( 6 janvier, 2017 )

La durée d’une amputation sous l’Empire…

Blessé

La durée d’une amputation de cuisse, de jambe ou de bras à l’époque de la Révolution et de l’Empire

Lors nos reconstitutions historiques, le chirurgien officier de santé, reconstitueur est volontiers interpellé à propos de la durée d’une amputation. Un temps d’amputation de quelques secondes est un mythe encore favorisé par un ouvrage récent.

Rappelons tout d’abord le contexte : pour traiter un membre « désorganisé par un coup de boulet », c’est-à-dire victime de fractures osseuses ouvertes avec des dégâts importants des parties molles, il n’y a pas d’autre alternative que d’amputer. Le geste chirurgical doit être précis et rapide à une époque où on n’a, pour le blessé, aucun moyen anesthésique et pour lequel l’asepsie n’existe pas.

Quelles sont donc les réelles durées d’amputation ? Pour cela, il vaut mieux se référer aux textes et non aux légendes. Lorsqu’on cite les meilleurs praticiens, on peut évoquer PERCY, à l’époque de la Révolution,chirurgien en Chef de l’armée de Moselle, questionné par la Commission de Santé. Évoquant l’amputation, il dit : « la plus compliquée ne dure, tout au plus, selon notre encheirèse, que trois minutes ». Fait rare, PERCY rend hommage à ses collaborateurs : « chacun de mes collaborateurs sait la part qu’il doit y avoir ;  l’habitude de voir opérer lui a donné un tact particulier ; l’intelligence le rend prévoyant ; il devine, il agit, et cette harmonie de mouvements simultanés, assure à la fois, et abrège une œuvre trop douloureuse, pour ne pas être réduite à la plus courte durée possible ».

Il est clair que les chirurgiens chevronnés s’entouraient d’aides « rodés à la technique » et par exemple, il n’est pas rare que l’aide principal doive saisir une artère entre ses doigts et le pouce avant que celle-ci soit ligaturée.

Qu’en est-il de LARREY dont le nom s’accompagne volontiers de superlatifs ? On sait qu’il n’est pas un parangon de modestie mais le temps de trois minutes est également cité dans ses ouvrages, pour les amputations des généraux SILLY, ZAYONCHEK, LANUSSE. Pour ces interventions, LARREY évoque des amputations en moins de trois minutes.

Le cas particulier de la désarticulation de l’épaule peut être précisé. LARREY parle alors d’amputation à l’article ou de l’extirpation du bras, à la différence des amputations « classiques » pour lesquelles on parlait d’amputations dans la continuité. LARREY et ses aides avaient acquis une excellente technique et il faut rappeler que dans ce cas, on n’a pas à scier l’os. Un chirurgien, ayant assisté aux opérations de LARREY, relate dans sa thèse en 1815, une désarticulation en moins de deux minutes mais, pour cette durée, on n’a pas de précision et cela n’inclut pas, notamment, les ligatures vasculaires, le pansement et les bandages…

Terminons sur une note tragi-comique :

La vitesse d’exécution d’une amputation donne lieu à des histoires, voire même à des légendes, dans la première partie du 19ème siècle. C’est le cas pour Robert LISTON, habile et distingué chirurgien, écossais, décrit comme « le couteau le plus rapide du West End » qui pouvait amputer une jambe en deux minutes et demie.

On raconte qu’il a même été chronométré en 28 secondes…

A son propos, une anecdote indique que, lors d’une opération, ce chirurgien est le seul à avoir eu un taux de mortalité de 300% puisqu’en plus de son patient, il aurait blessé les doigts de son jeune assistant qui serait également mort secondairement d’infection, et toucha un spectateur qui en serait mort de peur ! 

Docteur Benoît VESSELLE

(Officier de santé, « Jambe-de-bois »).

 

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( 2 janvier, 2017 )

COMMENT VOYAGEAIT NAPOLEON…(1ère partie).

Cet article dû l’historien Marcel Doher, a été publié la première fois dans la revue du Souvenir Napoléonien (n°278) en novembre 1974.

« Activité, Activité, Vitesse »… Cette célèbre expression de Napoléon au début de la fameuse Campagne des Cinq Jours, à la veille d’Eckmühl, dit la célérité avec laquelle il entrait en campagne. Caractéristique de cette célérité et de ses déplacements est son entrée en campagne aux heures graves de 1813 en Allemagne. Il quitte Mayence le 24 avril de cette même année- à huit heures du soir pour gagner du temps-et monte en voiture, accompagnée de Berthier, en direction d’Erfurt. Pourtant « l’alarme est sur la route d’Erfurt », disent les rapports ; mais il est capital pour lui de rejoindre les 60.000 hommes de l’armée de l’Elbe, auxquels il apporte les 100.000 hommes de celle qu’il a formée sur le Main. Aussi, pour lui, la rapidité prime tout. Son principal secrétaire, Fain, en exprime son émerveillement dans son « Manuscrit de 1813 » : « Ma plume ne saurait décrire la rapidité de son entrée en campagne ; elle ne peut que se traîner sur ses pas. » Le « gros bagage », du quartier Impérial est encore en arrière. Les chevaux de main et les valets ne peuvent suivre aussi vite, ni marcher en avant parce que des essaims de troupes ennemies infestent la route. Les russes ont dépassé Dresde. Des troupes légères ont poussé jusqu’à Gotha où elles ont enlevé le secrétaire dela Légationfrançaise et quelques soldats, des partisans venus du Nord, rôdent à trente lieues de Cassel, la capitale du toi Jérôme de Westphalie. L’Empereur s’arrête à Francfort à 11 heures du soir, juste le temps de remplacer les chevaux. Il traverse Hanau, Hunfeld, Wach, Eisenach, Gotha et arrive le lendemain 25 avril 1813, à 9 heures du soir à Erfurt, où il descend de sa voiture de voyage. Il va s’en servir encore une journée, pour se rendre à Eckartsberg où des unités de conscrits de 1813, l’ayant reconnu, l’acclament avec enthousiasme, shakos au bout des fusils. Il y abandonne sa voiture, car il fera tout le reste de la campagne à cheval, jusqu’à l’armistice du 4 juin.

M.D.

En berline.

Comme sans doute bien des gens à l’époque, s’ils pouvaient en approcher, jetons un regard de curieux sur cette voiture. C’est une berline très simple, à quatre roues, bien suspendue, peinte en vert, la couleur de la livrée impériale. Elle est conduite par six forts chevaux limousins, menées par deux cochers dela Maison.L’intérieur du carrosse a deux sièges : l’un pour celui qui accompagne Napoléon- c’est, en principe Berthier-, l’autre pour Napoléon lui-même. Ce dernier siège est rapidement transformable en une couchette, sur laquelle Roustam installe alors des matelas rangés dans un coffre. Napoléon y dort, sans ôter son uniforme vert et blanc, ayant simplement la tête enveloppée, comme d’un turban, par un grand mouchoir bigarré qu’il noue sur le front. A portée de sa main, dans la voiture, se trouvent de nombreux tiroirs fermant à clef, dont l’un est muni de papier, plumes et encre, l’autre d’un nécessaire de toilette. En route ils contiennent aussi les nouvelles arrivant de Paris, du courrier non encore lu, des journaux, des livres parmi lesquels-chose curieuse- des romans. A vrai dire, ceux-ci ne servent qu’au cas, bien rare où il a des moments de loisirs. Et encore, s’ils déplaisent, à peine feuilletés ils sont lancés par la portière d’une main impatiente. Pour la plus grande joie de l’escorte ou de la suite, qui se montent ainsi une petite bibliothèque de campagne.

En face du siège de l’Empereur est affichée, chaque jour, la liste des localités où sont prévus et préparés les relais. Une grande lanterne, accrochée au dehors sur le derrière COMMENT VOYAGEAIT NAPOLEON...(1ère partie). dans HORS-SERIE A-300x235vitre [sic] de la voiture, en éclaire l’intérieur. Quatre lanternes extérieures jettent, la nuit, leur clarté sur la route. En plus de la voiture « de poste » que nous venons de voir, Napoléon dispose d’une calèche de service léger, à deux places, et de « brigades » de chevaux de selle. La calèche lui servait pour se transporter d’un corps d’armée à un autre, ou pour faire en quelques heures le trajet que la troupe mettait une journée à parcourir. En principe, un service de voitures précédait l’Empereur, pour qu’à son arrivée à destination il trouvât un logis installé, avec un secrétaire et un valet de chambre. En déplacement, l’Empereur travaillait beaucoup avec Berthier. Bien des gens minimisaient le rôle de ce dernier et ses capacités. A Sainte-Hélène, les compagnons dela Captivité, s’étant permis de dire à Napoléon combien ils avaient souvent été étonnés du choix de ce Major Général et de la confiance qu’il avait en lui, il leur répondit que Berthier avait des talents et un mérite « spéciaux et techniques ». Pendant que la voiture dévorait les étapes, l’Empereur parcourait les livres d’ordres et les états de situation, prenait ses décisions, arrêtait ses plans et ordonnait les mouvements. Berthier en prenait note et, à la première station ou au premier moment de repos, soit de jour, soit de nuit, il expédiait à son tour les ordres et les différents détails particuliers avec une régularité, une précision et une promptitude admirables. Et Napoléon ajoutait : « C’était un travail pour lequel il était toujours prêt et infatigable. Voilà quel était le mérite spécial de Berthier ; il était des plus grands et des plus précieux pour moi : nul autre n’eût pu le remplacer ».

Le travail, souvent absorbant pendant les longs trajets en voiture, obligeait l’Empereur à prendre quelque repos. Ecoutons Caulaincourt : « Il dormait en voiture comme dans son lit, plusieurs heures de suite. On peut dire qu’il eut toujours le sommeil à commandement ». « Il dormait, dit Fain, quand il voulait et comme il voulait. Quelque besoin qu’il eût de sommeil, trois ou quatre heures pouvaient suffire ». Voyons-le au soir de la troisième journée de Leipzig : « à côté d’un grand feu près du moulin à vent de Thonberg, il donne pour la première fois de sa vie ses ordres pour la retraite au cours d’une bataille. Puis, harassé, il succombe au sommeil sur un siège qu’on vient de lui apporter. Au bout d’un quart d’heure, il se réveille, jette un regard étonné sur le cercle de ceux qui l’entourent, comme s’il doutait de la réalité et vivait un cauchemar. Mais, comme toujours, le réel le reprend instantanément : c’est ce qu’il appelle lui-même sa « présence d’esprit d’après minuit ».

 A suivre…

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( 27 décembre, 2016 )

Le couvre-chef de Napoléon en Russie…

A notre connaissance, trois auteurs, dont une femme, ont parlé du singulier couvre-chef de l’Empereur, lors de la retraite de Moscou, depuis Mojaïsk (avant Smolensk au retour) jusqu’à Varsovie : l’abbé de Pradt, notre ambassadeur en Pologne, qui vit Napoléon à son passage en traîneau ; Mme Armand Domergue, qui fit la retraite dans les équipages de l’Empereur et passa derrière lui le pont de la Bérézina ; enfin, Duverger (« Mes aventures dans la campagne de Russie »). Ces trois auteurs sont d’accord pour nous dire qu’outre sa pelisse de fourrures à la polonaise, que portait l’Empereur sous sa légendaire redingote grise, il avait sur la tête un bonnet fourré en velours vert, attaché sous le menton par de longs rubans noirs, avec un énorme gland d’or pendant en arrière. Ces rubans noirs semblaient [être] de bien tristes augure à Mme Armand, une des comédiennes du Théâtre français de Moscou.

Il faut ajouter que l’Empereur se trouvait très bien sous ce costume, qui ne lui allait pas du tout, à cause de son obésité précoce et de sa petite taille ; tandis que ces fourrures allaient admirablement aux officiers polonais, généralement sveltes et élancés. Aussi, en arrivant à Smolensk, faisant la queue au milieu des soldats débandés, qui se pressaient pour entrer, fut-il bousculé par des gens qui ne le reconnaissaient pas, sous ce déguisement tout nouveau pour eux : et la vérité nous oblige à reconnaître qu’il apostropha fort incivilement les officiers qui se permettaient de le bousculer un peu fort, bien qu’ils se confondissent en excuses.

Docteur BOUGON.

(« La Chronique médicale » n°19, 1912, pp.659-660).

Le couvre-chef de Napoléon en Russie… dans HORS-SERIE SNB19503

Napoléon 1er en Russie. (Lithographie de Verestchaguine, d’après son tableau, « La Retraite »).

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