondait la Péninsule, ajoutée à celle des prisonniers espagnols si imprudemment réarmés par Joseph, nous devint infiniment préjudiciable. » Marbot mentionne enfin ce qui lui semble être « la cause principale » des revers français dans la péninsule : « l’immense supériorité de la justesse du tir de l’infanterie anglaise, supériorité qui provient du très fréquent exercice à la cible, et beaucoup aussi de sa formation sur deux rangs » Dans ses Mémoires, Marbot livre également sa conviction intime que « Napoléon aurait fini par triompher et par établir son frère sur le trône d’Espagne, s’il se fût borné à terminer cette guerre avant d’aller en Russie ». Pour ce dire, il se basait sur le fait que, seul le soutien financier de l’Angleterre permettait le maintien de la coalition. Or, le pays était las d’autant de dépenses et la Chambre des Communes s’apprêtait à refuser de voter les crédits nécessaires mais la nouvelle que Napoléon allait partir attaquer la Russie la fit changer d’avis et autoriser la « continuation de la guerre ». Marbot mentionne également les défaites du maréchal Marmont et du roi Joseph en Espagne où les Français essuyèrent de « tels revers que vers la fin de 1813, nos armées durent repasser les Pyrénées et abandonner totalement l’Espagne qui leur avait coûté tant de sang ! ». L’ultime citation des Mémoires de Marbot, vaut d’être mentionnée parce qu’elle rend justice au courage des soldats portugais et qu’il est rarissime de trouver ce genre de considération sous la plume d’un mémorialiste français. Après avoir reconnu l’esprit de persévérance des soldats espagnols, Marbot fait l’éloge des soldats portugais dans les termes suivants : « Quant aux Portugais, on ne leur a pas rendu justice pour la part qu’ils ont prise aux guerres de la Péninsule. Moins cruels, beaucoup plus disciplinés que les Espagnols et d’un courage plus calme, ils formaient dans l’armée de Wellington plusieurs brigades et divisions qui, dirigées par des officiers anglais, ne le cédaient en rien aux troupes britanniques ; mais, moins vantards que les Espagnols, ils ont peu parlé d’eux et de leurs exploits, et la renommée les a moins célébrés ».

Les historiens et les chroniqueurs ont trop souvent négligé de prendre en compte la frustration des projets de Napoléon ainsi que les erreurs successives de tous ordres accumulées au long d’années qui ne pouvaient qu’aboutir à une défaite. Ils oublient de mentionner également que c’est dans cet espace péninsulaire, qu’a commencé la chute de Napoléon . Il y aura, après, la campagne de Russie dont on connaît l’issue malheureuse. Nous sommes personnellement convaincus que les défaites subies par Napoléon au Portugal entre 1807 et 1811, au cours desquelles on vit chanceler des chefs militaires de grande valeur, ont profondément influencé sa défaite finale.

Antonio-Pedro VICENTE

« Raisons de la défaite de Napoléon au Portugal», Rives méditerranéennes 2/2010 (n° 36), pp. 13-26.

En ligne: www.cairn.info/revue-rives-mediterraneennes-2010-2-page-13.htm 

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( 21 août, 2017 )

L’île de Sainte-Hélène en ballon…

06-501164

J’ai découvert  un article paru dans la « Revue de l’Institut Napoléon » de 1938 (n°2, 2ème trimestre). Rédigé par un certain Joseph Duhem, il porte le titre suivant : « Le Ballon incendiaire de Moscou en 1812 ». La majeure partie de cet intéressant article concerne les projets non-aboutis et autres moyens d’incendie de la ville de Moscou préparés par les Russes, lors de l’entrée de Napoléon dans cette ville, en septembre 1812. Mais au début de son écrit, Duhem fait état « d’une romanesque entreprise projetée en 1816 par de fanatiques admirateurs de Napoléon ».  L’histoire a lieu au Brésil, et l’auteur nous précise que c’est grâce au conservateur du Museu Paulista [à  Sao Paul] qu’il a pris connaissance des faits suivants : « Des Français et des Brésiliens établis à Pernambuc [Etat de Pernambouc, dont Recife est la capitale], imaginèrent d’armer dans ce port un bateau capable de porter une petite montgolfière jusqu’aux abords du rocher de Sainte-Hélène. Là, de courageux aéronautes auraient fait descendre le ballon sur Longwood, et l’auraient ensuite ramené au navire, après avoir enlevé l’Empereur. Le chef de la conspiration était Antonio Carlos de Andrade, si connu pour la part qu’il a prise aux événements de 1822, et frère lui-même de ce José Bonifacio de Andrade que les Brésiliens nomment le patriarche de leur indépendance. La légende du ballon de Sainte-Hélène subsiste encore au Brésil, et le souvenir en est vivace chez les descendants des Andrade. » 

Joseph Duhem laisse entendre que c’est une absence de confidentialité parmi les réfugiés français qui fit échouer ce projet. Mais  était-il réalisable ? On peut en douter par la surveillance particulière qu’exerçaient les Anglais sur Napoléon, par les deux navires britanniques tournant en permanence, et en sens inverse, autour de l’île, mais aussi par les conditions atmosphériques aléatoires (courants marins et ascensionnels), que la technologie de l’époque ne permettait ni de prévoir, ni de maîtriser. Enfin, que seraient-ils advenus des compagnons de captivité  de l’Empereur ? N’auraient-ils pas été soumis à un traitement difficile en représailles de l’évasion de Napoléon dans les airs ?

C.B.

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( 20 août, 2017 )

Wellington et ses Anglais…

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Un extrait du témoignage du si observateur Poumiès de la Siboutie. Il se situe durant la seconde Restauration.

———

« En général, les Anglais, à quelque rang qu’ils appartinssent, se montraient ce qu’ils sont toujours et partout : rogues et hautains. Wellington leur donnait en cela l’exemple. Il ne parlait de la France, de notre armée, de Napoléon, qu’avec mépris. Cependant, comme il faut être juste avec tout le monde, même avec ses ennemis, on ne peut s’empêcher de reconnaître en lui de grandes qualités militaires. Pendant la guerre d’Espagne, nos officiers étaient les premiers à reconnaître sa grande habileté. Il n’acceptait le combat que lorsque toutes les chances étaient pour lui; lorsqu’elles lui paraissaient contraires, il ne craignait pas de se retirer devant l’ennemi. Avant tout, avare du sang de ses soldats, il ne les exposait jamais inutilement, bien différent en cela de mauvais généraux qui attaquent toujours. Dans sa retraite de Miranda, il ne laissa sur la route qu’une charrette dont l’essieu était cassé. Ses soldats étaient toujours parfaitement nourris, habillés, entretenus de tout, tandis que ses adversaires n’avaient pas même le strict nécessaire. Est-ce une raison pour comparer Wellington à Napoléon, pour le mettre au-dessus comme le font les Anglais ? Il ne lui va pas à la cheville. »

(Dr POUMIES DE LA SIBOUTIE, « Souvenirs d’un médecin de Paris … », Plon , 1910, p.171)

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( 28 juillet, 2017 )

La GUERILLA ESPAGNOLE dans la GUERRE contre l’ARMEE NAPOLEONIENNE…

Le mot et son histoire…

Le terme guérilla est entré aujourd’hui dans le langage commun en plusieurs langues: guerrilla warfare en anglais, guerriglia en italien, Guerrillakrieg ou simplement GuLa GUERILLA ESPAGNOLE dans la GUERRE contre l’ARMEE NAPOLEONIENNE… dans HORS-SERIE 89-000949-238x300errilla en allemand, guerrilha en portugais, langue qui toutefois emploie aussi le terme guerra subversiva. La signification attribuée au mot est –par convention– désormais reconnue et acceptée partout. La définition la plus complète à ma connaissance parle de « lutte illégale d’organisations ou groupes non autorisés à des opérations militaires, contre le pouvoir légitime de l’État ou contre une puissance d’occupation ». De toute évidence cette définition est rigoureusement juridique, puisqu’en effet, tout groupe de civils armés qui s’adonne à des opérations militaires agit de manière « illégale ». Ce n’est pas le lieu d’entamer ici une discussion concernant l’absence de reconnaissance de la guérilla par les conventions de guerre, même les plus récentes.

Un texte célèbre -Guerrilla-, rédigé par un homme qui appliqua avec intelligence et hardiesse ses théories sur le terrain, est celui de T. E. Lawrence, pour la quatorzième édition de l’Encyclopaedia Britannica (1929). Le texte était précédé d’un premier paragraphe analytique, signé par Sir Thomas Barclay, vice-président de l’International Law Association.

Mais d’où vient ce mot à consonance espagnole, et surtout pourquoi l’emploie-t-on aujourd’hui dans l’acception que l’on vient de citer ? Il s’agit de l’adaptation française du diminutif espagnol guerrilla (petite guerre) du terme guerra, qui n’a pas besoin de traduction. En espagnol, le mot guerrilla est défini pour la première fois en 1611, dans le célèbre dictionnaire de Covarrubias. Plus tard, dans les différentes éditions (1734, 1780, 1783 et 1791) du Diccionario de la Real Academia de España, le terme signifie « encuentro ligero de armas » (choc léger d’armes), « contrariedad de dictámenes de poca entidad » (contrariété d’opinions, ou de rapports, de faible importance), et on cite aussi un jeu de cartes nommé guerrilla. Comme diminutif du mot guerre, il fut employé pour traduire en espagnol le fameux ouvrage de Grandmaison, La petite guerre ou traité du service des troupes légères en campagne, certainement le plus connu des nombreux traités parus en la matière6 dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’ouvrage jouit d’une fortune aussi démesurée que surprenante, et devint très rapidement un texte de référence, cité et traduit partout. La première traduction espagnole fut publiée en 1780, sous le titre La Guerrilla ó Tratado del servicio de las Tropas ligeras en Campaña. De là vient l’équivalence entre guerrilla et petite guerre, et l’expression partidas de guérilla fut employée pour désigner les petits détachements d’infanterie destinés aux attaques par surprise ou aux actions de reconnaissance. On faisait donc référence à des opérations de troupes légères régulières, ordinairement en petites formations, homologues alors des partis français, ou des partite italiennes. Les deux termes furent utilisés avec cette signification au début de la Guerra de la Independencia, comme dans le bulletin du Général Castaños, après la bataille de Bailén, le 27 juillet 1808, comme aussi dans des écrits de 1814, qu’il s’agisse d’une biographie de l’Empecinado, ou de Mémoires contemporains restés longtemps inédits. On peut donc dire qu’en 1808, au début de la guerre en Espagne, le terme guerrilla indiquait des opérations militaires secondaires, et l’on continua encore à l’employer dans ce sens pendant un certain temps. Cependant l’usage en était de plus en plus répandu, et entrait avec force dans les autres langues, avec la signification moderne de lutte armée de civils encadrés en formations irrégulières, contre un ennemi envahisseur et aussi, comme en Espagne, contre un gouvernement national considéré comme illégal et usurpant le pouvoir légitime. Les Français, même s’ils furent les premiers à expérimenter la terrible nouveauté, continuèrent longtemps à désigner les combattants irréguliers espagnols comme des brigands, bandits, ou malfaiteurs, comme en témoigne la correspondance du comte deLa Forest, ambassadeur de France à Madrid, qui, en juillet 1808, se plaignait déjà de la difficulté des communications postales. Il faut attendre 1812 pour trouver la première trace en français de l’emploi du mot guérilla, sous la plume de Joseph de Maistre, envoyé du roi de Sardaigne à la cour du Czar. Dans une Relation pour S. M. le Roi Victor-Emmanuel, il note : « Ces paysans […] changés en véritables guérillas et ne sachant plus que tuer, reviendront-ils des serfs dociles ? » Par contre, les autorités espagnoles au service du roi Joseph, même en ayant souvent recours aux termes bandoleros (brigands), bandidos (bandits) ou malhechores (malfaiteurs) pour désigner les civils armés qui contestaient l’occupation, utilisèrent assez tôt guérilla dans l’acception moderne. En anglais, le même terme fut employé pour la première fois le 8 août 1809, dans une dépêche du général Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, au premier ministre britannique Castlereagh. On pourra trouver ailleurs le cheminement du mot en italien et dans d’autres langues européennes.

L’efficacité militaire de la guérilla.

Quels furent le poids et l’importance militaire de la guérilla dans la guerre que, suivant les historiens espagnols, nous appellerons Guerre de l’Indépendance ? La discussion sur ce point, toujours très controversé, porte aujourd’hui essentiellement sur la question de savoir si les hommes qui, pour des raisons très diverses, participèrent à la guerre dans les bandes de guérilleros, n’auraient pas été plus utiles à la cause espagnole en s’engageant dans les armées organisées à plusieurs reprises par le gouvernement légitime. Dans ce cas, leurs milices irrégulières auraient agi au détriment plutôt qu’à l’avantage de la cause. Le partisan de cette thèse est l’historien anglais Charles Esdaile. Pourtant, Charles Esdaile n’appartient pas, comme cette citation pourrait incliner à le penser, au courant historiographique des historiens britanniques, qui, très nombreux, et poursuivant une tradition commencée avec l’ouvrage célèbre de W.F.P. Napier, n’évoquent la guérilla, quand ils le font, que comme le fait de ramassis de bandits et de pillards. Tout en accordant dans ses études une large place à la guérilla et en en reconnaissant l’importance, Esdaile considère néanmoins que la contribution militaire des partidas a joué, dans l’ensemble, un rôle plus négatif que positif. En désaccord avec lui sur ce point capital, je ne soutiendrai pas pour autant que l’action des guérillas puisse avoir été la cause principale de la défaite des Français en Espagne, ce qui n’a été affirmé que par quelques historiens libéraux espagnols du XIXe siècle. Je reste toutefois profondément persuadé que, sans la guérilla, les Français auraient pu réussir à soumettre l’Espagne très rapidement, comme ils l’avaient fait d’autres pays d’Europe continentale. Dans cette perspective, quatre questions sensibles seront abordées : celle de l’estimation tant des pertes infligées par la guérilla aux troupes impériales que des effectifs des guérilleros ; les problèmes et les obstacles rencontrés en matière de communications ; les entraves opposées aux réquisitions de vivres et de récoltes et à la perception des impôts ; la nécessité imposée aux Français d’immobiliser un grand nombre de troupes pour le contrôle du territoire, affaiblissant de ce fait la force disponible pour s’opposer aux armées alliées dans les grandes batailles rangées, qui, finalement, décidèrent de l’issue de la guerre dans la péninsule ibérique. Le montant des pertes causées par la guérilla dans les armées impériales, aussi décisif que délicat à établir, ne saurait être que très approximatif. Le chiffre le plus élevé, certainement exagéré, a été donné par J.F.A. Le Mière de Corvey, ancien officier en Espagne, et auteur d’un important manuel sur la guerre de guérilla. « Cent cinquante à deux cents masses de guérillas répandues dans toute l’Espagne, avaient fait le serment de tuer chacune trente ou quarante Français par mois, cela faisait six à huit mille hommes par mois pour la totalité des bandes des guérillas. […] Comme il y a douze mois dans l’année, nous perdions environ quatre-vingt mille hommes par an, sans avoir eu de batailles rangées : la guerre d’Espagne a duré sept ans ; c’est donc plus de cinq cents mille hommes de tués […] » Le général Bigarré, aide de camp de Joseph Bonaparte, indique quant à lui dans ses Mémoires : « Je dois pourtant avouer que les guérillas ont fait beaucoup plus de mal aux troupes françaises que les armées régulières pendant la durée de la guerre d’Espagne; il est reconnu qu’elles n’assassinaient pas moins de cent hommes par jour. Ainsi, pendant l’espace de cinq années, elles ont tué 180 000 Français sans avoir perdu plus de vingt-cinq mille hommes, car il était rare que ces bandes indisciplinées se battissent en rase campagne sans être plus de cinq contre un. »

Jean Sarramon, qui a longtemps travaillé à une grande et très minutieuse histoire de la guerre en Espagne, hélas encore largement inédite, a produit un tableau détaillé des pertes françaises causées par la seule guérilla entre mai 1811 et la fin juin 1812. Le montant final, calculé de façon très prudente, s’élève à 15 888 hommes, soit moins de la moitié des 36 000 pertes annuelles annoncées par Bigarré et Marbot; on est évidemment bien loin des calculs de Le Mière, mais, si l’on étend ce bilan d’une année aux cinq années de guerre, on approche de 80 000 hommes. Il s’agit là de pertes bien plus importantes que celles causées par les armées régulières espagnoles, et presque doubles de celles provoquées par les troupes luso-britanniques de Wellington (45 000). Cette estimation globale se trouve confirmée par l’ouvrage à paraître de Ronald Fraser sur la participation populaire espagnole à la guerre. En utilisant les données recueillies sur les pertes impériales en Navarre, et en y ajoutant celles du reste de l’Espagne, Fraser parvient à une moyenne annuelle de 18 000 hommes, soit un total de 90 000 pour la durée entière de la guerre. Il ne s’agit là que des pertes dues à la guérilla. L’ensemble des pertes impériales en Espagne reste à établir : les estimations varient entre un minimum de 240 000 et un maximum de 600 000 hommes. Si l’estimation de Rory Muir montant à 300 000 hommes paraît acceptable, l’importance du rôle tenu par la guérilla semble indéniable.

Mais à combien pouvait s’élever le nombre de ceux qui ont pu imposer un si lourd tribut à la puissante machine de guerre napoléonienne ? Selon mes propres hypothèses, intégrant la statistique établie par Nicolas Horta Rodríguez, le nombre des engagés dans la guérilla en Espagne pourrait s’élever à un maximum de 65 000 hommes, ce qui dépasse de beaucoup celui de 50 000 indiqué par Arteche y Moro, mais semble toutefois raisonnable, si l’on tient compte de la nécessité de distinguer entre les guérilleros pour ainsi dire « permanents » et les « occasionnels », entre ceux qui pratiquèrent la guérilla pendant toute la durée de la guerre, et ceux qui, par ailleurs, ne prirent part aux combats qu’en une seule occasion et pendant un temps très réduit, ne dépassant parfois pas deux ou trois jours. Cette estimation recoupe celle donnée par Ronald Fraser. L’historien anglais, au terme de longues et difficiles recherches dans l’Espagne entière, a pu établir plusieurs bases de données sur la guérilla. L’une d’elles porte sur les partidas existant en 1811 et sur leurs effectifs, ainsi que sur la répartition entre soldats à pied et à cheval.

En suivant Ronald Fraser, au total de 55 531 guérilleros il convient d’ajouter ceux des 56 partidas dont les effectifs restent indéterminés. Il propose de leur attribuer les mêmes contingents qu’à ceux des petites bandes, soit 84,9 hommes chacune, ce qui établirait le total général à 60 285 combattants, sans compter les guérilleros de Catalogne et de Galice. On peut raisonnablement admettre que les partidas de ces deux régions pouvaient rassembler un effectif de 5 000 hommes, formant l’écart entre les calculs de Fraser et les miens. Il faut souligner qu’à l’été 1811, les quatre armées espagnoles subsistantes ou reconstituées après les défaites successives des années précédentes ne comptant guère plus de 70 000 hommes, les guérilleros formaient ainsi une force antifrançaise presqu’égale. Ils présentaient en outre l’avantage d’être dispersés sur le territoire d’une façon assez homogène et de jouir d’une très grande mobilité, leur permettant de renoncer au combat s’ils se trouvaient en position d’infériorité.

Sur la composition socio-professionnelle des guérilleros, l’on ne dispose jusqu’à présent que de l’ébauche d’étude de Nicolas Horta Rodríguez, mais des avancées importantes sont attendues aussi bien du côté de la prochaine publication de Ronald Fraser, que des recherches en cours de Charles Esdaile et Leonor Hernández Enviz, visant à la constitution d’une vaste base de données incluant la totalité des guérilleros pour lesquels on détient au moins un témoignage documentaire.Comme le soulignait l’ambassadeur de France à Madrid, les problèmes de communication à l’intérieur du territoire espagnol ou avec la France se posent dès 1808. Les attaques contre tous les types de messagers avaient commencé avant même le Dos de Mayo ; il est bien connu que l’Empecinado initia son activité contre les impériaux en avril 1808 comme caza-correos (chasse-courrier) ; en février de cette même année, la guérilla interceptait une lettre à Guadalajara. Couper ou rendre difficiles les communications postales, mais aussi le passage des personnes et des marchandises d’un lieu à l’autre de l’Espagne, fut, dès le début de la résistance anti-napoléonienne, une des tâches prioritaires confiées à la guérilla. Les Prevenciones, texte diffusé parla Junte de Séville le 6 juin 1808, donnent des instructions aux provinces sur les moyens de défense à utiliser contre l’invasion française, et précisent déjà très clairement qu’il conviendra d’entreprendre.

Communications et transports pour le ravitaillement des armées, des villes et des garnisons, furent sans doute les points faibles du système d’occupation impérial en Espagne. La documentation à ce propos est accablante. Nombreux sont les hauts fonctionnaires du régime joséphin, les juges en particulier, qui demandent au ministre de la Justicel’autorisation de surseoir à la prise de possession de leur poste à cause de « la notoriedad de estar ocupados los caminos por insurgentes » et de la difficulté d’avoir la « seguridad de escolta »; leurs lettres portent fréquemment la mention « duplicado » ou « triplicado », car l’expédition de plusieurs exemplaires d’un même courrier par des voies différentes cherchait à obtenir qu’au moins l’un d’eux parvienne à destination, même avec un retard considérable, comme il ressort d’une lettre, envoyée de Pampelune le 24 juillet 1809 par le général d’Agoult, gouverneur militaire de Navarre, au ministre dela Justice, qui affirme ne l’avoir reçue à Madrid que le 28 novembre suivant! Il est clair que toute l’Espagne Joséphine souffrait gravement de ces retards perpétuels imposés aux communications en tous genres, comme au fonctionnement quotidien de l’État et à la vie des particuliers, à quoi s’ajoutaient les difficultés des autorités militaires, sollicitées de toutes parts de fournir des escortes, indépendamment de toute considération de distance

Quoique les pertes infligées aux troupes impériales aient été importantes, mon opinion est que le succès majeur de la guérilla a été d’empêcher le ravitaillement régulier des armées d’occupation, soit en faisant obstruction à la libre circulation des convois, soit par une opposition opiniâtre aux exactions et aux réquisitions de récoltes, denrées alimentaires et bétail, dont les paysans étaient les principales victimes. Les impériaux devaient nourrir des effectifs compris entre 300 000 et 350 000 hommes, maximum atteint pendant l’été 1811. Les armées espagnoles oscillaient autour de 70 000 à 100 000 hommes, auxquels il convient d’ajouter les effectifs de la guérilla et ceux de l’armée anglaise, lorsqu’elle se trouvait en Espagne. Près de 700 000 combattants devaient ainsi pouvoir se nourrir sur une terre où la population, paysannerie en tête, vivait difficilement, même en temps de paix. Selon la devise napoléonienne, la guerre devait alimenter la guerre ; ce principe fut en effet appliqué sans trop de problèmes partout en Europe, mais pas en Espagne, où les paysans, même forcés à collaborer avec l’occupant, savaient bien qu’ensuite les guérilleros viendraient exiger une contribution équivalente à celle qu’on avait dû céder à l’ennemi. De plus, en offrant à la guérilla « otro auxilio mas que el de la raciòn de guerrá » (une autre aide à ajouter à la ration de guerre), ils seraient victimes d’un arrêté royal les obligeant à « mantener á su costa en raciones y sueldo, al destacamento de tropas que se le embiará ». Se trouvant ainsi placée entre le marteau et l’enclume, la population rurale fit le choix du moindre mal et participa à la guerre pour sa survie. Autant que possible, les paysans se rangèrent du côté de la guérilla, qui pouvait leur offrir une protection contre les troupes impériales et parfois aussi, en faveur des paysans pauvres, de l’argent ou de la nourriture pris à l’ennemi ou à quelques malheureux riches propriétaires suspectés d’être des afrancesados. Les attaques des bandes de guérilleros contre les colonnes militaires qui convoyaient pour le ravitaillement les troupeaux de moutons, de bœufs, et les chars de grains, enlevèrent enfin aux impériaux une portion considérable de leurs moyens de subsistance. On peut mesurer le succès de la guérilla au taux d’hospitalisation des troupes impériales en Espagne, 20 % plus élevé que dans le reste de l’Europe, en raison de la sous-alimentation.

Des difficultés analogues se présentaient à propos des lourds impôts réclamés par les militaires dans les territoires occupés, du plus petit hameau jusqu’à la grande ville. Dans les campagnes surtout, les prescriptions législatives restèrent souvent lettre morte, particulièrement dès que la force des guérilleros augmenta sensiblement, à partir des derniers mois de 1811. De toute façon, une fois l’impôt acquitté, le problème demeurait d’en faire parvenir le produit à sa destination finale, sans qu’il ne tombe aux mains des bandes qui infestaient les chemins. Cette importante fonction de la guérilla avait déjà été remarquée et signalée par l’historien anglais Charles Oman 

La bataille pour les vivres et le numéraire se solda donc par une cuisante défaite française.

Un autre résultat d’importance obtenu par la guérilla pendant la guerre fut de mobiliser une quantité considérable de troupes impériales dans des fonctions de police, de maintien de l’ordre et de contre-guérilla, empêchant ainsi les généraux napoléoniens d’exploiter avantageusement leur supériorité numérique sur les armées alliées, luso-britanniques dans un premier temps, hispano-luso-britanniques ensuite. Dès le début des hostilités, les effectifs impériaux en Espagne ne cessèrent d’augmenter, passant de 100 000 hommes à l’automne 1807 à 350 000 en juillet 1811. Ce fut seulement à la fin de cette année, qu’en préparation de la campagne de Russie, les troupes furent réduites de 70 000 hommes. Malgré cette imposante supériorité, le maréchal Masséna ne put compter pour la campagne du Portugal que sur 65 000 hommes, quand, selon le même Masséna, les impériaux disposaient en Espagne de 406 348 hommes; l’Armée du Midi, commandée par le maréchal Soult, se composait en théorie au 1er septembre 1811 de 72 000 hommes et des 4 800 recrues de la garnison de Badajoz, mais ne pouvait pas en réalité aligner plus de 37 000 soldats pour entrer en campagne, les autres étant, soit malades (8 500), soit, comme l’avait bien vu A.-L. Grasset dans son étude classique sur Málaga, dispersés dans de multiples petites garnisons, ou enrôlés dans les colonnes mobiles lancées à la poursuite des guérilleros. « Cette équipée fatigante et coûteuse et des centaines d’autres semblables prouvaient surabondamment la difficulté de réduire par les armes les bandes insurgées. Pendant plus d’un an, les troupes de Malaga vont se consacrer, sous un ciel de feu, à cette tâche surhumaine qui les épuisera et ruinera leurs effectifs. » Comme on l’a déjà évoqué, les impériaux devaient aussi diviser leurs forces en de nombreux détachements pour acheminer les convois ou, pire encore, tant est flagrante la disproportion entre l’objectif à atteindre et les moyens mis en œuvre pour y parvenir, pour escorter ne fût-ce qu’un seul messager à cheval. En 1812 en Navarre, les escortes de messagers pouvaient mobiliser jusqu’à 600 hommes. À la fin de 1811, du littoral méditerranéen jusqu’à Oviedo, 90 000 hommes étaient requis pour protéger des attaques de la guérilla les communications avecla France. C’est la raison pour laquelle les impériaux ne purent réunir que 46 138 hommes à la bataille de Talavera, en 1809, 49 634 à celle de Salamanque, en 1812, et seulement 62 131 à la bataille de Vitoria, qui décida en 1813 du sort de la guerre. De leur côté, les alliés purent lancer sur le terrain 55 634 hommes à Talavera (20 641 Anglais et 34 993 Espagnols); 51 937 à Salamanque (30 578 Anglais, 17 999 Portugais, 3 360 Espagnols); et plus de 101 000 à Vitoria (45 102 Anglais, 27 989 Portugais, 28 347 Espagnols). Au moment de ce dernier engagement, les impériaux avaient plus de 70 000 hommes des trois armées du Nord, de Catalogne, et du Maréchal Suchet à Valence, retenus dans leurs régions respectives pour le contrôle du territoire et la répression de la guérilla. J’espère avoir suffisamment illustré les raisons de mon désaccord avec Charles Esdaile. En guise de conclusion, je présenterai quelques considérations générales sur le rôle et l’importance de la guérilla dans la guerre, même au-delà des pourtant considérables aspects militaires. Les troupes impériales arrivèrent en Espagne en ayant gagné toutes les guerres entreprises jusque-là contre les armées les plus aguerries et chevronnées d’Europe, et, après avoir établi leur supériorité par une longue série de victoires écrasantes, crurent pouvoir se cantonner dans la routine quotidienne de l’occupation, comme elles l’avaient fait sans problèmes en Allemagne, en Europe centrale ou en Italie, avant la création d’un système d’États satellites de la France. Maisl’illusion fut de courte durée, le rêve se muant très vite en un horrible cauchemar, dans lequel chaque endroit du pays cachait un poignard prêt à frapper, où un verre de vin offert avec le sourire était très souvent empoisonné. Les soldats impériaux, les jeunes recrues comme les grognards les plus expérimentés, éprouvaient à l’égard de l’Espagne une espèce de crainte révérencielle qui affectait leurs capacités militaires et encourageait la désertion, surtout chez les alliés, de même que l’insoumission en France. D’après Charles Esdaile, les déserteurs français auraient, en 1811, dépassé le nombre de 50 000. La guérilla a également apporté un important soutien psychologique à la population espagnole, surtout pendant les années 1810 et 1811, lorsque les nouvelles des champs de bataille ne faisaient état que de terribles défaites, que la confiance envers les armées ne cessait de faiblir, et qu’il semblait que le tyran de l’Europe allait triompher une fois de plus. Les guerrilleros jouissaient du soutien populaire, qui s’exprimait aussi bien par l’appui matériel apporté (nourriture, hébergement…) qu’à travers les renseignements sur les mouvements de l’ennemi, ou les fausses informations dispensées aux impériaux. Personne ne songe à nier qu’il y ait eu des scènes de brigandage, de pillage, de violence, atroces parfois, imputables à des hommes ou à des bandes qui se réclamaient de la guérilla. On ne peut pas davantage nier que la population et les authentiques guérilleros dénonçaient en général ces malfaiteurs, même aux autorités joséphines ou impériales, ou bien exerçaient directement sur eux une justice sommaire.

Sans vouloir mythifier la guérilla, ni en exagérer l’importance, on doit de toute façon admettre que son existence et sa présence active, pendant les longues et difficiles années de la guerre, exercèrent un poids essentiel sur l’issue du conflit.

Vittorio SCOTTI-DOUGLAS

Source : Vittorio Scotti-Douglas,  « La guérilla espagnole dans la guerre contre l’armée napoléonienne », Annales historiques de la Révolution française, 336 /avril-juin 2004: http://ahrf.revues.org/1683

 

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( 20 juillet, 2017 )

Marengo en chantant…

Penser à la musique lorsque l’on parle de Marengo et de la mort du général Desaix pourrait sembler un paradoxe. Cependant, la musique est présente doublement. D’une part, par la présence des musiques militaires sur le champ de bataille, dont les tambours et trompettes battent et sonnent les ordonnances. D’autre part, après la victoire, comme pour mieux commémorer l’événement, ou plus exactement les événements, car non seulement la bataille et la victoire furent transcrites en musique, mais aussi la mort du général.

À Marengo, l’armée de réserve n’a guère le temps de s’attarder sur les programmes musicaux. Certes, la Garde consulaire et son harmonie alignent quelques 25 musiciens. Mais lors dMarengo en chantant… dans HORS-SERIE Lejeune1-300x200u combat, les seuls airs qui retentissent sont d’abord ceux des batteries et des sonneries d’ordonnance.

La musique accompagne depuis très longtemps l’armée. Les premières traces écrites semblent dater de 1589. À cette époque, la fonction de la musique se résume à l’escorte des soldats lors de leurs déplacements ou dans les phases de combat. Ce ne sont pas des musiciens militaires qui jouent mais de simples gagistes à la solde des colonels propriétaires des régiments. Les premiers changements vont s’opérer quand l’armée, sous l’influence du maréchal Maurice de Saxe, va passer au stade de l’armée réglée. À partir de ce moment, la musique en fera partie intégrante. Malgré la persistance des gagistes, il existe désormais des musiciens ayant statut de militaires. Pourtant, leur rôle n’est qu’utilitaire ; ainsi le trompette, monté à cheval, sonne les marches, porte les messages, le timbalier scande les pas et le tambour transmet les mouvements aux troupes par une série de batteries.

Progressivement, les sonneries d’ordonnances vont être créées, puis normalisées. Le 14 mai 1754, par ordre du ministre le marquis de Paulmy, le lieutenant Joseph Henri de Bombelles réunit tous les tambours de France et de Navarre aux Invalides, et les place sous les ordres du tambour major Jacques Bouroux afin qu’ils reçoivent tous la même instruction. À partir de 1764, les Gardes françaises recrutent des cuivres et des instruments à anche. Ils formeront un corps à part de celui des fifres et des tambours. Puis en 1788, les ordonnances royales précisent en quelles occasions sont sollicitées les musiques militaires et réglementent les sonneries et batteries d’ordonnances.

Telle est la situation des musiciens militaires à la veille de la Révolution française. Il en sera ainsi jusqu’en 1790, année où le capitaine d’état major Sarrette obtient l’autorisation de constituer un corps de musique militaire, dont les fonctions principales sont une participation aux grandes cérémonies organisées par les responsables politiques et la formation des musiciens nécessaires. Ce sont ces musiciens qui vont parcourir l’Europe, suivant dans leurs différentes campagnes les régiments, traversant les pays et les villes. Ils sont simples exécutants, compositeurs ou chansonniers, mais ils sont, avant tout, militaires et sont pris en compte dans les règlements, les ordonnances ou les décrets qui déterminent leurs uniformes, leur logement ou leur solde. C’est cependant leur vie d’artistes au service des musiques, des chants et des fêtes qui a présentement retenu notre attention.

Les musiques militaires dans les régiments à l’époque du général Desaix.

En 1800, lors de la seconde campagne d’Italie, l’organisation des musiques varie selon les armes. Ainsi la Garde consulaire, issue de la Garde du Directoire, et qui accompagne le consul dans ses déplacements, possède-t-elle la phalange musicale la plus importante de toutes les armées françaises. Cette garde fut créée 18 jours après le coup d’État du 18 Brumaire. Elle est en fait le résultat de la fusion entre l’ancienne Garde du Directoire et celle du Corps législatif – ce qui représente un total de 2 089 hommes, infanterie et cavalerie confondues et aligne 25 musiciens, mais rapidement, dès septembre 1800, leur nombre passera de 50 à deux sous-chefs. À Marengo, la Garde compte donc 25 fantassins (2 flûtes, 5 premières clarinettes, 5 deuxièmes clarinettes, 4 bassons, 1 trompette, 4 cors, 1 serpent, 1 paire de cymbales, 1 grosse caisse et 1 tambour). Quant à la Garde montée, c’est à elle que revient l’honneur d’accueillir le timbalier.

Mais la Garde n’est pas la seule à accueillir des musiciens. Les fantassins et les cavaliers possèdent également leur harmonie. Pour cette campagne, et notamment à la bataille de Marengo, l’infanterie de ligne se conforme à la circulaire du 11 thermidor an VII [29 juillet 1799]. Si l’on se réfère à ses prescriptions, la musique est directement rattachée à l’état-major et elle comprend : 8 musiciens, 1 chef, 1 tambour major et 1 caporal tambour, auxquels il faut ajouter les tambours des compagnies, qui sont au nombre de 2 par compagnies (qu’elle soit de grenadiers ou de fusiliers). Ce qui représente un total de 54 tambours, puisqu’un régiment est composé de 3 bataillons de 9 compagnies chacun. Il est à remarquer que, réglementairement parlant, les musiciens portent l’uniforme du régiment et qu’ils fournissent et entretiennent, sur leurs deniers, leurs instruments. Les régiments doivent pourvoir au besoin des cymbales ainsi que de toutes les caisses et tambours.

Quant à l’infanterie légère, elle doit obéir à la loi du 23 fructidor an VII [9 septembre 1799]. Là aussi, la musique dépend de l’état-major et est composée de 7 musiciens, 1 chef, 1 tambour major, 1 caporal tambour, auxquels nous devons ajouter les 54 tambours des compagnies – un régiment d’infanterie légère étant également composé de 3 bataillons de 9 compagnies chacun, et les tambours sont au nombre de 2 par compagnie qu’elle soit de grenadiers ou de fusiliers. Autre corps possédant des musiciens et régi par la même loi, l’artillerie est une arme qui emploie à la fois des fantassins et des cavaliers. Elle comprend d’une part l’artillerie à pied et de l’autre celle à cheval – auxquelles s’ajoutent quelques corps particuliers qui ne possèdent que des tambours. Dans ce cas, comme dans le précédent, seuls les états-majors possèdent des musiciens. Si les effectifs de l’artillerie à pied sont calqués sur ceux de l’infanterie de ligne, auxquels il nous faut ajouter 40 tambours, issus des compagnies – car le régiment d’artillerie à pied aligne 2 bataillons de 10 compagnies chacun – ceux de l’état-major de l’artillerie à cheval comportent 8 musiciens, 1 trompette maître et 1 chef et les 12 trompettes des escadrons – un régiment comprend 3 escadrons de 2 compagnies. La cavalerie enfin ne déroge nullement aux règles précédentes. Que ce soient des corps de carabiniers, dragons, chasseurs à cheval ou hussards, tous possèdent un effectif de 6 musiciens, 1 chef et 1 trompette maître ainsi que 20 trompettes des escadrons – puisque les régiments alignent tous 5 escadrons de 2 compagnies.

Si en temps de paix, les musiciens militaires s’adonnent à leur passe-temps favori, faire de la musique, et rythment la vie militaire par toute une série de sonneries et batteries d’ordonnance, où les cornets, fifres et les tambours sont essentiels, il n’en est pas de même durant les périodes de guerres ou lors des combats. Ainsi, sur les champs de batailles les musiciens servaient à l’approvisionnement en munitions, puis après les combats, au ramassage des blessés. On avait bien essayé de les faire jouer lors des phases d’attaques, pour «donner plus de cœur» aux fantassins présents sur le terrain, mais ces musiques étaient par trop repérables, et elles se faisaient décimer par l’artillerie ennemie.

Pendant la bataille de Marengo, les armées consulaires sonnent et battent les ordonnances datant de l’Ancien Régime. Ce ne sera qu’en 1803 que David Bühl commencera à présenter ses nouvelles ordonnances. Parmi les batteries réglementaires dans l’Infanterie, il faut citer : Au Drapeau, La générale, Aux Champs, La Chamade, Le Ban, L’Assemblée, Le Réveil, La Diane, La Fricassée, L’Extinction des Feux, La Retraite, La Charge et plusieurs rythmes de marches. Les témoignages qui furent diffusés après la bataille de Marengo notent que « La Charge fut battue en même temps [que le feu de l’artillerie] sur toute la ligne ; et cet élan qui se communique comme la flamme aux cœurs des braves, ajoute encore à l’ardeur qu’inspire la présence d’un chef qui tant de fois les a conduits à la victoire [Desaix, à la tête de la 9e Légère] ». Citons également quelques commandements lancés par le trompette à la cavalerie : Le Boute-selle, Le Boute Charge, La Marche, L’Appel ou le Ban, La Retraite ou le Guet, La Sourdine, etc… Sans compter toutes celles qui permettent de gérer la vie des chevaux eux-mêmes : le réveil des animaux, leur repas, leur pansage, l’abreuvoir (plusieurs fois par jour)

Outre ces sonneries et batteries d’ordonnances, il existe tout un répertoire de musiques militaires utilisé lors de concerts ou de défilés. Nous en trouvons trace dans les publications du Magasin de Musique, dont les premières parutions s’effectuent dès le mois de germinal an II (mars 1794) et se poursuivront jusqu’en 1825 – il a pris alors l’appellation de Magasin de Musique du Conservatoire. Ces musiques, dédiées aux phalanges militaires, se répartissent suivant trois grandes familles : ouvertures et symphonies, suites d’harmonie, pas et manœuvres. Les compositeurs les plus connus de cette période collaborent à l’élaboration de ce répertoire. Ainsi Mathieu Frédéric Blasius, Simon Catel, François Devienne, Étienne Ozi, François Joseph Gossec, Nicolas Mehul, Louis Jadin, Henri Montan Berton ou Rodolphe Kreutzer. Mais il en existe d’autres dont la production est bien moins importante, comme Xavier Lefèvre, François René et Michel Joseph Gebauer, qui ont endossé la tenue militaire, ou Frédéric Duvernoy, célèbre corniste de l’époque. Leurs compositions requièrent des orchestres d’harmonie (le détail de l’effectif se trouve sur l’en-tête de la partition), comprenant souvent des vents par deux – sauf pour les trombones et les serpents, quand la partition est destinée à un petit effectif.

Les marches et pas de manœuvres cités ci-dessus, ainsi que les ouvertures écrites spécifiquement pour harmonie, ne sont cependant pas les seules partitions dont les chefs de musique disposent. Ils ont, dans leur sac de voyage, des ouvertures d’opéra retranscrites pour l’occasion. Il en est ainsi de l’ouverture de La Journée de Marathon de Rodolphe Kreutzer, de celle d’Iphigénie de C.W. Gluck, de celle de La Chasse du Jeune Henri de Méhul – transcrite par H. Jadin, ou des airs à la mode tels ceux de Sémiramis (Air des Africains), Les Bayadères de Julie Candeille, Airs de Tarare de Salieri, Ceux d’Œdipe à Colonne de Sacchini ou ceux de La Flûte Enchantée de Mozart. Parfois, les orchestres exécutent des pots pourris tel celui composé par Vanderhagen ou Beinet.

Cette activité artistique marque un bref répit dans une vie marquée, comme pour les autres soldats, par les risques pris au combat. Bien que ne participant pas toujours à la phase la plus violente des affrontements, certains de ces militaires se distinguent en effet par leur bravoure. Et comme pour les autres militaires des armées, ils eurent droit à un certain nombre de récompenses. Ainsi, un arrêté des Consuls du 4 nivôse An VIII décide de l’attribution de fusils, carabines, sabres, etc… mais aussi aux tambours des baguettes d’honneur garnies en argent […] (article 2), aux trompettes des trompettes d’honneur en argent (article 4). De fait, à Marengo, certains d’entre eux sont justement récompensés, comme le stipule l’arrêté suivant :

Arrêté du Premier Consul qui accorde des armes ou marques d’honneur à 29 militaires – du 29 messidor an VIII

Bonaparte, Premier consul de la République, arrête :

Il sera accordé des grenades d’honneur aux citoyens, […]

Il sera accordé des baguettes d’honneur aux citoyens, Sayer, Avoine, tambours des grenadiers de la Garde.

Il sera accordé des trompettes d’honneur aux citoyens, Bonnet, Krettly, brigadiers trompettes ; Norberg, trompette.

Le ministre de la Guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui sera imprimé.

Les chants des militaires.

Outre les musiques, la vie militaire est également rythmée par les chants. Les chansons militaires existent depuis l’Ancien Régime, elles ne sont donc pas spécifiques à la période révolutionnaire. Mais il existe certaines différences, notamment quant au mode de diffusion et au contenu. Ces chants paraissent dans les journaux militaires de l’époque, ainsi que dans les almanachs et quelques publications militaires tels Le Petit chansonnier des armées pour l’An III de l’ère républicaine. Jean-Roch Coignet, dans ses cahiers, témoigne qu’il arrive en Italie marchant en chantant Cadet Rousselle ou Il Pleut Bergère. Écrire une chanson militaire n’est pas le domaine réservé du seul soldat et si l’armée compte dans ses rangs de nombreux chansonniers, de tous grades et de tous corps, n’importe quel citoyen peut composer et faire publier son œuvre dans les journaux militaires. Les timbres qui servent de support aux chansons militaires sont donc sans surprise identiques à ceux qu’ont l’habitude de chanter les civils. Ainsi nous trouvons, outre La Marseillaise, l’air Une femme de Province (tiré de Figaro), On va lui percer les flancs, Ah ! De quel souvenir affreux (tiré des Visitandines), Veillons au salut de l’empire, Français laisseras-tu flétrir, On doit soixante mille francs. Les textes privilégient les descriptions des campagnes et des victoires, le quotidien du soldat (ses affres, pour les chansons les plus politiques), ses amours, jusqu’aux chansons à boire.

Marengo et l’image de Desaix dans la musique er les chants révolutionnaires.

En ce tout début du Consulat, la musique reste encore le moyen le plus sûr pour honorer et commémorer les grands événements, même si les fastes révolutionnaires sont déjà loin et si ceux de l’Empire ne sont pas encore à l’ordre du jour. À la lecture des messages diffusés des grands organismes de l’État, nous ne pouvons que remarquer que la machinerie de la propagande musicale est belle et bien mise en place. Dans le cas de Marengo et de la mort de Desaix tout est mis en œuvre pour célébrer à la fois la victoire et la perte d’un personnage important. Pour en avoir la certitude, il nous suffit de nous reporter au Message et Vœu du Tribunat, sur la Bataille de Marengo, du 3 messidor an VIII:

« Le Tribunat, après avoir entendu la lecture d’un message des consuls, relatif à la victoire de Marengo, émet le vœu dont la teneur suit :

Qu’il soit donné aux armées de la République des témoignages solennels de la reconnaissance nationale.

Que la mémoire de l’immortel Desaix soit honorée dans la fête du 14 juillet prochain.
Le tribunat arrête de plus qu’il sera fait aux consuls de la république un message dont la teneur suit :

Consuls,

Votre message, sur la journée de Marengo, a inspiré au tribunat le vœu qu’il s’empresse de vous communiquer. L’armée s’est couverte d’une gloire nouvelle, mais elle a perdu un de ses héros. La mort de Desaix est un malheur public au sein des plus éclatants triomphes.
Que le Premier Consul revienne vainqueur et pacificateur : tel était, en Ventôse dernier, le vœu ou plutôt le présage du tribunat. Déjà la victoire a préparé et commencé la paix. La paix est le besoin des peuples ; elle est l’intérêt le plus vrai des gouvernements ; le tribunat sachant qu’elle est l’objet des travaux du gouvernement français. Puisse l’armistice de Marengo être le prélude du repos et du bonheur des nations !
La campagne de l’an VIII affermit la puissance de la République ; elle honore les magistrats chargés, les témoignages de la satisfaction qu’il éprouve, en apprenant leurs triomphes et la délivrance des patriotes italiens ».

Ainsi, les deux premiers articles sont explicites : il faut fêter dignement sur tout le territoire national la Victoire de Marengo ; la mort du général Desaix, elle, sera plus spécifiquement célébrée lors des cérémonies du 14 juillet. De fait, immédiatement après la victoire, au château de Marengo, on festoie et on chante, puis Bonaparte fête l’événement quatre jours après la Victoire, soit le 29 prairial (18 juin), à Milan, en se rendant à la cathédrale pour y entendre un Te Deum. Il en est de même dans toute la France qui célèbre la victoire bien avant l’entrée du général dans Paris. La fête se répand d’ailleurs tout au long du trajet de son retour, de Saint-Jean de Maurienne à Lyon, de Dijon à Villejuif.

Dans la capitale, la réalisation est grandiose. Dès le 2 messidor (21 juin), on chante un Te Deum en l’église Saint Gervais, puis le 5 messidor à Notre-Dame. Le 26 messidor (14 juillet), la cérémonie regroupe trois orchestres et quelques trois cents musiciens. Les gardes nationales sont présentes et on rapatrie la garde consulaire pour l’occasion. Dans toutes les rues, défilent des troupes menées par les musiques et tambours. Cet événement, qui frappe les imaginations, suscite quelques partitions dont le succès, bien que très temporaire, est tout de même réel si l’on en juge par le nombre d’éditions. La Bataille de Marengo de Bernard Viguerie, transcrite pour harpe, violon et basse, est ainsi publiée quatorze fois et sa diffusion dépasse les frontières de la France puisqu’on en trouve des réimpressions à Hambourg, Copenhague, Amsterdam, New York, Philadelphie et Boston. Les compositeurs français ne sont d’ailleurs pas les seuls à vouloir fixer cet épisode dans les mémoires. Pensons, aux côtés des ouvrages de Pierre César ou de Dreux, à la composition pour orchestre d’harmonie de George Friedrich Fuchs. D’une manière générale, ces musiques se veulent très descriptives. Elles recourent à l’emploi de clusters (très prisé par les clavecinistes de la période précédente) qui simulent les tirs des armes (qu’elles soient fusils ou les canons). Les compositeurs figurent également les coups de sabres, les ennemis renversés sur le champ de bataille ou en fuite…

Indépendamment des partitions instrumentales, il existe quelques chansons qui fêtent cet événement. Sont mentionnés sur le programme du Portique Républicain le citoyen Authenac pour ses Stances lyriques sur la bataille de Marengo, le citoyen Cournand (Stances sur les victoires de nos armées en Italie, mises en musique par le citoyen Fridzeri) et le citoyen Beauvarlet-Charpentier (Couplets sur la Victoire de Marengo).

Quant à la célébration de la mort du général Desaix, le Tribunat choisit de la faire coïncider avec l’une des deux fêtes nationales maintenues par la loi du 3 nivôse an VIII, le 14 Juillet, jour qualifié de « Jour de la conquête de la liberté sur le despotisme ». Quel plus bel hommage rendre au défunt général ! Outre les commémorations officielles, sa mort fut honorée autrement, notamment par des couplets. Le 16 messidor an VIII, au programme du Portique Républicain, quelques pièces le prouvent : Éloge funèbre du général Desaix par Dubroca, Couplets sur le général Desaix par Félix Nogaret, mis en musique et exécutés par le citoyen Beauvarlet-Charpentier. Desaix fut également célébré dans la Bataille de Marengo de Bernard Viguerie ; dans le Chant national du 14 juillet 1800 dont les paroles sont de Fontanes et la musique de Méhul. Le Moniteur universel rapporte que la foule manifesta sa peine lorsque fut prononcée la phrase : « Tu meurs, brave Desaix ! » sur un accompagnement de tam-tam qui rendait le moment très pathétique. Lors de l’inhumation du héros sur le Mont-Saint-Bernard, Vivant Denon demande à Lesueur, directeur de la Musique de l’Empereur, l’exécution d’une musique guerrière faisant appel aux harmonies militaires, celle de la Garde et d’autres corps1. Au programme est prévu un morceau d’harmonie funèbre et un autre guerrier…

En ce début de Consulat, existe indéniablement une sensibilisation du public et des pouvoirs aux musiques militaires et aux artistes qui les portent – le statut du musicien figure à présent dans les lois, décrets ou ordonnances. Sans doute les premières n’ont-elles pas encore le faste dont elles feront preuve sous l’Empire. Toutefois, au commencement de campagne d’Italie, tous les régiments qui possèdent un état-major sont censés entretenir plus qu’une clique, une harmonie (il est à remarquer que Napoléon supprimera celles de la cavalerie pour des raisons purement économiques, mais ne tardera guère à les remettre en place). La musique militaire devient une arme efficace de la propagande, surtout à partir de la campagne d’Égypte. Outre le fait qu’elle distrait les populations, elle peut les impressionner et servir ipso facto la diplomatie Elle devient aussi essentielle au moral du soldat dépaysé. Les musiques militaires n’ont-elles pas déjà aidé à la traversée des Alpes, des airs entraînants stimulant des hommes chargés comme des chevaux de bât ? Sillonnant les routes d’Europe, les grognards de l’Empire trouveront dans les sons et les paroles un réconfort égal à celui du courrier : la musique, c’est un morceau de la France que l’on transporte avec son régiment, la chanson, un peu de son « pays » dans sa besace. C’est sans doute pour cette raison que les frasques des musiciens seront tolérées par l’Empereur et leurs entorses aux règlements rapidement oubliées.

Marie-Hélène PARDOEN

Source : Marie-Hélène Pardoen, « Marengo en chantant », Annales historiques de la Révolution française, 324/avril-juin 2001. http://ahrf.revues.org/386

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( 13 juillet, 2017 )

Deux présidents et leurs épouses aux Invalides…

Ce jeudi 13 juillet 2017, dans l’après-midi, le Président de la République Française a fait découvrir le tombeau du Grand NAPOLÉON au Président des Etats-Unis d’Amérique.  

13 juillet 2017

Crédit-photo: REUTERS. Cliché diffusé sur ce site: http://www.lejdd.fr/politique/on-vous-raconte-la-premiere-journee-de-donald-trump-a-paris-3388625

Photo Carolyn KASTER AP Pool AFP

Crédit-photo: Carolyn KASTER /AP/Pool AFP

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( 2 juillet, 2017 )

A propos du nombre de troupes françaises repassant le Niemen…

A propos du nombre de troupes françaises repassant le Niemen... dans HORS-SERIE 1812

Dans un article de Jean TULARD résumant bien l’année 1813 et la campagne d’Allemagne (« Valeurs Actuelles » du 18 juillet 2013), l’éminent historien annonce le chiffre de « 25 000 hommes » repassant le Niémen. Ce qui n’est, à mon avis, pas réaliste.

Robert Vilatte des Prugnes, dont nul n’a contesté les chiffres, estime que les effectifs de la Grande Armée au retour de la campagne de 1812 s’élevaient à 104,000 hommes.  Il cité également le « Carnet de situation » de mars 1813 qui affiche un total de 111,466 hommes pour la période allant du 10 au 20 février 1813 (Voir son article publié en 1913 dans la « Revue des Études Historiques », pp. 243-287).

C.B.

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( 30 juin, 2017 )

Les PERTES FRANCAISES durant la CAMPAGNE d’ESPAGNE (1808-1814).

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« L’écrivain Léon Meyniel, très bien disposé à l’égard de tout ce qui touche Napoléon estime que, dans l’affaire d’Espagne, les morts français s’élèveraient à 70 000. A quoi il y aurait lieu d’ajouter ceux des contingents étrangers, plus évidemment ceux de Cadix et de Cabrera. En tout donc à peu près 100 000. La proportion normale donnerait 200 000 blessés. Ce qui finalement aboutirait à un total de 300 000 hommes. Le lieutenant-colonel Clerc, lui, pense que nos pertes se sont élevées à 473 000 Français. Ce chiffre me paraître être trop fort pour les effectifs engagés.  Marbot est un témoin plus direct, au surplus sans aucun motif de partialité dans un sens ou dans l’autre.  Voici ce qu’il écrit : « Dans la péninsule ibérique, les français ont eu 200 000 hommes tués ou morts dans les hôpitaux ; auxquels il faut joindre les 60 000 perdus par nos alliés de diverses nations ».  A titre de comparaison, il est intéressant de remarquer que la guerre d’Espagne nous aurait, à nous seuls Français, coûté exactement deux fois plus que la guerre de 1870 alors que, au début du XIXème  siècle, notre pays était d’un tiers moins peuplé.  Quant aux Espagnols, ils calculent que, pour eux, ils auraient, d’une manière ou d’une autre, perdu 5 000 000 des leurs.  Pour une population total de douze millions d’âmes, la saignée se trouverait ainsi être très supérieure à celle de la France de 1914 à 1918.

On comprend qu’elle ait laissé un terrible souvenir ». 

Georges ROUX

(« Napoléon et le guêpier espagnol », Flammarion, 1970). 

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( 24 juin, 2017 )

La CAMPAGNE de CALABRE, 1806-1807 (1ère partie)

La CAMPAGNE de CALABRE, 1806-1807 (1ère partie) dans HORS-SERIE SNB19347-225x300Au début de l’année 1806, Napoléon charge le maréchal Masséna de conquérir le royaume de Naples afin de placer son frère Joseph sur le trône napolitain. Malgré la facilité avec laquelle s’effectue la conquête, les Français se trouvent rapidement confrontés à de sérieuses difficultés. Soumis aux attaques des forces britanniques basées en Sicile, ils doivent également faire face à une féroce guérilla dans les provinces les plus méridionales du royaume. Soutenus par les Anglo-Siciliens, les insurgés calabrais parviennent à mettre en échec les troupes du général Reynier et obligent Masséna à intervenir personnellement. La Calabre devient alors un véritable laboratoire des méthodes de lutte anti-insurrectionnelle : les colonnes mobiles françaises se livrent à un incessant quadrillage du terrain, utilisent des unités spécialement formées à la contre-guérilla, lèvent des auxiliaires parmi la population calabraise. Grâce à l’emploi de ces méthodes, la région est progressivement pacifiée, mais la campagne se révèle fort coûteuse et préfigure les difficultés que les Français rencontreront peu après en Espagne.

Épisode parmi les plus étudiés de l’histoire contemporaine en raison de la fascination qu’il exerce, le premier Empire se caractérise par un curieux paradoxe. Les aspects militaires de l’épopée impériale ont fait l’objet de très nombreuses publications. Cependant, la majeure partie des travaux qui traitent des guerres napoléoniennes s’intéresse avant tout aux opérations menées par l’Empereur en personne. À côté de ces conflits de grande envergure mettant aux prises les armées professionnelles des principaux États européens, les nombreuses « petites guerres » qui jalonnent la période consulaire et impériale souffrent encore d’un évident manque d’intérêt de la part des chercheurs et du grand public. La locution « petite guerre » est née au XVIe siècle et désignait alors une forme larvée de combat ponctuée d’engagements limités menés par de petits groupes qui cherchaient à harceler l’ennemi. Le mot « guérilla », emprunté à l’espagnol guerrilla n’apparaît dans la langue française que vers 1812, lors des campagnes d’Espagne. Ce terme évoque un affrontement opposant des troupes régulières à une population civile en armes, éventuellement soutenue par une puissance étrangère alliée, la Grande-Bretagne dans le cas de la période napoléonienne. Le recours au peuple pour s’opposer à un envahisseur est souvent l’ultime moyen de résistance offert au gouvernement d’un État soumis à une agression extérieure après la défaite ou la dissolution de son outil militaire. La guérilla se caractérise par le volontariat des combattants, le soutien que leur apporte la majeure partie de leurs concitoyens, et un fort arrière-plan idéologique. Dans la plupart des cas, en effet, paysans et citadins prennent les armes au nom de la défense de la patrie et/ou de la religion menacée par l’envahisseur. Sur le plan militaire, ce type de conflit incarne la complète transgression des lois de la guerre tacitement admises par les combattants professionnels et les appareils de gouvernement de l’époque : les insurgés ne sont pas organisés en unités structurées et hiérarchisées, mais en bandes aux effectifs fluctuants attirés par le charisme d’un chef. Ils pratiquent une tactique très fluide qui privilégie l’usure et l’épuisement de l’adversaire par un constant harcèlement, et non sa destruction rapide et définitive, but que cherche à atteindre Napoléon dans toutes ses campagnes. De fait, les guerres insurrectionnelles ne comportent pratiquement pas de batailles rangées, mais se diluent en une multitude d’engagements ne mettant aux prises que des effectifs réduits. Cependant, les spécificités de ce conflit sont le plus souvent laissées dans l’ombre. Cette amnésie s’explique par de nombreuses raisons : à l’exception de la péninsule ibérique, qui mobilise une fraction considérable de la Grande Armée, les autres théâtres de la petite guerre (Italie du sud, Dalmatie, Tyrol) sont considérés comme des fronts périphériques et secondaires, parce que l’Empereur ne s’y trouve pas en personne. Les effectifs engagés demeurent le plus souvent relativement modestes, et les opérations qui s’y déroulent n’ont qu’une influence réduite sur l’évolution générale de la situation internationale. Surtout, notre vision de la période impériale demeure largement soumise à la légende napoléonienne forgée au xixe siècle, et fondée en grande partie sur les mémoires et récits des survivants de l’épopée. Or, pour ces derniers, la guérilla est la négation même de la guerre honorable et glorieuse, et le partisan qui refuse la bataille, tend des embuscades, et égorge le militaire durant son sommeil incarne l’abjection la plus absolue, comme en témoigne l’emploi systématique du terme « brigand » pour le désigner. Par ailleurs l’aspect avilissant du type d’affrontements pratiqués lors des petites guerres s’ajoute à leur absence de caractère spectaculaire.

Les forces de l’insurrection présentent une organisation hétérogène. Soucieuse de garder le contrôle du soulèvement, la cour de Palerme a généralisé le système des « masses ». La masse est un corps franc placé sous les ordres directs d’un chef, le « capomassa », issu de la population civile, et souvent d’origine modeste : Antonio Guaraglia, l’un des principaux chefs du Cilento est pharmacien ; Santoro, qui agit dans le massif de la Silla est berger ; le fameux Michele Pezza, plus connu sous son surnom de « Fra Diavolo », est un ancien condamné au bagne. Le chef de masse reçoit un brevet d’officier et un document officiel l’autorise à enrôler un certain nombre d’hommes dans sa troupe. Les principaux « capimasse » ont entre 300 et 500 hommes sous leurs ordres. Ces combattants reçoivent une solde dont le montant est défini lors de la mise sur pied du corps. Les masses se distinguent des unités régulières dans la mesure où leurs effectifs ne sont pas fixes et où elles ne sont pas placées sous le commandement d’officiers de l’armée bourbonienne. Toutefois, nombre d’entre elles semblent avoir adopté un uniforme, et s’être dotées d’attributs militaires tels que tambours et drapeaux. Largement financés par la cour de Palerme, les « massisti » disposent d’une importante logistique, et notamment d’artillerie : les rapports des généraux français évoquent très souvent la présence de canons aux côtés des insurgés. Organisation intermédiaire entre les unités régulières et la milice populaire, les masses constituent le fer de lance de l’insurrection. Organisées en Sicile, elles sont débarquées sur les côtes de Calabre par les vaisseaux britanniques ou ceux affrétés par la cour de Palerme, et constituent un noyau autour duquel viennent s’agréger les paysans et les villageois des régions dans lesquelles elles opèrent. Grossis par ces renforts, les rassemblements insurgés atteignent fréquemment plusieurs milliers d’hommes : le nombre de rebelles sous les armes dans le Cilento est estimé à 2 500 en août , tandis que Reynier affirme que la bande de Papasidero présente devant Maida début septembre compte un millier de combattants . En octobre, près de 1 500 Calabrais se heurtent aux Français lors du combat de Paola .

En dépit de ces difficultés, les généraux de l’armée d’expédition ne sont pas totalement démunis face à l’insurrection calabraise. Nombre d’entre eux ont l’expérience de ce type de conflit : Verdier, Gardanne et Reynier ont combattu en Égypte, Mermet en Vendée, Duhesme a participé à la campagne de Championnet dans le royaume de Naples en 1799. Aussi ces officiers sont-ils capables d’élaborer des réponses appropriées aux problèmes qu’ils rencontrent dans cette partie de la péninsule. En ce qui concerne la conduite générale des opérations, les Français ont compris que, en Calabre comme dans toute petite guerre, l’offensive était la seule attitude possible au plan stratégique. De fait, tous les généraux du corps d’expédition partagent cette conviction : « Il ne faut pas adopter le système défensif, il faut au contraire courir sur les brigands » , écrit ainsi Lamarque. « Il ne convient jamais d’attendre les brigands si on veut les battre », affirme de son côté Reynier. « Si l’on continue d’employer le système de les attaquer aussitôt que l’on sait qu’ils se réunissent, on parviendra bientôt à obtenir la paix dans les Calabres » , répond Franceschi-Delonne en écho. Ces vétérans des conflits insurrectionnels savent que le temps et l’espace jouent en faveur de leurs adversaires. Aussi l’unique façon de terrasser l’insurrection consiste-t-elle à traquer sans répit les bandes insurgées et à leur infliger une succession de coups qui les désorientent et les paralysent, sans leur laisser le temps de se ressaisir. Masséna et ses lieutenants n’ignorent pas, en effet, que les armées irrégulières comptent un noyau de combattants déterminés et une forte proportion d’indécis et de tièdes, rassemblés plus ou moins sous la contrainte, qui se contentent souvent de jouer le rôle de spectateurs durant les combats. De fait, nombre de rapports soulignent que des bandes souvent formidables en apparence se disloquent et prennent la fuite dès les premiers coups de feu. Tout revers subi par les rebelles suffit à faire réintégrer leurs foyers à un grand nombre d’entre eux. À l’inverse, la moindre échec ou mouvement rétrograde des forces régulières a pour effet de ranimer l’insurrection, de grossir à nouveau les rangs des insurgés. Aussi la correspondance des officiers supérieurs français témoigne-t-elle de leur obsession de ne jamais reculer ni abandonner une position sous peine de relancer la révolte. Le général Mermet refuse de porter secours à son camarade Verdier, en difficulté à Pedace, car cela le contraindrait à évacuer Scigliano. Il se justifie ainsi : « Dix pas en avant font trembler et fuir les brigands les plus braves, deux pas en arrière donnent du courage aux brigands les plus lâches. […] Je tiens trop à faire de bonnes choses pour quitter Scigliano menacé par les brigands nombreux de Nicastro. Dans le pays cela ressemblerait à une victoire pour eux et cela renforcerait sensiblement leurs bandes » . Les Français sont également conscients de l’effet produit par un coup décisif asséné dès le début de la campagne. Prise d’assaut par les troupes de Masséna le 8 août 1806, la petite ville de Lauria est entièrement pillée et incendiée, plusieurs centaines de ses habitants sont massacrés avec sauvagerie. Cette explosion de violence extrême s’explique par le besoin des soldats d’évacuer la tension accumulée au cours des jours précédents et d’exorciser la peur et le dégoût suscités par la vision des corps atrocement mutilés de leurs camarades exposés le long des chemins. Le maréchal déplore ces débordements mais estime que la destruction de la cité aura valeur d’exemple propre à dissuader les Calabrais de se joindre aux révoltés. De fait, le sac de Lauria provoque dans les semaines qui suivent un incontestable flottement chez les insurgés, qui abandonnent Cosenza et Nicastro sans combattre.

A suivre…

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( 7 juin, 2017 )

Les premiers jours de Napoléon à Sainte-Hélène.

napdicte

« 18 octobre. Il déjeune aux Briars avec Las Cases et fait la connaissance des filles de la maison [les filles Balcombe].

19 octobre. Il invite à déjeuner le fils Las Cases.

20 octobre. Aux Briars.

21 octobre. L’amiral Cockburn rend visite à Napoléon.

22 octobre. Napoléon se plaint devant ses compagnons du sort que lui font subit les Alliés.

23 octobre. Napoléon fait remettre une note de protestation au capitaine d’un des petits bâtiments qui accompagnaient le Northumberland.

24 octobre. Montholon se rend de grand matin chez Napoléon. C’est à cette date que Gourgaud place le mot de Napoléon pour résumer la situation : « J’ordonne ou je me tais. » Las Cases le situe le 22.

25 octobre. Napoléon se lève de bonne heure, se promène, déjeune vers dix heures, nouvelle promenade puis travail avec Las Cases. Sortie de 17 à 18 h., dîner et causerie.

26 octobre. Montholon fait à Napoléon l’éloge de l’amiral et met sur le compte de l’amiral Wilks les mesures désagréables.

27 octobre. Napoléon charge Las Cases de demander à chaque membre de son entourage les 16 000 F remis à bord du Bellérophon.

28 octobre. Napoléon décide que tout son entourage recevra ses dictées.

29 octobre. Montholon porte à Napoléon son travail sur le 13 Vendémiaire.

30 octobre. Napoléon retient Gourgaud à dîner et lui dicte pendant deux heures sur le 18 Brumaire.

31 octobre. La routine s’établit dans le travail.  A tour de rôle Las Cases, Montholon, Gourgaud lisent ce que Napoléon a dicté la veille et prennent la dictée du jour. »

(L. GARROS et J. TULARD, « Itinéraire de Napoléon… », Tallandier, 1992, pp.489-490)

 

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( 1 juin, 2017 )

REVOLUTION, EMPIRE et MAUVAIS SOLDATS…

Durant tout le XIXe siècle,la France est sans doute la première puissance mondiale en termes d’unités de répression des militaires. Le nombre, la diversité, les règlements, la dureté des châtiments, etc. tendent à le démontrer. Si les galères en sont les ancêtres, tout commence vraiment avecla Révolution, ses guerres et la montée en puissance de la conscription. Certains délits militaires se développent alors : désertion, mutilation volontaire et insoumission entre autres. C’est par ces catégories que le mouvement de création de ces unités est initié. Ce processus, qu’on pourrait qualifier de rationalisant, n’est pas pour autant simplificateur. La situation est même d’une rare complexité, pour une période relativement courte : vingt-cinq ans, de 1789 à 1814. Mais quelques grands traits émergent : le principe de séparation des catégories, déserteurs, réfractaires, mutilés, indisciplinés, s’installe ; le régime disREVOLUTION, EMPIRE et MAUVAIS SOLDATS… dans HORS-SERIE N235-300x256ciplinaire est aggravé ; apparaît même la subdivision d’une catégorie d’unités (les bataillons coloniaux à partir de 1811) en deux degrés de gravité dans la punition ; l’éloignement dans des îles, des ports de guerre, des territoires étrangers, est une règle importante ; l’emploi des hommes à des fins militaires : travaux, gardes, exercices, puis retour dans les unités normales, est le fil conducteur de cette politique. Ce dispositif est soigneusement encadré. Mais cet encadrement légal est pondéré par les circonstances et les besoins. De plus, il subit des éléments de perturbation autorisés : l’envoi de civils – donc des non militaires – directement par les préfets de police, et le mélange des différentes catégories au sein des unités, par exemple. Les bataillons coloniaux, créés pour les déserteurs, les volontaires pour les colonies et les civils envoyés directement par les préfets de police, sont les seuls conservés parla Restauration.

Bat’ d’Af’, Biribi, exclus, Trav’, autrement dit bataillons d’Afrique, compagnies de discipline, sections d’exclus, ateliers de travaux publics, voilà quelques symboles, aujourd’hui disparus mais qui résonnent encore durement aux oreilles averties, de l’infamie faite militaire. Ces unités ou établissements regroupaient en effet ceux des soldats – ou appelés à l’être – que la morale, la justice et l’armée réprouvaient et mettaient à l’écart.La Francesemble à cet égard s’être créée une situation tout à fait particulière : aucun pays n’a développé un tel arsenal répressif en ce domaine. Comment donc a-t-il pu se constituer ? Et plus précisément comment, système carcéral militaire mis à part, les corps très improprement appelés disciplinaires sont-ils apparus, se sont-ils différenciés et ont-ils pris une telle importance ?

Initialement, les galères de l’Ancien Régime suffisaient à renfermer les militaires reconnus coupables de quelque crime tel, pour ce qui heurtait plus précisément les lois de l’armée française, le billardage [qui consiste pour un homme à s’engager dans plusieurs régiments afin de toucher les primes correspondantes, sans pour autant s’acquitter de sa part du contrat ], la désertion, le vol, les voies de fait, la désobéissance, etc. Il est intéressant pour la suite de remarquer que d’une part, elles n’étaient pas une structure spécifique et nombre de condamnés civils y côtoyaient les soldats, et d’autre part, le roi, à chaque fois qu’une guerre lui faisait sentir le besoin d’un renfort de troupes, n’hésitait pas à piocher dans ce vivier d’individus pourtant peu recommandables du point de vue militaire. Tombées en désuétude, les galères ont été remplacées comme institution pénale par les bagnes en 1748, sans bouleversement fondamental.

Avec la Révolution, la France s’est trouvée en guerre quasi permanente de 1792 à 1815, et pour satisfaire à ses besoins en hommes, l’armée, à partir de 1791, a élargi progressivement son recrutement, jusqu’à l’instauration de la conscription par la loi Jourdan du 19 fructidor an VI (5 septembre 1798). Ces circonstances ont favorisé le développement de certaines catégories de délits militaires, à commencer par la désertion, et l’éclosion de nouvelles, tels les réfractaires et les mutilés volontaires. Il s’agissait, pour tous les hommes qui s’en rendaient coupables, d’échapper au devoir que leur faisaient les lois de servir les armes de la patrie : les déserteurs abandonnaient leur unité, les réfractaires ne se donnaient même pas la peine de la rejoindre malgré l’obligation qui leur en avait été signifiée, tandis que les mutilés volontaires cherchaient à se faire dispenser en se provoquant un handicap physique sérieux. Cela pouvait être d’autant moins accepté que l’ampleur du phénomène grevait sérieusement les rangs des régiments et menaçait l’armée d’impuissance. Or, c’est en grande partie par ce mouvement et ces trois catégories de délinquants que sont apparus les premiers corps et établissements spécialisés dans la répression militaire interne. Il est donc particulièrement intéressant de jalonner l’histoire de ces catégories et plus précisément l’émergence des éléments du système répressif militaire français qui leur correspondent, pour mieux comprendre l’ensemble de l’institution et les unités et établissements qui ont été créés peu après.

Pour commencer, l’article 14 du code des délits et des peines du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) indiquait que « les délits qui se commettent dans l’armée de terre et de mer, sont soumis à des lois particulières pour la forme des procédures et des jugements, et pour la nature des peines »(art 290 de l’acte constitutionnel), et dégageait ainsi la voie pour des dispositions spéciales. En fait, quelques unes de ces dispositions avaient été prises peu auparavant, avec la loi du 2e jour complémentaire de l’an III (9 septembre 1795) sur la police militaire, qui faisait juger tout délit commis par un militaire ou autre individu attaché aux armées ou employé à leur suite, par un conseil militaire nommé et convoqué exprès par le général le plus à portée (art. 1 et 3). Un an après, le code des délits et des peines pour les troupes dela Républiquedu 21 brumaire an V (11 novembre 1796) prévoyait jusqu’à la peine de mort pour la désertion à l’ennemi. Mais les années qui ont suivi ont vu plusieurs lois amnistiant le crime de désertion, comme celle du 24 floréal an X (14 mai 1802).

Le principe de séparation des condamnés militaires et des condamnés civils dans les bagnes était acquis dès l’an VII (1798), où ceux du Havre (1798-1803) et de Nice (1792-1811) se trouvaient réservés aux premiers. Cette séparation devait devenir une règle fondamentale, voire fondatrice, du système. Le pas vers la distinction des catégories de délinquants militaires et l’instauration d’unités et d’établissements spécifiques était le prochain à venir.

En effet, quelque temps après, on se préoccupait du traitement à appliquer aux déserteurs – à tout seigneur tout honneur – : en vérité une catégorie spéciale de déserteurs, puisqu’il s’agissait des Français ayant servi dans l’armée d’un pays étranger. En l’occurrence, un arrêté des consuls du 2 germinal an X (23 mars 1802) créait, pour les Français renvoyés des armées autrichiennes, un bataillon de dépôt des déserteurs français rentrés, devant se réunir à Dunkerque avant de s’embarquer pour Saint-Domingue. Le même jour, un autre arrêté décidait la création, à Toulon (fort Lamalgue) et au Havre, de deux bataillons de dépôt pour les déserteurs étrangers, destinés eux aussi à servir à Saint-Domingue, et par la suite couramment appelés bataillons d’étrangers ou étrangers. Quelque temps après, le 2 thermidor an X (21 juillet 1802), le Premier Consul Bonaparte ordonnait la formation à Crémone (Italie) d’un bataillon composé de déserteurs allemands. La volonté d’éloigner dela Franceles militaires considérés comme peu sûrs en raison de leurs antécédents, pondérée par celle de les employer malgré tout, apparaissait déjà, ainsi que le désir de faciliter leur contrôle en limitant le volume de leurs unités – choix du bataillon plutôt que du régiment. Auparavant, comme l’indique un arrêté du 17 brumaire an VII (7 novembre 1798), les déserteurs des armées étrangères étaient simplement transférés à l’île d’Aix (sur la côte atlantique, face à Rochefort) et de là, s’ils étaient reconnus Français, incorporés dans les demi-brigades d’infanterie. Le bataillon de dépôt des déserteurs français rentrés devait bientôt devenir bataillon « tout court », appellation officialisée par l’arrêté du 6 fructidor an XI (24 août 1803) reformant celui-ci après le départ de quatre de ses sept compagnies pour les îles des colonies. Le traitement de ces espèces de déserteurs correspondait en vérité plus à une approche idéologique qu’à un souci de faire respecter la loi et sort par conséquent quelque peu du champ, mais son évocation récurrente peut être intéressante pour marquer l’évolution des « vrais » déserteurs, ceux de l’armée française, au sein de celle-ci et dans le cadre juridique.

Entre-temps, un autre arrêté, du 20 frimaire an XI (11 décembre 1802), ordonnait la création de six dépôts à Dunkerque, Le Havre, Nantes, Rochefort, Bordeaux et Marseille, pour recevoir les soldats qui voudraient servir aux colonies et les conscrits déserteurs à l’intérieur repris par la gendarmerie – à ne pas confondre avec les déserteurs français rentrés – ; « les hommes partiront pour les colonies… » (art. 7). Une circulaire ministérielle du 13 nivôse an XI (3 janvier 1803) précisait que ces dépôts, dits de recrutement des colonies, devaient recevoir trois espèces d’hommes : ceux qui se présentaient volontairement, les déserteurs français, et enfin ceux conduits par la gendarmerie « comme appartenant à une classe différente » des deux précédentes ; lesquels hommes « n’y feront pas un long séjour ; ils devront être prêts à partir huit jours après leur réception ». De nouveaux éléments intéressants étaient ainsi livrés : ces dépôts pouvaient recevoir d’autres individus que des déserteurs français et des volontaires pour les colonies – mais ayant toujours eu maille à partir avec la loi, et de fait envoyés là par décision des préfets de police – et le séjour ne devait y être que transitoire, avant une affectation dans un corps régulier de l’armée.

Peu après, la loi du 6 floréal an XI (26 avril 1803) relative à une levée de conscrits de l’an XI et de l’an XII, faisait apparaître en son article 8 le terme « réfractaire », désignant tout conscrit n’ayant pas rejoint son affectation dans un délai d’un mois, avant de préciser qu’il « sera conduit (…) dans un dépôt militaire, pour y être mis à la disposition du Gouvernement pendant cinq ans, et employé dans les corps militaires que le Gouvernement déterminera, et qui seront soumis à une discipline particulière » (art. 10). Ces dépôts, qui n’étaient pas encore désignés, ne doivent cependant pas être confondus avec ceux de déserteurs créés précédemment. Les réfractaires, qu’on appellerait plus tard insoumis, indéfectiblement liés à la conscription, apparaissaient comme un mal majeur de cette armée, mais devaient lui être utiles malgré tout. En vérité, dès 1795, ils étaient un souci pour les autorités puisqu’un arrêté du 16 fructidor an III (2 septembre 1795) décidait de faire rechercher et conduire à leur corps les jeunes gens qui s’étaient réfugiés à Paris pour échapper à la première réquisition.

Alors que les soldats des dépôts bientôt dits coloniaux – volontaires, déserteurs et victimes des décisions des préfets mêlés – devaient quitter le pays par escouades de trente, le sort maritime dela Franceincitait le consul Bonaparte à prendre, le 28 thermidor an XI (16 août 1803), un arrêté organisant à Bergues (nord), aux îles Marcouff (côte est du Cotentin), à l’île Dieu (sic) et à Bellile (sic) quatre bataillons tirés des dépôts de Dunkerque, Le Havre, l’île de Rhé (sic) (près de Rochefort) et Blaye (près de Bordeaux), et Nantes enfin ; la force de chacune de ces unités devait s’élever à 525 hommes, officiers compris (art. 4), et les dépôts concernés être dissous (art. 8). Le Premier Consul avait néanmoins décidé peu auparavant, le 22 floréal an XI (12 mai 1803), de créer un nouveau dépôt colonial, à Villefranche (Alpes-Maritimes).

Alors que ces décisions émanaient du plus haut niveau de l’État, c’est un simple général, Morand, commandant la 23e division militaire, qui le 14 vendémiaire an XII (7 octobre 1803), à la reprise de la guerre, créait un détachement des dépôts coloniaux en Corse, « avec tous les hommes venus ou qui viendront en Corse des dépôts coloniaux, non susceptibles d’être incorporés » dans les corps réguliers. Initiative néanmoins suscitée par le Premier Consul dès le 5 prairial an XI (25 mai 1803).

Un arrêté très important du 19 vendémiaire an XII (12 octobre 1803) réglait alors les cas à la fois des déserteurs et des réfractaires. Il créait en effet, pour commencer, onze dépôts de conscrits réfractaires, à Lille, Givet, Luxembourg, Strasbourg, Besançon, Briançon, Perpignan, Bayonne, Saint-Martin-de-Ré, Caen et Alexandrie (art. 1 et 2), constitués en compagnies de 160 conscrits réfractaires chacune (art. 3), dont les hommes seraient isolés des autres troupes, consignés dans leur caserne et surveillés (art. 6 à 9), soumis à des punitions disciplinaires spéciales selon une instruction à venir et pour leurs délits, déférés aux Conseils de guerre institués par la loi du 13 brumaire an V (3 novembre 1796) (art. 11), occupés à leur instruction militaire, à des corvées ou à d’autres travaux, auxquels leur zèle à se soumettre pouvait les rendre « dignes d’être incorporés dans l’armée » (art. 14 et 15). Puis pour les déserteurs condamnés pénalement, il instituait les peines du boulet et des travaux publics (art. 44), aux noms explicites, à subir dans une des dix places de guerre au moins désignées à cet effet pour la première, qui comprenait également le travail (titre VI), et dans des ateliers pour la seconde, moins dure (titre VII). La peine du boulet, finalement organisée en ateliers aussi, se mit en place rapidement comme en atteste une circulaire du 14 floréal an XII (4 mai 1804) relative à l’équipement de ses condamnés.

Un autre arrêté du 16 germinal an XII (6 avril 1804), réglant la police et la justice militaires dans les dépôts coloniaux – il restait encore ceux de Marseille et Villefranche –, s’appliquait probablement aussi, en dépit de leur nom, aux dépôts de réfractaires en vertu de l’article 10 de la loi du 6 floréal an XI et de l’article 11 de l’arrêté du 19 vendémiaire an XII et en attendant que ceux-ci reçoivent à leur tour un règlement particulier, comme il était prévu : les punitions pour fautes de discipline étaient les mêmes que celles en pratique dans les autres troupes mais d’une durée toujours augmentée sans en dépasser le double (art. 2), et, dans certains cas, pouvaient être plus graves « telles que les fers aux pieds ou aux mains, le piquet [interdit pourtant dans les garnisons, quartiers et cantonnements par l’article 2 du décret du 4 mai 1792] ou autres de ce genre » (art. 3), et les peines pour délits autres que celui de désertion étaient jugées par une commission militaire, Conseil de guerre spécial (art. 4), selon les dispositions de la loi du 13 brumaire an V (3 novembre 1796) déjà citée (art. 8).

Un rapport du 17 fructidor an XII (4 septembre 1804) au ministre apportait quelques précisions quant à ce dernier arrêté ainsi qu’à la discipline des bataillons coloniaux : les dépôts coloniaux devaient, « à l’avenir, être considérés comme des maisons de correction militaire », soumises à une discipline et une justice spéciales, mais pour les bataillons qui en découlaient, il ne pouvait en être question ; il était néanmoins clair que ces derniers regroupaient nombre d’hommes, passés par les dits dépôts, particulièrement difficiles à tenir, au point qu’au 3e bataillon, on recourait au vieux châtiment corporel interdit des bretelles, à côté, d’autres hommes sains, tout comme dans leurs anciens dépôts-, qui se plaignaient d’ailleurs de cette promiscuité et demandaient à changer de corps ou à être renvoyés chez eux.

Enfin, un décret impérial du 8 fructidor an XIII (26 août 1805) relatif à la levée de la conscription de l’an XIV se préoccupait des mutilés volontaires, avant même les réfractaires et quelques autres catégories de soldats : tout conscrit reconnu coupable de s’être mutilé avant l’examen du conseil de recrutement ou entre celui-ci et son arrivée au corps serait « traduit en prison » et mis à la disposition du gouvernement, puis conduit dans un port et de là « transporté aux colonies françaises, pour y être employé à un service militaire ou maritime quelconque » jusqu’au congé de sa classe (art. 17, 34 et 35) ; la double règle de l’éloignement et de l’utilisation de l’homme à des fins militaires jouait une nouvelle fois. Les simulateurs, feignant des infirmités et quasiment indissociables des mutilés quoique tout à fait aptes au service armé, seraient déclarés premiers à marcher (art. 29). Les suppléants – volontaires pour remplacer des conscrits contre prime et désignés plus tard sous le nom de remplaçants – qui ne rejoindraient pas ou déserteraient, seraient condamnés à une peine de cinq ans de boulet (art. 58). Enfin, le sort réservé aux réfractaires par la loi du 6 floréal an XI (26 avril 1803) était confirmé (art. 70).

En l’an XIII (1805) le bataillon des déserteurs français rentrés stationnait à Bergues, et l’état militaire de l’Empire français pour cette année signalait la présence des deux bataillons de déserteurs étrangers, l’un au Fort Impérial (à Cherbourg), l’autre à l’île d’Elbe (Italie), tandis que les bataillons coloniaux se trouvaient, le 1er – précédemment à Bergues – à Flessingue (port principal de l’île de Walcheren, en Batavie), le 2e aux îles Marcouff, le 3e à l’île de Ré (au lieu de l’île d’Yeu) et le 4e à Belle-Ile. Il ne restait bien plus que deux dépôts coloniaux, à Marseille – l’un maintenant « à la suite » de l’autre –, et ceux des conscrits réfractaires étaient inchangés.

Le décret impérial du 12 mars 1806 – le calendrier républicain a été abandonné – indiquait plus précisément le sort réservé aux conscrits mutilés volontaires : ils seraient formés en compagnies de pionniers (art. 1er) « soumises à une discipline particulière ; () exclusivement destinées à être employées aux travaux des forts et places de guerre, et aux travaux publics » (art. 7). Un autre décret du 29 avril 1806 réglait l’administration de la police et de la justice militaire de ces unités : l’arrêté du 16 germinal an XII sur la police et la justice dans les dépôts coloniaux de déserteurs y serait appliqué exactement. Au 1er mai, quatre compagnies de pionniers étaient signalées comme s’organisant à Aire (Pas-de-Calais), Strasbourg, Turin et Poitiers ; dix mois plus tard, elles se trouveraient à Anvers, Strasbourg, Alexandrie et Juliers (en Prusse rhénane). Cette année 1806, le bataillon des déserteurs français rentrés se trouvait de nouveau en bonne compagnie, dans l’île de Walcheren, au côté du 1er bataillon colonial qu’il suivait ainsi de peu. Il ne recevait presque plus de recrues depuis de nombreux mois, et en perdait même par les maladies et les affectations à d’autres corps. Une légion du Nord, destinée à recruter des déserteurs français et polonais de l’armée prussienne, était créée le 20 septembre à Juliers, puis une autre à Nuremberg. Longtemps ignorés, les mutilés volontaires et les simulateurs voyaient soudain leur destin s’emballer et leur relative tranquillité s’évanouir. Un nouveau décret du 6 janvier 1807 assortissait cette fois une durée de cinq ans au châtiment des premiers (art. 4) et envoyait à leur tour les seconds, jusque-là à peine punis, dans les mêmes compagnies de pionniers « pour y travailler pendant cinq ans » également (art. 5). L’introduction d’une durée fixe se substituant à celle de service légal du contingent dont dépendait le conscrit, est un signe fort de la pénalisation des unités en question. Tout cela eut comme résultat la création en septembre 1807 de deux nouvelles compagnies, à Wesel (dans la Ruhr) et Alexandrie.

Un décret du 8 juin 1808 établissait de nouveaux dépôts de conscrits réfractaires. Il n’en resterait plus que huit, à Flessingue, Cherbourg, au château de Nantes, à Saint-Martin-de-Ré, Bordeaux, Baïonne, au fort Lamalgue à Toulon, et à Gènes (art. 1 et 2) ; les réfractaires du fort Lamalgue et de Gènes devaient être envoyés successivement à Bastia pour y former un bataillon de 600 hommes employé à la défense de la Corseet dans lequel ils seraient traités comme les militaires de l’infanterie (art. 6) ; et ceux de Baïonne, Bordeaux, Saint-Martin-de-Ré, Nantes et Cherbourg seraient à la disposition de la Marine pour être embarqués afin de recruter les 82e, 66e et 26e de ligne (art. 7). Ce décret indiquait implicitement que les conscrits réfractaires n’avaient plus besoin, comme les textes antérieurs l’entendaient, de subir dans leurs dépôts une discipline spéciale et surtout de se rendre dignes d’être incorporés dans l’armée pour l’être en effet. Une lettre ministérielle du 17 novembre confirmait la chose très explicitement. Quant à l’unité formée en Corse avec les réfractaires de Toulon et Gènes, elle devait s’appeler « bataillon de la Méditerranée ».

Le 28 octobre 1808, un autre décret complétait et modifiait le précédent : il réduisait encore le nombre des dépôts de réfractaires à sept en réunissant ceux de Bordeaux et Baïonne en un seul à Blaye (art. 4), il transférait ceux de Flessingue – qui coexistait avec le 1er bataillon colonial, auquel il avait donné des hommes, et le bataillon de déserteurs français rentrés – au Fort Lillo (en Belgique, près d’Anvers) et de Nantes à Port-Louis (en face de Lorient, dans le Morbihan) (art. 2 et 3), et les attributions de ceux de Bordeaux, Baïonne et Nantes définies par le décret du 8 juin retombaient sur leurs successeurs (art. 7). Une lettre ministérielle du 8 décembre 1808 accompagnant ces deux décrets posait que le conscrit réfractaire était envoyé dans un dépôt pour y « subir une espèce de peine corporelle en réparation de sa faute » (§ 2), précision qui sans doute devait contrebalancer l’impression laissée par les dispositions des articles 6 et 7 du décret du 8 juin et de la lettre du 17 novembre précédents. Elle laisse aussi deviner, par sa date d’émission, que les textes en question n’ont pu recevoir leur exécution que bien après leur signature par l’Empereur.

Du côté des mutilés, la fin de l’année 1808 et le début de 1809 étaient agités : quatre de leurs compagnies se mettaient tout d’abord en route pour Bayonne et de là vers l’Espagne (Burgos), les autres restant à Wesel et Alexandrie, puis une 7e et une 8e étaient créées à Strasbourg et Juliers.

Quant au bataillon des déserteurs français rentrés, une décision impériale du 3 juillet 1808 autorisait, pour compléter ses effectifs étiques, à y incorporer des volontaires tirés des dépôts de prisonniers de guerre. Depuis longtemps perçait le désir d’éliminer le mot « déserteurs » du nom du bataillon, volonté que l’évolution du recrutement renforçait et qu’un bref ordre de l’Empereur du 8 juin 1809 devait concrétiser : « J’approuve que le bataillon des militaires [français] rentrés soit porté à six compagnies de cent soixante hommes chacune, ce qui fera près de mille hommes. » Il s’agissait bien d’un seul et même corps. Les appellations officielles, officieuses, admises, anciennes, nouvelles etc., étaient destinées à s’entrecroiser et d’une certaine façon à brouiller les cartes, mais aussi à marquer l’évolution évoquée.

Par lettre du 6 septembre 1809, le ministre informait que le dépôt de l’île de Ré du 3e bataillon colonial, unité dont la plus grande partie avait été envoyée à la Guadeloupe en l’an XII (1804) et incorporée au 66e de ligne, devait être (ré) organisé en bataillon colonial, sur décision impériale du 17 août.

Mais les choses n’allaient pas si bien partout. Cette année 1809, Flessingue se rendait à l’ennemi et le 1er bataillon colonial et le bataillon de militaires français rentrés étaient faits prisonniers. Le ministre décidait, le 20 septembre, de reformer les dépôts de ces deux corps dans la place de Lille, avec leurs débris respectifs. Dans les mêmes circonstances, durant l’été, la compagnie de pionniers d’Alexandrie remontait sur l’Allemagne, mais une 9e était créée peu après et lui succédait en Égypte, rejointe au début de l’automne par une de celles stationnées en Espagne, tandis qu’une autre quittait peu après Burgos pour Wesel – ces deux dernières seraient toutefois de retour en Espagne, à Madrid, au début de 1810, après que la situation se fût améliorée dans le nord de l’Europe, et la 3e passerait à Flessingue en mai. Depuis leur création et quasiment jusqu’à leur disparition, rares furent les compagnies de pionniers mutilés qui tinrent garnison sur le sol français. Peur de la contagion du mauvais exemple peut-être…

En ce début de 1810, bien que le bataillon des militaires français rentrés n’ait pas encore été reconstitué, on commençait à en parler comme du bataillon des chasseurs français rentrés. Le ministre autorisait, le 18 juillet, pour le compléter, l’envoi de Français qui, après avoir servi dans les armées étrangères, étaient rentrés et se trouvaient incorporés dans les bataillons de militaires étrangers ou devaient y être incorporés. Ses effectifs augmentant, l’Empereur consentait, le 2 octobre, la réorganisation d’un état-major et de trois premières compagnies de « fusiliers » (sur six) du « bataillon de militaires français rentrés ». Un décret du 27 janvier 1810 créait en Corse (à Ajaccio) un régiment d’infanterie légère dit dela Méditerranéecomposé de cinq bataillons de conscrits réfractaires et ayant en tout la même organisation que les régiments d’infanterie de l’armée mais ne comprenant pas de compagnies de grenadiers et de voltigeurs ; le bataillon dela Méditerranéené par le décret du 8 juin 1808 en était désigné comme l’ossature.

En 1810, la situation avait bien évolué en Batavie puisque le 1er septembre, un décret ordonnait une refonte des dépôts et bataillons coloniaux, consistant en la formation à Flessingue d’un nouveau 1er bataillon avec les 1er (Flessingue) et 2e (îles Saint Marcouf), en Corse d’un 2e par l’incorporation de l’ultime dépôt de Marseille dans le dépôt colonial établi à Ajaccio – avec un petit dépôt à Gènes pour le recruter, à ne pas confondre en principe avec celui des réfractaires mentionné dans le décret du 8 juin 1808 et plus tard dans celui du 24 janvier 1811 –, et en la réduction à quatre compagnies chacun des 3e à l’île de Ré et 4e  à Belle-Ile. À la fin de cette année 1810, trois autres compagnies de mutilés étaient « remontées », stationnées à Breskens (sur le continent en face de Flessingue), tandis que la 9e passait d’Alexandrie à Corfou. Les besoins croissants de Napoléon en soldats combattants le poussaient le 24 janvier 1811 à décréter la création de trois nouveaux régiments d’infanterie composés de réfractaires, destinés aux expéditions maritimes, à la garde des îles et à la protection des côtes, et qui prendraient le nom de leur lieu de garnison : le régiment de Walcheren, recevant les hommes du dépôt du Fort Lillo, le régiment de Belle-Ile, recevant ceux de Port-Louis, et le régiment de l’île de Ré (aux îles de Ré, Oléron et Aix), ceux de Saint-Martin-de-Ré (art. 2, 6, 7 et 8). Les réfractaires du fort Lamalgue continuaient d’être dirigés sur la Corse, et les dépôts de Cherbourg et Blaye étaient supprimés mais deux autres créés à Livourne et Civita-Vecchia (art. 9 et 12). Le dépôt de Gènes étant encore en fonction (art. 9), il en restait toujours sept au total. Par ailleurs, les réfractaires qui se présentaient volontairement avant d’avoir été condamnés pouvaient être par faveur incorporés dans des régiments de la ligne (art. 10). La tendance à dispenser les réfractaires de période probatoire avant leur incorporation dans l’armée, observée avec le décret du 8 juin 1808, était ainsi sérieusement confortée. Quant au régiment de la Méditerranée, en ce début de 1811, fort nombreux, il avait des troupes en Corse, à l’île d’Elbe et à Corfou, et prenait part à des expéditions maritimes. Tant et si bien que le 11 mars, l’Empereur décidait la formation en Corse (à Bastia) et à l’île d’Elbe d’un 2e régiment dela Méditerranée, d’infanterie de ligne cette fois – le précédent prenant le numéro un.

Le choix de former des régiments de réfractaires plutôt que des bataillons – comme pour les déserteurs et leurs bataillons coloniaux – tend à démontrer que les ressources en cette catégorie d’hommes étaient assez importantes. Napoléon prévoyait de fait des effectifs pléthoriques, une lettre du 12 mars 1811 au ministre en témoigne. Il apparaît clairement d’ailleurs qu’à ce moment, déserteurs et réfractaires se trouvaient mêlés, volontairement ou par erreur, dans les mêmes dépôts et corps : Flessingue, où le 1er bataillon colonial tenait garnison depuis au moins 1805, n’était autre que le port militaire de l’île de Walcheren, qui a donné son nom à un régiment de réfractaires en 1811, tandis que les réfractaires casernés sans discontinuer à Saint-Martin-de-Ré depuis 1803 y ont côtoyé à partir de la même année 1805 environ les déserteurs du 3e bataillon colonial stationné à l’île de Ré, lesquels réfractaires ont, en 1811, été organisés en un régiment de l’île de Ré, et qu’à Gènes se trouvait un dépôt de réfractaires et un autre de déserteurs, ce dernier ayant à partir de 1810 alimenté le 2e bataillon colonial en hommes… Dans ces conditions, des erreurs d’aiguillage étaient probables. Napoléon avait d’ailleurs lui-même créé la confusion des genres, par un décret du 15 janvier 1809 dirigeant les déserteurs appartenant à des corps non connus ou dont le dépôt n’était pas en France, sur les dépôts de réfractaires, où ils seraient traités comme ces derniers. Par la suite, différents textes devaient rappeler cette situation, comme l’instruction du 18 juin 1810 pour l’application du précédent ou le décret impérial du 9 février 1811 relatif aux déserteurs en activité dans les dépôts de réfractaires ou dans des régiments qui les auraient reçus de ces dépôts. Dans le sens inverse, en 1808, déjà le dépôt de réfractaires de Flessingue avait envoyé des hommes au 1er bataillon colonial, et ce cas n’était pas isolé : le 5 septembre 1809, le ministre avait prescrit la re-formation des compagnies du 4e bataillon colonial par l’incorporation des conscrits réfractaires des départements de la 13e division militaire. Puis le 21 mars 1811, une circulaire d’application d’un ordre impérial du 5 mars faisait diriger les conscrits réfractaires, les retardataires, ceux de mauvaise volonté – ayant cherché à se soustraire à leurs obligations – et les déserteurs sur les dépôts de réfractaires, pour être de là incorporés dans les régiments dela Méditerranée, de Walcheren, de Belle-Ile et de l’île de Ré. Signalons encore ces deux décrets des 5 avril 1811 sur des mesures de répression contre les conscrits réfractaires, et 22 décembre 1812 sur la lutte contre la désertion, dont les articles 3 et 2 respectifs sont à quelques mots de détail près identiques : les déserteurs qui se présenteront d’eux-mêmes ou qui seront ramenés et remis par leurs parents seront incorporés dans un des régiments de réfractaires créés par le décret du 24 janvier 1811. La question des effectifs, toujours cruciale dans les armées napoléoniennes, était ainsi réglée – bien que ceux de chaque catégorie fussent en général considérables.

Le 25 mars 1811, un décret rendait l’arrêté du 16 germinal an XII sur le mode d’administration de la police et de la justice militaire dans les dépôts coloniaux applicable dans les régiments de la Méditerranée, Walcheren, Belle-Ile et l’île de Ré, ainsi que dans le 1er bataillon colonial – les autres bataillons coloniaux n’étaient pas mentionnés. Ces régiments « de réfractaires » étaient consacrés « comme des maisons de correction militaire », soumis à une discipline à part, comme les dépôts coloniaux, ce qui devait sans doute combler le déficit punitif dû à la réduction du temps passé dans les dépôts de conscrits réfractaires. Quant à ces derniers, ils n’étaient pas près de disparaître : un décret du 3 août 1811 en créait deux nouveaux, à Strasbourg et à Wesel (Rhénanie), d’où les conscrits réfractaires et déserteurs rattrapés devaient partir au plus tôt pour les régiments d’infanterie du corps d’observation de l’Elbe (fleuve d’Allemagne). Le mélange des genres continuait. Ces dépôts dits de conscrits réfractaires, destinés à recevoir plusieurs milliers d’hommes chacun, devaient être commandés par des généraux, choisis par l’Empereur. Malgré le passage de déserteurs dans les unités de réfractaires, la source du recrutement des bataillons coloniaux ne semblait pas tarir puisque leur effectif était assez nombreux pour que deux décrets des 3 et 20 août 1811, créant et organisant quatre bataillons de pionniers coloniaux, à quatre compagnies de deux cents pionniers chacun, indiquent qu’ils tireraient leurs soldats parmi les « plus mauvais sujets » des précédents et les militaires des bataillons étrangers de Corse et de Walcheren auxquels on pouvait « le moins se fier » ; ces hommes n’auraient pas de fusil mais des outils de pionniers et seraient à la disposition du génie et des Ponts et Chaussées pour des travaux. En vérité, depuis quelque temps, Napoléon s’indignait qu’on armât les « coloniaux ». Une conséquence de ces décrets était que les bataillons coloniaux devaient néanmoins subir une nouvelle réduction, à quatre compagnies de cent hommes – officiers et sous-officiers compris – chacun, soit moitié moins que les pionniers, ce qui fait apparaître un sérieux écrémage, même en tenant compte de l’apport des bataillons étrangers. Quant à la police et à la discipline, elles seraient celles des pionniers mutilés, ce qui renvoie en fait à celle définie par l’arrêté du 16 germinal an XII pour les dépôts coloniaux – autant dire une discipline renforcée. Dans les mois suivants, comme prévu, le 1er bataillon de pionniers fut organisé à Flessingue, le 2e en Corse, le 3e à l’île de Ré avant de passer quelques semaines plus tard au Château Ile d’Oléron, et le 4e à Belle-Ile-en-Mer, soit presque exactement aux mêmes endroits que les bataillons coloniaux dont les numéros correspondaient. Mais remarquons surtout que pour une même catégorie de soldats, deux degrés de gravité dans la punition s’instauraient : les fusiliers – c’était leur nom – des bataillons coloniaux étaient appelés à opérer militairement, tandis que leurs vilains camarades pionniers des bataillons de pionniers coloniaux ne feraient que travailler. Cette situation est particulièrement intéressante à retenir pour comprendre l’avenir des unités disciplinaires de l’armée française. Par ailleurs, une 10e compagnie de pionniers mutilés se formait à Strasbourg. Le 15 janvier 1812, la dissolution du dépôt de réfractaires de Saint-Martin-de-Ré était prononcée, consécutivement à l’organisation du 5e bataillon du régiment de l’île de Ré. Elle avait été voulue, ainsi que celle des dépôts de Walcheren et Belle-Ile dans ces mêmes conditions, par l’Empereur, dès le 15 juillet 1811. Alors que tous les régiments de réfractaires étaient au moins en partie à la Grande Armée, un décret impérial du 20 septembre 1812 à Moscou attribua enfin au régiment de Walcheren le numéro 131 (à Bruges), à celui de l’île de Ré le numéro 132 (à La Rochelle) et au 2e de la Méditerranée le 133 (à Mayence), à la suite des régiments d’infanterie de ligne, auxquels ils devaient dorénavant s’identifier en tout. Dans les mêmes conditions, le 1er régiment de la Méditerranée et le régiment de Belle-Ile devenaient les 35e (à Livourne) et 36e (à Port-Louis) d’infanterie légère. C’était l’aboutissement logique d’un processus de récupération des réfractaires et déserteurs et d’assimilation de leurs unités par le reste de l’armée.

Quant aux compagnies de pionniers, créées en 1806 comme peine pour les mutilés volontaires et à ne pas confondre avec les bataillons de pionniers coloniaux, un avis du conseil d’État du 30 octobre 1812 approuvé par l’Empereur le 22 décembre suivant introduisait une exception dans la durée du châtiment que les hommes auraient à y subir : au lieu de cinq ans, les conscrits des cohortes des Gardes nationales – et eux seuls – devaient en sortir lorsque la classe à laquelle ils appartenaient aurait été renouvelée. En revanche, un décret du 28 avril 1813 ajoutait une catégorie de soldats à celles susceptibles d’être envoyées dans ces unités : les suppléants – qui, rappelons-le, remplaçaient contre argent des jeunes gens fortunés désirant échapper au service militaire – réformés au corps « pour des infirmités qu’ils n’auraient pas déclarées avant leur départ au conseil de recrutement, et qu’ils n’auraient pas contractées en route ». Le phénomène des mutilations volontaires des conscrits ne diminuait pas pour autant, si bien que peu après, le ministre décida, pour tenter de l’enrayer, qu’elles ne seraient plus considérées en principe comme motifs de réforme ; précision utile, les mutilations accidentelles ne justifieraient cependant pas l’envoi dans les compagnies de pionniers, mais plutôt dans celles d’ambulance ou les bataillons d’équipage – décision notifiée par circulaire du directeur de la conscription militaire aux préfets des départements, le 20 août 1813. Quoi qu’il en fut, le nombre de ces compagnies (dix depuis l’été 1811), dites aussi de pionniers français, ne devait plus bouger et leurs garnisons guère changer.

Les événements politico-militaires s’accéléraient, l’Empire s’écroulait et la monarchie était restaurée en avril 1814. Un arrêté du Gouvernement provisoire, le 4 avril, autorisait les conscrits à retourner chez eux ou à y rester. Mais il ne s’agissait pas de tous les conscrits, une ordonnance du 15 mai précisant que ceux de la classe de 1815 étaient seuls concernés. Charles Philippe, frère du roi et chef du Gouvernement provisoire, signait néanmoins le 23 avril un autre arrêté annulant toutes les poursuites judiciaires pour faits et délits relatifs à la conscription et ordonnant la mise en liberté immédiate des individus détenus pour ces causes (art. 1er), sauf les fonctionnaires publics prévenus d’escroquerie et de concussion (art. 3) : l’appareil d’État redevenait appareil monarchique, et le roi ne pouvait être servi par des employés malhonnêtes, fût-ce au détriment d’un « usurpateur ». À son tour, Louis XVIII, le nouveau souverain, entreprit d’épurer et retailler l’armée dont il héritait : une ordonnance du 12 mai 1814 définissait par exemple une nouvelle organisation de l’infanterie française, ramenée à quatre-vingt-dix régiments de ligne et quinze de légère, ceux restant, parmi lesquels se trouvaient les corps de réfractaires, devant être « distribués entre les cent cinq régiments, conformément à la répartition qui en sera faite par le ministre » (art. 5). Après avoir été normalisées à la fin de l’Empire, les cinq unités de réfractaires disparaissaient ainsi, divisées et incorporées dans douze régiments d’infanterie de ligne et deux de légère. Le monarque donnait aussi une charte constitutionnelle au royaume le 4 juin, dont l’article 12 abolissait la conscription. Comme l’ordonnance du 12 mai 1814 ne statuait pas sur les bataillons coloniaux, une autre du 28 septembre réorganisa les 3e et 2e du genre – en les étoffant à l’aide des 3e et 4e et des bataillons de pionniers coloniaux, qui disparaissaient de ce fait –, tâche complétée le 28 octobre suivant par la dissolution des compagnies de pionniers français, regroupées depuis quelque temps en France, à l’île d’Aix, Rennes, Strasbourg et surtout Gravelines pour sept d’entre elles, une partie de leurs hommes étant versée dans la ligne, une autre dans les dits bataillons pour y former des 5es compagnies. On ne savait pas au ministère ce qu’était devenu le 2e de pionniers coloniaux, si bien qu’il n’a pas été compris dans ce remaniement, mais plus tard, ses hommes durent rejoindre le nouveau 2e bataillon colonial. Le bataillon des militaires français rentrés – comptant en fait, à la suite d’élargissements successifs du recrutement, des militaires de diverses nationalités – avait été dissous peu auparavant, par décision ministérielle du 16 août, « son existence ne [pouvant] plus se concilier avec la nouvelle organisation de l’armée ». La position des bataillons de déserteurs étrangers à cette époque est plus floue, mais il est certain qu’ils ont subi le même sort : on sait que le 1er a été dissous le 19 décembre 1813 en vertu d’un décret du 25 novembre, et partiellement incorporé dans le 3e régiment étranger. Quoi qu’il en soit, ces bataillons de déserteurs français et étrangers, en fait tous déserteurs d’armées étrangères et non françaises, n’étaient pas à proprement parler des corps de répression mais plutôt des unités spécifiques.

Seuls les bataillons coloniaux subsistaient donc, en conclusion d’une période agitée et féconde en unités de toutes espèces. Ils auraient presque pu passer inaperçus , mais leur descendance : compagnies de discipline, bataillons d’Afrique, sans parler des troupes coloniales etc., devait se révéler prodigieuse et justifier leur intérêt. Une circulaire du 8 octobre 1814, complétant admirablement l’esprit de l’arrêté du 23 avril, donnait d’ailleurs le ton : il s’agissait de revenir « aux principes de l’ancienne discipline », celle des « vrais soldats » – entendu « de l’armée de métier » –, et en conséquence de ne proposer pour l’envoi dans les bataillons coloniaux que des militaires « chez lesquels de mauvaises habitudes invétérées ne peuvent plus être détruites par la fermeté des officiers, et ôtent tout espoir d’amélioration », ceux « d’un exemple dangereux par leur conduite ou leurs principes ». Cette deuxième vie, d’où les déserteurs – récupérés en totalité par le système pénal – et les volontaires pour les colonies étaient désormais en principe exclus, au profit des seuls indisciplinés, serait plus brève encore que la première, mais également riche d’enseignements.

Marc LEBRUN.

Source : « Revue Historique des Armées, 244/2006 » : http://rha.revues.org/index6032.html

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( 20 décembre, 2016 )

Contrastes…

Contrastes... dans HORS-SERIE 1812

Quels contrastes ! Moscou et Paris ! La retraite avec ses misères et ses épouvantes, cette retraite qui fait dire à  un des acteurs : « Ah ! Certes nous avons le spectacle de grandes horreurs, pareille chose ne se reverra plus ! »  et le retour dans la patrie qui semblait si loin ! Castellane, qui consacre une partie du 1er volume de son « Journal » à la campagne de Russie, ne peut cacher son étonnement. Quelle différence ! A Paris, il fait des visites, et trois mois auparavant, sur les bords du Niémen, sans souliers, un pied nu et l’autre enveloppé dans un morceau de couverture lié avec une corde ! Il croît rêver. De même, Hochberg [le margrave Guillaume de Bade]. Au sortir des neiges et du froid le plus intense et le plus cruel, le voilà dans les salons du palais de Weimar. Il était naguère au bivouac et souffrait les privations les plus grandes, et il est maintenant dans une cour élégante, « au milieu des jouissances les plus délicates de la vie ! ». De même le colonel Combe, tombant dans le salon paternel, et pressant ses parents sur son cœur, goûtant une de ces joies inoubliables « dont la douceur dédommage de toutes les peines antérieures » et « qui rendent heureux même de ce qu’on a souffert. » De même, le fameux général Lejeune, peintre militaire de grand talent. Il rentre chez lui, il dort dans son lit, il cherche à s’endormir, et la campagne lui revient confuse comme un long cauchemar, il croit entendre encore le bruit du canon et voir ce terrible Tchitchagov qu’il na pas jamais vu et dont le nom faisait plus de peur que de mal, il a des rêves qui « rappellent les tourments de l’appétit » ; mais le lendemain il reçoit les caresses de ses amis et il oublierait ses maux s’il ne devait les raconter. Tous ces revenants de Moscou sont, en effet entourés, pressés de questions. A Weimar, tout le monde se précipite sur Hochberg pour avoir des nouvelles de l’armée. A Paris, Mme Fusil entend dire autour d’elle : « Elle a passé la Bérézina », et Ney se voit regardé, admiré, suivi comme un héros. Autre contraste. Les récits de ces réchappés de l’immense théâtre jettent l’effroi dans Paris qui, chaque jour, apprend avec un pénible étonnement une perte, une calamité nouvelle. L’Empereur donne des fêtes aux Tuileries, mais on trouve qu’il insulte à la douleur publique. Des officiers valsent le bras e écharpe. « Ces bal sont lugubres, dit un jeune colonel, et je crois voir danser sur les tombeaux. »

Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.412-413).

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( 22 octobre, 2016 )

« Les deux colonels ».

Tel est le titre de cet épisode des « Nouvelles Aventures de Vidocq » (1973):

http://www.dailymotion.com/video/x3bwuhp

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( 1 octobre, 2016 )

Les frères Faucher…

Faucher

César et Constantin Faucher, nés jumeaux, à La Réole (Gironde), le 12 septembre 1760, se ressemblaient tellement que leurs parents eux-mêmes se trompaient et qu’entrés au service, ils portaient a la boutonnière, habituellement, une fleur  pour se faire connaître. Très distingues tous deux, ils reçurent des leçons de Voltaire et turent estimés et traités en amis par Necker, Bailly et Mirabeau. En paix, comme en guerre, les deux frères ne se séparaient pas, vivant dans la plus parfaite union. Le  1er janvier 1775, ils entrèrent aux chevau-légers, puis ils passèrent comme lieutenants dans un régiment de dragons. Ils étudièrent le droit et furent reçus avocats. En 1791, César commandait la Garde nationale de La Réole, et Constantin présida la municipalité de cette ville.

En 1793,  ils formèrent un corps franc d’infanterie appelé « Enfants de La Réole », et combattirent en Vendée. Ils devinrent généraux de brigade le même jour, mais, accablés de blessures. ils durent abandonner le service. Au moment de quitter l’armée, une accusation de fédéralisme les fit condamner à mort; déjà on les conduisait à l’échafaud, lorsqu’un représentant osa faire casser le jugement. On dut les transporter en litière à la Réole où ils furent longtemps à se rétablir. En 1800, Constantin fut nommé sous-préfet de La Réole et César conseiller  général de la Gironde, puis César devint député et Constantin maire de La Réole et, lors de l’état de siège du département de la Gironde, il commanda les arrondissements de La Réole et de Bazas pendant les Cent-Jours.

Le 22 juillet 1815,  le général Clauzel ordonna aux frères Faucher de cesser leurs fonctions, le drapeau blanc étant rétabli a Bordeaux. Peu après, on les mit en prison comme convaincus d’avoir formé un dépôt d’armes. Transférés à Bordeaux, ils furent traduits en conseils de guerre le 22 septembre. On ne leur donna pas le temps de choisir un avocat; ils se défendirent mutuellement, mais ils furent condamnés à mort. Le conseil de révision confirma le jugement le 26 et l’exécution eut lieu le 27 septembre 1815.

Les deux frères allèrent a pied, en se donnant le bras, de La prison à une prairie où se fit l’exécution. Leur sang-froid ne se démentit pas un instant, et ils souriaient aux personnes de leur connaissance qu’ils rencontrèrent pendant ce long trajet qui dura plus d une heure. Ils refusèrent de se laisser bander les yeux et de se mettre à genoux. Ce fut César qui commanda le feu et ils tombèrent unis dans la mort comme ils l’avaient été dans la vie.

G. COTTREAU.

(« Carnet de la Sabretache » , 1910).

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( 7 août, 2016 )

L’Arc-de-Triomphe sous le soleil….

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Un cliché réalisé cet après-midi. Façade vue du côté de l’avenue de la Grande-Armée.

 

 

 

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( 2 août, 2016 )

« L’Epingle noire »…

A Paris, dans les années 1820. Royalistes et bonapartistes s’affrontent…

Voici un épisode des « Nouvelles Aventures de Vidocq » (1973).

http://www.dailymotion.com/video/x3bxoxb
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( 1 août, 2016 )

Une réflexion de l’Empereur…

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« Savez-vous, disait Napoléon à Fontanes, ce que j’admire le plus au monde ? C’est l’impuissance de la force à fonder quelque chose. Il n’y a que deux puissances au monde : le sabre et l’esprit. A la longue le sabre est toujours vaincu par l’esprit. »

(Cité par Albert CAMUS dans son livre « L’été » (Gallimard, 2014). Texte intitulé « Les amandiers » (1940)).

 

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( 31 juillet, 2016 )

« Les Banquiers du Crime ».

Tel est le titre de cet épisode des « Nouvelles Aventures de Vidocq » (1971), visible sur « L’Estafette »:

http://www.dailymotion.com/video/x3adv2a

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