( 27 mai, 2017 )

Le général Tindal (1773-1834)

Tindal

Ralph-Dundas Tindal, général hollandais au service de la France, expose dans la première de ces deux lettres qu’il veut être le fidèle sujet de Louis XVIII, puis dans la seconde que son roi, le nouveau souverain des Pays-Bas, le rappelle ; il revint, en effet, dans sa patrie, et en 1815, il était inspecteur général de l’infanterie et chargé de l’administration de la guerre dans les départements méridionaux, c’est-à-dire en Belgique; au lendemain de Waterloo, il s’entretint à Bruxelles avec Lobau, Compans, Cambronne prisonniers, ses anciens camarades.

Arthur CHUQUET.

1. Lettre du général Tindal à Louis XVIII.

Paris, 22 avril 1814.

Sire, lorsque la Hollande, ma patrie, a été réunie à la France, je commandais le régiment de grenadiers de la Garde hollandaise ; ce corps est devenu le 3ème régiment de grenadiers de la Garde Impériale. Au commencement de 1812 [le 2 janvier 1812. Note de Chuquet], j’ai été nommé général de brigade , baron de l’Empire, avec une dotation de six mille francs et j’ai conservé le grade de major de la Garde, commandant le même régiment ; j’ai fait en cette double qualité la campagne de Russie [On sait combien son régiment y souffrit, surtout à Krasnoïé ; le 17 novembre 1812 ; a dit Castellane, le 3ème régiment de la Garde, « composé de Hollandais vêtu de blanc, réduit à 300 hommes, attaque un village sur la droite et y perd la moitié de son monde ». Note de Chuquet]

Le régiment royal ayant été dissous, par décret du 15 février 1813, j’ai été nommé adjudant général de l’arme des chasseurs et officier de la Légion d’honneur. J’ai fait la campagne de 1813. Ayant été blessé très grièvement sous les murs de Dresde le 26 août 1813, j’ai été élevé au grade de général de division par décret du 7 septembre 1813 et Sa Majesté m’a autorisé à rentrer en France pour me faire guérir de mes blessures et y jouir du traitement de général de division commandant une division territoriale ; ma guérison est avancée à ce point que je pourrai bientôt reprendre le service actif.

J’ai servi fidèlement et avec dévouement en France comme en Hollande. Délié de mes serments envers l’empereur Napoléon, je me suis empressé à donner mon adhésion aux actes du Sénat qui rappellent Votre Majesté sur le trône de France. J’ai vingt-neuf ans de service; j’ai fait onze campagnes dans lesquelles j’ai été blessé quatre fois très grièvement. Je suis père de neuf enfants, et toute ma fortune consiste dans mon grade et ma dotation.

Désirant rester en France, je prie Votre Majesté de me maintenir en activité de service. Votre majesté trouvera en moi un fidèle sujet, toujours prêt à verser son sang pour sa défense et celle de la patrie.

2. Le général Tindal au  général Dupont, ministre de la Guerre.

Paris, 25 mai 1814.

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous écrire pour vous dire que je désirais rester en France et vous prier de proposer à Sa Majesté de me maintenir en activité de service comme lieutenant général. L’avancement que j’ai obtenu en France, les témoignages de bienveillance que j’ai reçus de la part de messieurs les maréchaux sous les ordres desquels j’ai servi, l’affection particulière que vous m’avez bien voulu montrer, me faisaient désirer de rester dans un pays où j’ai été si bien traité. Je n’avais écouté que les premiers mouvements de reconnaissance. Mais le nouveau souverain de ma patrie m’ayant fait dire qu’il me donnerait du service, je crois devoir m’empresser de rentrer dans ma patrie. Je prie conséquemment Votre Excellence de proposer à Sa Majesté le Roi d’accepter ma démission du grade de lieutenant général et de me permettre de rentrer en Hollande.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.369-371)

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( 25 mai, 2017 )

Une lettre d’Eugène de Beauharnais…

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Voici une belle lettre d’Eugène de Beauharnais à Napoléon. Alors que l’Empereur est en exil à l’île d’Elbe, et que nombreux sont ceux qui ont oublié ses bienfaits, le fils de Joséphine  témoigne de sa fidélité et de son affection. Dans quelques jours, Eugène sera frappé par la disparition brutale de sa mère…

C.B.

Sire,

J’ai enfin l’occasion de faire arriver ma voix jusqu’à vous, et je la saisis avec empressement. Je ne veux pourtant pas parler à Votre Majesté de ma douleur, je me flatte que son âme vit dans la mienne, et elle comprendra tout ce que j’ai éprouvé à la nouvelle des malheurs de tout genre dont elle est frappée. Je suis venu il y a 15 jours à Paris pour voir ma mère et sœur, assurer leur tranquillité future, faire acte de français pour moi-même et prouver que je ne renonçais pas volontairement à ce titre. Je compte repartir dans très peu de jours à Munich où j’ai laissé ma femme et mes enfants. Là, j’attendrai paisiblement le sort qu’il plaira aux puissances alliées de m’assigner aux termes du traité du 11 avril [celui de Fontainebleau].

Ma nombreuse famille me fait un devoir d’accepter ce sort, quel  qu’il soit, puis je croirai toujours me conformer aux volontés de Votre Majesté, puisque c’est avec elle que le traité du 11 avril a été conclu.

Sire, prenez soin de votre santé, conservez-moi, je vous prie, votre souvenir et vos bontés. En quelque lieu que je sois, Votre Majesté doit en être sûre, si elle rend justice à mes sentiments, elle aura toujours sn moi le fils le plus respectueux, l’ami le plus tendre et le plus reconnaissant.

J’ai l’honneur d’être,

Sire,

de Votre Majesté,

Le très respectueux et bien affectionné fils.

Le Prince EUGÈNE

 

Malmaison, le 25 mai 1814.

 

(Lettre se trouvant en annexe du livre intitulé : « Marie-Louise et Napoléon, 1813-1814. Lettres inédites… Réunies et commentées par C.F. Palmstierna », Librairie Stock, s.d. [1955],p.289)

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( 23 mai, 2017 )

Napoléon de Glogau à Haynau. Lettre du sous-lieutenant Baistrocchi.

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Voici une lettre du sous-lieutenant Baistrocchi qui escorta Napoléon. Nous l’avons traduit de l’italien ; elle a paru dans la « Revue Napoléonienne » d’avril-septembre 1903 (pp.301-304). On saura désormais que l’Empereur, après avoir quitté Glogau le 12 décembre 1812 à onze heures un quart du soir, est arrivé à Polkwitz le 13 décembre, à minuit et demi, qu’il est parti de Polkwitz à une heure un quart et arrivé à Haynau à cinq heures du matin. La course était précipitée, et, sur une route mauvaise et couverte de neige, elle a épuisé, crevé les chevaux. Le froid d’ailleurs semble avoir été cette nuit-là aussi intense en Prusse et en Saxe qu’en Russie Presque tous les hommes de l’escorte- des Italiens, gardes d’honneur et dragons de la Garde- ont eu un membre gelé. Un seul, le maréchal des logis de dragons, Paul Pezzina, a pu continuer la route ; au sortir de Haynau, il était assis derrière, le traîneau impérial, comme l’avait ordonné Napoléon, et il alla ainsi jusqu’à Dresde ; mais il perdit la jambe droite et quatre doigts du pied gauche. 

Arthur CHUQUET 

Baistrocchi, sous-lieutenant, commandant le détachement des gardes royales d’honneur et du régiment de dragons de la Garde à M. le chevalier major Palombini, commandant la colonne de marche du 2ème convoi. 

Glogau, le 16 décembre 1812. 

Rapport. Ayant eu le grand honneur d’escorter, la nuit du 12, notre très auguste Empereur, avec lesdits détachements et conformément à ses ordres, nous sommes partis à onze heures un quart et nous sommes arrivés à Polkwitz (distant de six lieues de Glogau) en l’espace de cinq quarts d’heure. A peine arrivé dans cette ville, je reçus l’ordre de S.E. le duc de Vicence [Général de Caulaincourt] de faire descendre le maréchal des logis le plus ancien qui se placerait en armes derrière le traîneau de S.M. (je choisis à cet effet le maréchal des logis Pezzina)  et de suivre avec le détachement jusqu’à nouvel ordre.  A une heure un quart très exactement nous sommes partis et à cinq heures juste, nous sommes arrivés à Haynau, distant de huit autres lieues de Polkwitz. Une marche aussi précipitée, de nuit, par des routes si mauvaises, avec deux pieds de neige, nous a fait perdre beaucoup d’effets, dont je vous joins un état par détachement, et j’eus, en outre, la mauvaise fortune que beaucoup d’hommes ont perdu, qui les mains, qui les pieds, et qui les oreilles, à cause de l’excessive rigueur du froid qui, cette nuit-là, s’éleva à 18 degrés [lire – 18°]. Je vous en envoie aussi l’état. Ces hommes, sauf un pour qui l’on a employé de prompts remèdes, sont tous entrés à l’hôpital.  Deux chevaux de la Garde d’honneur sont à toute extrémité et je ne sais si je pourrais les sauver. J’eus moi-même le malheur de perdre mon meilleur cheval qui me tomba mort dans un bois, à deux lieues environ de Haynau. Cet accident m’obligea de prendre le cheval du maréchal des logis Pezzina, qui était conduit à la main, et de le monter. La majeure partie des gardes s’est perdue dans les bois, leurs chevaux, ne pouvant aller plus loin. Parmi les hommes le plus dangereusement malades se trouvent le garde Sieppi auquel on craint de devoir couper les doigts et le garde Focaccia qui devra subir l’amputation d’une oreille. J’ai dû laisser à Haynau le dragon Silveri 1er, qui a perdu par la gelée les deux mains et les deux pieds. Je vous ferai connaître, par la suite, l’état des autres ; mais je crains tous côtés en ville, et les malades ont dû être abandonnés en ville, faute de moyens de transport. N’ayant reçu aucun ordre ni destination de la part  de Votre Majesté Impériale et Royale, j’ai pensé devoir  prendre ceux du roi de Naples [Maréchal Murat] et rester près de lui comme il me l’a ordonné, jusqu’à ce que je reçoive les ordres de Votre Majesté que je la supplie de vouloir me donner. 

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( 21 mai, 2017 )

Campagne de Russie. Lettre d’un grognard parisien.

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Voici la lettre d’un sous-officier, blessé à la bataille de la Moskowa, qui présente cette particularité qu’elle a été écrite, faute d’encre, avec de la  poudre à canon. La poudre des cartouches devait être également utilisé au cours de cette terrible campagne, pour saler les bouillies et les morceaux de cheval, de même que l’étoupe dont on garnissait les caissons et  délivrée par l’artillerie devait servir aux pansements. L’auteur, Antoine-Henry-Félix Bauve, est né à Paris le 12 mars 1785. Il apprenait le métier d’horloger chez son père Gilles Bauve, lorsqu’il fut enlevé à sa famille par la conscription de l’an XIV  et incorporé au 9ème régiment d’infanterie, le 15 frimaire (6 décembre 1805).

Nommé  caporal le 1er janvier 1807 et fourrier le 30 octobre, sergent-major le 9 juillet 1809, il est adjudant sous-officier depuis le 28 février 1812.

Il a fait les campagnes des années 1809, en Italie et en Allemagne et en 1810, au Tyrol.

Georges MAUGUIN (« Revue des Etudes Napoléonienne », janvier-juin 1935).

—————————-

Russie, Ghjatsk, le 30 septembre 1812.

Chers papa et maman,

Les communications sont si difficiles et les postes ne pouvant être bien servies dans ce pays, je vous écris plus promptement que je ne l’aurais fait, c’est dans la crainte où je suis que vous n’ayez reçu ma lettre datée du 10 présent mois.

Par cette lette, je vous faisais savoir qu’à la bataille donnée le 7 [septembre 1812] j’avais été blessé d’un coup de feu, qu’une ballez m’était entrée au-dessous de l’épaule droite, était sortie au milieu et au-dessus de la gauche et que par un bonheur presque inouï cette blessure quoique forte n’était nullement dangereuse puisqu’elle ne m’avait attaqué aucune partie et que mes 4 membre étaient du reste très bien portants. Maintenant mes plaies sont dans le plus bel état, celle de l’épaule gauche est bientôt fermée et sans l’évacuation forcée que nous avons fait, puisque nous somme à 45 lieues en arrière de Moscou, je serais bien près de ma guérison.

Je bous donnais aussi avis que Tenins m’avait, dans l’état d’abattement et de dénuement où j’étais, fait prendre 60 francs, dont je lui ai fait un bon pour Madame sa mère et que je vous prie de lui acquitter. Il y a quatre mois que nous n’avion reçu un centimes de paye. Ce cher ami m’a dans cette circonstance  rendu je crois la vie.

Le chagrin où j’étais de  la perte de ma gargagnace [sic] qui venait de m’être volée au moment où on me pansait à l’ambulance et qui contenait ce que depuis un mois je me forçais de mettre en réserve dans le as où je viendrais à être blessé, savoir : une petite bouteille de rhum, une chemise, des mouchoirs, des cravates  et du biscuit qui venait encore de la Silésie et une gourde pleine d’eau-de-vie, toutes ces choses m’eussent été du plus grand secours, puisque nous avons été 2 jours sans secours et sans vivres et nous pansant nous-mêmes les uns aux autres, nous avons tant bien que mal fait équiper par nos domestiques trois petites voitures et, en volant des chevaux à droite et à gauche, nous avons formé une petite caravane pour nous sauver de ce séjour d’horreur, où à chaque instant nous risquions à périr dans les flammes. Nous avons par un très grand bonheur rencontré une honnête cantinière qui nous a bien voulu vendre du pain dont on n’avait pas voulu ailleurs, et moi, comme le moins riche, j’en pris un du poids de 3 livres qui me coûta 12 francs et un verre d’eau-de-vie pour mes plaies, 6 francs.

Nous avons, après trois jours de marche très pénible, puis que je ne pouvais que très peu supporter la voiture, gagner la ville d’où je vous écris et où nous y avons trouvé notre colonel, deux chefs de bataillon et tous les autres officiers du régiment qui étaient blessés et formaient un total de 39.

La fortune nous ne veut toujours. Il y a deux jours qu’un incendie  qui dura 24 heures consuma 6 ou 8 maisons, tout ce que le hasard avait pu sauver lors du premier feu de cette ville. Nous avons été quitte pour chercher fortune au milieu des champs et le lendemain nous sommes revenus habiter une bicoque près la maison du colonel qui avait été épargnée par sa bonne construction qui n’est pas de bois comme toutes celles de ce pays. Nous espérions aussi aller à  Moscou en convalescences. Pas du tout. Cette immense cité aussi grande que Paris est aussi flambée. Je ne conçois rien au système des Ruses, car ce sont eux qui mettraient le feu à leurs villes et villages. Nous avions l’espérance que cet hiver les habitants reviendraient et que nous pourrions y trouver quelques ressources, mais cette dernière circonstance empêche que 20.000 âmes puissent y trouver le moindre asile.

Écrivez-moi toujours au régiment et comme adjudant sous-officier pour que les ports de lettre ne vous coûtent pas comme officier 3 ou 4 francs. Je ne vous ai pas dit dans quelle compagnie j’étais. C’est dans la 3ème du 4ème bataillon. L’ami Legroux a été amputé du bras droit et il va très bien et sera guéri avant ceux qui ont des blessures légères. Il est proposé pour la croix. Ne dites rien de tout cela à sa mère si vous la voyez. Je dois lui écrire demain pour lui. Bartaumine, Baudin et tous ceux qui sont venus à la maison pour m’y voir, ont été blessés, masi légèrement.

Je présente mes respects à ma chère Tante. Embrassez-la comme je vous embrsse tous deux mille fois de cœur et croyez-moi pour la vie, Votre fils.

BAUVE.

Ecrivez-moi, je vous prie. Ayez pitié d’un pauvre diable.

Ecrivez à M. B [Bauve], adjudant sous-officier au 4ème bataillon du 9ème  régiment de ligne, 4ème corps de la Grande Armée en Russie.

( 19 mai, 2017 )

Les Prussiens en Picardie (1814).

Prussiens.

Le général d’Aigremont, général de brigade depuis le 10 avril 1813, commanda le département de la Somme du 18 décembre 1813 au 3 avril 1815. Napoléon le renvoya. « Vous devez, écrivait l’Empereur à Davout, faire remplacer le général d’Aigremont qui est à Amiens et qui doit y avoir été mis par le Roi. Vous enverrez à sa place un bon général ». La lettre de d’Aigremont au ministre [de la Guerre] Dupont, son ancien général, est, en tout cas un utile document sur l’occupation étrangère en 1814; elle ne porte pas de date, mais elle a été écrite sans doute le 1er juin 1814.

 Arthur CHUQUET.

Mon général, nous voilà enfin délivrés de nos libérateurs ! Dieu soit loué ! Ces messieurs sont partis ce matin. Je ne sais pas ce qu’ils peuvent emporter ; mais ils ont requis toutes les voitures du département. Il était bien temps qu’ils nous quittassent, car véritablement les bons Picards ne pouvaient plus y tenir, et les vexations exercées par eux dans les campagnes exaspéraient les habitants. Il y avait plus d’ordre dans les villes; mais ils étaient cependant fort exigeants pour des amis.

J’ai été constamment sur le qui-vive pour empêcher ou arrêter des rixes fréquentes entre eux et nos troupes de passage, et il y a eu quelques coups de sabre donnés de part et d’autre. Nos soldats, étant plus adroits, ont presque toujours eu l’avantage. Il y a eu quelques coups de sabre de donnés de part et d’autre. Nos soldats, étant plus adroits, ont presque toujours eu l’avantage. Il y a eu quelques querelles avec les officiers; mais cela s’est arrangé à l’amiable.

M. le général Zieten qui commandait ce corps d’armée m’a écrit une fort belle lettre de remerciements pour me témoigner sa reconnaissance des soins que j’avais pris pour conserver la bonne intelligence entre ses troupes et les nôtres, et je dois lui rendre la justice de dire qu’il y a mis de son côté beaucoup de calme et de modération.

J’espère, mon général, que vous n’oublierez pas dans la nouvelle organisation, votre protégé que vous avez fait chef d’escadron en l’an IX sur le Mincio et que je ne perdrai pas le fruit de vingt campagnes que je crois avoir faites honorablement. Si le commandement de ce département n’est pas supprimé, je serais fort aise de le conserver. Si cependant Votre Excellence pouvait m’employer à Paris, cela conviendrait mieux à mes intérêts; mais il n’est pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe.

Je vous demande la continuation de l’intérêt que votre Excellence m’a constamment témoigné et que je crois mériter par le sincère attachement que j’ai toujours conservé pour elle dans l’adversité comme dans la prospérité.

J’ai l’honneur d’être, mon général, de Votre Excellence le très humble et dévoué serviteur.

D’AIGREMONT.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.203-204).

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( 18 mai, 2017 )

Une lettre d’Alphonse Margarita, directeur durant la campagne de Russie.

Une lettre d’Alphonse Margarita, directeur durant la campagne de Russie.  dans TEMOIGNAGES hommeempire-227x300 Cette dernière est adressée à son épouse, à Saint-Cloud. 

Smolensk, le 11 novembre 1812. 

Je suis arrivé à Smolensk, hier dans l’après-midi en bonne santé, cependant bien fatigué, car jamais fatigue ne fut plus grande que celle que j’ai éprouvée.  Une neige rendant par la gelée, le chemin dangereux, j’ai préféré faire 12 lieues [48 kilomètres…] à pied que d’aller à cheval, car j’aurais pu tomber souvent, mon cheval n’étant pas ferré à glace.Maintenant qu’il est ferré à crampons, j’enfourche le cheval sans courir aucun risque.

Je pense que nous partirons après-demain pour prendre la route de Vilna, à ce que je crois. Je me porte fort bien et suis dans le cas d’endurer toutes les fatigues imaginables ; telles grandes qu’elles soient d’ici à Vilna, elles ne peuvent l’être davantage que celles que j’ai essuyées ; au surplus, je suis fort content de moi.

Le courage ne me manque point.  Voilà plusieurs fois que je parle à l’Empereur, je ne suis plus timide et embarrassé comme la première fois.

Je trouve même qu’il est très facile de s’expliquer avec lui, surtout quand on répond juste. 

Ton fidèle, Alphonse. 

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