( 25 avril, 2020 )

25 avril 1814, jour difficile pour l’Empereur…

NNN

Lors de son trajet vers l’île d’Elbe, Napoléon dut à subir les fureurs de la populace provençale. Ainsi, dans la petite ville d’Orgon-en-Provence, le 25 avril 1814, sans le sang-froid de son entourage et le courage du chasseur Noverraz qui s’interposa arme à la main, l’Empereur aurait pu connaître une fin tragique. Avant Orgon, il y eut des signes avant-coureurs. A Orange, à 3 heures du matin ce même jour, l’hostilité est déjà perceptible, en Avignon même, à 6 heures du matin, « Il [Napoléon] échappe par surprise aux violences de la foule ». Le convoi impérial fait une halte à Saint-Andéol.

Napoléon « revêt une lévite bleue, se coiffe d’un chapeau rond et part à franc-étrier, traverse Orgon où la foule est surexcitée sans être reconnu ». L’endroit où le convoi s’arrêta existe toujours : il s’agit  de l’auberge « Aux Petits Pavés  » situé sur l’actuelle route nationale 7:  

http://www.aubergeauxpetitspaves.com/accueil/histoire/

Le Trésorier Guillaume Peyrusse était également présent lors de cet événement : « A Orgon, petit village où les relais avaient été placés, la rage du peuple était à son comble. Devant l’auberge même, où l’on avait forcé les relais à s’établir ; on avait suspendu un mannequin, représentant Sa Majesté, en habit vert de sa Garde, avec un papier ensanglanté sur sa poitrine. La populace des deux sexes se pressait, se cramponnait à la voiture de Sa Majesté et cherchait à la voir pour lui adresser les plus fortes injures. Le danger était imminent ; les Commissaires [ceux des puissances alliées accompagnant l’Empereur dans son voyage vers l’île d’Elbe] s’empressèrent de descendre de leurs voitures pour se ranger autour de celles de l’Empereur. Transporté de colère à la vue de ces misérables, je m’élançai de la mienne pour me joindre aux Commissaires ; leurs harangues et mes paroles, prononcées très énergiquement en langue patoise, suspendirent les hurlements de la multitude. Les chevaux se trouvant attelés, on les lança au grand galop, et la rage des gens d’Orgon expira dans quelques jets de pierre lancés sur la voiture de Sa Majesté. Le danger auquel l’Empereur venait d’échapper l’avertissait et lui commandait la prudence. A un quart de lieue au-delà d’Orgon, Sa Majesté jugea indispensable de changer de costume ; elle prit l’habit d’un de ses courriers qu’elle fit placer dans sa voiture, et courut elle-même devant nos voitures. » 

Et à l’auberge de La Calade…

Mais Napoléon devait encore vivre quelques émotions durant cette journée ; ainsi lors de son escale à l’Auberge de La Calade, Peyrusse retrace parfaitement l’émotion qui y régnait ; avec un danger toujours sous-jacent : « On trompa ainsi la multitude à Saint-Canat, où l’effervescence ne le cédait en rien à celle dont nous venions d’être les tristes témoins [à Orgon] ; mais à midi, l’Empereur, harassé de fatigue, et horriblement meurtri, ne put continuer sa route ; il s’arrêta dans l’auberge dite La Calade, à trois lieues en deçà d’Aix. Sa Majesté, s’y présentant comme un courrier de l’Empereur, eût à essuyer avec la maîtresse du logis une conversation bien pénible. Cette mégère ne lui déguisa pas la haine que l’on portait à Napoléon et la résolution où était le peuple de le massacrer lors de son passage à Aix [en-Provence]. Tout le cortège s’arrêta à La Calade. Nous pénétrâmes dans l’arrière où l’on avait placé Sa majesté. J’éprouvai un sentiment bien difficile à exprimer en la voyant ainsi déguisée, les deux coudes sur la table, livrée à des réflexions que je jugeai bien amères. Le dîner fut servi ; l’Empereur mangea peu. Lorsque nous fûmes seuls et que l’hôtesse qui nous servait fuit sortie, Sa majesté n’eut pas la peine à nous convaincre que sa vie était en danger et que des Commissaires du gouvernement nouveau [celui de Louis XVIII] avaient ameuté les populations sur son passage ». Peyrusse qui signale que « déjà beaucoup de personnes s’étaient rassemblées devant l’auberge » indique qu’une lettre fut expédiée au maire d’Aix-en-Provence, par l’aide de camp du commissaire russe Schouvaloff. Cette lettre le sommer d’assurer la sécurité de Napoléon alentours de La Calade. « A onze heures, l’aide de camp rentra à La Calade, nous donnant l’assurance que le maire répondait du passage et de la tranquillité de la ville. On se prépara pour le départ ; néanmoins on jugea prudent de donner à Sa Majesté le conseil de prendre un déguisement et de se placer dans une autre voiture ; Sa Majesté prit la voiture du général Koller et se revêtit de sa casquette [sic]. Le major Olewieff [Olsufief] aide de camp du général  Schouwaloff [Schouvaloff], prit la place de Sa Majesté.  Quelques gendarmes, disposé par le maire d’Aix [en-Provence], dissipèrent les groupes qui cherchaient à nous entourer en vociférant les cris de Vive le Roi ! A bas le tyran ! Mais il n’y eut aucune tentative inquiétante.» Avant le lever du soleil, le 26 avril 1814, Napoléon quitte La Calade. « Il endosse l’uniforme autrichien du général Koller, commissaire des alliés, pour ne pas être reconnu ».  

C.B.

 

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 13 avril, 2020 )

Château de Fontainebleau, nuit du 12 au 13 avril 1814…

Avril 1814

Rappelons que durant cette fameuse nuit, l’Empereur voulut mettre fin à ses jours, en absorbant un poison. Ce n’est pas une découverte (contrairement à ce que certains laissent entendre de nos jours) car cet incident est abordé dans les témoignages du mameluck Ali (paru en 1926, Ali a recueilli le récit auprès du valet Hubert), du général de Caulaincourt (publié en 1933) et de Louis marchand (édité en 1952-1955).

———————-

« La vie m’est insupportable !  » Caulaincourt avait pu croire à l’un de ces mots tragiques dont Napoléon semait ses confidences-sans qu’ils fussent toujours de conséquence. Il fut tiré de son erreur quand, le 13, à 3 heures du matin, les valets vinrent le réveiller, affolés. L’Empereur agonisait et il réclamait le grand écuyer.[...] Deux ans auparavant, au cours de la retraite de Russie, ayant, on se le rappelle, failli tomber vivant dans les mains d’une horde de Cosaques, il avait demandé à l’un de ses médecins, Yvan, un poison violent que, depuis cette époque, il portait toujours sur lui enfermé dans un sachet. C’était un mélange d’opium et de belladone, qu’il croyait assez fort « pour tuer deux hommes ». Resté seul et s’étant mis au lit, il avait avalé toute la dose, et semblait déjà terrassé par le poison; cependant, sa forte constitution luttant contre, il était, de temps à autre, agité de spasmes violents. Caulaincourt le trouva dans une sorte de coma, coupé de soubresauts. L’œil déjà vitreux, il tendit au duc de Vicence une lettre qu’avant de s’étendre il avait préparée pour Marie-Louise et que celle-ci ne devait, par la suite, jamais connaître: « Adieu ma bonne Louise. Tu es ce j’aime le plus au monde. Mes malheurs ne me touchent que pour le mal qu’ils te font. Toute la vie, tu aimeras le plus tendre Bertrand, le docteur Yvan et Roustam. Napoléon l’en empêcha. Il parlait d’une voix étouffée par les hoquets: « Dites à l’Impératrice que je meurs avec le sentiment qu’elle ma  donné tout le bonheur qui dépendant d’elle; qu’elle ne m’a jamais causé le moindre sujet de mécontentement et que je ne regrette le trône que pour elle et pour mon fils dont j’aurai fait un homme digne de gouverner la France. » après de nouveaux spasmes, il dit encore: « Vous direz à Joséphine que j’ai bien pensé à elle. » Le duc de Vicence, voyant une sueur glacée couler sur son visage, courut alerter Yvan. Le docteur, affolé, se précipita dans la chambre et tâta le pouls du malade avec angoisse. « Qu’on a de peine à mourir ! Soupirait l’Empereur. Docteur, donnez-moi autre chose. » Mais Yvan, se récriant, voulut au contraire lui administrer un contrepoison; le malade le repoussa. Le malheureux médecin, songeant à la responsabilité qu’il avait encourue, perdit la tête, sortit de la chambre, puis du château et, à cheval, s’éloigna comme un fou vers Paris. On ne devait plus le revoir.

Cependant, les spasmes se multipliaient, mais, ayant avalé un verre d’eau, l’Empereur soudain, rendit le poison. Il reçut alors Maret et Bertrand, prévenus par le duc de Vicence; ils lui parlèrent avec amitié, le réconfortèrent; Bertrand lui dit qu’il l’accompagnerait à l’île d’Elbe, ce qui fit passer sur ses traits une lueur de satisfaction. Quand Caulaincourt revint à la fin de la matinée, il le trouva hors de danger. « Je vivra, lui dit-il, puisque la mort ne veut pas plus de moi dans mon lit que sur le champ de bataille. il y aura aussi du courage à supporter la vie après de tels événements ! «   (Louis Madelin, « Histoire du Consulat et de l’Empire. La campagne de France. Tome XIV », Librairie Hachette, 1951, pp.357-359).

———————-

Le docteur Hillemand est l’auteur d’une étude intéressante : « Pathologie de Napoléon. Ses maladies, leurs conséquences » (La Palatine, 1970). Il souligne que Napoléon était sujet à des crises dépressives qui pouvaient se traduire par des idées suicidaires. Hillemand précise que ces crises se situèrent dans la jeunesse du futur empereur et en 1814. Si l’on en croit le praticien, Napoléon chercha à se faire tuer lors de la bataille de Montereau et à celle d’Arcis-sur-Aube. Hillemand mentionne le témoignage du général de Ségur, pour Arcis. Concernant la fameuse nuit du 12 au 13 avril 1814, le médecin écrit : « Il ne faut pas oublier qu’à Fontainebleau, comme à Orléans, le bruit du suicide courait depuis deux ou trous jours et que ce dernier était envisagé comme une issue possible »

Napoléon tenta bien de mettre fin à ses jours. Dans les ultimes journées qui précédèrent à son départ de Fontainebleau pour l’île d’Elbe, l’Empereur fut en proie à un désespoir progressif, dont l’acte suicidaire peut en marquer l’apogée.

Citons ces deux passages des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse (AKFG Editions, 2018). Le premier se situe le 10 avril 1814 à Fontainebleau : « Je profitai de cette occasion pour mettre sous les yeux de l’Empereur la situation de ma caisse, le priant de vouloir bien me donner l’ordre d’aller chercher des fonds à Orléans chez M. le Trésorier général de La Bouillerie qui avait suivi Sa Majesté l’Impératrice avec tous les Trésors de la Couronne ; qu’il y avait à craindre qu’un retard ne nous privât de cette ressource importante et indispensable pour les nouveaux projets de Sa Majesté.– Bah ! Bah ! Mon cher Peyrousse, me dit l’Empereur, quand on perd l’Empire on peut tout perdre…Sa Majesté me quitta pour cacher son émotion… Profondément ému moi-même, je me retirai. »

Le 11 avril, Peyrusse note : « De très bonne heure, je reçois l’ordre de me rendre dans le cabinet de l’Empereur. Je trouvai Sa Majesté pâle et la figure bouleversée ».

Cette « agonie de Fontainebleau » selon l’expression de Louis Madelin, marqua psychiquement et physiquement le grand capitaine que fut Napoléon. Les trois cents jours passés à l’île d’Elbe, son retour inattendu en France, véritable coup de tonnerre, le déroulement de la campagne de Belgique (Napoléon à l’issue de la bataille de Waterloo voulut-il prendre son sabre et se faire tuer à la tête de ses hommes ?) relégua ces jours de crise au rang des souvenirs. Il est possible que l’Empereur y songea de nouveau lors de l’exil interminable de Sainte-Hélène (autre cause d’une déprime latente).

 

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 12 janvier, 2020 )

Napoléon en janvier 1814…

0hbe

« 16 janvier. Il dicte une longue note pour Metternich.

17 janvier. Il confie « Je vais porter mon quartier-général à Châlons-sur-Marne. »

18 janvier. Revue du Carrousel.

19 janvier. Revue au Carrousel.

20 janvier. Revue de plusieurs régiments de cavalerie à 11 heures au Carrousel.

21 janvier. Il sort des Tuileries à 14 heures et se rend au Faubourg Saint-Antoine.

22 janvier. Notes pour Clarke et Drouot.

23 janvier. Avant la messe, il reçoit dans le salon des Maréchaux les officiers de la Garde nationale et leur présente son fils. Il signe les lettres patentes qui confèrent la régence à l’Impératrice. Il reçoit les derniers serments de fonctionnaires.

24 janvier. Il nomme le roi Joseph lieutenant général de l’Empire. Dans la nuit, il brûle ses papiers les plus secrets ; il embrasse sa femme et son fils ; il ne les reverra jamais.

25 janvier. Départ de Paris à 6 heures du matin. Déjeuner à Château-Thierry, dîner à Châlons. Il couche à la préfecture… »

(J. TULARD et L. GARROS, « Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1769-1821 », Tallandier, 1992, pp.435-436).

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 18 juin, 2019 )

Légendes et erreurs [au sujet du séjour de Napoléon au Caillou la veille de la bataille de Waterloo et d’autres faits]

Waterloo

« Dans le n°5 de notre Bulletin (juin 1952), un article du regretté historien Winand Aerts, le grand spécialiste de Waterloo, faisait justice de quelques légendes nées on ne sait comment, acceptées par des historiens et prenant désormais la place de la vérité. C’est ainsi qu’il démontrait péremptoirement que Napoléon, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, celle précédent Waterloo, n’avait pas quitté Le Caillou pour faire une reconnaissance du terrain, à pied, avec le grand-maréchal Bertrand et le page Gudin. Cette légende était déjà contredite par les « Souvenirs » du mameluck Ali. A la solide argumentation de Winand Aerts devait se joindre un peu plus tard un témoignage de la première importance : celui du valet de chambre de l’Empereur, Marchand, qui, dans ses « mémoires » (tome I) publiés en 1952, conte en détail la nuit de Napoléon, nuit passée dans son lit et sans sortie.

Dans son remarquable ouvrage, « Les Cent-Jours », Louis Madelin a néanmoins repris la légende, faisant sortir l’Empereur à 2 heures du matin ; l’éminent et regretté académicien a préféré s’en tenir à la relation de l’Empereur, manifestement « arrangée » plus tard à Sainte-Hélène. Mais pourquoi, en publiant son livre en 1954 négligea-t-il le récit sensationnel de Marchand publié deux ans plus tôt ? Or, Louis Madelin, n’ignorait pas les « Mémoires » du valet de chambre puisqu’il les cite quelques pages plus loin. D’ailleurs, il estimait que « peut-être, aurait-il (Napoléon) mieux fait de se reposer ». Justement, Marchand précise que Napoléon, couché peu après son arrivée au Caillou, est resté au lit pendant toute la nuit, ce qui, d’ailleurs, ne devait pas l’empêcher de s’inquiéter du temps en questionnant le valet de chambre, de faire venir Gourgaud pour lui dire d’aller reconnaître le terrain. (Il ne le reconnaît donc pas lui-même). L’Empereur reçoit aussi Drouot, et marchand ajoute : «  Après ce rapport, l’Empereur continua de rester dans son lit… L’Empereur se leva de bonne heure et vit avec plaisir le temps s’éclaircir… Il se promena longuement de long en large dans cette chambre, les mains derrière le dos, il prit des ciseaux, les tourna autour de ses ongles, paraissant bien plus occupé de la bataille qui allait s’engager que de ce détail de toilette ; il s’approchait souvent de la fenêtre et regardait l’état du ciel ; sa barbe faite, il s’habilla et fit demander le général Gourgaud qu’il fit encore écrire sous sa dictée. A 9 heures, l’Empereur demanda son déjeuner. »

Voici donc Louis Madelin en contradiction avec l’un des principaux témoins oculaires, et l’un des plus sérieux. Mais à la suite de son récit, il ajoutera, pour notre surprise, une bien singulière invention. En effet, ayant conté le départ du Caillou de l’Empereur, dans la matinée, afin d’assister au défilé des troupes, Madelin fait ensuite retourner Napoléon au Caillou pour… dormir ! « Ce défilé  terminé, écrit-il, et pendant que les troupes prenaient leurs positions de départ, l’Empereur se jeta sur son lit, priant qu’on ne le réveillât qu’à onze heures. » Ceci est pour le moins inattendu. Consultons la montre, tout d’abord. L’Empereur déjeune vers 9 heures ; après cela il fait étalier les cartes et commente son plan de bataille pour Jérôme, Ney, Reille, etc. Ensuite, il reçoit le fermier Boucquéau. Puis il monte à cheval. Déjeuner, exposé stratégique (et vive discussion avec Soult), entretien avec le fermier, tout cela lui prend bien une heure. Il va à cheval vers Rossomme, il y assiste au défilé des troupes. Trajet, défilé et retour au Caillou lui prennent certainement une autre heure. Il est onze heures ! Et Louis Madelin plaçait lui-même l’Empereur à 11 heures, beaucoup plus loin : à la Belle-Alliance !

Quand a-t-il donc dormi ?

Ce qui ne tient pas devant la montre, ne tient pas plus au raisonnement. Après avoir été si impatient durant toute la nuit, si pressé d’engager le combat, l’Empereur voit enfin ses troupes prendre position et… il va se coucher ! Il se met au lit au moment d’engager la plus décisive des batailles ! On serait curieux de savoir d’après quel document Louis Madelin a pu reprendre pareil conte. On ne le saura jamais, d’ailleurs : ce témoignage n’existe pas. Le mameluck Ali, qui n’en conte pas, lui, et qui ne quitte pas l’Empereur, dit bien clairement : « Quand tous les corps eurent opéré leurs mouvements, il parcourut les rangs où il fut accueilli avec enthousiasme ; après quoi il vint s’établir sur une hauteur en arrière de Rossomme. L’action commença au parc [verger] d’Hougoumont ». Tous les autres témoignages des témoins présents concordent. Tout le monde a vu l’Empereur sur le terrain ; personne n’a vu le dormeur fantôme au Caillou. Avec Ali, il y a Marchand, le fermier Boucquéau et son fils, le secrétaire Fleury de Chaboulon, le commandant Duuring, etc., etc., etc. 

Peut-être dira-t-on que ce sont là des détails secondaires. Il n’y a rien de négligeable dans le comportement de Napoléon pendant cette grande journée ; en outre, faut-il, en matière d’Histoire, faire fi des précisions mineures ? Si un historien-et lequel ! Puisqu’il s’agit de Louis Madelin-donne ces indications c’est aussi qu’il y attache lui-même de l’importance. Dès lors, les erreurs ont, elles aussi, de l’importance.

Encore à ce propos de Waterloo, nous ressentons une certaine surprise en lisant un autre ouvrage, « le Secret de Waterloo » du commandant Henry Lachouque. Cet ouvrage, écrit avec verve, certes, de l’intérêt, quoique l’historien militaire belge M. Henri Bernard, professeur à l’École Royale Militaire, ait pu dire avec raison : « Nous avouons ne pas avoir compris quel était ce Secret ». Pourquoi faut-il trouver dans ce livre où il y a de « bons moments », et dans lequel Louis Madelin prit fréquemment sa documentation, de ces erreurs « mineures » que l’on est en droit déplorer ?

Signalant que, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, couchèrent à Genappe, en l’Auberge du Roi d’Espagne, le prince Jérôme, le général Reille et ses divisionnaires, le commandant Lachouque ajoute du pittoresque en racontant que de nombreux officiers « se rendent  à l’hôtel du Roi d’Espagne où un bal impromptu est organisé; les dames de la ville accourent l’on dansera fort avant dans la nuit… Pourquoi pas ? » Où le commandant Lachouque a-t-il trouvé cela ? Nous ne le suivrons pas dans ces joyeux quadrilles car il nous faudrait, pour cela, oublier que pendant toute la journée la bataille a fait rage, tout près de là, aux Quatre-Bras, que Genappe est envahie de blessés et de moribonds et que Reille et ses généraux sortent à peine d’un sanglant combat pour marcher, tôt le lendemain, vers une nouvelle bataille. Il est bien peu vraisemblable que le prince et ces généraux aient toléré que s’improvise une telle fête en ces circonstances et dans le lieu où ils prenaient enfin un peu de repos. L’atmosphère générale, d’ailleurs (et le commandant Lachouque insiste lui-même là-dessus), était, au contraire bien tragique. La troupe et les officiers étaient éreintés et obsédés par l’idée de trahison. Quant aux dames de la ville, une telle réjouissance devait cadrer fort mal ave c leur état d’esprit cette nuit-là.

Autre détail concernant le duc de Wellington « installé à l’auberge située vis-à-vis de l’église et portant enseigne « A Jean de Nivelles ; Wellington, dans le village de Waterloo, n’a jamais mis les pieds à l’auberge Jean de Nivelles. Son quartier-général était installé en face de l’église dans le relais de poste, auberge connue sous ce nom et tenue pat le veuve Bodenghien, maison qui existe encore aujourd’hui. L’auberge Jean de Nivelles n’était pas située en face de l’église, mais plus loin, sur le même alignement que le relais, au-delà  d’un chemin dont ce dernier formait le coin (aujourd’hui avenue reine Astrid). Cette auberge Jean de Nivelles a disparu depuis longtemps et personne, depuis 1815, n’y a situé le quartier-général de Wellington-sauf le commandant Lachouque. Le commandant Lachouque, en décrivant  la retraite de Napoléon le soir de la bataille, le fait entrer au Caillou où « depuis 5 heures l’attendait le rôti de mouton commandé le matin à Mme Boucquéau ». Ce n’est pas nous qui arrêtons à cette côtelette, c’est notre auteur. Et puisqu’il nous invite à déguster ce détail historico-culinaire, faisons lui remarquer :

1°/ Que la commande n’avait pas été faite le matin à Mme Boucquéau, car celle-ci n’était pas au Caillou à ce moment-là, mais encore à Plancenoit (voir le témoignage de son fils).

2°/ Que la côtelette n’était pas trop grillée. Pas du tout même car le fils en question a noté que la servante du Caillou, Marie Houzeau, envoyée dans l’après-midi pour la chercher, n’en avait pas trouvé.

En plus, le commandant Lachouque, qui cite le témoignage du commandant Duuring chargé de la garde du Caillou, mais a mal lu ce témoignage qui précise bien que Napoléon n’est pas entré au Caillou, mais s’est arrêté quelques instants devant la ferme, sans descendre de cheval, pour entendre son rapport.

Détails… Nous ne tombons d’accord. Mais si on veut nous offrir des détails, qu’on nous autorise à les désirer exacts. Pour le surplus, l’Histoire est une grande fresque faite d’une multitude de touches minuscules. Quant la fantaisie s’empare du peintre qui applique ces touches, il est à craindre que la fresque toute entière ne se ressente de cette fantaisie.

X. »

——–

Les « Souvenirs » du mameluck Ali ont été publiés la première fois en 1926 chez Payot, avec introduction de G. Michaut. Il y a eu une nouvelle édition en 2000, chez Arléa, avec une présentation et des notes de Christophe Bourachot. 

Les « Mémoires » de Louis Marchand ont été publiés en 1952-1955 chez Plon, en 2 volumes.  Il y a eu des rééditions successives chez Tallandier en 1985 (en 2 volumes), chez le même en 1991 (idem) et en 2003 (en un seul volume cette fois rassemblant les 2, toujours chez Tallandier).

L’ouvrage de Louis Madelin qui est concerné est le 16ème (et dernier) de sa grande série publiée chez Hachette et qui porte le titre d’Histoire du Consulat et de l’Empire. Il est paru en 1954.

« Le Secret de Waterloo » du commandant Henry Lachouque a été publié en 1952 chez Amiot-Dumont.

 

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 13 juin, 2019 )

Napoléon les 13, 14 et 15 juin 1815…

Napoléon à Charleroi en 1815

« 13 juin. Il est  à Avesnes. Il déjeune avec Ney.

14 juin. Il passe des troupes en revue et quitte Avesnes pour Beaumont. Le temps est très mauvais.

15 juin. Il passe à Ham-sur-Heure. Il arrive à Charleroi à midi, s’arrête au pied des glacis éboulés à quelque cent mètres en-deçà de l’embranchement  des routes de Bruxelles et de Fleurus, près d’une guinguette appelée « La Belle Vue », dominant la vallée de la Sambre. Il descend de cheval, se fait apporter une chaise et s’assied au bord de la route, regardant défiler les troupes. Il s’assoupit. A 14 h, Gourgaud vint lui annoncer que les Prussiens étaient à Gosselies. Il prit des mesures. A 15 h, entrevue avec Ney. Il lui confie le commandement des 1er et 2ème corps. Puis survient Grouchy, venant demander des ordres. Ils partent tous deux vers Gilly. Après avoir examiné la situation, il revient à Charleroi. A 17h30, surpris de n’avoir pas encore entendu le canon, il retourne à  Gilly. Alors le combat de livre. Il quitte le champ de bataille vers 20 h, lorsque l’ennemi est en pleine retraite. Il rentre à Charleroi et couche dans l’hôtel d’un maître de forges nommé Puissant, situé sur la rive droite de la Sambre. »

(Tulard et Garros, « Napoléon au jour le jour…, Tallandier, 1992, p. 469)

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 20 avril, 2019 )

Une version méconnue des Adieux de Fontainebleau (1814)…

Napoléon le Grand

« 20 avril [1814]. Les chevaux furent commandés pour 9 heures. L’Empereur désira parler au général Koller. Il parla avec vivacité contre sa séparation d’avec sa femme et son enfant, et de l’ordre de retirer les canons de l’île d’Elbe, disant qu’il n’avait rien à débattre avec le gouvernement provisoire. Son traité avait été conclu avec les Alliés. Il dit qu’il n’était pas dépourvu de moyens de faire la guerre, mais qu’il ne lui plaisait pas de la continuer. Il fit ensuite venir le colonel Campbell, se déclara très satisfait de ce que Lord Castlereagh [Secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères. Il fut un de ceux, dans les années 1813/1814, qui contribuèrent à soulever les puissances alliées contre l’empereur Napoléon], eût mis à sa disposition un vaisseau de guerre, soit pour la traversée, soit comme escorte, et fit l’éloge de la nation anglaise. Ensuite, il dit qu’il était prêt. Le duc de Bassano [Maret], le général Belliard, [le général] Ornano et quatre ou cinq aides de camp, avec environ vingt autres officiers, étaient dans l’antichambre. Un aide de camp ferma subitement les portes, ce qui nous fit supposer que l’Empereur faisait des adieux particuliers à Belliard et Ornano. Ensuite, les portes de rouvrirent, et l’aide de camp annonça : « L’Empereur ! » Il passa en souriant et en saluant, descendit dans la cour, harangua la Garde, embrassa le général Petit et le drapeau, et monta dans sa voiture qui partit aussitôt.»

(« Relation du capitaine Thomas Ussher » in « Toute l’Histoire de Napoléon. La Déportation de Napoléon  à l’île d’Elbe », n°3-Avril 1952, Editions Académie Napoléon, pp.12-13). Ussher commandait la frégate l’Undaunted [l’Intrépide] qui conduisit l’Empereur de France à l’île d’Elbe. Il suivra Napoléon tout au long de son parcours vers cette destination.

Publié dans JOURS D'EPOPEE,TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 20 mars, 2019 )

« Mes amis, vous m’étouffez ».

20mars1815.jpg

20 mars 1815… Jour historique dans l’histoire de l’Épopée. Napoléon s’apprête à retrouver les Tuileries après son exil à l’île d’Elbe. Laissons parler le baron Guillaume Peyrusse qui le suivit: « 20 mars. Nous quittâmes Auxerre, la joie et l’enthousiasme régnaient dans la ville. Sa Majesté arriva dans la nuit à Fontainebleau. Après quelques heures de repos, Sa Majesté passa en revue dans la cour du palais un régiment de lanciers. Après l’arrivée de la Garde, l’Empereur, apprenant que le Roi avait quitté Paris et que la capitale était libre, se mit en route pour s’y rendre .Tous les villages que nous traversions témoignaient la plus vive joie ; une révolution sans exemple s’achevait sans le moindre désordre. Nous vîmes arriver autour de Sa Majesté tous les officiers généraux résidant à Paris ; une foule immense, plusieurs équipages à six chevaux vinrent au-devant de l’expédition. A neuf heures du soir, arrivé aux portes de Paris, l’Empereur rencontra l’armée qui devait commander le duc de Berry . Officiers, soldats, généraux, lanciers, cuirassiers, dragons, tous se pressèrent au-devant de l’Empereur. A son entrée aux Tuileries, Sa Majesté pouvait à peine traverser la foule des officiers qui l’entouraient ; elle fut obligée de leur dire, presque suffoquée par son émotion : « Mes amis, vous m’étouffez.  » La nuit, la Garde arriva et bivouaqua dans la cour du Carrousel. Dès le matin, le drapeau tricolore avait été arboré sur la tour de l’horloge des Tuileries. Ainsi s’est terminée, sans rencontrer un obstacle, sans brûler une amorce et sans effusion de sang, une entreprise qui, au lieu d’être jugée comme une imprudente témérité, doit compter parmi les calculs les plus sublimes de la vie de l’Empereur, et l’entourer de la plus haute gloire militaire qui ait jamais honoré un grand capitaine. La marche de Cannes à Paris est sans exemple dans l’histoire des nations.

C’est l’élan unanime d’un grand peuple courant au-devant de son libérateur.

Je versai tous mes fonds aux Tuileries et fis conduire à la Banque ceux que j’avais pris à Lyon. Sur toute la route l’armée n’avait eu besoin que de 19,000 Fr. »

(Baron Guillaume PEYRUSSE, «  Mémoires, 1809-1815. Edition présentée, complétée et annotée par Christophe Bourachot », Editions AKFG, 2018)

 

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 13 février, 2019 )

L’année 1814…

Steuben 1810.

1814.

Napoléon est rentré en France en novembre 1813 à la fin de la campagne d’Allemagne. Mais les forces coalisées, décidées d’en finir avec l’Empereur, approchent des frontières. La France est menacée. Voici une chronologie des principaux événements…

23 janvier. La Régence est confiée à l’impératrice Marie-Louise.

25 janvier. Napoléon quitte Paris. La veille, il a nommé son frère Joseph, lieutenant-général de l’Empire, puis embrassé sa femme et son fils. Il ne les reverra jamais…

27 janvier. Bataille de Saint-Dizier.

29 janvier. Bataille de Brienne.

31 janvier. Combat de Montier-en-Der.

1er février. Bataille de La Rothière.

2 février. Combat de Lesmont.

4 février. Ouverture du Congrès de Châtillon.

10 février. Bataille de Champaubert.

11 février. Batailles de Montmirail et de Nogent-sur-Seine.

12 février. Combat de Château-Thierry.

14 février. Bataille de Vauchamps.

17 février. Combat de Mormant.

18 février. Bataille de Montereau.

22 février. Combat de Méry-sur-Seine.

26 février. Combat de Bar-sur-Aube.

27 février. Bataille d’Orthez opposant le maréchal Soult à Wellington.

1er  mars. Traité de Chaumont. L’Angleterre, la Prusse, la Russie et l’Autriche signent entre elles un pacte afin de poursuivre leur lutte commune contre la France pendant vingt ans.

3 mars. Bataille de Soissons. Combat de Laubressel.

5 mars. Combat de Berry-au-Bac.

7 mars. Bataille de Craonne.

9 et 10 mars. Bataille de Laon.

12 mars. Bordeaux tombe aux mains des Anglais avec la complicité de J.-B. Lynch, maire de la ville et royaliste.

13 mars. Bataille de Reims.

17 mars. Fin du Congrès de Châtillon.

20 mars. Bataille de Limonest,  au nord-ouest de Lyon.

20 et 21 mars. Bataille d’Arcis-sur-Aube.

21 mars. Lyon est occupée par les Autrichiens.

25 mars.  Bataille de Fère-Champenoise.

26 mars. Bataille de Saint-Dizier.

27 mars. Combat de Claye-Souilly.

29 mars. L’impératrice Marie-Louise et son fils quittent Paris pour Blois.

30 mars. Joseph quitte la capitale Bataille de Paris.

31 mars. Capitulation de la ville. Entrée des Alliés.

1er avril. Le Sénat désigne un gouvernement provisoire.

3 avril. Cette assemblée prononce la déchéance de Napoléon.

6 avril. L’Empereur abdique.

10 avril. Le maréchal Soult affronte Wellington à Toulouse.

11 avril. Traité de Fontainebleau.

20 avril. Dans la cour du château de Fontainebleau, Napoléon fait ses adieux à sa Garde et prend la direction de l’île d’Elbe, son lieu d’exil.

24 avril. Louis XVIII débarque à Calais, venant d’Hartwell (Angleterre) et prend la route de Paris.

3 mai. Entrée de Louis XVIII à Paris.

4 mai. Napoléon débarque à Portoferraio, capitale de l’île d’Elbe.

30 mai. Traité de Paris entre la France et les puissances alliées. La France est ramenée à ses limites de 1792, avec quelques enclaves (Comtat Venaissin, Principauté de Montbéliard…)

4 juin. Adoption par Louis XVIII de la Charte Constitutionnelle.

1er novembre. Ouverture du Congrès de Vienne.

 

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 16 janvier, 2019 )

25 janvier 1814. Napoléon part pour l’armée…

napolonlegrand.jpg

Ce fut le 25 janvier 1814 [à 6 heures du matin] que Napoléon partit pour l’armée. Mais il avait, comme on le voit dans Mollien (« Mémoires »… », tome III, p.359) de tristes pressentiments, et ses adieux eurent, selon le mot du ministre [du Trésor public], une teinte lugubre. Le 23, au soir, lorsque l’Impératrice se fut retirée, il retint ses ministres pour leur communiquer ses dernières dispositions. Il rendit justice à leurs efforts, il leur recommanda la fermeté, il avoua qu’il ne disposait que de faibles moyens, et ses paroles avaient « la gravité de déclarations testamentaires. » Soudain, son regard tomba sur Talleyrand : « Je sais bien, s’écria-t-il, que je laisse à Paris d’autres ennemis que ceux que je vais combattre, et mon absence leur laissera le champ libre. » Personne ne pouvait se méprendre à cette allusion. Mais, avec son sang-froid coutumier, Talleyrand, comme s’il n’avait rien entendu, continua, dans un coin du cabinet, la conversation qu’il avait entamée avec le roi Joseph. Le 24, Mollien revit Napoléon. L’Empereur n’avait pas fait de réponse à plusieurs notes du ministre. Le Trésor public perdait chaque jour quelques une de ses communications avec les caisses des départements ; que faire si les Cosaques finissaient par intercepter celles qui restaient encore ? Mollien proposait des mesures qui pourraient obvier à la pénurie complète des ressources. « Mon cher, répliqua, Napoléon, si l’ennemi arrive aux portes de Paris, il n’y a plus d’Empire. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.23).
———-
Concernant l’heure du départ de Napoléon, j’ai lu dans « Napoléon au jour le jour », de MM. Tulard et Garros, 6 heures du matin. Henry Houssaye dans son admirable « 1814″ a écrit 4 heures du matin quant à l’historien Jean Thiry, il  indique 3 heures…

C.B.

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 14 janvier, 2019 )

La BATAILLE de RIVOLI, 14 JANVIER 1797…

« Les soldats de l’Armée d’Italie ont surpassé la rapidité, tant vantée, des légions de César. » (Général Bonaparte, lettre au Directoire).

Forces en présence : Armée française (commandée par le général en chef Bonaparte) : 22 000 hommes (composée de 18 000 fantassins et de 4000 cavaliers). 50 canons. Armée autrichienne (commandée par le feld-maréchal Alvinczy) : 28 000 hommes. 90 canons.

Pertes : Armée française : 2200 tués et blessés. Armée autrichienne : 4000 tués et blessés.

La BATAILLE de RIVOLI, 14 JANVIER 1797... dans JOURS D'EPOPEE RivoliLe général Bonaparte, fort des succès remportés précédemment par son armée, notamment à Arcole (15-17 novembre 1796) maintient ses positions et renforce le siège de la ville de Mantoue, qui a débuté le 15 juillet 1796. Les forces autrichiennes sont très affaiblies et sentent le conflit leur échapper. Le feld-maréchal Alvinczy est expédié en Italie afin de secourir le général Würmser en mauvaise posture. Les premiers affrontements surviennent le 13 janvier 1797. Le général Joubert attaqué de toutes parts, se replie sur le plateau de Rivoli. Il y est rejoint par les généraux Bonaparte et Rey. Alvinczy sait qu’il a l’avantage du nombre et que les troupes françaises sont des plus démoralisées. Il attend donc le lendemain afin de déclencher l’attaque générale. Il commet néanmoins une erreur qui lui sera fatale : il a laissé le temps au général Masséna de revenir de Vérone. Ce dernier accomplira l’exploit de parcourir 148 kilomètres en seulement deux jours ! Le 14 janvier 1797, à 7 heures du matin, les Autrichiens attaquent les premiers ; les Français doivent se replier. Bientôt le corps du général Joubert est à cour de munitions. L’armée autrichienne encercle les Français sur le versant de Rivoli. C’est l’arrivée du général Masséna et de son armée qui va inverser d’une façon inattendue la situation. Partout la contre-attaque s’organise. C’est au tour de l’armée ennemie de se replier sous les tirs croisés de l’armée de Masséna. Vers 18 heures, l’armée autrichienne est écrasée. Mais le général Bonaparte a une priorité : secourir le général Sérurier qui soutient toujours le siège de Mantoue avec des effectifs en sous-nombre, nombreux sont ceux qui ont été intégrés au corps du général Masséna pour porter secours à Joubert. Bonaparte prend donc la direction de Mantoue, laissant aux généraux Joubert et Rey 15 000 hommes pour consolider la victoire. Le 16 janvier 1797, après la bataille de La Favorite,  l’autrichien Würmser sera obligé de capituler le 2 février 1797 et de livrer Mantoue aux Français.

Témoignage : « Vers 10 heures du matin, les deux divisions françaises se trouvaient au centre d’un grand cercle formé par les ennemis établis sur les hauteurs environnantes. Les Autrichiens, croyant leur mouvement réussi, firent une salve général de leur artillerie. Nous étions dans l’étonnement, seul le général Bonaparte ne semblait nullement surpris. Il ordonna aussitôt une double attaque. La division Joubert retournerait vers la position de La Corona qu’elle avait dû évacuer la veille, tandis que deux bataillons de la 21ème [demi-brigade] et de la 75ème [demi-brigade] conduits par le général Masséna en personne s’avanceraient vers le centre des ennemis en appuyant la gauche du général Joubert. Les autres bataillons de la division Masséna marchaient sur la position de la Sega que les autrichiens avaient occupée pour couper nos communications ? La division Joubert reprit immédiatement l’offensive et l’attaque devint générale. En même temps, le général Berthier, chef d’état-major général, faisait établir sur le plateau de Rivoli une forte batterie de 12 soutenue par les autres armes afin d’empêcher la colonne de cavalerie et d’artillerie autrichienne de déboucher. A seule route praticable pour ces deux armes, quand on vient de La Corona, était celle qui suit le défilé de l’Adige par Incalane. La cavalerie et l’artillerie ennemie s’y étaient enfournées. Elles tentèrent vainement de déboucher du défilé où elles étaient entassées et tous les efforts qu’elles firent pour ne sortir furent vains. Ces troupes restèrent paralysées pendant toute l’action. C’était de la part du général en chef [Bonaparte] un trait de génie. Au signal donné, tous les corps français se portèrent en avant. La 32ème [demi-brigade]  eut l’honneur d’aborder la première l’ennemi. Elle le culbuta, prit des drapeaux, fit beaucoup de prisonniers et se couvrit de gloire. » (François Vigo-Roussillon, « Journal de campagne (1793-1837) », France-Empire, 1981, pp.44-45). L’auteur était alors sergent dans les rangs de la 32ème demi-brigade d’infanterie.

C.B.

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 31 décembre, 2018 )

A voir, à revoir….

Le film « Waterloo » (1970) de S. Bondarchuk. Il se laisse regarder malgré plusieurs incohérences historiques…

Ce film est visionnable ici dans une version intégrale doublée en  français.

Image de prévisualisation YouTube

Waterloo

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 21 décembre, 2018 )

20 mars 1815, 9 heures du soir: arrivée triomphale de l’Empereur aux Tuileries, après son débarquement sur les côtes de France !

20 mars 1815, 9 heures du soir: arrivée triomphale de l'Empereur aux Tuileries, après son débarquement sur les côtes de France ! dans JOURS D'EPOPEE 11020091

« Neuf heures venaient de sonner au pavillon de l’Horloge ; je me promenais et causais avec mes camarades le long du château. Tout à coup des voitures très simples et sans aucune escorte se présentent au guichet du bord de l’eau et l’on annonce l’Empereur. Décrire ce moment n’est pas en mon pouvoir, il est impossible que des mots puissent le faire.  La grille est ouverte, les voitures entrent ; nous nous précipitons tous autour d’elles et nous en voyons descendre Napoléon. Oh ! Alors, toutes les têtes sont en délire : on se jette sur lui en désordre, on l’entoure, on le presse, on l’étouffe presque, et on finit, malgré tout ce que peuvent dire et faire les généraux qui l’accompagnent, par l’emporter dans ses appartements. (Capitaine Léon-Michel Routier, « Récits d’un soldat de la République et de l’Empire, 1792-1830 », Editions du Grenadier, 2001, p.154).

« Toute la partie du côté du Pavillon de Flore près duquel est l’entrée ordinaire du Palais [des Tuileries], était remplie d’une masse si compacte de généraux, d’officiers, de gardes-nationaux et d’une grande quantité de personnes de distinction, qu’il me fut impossible de faire avancer la voiture jusqu’au perron. L’Empereur, voyant qu’il ne pouvait aller plus loin, descendit au milieu de la foule immense qui se pressait autour de lui et, dès qu’il eut mis pied à terre, on s’empara de lui et on le porta, pour ainsi dire, jusque dans ses appartements, sans que ses pieds puissent toucher les degrés de l’escalier. Il était neuf heures environ ». (Mamelouck Ali, « Souvenirs sur Napoléon… », Arléa, 1999, p.107).

« Les salles du palais [celui des Tuileries] semblaient métamorphosées en un champ de bataille, où des amis, des frères échappés inopinément à la mort se retrouvent et s’embrassent après la victoire », écrit Fleury de Chaboulon dans ses « Mémoires » (tome I, p.204).

 

Publié dans JOURS D'EPOPEE,TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
1234
« Page Précédente  Page Suivante »
|