( 29 mai, 2022 )

Le 29 mai 1814 s’éteignait l’impératrice Joséphine…

Josephine

Voici comment le comte Anglès, déjà cité dans « L’Estafette », raconte cet événement. Si Joséphine trouve grâce à ses yeux, il n’épargne pas l’Empereur, en bon fonctionnaire royaliste qu’il est…

C.B.

Rapport du 31 mai 1814. La mort de Madame de Beauharnais a excité généralement des regrets. Cette femme était née avec de la douceur et quelque chose d’élégant et d’aimable dans les manières et dans l’esprit; elle n’était pas sans instruction et sans quelques goût des beaux-arts. Malheureuse à l’excès, durant le règne de son mari, elle s’était réfugiée contre sa brutalité et ses dédains dans la culture de la botanique et avait été assez loin dans cette science aimable. Depuis sa retraite, elle avait fait de la Malmaison un séjour enchanteur riche de trésors de plus d’un genre. Le public était instruit des combats qu’elle livrait pour arracher des victimes à Bonaparte et lui avait su gré d’avoir embrasé ses genoux pour sauver le duc d’Enghien ; seule, au milieu de ces corses fastueux, elle parlait la langue des Français et devinait leur cœur. La bonne compagnie lui donna des regrets ; le peuple, qui ne veut pas permettre aux personnages un peu fameux de mourir de leur mort naturelle, veut qu’elle ait été empoisonnée. La vérité est que, mal disposée, mercredi dernier, lorsque que l’empereur de Russie l’honora de sa visite, elle fit des efforts pour accompagner ce prince dans ses jardins et qu’elle y gagna un refroidissement dont elle a été, dit-on, si maltraitée, qu’elle a succombé après quatre jours de maladie.

Son fils, le prince Eugène, n’a point fait imprimer de billets de part [des faire-parts], mais il en a envoyé, à la main, de forts modestes où il a éludé la difficulté de donner des titres à sa mère. Il s’est retiré avec sa cœur dans la terre de Saint-Leu, qui appartient à cette dernière .

 

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.20-21).

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( 27 mai, 2022 )

Une lettre du général Mouton…

Une lettre du général Mouton... dans TEMOIGNAGES general-mouton

Elle est adressée à sa femme Félicité, qu’il surnomme affectueusement « Cité ». Le général Mouton, comte de Lobau, remplace le 1er juillet 1813, le maréchal Soult (envoyé en Espagne) à la tête de la Garde. Après l’échec du général Vandamme à Kulm le 30 août 1813, Napoléon le nomme à la tête du 1er  corps d’armée (le 3 septembre). Il sera fait prisonnier en novembre 1813, et expédié en Hongrie. Le général Mouton ne retrouvera la France qu’en juin 1814.

C.B.

 Dresde, le 16 août 1813.

Je me trompe c’est Bautzen.

Ma chère Cité, nous sommes, comme tu le vois , de nouveau en mouvement. Les négociateurs de Prague ne se sont point entendus.

Notre départ de Dresde a eu lieu hier et les hostilités peuvent recommencer dès demain, mais il est probable qu’on ne se battra pas de sitôt.

J’ai toujours plus de besogne, je l’attaque avec ardeur et tâcherai de m’en tirer. Dans la nuit dernière, nous nous sommes trouvés dans un chemin affreux et nous avons passé toute la nuit sur la route qui était tellement mauvaise que notre méchante calèche a été versée. Un des gens qui était sur le siège s’est démis l’épaule ; c’est toujours aux pauvres qu’arrive la besace.

Bautzen, qui était fort jolie, est horriblement foulée. Je plains maintenant davantage les habitants chez lesquels ont fait la guerre que ceux qui sont appelés à la faire.

Je suis toujours d’avais qu’avec des moyens aussi considérables de part et d’autre, celle-ci ne peut plus être de longue durée. Il semble d’ailleurs constant que les autrichiens ne seront pas des nôtres ; la gloire sera plus grande et le Dieu de la France fécondera notre courage et notre effort.

Le roi de Naples [Murat] nous est arrivé, sa présence a produit un bon effet. Il sera bien nécessaire à la conduite d’une partie de notre immense cavalerie, qui pourrait de grandes choses avec un peu plus d’expérience.

Tout chez moi se porte bien. L’Empereur va à merveille. Je t’aime comme à tes premières couches et c’est plus que le premier jour de notre mariage ; une des choses qui me fait le plus aimer Louise [sa fille], c’est qu’elle me vient de toi.

Bonjour ma chère enfant. Adieu, je t’embrasse souvent sans égard à la distance.

LOBAU

Je connaissais la mort du duc d’Abrantès [général Junot, mort le 29 juillet 1813]. C’est bien le cas de la dire, pauvre espèce humaine.

(« Lettres d’un Lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815) [Publiée et annotée par Emmanuel de Waresquiel], Éditions Nouveau Monde, 2005, pp.155-156).

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( 26 mai, 2022 )

Témoignage de Benjamin Constant sur la période allant de mars à août 1815…

B. Constant

Voici un extrait du « Journal intime »  de Benjamin  Constant. Après le retour de l’Empereur de son île d’Elbe, il participera à la rédaction de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire; de royaliste il est devenu bonapartiste. « Grande nouvelle ! Bonaparte revient. La débâcle est affreuse. Ma vie est en danger. Vogue la galère, s’il faut périr, périssons bien Quels lâches que ces royalistes si purs qui pensaient me présenter comme un ennemi de ce gouvernement ! Ils tremblent et je suis le seul qui ose écrire et proposer de se défendre. Nous en saurons plus long demain soir. Les nouvelles grossissent, mais tout est encore obscur, sauf la conviction de tout le monde que tout est perdu. Je persiste à croire qu’on pouvait tout sauver, mais le temps se perd. Mme de Staël est partie. Conférence interminable avec Laîné sans rien conclure. C’est désolant, mais, je le répète, tout est perdu par ce seul fait que chacun le dit. Fouché, Sébastiani et les bonapartistes m’adorent. Dîné avec Montlosier. Je retourne chez Laîné. Les nouvelles sont affreuses. Je fais une proposition. Si elle réussit, je risque volontiers ma vie pour repousser le tyran. On essaie de mille choses pour organiser la résistance, mais- tout faiblit dans la main.

Séance des députés. Quelle faiblesse et quelle misère dîner chez Raynouard. Les bonapartistes continuent à me faire des avances néanmoins ma tête est en danger et j’ai la bêtise de penser à elle. Il y a une séance royale touchante, mais les nouvelles sont mauvaises. On fait des projets qu’on abandonne. Le danger augmente. Dîné chez Mme de Coigny avec Mme de Grammont. On remet tout au lendemain et Il est à Auxerre. Je fais un article pour les Débats qui est ma condamnation. Si l’on me prend, peu importe! C’est le moment de me souvenir que la vie est ennuyeuse. L’ineptie continue à tout diriger. Dans trois jours une bataille ou une déroute finira tout. Mon article a paru bien mal à propos car on ne songe plus où se battre, tant la débâcle est complète. Le roi est parti. Bouleversement et poltronnerie universelle. Je songe aussi à partir, mais on est est sans chevaux et je suis forcé de me borner à me mettre en retraite. Après une journée d’inquiétude, je peux enfin quitter Paris et, voyageant toute la nuit sans m’arrêter, j’arrive à Angers. Mais là je me trouve en face de nouvelles inquiétantes de la Vendée; je me décide à rebrousser chemin et retourne sans arrêt jusqu’à Sèvres pour rentrer le soir à Paris. Le lendemain je vais chez Sébastiani et Fouché. Tous deux me rassurent, bien que je ne m’y fie qu’à moitié. Vu Mme de C. de Vaudemont. Mon retour étonne beaucoup. Les choses sont aussi rétablies que si rien n’avait changé. Sébastiani me garantit la sécurité. Dîné chez Allard. Visite à Joseph. Il me donne de bonnes espérances dans mon sens. Y aurait-il réellement des chances de liberté? Je fais un mémoire pour la paix. On m’assure que les intentions sont libérales. On parle de me nommer au Conseil d’État. Bah! Acceptons. La pratique restera despotique, n’importe! Sébastiani a des doutes maintenant. Singulier sort que le mien !

Dîné chez Mme Gay. Je demande un passeport. C’est plus sur que des promesses vagues. Je commence un nouvel ouvrage politique. Si je peux aller assez vite il fera son effet, mais il faudra être fixé ici. Un article que j’ai remis à Joseph a paru dans le Journal de Paris. Il est excellent et fera de l’effet. Si on me devine. Ce qui est sûr, on en dira de belles. Dîné chez lord Kinnaird, avec Fouché et Bassano, qui me témoignent les meilleures dispositions. Ma position me pèse. Je ferai demain une tentative décisive. Je dîne chez Fouché. Je suis bien attaqué et j’avoue que je le mérite assez. Je partirai et un séjour en Allemagne effacera tout. Vu Sébastiani, Rovigo, Fouché. De nouveaux décrets paraissent. Il n’y a plus rien à espérer, et à Dieu ne plaise que je me mêle parmi de telles choses. Dîné chez Pontécoulant, tout le monde est indigné. Je suis décidé à partir. Je dîne chez Mme Récamier avec beaucoup de calme. Et c’est elle cependant qui a a mis durant sept mois toutes les douleurs et toutes les folies dans ma vie! J’ai beaucoup travaillé, mais je sens que mon ouvrage est un nouvel exil. Lettre de désapprobation de Lafayette et de Mme de Staël. Ils ont raison, imprimons et partons. J’ai bien avancé, le sujet est hardi. Dîné chez Sébastiani. L’Empereur me fixe une entrevue. Que sera-ce ?  Je l’ai vu, il m’a fort bien accueilli et chargé après une longue conversation de rédiger un projet de constitution. C’est un homme étonnant, je dois en convenir. Tout sera fait demain, mais cela me fera-t-il arriver enfin, et dois-je le désirer ? L’avenir est bien sombre. La volonté de Dieu soit faite. Mon projet de constitution n’a pas eu de succès, car ce n’est pas précisément de la liberté qu’on veut. Je ferai encore demain une démarche définitive en modifiant mon travail, mais pas dans le sens qu’il me demande, car il me déplaît. J’ai bien travaillé. C’est assez bien arrangé. Je le porterai demain. On parle de ma nomination J’ai eu une entrevue de deux heures. Mon projet modifié a mieux réussi. Je le représenterai demain. Mes conférences sont dans la Gazette. L’opinion me blâme assez, mais je crois faire du bien, et je veux sortir enfin de ma position. L’empereur m’accorde une longue entrevue, beaucoup de mes idées constitutionnelles sont adoptées. L’empereur m’entretient sur d’autres sujets. Il paraît que ma conversation lui plaît. On m’annonce ma nomination au conseil d’État. Entrevue avec Maret et Regnault. Ma nomination est signée. Le saut est fait, j’y suis tout entier.

Première séance au conseil d’État avec les présidents de section. Les affaires m’amusent beaucoup, je les discute bien. Séance avec Maret. Deuxième séance au conseil d’État. Si on ne change rien à la constitution elle sera bonne. A une séance chez l’empereur pour la rédaction définitive, on y a bien changé quelque chose, et le public y trouvera à redire. Mais le sort en est jeté et le mien aussi. Dîné chez Fouché. La constitution est déjà très attaquée je l’ai vigoureusement défendue. En général je suis content de moi, je suis comme je dois être. Je fais un article que j’envoie à l’empereur. Dîné chez M. de Rumfort. Soirée chez Rovigo et de Coigny. On est mal pour la constitution et pour moi. Comment cela finira-t-il? J’ai prêté serment et tenu séance après. Dîné chez Joseph. L’avenir s’obscurcit, mais au moins je suis nettement dans un parti. L’opinion n’est pas bonne, on ne fait pas ce qu’il faudrait. Soirée chez le duc d’Otrante. Je ne sais quel découragement saisit aussi ces gens-là. Je crois que je porte malheur au parti que j’embrasse. Rien ne se fait et l’opinion est toujours mauvaise. Je reçois tous les jours des lettres anonymes qui m’attristent. Dîné chez Caulaincourt; soirée Souza. Le sort en est jeté, l’opinion se remettra peut-être. J’ai une assez longue causerie avec l’empereur au conseil d’État. Dîné chez Allard; soirée chez Mme Récamier. Son mari s’est encore ruiné. Pauvre femme Je fais un article pour les Débats. On redit chaque mot que je prononce sur l’empereur. Il faudra devenir muet. On veut réimprimer un article que j’ai publié contre l’empereur. Gare. Cela est fait et a été envoyé partout. Je me décide à écrire une lettre directement à l’empereur. Heureusement, le résultat de cette œuvre méchante est fort petit. C’est une grande montagne passée. Les décrets de convocation sont publiés. Il y aura donc des Chambres ! Dieu veuille qu’elles soient sages L’opinion s’améliore. Serai-je député? Je le désire beaucoup, mais, surtout, je voudrais que tout ceci durât. Dîné chez Fouché. Soirée chez le duc de Vicence.

Séance du conseil d’État. Je crois que ma lettre était une sottise. Il faut réparer tout cela par un travail distingué, fait dans un bref délai, et qui constate mes principes et fixe ma réputation. La guerre est sûre. La nation se défendra-t-elle ? J’en doute. Mon travail sera fini demain. Il s’imprime déjà Cela plaira-t-il? Dîné chez Rovigo avec Fouché. Achevé l’impression en y ajoutant deux excellents chapitres. Diné avec Tronchin, Montlosier et autres Je n’entends plus parler de l’empereur. Je vois Réal, Lucien et m’occupe d’une tentative d’élection. Lafayette est nommé député. Dîné chez Sébastiani.

Soirée chez l’empereur. Causé longuement avec lui. S’il n’a pas pratiqué la liberté il l’entend très bien. Il se fait une fédération des faubourgs. Cela fera-t-il du mal ? Mon ouvrage est prêt; il formera un bon volume. Cela vaut mieux qu’une justification. Ces quatre cents pages en huit jours sont un tour de force. Soirée chez la reine de Hollande.

Arrêté de Moreau. En voilà bien d’un autre!

Comment ose-t-il dire que la liberté existe. Dîné chez Lucien. Causé avec l’empereur. J’ai recommencé à travailler. Séance du conseil. Dîné chez Fouché. Spectacle chez l’empereur. Séance du conseil. Je traite trop légèrement les affaires particulières. Il faut les étudier si on veut pouvoir en rendre compte. Dîné chez Joseph. Il y a de la gaucherie dans tout ce qu’ils font.

Projets de Regnault pour réunir les députés. Dîné chez la reine de Hollande. Montlosier me donne un démenti. Je ne saurais qu’y faire, mais il faut que l’un de nous deux tue l’autre. Le duel a eu lieu, et Montlosier déclarant qu’il était trop blessé pour tenir son épée, il a fallu finir. J’aurais voulu quelque chose de plus sérieux. Dîné chez Bertrand. Lafayette, je le crois, se dépopularisera bien vite. Dîné chez Mollien. Mon nouveau parti me fête assez J’ai une lettre furieuse de Mme de Staël. Je l’attends et je l’écrase. J’ai ce qu’il faut pour cela. Dîné chez Souza avec Carnot. Les affaires s’embrouillent. Lanjuinais est nommé et donne des inquiétudes. J’ai avec lui une conversation qui me rassure, J’écris à Joseph. Il en résulte une entrevue avec l’empereur. J’en espère du bien. Le serment est une difficulté à résoudre. Mon ouvrage a du succès, mais les journaux se sont donné le mot pour r e pas en parler. Dîné chez de Gérando. Le serment est décrété. La séance impériale a eu lieu aujourd’hui. L’empereur a fait un discours où il y a de bonnes choses, mais pas tout ce que j’y aurais voulu. Il part bientôt. Quel sera l’avenir? On est inquiet de la Vendée. Dîné chez la duchesse de Vicence. Le soir à l’Elysée. On a grand besoin d’une victoire. J’ai un manifeste à faire. Il faut que ce soit un morceau superbe  qui fasse sensation en Europe. On veut créer une commission de constitution. J’en suis charmé. Ce soir je vais à l’Élysée. La conversation est générale. L’empereur y prend une part active.

J’ai commencé le manifeste, mais je ne suis pas en train, car je ne vois clair dans rien. Je sens que tout autour de nous il se fait des transactions sans qu’on s’en doute. L’empereur part et emporte avec lui toutes ses destinées; personne au fond n’est sûr du succès. On a renoncé à la commission de constitution parce qu’on craint un comité de salut public. Et il y a encore bien d’autres  craintes à avoir. J’ai achevé le manifeste que je montre à Caulaincourt qui le trouve bon. J’ai fait un article sur les discours écrits. Je dîne chez le duc de Vicence, avec Rovigo et Regnault. Découragement et ennui de transiger partout. Je crois qu’il n’y a que moi qui soit fidèle. C’est bizarre. Lu les gazettes anglaises, quelle fureur contre nous On parle d’une grande victoire si c’est vrai, ce n’est pas tout, si ce n’est pas vrai, c’est pis que tout dans l’autre sens. La victoire ne se confirme pas, la fin approche car la débâcle est complète. Plus d’armée, plus de moyens de résistance. Waterloo a tout détruit. La chambre est froide, elle ne sauvera ses amis ni par son assentiment, ni par son indépendance ce sera le pendant du 20 mars. L’empereur est de retour, il m’a fait appeler. Il est toujours calme et spirituel. Il abdiquera demain. Les misérables! Us l’ont servi avec enthousiasme quand il écrasait la liberté et ils l’abandonnent quand il veut l’établir La chambre est divisée et orageuse. L’empereur abdique. On veut, une régence avec les d’Orléans, mais Louis XVIII se glissera entre deux. Dîné chez le duc de Vicence. Le gouvernement provisoire est nommé. Ils ont écarté Lafayette. Je rédige une proclamation, et l’on m’envoie au camp des alliés. ,Je fais encore visite à l’empereur. Il parle de sa situation avec un calme étonnant, et de la position générale avec une liberté d’esprit parfaite.

Je suis parti ce matin. Arrivé à Laon j’envoie un parlementaire à Blücher. Celui qu’il m’envoie est Joseph de Wesphalen, que j’ai vu en Allemagne, il y a dix-huit mois, dans de bien autres circonstances. Il porte nos missives; l’insolence des étrangers est grande Je fais une course à cheval aux avant-postes. Après un refus de passage, j’envoie un message à Blücher qui m’envoie trois commissaires. Ils font des propositions de cession absurde pour un armistice que je regrette. Beaucoup de phrases sur l’indépendance qu’on prétend nous laisser, avec protestation contre toute idée de nous laisser un gouvernement. Mais il y a une haine sans bornes contre Napoléon. Je repars de Laon avec le prince de Schoenbourg. Il ne parle que du duc d’Orléans. Notre route est pleine d’incidents. On a des velléités de nous arrêter. Enfin nous arrivons à avoir une conférence avec lord Stuart, Capo d’Istria et Valmoden. A mes déclarations lord Stuart fait des réponses captieuses il est d’une grande insolence avec les alliés. J’ai la visite des trois commissaires sans lord Stuart. Capo d’Istria me fait des confidences d’où il résulterait que l’empereur de Russie est bien disposé. Je repars d’Haguenau. J’ai des difficultés en route avec un général russe. Je rencontre de Saugy (où ne se trouve-t-on pas ?). Châlons est pillé. Vexations de tous côtés. J’arrive à Paris et fais tout de suite mon rapport écrit au gouvernement provisoire qui est misérable de faiblesse. Tout est à vau-l’eau. Les étrangers ont prévenu Alexandre. Le gouvernement provisoire est dissous. La chambre proteste, mais il n’y a plus de barrière. Y aura-t- il des exils? Fouché reste ministre, cela me donne de la sécurité personnelle. Le Journal général fait un article favorable sur moi. J’en suis étonné. Dîné chez Caulaincourt avec Fouché. Il sent que lui-même est perdu. Partons! On annonce des persécutions. Alexandre est comme les autres. Fouché me fait passer un passeport avec une petite note inquiétante. Il y a un ordre, dit-il, contre moi. Ils voudraient faire constitutionnellement de l’arbitraire, je ne leur en donnerai pas le plaisir. Je compose un mémoire apologétique que je crois admirable de modération et de noblesse. Je le leur enverrai. Je ne puis croire qu’ils persistent à m’exiler. S’il le faut, je rédige mon apologie plus serrée, je l’imprime et je quitte la France pour longtemps. Je suis épuisé et abîmé par les hommes. Je vais chez Mme Récamier qui se montre pour moi bonne amie. Le déchaînement de la société contre moi l’a émue. En revanche, j’y trouve Nadaillac qui est d’une insolence qu’il me payera, et ce ne sera pas fini avec une égratignure. Mon mémoire a un grand succès. Le préfet de police m’assure que l’exil sera révoqué. Je reçois un message direct du roi. Faut-il en profiter, ou, à présent que mon repos est assuré, en profiter en restant indépendant ? On me montre la liste d’exil. Il n’y avait pas de temps à perdre pour n’en pas être. J’ai une bonne lettre de ma femme qui m’encourage. Je me réjouis de la retrouver. Je fais un article pour l’Indépendant. Decazes me conseille de faire imprimer mon mémoire. Essayons d’être député. Le journal me propose un arrangement pour rédaction ordinaire. S’il dure c’est six mille francs de rente que j’y gagne. Je commence un article sur les étrangers. Il faut y mettre du soin et de la prudence. Le duel avec Nadaillac est ajourné à huit jours; Mon article est fini, il est beau et hardi. L’Indépendant le publie. Il a du succès partout, mais l’Indépendant est supprimé. Je porte malheur aux journaux et aux gouvernements. J’ai dû céder à des sollicitations; le duel Nadaillac n’aura pas lieu. J’ai obtenu un permis pour voir Labédoyère. Il est calme et courageux, il n’échappera pas. Je rédige un petit morceau en sa faveur, c’est peine perdue. Mais sa pauvre femme! J’écris à Decazes pour Labedoyère et me décide à partir. Il n’y a rien à faire au milieu d’une réaction inévitable de cannibales. Je veux encore publier une apologie adressée à l’Europe. J’ai visité Tracy, Rumfort, Coigny. J’esquisse une comparaison assez piquante du jacobinisme ancien et moderne. Je la publierai sans me nommer.

19 Août. – Le pauvre Labédoyère a été fusillé. »

( « Journal intime de Benjamin Constant… », Paul Ollendorff, Editeur, 1898, pp.149-159).

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( 23 mai, 2022 )

Carnet d’un Italien au service de la France (1803-1815). Souvenirs de Venturini.

Ombre 2

Parti conscrit le 21 mars 1803.

Le soir, à Verceil, ville capitale du département de la Sesia. Le 22, séjour; le 23, passé à Trissero.

J’ai fait, un instant, la conversation chez mon cousin Monta, professeur de chirurgie. Le soir à Trino, logé chez une pauvre veuve, sur de la paille. Je commençais à m’apercevoir de la différence qu’il y avait d’être chez moi.

Le 23, à Crescentino, j’ai dépensé bien de l’argent pour régaler l’officier et les sous-officiers pour avoir la permission d’aller passer deux jours chez moi ; à mon arrivée, tout le monde se disait : « Le voilà encore, le pauvre Ventu ! « Parents et amis se sont empressés de me faire passer des moments agréables.

Le 2 avril, nous avons mangé de très bons taglianini; j’en ai été quitte de ma journée avec 40 francs.

Le 3, à Chambéry, capitale de la Savoie, jolie ville, très bien bâtie. Le 4, à Pont de Beauvoisin. Le pont sépare le pays du Piémont de la France.

Le 5, à Bourgoin, jolie ville où je me suis fort bien amusé. Le sexe est charmant, je commençais à me réjouir d’être ne France.

Le 6, à Lyon, très grande ville ; l’on y fait très bonne chère ; je me suis très bien amusé pendant trois jours, avec de jolies Lyonnaises.

 Là, je commençais à oublier les Piémontaises, excepté…

Le 9, à Villefranche, j’ai passé la nuit avec l’officier et un jeune homme de Lyon fort aimable; il chantait à merveille; il était en même temps très bon enfant.

Le 10, nous nous sommes quittés à regret, parce que l’on ne trouve pas toujours des personnes bien élevées.

Le soir, à Mâcon, un peu malade d’avoir passé la nuit, mais, le soir, le bon nectar me fit passer la maladie.

Le 11, parti pour Châlons sur le Rhône sur un bateau, passé par Thoran [?]

J’ai passé deux jours fort agréables. Nous allâmes voir les belles du pays ; étant à l’obscurité, l’officier vit une très belle femme ; il était tout flatté d’avoir eu la préférence.

Le lendemain, nous le pressions d’y retourner, mais, au lieu de voir une jolie femme, il se présente la même du soir : elle était épouvantable. Elle était, à la vérité, grande, mais elle avait deux beaux goitres à la place de la gorge, enfin c’était un monstre. Je fis mes compliments à l’officier du choix et de la préférence qu’il avait eus.

Le 14, à Beaune, renommé par son bon vin ; j’ai été au bal, j’ai vu de jolies personnes.

Le 15, à Joinville; le 16 à Chaumont, jolie ville.

Le 4 mai, à Verdun. Deux jours après, on me fit l’honneur de me mettre aux grenadiers. On me fit cadeau d’une clarinette de cinq pieds, un sabre, un habit, un bonnet à poil : j’étais tout déconcerté de me voir métamorphosé d’une si jolie manière. Ensuite, on me conduisit à mon sieur le caporal d’escouade qui, de son côté, fut très poli et me présenta à cinq camarades à moustaches qui me dirent, à leur tour : « Soyez le bienvenu ! »

L’on me présenta, ensuite, une cuiller de plomb, et ils me m’engagèrent à manger la soupe avec eux.

De mon côté, j’ai remercié tous ces honnêtes gens et me suis dit à moi-même : « Te voilà frais ! »

Le lendemain, on me fit faire l’exercice ; les larmes me tombaient parce que cela me fatiguait ; je n’avais pas assez de force pour pouvoir supporter ce fardeau. Enfin, j’y suis parvenu, mais non sans peine. Mon premier voyage que je fis avec tout cet appareil, fut pour aller manœuvrer à Sedan, devant le Premier consul.

La ville  était toute tapissée des plus beaux draps du pays, la garde d’honneur du pays était composée des plus beaux hommes et des plus riches de la ville. Leur uniforme était magnifique et du plus beau drap d’écarlate. La ville en fit cadeau de vingt-cinq pièces au Premier consul.

Dans les manœuvres que l’on fit faire, on voulait me mettre avec les recrues. Je me plaignis à mon capitaine de l’affront que l’on voulait me faire.

Il me demanda si j’étais dans le cas de rester longtemps pour les manœuvres que l’on devait faire, et, sur ma réponse affirmative, il m’admit à manœuvrer devant le Premier Consul. J’en fus tellement flatté qu’à mon retour à Verdun, je fis part à mes parents de l’honneur que j’avais eu.

Le 28 aout, parti pour Ostende où je suis resté près de deux ans. Je fus tellement épuisé de fatigue que je n’en pouvais plus. Je fus, pour quelque temps, à Montmédy, où j’ai reçu le grade de caporal. Ce jour, j’ai fait danser et donné un très beau dîner à mes amis. J’tais tout flatté de me voir ces beaux galons de laine sur les bras, je disais : « Me voilà déjà quelque chose ! »

Je suis ensuite parti pour Mayence ; j’eus le bonheur de loger chez la bonne famille Betz ; j’étais tellement bien que tous mes amis étaient régalés lorsqu’ils venaient me voir. Mlle Appollonie me fit l’honneur d’être marraine avec moi. A mon départ, ces braves gens étaient tous ne pleurs. De mon côté, j’étais peiné de quitter une famille qui me combla d’honnêtetés et de bienfaits. Les demoiselles m’ont fait de jolis présents avant mon départ. Quels regrets !

Passé le Rhin à marches forcées jusqu’à Austerlitz, bataille qui s’est donnée contre les russes qui occupaient toutes les hauteurs devant Austerlitz. Leur aile droite s’étendait jusqu’à Brünn, capitale de la Moravie. L’aile gauche était couverte d’un grand lac près de Sokolnicki. Ils se croyaient tellement sûrs d’être vainqueurs qu’ils avaient laissé leurs sacs sur les hauteurs.

Le signal d’attaque fut donné par un coup de canon, là où était l’Empereur ; aussitôt les bataillons s’avancèrent en colonnes d’attaque et on les faisait déployer au fur et à mesure que le terrain le permettait. Les russes descendirent dans les plaines, l’armée française fit demi-tour et battit en retraite pour attirer l’armée russe en-deçà du lac et, lorsqu’elle y  fut, on fit faire face en tête à notre armée, on chargea avec tant de vigueur et d’audace, que les Russes furent obligés de battre en retraite sur le lac qui était fortement glacé, mais les généraux d’artillerie française firent aussitôt faire feu à boulet sur la glace qui ne put résister, et les russes furent engloutis. L’armée se mit en pleine retraite, mais les débouchés étaient occupés par les Français. Ils se virent, alors, obligés de capituler. Le soir, l’empereur d’Autriche vint demander la paix à Napoléon, qui la lui accorda en grand homme.

Je reviens ensuite dans le Wurtemberg. J’ai logé à Lamberteim, près de Mannheim, capitale du pays de Bade où j’allais m’amuser tous les jours. Quel beau pays ! J’y suis resté jusqu’en 1806, époque à laquelle nous reçûmes l’ordre de marcher contre les Prussiens. Nous les atteignîmes le 14 octobre à Iéna, où ils furent défaits.

Notre régiment perdit, ce jour-là 800 hommes. Nous poursuivîmes les Prussiens jusqu’à Eylau où il y avait toute l’armée russe. Nous nous sommes battus, pendant trois jours, par un temps affreux.

Les chasseurs de la Garde ont chargé et traversé les trois lignes russes. Le corps d’armée du maréchal Augereau fut dissous parce qu’il n’y avait plus de monde. Napoléon montra le plus grand sang-froid et fit voir qu’il savait conduire une armée. Il resta presque toujours devant l’église pour donner les ordres nécessaires. Deux de ses généraux (aides-de-camp) furent tués à côté de lui. On le pria instamment de se retirer, ce qu’il ne fit que lorsque la bataille fut décidée.

Les Russes battirent en retraite, et nous revînmes prendre des cantonnements pour bous remttre et avoir de quoi subsister.

En 1807, les russes attaquèrent le maréchal Ney qui était d’avant-garde. Son corps d’armée était rangé dans les plaines de Gustadt ; une partie faisait les manœuvres et l’exercice avec des pierres de bois. Nous [nous] reposions, mais c’était le repos du lion !

L’armée se met aussitôt en marche et passa la Passarge. Chaque soldat portait une fascine sur le dos pour former des ponts. Nous arrivâmes sans les p laines où les Russes avaient osé attaquer le corps d’armée du maréchal Ney. Cette armée terrible les fit aussitôt repentir de leur audace. Le lendemain, nous attaquâmes cette armée de barbares dans Ebersberg, qui ne put résister aux intrépides Français. Jamais je n’ai vue une pareille armée réunie !

Nous les poursuivîmes jusqu’à Friedland où ils osèrent faire résistance. Le général Oudinot attaqua avec ses intrépides réunis. Ces braves avaient un des meilleurs généraux d’avant-garde, qui donna toujours l’exemple par sa bravoure et son courage. Une partie des ruses furent jetés dans la Praga et le reste de l’armée battit en retraite sur Tilsitt et  passa le Niémen.

Nous fûmes en face et les préliminaires de paix se firent dans cette ville. Les deux Empereurs étaient toujours ensemble. Le Roi et la Reine de Prusse y étaient aussi. Les Gardes Françaises et Russe fraternisèrent ensemble et, tous les jours, ils se donnèrent des repas. Nous campâmes pendant un mois ou deux devant Tilsitt. Nous fîmes tous les jours les grands manœuvres. L’Empereur commandait souvent en personne. L’Empereur de Russie et le Roi de Prusse furent souvent témoins et suivirent toujours napoléon.

L’armée repartit pour prendre dans cantonnements et le régiment vint camper à Sokacew, mauvais pays où on ne voyait que sable, bois et marais. La ville est habitée par des Juifs, comme presque toutes celles de Pologne. Ils sont très malpropres partout. Nous restâmes deux mois et plus. J’ai attrapé la fièvre et fus pour rentrer à l’hôpital de Lowicz, mais je fus tellement découragé à cause de la malpropreté, que je suis aussitôt reparti pour le camp et je fus rejoindre le bataillon qui fortifia Modlin et faisait une tête de pont sur le Bug.

Je repartie, le lendemain, avec le régiment, pour Lowicz. On y resta deux mois, puis nous partîmes pour Mezeritz. Je fus logé chez le brave Monsieur Klein. Je me suis fort bien amusé dans cette ville. Nous fîmes souvent venir la musique du régiment pour amuser les jolies Polonaises. Elles venaient de vingt lieues à la ronde pour danser. Je fis connaissance avec une jolie dame et une très belle juive.

Nous partîmes, septi mois après, pour Wraclawek. Nous y restâmes trois mois. Nous vînmes ensuite camper à Breslau, capitale de la Silésie, très jolie ville. Nous nous y amusâmes ave les belles du pays ; elles venaient au camp pour passer les soirées dans nos jolies baraques.

Au commencement de l’hiver, nous partîmes pour Goura. J’avais avec moi une très jolie personne. Le colonel écrivit au commandant de bataillon qu’il fallait me mettre aux arrêts, parce que j’avais fait un rapt d’une demoiselle de Breslau. Heureusement pour moi que je l’avais cachée chez une dame. Je fis réponse que jamais je n’avais eu une demoiselle avec moi, et je ne gardai pas les arrêts. Je fis aussitôt partir, non sans regrets, la demoiselle qui, de son côté, versa bien des larmes de me quitter.

Après mon départ, arrivée à la maison, elle m’envoya une très jolie bourse et me témoignait de vifs regrets d’avoir été obligée de me quitter. Arrivé à Goura, je fis connaissance de très jolies personnes, du directeur de la poste aux lettres et de deux jolies meunières. Je n’étais point mal partagé dans mon logement : la demoiselle de la maison, accompagnée de sa servante, me faisait tous les soirs une visite dans mon lit.

Je partis pour Hof Bareuth. Je fus logé chez le baron de Plotho, au château de Zedwitz ; madame était très spirituelle, très bien élevée, ayant très bon cœur. Monsieur le baron ne l’était pas moins. Je m’amusais beaucoup avec ses deux enfants qui étaient de toute beauté. Je fis connaissance avec une demoiselle et je fus loger chez elle ; j’étais on ne peu pas mieux.

J’oubliais que je m’étais très bien amusé en traversant la Saxe, surtout à Dresde, capitale de ce pays.

Je partis de Zedwitz avec regret, mais il s’agissait de faire la guerre contre l’Autriche. C’était  mon état et cela passait avant tout le reste. Cependant, le régiment s’arrêta encore près d’un mois à Coulenbat, où j’ai eu l’occasion de faire quelques visites à la demoiselle du directeur de la poste aux lettres. Cette demoiselle était une très jolie blonde, très bon caractère. Je me trouvais vraiment heureux d’avoir fait sa connaissance. Comme j’étais alors très timide, la demoiselle, quoiqu’âgée que de quinze ans, était plus hardie que moi et, par conséquent, elle me faisait toujours entrer lorsque je  passais devant la maison. J’avais aussi soin de passer souvent ; enfin, je n’étais pas mal chez moi non plus. Le 9 avril 1809, je reçus l’ordre d’aller faire le logement à  Bareuth y pour le régiment. A mon arrivée, j’ai eu soin de bien me bien loger. Il y avait, en même temps, une fort jolie personne. Je commençais à lui dire que j’étais bien flatté d’être tombé si bien, mais tout à coup, j’entends une musique et des tambours ; je dis : « Voilà le régiment qui arrive pour caserner : « Pas du tout, je vois toute la division Friant, de laquelle je faisais partie. Je mandai le motif ; l’on me répondit qu’elle allait bivouaquer. Je fis aussitôt ma révérence à ces braves dames, non sans témoigner mon vif regret de les quitter si tôt.

J’arrive au régiment qui était déjà bivouaqué dans un bois ; je dis : « Voilà une jolie différence ! Ce soir, je commence à jeûner ! «  Et, à la vérité, je n’ai rien eu de toute la nuit.

Le 11, nous attaquâmes l’ennemi qui était embusqué, et nous le chassâmes de ses positions. Nous partîmes la nuit, de crainte d’être coupés ; nous arrivâmes heureusement à Bamberg après quelques escarmouches. Nous bivouaquâmes le 12, et, le 13, nous partîmes pour Nuremberg pour empêcher l’ennemi de joindre  l’armée qui était à Ratisbonne. Nous quittâmes cette ville pour nous rendre à Ratisbonne et, chemin faisant, nous chassâmes partout l’ennemi de ses positions et nous joignîmes le corps d’armée du maréchal Davout. Nous nous sommes battus pendant deux jours contre toute l’armée autrichienne qui occupait de fort jolies positions.

Le troisième jour, l’Empereur arriva avec l’armée bavaroise et wurtembergeoise, tomba sur l’aile gauche de l’ennemi et le défit totalement. Nous avons fiat 30 000 prisonniers. Nous poursuivîmes une partie de son armée dans les montagnes de la Bohême et nous revînmes sur la route de vienne. Nous nous arrêtâmes à Saint-Polten pendant quelques jours, et nous eûmes un excellent vin. Nous faisons la chasse à nos traînards. L’ordre de l’Empereur était de les décimer lorsqu’il n’y avait pas de chefs de complot.

Nous arrivâmes devant Vienne. Le prince Maximilien voulut faire quelque résistance. L’Empereur lui envoya dire que toute résistance était inutile de sa part, qu’il l’engageait à rendre la ville afin d’éviter de faire des malheureux, puisque la ville et les faubourgs en souffriraient seuls. Nous entrâmes après une capitulation, et nous bivouaquâmes pendant quelque temps au Prater.

La bataille d’Aspern et [d’] Essling se donna le 22 mai 1809. Le pont ayant été enlevé par des moulins[1], l’armée battit en retraite, et bien heureuse d’avoir peu rétablir le pont qu’on passa en désordre. Le maréchal Lannes et tant d’autres braves généraux en furent les victimes, avec douze à quinze mille braves. Nous revînmes camper près de vienne, et une partie de l’armée campa dans l’île de Lobau ; on rétablit un grand pont. Le prince Eugène, le plus brave des guerriers et prince sans tache, battit, par sa bravoure, son courage et son génie, l’armée du prince Ferdinand ; il ne lui laissa pas un moment de répit ; il l’enfonça partout où il la rencontra et vint faire sa jonction avec la Grande Armée, après la bataille de Raab . Le Sommering a été témoin de sa jonction.

Le 4 juillet, toute l’armée entra dans l’île de Lobau, par un temps affreux. Toute la nuit a été un feu d’enfer ; les boules rouges et les bombes pleuvaient comme la grêle. Nous fîmes le passage et, le lendemain 5, à la pointe du jour, toute l’armée était en bataille de l’autre côté du Danube dans la fameuse plaine de Wagram. Nous nous battions jusqu’à dix heures du soir.

Le lendemain 6, l’armée autrichienne descendit les hauteurs en colonne d’attaque ; on la laissa venir dans la plaine, et l’on nous fit charger à notre tour.

Les tambours battaient la charge, les colonnes firent retentir le nom de l’Empereur, les batteries firent un feu terrible. Nous poursuivîmes l’armée ennemie, la baïonnette aux reins, jusque dans les montagnes de la Moravie.

Cette journée a été glorieuse pour l’armée française et, de ma vie, je n’ai jamais vu une bataille où il se soit tiré autant de coups de canon. Nous achevâmes notre besogne à Znaïm où l’armistice se conclut et nous vînmes camper logé chez M. Gerstemberger et deux jolies filles, Charlotte et Caroline. La troisième vit.

L’on fit la paix, et j’ai eu le bonheur de venir passer quelques mois agréables à Passau. Je fus d’abord logé dans une auberge, sur un peu de paille ; ensuite je logeai chez le banquier Pomerer, où il y avait la charmante Mlle Thérèse… Et sa sœur. Je fus ensuite logé chez la comtesse Wimerer. Mlle Joséphine était charmante, et le comte d4arco était l’ami de la maison. Je fus très heureux d’avoir cultivé sa connaissance.

J’ai fait ensuite connaissance avec Mlle Suthor, logement de mon lieutenant, qui était très malade. Je fus assez heureux pour devenir l’amant de cette demoiselle, lap lus jolie personne du pays. J’ai aussi fait connaissance avec la jeune comtesse Kuer, très aimable personne. Les demoiselles Kinder, ses amies, venaient aussi chez moi ; elles mettaient tout en désordre pour voir ce que j’avais soit dans ma chambre, soit dans ma malle ; enfin, j’étais un heureux mortel dans cette ville.

Le régiment reçut l’ordre de se rendre à Braunau, à la rencontre de l’impératrice Marie-Louise. Nous restâmes jusqu’à son arrivée pour lui rendre les honneurs qu’elle méritait si bien. Le soir, nous nous sommes très bien amusés au bal.

Le jour de son départ, j’étais de garde à sa porte. Un moment après son départ, une dame de la cour me remit une boîte où il y avait les bijoux de l’Impératrice; elle me pria de la lui porter et de la lui remettre entre ses propres mains. Je me rendis auprès de sa voiture qui était sur le pont, je priai M. le colonel Rothembourg de me présenter à Sa Majesté. Celui-ci me présenta au général Barbanègre. Il prit la boîte et la remit à un domestique qui était derrière la voiture ; Je m’en retournai tout fâché, le colonel me fit des reproches de ma maladresse : j’aurais certainement eu un souvenir agréable !

Après le départ de l’Impératrice, nous sommes revenus pour quelque temps à Passau, où je me suis très bien amusé. Nous partîmes à regret le Passau, mais il fallait se résigner et en prendre mon parti. Le régiment fut cantonner à Rawensburg, et moi je reçus l’ordre de cantonner près de Wangen et [de] Lindau, pour instruire les soldats. Je fus assez heureux pour faire de bonnes connaissances, et surtout le prince de Sigmaringen, qui me procura le plaisir de faire connaissance avec son grand baillif, au château de Hasberg, qui avait deux fort jolies et fort aimables demoiselles. Je fis la cour à la plus jeune, Mlle Célestine. L’aînée se nommait Philippine. Leur maman était un ange et l’enfant gâté.

Le 15 août 1810, l’on fit demander les officiers qui désiraient aller en semestre chez eux. Je fus du nombre de ceux qui désiraient voir leur patrie, vu que j’y manquais depuis huit ans. Cette bonne famille me fit mille instances pour passer le semestre chez elle. Je ne peux y consentir, quoique j’y fusse très attaché; j’avais besoin de régler mes affaires et de voir mes parents. J’ai fait mes adieux les larmes aux yeux, et de leur côté, elles tombaient en abondance.

Je partis avec un détachement de 75 hommes et je traversai la Suisse. J’ai manqué[de]périr en traversant le Lac Majeur. Arrivé à Arona, je déjeunai et pris aussitôt la poste. J’arrivai vers le cinq à Novarra, je mangeai un morceau et je partis une dmei-heure après pour Verceil, ville capitale du départemnt de la Sesia. Je descendis à l’Auberge du Lion d’or, j’entendis aussitôt une voix que je connaissais et je ne m’y suis pas trompé, car c’était l’aimable Charlotte (Mme Piota). Elle tenait [un] hôtel à [dans] mon pays.

Cette dame était accompagnée de M. Merle, adjoint au maire de Cigliano. Tous deux furent très complaisants.  Après m’avoir embrassé, ils m’annoncèrent que mes beaux-frères et plusieurs de mes amis étaient venus à ma rencontre dans cette ville. En effet, ils m’accompagnèrent jusqu’à l’Auberge de la Fontaine, où ils étaient. J’entre, je vois mon cousin et un de mes beaux-frères qui faisaient la partie de cartes pour s’mauser. Aussitôt qu’ils entendirent un sabre traînant, ils se tournèrent vers mois en disant : « Le voilà ! » 

On éveilla ceux qui dormaient, et tous, empressés de me voir, descendirent au nombre d’une quinzaine ! nous nous embrassâmes de bon cœur, et ensuite une parie est venue m’accompagner à mon hôtel, où nous passâmes la nuit; le lendemain tous, pressés de me voir partir pour mon pays natal, s’empressèrent de venir me prendre et nous partîmes pour Cigliano, après avoir bien déjeuné. J’étais en voiture avec un de mes beaux-frères, escorté par plusieurs jeunes gens de mon pays, tous bien montés. Nous déjeunâmes à moitié chemin.

J’oubliais de dire que je rencontrai mon beau-frère Suvino sur le chemin de Verceil. Il descendit de cheval et moi de voiture ; nous nous embrassâmes et nous filâmes, ensuite, chacun de notre côté. Le soir, à quatre heures, j’arrive dans ce pays tant désiré et que je n’avais point vu depuis huit ans.

En entrant, j’eus bien soin de faire du tapage, et une grande partie des habitants des deux sexes se mirent aux croisées. J’entendais qu’ils se disaient : « C’est lui !… Non ce n’est pas lui ! « Enfin, je traversai les rues comme l’éclair, et je fus descendre chez mon cousin où j’eus le plaisir d’embrasser une partie de mes amis.

Plusieurs personnes des premières familles vinrent me voir, et chacun d’eux m’engageait à aller chez lui. Enfin, je cédai à une jolie dame, épouse d’un de mes amis nommé Cassio. A mon arrivée chez elle, on me fit manger un morceau. Plusieurs personnes sont venues nous voir pour fraterniser ensemble. Je peux bien dire que j’étais reçu comme un prince.

On pourrait croire que j’ai beaucoup d’amour-propre, mais cela m’est arrivé, et n’est pas étonnant dans un bourg où les gens se voient de tout cœur ! j’ai passé quatre mois dans mon pays natal au milieu de l’allégresse; je recevais des invitation de tous les pays environnants; je faisais souvent des courses dans les jolies vignes du pays, où plusieurs familles réunies pour s’amuser. Je me suis aussi beaucoup amusé à Turin, capitale du piémont. A force de plaisirs, je pris la fièvre. Je suis partie malade pour rejoindre le régiment qui était à Magdebourg (Prusse). En traversant la suisse, j’ai eu le malheur d’avoir les pieds gelés en passant la montagne du Saint-Gothard. Si j’ai eu du plaisir à mon pays, j’ai bien souffert en Suisse ! Heureusement pour moi, j’ai trouvé des personnes bien aimables, surtout M. et Mme de Feklin. Je fus reçu chez eux comme l’ami de la maison; l’on me donna un fort joli appartement, enfin je reçus tous les soins possibles. Je voulus partir par délicatesse, malgré les instances de ces braves gens. Madame eut la bonté de mettre du bon vin, des biscuits, etc., dans ma voiture. Elle pleurait en me voyant partir, comme si j’eusse été son fils. Je me suis repenti plus d’une fois d’avoir quitté cette bonne famille, car j’ai souffert peines et martyre.

Enfin, après tant de peines, je suis arrivé avec mon brave grenadier, mon homme de confiance à Lindau, très jolie ville bâtie sur le Lac de Constance, où je venais passer des moments agréables, avant mon départ pour aller en semestre [sic]. C’est près de cette ville que j’ai eu le bonheur de faire connaissance avec la bonne et brave famille de Scheffer, lorsque j’étais cantonné près de Wangen. Cette brave famille demeurait au château d’Achberg. Aussitôt qu’ils surent le triste état où j’étais, le bon papa, ne pouvant venir lui-même, a aussitôt envoyé sa fille aînée, Mlle Philippine, avec un jeune homme, pour me faire prendre dans sa voiture et me conduire dans leur château. Par une délicatesse mal placée de ma part, je témoignai ma vive reconnaissance des offres gracieuses qu’ils me faisaient, et je n’acceptai pas parce que je savais l’embarras que j’aurais donné. Le lendemain, le papa est venu lui-même pour me faire les mêmes offres; j’ai encore refusé.

Le samedi soir, je vois arriver la maman avec les deux demoiselles: elles me trouvèrent tellement mal, qu’elles se mirent toutes à pleurer et me prièrent de partir avec elles. Sur mon refus, c’est-à-dire après bien des remerciements, elles partirent non sans peine, car elles on voulut voir mes pieds qu’elles virent non sans frémir, puisque, jusqu’à mi-jambe, c’était comme du charbon.

J’avais déjà fait partir mon grenadier pour Magdebourg, avec une lettre pour le colonel, afin de l’instruire de mon malheur qui m’était arrivé le cinq décembre 1810, sur la montagne de Splügen. Tandis que j’étais seul, rêveur, et que je souffrais tant, M. de Scheffer venait souvent me voir. Tantôt c’était lui, tantôt la dame, et, deux fois par semaine, c’était leur messager; tous venaient dans l’intention de me chercher. Deux mois venaient de s’écouler quand, tout à  coup, je vois entrer dans chambre un caporal de grenadiers de ma compagnie nommé Bobbe. C’était le colonel qui me l’envoyait pour avoir soin de moi. C’était l’homme que j’aimais de tout mon cœur, je lui avais montré à lire et à écrire et je l’avais fait nommer caporal. C’était un jeune homme de mon pays, qui, de son côté, m’aimait beaucoup; enfin, il m’a rendu la vie.

Je fi aussitôt porter du bon vin et un bon souper et, de contentement, nous passâmes la nuit à causer. Quelques jours se passèrent sans nous en apercevoir. Lorsque je fus un peu mieux, je lui dis que je voulais partir pour le régiment; il me fit observer que c’était impossible et que je souffrirais trop. Un beau jour, j’écrivis à M. de Scheffer, en le remerciant des attentions qu’il avait eues pour moi, et que j’étais décidé à partir.

Le lendemain, je vois arriver ce brave homme dans ma chambre, accompagné de ses deux jolies demoiselles. Voici ce qu’il me dit : « Mon cher Venturini, vous ferez tout ce que je vous voudrez, mais je vous annonce que je ne vous laisserai pas partir. Si vous me le refusez, vous ne le refuserez pas à mes deux demoiselles ! «  Enfin, il eut tant de bonté, que je ne peux refuser ses offres. Je partis aussitôt pour son château, dans sa voiture, avec lui, ses deux filles et mon cher caporal. A mon arrivée à la maison, je fus reçu très poliment de la chère et bonne maman. La plus jolie chambre du château et un très bon lit furent pour moi ; un quart d’heure après, un bon chirurgien est venu me panser. Je soupirai et me dis : « Me voilà au milieu de ma famille ! » Je n’eux pas tort, car on était aux petits soins. Le matin, le papa était le premier à venir me voir ; à huit heures, la bonne maman venait me porter elle-même le café. Après mon déjeuner, les deux demoiselles venaient à leur tour et elles passaient presque toute la journée à causer avec moi: elles brodaient, etc.

J’étais vraiment un heureux mortel, toujours servi par la main des Grâces ! Mon caporal n’était pas mal partagé; il buvait ses deux bouteilles de vin par jour et mangeait encore mieux. Lorsque je me trouvai mieux, je voulus partir, mais les braves gens m’en ont empêché. Enfin, pour les contenter, il a fallu rester encore un mois, parce que chaque personne de la famille voulait que je reste encore une semaine après le je jour fixé pour mon départ. Enfin, je partie, les larmes aux yeux de quitter une famille à laquelle je devais la vie. Je traversai la Wurtemberg, une partie de la Saxe, une partie de la Bavière et une partie de la Westphalie, avant d’avoir rejoint le régiment qui était en garnison à Magdebourg.

J’ai eu la douce consolation de revoir des aimables familles, soit à Nuremberg, soit à Hof, pays de Bayreuth, où j’avais  cantonné en 1808 et 1809.

Je suis resté quelques mois à Magdebourg, j’étais instituteur à l’école régimentaire et me suis fort bien amusé. Les officiers de différents régiments jouaient la comédie ; il n’y avait que les meilleures familles qui pouvaient avoir des cachets. J’eux le bonheur de connaître la jolie Mme Kramer et les demoiselles Belfois, les plus jolies personnes de la ville.

Je partis le 9 avril 1811, avec une jolie dame, dans une voiture à trente-six portières [sic]. Le même soir je logeai chez Mme Mayer à Neuhausdesleben, très bien; le 10 à Gardeleben, dans une auberge. Il y a eu concert près de ma chambre. C’était une partie de crieuses et non de chanteuses !

Le 11à Salsweld, le 12 à Danneberg chez Mme Bergauer, très bien ; le 13 à Grabow chez la charmante Christiana Ted…, fort bien; le 14 à Prachin, où il y avait deux jolies demoiselles de Praud, très bien ; le 19, passé à Gustrow pour rendre visite au brave colonel Husson et au général Dufour ; le soir à Butzow, jolie petite ville du Mecklembourg-Schwerin. Je fus logé chez M. l’architecte Schéel. Il y avait quatre jolies demoiselles et une aimable tante. Toute la famille me combla de politesses.

Le mois de mai, chez M. de Leck, il y avait une fort aimable dame et la jolie demoiselle Rusinow, Mlle Sigelkow, son amie, la surpassait.

Un beau jour que j’amusais ces dames par es plaisanteries, mon hôte tomba mort d’apoplexie ! Le même soir, je reçus une invitation de MM. de Pletz, d’Elisberg et de Dorn. J’ai accepté chez le second, parce que j’avais reçu son invitation la première.

J’ai logé, ensuite, chez M. de Pletz. Son péouse peignait supérieurement, on peut la comparer aux premiers peintres de Prusse. Je fus logé  ensuite chez M. de Colantz, homme très estimé. Le brave général Dufour venait souvent s’amuser avec nous, soit au bal, soit à la chasse, et pour la bonne soicété qui était toute composée des meilleures familles de Mecklembourg, j’aurais désiré y demeurer toute ma vie. Les familles d’Heuenausen, d’Oertz, de Pletz, de Convenans, d’Eler, de Schéer, de Colantz, d’Eler, etc., et le juif Joseph, tous m’ont accueilli chez eux comme l’ami de la maison.

Je suis parti le 3 août, passé à Sternberg ; le même soir à Schwerin, capitale du Mecklembourg de ce nom, jolie ville situe près de très beaux lacs de 8 à 10 lieues. Les environs sont magnifiques. Il y a un superbe par cet de fort jolies promenades. J’ai logé chez M. le conseiller Franck. Il y avait al charmante Mlle Martini. J’ai fait connaissance avec Panhy, officier du 9ème lanciers ; Je me suis bien diverti. Le 4, à une lieue en avant de Gadebush, sur de la paille; le 5 à Ratzeburg, le soir à Mollen. J’ai passé quelques mois fort agréables.

J’allais souvent faire des courses à Butzow et à Schwerin. Un beau jour, nous fumes embourbés dans la neige et, grâce à plusieurs paysans, nous nous sommes retirés d’une fort mauvaise affaire.

Parti le 27, passé chez Ratzeburg où je me suis fort bien amusé chez M. l’apothicaire. Il y avait de charmantes demoiselles avec lesquelles j’ai beaucoup dansé. Je suis parti, ensuite, pour Rutzow où j’ai revu avec bien du plaisir les personnes qui m’avaient si bien accueilli lorsque j’étais cantonné. Elles m’ont donné de nouvelles preuves de leur véritable attachement.

Le 27, à Rostock, très jolie ville. Nous avons établi un casino où nous passions des soirées bien agréables. Je fus fort bien reçu de la famille Muller, où il y avait trois demoiselles de tout cœur. C’est dommage que j’aie dû les quitter au bout d’un mois. Les deux demoiselles du bijoutier étaient fort jolies, enfin je crois que c’est le pays où  je me suis le plus amusé.

Je ne dois pas oublier les beaux jours que j’ai passé à Mayence, Passau, Brunn et Vienne, Mezeritz, Bireinbaum, Smiegel, aux différents châteaux de la Pologne et chez les braves familles de Czacz, de Plotho et aux différents châteaux du prince Pignatelli et du prince d’Orange; enfin, je dois oubli er tous les plaisirs pour aller en Russie.

II

Je suis parti le 27 février 1812, le soir, à Gnoien. Parti le 2 mars par un temps affreux. Le soir, chez la baronne de Ploetz, très bien logé. Le 4, près d’Anklam, un froid terrible, de la neige en quantité et très mal logé sur une poignée de paille. Le 5, le temps était affreux ; j’ai fait dix à douze lieues à travers la boue et la neige. Le soir, chez une veuve de 80 ans, très riche à la vérité, mais elle nous traita, en revanche, très mal. Jeme suis jamais plaint.

Le 6, marché toute la journée dans une grande forêt ; le soir, au village de Boeug, très mal sur un peu de paille, et tout habillé. Le 7, à Zaberdorf, près de Stettin. Il y avait là Mlle Aldobrandini qui était aussi aimable que Madame. Le 9, à Zelow, chez un curé où l’on m’a volé mon argent. Le 20 à Guarzic, très mal. Le 30 mars 1812, à Stettin, pour joindre le 11ème léger. Je fus ravi de revoir la jolie demoiselle Louise, demoiselle d’un général prussien où je fis logé en 1807 et fort bien traité. J’ai mangé, tout le temps que je suis resté à Stettin, chez ce brave général et un major saxon.

Parti le 28 avril ; le même soir à quatre lieues de Stargard, le 29 à Sakau, le 30 à Neuwedell, le 1er mai à Marc-Friedland, le 2 à Deutschkrone, le 3 à Zaskow, le 4 à Preuss-Friedland, le 5 à Comen, séjour. Le 7 à Tachel, le 8 à Grosslewitz.

FIN.


[1] Les autrichiens, maîtres du cours du fleuve en amont des Français, avaient lancé des moulins à eau montés sur de gros bateaux, dans l’espoir que leurs poids briseraient les ponts établis par l’ennemi. (Note figurant dans l’édition de 1904).

Ombre 2

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( 20 mai, 2022 )

Les blessures de Napoléon…

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« La santé est indispensable à la guerre et ne peut être remplacée par rien ». Cette phrase de Napoléon était particulièrement vraie au début du XIXe siècle. Pour de nombreux historiens, « la main sur le ventre » sur les peintures qui le représentent est interprétée comme un signe de gastralgie.

Cette affirmation est probablement influencée par les antécédents familiaux de Napoléon, son père étant décédé à quarante ans d’un squirre du pylore. En fait, selon les biographies de ses proches et de son médecin Corvisart, ce signe correspond plus à une manie qu’à un signe objectif de maladie. Tous sont unanimes sur sa bonne santé générale entre 1800 et 1814. En revanche, Napoléon a été victime de plusieurs blessures au cours de sa vie. Toutes ne sont pas connues, car il a toujours exigé de tenir secret ce genre d’accident pour éviter tout désordre politique. « Qui sait, disait-il, quelle horrible confusion ne produirait pas une semblable nouvelle ?… Si je suis blessé que personne ne le sache, si c’est possible. Si je suis tué, qu’on tâche de gagner la bataille sans moi ; il sera temps de le dire après ». À ses compagnons d’exil (Mémorial de Las Cases), il rappelait qu’« il avait été très souvent exposé dans ses batailles ; mais on le taisait avec le plus grand soin. Il avait recommandé une fois pour toutes le silence le plus absolu sur toutes les circonstances de cette nature ».

Les blessures de l’Empereur.

Dans la belle collection du musée de Romans figure une chaussure ayant appartenu au cardinal Fesch. Joseph Fesch, demi-frère de Letizia Ramolino, a largement profité au cours de sa vie des faveurs de son neveu Napoléon Ier. Il a été grand aumônier de l’Empire, grand-aigle de la Légion d’honneur, sénateur, ami de Pie VII et pair de France. Pourtant sa conduite peut être considérée comme odieuse en août 1818 lorsque le maréchal Bertrand l’invite à envoyer un nouveau médecin à son neveu, malade à Sainte-Hélène. En effet, le docteur O’Meara, officier britannique et médecin personnel de l’Empereur déchu, accusé de traîtrise et de calomnie, soupçonné de relais de correspondance clandestine des prisonniers vers l’Europe, est renvoyé par Hudson Lowe, fils de médecin militaire, devenu le geôlier impitoyable que l’on connaît. Fesch, illuminé, pensait que Napoléon avait été « enlevé de son rocher par les anges, qui l’avaient porté on ne saurait dire où; mais en parfaite santé ». Ses certitudes d’En-Haut le conduisirent à accepter la candidature d’un prosecteur d’anatomie à Florence, sans titre doctoral, nommé Antommarchi. Son origine corse, sa prétendue admiration pour l’Empereur et sa fourberie avaient convaincu Fesch qu’il faisait une bonne oeuvre en engageant ce pauvre garçon sans le sou.

À Longwood, Napoléon privé de médecin depuis quatorze mois, découvrit rapidement l’incompétence et l’ignominie du protégé de son oncle : « Quelqu’un a-t-il été plus mal soigné que moi par un tel coglione ? ». En revanche, grâce à Antommarchi… et à Fesch, nous bénéficions d’un méticuleux rapport d’autopsie. La description détaillée des cicatrices permet de confirmer plusieurs plaies et blessures évoquées dans les mémoires. « Le corps présentait… plusieurs cicatrices, à savoir : une à la tête, trois à la jambe gauche, dont une sur la malléole externe, une cinquième à l’extrémité du doigt annulaire ; enfin, il en avait un assez grand nombre sur la cuisse gauche » (Dr Antommarchi, Les derniers moments de Napoléon, récit de l’autopsie).

Un traumatisme cranien.

Dans sa jeunesse, il « verse avec une calèche et perd connaissance ». Cet incident est à l’origine de controverses sur les prétendues crises comitiales de Napoléon qui a fait plusieurs pertes de connaissances dans sa vie.

Une plaie à la cuisse gauche.

Sa première blessure de guerre date du 16 décembre 1793 au cours du siège de Toulon, ville livrée par ses habitants royalistes aux Anglais. Malgré la pluie diluvienne et l’obscurité, il décide de mener l’assaut pour s’emparer de la redoute du petit Gibraltar sur le promontoire de l’Éguillette, l’un des derniers forts qui couvrent l’accès de la rade. Bonaparte ayant eu son cheval tué sous lui, continue à pied et reçoit à la cuisse un coup d’esponton porté par un officier anglais. Tous les témoignages de ses proches et le rapport d’autopsie confirment l’existence d’une cicatrice sur une dépression « profonde et pouvant admettre le poing » dans la cuisse gauche, un peu au-dessus du genou. À Sainte-Hélène Napoléon avoue à Las Cases que cette blessure lui fit craindre pour sa cuisse. Il a échappé de peu à l’amputation que voulait tout d’abord pratiquer le chirurgien Hernandez. Finalement la cicatrisation fut obtenue grâce aux soins prodigués par Jean-Mathieu Chargé.

Des morsures aux mollets.

En décembre 1795 ou début janvier 1796, Napoléon passe sa première nuit d’amour avec Marie-Joseph-Rose Tascher de La Pagerie, veuve du général de Beauharnais. La prise de la couche de la future Impératrice est précédée d’une lutte contre Fortuné, le carlin qui l’accueillait régulièrement en aboyant à chacune de ses visites rue Chantereine. Le chien abandonne sa place habituelle non sans plusieurs morsures dont certaines laissèrent des traces sur le mollet du général. Malgré cela, il adresse à sa maîtresse le premier de ses billets ardents : « Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens ! Douce et incomparable Joséphine… ». Le 9 mai 1796 (19 ventôse an IV), Rose de Beauharnais devient officiellement madame Joséphine Bonaparte.

Une contusion à la jambe droite.

Bonaparte est blessé pendant la campagne d’Égypte à Damanhour, le soir du 11 juillet 1798 (22 messidor), comme en témoigne le chirurgien Larrey dans ses mémoires : « Le général en chef reçut un coup de pied d’un cheval arabe, qui lui fit, à la jambe droite, une contusion assez forte qu’on dût craindre des accidents consécutifs : je fus assez heureux pour les prévenir, et le conduire en très peu de temps à la guérison, malgré sa marche pénible et son activité naturelle qui l’éloignait du repos ».

Une contusion à un doigt.

Dans une chasse à Marly, le 22 juin 1803 (3 messidor an XI), il est renversé et blessé. Une lettre de Napoléon à Joséphine datée du lendemain en témoigne : « Je me suis blessé très légèrement à un doigt en tuant un sanglier… ». Cet accident fut assez important pour qu’il s’en souvienne encore à Sainte-Hélène (« une forte contusion du doigt ») et laisse une cicatrice notée sur le rapport d’autopsie (« extrémité du doigt annulaire »).

Une érosion à la jambe gauche.

Dans le « Mémorial », Las Cases relate une autre blessure de guerre qui n’a pas laissé de souvenirs précis à Napoléon : « à celle d’Essling ou de Wagram (6 juillet 1809), je ne saurais dire laquelle, un autre coup de feu lui avait déchiré la botte, le bas et la peau de la jambe gauche ».

Des chutes sans gravité.

En courant : en septembre 1808, l’Empereur tombe en courant après l’Impératrice lors d’une partie de barres dans le jardin, avec quelques familiers (« Mémoires »  de Constant). A cheval : Napoléon fait plusieurs chutes de cheval nécessitant parfois plusieurs jours de convalescence : au siège de Toulon, pendant les campagnes d’Italie, au siège de Saint-Jean-d’Acre, au camp de Boulogne et à Arcis-sur-Aube. À Marengo, le 14 juin 1800, il faillit être noyé dans la vase : « Seule ma tête dépassait et les Autrichiens auraient pu facilement me décapiter ».

Une brûlure au cuir chevelu.

Lors de l’incendie de Moscou déclenché par des criminels libérés de prison sur l’ordre du gouverneur Rostopchine, des flammèches tombent au milieu de la nuit sur le toit de l’appartement occupé par l’Empereur au Kremlin, le 15 septembre 1812. En sortant, il « eut sa redingote grise brûlée en plusieurs endroits, de même que ses cheveux » (« Mémoires » de Constant).

La blessure au pied à Ratisbonne (23 avril 1809).

En janvier 1809, Napoléon lutte en Espagne contre l’armée anglaise de John Moore. Il apprend que l’Autriche est prête à déclarer la guerre, après plusieurs années de préparation en vue de venger Austerlitz. Pendant son retour à bride abattue vers la France, il est informé de l’existence d’un complot entre Talleyrand et Fouché visant à placer Joachim Murat sur son trône en cas de mort accidentelle, les nouvelles d’Espagne étant pessimistes. À Paris, le 28 janvier, il convoque ses ministres dont Talleyrand et entre dans une rage folle (… «Vous êtes de la m… dans un bas de soie»).

L’attaque autrichienne.

Le 13 avril, il repart en campagne à l’Est. Pour la première fois, il s’est laissé surprendre car l’archiduc Charles a attaqué le 10 et occupé Münich, sans rupture diplomatique ni déclaration de guerre (5e coalition). Le 17, il parvient sur le terrain et devine aussitôt les projets de l’archiduc. La Grande Armée est divisée en deux gros corps d’armée : Masséna au sud-ouest et Davout au nord-est ; si le centre est enfoncé par les armées ennemies (Autriche, Prusse), la guerre est perdue. Napoléon donne donc l’ordre aux deux ailes de se regrouper au centre, sur la ville d’Abensberg où il se rend lui-même. La rencontre entre Davout et ses adversaires se produit à Tengen, au sud de Ratisbonne (Regensburg). Profitant de l’avantage des Français et du regroupement de son armée, Napoléon poursuit les Autrichiens qui sont vaincus à Eckmühl, le 22.  L’archiduc se replie avec toutes ses troupes sur Ratisbonne où il laisse une très forte garnison et poursuit sa route vers la Bohême pour rejoindre son armée de réserve.
Il a perdu 30 000 hommes en huit jours. Le 23 avril, les Français enlèvent d’assaut Ratisbonne, étape indispensable pour ouvrir la route de Vienne (prise le 12 mai). Au cours de cette bataille, Napoléon est victime de sa deuxième blessure de guerre.

La blessure de l’Empereur.

Les consignes de Napoléon ayant été respectées, il n’existe pas de document officiel qui relate cet épisode. Il faut donc se baser sur les témoignages qui diffèrent souvent sur le siège de la blessure, son type et les circonstances.

• Constant, premier valet de chambre de l’Empereur, évoque l’incident à deux reprises, dans ses « Mémoires », avec des versions légèrement différentes :

– « L’Empereur voyant fuir les Autrichiens de toutes parts, croyait l’affaire terminée. On avait apprêté son déjeuner à la cantine, au lieu qu’il avait désigné. Il se dirigeait à pied vers cet endroit, lorsque se tournant vers le maréchal Berthier, il s’écria : “Je suis blessé”. Le coup avait été si fort que l’Empereur était tombé assis ; il venait de recevoir la balle qui l’avait frappé au talon. Au calibre de cette balle, on reconnut qu’elle avait été lancée par un carabinier tyrolien, dont l’arme porte ordinairement à la distance où nous étions de la ville. Un aide de camp vint me chercher, et lorsque j’arrivai, je trouvai M. Yvan occupé à couper la botte de Sa Majesté, dont je l’aidai à panser la blessure. Quoique la douleur fût encore très vive, l’Empereur ne voulut même pas donner le temps qu’on lui remit sa botte, et pour donner le change à l’ennemi, et rassurer l’armée sur son état, il monta à cheval, partit au galop avec tout son état-major et parcourut toutes les lignes ».

– « À la campagne de Ratisbonne, le 23 avril, l’Empereur reçut au pied droit une balle morte qui lui fit une assez forte contusion. J’étais avec le service quand plusieurs grenadiers de la garde accoururent me dire que Sa Majesté était blessée. Je courus en toute hâte et j’arrivai au moment où M. Yvan faisait le pansement. On coupa et laça la botte de l’Empereur qui remonta sur-le-champ à cheval ». Une autre version rapportée par Octave Aubry (La vie privée de Napoléon), confirme cette blessure au talon droit : « À pied près de Lannes, il examinait à la lorgnette les défenses de la ville quand un biscaïen, tiré des remparts, l’atteint au talon droit. Pendant qu’Yvan le panse il dit avec sang-froid : “Ce ne peut être qu’un Tyrolien qui m’ait ajusté de si loin. Ces gens sont fort adroits”. Cependant il souffre, car un nerf a été touché. Mais il remonte aussitôt à cheval et part au galop pour se montrer aux troupes qui l’acclament avec transport. Le lendemain, quoique fiévreux, il passe l’armée en revue ». Ces relations sont également celles du Cadet de Gassicourt (Voyages en Autriche), de W. Warden (Lettres de Sainte-Hélène) et du général baron de Marbot.

Pour certains témoins ce sont les orteils du pied qui sont « devenus noirs par la contusion » (général Désiré Chlapowski). Cette affirmation est peu vraisemblable.

Outre les références déjà citées, plusieurs arguments plaident en faveur du talon : le tableau de Gautherot au musée de Versailles ; les propres souvenirs de Napoléon rapportées par Las Cases dans le Mémorial (« une balle lui avait frappé le talon ») ; la lettre écrite par Napoléon à Joséphine le 6 mai 1809 d’Ems pour la rassurer, des « bruits » concernant sa blessure étant parvenus à Paris. « Mon amie, j’ai reçu ta lettre. La balle qui m’a touché ne m’a pas blessé : elle a à peine rasé le tendon d’Achille. Ma santé est bonne. Tu as tort de t’inquiéter. Mes affaires ici vont fort bien. Tout à toi. Dis bien des choses à Hortense et au duc de Berg ».

Le biscaïen (petit boulet faisant partie de la charge d’une boîte à mitraille) peut être vu au musée de l’Armée, à Paris, car il a été recueilli aussitôt par le capitaine Lameau, ingénieur-archiviste du bureau topographique qui faisait partie de la suite impériale, et remis à Mme Gérard, sa nièce, grand-mère des donateurs.

Le chirurgien.

Plusieurs noms sont avancés pour désigner le chirurgien qui pansa le pied de Napoléon à Ratisbonne : Nicolas Heurteloup (1750-1812), Nicolas-René Dufriche dit Desgenettes (1762-1837), Dominique Larrey (1766-1842). Une bonne connaissance du service de santé de l’Empereur ne laisse aucun doute sur l’identité du chirurgien. L’étiquette étant très respectée sous l’Empire, seul un médecin ou un chirurgien du Service a pu toucher l’Empereur. Bonaparte n’aimait ni les médecins ni les drogues. Il ne donna sa confiance qu’à un seul médecin, recommandé par son secrétaire Bourrienne et son frère Louis, Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821). Corvisart devint le médecin de toute la famille Bonaparte et rapidement un des vrais amis de Napoléon (« Je ne crois pas à la médecine, je crois en Corvisart »). Conseiller médical du Premier consul, il est promu officier de la Légion d’honneur un mois après le sacre (premier médecin ayant eu cette distinction).

Toutes les obligations officielles ne l’empêchent pas de poursuivre une brillante carrière de thérapeute et d’enseignant. Bichat (1771-1802), Laennec (1781-1826) et Dupuytren (1777-1835) comptent parmi ses élèves les plus célèbres. Nommé Premier médecin de Sa Majesté (19 juillet 1804), il obtint carte blanche pour organiser le service de santé de l’Empereur. Parmi d’excellents praticiens il ne choisit que des amis loyaux, évinçant tout militaire qui aurait pu nuire à son influence en haut lieu

-Larrey, le plus célèbre des chirurgiens de l’époque, n’a jamais pu obtenir de poste officiel auprès de l’Empereur qu’il connaissait depuis Toulon. Il le suivit en Égypte comme chirurgien-chef du corps expéditionnaire. Corvisart, fin psychologue, craignait leur estime réciproque et fit tout pour ne pas perdre son avantage. Larrey fut inspecteur général du service de santé des armées en 1804 puis chirurgien en chef de la Grande Armée le 12 février 1812. Il n’a jamais appartenu au service de santé de l’Empereur. Desgenettes a été médecin-chef de l’armée d’Italie puis de l’expédition d’Égypte où il s’opposa à Bonaparte sur la conduite à tenir envers les pestiférés. Il participa fidèlement à toutes les campagnes puis devint inspecteur général du service de santé des armées. Il n’a jamais soigné l’Empereur.

-Heurteloup, autre fidèle de Bonaparte, a été chirurgien-chef de l’armée d’Italie puis des armées en 1800 (à 50 ans). Membre du conseil de santé de l’armée, secondé par Percy, il fut président de la société médicale de Paris. En 1809, responsable de l’organisation du service de santé, il était présent lors de la blessure de l’Empereur mais sa fonction ne lui permit pas d’intervenir. Il ne devint membre du service de santé de l’Empereur qu’en 1812.

Le premier chirurgien Boyer fut nommé à ce poste important par Corvisart pour sa compétence et sa timidité lors des réceptions officielles. Il n’avait aucun goût pour les expéditions lointaines et ne partait que sur ordre de l’Empereur, qui appréciait sa compagnie. Il ne participa pas aux campagnes de 1809. En revanche, le chirurgien ordinaire Yvan avait suivi Napoléon depuis les campagnes d’Italie. Chirurgien en chef des Invalides en 1804, Corvisart ne put l’exclure du service de santé de l’Empereur comme les autres fidèles du général Bonaparte. Yvan fut l’un des seuls courtisans, avec Corvisart, qui eut l’occasion d’assister parfois à la toilette de l’Empereur. Il coucha même aux Tuileries pendant quelques temps (ce que Corvisart n’avait jamais accepté) afin d’être à même de pouvoir donner des soins à toute heure du jour ou de la nuit. C’est certainement lui qui a soigné le pied de l’Empereur.

Un pas vers la répudiation de Joséphine.

Tous les témoignages laissent penser que la blessure de Ratisbonne fut sans gravité, limitée à une forte contusion sous-malléolaire externe droite. Par contre, elle influença probablement le courant de l’histoire. En avril 1809, Napoléon commence à craindre pour son avenir. La guerre d’Espagne se poursuit depuis un an. Les nationalistes, inspirés par la Révolution française, commencent à s’organiser dans l’Empire notamment en Allemagne et en Italie. Pour la première fois, les coalisés, mieux organisés, infligent de lourdes pertes à l’armée impériale alors qu’on commençait à la croire invulnérable. Cette blessure au pied sur le champ de bataille, la première de Napoléon en tant qu’Empereur, lui fait prendre conscience d’une mort possible alors qu’il n’a pas eu d’enfant avec Joséphine, donc pas de descendant direct.

Après la victoire de Wagram (6 juillet 1809), Marie Walewska, la maîtresse polonaise de l’Empereur, rejoint son amant à Vienne pour plusieurs semaines. Corvisart arrive à la demande de Napoléon en août et lui annonce quelques jours plus tard que Marie est enceinte. « Je craignais que ce bonheur de la paternité qu’ont tous les hommes ne me fût refusé, par une sorte de vengeance du sort qui m’a déjà prodigué tant de dons. J’aime les enfants, tu le sais. Mais un petit à moi, c’est une grâce à laquelle je n’osais plus songer ». Alexandre, né le 4 mai 1810 en Pologne, lui apporte une seconde preuve formelle, après le comte Léon, de ce qu’il espérait : être père.

La tentative d’assassinat du saxon Frédéric Staps, au cours d’une parade, devant le palais de Schoenbrunn le 18 octobre 1809, vient renforcer le sentiment de vulnérabilité. Après plus de deux ans d’hésitations, ces événements intervenus pendant la campagne autrichienne influent sur la décision définitive de Napoléon à divorcer. D’Autriche, il demande à Duroc d’écrire à l’intendant des palais impériaux pour qu’il fasse immédiatement murer à Fontainebleau la porte de communication entre son appartement et celui de Joséphine. Un mois après son retour à Paris, il trouve le courage d’annoncer à l’Impératrice sa répudiation, le 26 octobre 1809. Le divorce est prononcé le 14 décembre 1809.

Alain GOLDCHER 

(« Revue  du Souvenir Napoléonien » n°453, juin-juillet 2004, pp.3-7).

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( 20 mai, 2022 )

Etat d’esprit régnant dans quelques départements français en mai 1815.

France Empire

Un rapport du commissaire extraordinaire Colchen.

« Les lettres et rapports, tous inédits, des commissaires extraordinaires des Cent-Jours forment une collection de textes extrêmement instructifs, véritable esquisse de la France en 1815 aux points de vue administratif, politique et social. Parmi les plus remarquables de ces écrits se trouve un rapport de Colchen à Fouché sur le Centre. Voici ce document in-extenso: c’est un tableau consciencieux, inspiré par une réalité prochaine, et où tes petits faits sont habilement mêlés à des considérations générales.

Emile LE GALLO.

———————–

Bourges, le 20 mai 1815.

Le Commissaire extraordinaire de l’Empereur dans la 21ème division militaire à Son Excellence le Ministre de la Police.

Monseigneur,

J’exerçais les fonctions de commissaire extraordinaire dans la 20ème division militaire lorsque le 29 avril j’ai été prévenu que ma destination était changée et que ma nouvelle mission était pour la 21ème division. Je m’y suis rendu aussitôt. J’ai parcouru les six départements qui la composent, je m’occupe en ce moment du compte que j’ai à rendre de mes opérations aux Ministres de Sa Majesté, chacun en ce qui les concerne. Celui que j’ai à rendre à Votre Excellence est l’objet de cette lettre.

Haute-Vienne. -Le département de la Haute-Vienne est en général animé d’un bon esprit, le peuple y comprend ses intérêts: aussi les nobles et les prêtres n’ont aucune influence sur lui. Au nom de l’Empereur, il obéit. Il, se prête à toutes les mesures qu’exigent les circonstances, non par résignation, mais avec empressement, avec joie. Celte disposition du peuple en impose aux ennemis du gouvernement impérial. Ce n’est plus ouvertement qu’ils manifestent tous leurs coupables vœux; ils ne se présentent plus aux regards du peuple, ils vivent isolés, et si quelques-uns manœuvrent encore, c’est dans le secret et l’ombre. Je ne dois pas laisser ignorer à Votre Excellence qu’une partie de la magistrature de Limoges s’est livrée avec éclat à la cause des Bourbons. Mais ce qui ne la surprendra pas moins, c’est d’apprendre que les Bourbonistes comptent de nombreux et zélés partisans dans les négociants et marchands de cette ville. Usant des pouvoirs qui m’ont été conférés, j’ai écarté des places civiles et administratives tous ceux dont les opinions ‘étaient pas bien prononcées en faveur du gouvernement.

Creuse. - Le peuple du département de la Creuse est sans doute attaché au nouvel ordre de choses, mais son attachement ne se manifeste pas avec autant d’éclat que dans la Haute- Vienne, soit parce que la population mâle du pays, composée de maçons, de tailleurs de pierres, est presque entièrement absente et disséminée sur toute la surface de la France et qu’il ne reste guère dans le département que des vieillards, des femmes et des enfants, soit parce qu’une foule de prétendus nobles et de fonctionnaires publics, qui font cause commune avec les partisans du gouvernement royal, y ont conservé leur ancien ascendant et le compriment. Dans les six départements de la division il n’en est aucun qui présente autant de réformes à faire parmi les fonctionnaires de toutes classes.

Allier.- .l’ai trouvé toutes les autorités du département de l’Allier dans un très mauvais sens. Des royalistes effrénés occupaient toutes les places, les amis du gouvernement n’osaient professer ni même manifester lents opinions en faveur de l’Empereur sous peine d’être taxés de jacobinisme. Dans les campagnes comme dans les villes, le peuple, sans énergie, se soumettait à l’influence des ennemis de l’ordre de choses actuel. Le seul arrondissement de Montluçon résistait à cette influence, grâce à la bonne direction qu’il avait reçue du sous-préfet qui l’administrait, le sieur Amelot. Aussi le rappel des anciens militaires n’avait-il produit aucun ou presque aucun résultat. La garde nationale était aux ordres des noble et commandée par eux, et l’on ne s’occupait pas de la réorganiser. Enfin, en entrant dans ce département, on pouvait se croire encore sous le gouvernement de Louis XVIII, On voyait au Conseil de préfecture un des membres se qualifiant de Receveur général des domaines et bois du prince de Condé. Ou voyait dans le maire de Moulins un homme qui, autrefois par état, aujourd’hui par sentiment, était attaché aux Bourbons. On entendait chez lui des gens dire : « Quand notre année aura mis une fois e pied sur le territoire de France nous verrons ». Je me suis empressé de réorganiser les autorités le mieux qu’il a clé possible. J’ai ordonné la fermeture à Moulins d’un club dit le Cabinet littéraire, qui était le rendez-vous et le quartier général des ennemis du gouvernement, j’ai défendu en même temps toute réunion qui n’aurait pas été préalablement autorisée par le préfet du département. J’ai destitué le commissaire de police de Moulins et l’ai remplacé par un homme dont l’intelligence, le zèle et le patriotisme sont bien constatés, le sieur Delacroix. J’ai également destitué celui de Montluçon; son successeur est le sieur Finition, qui m’a été désigné d’une manière aussi favorable que le sieur Delacroix.

Nièvre.- J’arrive à un département qui présente un contraste frappant avec celui de l’Allier. Partout ici retentit le nom de l’Empereur, et ce nom ne se prononce pas sans exciter l’enthousiasme, sans produire le désir de le seconder par tous les moyens, par tous les sacrifices nécessaires. La Nièvre n’a que 210.000  âmes de population cl le recensement a déjà produit 1.500 hommes à l’armée. La garde nationale se réorganise avec activité et ses grenadiers s’apprêtent à marcher. Il se prépare des corps de partisans, on s’y occupe d’une Fédération. Enfin  les contributions s’y payent avec la plus grande exactitude. Cependant, ici connue ailleurs, on rencontre encore des ennemis du gouvernement. Ils formaient à Nevers une réunion dite la Société du château, cette réunion inquiétait les patriotes. Je l’ai dissoute et ordonné que les salles de ce château soient fermées. J’ai pris ce parti, je l’avoue, moins excité par le danger que pouvait présenter ce rassemblement pour la chose publique que pour les inconvénients auxquels s’exposaient ceux qui en faisaient partie. Les habitants de Nevers sont très ardents, parmi eux se trouvent quelques hommes dont l’exaltation pourrait conduire le peuple à des excès condamnables. Du nombre de ces hommes est un ancien commissaire de police, habile, audacieux, actif malgré son âge déjà avancé, son nom est M. Guyon. J’avais jugé convenable de l’écarter de Nevers et l’avais, en conséquence, nommé commissaire à Cosne, mais il a refusé de s’y rendre. J’ai nommé pour remplir les fonctions de cette place à Nevers un homme dont le choix a généralement plu aux habitants, c’est le fils de M. Noël Pointe, ex-conventionnel ; il joint au dévouement le plus prononcé pour le gouvernement des moyens et des formes qui supposent une éducation soignée. J’ai placé à Cosne, en remplacement du sieur Guyon, le sieur Barberaud, ancien capitaine de cavalerie, officier de la garde nationale, homme dont la garantie est dans ses services, dans sa moralité et dans le zèle qu’il a constamment montré dans diverses fonctions qu’il a remplies depuis qu’il est retiré du service. Indre. — Je passe au département de l’Indre. Ce département présente peu de nobles, et il est le seul dans la 21ème  division où les piètres marchent dans le sens du gouvernement. Les habitants sont portés pour le nouvel ordre de choses, mais ils ne montrent pas cet élan qui distingue les habitants de la Nièvre, ils ne vont pas d’eux-mêmes, ils se laissent conduire, ils obéissent. Il résulte de celte disposition d’esprit que c’est avec quelque lenteur (pie s’exécutent les lois et les mesures que commandent les circonstances. Ce département est dans une bonne direction, mais il faut que les fonctionnaires publics s’y montrent zélés et actifs. J’en ai remarqué quelques-uns dont l’indolence et l’extrême négligence dans l’exercice de leurs fonctions m’ont forcé de prononcer ou de provoquer la destitution. Un inconvénient préjudiciable à ce qu’on appelle les petits départements, c’est d’être affectés au noviciat (les fonctionnaires appartenant aux différents services publics, ou, ce qui est encore pis, d’être le partage de ces fonctionnaires condamnés, par la faiblesse de leurs moyens, à rester au dernier rang.

Cher.- Le département du Cher était le domaine des prêtres et des nobles. Ils y exerçaient un grand empire. Ils y ont conservé une  partie de leur ancien ascendant. Les autorités leur étaient soumises, et elles font encore aujourd’hui de vains efforts pour se soustraire à leur influence. Ces ennemis du gouvernement, répandus dans toutes les parties du département et appelant de leurs vœux l’ennemi eu France, persuadant au peuple que le gouvernement impérial ne tiendrait pas, que les Bourbons ne tarderont pas à rentrer environnés de toutes les forces des puissances coalisées, il s’alarme, il s’intimide. Par suite de leurs suggestions, les anciens militaires répugnent à rejoindre, et les gardes nationaux se montrent peu disposés à répondre à l’appel qui leur est fait. L’action du gouvernement n’est pas seulement entravée par leurs manœuvres, elle l’est encore par l’inertie de la plupart des maires qui, prévoyant leur changement prochain, laissent à leurs successeurs le soin de proclamer les actes de l’autorité et d’exécuter les ordres qu’ils reçoivent. Le nouveau préfet de ce département emploie tous les moyens qui sont en son pouvoir pour détruire les mauvaises impressions qu’ont reçues les habitants, pour stimuler leur zèle et les amener à l’exécution des mesures ordonnées par le gouvernement. Il y a lieu de croire que ses efforts obtiendront du succès, surtout s’il parvient à exciter le zèle des autorités secondaires qui, lors même qu’elles sont favorablement disposées, marchent avec une lenteur révoltante.

Dans le nombre des fonctionnaires au remplacement desquels il m’a paru nécessaire de pourvoir est le sieur Boyer, commissaire de police à Bourges. Sur la demande du nouveau maire et des autorités locales, je lui ai donné [unir successeur le sieur Bertrand-Gagnave. Après l’exposé que je viens de présenter à Votre Excellence, il ne me reste plus qu’à l’informer que dans aucun des six départements de la  21ème division les nobles ne se sont présentés pour concourir aux opérations des collèges électoraux. Par là, ils ont constaté leur opposition au gouvernement et justifié d’avance les mesures que la prudence pourrait suggérer à leur égard, et toutes celles que pourraient commander les circonstances.

J’avais annoncé à Votre Excellence, lorsque j’exerçais mes fonctions dans la 20ème  division, que je lui adresserais pour chaque département la liste des électeurs à surveiller à Paris. Je me persuade que mou successeur, le baron Marchant, aura donné suite à l’envoi de ces listes, à moins qu’il n’ait eu lieu de s’apercevoir, comme je m’en suis aperçu dans la 21ème division, que les opposants au gouvernement n’étaient nullement dans l’intention de se rendre à Paris pour assister au Champ de Mai.

Agréez, etc.

Le comte COLCHEN. »

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.493-499)

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( 13 mai, 2022 )

Une lettre du général Van Hogendorp à l’Empereur.

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J’ai publié précédemment sur ce Blog, une notice sur la figure méconnue du général Hogendorp, assortie de 2 lettres adressées par Berthier à ce même officier. Voici une nouvelle lettre que le général Hollandais adressa à Napoléon. 

C.B. 

Le général Hollandais Van Hogendorp, aide-de-camp de l’Empereur, nommé gouverneur général de la Lituanie, retrace à ce dernier dans cette lettre du 22 novembre 1812, les mesures qu’il prit à la nouvelle de la prise de Minsk. Cette nouvelle « a fait à Vilna une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes » ; nombre de fuyards, soldats et paysans, sont arrivés en grand nombre et la ville est terriblement encombrée. Mais Van Hogendorp fait sonner très haut l’arrivée des renforts destinés la Grande-Armée, et notamment de deux régiments de cavalerie napolitaine qui dit-il dans cette lettre, avaient une magnifique tenue. 

A.CHUQUET 

Vilna, 22 novembre 1812.  Sire, quand je reçus la nouvelle inopinée que M. le général Bronikowski avait abandonné Minsk sans faire aucune résistance, il y avait des troupes en route de Vilna pour aller rejoindre l’armée. Je pris d’abord le parti d’envoyer des officiers pour leur faire faire halte à Oschmania, et je chargeai M. l’adjudant commandant d’Albignac qui venait d’arriver, d’aller les rassembler pour en prendre le commandement et prendre une position jusque vers Smorgoni pour, de là, observer l’ennemi, prendre des information, envoyer des patrouilles et des reconnaissances en avant, et à droite, et à gauche, et, s’il se trouvait que l’ennemi n’était pas en force, avancer sur la route de Minsk avec beaucoup de prudence, aussi loin qu’il pourra venir, afin de pouvoir, dès que l’ennemi se retire, y rentrer et amener les détachements de marche qu’il a avec lui à l’armée et, en cas contraire, que l’ennemi se montrât en force et les menaçât, de se replier et de revenir à Vilna.  J’ai l’honneur de présenter ci-joint à Votre Majesté la situation des troupes de marches qui se trouvent réunies sous les ordres de M. d’Albignac à qui j’ai recommandé la plus grande prudence et circonspection, vu que, d’après les ordres de V.M ., ces corps de marche ne doivent pas être menés contre l’ennemi. Mais, pour ceux-ci, ils se trouvaient déjà en marche pour aller rejoindre leurs régiments sur Vilna où toute la 24ème division ca être réunies avec plusieurs régiments de cavalerie ou autres corps de marche et où se trouvent arrivés déjà, depuis quelques jours, les deux régiments de cavalerie napolitaine de la garde royale qui sont arrivés ici en très bon état, ayant perdu très peu d’hommes et de chevaux en route. Je les ai vus hier à cheval, et je puis assurer Votre Majesté qu’ils sont dans le plus bel ordre et ont la plus belle tenue. Hier, les six premiers bataillons de la 34ème  division sont arrivés, et aujourd’hui il en arrive encore cinq. Les deux autres suivront de près avec l’artillerie de la division qui est partie le 16 novembre de Koenigsberg, et les vélites à pied de la garde napolitaine en sont partis le 18. L’évacuation de Minsk a fait ici une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes. J’ai tâché de calmer et de tranquilliser les esprits par ma contenance et en faisant voir que jamais je ne penserais à évacuer ma place. J’ai aussi fait sonner fort haut l’arrivée prochaine de la 33ème division, et d’un corps de 12.000 Bavarois qui arriveront par Varsovie et Grodno, surtout en donnant partout des ordres pour faire fournir les subsistances et les fourrages pour ces différents corps. La prise de Minsk a fait refluer un nombre considérable de troupes débandées du corps battu du général Kossecki, de blessés, de soldats isolés, d’habitants de la campagne, et femmes et enfants, fuyant, saisis de terreur panique, vers Vilna. Ce qui, avec le nombre considérable de troupes qui s’y trouvent, fait un encombrement terrible et nous donne beaucoup de peine pour entretenir le bon ordre et la tranquillité. Cependant, j’ose donner l’assurance à Votre majesté que je saurai maintenir l’ordre et le bon esprit tant parmi les troupes que parmi les habitants, et qu’en tout cas, j’espère me montrer digne de la confiance dont elle a daigné m’honorer en me nommant à cette place. Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le plus humble, le plus obéissant et le plus fidèle sujet. 

Le comte de HOGENDORP. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet  intitulé « Lettres de 1812. 1ère série [seul volume paru] », Paris, Champion, 1911, pp. 234-237. 

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( 20 avril, 2022 )

Une lettre du général Friant au maréchal Ney…

Une lettre du général Friant au maréchal Ney… dans TEMOIGNAGES 05-524353-300x238Fontainebleau, le 20 avril 1814.

A Son Excellence le Prince de la Moskowa.

J’ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence que Sa Majesté l’Empereur Napoléon est parti ce matin, à midi, de Fontainebleau. L’Empereur a désiré, avant son départ, voir le 1er régiment des grenadiers cantonné ici. Ayant réuni le corps des officiers, il leur a fait ses adieux en leur recommandant d’être fidèles au nouveau souverain que les vœux de la Nation avaient appelé au trône. L’officier porteur de mes dépêches donnera à Votre Excellence les autres détails. 

FRIANT.

Le général Friant fut nommé par Louis XVIII, le 18 juillet 1814, colonel des grenadiers à pied de France ; il avait reçu la croix de Saint-Louis le 2 juin 1814. Au retour de l’Empereur, il prit le commandement de la division des grenadiers de la Garde Impériale et combattit à Waterloo. (« Un soldat de Napoléon. Extraits des livres d’ordre et de correspondance du général de division comte Friant », publié dans « La Nouvelle Revue » du 15 avril 1900, par le Baron P. de Bourgoing).

 

 

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( 19 avril, 2022 )

Opinion du général Pelet sur l’Empereur…

Napoléon 6 semaines avant Waterloo

« Compagnon et historien des exploits du grand homme, j’ai défendu sa mémoire avec persévérance dans les années d’oppression. Aujourd’hui que la France a reconquis la liberté et son indépendance, je manquerais à moi-même, je manquerais à tant de guerriers morts au champ d’honneur, si je n’élevais  ma voix en faveur de notre chef immortel. C’est bien le moins que la Patrie  offre un tombeau à celui qui l’a couverte de tant de bienfaits et comblée de tant de gloire.

Le Roi que le peuple français a élevé sur le trône acquerra de nouveaux droits à sa reconnaissance, en réclamant les restes du grand homme pour lequel il a si souvent fait éclater son admiration. Je vous ai parlé, Messieurs, des bienfaits de l’Empereur. L’univers connaît ceux dont il a comblé la France et une partie de l’Europe, et cependant, Messieurs, l’histoire du grand homme n’est pas connue et comment aurait-elle pu l’être puisqu’il a succombé deux fois dans la lutte pour laquelle ses ennemis avaient soulevé l’Europe entière, pour laquelle tous les peuples armées par leurs oppresseurs, au nom de la Liberté avaient été dirigés contre celui  sui avait été le véritable détenteur de leurs droits.

On ne sait pas, Messieurs, que toutes les guerres de Napoléon furent éminemment défensives et qu’elles eurent pour but immédiat de défendre contre la Sainte-Alliance, le trône national consacré par 4 millions de votes. Souvent l’Empereur a dit : « lorsque la Nation a élevé à la souveraineté un de ses citoyens, elle a pris l’engagement de le défendre contre la coalition des souverains qui se prétendent établis par le droit divin.

Il ne sera pas difficile de prouver que Napoléon, toujours provoqué, toujours attaqué par les puissances étrangères, a toujours accordé la paix, lorsqu’elle lui a été demandée, et avec des conditions constamment modérées, que sans cesse, il a été réattaqué par des ennemis toujours vaincus et s’armant contre lui des bienfaits qu’ils avaient obtenus jusqu’au moment où vaincu par la fortune, par les éléments et par les hommes, il a vainement réclamé la paix qu’il avait si souvent accordée.

Ce n‘est pas ici le cas, messieurs, de dérouler cette longue suite de traités si souvent outragés : qu’il me suffise de dire seulement qu’il n’est pas une des grandes puissances qui ne les ait plusieurs fois mendiés et autant de fois violés, vous serez peut-être étonnés, Messieurs ; mais il est éminemment vrai pour moi que si le triomphateur n’eut pas trop sacrifié au désir d’assurer la paix de la France et de l’Europe ; s’il avait déployé contre ses ennemis un peu de cette violence qu’ils n’ont cessé de manifester contre lui, il aurait bientôt établi en Europe un ordre de choses plus conforme aux besoins du siècle et aux progrès de la civilisation. Et pourtant, Messieurs, quelqu’immenses qu’aient été les bienfaits du grand homme, quelque reconnaissance qu’ils doivent exister parmi nous, je me reprocherais d’attirer trop longtemps votre attention sur les détails de son histoire, si elle n’était pas en même temps celle du peuple français. Ce n’est pas au conquérant, ce n’est pas à l’heureux soldat que la Coalition faisait la guerre, c’est au créateur de nos codes immortels, c’est à l’organisateur de notre administration nationale, c’est au représentant et à l’héritier de la Révolution française qu’ils avaient déclaré une guerre à mort. C’est la France entière qu’ils attaquaient et qu’ils voulaient réduire sous le joug de l’ancienne dynastie.

Aujourd’hui, Messieurs, nous sommes dans la même position depuis le traité de Plinitz, la Sainte-alliance n’a pas cessé d’exister, la Révolution de Juillet l’a de nouveau armée contre nous. Qu’on ne parle pas de démonstrations amicales de tous mes souverains. Il n’en est aucun qui n’ai plusieurs fois trahi les traités de l’Empire. Nous sommes autorisés à ne plus croire à leur bonne fois et à ne nous confier que dans le développement de nos forces nationales.

Que les restes de Napoléon soient rapportés au milieu de nous. C’est au nom de 4 millions de citoyens qui ont voté pour élever Napoléon à l’Empire que je viens réclamer un tombeau pour lui. »

Discours du Général PELET-CLOZEAU, député de Toulouse, directeur du Dépôt de la Guerre, à la Chambre des Députés, 1831.

Reproduit dans la «Revue de l’Institut Napoléon », n°8, 4ème trimestre 1939, pp.245-247.

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( 11 avril, 2022 )

Le général Roussel d’Hurbal en 1815…

Le général Roussel d’Hurbal en 1815… dans TEMOIGNAGES golfejuan

Le général Roussel d’Hurbal commandait une division de cavalerie chargée d’arrêter l’ Usurpateur en avant de Paris, et il assure que le 20 mars, à Gentilly, des régiments, Le 1er dragons et 6ème chasseurs, ne fléchirent pas, malgré l’infanterie qui leur criait : « Vive l’Empereur ! »  et malgré les voitures de la cour qui les virent passer et qui venaient chercher Napoléon.

Arthur CHUQUET.

 Le 14 du mois de mars, étant à Besançon en tournée d’inspection, je reçus de M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, l’ordre, du 11, de me rendre en poste à Lyon près de S. A. R. Monsieur, Je me mis en route le même jour ; mais, ayant appris à Chagny, près de Chalon-sur-Saône, que Mgr. Le comte d’Artois était retourné à Paris, je me dirigeai vers cette ville où j’arrivai le 17. Le 19, surlendemain de mon arrivée, Mgr. le duc de Berry me fit expédier l’ordre de me rendre à Essonnes pour y prendre le commandant d’une division de cavalerie dans le corps de M. le comte de Valmy [fils du maréchal Kellermann] ; j’y arrivai le même jour au soir. Le 20, à 5 heures du matin, M. le général comte de Valmy m’envoya l’ordre de me retirer d’Essonnes sur Saint-Denis. Je pris sur le champ mes mesures pour mettre cet ordre à exécution. Mais, mes brigades ayant été réparties sur différents points et marchant isolément, je partis d’Essonnes avec une garde d’un officier et quatorze chasseurs du 4ème  régiment et j’atteignis à deux lieues de là la brigade de M. le général Vallin, composée du 1er  de dragons et du 6ème  de chasseurs, à la tête de laquelle je me mis pour marcher au lieu désigné. A la hauteur de Gentilly, entre Paris et Villejuif, le général en chef, instruit de l’insurrection de Saint- Denis, me fit ordonner de m’arrêter où je me trouvais et de cantonner mes régiments dans les villages voisins de la route. Je m’empressai d’obéir à cet ordre pour ne pas me trouver sur la route au moment du passage de Bonaparte que je prévoyais devoir arriver bientôt à cause des voitures de la cour qui, depuis longtemps, étaient passées pour aller le chercher. Qu’il me soit ici permis de rendre hommage à la conduite digne d’éloge des deux régiments et au détachement de chasseurs que je ramenai. Aucun homme n’a ni quitté son rang ni fait entendre un cri séditieux, quoique tous y fussent provoqués par plusieurs bataillons d’infanterie qui marchaient en sens contraire et retournaient à Bonaparte.

Je passai la nuit du 20 à Gentilly avec le colonel du 6ème  de chasseurs et le lendemain, je me rendis à Paris dans mon logement où je restai sans vouloir paraître aux revues de ma troupe passées par Bonaparte, et ce ne fut qu’après le retour de M. le maréchal Macdonald et des autres militaires qui avaient escorté le Roi jusqu’à la frontière, que je consentis à paraître aux Tuileries. Le 8 avril, le ministre de la Guerre m’envoya des lettres de service que je n’avais point sollicitées, pour prendre le commandement de la 2ème division de cavalerie.

Paris, 26 octobre 1815.

Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911, pp.285-287.

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( 28 mars, 2022 )

Deux mamelucks (1814)…

Mamelouks

« Bouches-du-Rhône. Préfet, 8 octobre 1814.- Le préfet m’adresse les interrogatoires qu’il a fait subir à deux mamelucks débarqués à Marseille et venant de l’île d’Elbe. L’un, Barthélémy Corpi, âgé de trente-huit ans, a déclaré qu’il avait, dans le courant de mai dernier, quitté à Fontainebleau le service de Bonaparte. Il se retira dès lors à Marseille avec sa femme et ses enfants, et y vivait du produit de sa pension de retraite. Il avait vendu deux chevaux à un lieutenant de son corps, et c’est pour en obtenir de lui le paiement qu’il se rendit, au mois de juillet, à l’île d’Elbe où il a passé quinze jours. Durant cet espace, il a vu (dit-il) une seule fois Bonaparte, à Portoferraio. Celui-ci lui demanda d’où il revenait et ce qu’on disait de lui à Paris et à Marseille. Barthélémy assure qu’il répondit que chacun en parlait à sa manière; que Bonaparte en paraisse offensé, se retira brusquement et avec beaucoup d’humeur. Il se trouvait à Portoferraio le jour de la fête de Bonaparte. Il avoue y avoir été invité par des officiers de son ancien corps à un banquet splendide. Bonaparte n’y parut pas; mais il alla visiter la table des soldats. Cette indifférence mécontenta beaucoup les officiers. Ils se plaignaient encore davantage qu’on ne leur avait pas fait donner un mois de gratification, comme c’était l’usage en France. Suivant lui, la garde de Bonaparte se compose de 850 hommes. On aurait essayé de former en outre un corps franc de Corses, mais on n’aurait pu le compléter, et il diminuait tous les jours par la désertion. Les militaires de la Garde de Bonaparte paraissaient depuis quelque temps se dégoûter de son service et parlaient de rentrer dans leur patrie. Ils étaient humiliés de l’obligation qu’on leur imposait de travailler comme des mercenaires, quoiqu’on leur donnât trente sols par jour outre leur paye [Note de Beugnot: C'est très peu probable]. La mère de Bonaparte est logée dans une maison particulière, près de lui. Chaque jour, il parcourt l’intérieur de l’île. Il part à 4 heures du matin, emportant une lunette d’approche, visite ses ateliers et les salines qu’il a presque toutes achetées. Il va chez les paysans, boit et mange avec eux, rentre vers 11 heures pour déjeuner, ressort l’après-midi vers 5 heures, et ne revient qu’à la nuit avancée, tantôt en voiture, tantôt par mer. Bonaparte ni les siens ne manifestent pas l’espoir d’être jamais rappelés en France; mais ils n’usent point de la même réserve pour l’Italie. Ils se bercent de l’illusion qu’au Congrès de Vienne le trône d’Italie lui sera rendu, et que son beau-père et que Marie-Louise plaideront sa cause en ce sens auprès des puissances alliées. Le sieur Barthélémy, en quittant l’île  d’Elbe, s’embarqua avec un Anglais qui lui déclara pendant sa traversée que si jamais Bonaparte quittait l’île d’Elbe, il serait perdu.

Le second mameluck se nomme Michel Mosseri, il était parti de l’île d’Elbe en même temps que son camarade. Il est porteur d’un congé absolu délivré à Portoferraio. Il a confirmé la plupart des détails donnés par son compagnon de voyage. Il a ajouté qu’il s’était décidé à demander sa retraite et à rentrer en France, parce que, contre son goût et son engagement, on avait voulu le contraindre de faire le service de canonnier. Je donne des ordres aux autorités de leur résidence pour qu’ils y soient tous deux surveillés avec soin dans leurs propos comme dans leur conduite, et pour qu’on les empêche de se rendre à Paris. »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger  et F. Chernoviz, Libraires-Editeurs,  s.d., pp.238-240).

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( 24 mars, 2022 )

Deux billets du général de Lariboisière…

Deux billets du général de Lariboisière… dans TEMOIGNAGES lariboisireLariboisière, commandant l’artillerie de la Grande-Armée, annonce au général Lepin qui commande cette même arme à Dantzig, l’évacuation du Kremlin et au major Poirel qui commande l’artillerie à Vilna, son arrivée à Smolensk, et il prie Poirel de ne plus envoyer ni vin ni canons. 

Arthur CHUQUET. 

Au général LEPIN 

Avant de quitter Moscou, j’ai fait détruire la poudre et le salpêtre qui s’y trouvaient.  Après notre départ, lors de l’évacuation du Kremlin, on a fait sauter le grand magasin de l’Arsenal où l’on avait rassemblé les poudres et les cartouches trouvées dans divers magasins extérieurs de la place. 

Au major POIREL 

Smolensk, 10 novembre 1812. 

Nous sommes arrivés à Smolensk, mon cher major. Nous y avons trouvé beaucoup de munitions ; il est inutile d’en envoyer davantage sur ce point. Conservez à Vilna tout ce que vous avez.  Écrivez à Kowno pour que ce point reste bien approvisionné. Vous devez continuer à fournir de ces deux dépôts aux consommations des 2ème, 9ème et 10ème corps.

Vous n’avez pas besoin de nous envoyer des armes. Ne nous envoyez plus de vin : celui que nous avons trouvé à Smolensk nous embarrasse. 

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