( 19 octobre, 2018 )

Trop de Corses à l’île d’Elbe ?

Drapeau ile d'Elbe

Charvet est chef du mobilier de l’Empereur; mais il n’aime pas les Corses qui entourent Napoléon; il trouve qu’il y en a trop : les Corses, a dit Pons de l’Hérault [dans ses « Souvenirs »] « considéraient l’île Elbe comme une succursale, comme un bien communal de la Corse, et, par l’intermédiaire de Madame Mère, toutes les avenues du pouvoir étaient corses. »

Arthur CHUQUET

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 11 octobre 1814.

« L’Empereur m’a nomme chef de tout son mobilier. Nous venons de recevoir trois grands navires de meubles de Rome, de Naples, et tous les jours il nous en arrive de Gênes. Il meuble et fait bâtir en ce moment trois palais. C’est lui qui préside à tout. Voulez-vous que je vous fasse ma profession de foi ? Je crois que nous aurons le sort de ceux qui sont allés en Westphalie. Les fonds son faits pour nous jusqu’au jour de l’an. Je crois qu’à cette époque la bombe éclatera. Tous les coquins de Corses et d’Italiens se présentent pour servir ‘per l’honneure’ et l’on en profitera ; ils sont bas, rampants ; c’est tout ce qu’il faut à nos chefs. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.436)

 

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( 19 octobre, 2018 )

CRAONNE et REIMS…

CRAONNE et REIMS… dans TEMOIGNAGES laubressel-3-mars-1814

Dans les quatre lettres qui suivent (8-15 mars 1814), Berthier semble partager les espérances et les illusions de l’Empereur ; il annonce cette bataille de Craonne qui, disait Napoléon, était glorieuse ; il annonce la reprise de Soissons et de Reims ; il avance même que l’ennemi est inquiété, menacé de  toutes parts et par la levée en masse et par Augereau et  par les garnisons d’Alsace.

I. A Macdonald.

Bray-en-Laonnais, 8 mars 1814.

Nous avons battu dans la journée d’hier le corps de York, de Voronzov et le restant du corps de Langeron venu de Mayence. Nous leur avons pris quelques pièces de canon et nous les avons poursuivis depuis Craonne jusqu’à L’Ange-Gardien. Pendant l’espace de cinq lieues, l’ennemi a été sous la mitraille de 100 pièces de canon. Notre perte n’a été que de 5 à 600 hommes tués ou blessés. Nous aurions pris ce corps qui était dans un épouvantable désordre, m   ais il n’y avait pas moyen à  la cavalerie de le déborder parce que l’affaire se passait sur un plateau qui se prolongeait entre deux ravins.

II. A Macdonald.

Chavignon, 8 mars 1814.

Les corps de Bulow, Wintzingerode, Langeron et Voronzov s’étaient portés sur Soissons. L’Empereur a marché sur les derrières de ce corps par Fismes et Berry-au-Bac. Nous sommes tombés sur plusieurs colonnes de leurs bagages, ayant coupé leur communication de Reims. Le général Corbineau s’est porté sur cette ville qu’il a surprise pendant la nuit ; il y a fait deux mille prisonniers et pris des bagages et des parcs. En arrivant à Berry-au-Bac, nous y avons trouvé 3.000 chevaux que nous avons culbutés. Le prince Gagarine a été pris. Sa Majesté a couché avant-hier à Corbeny. L’avant-garde de l’ennemi était déjà arrivée sur les premières hauteurs de Craonne. Les positions qu’il occupait étant trop près de nous, il en a été chassé le soir même. Pendant la nuit, l’ennemi qui arrivait pour nous attaquer, s’est mis en position et au jour, nous l’avons trouvé en bataille. Nous l’avons attaqué à 8 heures. Après un combat très vif d’artillerie, de cavalerie et d’infanterie, la ligne ennemie a été culbutée à 3 heures. Nous l’avons poursuivie l’épée dans les reins jusqu’à 6. Nous lui avons fait 2.000 prisonniers, pris 10 pièces de canon et lui avons tué beaucoup de monde. L’ennemi a continué sa retraite pendant la nuit dans le plus grand désordre. Nous sommes à sa poursuite sur Laon. Nous avons repris Soissons.

III.  Au général Vincent [fut chargé le 24 février par l’Empereur, de commander les gardes d’honneur de Château-Thierry et de tous les environs].

Soissons, 12 mars 1814.

L’Empereur trouve que vous ne réunissez pas assez de gardes nationaux. C’est cette levée, celle en masse qui augmente l’inquiétude de l’ennemi. Donnez-nous souvent des nouvelles.

L’Empereur, après avoir battu l’ennemi à Craonne et l’avoir rejeté sur Laon, a pris position à Soissons d’om il tient les armées ennemies en échec et est en mesure de tomber sur l’une d’elles. Le duc de Raguse [maréchal Marmont] est à Berry-au-Bac et le général Corbineau à Reims. Le duc de Tarente [Maréchal Macdonald], le duc de Reggio [Maréchal Oudinot] et le général Gérard tiennent de leur côté en échec l’armée autrichienne. Le maréchal, duc de Castiglione [Maréchal Augereau], avec une armée de 30,000 hommes, marche vers Lons-le-Saulnier sur les derrières de l’armée autrichienne.

Les Vosges, l’Alsace se lèvent en masse. Nos garnisons n’y sont pas bloquées et courent sur les communications.

IV. A Macdonald.

Reims, 15 mars 1814.

Nous sommes à  Reims depuis deux jours. Nous avons battu Saint-Priest qui avait 18,000 hommes, tant Russes que Prussiens, des Kalmouks et des Bachkirs ; mais ces derniers sont tellement canailles qu’il ne faut pas les compter. Nous avons réellement fait 4,000 prisonniers, pris 18 pièces de canon, 15 caissons, Saint-Priest, grièvement blessé à l’épaule d’un éclat d’obus, est mort, dit-on. Le prince de La Moskowa [Maréchal Ney] se porte sur Châlons. Nos partis sont à Epernay. Le gros de notre armée est ici. Le duc de Trévise [maréchal Mortier] est avec 25,000 hommes à Soissons. La levée en masse et les gardes nationales se lèvent de toutes parts et font une immense quantité de prisonniers. Communiquez toutes ces bonnes nouvelles au duc de Reggio  et à tout autre.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.70-72).

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( 19 octobre, 2018 )

19 octobre 1812…

Elle fait partie de celles publiées en 1913 dans le recueil souvent mentionné ici. Nous ne connaissons pas le destinataire de cette lettre. De son auteur non identifié, nous savons simplement qu’il était employé à l’Intendance générale de la Grande Armée.

Moscou, 19 octobre 1812.

Ma santé dépérit, l’ennui me galope ; mal logé, point de draps, plus d’habits, mal nourri au milieu d’une ville de 400.000 âmes, incendiée, pleine de décombres ; quelle situation à 800 lieues [3200 kms de Paris] ! Je suis désespéré… Nous allons porter le quartier impérial à Kalouga ; on va bientôt partir : encore quarante lieues ; si c’est comme ici, ma foi il y aura de quoi mourir ! Quand vous connaîtrez, mon digne ami, les détails de notre existence, de nos privations, de nos besoins, de notre saleté, de nos maladies, vous ne pourrez concevoir comment j’aurai pu y tenir.  On parle de paix ; on peut difficilement continuer la guerre ; on peut encore plus difficilement trouver à manger pour l’armée. Nous sommes trop loin de la Prusse, de ce bon pays. Celui-ci n’a aucune ressource et nous y sommes tous seuls Français.

Vive l’espoir de la paix !

——-

Voici un extrait d’un autre témoignage.

« Le 19 octobre, les quelques survivants de l’armée wurtembergeoise -auxquels je me joignis avec les autres officiers non employés- sortirent de la ville des tsars, dont la majeure partie n’était plus qu’un amas de ruines. Pendant les quatre ou cinq jours suivants, nous nous dirigeâmes sur Kalouga, c’est-à-dire vers l’intérieur et le sud de l’empire, apparemment afin d’éviter la grande route de Smolensk à Moscou et la région qu’elle traverse. Comme nous y étions passés après les russes, nous étions sûrs de ne plus y trouver de moyens de subsistance. Or, si réduite que fût notre armée, il fallait qu’elle vécût. Cette considération motivait suffisamment le détour considérable que nous faisions en prenant la direction de Kalouga. Il nous permettait de gagner éventuellement la Volhynie et même la Podolie, ces deux fertiles provinces qui n’avaient point encore été effleurées par la guerre, puis de rejoindre la Pologne amie, qui, selon Napoléon, devait nous offrir les quartiers d’hiver les plus remarquables. A peine quelques jours avant notre départ de Moscou, Murat avait été battu par les Russes à Taroutino, précis »ment sur la route de Kalouga. Ceci prouvait que si cette dernière ne nous était pas encore tout à fait barrée, elle ne tardait pas à l’être complètement. Contrairement à nos prévisions, notre marche se poursuivit pendant quelques jours sans le moindre incident et sans que l’ennemi s’y opposât. Il faisait beau temps, et comme nous avions du chocolat, du thé, du sucre, etc., etc., nous ne songions pas à nous plaindre. »

(Colonel de SUCKOW, « D’Iéna à  Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812 », A la Librairie des Deux Empires, 2001, p. 201). L’auteur, alors lieutenant, faisait partie de la 25ème division wurtembergeoise rattachée au 3ème corps (maréchal Ney) ).

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( 19 octobre, 2018 )

César Berthier

César Berthier

Lettre de César Berthier, le frère du grand Berthier [le maréchal], le Berthier que peint Desaix, « grand, froid, figure longue et noire, parlant peu », le Berthier dont Courier disait : « Combien de Laridons passent pour des Césars, sans parler de César Berthier ! » Gouverneur de la Corse, il jette un cri de détresse. Il voit les Corses se détacher de la France et il n’a plus de sou : il veut revenir en France, toucher ses appointements, servir Louis XVIII et les Bourbons qui « ont toujours été dans son cœur » ! La lettre est adressée au ministre de la Guerre, le général Dupont, et fut sans doute écrite au mois de mai 1814.

Arthur CHUQUET.

 

Monsieur le comte, permettez-moi de me rappeler à votre souvenir, et de vous prier de me faire connaître les intentions de Sa Majesté à mon égard. Je suis dans une position bien pénible, moi et tous les Français qui sont ici. Mon traitement, comme gouverneur, était de cent mille francs ; depuis quatre mois, je ne reçois plus rien et je fais des dépenses très fortes dans les circonstances critiques où se trouve la Corse. N’existant plus aucun fonds dans les caisses depuis cinq mois, j’ai dû, de ma poche et de mes économies, fournir à toutes les dépenses et prêter à des officiers qui mouraient de faim, et actuellement, pour payer les gens du pays employés pour maintenir la tranquillité : nous en sommes réduits à vendre nos effets. Daignez venir à notre secours et me faire connaître le sort de la Corse. Elle est tellement montée pour les Anglais que le parti français est presque anéanti et que nous sommes nous-mêmes très exposés. Il est possible que je sois même forcé, et, si je le puis, de quitter l’île au premier moment. Les troupes qui restent ne sont point françaises ; elles ne sont pas payées, et elles sont influencées par l’Angleterre; elles sont plutôt contre nous. Quant à moi, je désire connaître mon sort. J’ai besoin de servir ; je n’ai quitté notre malheureux Louis XVI qu’à sa mort, et je servirai Louis XVIII avec le même zèle et la même fidélité. La race des Bourbons a toujours été dans mon cœur. Je n’ai point de fortune, je n’ai rien que mes appointements et j’ai bien servi. Veuillez avoir la bonté de penser à moi; je me recommande à votre amitié et à vos bontés.

 

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.278-279)

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( 18 octobre, 2018 )

Après les flammes…

« Chaque corps reçoit l’ordre d’envoyer des corvées en ville pour chercher des comestibles, des cuirs, des draps, des fourrures, etc., etc., Moscou renfermait de tous ces objets en abondance. Après les flammes... dans TEMOIGNAGES 06509284Notre camp a l’air d’un marché de friperie, on ne peut faire un pas sans marcher sur des bouteilles. Malgré les ressources que nous trouvons et les richesses que le pillage a procurées, personne n’est satisfait, prévoyant bien que la saison, qui est trop avancée pour cette contrée, nous surprendra avant que nous n’ayons des quartiers d’hiver (ce qui a l’air de ne pas être décidé encore).La Garde est établie en ville avec notre corps et celui ddu duc d’Elchingen à l’exception du régiment qui est toujours au camp de la route de Mojaïsk.

20 septembre. Le temps devient trop froid et trop humide pour que je puisse continuer à rester couché sur la terre. Je m’établis donc au château occupé par un bataillon du régiment qui y garde environ 3,000 prisonniers russes, qui ont été pris en ville.

21 septembre. Je me laisse passer un séton à travers ma blessure pour faciliter la sortie des esquilles.

22 septembre. Les prisonniers sous notre garde meurent par centaines ne recevant pas de vivres. On leur donne de tout ce que l’on peut disposer, mais cela ne suffit pas à la quantité.

23 septembre. Le régiment quitte sa position et va s’établir en ville dans le quartier que vient de quitter le corps du duc d’Elchingen. En y entrant, je suis frappé à la vue de ces beaux édifices où l’art à tout prodigué pour flatter le goût. J’ai le cœur navré en voyant que le fruit de tant d’années de travail a été détruit par une loi barbare de la politique russe. Les malheureux qui étaient restés sont en grande partie des négociants français, allemands et italiens qui, espérant qu’on respecterait leurs propriétés, ne perdirent pas moins tout ce qu’ils possédaient par les ravages de l’incendie, sous lequel était enfouie leur fortune réduite ne cendres. Là,tristement appuyés sur les décombres, ils déploraient leur cruelle situation ! Le spectacle était déchirant même pour les cœurs les plus inaccessibles à la pitié. Pour nous arracher à la mélancolie que produisait les ruines de Moscou et des malheureux qui y cherchaient encore des moyens de subsister, nous, nous réunissions tous les jours pour nous fêter et oublier dans la fumée des liqueurs spiritueuses les réflexions que notre position nous suggère.  La saison déjà avancée, artillerie et une cavalerie ayant besoin d’un long repos pour se remettre des fatigues excessives de cette guerre, nous faisaient espérer que nous passerions l’hiver en repos dans quelque bon pays tel que l’Ukraine ; mais le silence que l’on garde à ce sujet, ainsi que les affaires d’avant-garde, font craindre la continuation des opérations. »

 « Un journal de la campagne de Russie, en 1812 » par Louis Gardier »,  Mâcon, Protat frères, Imprimeurs, 1912, pp.47-49. L’auteur était durant cette campagne adjudant-major dans le 111ème de ligne.

 

 

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( 18 octobre, 2018 )

18 octobre 1812…

« L’espoir où nous étions que des arrangements de paix seraient pris, espoir nourri par le souvenir glorieux de la victoire de la Moskowa, par la suspension des hostilités aux avant-postes et par les fausses protestations des généraux russes, fut cruellement détrompé, lorsque, le 18 octobre, l’ennemi, voulant anéantir notre avant-garde, tomba inopinément sur notre cavalerie à Winkowo, et que l’on se battit de nouveau avec acharnement. Le Roi de Naples avec sa cavalerie formant l’avant-garde, entouré de masses de troupes ennemies quatre à cinq fois plus nombreuses que les siennes, et attaqué d’une manière inattendue, perdit beaucoup de monde dans cette surprise, qui mit d’abord le désordre parmi les Français ; mais l’intrépide Murat, parvenu à rallier ses troupes, repoussa l’ennemi, nonobstant l’inégalité du nombre, avec une perte que l’on a prétendu être plus considérable que la nôtre, évaluée à plusieurs pièces de canon et à trois mille hommes, tués, blessés ou prisonniers. Néanmoins ce combat désorganisa entièrement notre cavalerie, déjà auparavant aux abois, faute de fourrage. La nouvelle de l’attaque imprévue du 18 parvint à Napoléon au moment où il passait une revue au Kremlin. Aussitôt le départ fut ordonné et commença immédiatement à s’effectuer. Ce départ était déjà décidé depuis quelques jours, d’après ce que je me rappelle avoir entendu dire dans ce temps par le maréchal Ney. On évacua sur les derrières nos nombreux malades et blessés, dont environ deux à trois mille furent abandonnés à Moscou, qui, pour la plupart, moururent de privations, tandis que la plus grande partie de ceux qui furent évacués, périrent par la faim et le froid ou bien lâchement assassinés par les gens qui les conduisaient. Il paraît que Napoléon, prévoyant l’impossibilité de se maintenir à Moscou, avait arrêté depuis le 15 de quitter, comme le prouve un ordre qu’il donna à sa Garde de se tenir prête à marcher. Le même jour où les russes tombèrent sur notre cavalerie au-delà de Moscou, notre deuxième corps, resté à Polotsk, fut vivement attaqué par le général de Wittgenstein, auquel était venu se joindre un autre corps d’armée russe sous les ordres du général de Steingel. Comme je n’aurai plus l’occasion de parler du deuxième corps de l’armée française, je rapporterai ici que le brave général de Gouvion Saint-Cyr, après avoir fait essuyer des pertes considérables à l’ennemi, et ayant perdu peu de monde, commença à opérer sa retraite, le 20 octobre, avec autant de prudence que d’intrépidité, en se dirigeant sur Smoliani, où il fut joint le 31 octobre par le neuvième corps, commandé par le maréchal Victor, venu de Smolensk à son secours. 

A l’époque du 18 octobre, l’armée, par suite des combats et des maladies, était tellement diminuée qu’elle n’avait guère plus que le tiers de sa force primitive. Avec cela nous allions lutter contre le sort misérable qui nous attendait. »

Joseph de KERCKHOVE, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, pp.92-94. L’auteur était à cette époque, médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney).

 

 

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( 17 octobre, 2018 )

POLOTSK et VITEBSK…

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Le général de brigade François-René Cailloux dit « Pouget » a laissé des « Mémoires » intéressants (publiés en 1895 chez Plon), ouvrage dans lequel il parle assez longuement de la campagne de 1812, des batailles de Polotsk où il fut blessé et de la place de Vitebsk qu’il commandait et qu’il dut livrer aux russes. Voici un récit, bien plus court, du rôle qu’il joua dans l’expédition ; ce récit est tiré d’un « Etat sommaire » de ses services. Il le rédigea en 1815 pour obtenir le grade de grand officier de la Légion d’honneur. 

Arthur CHUQUET. 

Corps d’armée de M. le duc de Reggio [maréchal Oudinot]. Batailles de Polotsk (Russie Blanche). 

Le général Pouget, commandant une brigade d’infanterie composée des 37ème et 124ème régiments de ligne de la division Verdier, s’est trouvé aux batailles des 1er, 16 et 18 août qui eurent lieu en avant de Polotsk. Celle du 18, commandée par M. le colonel général Gouvion Saint-Cyr, fut la plus meurtrie. L’armée française attaqua l’armée russe avec une rare intrépidité.

Dans la chaleur de l’action et au milieu d’une grêle d’obus, de boulets et de mitraille, M. le général de division comte Legrand fit prendre la tête de la colonne au général Pouget en lui ordonnant de la diriger à gauche pour tourner l’ennemi, ce qu’il fit. Mais, emporté par la chaleur de l’action, étant trop en avant de sa colonne, il fut chargé par des cuirassiers russes dont le chef crie au général Pouget :

« Rendez-vous, général, ou vous êtes mort ! »

Ce général n’en tint compte, il para les coups de sabre et rejoignit sa troupe au milieu de laquelle son cheval tomba percé de coups. Le général fut blessé aux tendons fléchisseurs du genou gauche, ce qui le mit hors de combat. 

Défense de Vitebsk dans la Russie Blanche, le 7 novembre 1812. 

La blessure que le général Pouget avait reçue le 18 août 1812 ne lui permettant pas de servir de sitôt en ligne, l’Empereur lui donna le gouvernement de la province de Vitebsk. 600 hommes composaient la garnison de cette ville qui est d’une immense étendue, ouverte de toutes parts, sans murs ni fossés. Ces 600 hommes se composaient d’un petit bataillon des troupes de Berg [Cf. les « Souvenirs de guerre » de Pouget, p.209 et p.218. Ces soldats de Berg, au nombre de 400, étaient des conscrits qui n’avaient jamais vu l’ennemi ni tiré un coup de fusil, et, pas pus que leurs officiers, ils « ne savaient ce qu’ils faisaient ».] et de 200 convalescents français. La place fut attaquée sur les deux rives à 7 heures du matin. Le général Pouget la défendit contre 3.000 hommes d’infanterie, 1.500 de cavalerie et de l’artillerie. La retraite fut ordonnée et exécutée avec ordre, toujours en colonne, à demi distance, pendant quatre lieues, sans que le régiment des dragons de Riga et trois escadrons de Cosaques osâssent approcher. Enfin, étant obligé de toujours marcher et perdant sans cesse des hommes valétudinaires qui ne pouvaient suivre, la cavalerie, saisissant un passage difficile pour les deux pièces d’artillerie qui faisaient partie  de la colonne du général Pouget, fondit dessus de toutes parts et fit environ 1.200 prisonniers, du nombre desquels fut ce général qui vendit chèrement sa liberté, tua deux dragons à bout portant ; mais il eut le bras  droit sabré et luxé. 

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( 17 octobre, 2018 )

Retour sur…les « Mémoires » du général Hugo.

Général Hugo.

Voici un projet que j’avais à coeur depuis longtemps et qui, finalement,  a vu le jour en février 2007 aux Editions Cosmopole. J’avais eu l’idée d’indiquer à l’éditeur ce beau portrait de Léopold Hugo qui met bien en valeur le livre.

Gouverneur d’Avila et de Ségovie, commandant de la province de Guadalajara et de la seigneurie de Molina, comte de Siguenza… l’Espagne fut pour le général Hugo, une terre de promotion et d’enrichissement. De 1808 à 1814, il va s’engager dans une répression sans faille contre la guérilla populaire, pour consolider la couronne de son protecteur, Joseph Bonaparte, devenu Roi d’Espagne sur ordre de Napoléon. Cette guerre à laquelle participa activement le général Léopold Hugo était celle d’un peuple contre une invasion française et les maréchaux et généraux d’Empire ne purent mater les Espagnols déterminés à préserver leur liberté. Napoléon exilé à Sainte Hélène déclara au sujet de la campagne d’Espagne :  » L’immoralité dut se montrer par trop patente, l’injustice par trop cynique, et le tout demeure fort vilain… « . Dans ses Mémoires sur la guerre d’Espagne, Léopold Hugo nous fait revivre ses combats acharnés contre ceux qu’il nommait les  » brigands  » espagnols. Rejoint par sa famille quelques mois en 1812, son fils, le célèbre Victor alors âgé de dix ans, sera marqué par ce bref séjour et écrira en 1854 :  » C’est par la chute de l’Empereur, et en conséquence de celle de Joseph, que mon père de général espagnol est devenu général français et que moi de futur poète espagnol, je suis devenu poète français « .

Il faut lire ou relire ce témoignage écrit par le père du célèbre écrivain sur la campagne d’Espagne.

C.B.

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( 17 octobre, 2018 )

Une lettre du maréchal Berthier au maréchal Macdonald…

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 Le maréchal Macdonald.

Dans cette dernière, en date du 4 septembre 1812, Berthier écrit à Macdonald que l’armée- qui s’est reposée à Ghjatsk la veille et l’avant-veille- continue sa marche sur Moscou et poursuit les Russes qui se retirent, qu’elle est dans les meilleures dispositions, que l’Empereur est en parfaite santé, et ne sait encore si la bataille aura lieu [celle de Borodino]. Mais cette bataille tant désirée par les soldats, cette bataille nécessaire, Napoléon la prévoit et l’annonce dès le 2 septembre, et le 4, le jour même où Berthier écrit à Macdonald, le futur maréchal de Castellane dit dans son « Journal » : « Nous comptons ces jours-ci sur la grande bataille ». 

Arthur CHUQUET. 

——————

Ghjatsk, 4 septembre 1812. 

Je vous expédie un officier, monsieur le maréchal, pour vous donner de nos nouvelles. L’armée continue aujourd’hui sa marche sur Moscou. Nous ignorons encore si nous aurons ou non une bataille, les Russes continuant à se retirer. L’armée est dans les meilleures dispositions. L’Empereur est en parfaite santé. Donnez-nous  de vos nouvelles le plus souvent qu’il vous sera possible. 

ALEXANDRE. 

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( 16 octobre, 2018 )

« C’est avec cette franchise qu’on sert bien l’Empereur… »

Peu de jours après, vers le 14 octobre [1812], je reçus l’ordre d’accélérer, par tous les moyens possibles, l’évacuation sur Smolensk de tous ceux de nos blessés qui seraient en état d’être transportés ; il me fut prescrit d’employer à cette évacuation toutes les voitures de l’armée. Me trouvant à l’ordre le 15 ou le 16, l’Empereur, s’arrêtant devant moi, me dit : « Eh bien ! M. l’intendant général, presque tous nos blessés sont partis ? – Non, Sire, lui répondis-je : il en reste encore plus de quatre mille dans Moscou. Il parut très mécontent de ma réponse, et passa plus loin sans me rien dire de plus. Le [grand-] maréchal Duroc, qui était auprès de moi, me serra la main et me dit : « C’est fort bien, général ; c’est avec cette franchise qu’on sert bien l’Empereur. »

(« Souvenirs du lieutenant-général comte Mathieu Dumas. De 1770 à 1836. Publiés par son fils. Tome troisième », Librairie de Charles Gosselin, 1839, pp.456-457). Le général Mathieu Dumas occupait en 1812 les fonctions d’Intendant de la Grande Armée. Souffrant vers la fin de la campagne de Russie, il sera remplacé provisoirement par Pierre Daru.

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( 16 octobre, 2018 )

A propos de la bataille de Leipzig…

A propos de la bataille de Leipzig… dans TEMOIGNAGES comte-mollien

Le comte Mollien, Ministre du Trésor public, écrira dans ses « Mémoires » : « On a reproché à Napoléon d’avoir accepté cette bataille. Sans doute comme chef de gouvernement, il peut paraître reprochable d’avoir livré à un tel hasard, et avec tant de chances contraires, la vie de tant de braves et le destinée de la nation qui les lui avait confiés ; mais il fallait ou combattre ou reculer, et ce n’était plus pour prendre ce dernier parti que cette brave armée avait été recomposée à si grands frais, et, sans l’absoudre entièrement, il est permis de ne voir en lui que le capitaine, en considérant qu’avec une armée formée en partie de nouvelles levées, il a lutté, dans cette sanglante journée, contre une armée presque triple du nombre, composée de vieilles troupes commandées par de très habiles généraux, animée par la présence de l’empereur de Russie, pourvue de tous les genres de munitions, et contre une artillerie plus forte de quatre cents pièces de canon que la sienne. »

 

 

 

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( 15 octobre, 2018 )

Un RAPPORT de MARET au MARECHAL MACDONALD…

Un RAPPORT de MARET au MARECHAL MACDONALD… dans TEMOIGNAGES SMO1Le Ministre des Affaires étrangères, Maret, duc de Bassano, concentre à Mina tous les renseignements qu’il envoie ensuite aux lieutenants de Napoléon et il mande dans la lettre suivante à Macdonald les détails qui lui sont parvenus sur la prise de Smolensk, sur le combat de Valoutina et sur la première bataille de Polotsk.

Vilna, le 26 août 1812.

Les détails qui me sont parvenus sur la bataille de Smolensk montrent que cette affaire a été plus considérable et plus glorieuse que les premières nouvelles ne l’annonçaient. Cent mille hommes ont été engagés de part et d’autre. Les Russes, quoique retranchés et protégés pendant une grande partie de l’action par la fusillade de leurs créneaux, ont éprouvé une perte de 4.700 hommes restés sur le champ de bataille, de 2.000 prisonniers et de 8.000 blessés. Cinq généraux russes sont parmi les morts. Nous avons eu 700 hommes tués et 3.100 blessés. Les Russes considéraient Smolensk comme une ville très forte et comme le boulevard de Moscou. Après l’occupation de la ville, l’ennemi a été vivement poursuivi. Le 19, à la pointe du jour le duc d’Elchingen a battu une division, lui a tué beaucoup de monde et lui a fait 400 prisonniers. Le même jour, vers le soir, il joignit l’arrière-garde, qui avait environ 15.000 hommes et qui fut ensuite renforcée par plusieurs divisions d’élite qui n’avaient pas encore donné et par 5 à 6.000 hommes de cavalerie. L’ennemi occupait à Valoutina une très belle position presque inexpugnable et qu’il avait un grand intérêt à conserver pour couvrir la retraite de ses équipages et de ses nombreux blessés. Le duc d’Elchingen, soutenu par la division Gudin, força l’ennemi à l’abandonner, après une perte très considérable. Nous avons fait un millier de prisonniers, la plupart blessés. L’ennemi a laissé 1.500 à 1.800 morts sur le champ de bataille. Le nombre de ses blessés se monte au moins à 6 ou 7.000. Nous avons eu 600 morts et 2.600 hommes hors de combat. Dès le commencement de l’affaire, le général Gudin a eu la cuisse emportée par un boulet, et le soir, l’armée a eu à regretter en lui l’un de ses plus braves et de ses plus estimables généraux. L’affaire de Valoutina dans laquelle 80.000 hommes se trouvaient engagés et qui pourrait aussi s’appeler une bataille, est considérée comme l’un des plus beaux faits d’armes de notre histoire militaire. Après ce combat, la retraite de l’ennemi a été tellement précipitée que nos troupes ont fait huit lieues sans trouver un seul cosaque et en ramassant partout des blessés et des traînards. Pendant que de si belles affaires se passaient devant Smolensk, le duc de Reggio était attaqué par le général Wittgenstein. L’ennemi avait été vigoureusement repoussé le 16 et le 17. Mais au moment où le duc de Reggio faisait ses dispositions pour profiter de sa victoire, il fut frappé à l’épaule par un biscaïen et blessé assez grièvement pour être obligé de remettre le commandement des 2ème et 6ème corps au général de Gouvion-Saint-Cyr. Le 18, ce général a attaqué l’ennemi et l’a mis dans une déroute complète. Nous avons fait dans ces deux journées 1.500 prisonniers et pris près de 20 pièces de canon. Le général Verdier et le général bavarois Deroy ont été blessés.

 Arthur CHUQUET (« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième Série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.23-24).

( 14 octobre, 2018 )

LETTRES d’Augustin MADELIN, sous-lieutenant lorrain, sur 1813 (2ème partie et fin).

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Boersdorff, 27 juillet 1813. 

J’ai eu bien du bonheur, mes chers parents, d’avoir été détaché à la garde du parc, la maladie régna dans notre camp. Il entre tous les jours au moins 50 soldats à l’hôpital. Plusieurs de nos officiers sont malades, nous avons déjà eu le malheur d’en perdre un, ou atteints de cette maladie du mauvais pain qu’on donne, encore maintenant n’en donne-t-on que demi-ration ; dans le village où nous sommes, toute notre compagnie mange de très bon pain et est très bien nourrie. Aussi n’en avons-nous que trois ou quatre de malades. M. Serclet attend de jour en  jour son ordre de départ. M. Fromentin, le lieutenant de ma compagnie qui vient de nous rejoindre part aussi. J’ai reçu ces jours-cy une lettre de M. Eve ; j’ai eu en outre des nouvelles par un soldat blessé de ma compagnie qui était dans des hôpitaux de Dresde. Il m’a raconté que M. Eve y avait un très grand soin des malades en général, grondant tous les jours les directeurs et employés qui négligeaient les blessés. Je l’ai vu, m’a-t’il-dit, faire plusieurs charités, donner de l’argent aux pauvres blessés. On nous a payé deux mois ; le jeune Lapiere se trouvait sans argent étant sur le point de passer maréchal des logis. Il m’en a demandé ; je lui ai donné 50 francs que vous remettront ses. Je vous prie de les faire passer à Mme Eve ; profitant de votre permission je demande 100 francs à M. Eve, par conséquent je ferai passer plus tard à Mme Eve les 50 autres francs et 5 fr.30 que M. Eve a déboursés pour frais de poste. Je sais que je vous dois encore les 100 francs que le général Barrois m’a donnés. Je vous les rendrai dans un autre moment lorsqu’on me paiera mon indemnité ‘entrée en campagne. Cela et trois mois qu’on me doit encore font 554 francs. Je viens d’acheter pour 70 francs d’effets de remplacement, un pantalon 24 francs ; j’ai fait faire 2 paires de souliers. J’ai racheté des bas et de la toile pour raccommoder ma paire de bottes car il paraît que nous allons trotter. On vient de donner à chaque soldat 3 paires de souliers. J’ai racheté des bas et de la toile pour raccommoder mes chemise et me faire un canneson [sic]. Je me suis fait faire une paire de guêtres. Je crois que M. Serclet passera à Wenden où est notre petit dépôt, alors il vous rapportera mon grand uniforme, mon charivari et ma redingote que vous voudrez bien faire réparer. Adieu mes chers parents, embrassez mes frères pour moi et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. Bonjour à Marie, à Catherine et à sœur Marthe. 

Signé : MADELIN 

Mes respects à maman Madelin, au cousin et à la cousine Naquard, à mon oncle Marcelin, aux dames Eve et aux dames Desforges. 

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Boersdorff, 13 aoust 1813 

Nous sommes  sur le point de partie mes chers parents ; la campagne recommence à ce qu’il paraît. En partant de Toul, je n’étais pas si bien portant que maintenant. Je vous réponds que ce mois de tranquillité que je viens de passer chez ces braves gens m’a fait du bien. Ce bon maître d’école et sa femme déjà m’étaient bien attachés. Depuis qu’ils savent que je dois partir, ils ne font que de pleurer ; ils viennent de mettre dans mon sac, une serviette et deux cravates. On dit que messieurs les russes toujours très fidèles à la foi des traités, viennent avant la fin  de l’armistice de passer l’Oder et de s’établit à Breslau. C’est un « on-dit ». C’est par M. Serclet que je vous écris car il est sur son départ. Il y a au régiment un officier qui doit 50 francs à M. Serclet ; il ne pouvait lui donner maintenant. M. Serclet était très embarrassé de sorte que je me suis offert à toucher ici son argent. Vous voudrez bien lui remettre à Toul les 50 francs ? Dès que je l’aurai touché, je le ferai passer à M. Eve qui vous l’enverra. J’attends le coup de canon, signal de notre départ. Ma musette est là, prête à être mise sur mon dos. A la première halte, je vous écrirai. M. Serclet est pressé ; je ne veux pas le faire attendre. Adieu mes chers parents, je charge M. Serclet de vous embrasser ainsi que mes frères et tous mes parents. 

Croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils.  Signé : MADELIN. 

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Aoust 1813 

Mon bon Jules, 

Ta lettre m’a fait le plus grand plaisir, je vos que tu ne m’oublies pas. Je te réponds que pour moi, je pense souvent à toi et à Madelin [frère aîné du jeune officier]. Voici les vacances qui approchent, je te souhaite beaucoup de plaisir. J’espère bien pour moi si la campagne recommence aller les passer en Pologne. Je me plais toujours beaucoup dans mon régiment ; hier encore, je suis allé dîner chez notre colonel qui a beaucoup de bontés pour moi. Tu verras par ma lettre, que voilà près de trois semaines que je passe bien tranquillement. Je crains bien d’être relevé ces jours-cy. Mets de temps en temps de petits billets pour moi dans les lettres de mon papa ; cela me fera grand plaisir. Adieu mon cher et bon frère. Embrasse Madelin pour moi, dis-lui que j’attends sa réponse et crois au sincère attachement de ton dévoué frère et ami. 

Signé : A. MADELIN. 

Si tu vois Thierry Cadet et Victor Gérard, dis leur bien des choses de ma part. Lersberg, le 20 aoust 1813. 

M. Serclet qui est encore resté quatre jours avec nous, vient de recevoir son ordre de départ. J’ai saisi un instant où nous sommes arrêtés pour vous écrire. Nous voilà rentrés en campagne, le canon ronfle à une lieue d’ici. C’est le 11ème corps qui donne ; notre compagnie est encore attachée au grand parc. J’espère que nous serons relevés ces jours-cy. Tenez, je n’avais pas fini ma phrase que j’entends dire que nous sommes relevés. M. Serclet vous dira dans quel piteux état est ma chaussure sans avoir de moyen de la remplacer, maintenant étant en route. Je viens de recevoir une lettre de mon frère datée de Nancy. Il paraît qu’il a encore été malade. Cela m’a fait bien de la peine. On part [lettre peut-être inachevée]. 

Signé : MADELIN. 22 aoust 1813. 40 francs. M. Serclet a payé pour moi une paire de bottes, une paire de souliers et un ressemelage de bottes. Je n’ai que le temps de vous embrasser. M. Serclet vous donnera des nouvelles de l’affaire d’hier. Votre respectueux et dévoué fils. 

Signé : MADELIN Saint-Mihiel, le 20 novembre 1813. 

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Monsieur, 

Puisqu’enfin vous avez connaissance de la mort prématurée de votre cher et infortuné fils, d’après ce que cet officier a écrit à sa famille (ceci n’est pas très clair quoiqu’il y ait malheureusement du rapport avec ce que je sais depuis longtemps). J’ai cru devoir vous taire cette fatale nouvelle tant après un mouvement naturel de ma part, que d’après la recommandation de Mlle Chardon, qui m’a conseillé ainsi que mon parent Colomb que je devais attendre d’avoir d’autres nouvelles plus satisfaisantes ; et ce afin de vous en donner le détail douloureux qui est parvenu à ma connaissance le 30 ou le 31 août.  Je me trouvais à environ 40 à 45 lieux de distance du régiment à Meissen sur l’Elbe, près de Dresde, lorsqu’une cantinière (la même qui me donna de l’eau-de-vie, le 21 août, pour envoyer à notre cher ami) cette femme nous rejoignait pour se rendre au dépôt ; en m’apercevant elle me dit : « Monsieur, j’ai une bien triste nouvelle à vous apprendre, notre aimable M. Madelin est blessé d’un coup de feu qui n’est pas mortel si il est bien soigné ; elle l’a porté elle-même à une chambre haute et l’a placé sur des matelas, lui a donné un peu de liqueur ; ensuite l’a recommandé à des chirurgiens car elle ne pouvait rester près de lui, à ce qu’elle m’a dit. Il était déjà pansé ; c’est le 23 août aux environs de Goldberg qu’il a reçu ce malheureux coup.

Je ne puis vous peindre, Monsieur, avec quelle douleur et quelle sensibilité, j’ai appris cette triste nouvelle.  Combien il m’en a coûté pour dissimuler une gaieté qui loin de dissiper mes peines, les augmentait encore plus en considérant Madame !

Cette tendre et respectable maman ! Qui en diverses occasions me parut si contente hélas !  Je me persuadais que c’était par trop de bontés et de complaisances pour nous qu’elle était si gaie.  Plusieurs fois, mon épouse m’a fait redoubler de soins pour ne point divulguer mon trop pénible secret, car il me semble que nous ne pouvions augmenter le malheur, mais plutôt disposer les tendres père et mère à supporter un deuil auquel ils devaient s’attendre d’un instant à l’autre.

Cependant, j’espère encore, car il est probable que le généreux et tendre M. Eve qui en parle dans sa lettre du 4 septembre l’a vue après qu’il eut connaissance de ce fatal accident.  S’il dit que votre cher Auguste se porte bien c’est qu’il a des espérances. La dangereuse maladie de M. Eve a mis ce respectable ami dans l’impossibilité de soigner votre cher blessé, puis une autre infinité d’autres circonstances qui ont contrarié nos vœux. Je vous supplie mon cher Monsieur Madelin et Madame, la trop déplorable maman, de ne pas perdre espoir tout à fait. Je vous ai dit sincèrement la vérité ; j’espère encore moi-même, quoique partageant avec vous tout le poids d’un aussi pénible malheur. Mon épouse n’est pas moins affligée que moi, et elle partage bien sincèrement votre juste douleur. Étant dans la douce espérance que vous recevrez Monsieur, des nouvelles moins accablantes ; je vous prie de me les procurer  le plus tôt qu’il vous sera possible. Vous obligerez infiniment celui qui a l’honneur d’être avec le respect et la sensibilité la plus parfaite, 

Monsieur et Madame, votre très humble et très dévoué serviteur, 

Signé : SERCLET, officier retiré. 

P.S/ M. Gay et M. Colomb me chargent de vous dire qu’ils partagent bien sincèrement vos douleurs. J’attends des nouvelles du régiment si elles vous concernent comme je l’espère, je me ferais l’honneur de vous en faire part. 

Auguste Madelin est blessé mortellement lors du combat de Goldberg, le 23 août 1813. Il avait dix-neuf ans. 

Ce témoignage fut publié en 1913 dans la « Revue des Études Napoléoniennes ». 

 

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( 14 octobre, 2018 )

La journée d’Iéna vécue par le hussard Bangofsky…

Son « Journal » a étLa journée d'Iéna vécue par le hussard Bangofsky… dans TEMOIGNAGES Bangofsky-192x300é réédité en février 2012, aux Editions du Grenadier. J’en ai réalisé la préface. Bangofsky appartenait au 7ème régiment de hussards.

C.B.

« Le 14 octobre [1806], à la pointe du jour, et par un brouillard très épais, on monte à cheval, passant par Naumburg, sur quatre rangs serrés, le sabre en main, au grand trot. Le canon ronflait déjà près de nous. Nous filâmes bon train par Dornburg, franchîmes la Saale et, grimpant à travers une gorge rapide, nous parvenons à un superbe plateau où l’armée française était en ligne. Ce jour-là fut donnée la fameuse bataille d’Iéna . Toujours en flanqueurs, nous prîmes notre ordre de bataille. La journée fut chaude, acharnée ; mais les Prussiens, malgré leur célèbre tactique, furent culbutés, coupés et mis en déroute.Nos nombreuses charges de cavalerie enfoncèrent et sabrèrent leurs carrés. Vers le soir, il n’y eut plus que des prisonniers et des bagages à ramasser. L’ennemi fuyait en pleine déroute ; jamais je n’ai vu une armée abandonner plus lâchement un champ de bataille. L’action eut deux scènes. L’Empereur battait les Prussiens près d’Iéna, tandis que le maréchal Davout les frottait à Auerstaedt. Les Prussiens donnèrent le nom de cette dernière ville à la bataille, mais comme c’était aux vainqueurs de la baptiser, elle conserva le nom de bataille d’Iéna. Nous bivaquons sur le champ de victoire.

Malgré les batteries d’Erfurt qui nous lâchèrent quelques bordées de canon, nous prenons une quantité d’équipages et de voitures chargées d’argent. C’était plaisir de voir les hussards au pillage, se battant pour le butin. J’ai assisté là à une scène terrible : grâce à ma bonne monture, j’étais toujours des premiers à poursuivre les nombreux fuyards ; un sous-officier prussien, traînant sa femme avec lui, se voyait près de tomber entre nos mains. Incapable de la sauver, il tire son sabre, frappe sa femme, qui tombe roide dans le fossé, et veut gagner à toutes jambes un bois. Plusieurs hussards lancés à sa poursuite le rejoignent et le sabrent. Nous bivaquons dans un bois, près de l’ennemi. »

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( 13 octobre, 2018 )

Un projet d’évasion de Sainte-Hélène…

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Divers projets d’évasion ont été formés pendant la captivité de l’Empereur à Sainte-Hélène. Il est difficile de savoir lesquels Napoléon a connus. Mais à aucun il n’a jamais prêté la moindre attention. Il savait que son rôle était fini et que son martyre créerait en faveur de son fils un courant d’opinion favorable. Il s’est sacrifié pour son enfant.  La lettre ci-dessous, adressée par l’amiral Plampin, commandant des forces navales anglaise à Sainte-Hélène, à Lord Melville, ministre de la marine, donne sur un plan d’évasion par sous-marin des détails assez curieux.   

Sainte-Hélène, 25 janvier 1818. 

Monseigneur, le 8 de ce mois, j’ai eu l’honneur d’écrire à Votre Seigneurie pour lui rendre compte que j’avais reçu des instructions relatives au docteur O’Meara contenus dans votre lettre du 14 septembre [1817]. Par retour du « Mosquito » de Rio de La Plata, le 19 courant, j’ai reçu une lettre du capitaine Sharpe de l’ « Hyacinthe » datée du 22 décembre [1817], contant des rapports sur des complots et plans d’évasion du général Bonaparte, et dont la copie suit : « J’ai reçu il y a quelques semaines une communication confidentielle de M. Chamberlain, chargé d’affaires, à Rio de Janeiro : elle porte que le duc de Richelieu a avisé M. Malert, chargé d’affaires de France, qu’un plan était en préparation pour secourir Buonaparte ; quatre officiers (pris à Pernambouc et envoyés prisonnier à  Lisbonne) auraient déclaré qu’un général français nommé Brayer, au service de ce gouvernement était le principal acteur de cette affaire. J’ai en conséquence pris toutes [les] mesures en mon pouvoir pour m’assurer qu’un plan de ce genre se préparait- mais sans succès. Le général Brayer commande en ce moment les troupes bloquant Falcaquara ; il a avec lui plusieurs officiers français ; mais aucun d’eux, pendant leur séjour ici, n’a entendu parler d’une participation quelconque aux plans ci-dessous. -Un jeune homme, arrivé il y a quelque temps en Angleterre, a apporté le plan d’un bateau capable d’être mû à la rame sous l’eau. Ce bateau, pouvant contenir six hommes, naviguerait au choix en surface ou sous l’eau pendant plusieurs heures. La personne qui a apporté ce plan a refusé de donner le nom des personnes qui l’emploient en angleterre. J’ai transmis l’affaire à l’Amirauté, qui pourra sans aucun doute découvrir ces personnes ; un brevet d’invention a, je crois, été pris. Le bateau est en fer et peut-être transporté à bord d’un vaisseau de 150 tonneaux. Le Gouvernement de Buenos-Ayres [Buenos-Aires] n’a donné aucune réponse à cette proposition… 

Amiral PLAMPIN. 

Document publié en 1932 dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes, avec la mention « Communication de Mlle DECHAUX ». 

 

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( 13 octobre, 2018 )

Le prochain retour de « Bonaparte »…

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« Il existe au Gros-Caillou beaucoup d’anciennes maîtresses de soldats de la Vieille Garde. Ceux-ci entretiennent des correspondances avec ces femmes et leur annoncent toujours le prochain retour de Bonaparte à Paris, ce qui répand un mauvais esprit dans ce quartier. Je donne des ordres pour faire surveiller celles qui reçoivent de pareilles lettres, et pour empêcher qu’on en répande ainsi le contenu; je me concerterai aussi à ce sujet avec M. le directeur général des postes. »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger  et F. Chernoviz, Libraires-Editeurs,  s.d., p.235,  extrait du Bulletin en date du 13 octobre 1814)

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A noter que cet hôpital militaire créé en 1757 a été démoli en 1899. Tout ce qu’il en subsiste est la belle fontaine (dite « de Mars [dieu de la guerre] »), édifiée en 1806 que l’on peut encore voir (à son emplacement d’origine), au 129 et 131, rue Saint-Dominique, Paris 7ème).

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( 11 octobre, 2018 )

LETTRES d’Augustin MADELIN, sous-lieutenant lorrain, sur 1813 (1ère partie).

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Avec les lettres du sous-lieutenant Madelin, on a l’exemple même de cette correspondance intime et familiale qui pouvait être échangée entre un soldat et sa famille. Le jeune officier expédié au bout de l’Europe, ne manque pas un seul jour sans écrire à ses proches, n’oubliant jamais de saluer les parents, les amis, ceux qui sont restés tout là-bas dans sa Meurthe natale. On retrouve dans ses lettres les questions récurrentes du ravitaillement quotidien, des problèmes d’argent, de la tenue qu’il faut sans cesse entretenir et faire repriser, de l’avancement possible, probable ou qu’il faut oublier. Autant de thèmes que contient le tableau de l’officier en campagne, brossé avec simplicité et réalisme par Augustin Madelin. 

C.B.

Romain-Augustin Madelin, fils légitime de J.-B. Madelin, négociant à Toul, et de Rose Prat, son épouse, de la paroisse Saint-Jean du Cloître, est né dans cette même ville le 21 mai 1794. Il suivit les cours de mathématiques élémentaires au collège de Pont-à-Mousson, du 1er novembre 1811 au 11 avril 1812. Sorti de l’École militaire au début de 1813, il est incorporé comme sous-lieutenant au 149ème de ligne en formation. Le 30 mars, il est accueilli au camp de Gross-Awersleben par le chirurgien Eve, qui écrit à sa mère : « Sa timidité lui sied bien, car je sais qu’il a été questionné sur ses manœuvres, et que son colonel en a été content. » Le 23 août 1813, il est blessé mortellement d’une balle au front, à l’attaque d’une redoute au combat de Goldberg. La cantinière le transporte dans une chambre haute, le place sur un matelas, lui donne un cordial, fait un premier pansement…Voici, pieusement conservées par M. Madelin, ancien magistrat, les lettres du petit sous-lieutenant, tué dans la campagne d’Allemagne, en 1813. N’est-il pas émouvant de les publier, sans y changer une syllabe aujourd’hui qu’elles sont centenaires ? 

Charles-Léon BERNARDIN. 

Au camp devant Torgau, 12 mai 1813. 

Après 15 jours de marche forcée je trouve enfin un instant pour vous écrire mes chers parents ; Je commencerai par vous donner des nouvelles de ma santé qui continue toujours à être très bonne malgré les fatigues que nous endurons, et la faim que nous souffrons les trois quarts du temps. Outre que les vivres manquent par la négligence des employés, les officiers n’étant pas payés ne peuvent souvent pas se trouver le nécessaire, les soldats maraudent et s’en tirent. Heureusement que dans ma compagnie ‘ai quelques bon enfants qui partagent avec moi ce qu’ils ont. Depuis votre lettre du 9 avril je n’en ai point reçu de vous. M. Eve en avait reçu une de maman pour moi, il l’avait mise à la poste et je ne l’ai pas encore reçue. Le bon M. Eve qui vient d’être nommé, comme vous savez, chirurgien en chef de toute l’armée de l’Elbe, c’est-à-dire de dix corps d’armée a bien voulu se donner la peine de courir après moi pour me voir et s’informer comment je me portais. Les journaux vous ont sans doute appris la grande victoire de 2 mai. On évalue leur perte à trente mille hommes ; il y a avait quelqu’un qui avait passé sur le champ de bataille, 10 Russes ou Prussiens pour un Français. Notre division a eu le malheur de ne pas tirer un coup de fusil. En seconde ligne, spectateur de la bataille, nos soldats se désolaient de ne pas pouvoir approcher l’ennemi. Depuis ce jour juqu’aujourd’huy on a fait que les poursuivre. Notre corps d’armée après en avoir purgé la Saxe vient de passer l’Elbe, notre division la passé à Torgau et est allé camper à un lieu de l’autre côté de la ville. Je vois bien qu’il faut de suite finir ma lettre car nous pouvons bien partit tout à l’heure. Écrivez-moi souvent mes chers parents et soyez persuadés de l’éternel attachement de votre dévoué et respectueux fils. 

Signé : A. MADELIN, sous-lieutenant. 

Mes respects à tous mes parents et mes amis. J’embrasse bien cordialement mes bons frères. Bonjour à Marie, à sœur Marthe et à Catherine. 

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Au camp de… le 25 mai 1813 

Je ne sais pas si vous recevez mes lettres, mes chers parents, pour moi depuis 6 semaines je n’ai reçu aucune lettre de vous. Je crois que chaque fois que je vous écrirai je vous annoncerai des victoires ; les Russes et les Prussiens avaient le 21 les plus belles positions, elles leur furent toutes enlevées aux cris de « Vive l’Empereur ! » et sans perdre beaucoup de monde, et le soir  toute leur armée  était en déroute. Depuis le 21 nous les poursuivons. Pour moi je jouis toujours d’une excellente santé et je supporte très bien les fatigues de la guerre ; me voilà j’espère, habitué à coucher au bivouac, quelquefois avec de la paille, souvent sans paille ; depuis 6 semaines je n’ai pas couché dans un lit ni même dans ne chambre, et bien maintenant j’aime autant la paille et l’air du temps qu’un bel appartement et un bon lit. Je vais finir ma lettre aujourd’hui et si je trouve l’occasion de l’envoyer, je l’enverrai ; si je ne la trouve pas je vous marquerai ce qu’il arrivera le nouveau. Je vous embrasse donc mes chers parents ainsi que mes bons frères. Votre dévoué et respectueux fils. 

Signé : MADELIN Du 1er juin 1813. 

Depuis 6 jours que ma lettre est écrite je n’ai pas encore pu trouver l’occasion de vous l’envoyer. Je l’ouvre pour vous dire que ces jours-ci j’ai vu le général Barrois qui m’a fait beaucoup d’accueil. Aujourd’huy, il m’a envoyé » chercher et m’a demandé si j’espérais avoir de l’avancement dans mon corps. Je lui dis qu’il avait été question de me faire passer adjudant-major mais que maintenant in en parlait plus. Alors il me dit qu’il avait fait la demande pour me faire passer dans la Garde de sa division et si cela me faisait plaisir ; je répondis que oui et après nous êtes consultés, il fut décidé que si je passais adjudant-major avant que l’admission dans la Garde arrive je le refuserais lorsqu’elle viendrait, que si j’étais encore sous-lieutenant je l’accepterai si toutefois vous y consentez. Il m’a ensuite offert de l’argent comme on ne nous paye pas nos appointements et que le Gouvernement me doit 600 francs j’ai pris 100 francs, comptant vous les rendre lorsqu’on nous paiera. Le général me dit qu’il désirait que vous fassiez un cadeau de ces 100 francs à la supérieure de Saint-Nicolas. Veuillez bien lui en acheter un à peu près de ce prix-là. Je veux encore avoir le plaisir de vous embrasser ainsi que mes frères et vous assurer de l’éternel attachement de notre dévoué et respectueux fils. 

Signé : MADELIN. 

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Nous sommes à 2 lieues de Breslau.  Du 3 juin 1813. 

Nous voilà enfin à Breslau c’est-à-dire campé devant ? Notre 1ère division l’occupe ; nous nous reposons, car vous savez sans doute qu’il y a une trêve qui, dit-on, doit précéder la paix, in en parle ; je viens pour ainsi dire de me rhabiller à neuf ; mon pantalon était tout en loques, je n’avais plus de bas, plus qu’une paire de bottes toute dessemelée, plus de cannessons [sic], plus de mouchoirs de poche, encore deux cravates ; j’ai bien encore mes 6 chemises, mais j’en ai trois prêtée, il ne m’en reste plus que trois bien déchirées, car c’est mon soldat qui me les lave…

Signé:MADELIN. 

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Au camp devant Hanau, le 18 juin 1813. 

Je reçois trois lettres de vous presque en même temps mes chers parents : l’une en date du 29 avril que M. Eve me fait passer, l’autre du 9 may et la dernière du 27 may ; aussi, ai-je été près de 6 semaines sans en recevoir. Vous ne devez donc pas être étonnés si vous avez été si longtemps sans en recevoir des miennes ; je suis bien sûr que comme moi vous en recevrez deux ou trois à la fois car maintenant messieurs les cosaques n’arrêtent plus les courriers. Nous étions à Breslau qu’il y en avait encore trente ou quarante lieux en arrière. Nous voilà baraqués devant Hanau en attendant la continuation de la guerre ou la paix. Je n’oublie pas mon cher papa que votre fête tombe le 24 juin, je ne peux encore cette année que faire des vœux pour vous sans avoir le bonheur de vous les adresser moi-même. J’espère avoir ce plaisir-là une année, cependant je pense bien que, éloigné ou près de vous, vous n’êtes pas mois persuadé de la sincérité des vœux que je fais pour votre bonheur. 

Ma santé continue à être excellente, j’ai eu quelquefois la diarrhée, quelque temps la dysenterie, mais maintenant tous est passé, sinon encore un peu fatigué ; mais voici du repos qui nous arrive, les vires en viande, en vin et en pain bien mauvais à la vérité, ne nous manquent pas maintenant.

Si mon oncle Lemouse eut été garde-malade dans notre division, j’espère bien que moi, ni mes amis, n’en aurions jamais manqué et que maintenant au lieu d’acheter du pain blanc pour faire en notre soupe, il nous ne donnerait et pour cela et pour manger. Il fait bon être dans les bonnes grâces de ces messieurs. Je suis bien sûr que jamais ils n’ont jeuné deux heures de suite.  

Il vient d’arriver au régiment un major qui sort du 139ème où il était chef de bataillon. M. Paul qui par suite de sa blessure ne doit pas tarder à retourner à Toul, le connaît. Je désirerais bien que vous puissiez obtenir de lui une lettre de recommandation pour notre major, si cependant vous le jugez à propos.  Maintenant avec mes trois chemises, je pourrai en changer tous les trois ou quatre jours et par conséquent quitter les poux dont j’ai été garni jusqu’à présent. Heureusement que j’ai évité la gale, il y en seulement 644 dans le régiment qui l’ont ; c’est dans notre bataillon qu’il y en a le moins, encore il y en eut 128. On les traite maintenant dans une grande ferme à une demi-lieue du camp. Il y a des compagnies où il ne reste plus que dix ou douze hommes ; j’en ai encore 25 dans ma compagnie.

M. Serclet qui me dit dernièrement avoir reçu une lettre de M. Colomb m’a dit qu’il venait de vous écrire et m’apporte sa lettre pour la mettre dans la mienne. C’est un homme bien respectable. M. le général Barrois auquel j’en ai parlé comme sortant du même régiment paraît y prendre beaucoup d’intérêt.  

M. Marchand est maintenant assez éloigné de nous comme ordonnateur en chef du quartier-général de notre corps d’armée ; il est avec le général Lauriston et je ne sais pas précisément où. Quant à l’argent je lui en demanderais bien que vous feriez passer à ses parants à Toul mais je ne voudrais que vous l’emprunter et vous le ferai repasser lorsque je toucherai mes 300 francs d’indemnités de campagne. On me doit en outre quatre mois de solde, ce qui fait encore 320 francs ; on m’en devrait bien cinq mais l’officier-payeur n’entend pas raison et dit que d’après l’instruction de son inspecteur ma solde ne compte que du lendemain de mon arrivée au corps. Ah que je serais content si par hasard vous trouviez l’occasion de faire revenir mon porte-manteau du petit dépôt qui est à Wenden ! Mais je crois bien que cela est impossible : je crains qu’il y ait déjà de grands poils sur mes habits. Mon grand uniforme y est  [ainsi que] mon charivari et ma redingote ; si cela est soigné je n’aurais besoin en rentrant en France que d’un frac, un gilet et un pantalon, mais pour ainsi dire [de] tout mon linge. 

Adieu mes chers parents, je vous écrirai maintenant plus souvent puisque j’en aurai le temps. Comment pourrai-je oublier de si bons parents ainsi que les bons principes qu’ils m’ont inspirés ?  Soyez bien persuadés que jamais je ne les oublierai, et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. Témoignez à toutes les personnes qui veulent bien penser à moi, combien j’y suis sensible.

J’embrasse bien tendrement mes frères ; bonjour à Marie, à Catherine et à sœur Marthe.  

Signé : A. MADELIN. 

———-

Monsieur Madelin, Négociant à Toul (Meurthe). Boersdorff, le 26 juillet 1813. 

Je croyais, mes chers parents, vous annoncer notre départ pour Hambourg, on prétendait que notre corps d’armée allait se diriger sur ce point. Nous devions partir le 20 ; voici le 20 passé, nous sommes encore ici. Il paraît que c’était un faux bruit car on fait presque autant de gazettes à l’armée qu’en France. Je continue à être très bien chez mes hôtes. On est aux petites attentions pour moi.

Mme Spielberg, femme du maître d’école a entrepris de me raccommoder mes effets. Elle est depuis le matin jusqu’au soir à l’ouvrage ; elle me garnit maintenant des bas que j’ai acheté et mes deux cannessons [sic] sont remis en état de refaire campagne. Je viens encore de faire un pantalon gris, c’est mon troisième. Comme on dit qu’on va nous donner du drap (avec notre argent) je ferai faire un frac bleu depuis que nous sommes partis de… le mien n’a pas quitté mon corps et se ressent fortement de bivouaquer.  Vous n’avez donc pas compris ou je me suis mal exprimé, mon cher papa quand je vous rapportai ce que m’avait proposé le général Barrois ; ce n’est pas moi du tout qui lui ai demandé à entrer dans la Garde, au contraire c’est lui qui m’a dit si je serais bien aise d’y entrer.  Vous sentez bien que cette question était embarrassante, je lui répondis cependant que si il jugeait que cela était utile à mon avancement j’aurais beaucoup de plaisir à servir sous ses ordres ; il me dit ensuite qu’il en avait fait faire la demande.  Ce fut alors que mon embarras augmenta. Je lui fis aussitôt part des bontés que Monsieur le Colonel avait pour moi : je lui dis même que dans le temps il avait été question de me faire passer  adjudant-major, mais qu’étant venu des officiers d’un autre régiment, cela n’avait pas réussi.  Ce fut alors qu’il me dit que si je venais à être nommé lieutenant, je n’aurais qu’à refuser lorsque l’admission arriverait. Elle ne l’est pas encore, alors je lui ai dit que je vous consulterais.  

Un cadre de notre régiment retourne en France au Hâvre où est notre dépôt. Retournent aussi les officiers que la campagne a mis hors d’état de continuer le service, il en part demain ; dans deux ou trois jours les autres partiront. M.Serclet est des derniers.  Rien de nouveau. Il paraît seulement que l’armistice est prolongé. Adieu mes chers parents. Donnez-moi de vos nouvelles et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. J’embrasse mes frères. Mes respects à tous nos parents et amis. 

Signé : MADELIN           

A SUIVRE…  

Ce témoignage fut publié en 1913 dans la « Revue des Études Napoléoniennes ». 

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( 10 octobre, 2018 )

Une LETTRE à M. COLINCAMP, DIRECTEUR des ESTAFETTES de SA MAJESTE, à TOLOTZYN.

Portrait

Moscou, le 14 octobre 1812. 

Comme vous êtes venu volontairement dans ce maudit pays, mon cher Colincamp, ma foi vous m’étonnez. J’ai bien cru que vous étiez tous assez dégoûtés du voyage ; au reste, si vous vous en trouvez bien, tant mieux ; quant à moi, je le désire fort ; mais vous ne me dites pas si vous avez obtenu une place à  Paris. Marquez-le moi donc. Je vous remercie des offres que vous me faites pour ma correspondance avec mon frère, et j’en userai, mais avec modération. Nous ne sommes pas bien, ici, je vous réponds. Il arrive fort souvent que nous n’avons ni pain, ni viande, nous mangeons ce que nous pouvons. Cependant, je me porte fort bien. Je vous engage fortement à rester à Tolotzyn, pour peu que vous y ayez à manger, et surtout ne venez pas par ici, car on n’est pas bien du tout.  Nous allons partir demain pour aller sur le chemin de Kalouga, à 110 lieues [environ 440 kilomètres] d’ici. Nous ne serons pas fort bien, je pense, surtout au bivouac ; nous serons dans la neige jusqu’au col, je présume, car il neige déjà assez joliment ; pourvu que nous n’y restions pas, c’est tout ce qu’il faut.

Mille choses pour moi à Monsieur votre frère lorsque vous lui écrirez. Adieu, mon cher Colincamp, amusez-vous bien, et surtout ne vous embarquez pas sur la route de décombres de Moscou, car vous n’y trouverez rien. 

YTASSE. 

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( 10 octobre, 2018 )

Le rôle du capitaine Randon à Laffrey, le 7 mars 1815…

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Randon, futur ministre de la Guerre et maréchal de France [il était né en 1795. Meurt en 1865. Fait maréchal en 1856 par Napoléon III] , alors capitaine au 93ème de ligne (depuis la fin de novembre 1813), était aide-de-camp de son oncle, le général Marchand [ce personnage resté fidèle aux Bourbons et qui commandait la place de Grenoble]. On a souvent prétendu qu’il vint le 7 mars 1815 à Laffrey donneur l’ordre, au bataillon du 5ème de ligne, de faire feu. Mais comme Randon le dit lui-même dans l’Exposé ci –dessous, il était venu à Laffrey que pour savoir ce qui s’y passait et rapporter des nouvelles. Il n’a pas crié « Feu ! », car si il l’avait fait, il n’aurait pas manqué dans son Exposé. D’ailleurs, ce n’était pas à lui d’ordonner de tirer.Tout au plus, il aura conseillé de faire feu : « Il est, a déclaré le chef du génie Tournadre, il est arrivé au moment où les troupes étaient en présence des rebelles et, avant de se porter à la tête de la colonne, il m’a dit : « Il faut faire tirer dessus ». 

Arthur CHUQUET 

Exposé de la conduite du capitaine Randon, aide-de-camp de M. le Lieutenant général comte Marchand. 

Grenoble, 3 décembre 1815. 

Employé à Grenoble à l’époque du 1ermars 1815 en qualité d’aide-de-camp de M. le Lieutenant-général Marchand, je fus envoyé dans la matinée du 7 mars 1815 pour se voir ce qu’était devenu un bataillon du 5ème régiment de ligne qu’on avait envoyé en avant, et qui, depuis vingt-quatre heures, n’avait pas donné de ses nouvelles, et en même temps pour venir en toute hâte donner un avis sur les événements importants dont je pourrais être témoin. Je joignis ce bataillon à six lieues de Grenoble, en avant du village de Laffrey, et je ne tardai pas à voir paraître l’avant-garde des troupes ennemies [celles de l’Empereur !] qui furent bientôt suivies de leur chef [Napoléon]. Après diverses sommations auxquelles le chef de bataillon répondit avec fermeté, Bonaparte marcha sur nous à la tête de sa troupe, joignit une compagnie de voltigeurs qui formait l’avant-garde et qui le reçut aux cris de « Vive l’Empereur ! » J’étais à dix pas quand ce premier événement arriva, et, jugeant qu’il était temps de remplir le but de ma mission, je tournai bride et traversai sans difficulté le reste du bataillon.Je fus bientôt poursuivi par cinq ou six chasseurs que Bonaparte avait envoyés après moi avec la promesse de cinquante napoléons s’ils pouvaient m’atteindre. Je les perdais à peine de vue que je rencontrai le colonel Labédoyère qui désertait à la tête de son régiment. Je ne savais d’abord à quoi attribuer un pareil mouvement. Mais mon incertitude cessa bientôt quand, entendant les cris de « Vive l’Empereur ! », Labédoyère lui-même voulut m’arrêter en voyant le ruban blanc dont j’étais décoré. J’étais bien monté. Je me jetai sur un des côtés de la route, renversai les premiers grenadiers, et me fis jour, par la force de mon cheval,à travers le reste de la colonne,avant qu’elle n’eût le temps de se reconnaître.

J’arrivai à Grenoble au milieu des cris d’une populace furieuse qui accourait au devant de l’Usurpateur, et rendis compte à mon général des funestes événements qui s’étaient passés sous mes yeux. 

Les mesures que l’on prit, ne purent arrêter l’insubordination des soldats, existés par l’exemple trop contagieux de leurs camarades, et je sortis de Grenoble avec M. le Lieutenant-général Marchand au moment où Bonaparte y entrait de l’autre côté.  Partageant l’opinion de mon général à l’égard de l’homme qui amenait tant de maux pour la France, mon sort a été uni au sien. Comme lui, j’avais été réintégré dans les fonctions que j’occupais avant l’époque malheureuse du 7 mars 1815.  Telle a été ma conduite pendant l’interrègne, et S.A.R. Monseigneur le duc d’Angoulême [le fils du comte d’Artois, futur Charles X], à son passage à Grenoble, a daigné me donner quelques éloges sur la manière dont je m’étais conduit dans une circonstance aussi critique que fatale à la France. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

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Sur Randon lire cette notice en ligne: http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Louis_Randon

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( 9 octobre, 2018 )

Manière de dicter de Napoléon Ier .

Napoléon 1er

L’Empereur écrivait rarement, de sa propre main. Il dictait à un secrétaire, M. de Bourrienne, M. Méneval, M. Fain. Il relisait ordinairement les lettres ainsi dictées. Un très grand nombre de ces lettres sont corrigées de sa main. Indépendamment de ces dictées à ses secrétaires habituels, il dictait souvent à ceux qui étaient là, et par conséquent à ceux avec lesquels il était le plus habituellement en rapport, au ministre secrétaire d’Etat, principalement, et à ses autres ministres. En temps de guerre, au major général, à Duroc, à l’intendant général. La même chose lui arrivait avec ceux avec lesquels il traitait des affaires spéciales. Il arriva ainsi plus d’une fois qu’il dicta à mon père. Mon père confirme ce témoignage, qui est unanime, à savoir qu’il dictait avec une excessive rapidité; qu’il eut été impossible de le suivre si l’on avait voulu tout écrire qu’il fallait se contenter de jeter de temps en temps un mot sur le papier, et s’appliquer surtout à suivre l’ordre de ses idées, qui était comme celui de ses mots, elliptique en quelque sorte. Ceux qui habituellement écrivaient sous sa dictée, devaient nécessairement se faire une sténographie qui leur fût propre. Ils devaient traduire et remettre au net la dictée. C’était cette traduction que l’Empereur relisait et corrigeait, s’il y avait lieu. On envoyait la lettre ainsi corrigée, quelque difficile qu’il fit de lire ces corrections. Elles ajoutaient à l’authenticité (le la lettre. Cependant, il y a des exemples où le secrétaire transcrit à côté ou au bas de la lettre la traduction écrite de sa main. L’Empereur signait en toutes lettres Napoléon, ou paraphait, tantôt d’un simple N, tantôt de trois lettres, Nap. Il en était de même dans le temps où il signait Bonaparte, B., Bon., Bonap. Je suis convaincu que ses signatures et ses paraphes avaient souvent une signification suivant le plus ou moins grand nombre de lettres. Il est encore plus certain pour moi que le mouvement de son âme se peignait très souvent dans la plus ou moins grande pression qu’il faisait subir a sa plume en signant. Le plus souvent, l’Empereur dictait des lettres. Il lui arrivait cependant de dicter de simples notes. Les notes alors sont bien plus décousues encore. La phrase semble n’avoir plus aucune construction, ni correction. J’ai vu telle de ces notes qui contient la pensée première d’une de ses plus glorieuses campagnes. Un jour, il entraîna mon père dans son cabinet pour lui dicter une note. « Mettez-vous là. lui dit-il en lui montrant une table, et écrivez. » Mon père, préoccupé entièrement du sujet, sur lequel l’Empereur allait lui dicter, et fort peu, peut-être, de certains détails d’étiquette, prenait le premier siège qui lui tombait sous la main et allait l’occuper. C’était le fauteuil de l’Empereur, c’est-à-dire le trône. « Est-ce que vous voulez me détrôner ?» dit-il à mon père en riant, et avec un accent particulier de bienveillance.

Henry BOULAY DE LA MEURTHE

(« Carnet de la Sabretache », 1913)

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( 8 octobre, 2018 )

Deux mamelucks…

Mamelouks

« Bouches-du-Rhône. Préfet, 8 octobre 1814.- Le préfet m’adresse les interrogatoires qu’il a fait subir à deux mamelucks débarqués à Marseille et venant de l’île d’Elbe. L’un, Barthélémy Corpi, âgé de trente-huit ans, a déclaré qu’il avait, dans le courant de mai dernier, quitté à Fontainebleau le service de Bonaparte. Il se retira dès lors à Marseille avec sa femme et ses enfants, et y vivait du produit de sa pension de retraite. Il avait vendu deux chevaux à un lieutenant de son corps, et c’est pour en obtenir de lui le paiement qu’il se rendit, au mois de juillet, à l’île d’Elbe où il a passé quinze jours. Durant cet espace, il a vu (dit-il) une seule fois Bonaparte, à Portoferraio. Celui-ci lui demanda d’où il revenait et ce qu’on disait de lui à Paris et à Marseille. Barthélémy assure qu’il répondit que chacun en parlait à sa manière; que Bonaparte en paraisse offensé, se retira brusquement et avec beaucoup d’humeur. Il se trouvait à Portoferraio le jour de la fête de Bonaparte. Il avoue y avoir été invité par des officiers de son ancien corps à un banquet splendide. Bonaparte n’y parut pas; mais il alla visiter la table des soldats. Cette indifférence mécontenta beaucoup les officiers. Ils se plaignaient encore davantage qu’on ne leur avait pas fait donner un mois de gratification, comme c’était l’usage en France. Suivant lui, la garde de Bonaparte se compose de 850 hommes. On aurait essayé de former en outre un corps franc de Corses, mais on n’aurait pu le compléter, et il diminuait tous les jours par la désertion. Les militaires de la Garde de Bonaparte paraissaient depuis quelque temps se dégoûter de son service et parlaient de rentrer dans leur patrie. Ils étaient humiliés de l’obligation qu’on leur imposait de travailler comme des mercenaires, quoiqu’on leur donnât trente sols par jour outre leur paye [Note de Beugnot: C'est très peu probable]. La mère de Bonaparte est logée dans une maison particulière, près de lui. Chaque jour, il parcourt l’intérieur de l’île. Il part à 4 heures du matin, emportant une lunette d’approche, visite ses ateliers et les salines qu’il a presque toutes achetées. Il va chez les paysans, boit et mange avec eux, rentre vers 11 heures pour déjeuner, ressort l’après-midi vers 5 heures, et ne revient qu’à la nuit avancée, tantôt en voiture, tantôt par mer. Bonaparte ni les siens ne manifestent pas l’espoir d’être jamais rappelés en France; mais ils n’usent point de la même réserve pour l’Italie. Ils se bercent de l’illusion qu’au Congrès de Vienne le trône d’Italie lui sera rendu, et que son beau-père et que Marie-Louise plaideront sa cause en ce sens auprès des puissances alliées. Le sieur Barthélémy, en quittant l’île  d’Elbe, s’embarqua avec un Anglais qui lui déclara pendant sa traversée que si jamais Bonaparte quittait l’île d’Elbe, il serait perdu.

Le second mameluck se nomme Michel Mosseri, il était parti de l’île d’Elbe en même temps que son camarade. Il est porteur d’un congé absolu délivré à Portoferraio. Il a confirmé la plupart des détails donnés par son compagnon de voyage. Il a ajouté qu’il s’était décidé à demander sa retraite et à rentrer en France, parce que, contre son goût et son engagement, on avait voulu le contraindre de faire le service de canonnier. Je donne des ordres aux autorités de leur résidence pour qu’ils y soient tous deux surveillés avec soin dans leurs propos comme dans leur conduite, et pour qu’on les empêche de se rendre à Paris. »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger  et F. Chernoviz, Libraires-Editeurs,  s.d., pp.238-240).

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( 7 octobre, 2018 )

Les blessés de Wagram, d’après une lettre adressée à Maret, duc de Bassano.

Les blessés de Wagram, d'après une lettre adressée à Maret, duc de Bassano. dans TEMOIGNAGES larreyetblesss

Vienne, le 17 juillet 1809.

Au duc de Bassano 

Monseigneur, 

J’ai été assez heureux pour voir les Français combattre dans plusieurs campagnes, et j’ai souvent pensé qu’à l’armée seulement on pouvait juger du noble caractère de notre nation ; qu’il ne peut y avoir d’esprit d’opposition, en France, que chez des gens d aveuglés par la passion ou parmi ceux qui n’ont pas vu nos drapeaux chez l’étranger ; que les Français montrent à le guerre mille qualités qui ne trouvent point leur développement sur le sol natal et que l’on ne connaît encore que la moitié du courage, de la gaîté, de la générosité du soldat français, si l’on ne l’a pas vu blessé, souffrant et prêt à expirer de la mort des braves. Votre Excellence désire connaître quels sont les traits remarquables dont nous avons pu être les témoins pendant nos heureuses journées du 7 au 14 juillet. J’ai déjà vu tant d’actions héroïques dans les armées françaises, que si j’avais été le seul qui dût répondre à cette demande, je n’aurais pas hésité à dire que le trait le plus inconnu à citer était de voir les ministres de S.M. près d’Elle sur le champ de bataille, dépassant la ligne où leur vie pouvait être à l’abri du danger et ajoutant au courage des braves qui recevaient des blessures derrière eux, ce sang-froid désintéressé et cet et cet élan du cœur qui le associaient aux chances de nos armes et leur faisaient un plaisir du bivouac, de la fatigue et des privations. Louis XIV était aussi suivi à l’armée par ses ministres, mais ils ne se livraient pas à lus de dangers et de fatigues que n’en offre une longue partie de chasse. Le génie militaire de l’Empereur a rendu nos batailles en combats de géants, que nos rois les plus guerriers auraient peine à  croire, s’ils pouvaient en entendre le récit. Les relations que MM. Pinot et de Breteuil ont eu l’honneur de remettre à Votre Excellence contiennent ce que nos recherches ont offert de plus intéressant. Ce qui m’a été dit personnellement est ce que chaque officier ou soldat a pu entendre cent fois depuis nos armées couvrent le territoire ennemi. J’en extrais pourtant ce qui peut mériter le plus d’être mis sous les yeux de Votre Excellence. Le 11, au soir, nous ramenâmes plusieurs blessés, qui avaient été pansés à l’ambulance d’Enzersdorf et pour lesquels il n’y avait plus de moyens de transport. L’un d’eux (Français) dit gaiement quand il fut placé dans une voiture : « Infirmier, je laisse ici ma jambe, je te la donne ; aies-en bien soin, entends-tu ? ». Un soldat de la ligne avait tout le bas-ventre emporté par un boulet ; il était le plus souffrant de tous et, cependant, il avait le plus de courage. Il exhortait, encourageait chaque blessé : « J’aimerais mieux être seul au fond d’un bois, disait-il, que d’entendre mes camarades crier ainsi. » Un autre Français, plus sensible à la douleur, couché près de lui, poussait des cris lamentables ; on les met dans la même voiture, le courageux soldat y est placé le premier ; l’autre, ne songeant qu’à ses douleurs, se laisse tomber sur l’affreuse plaie du soldat, qui pousse des cris horribles : « Vilain lâche, lui dit-il, si j’avais mon sabre, je te tuerais, mais je vais te rouer de coups si tu ne te retires pas. » On les plaça l’un vis-à-vis de l’autre, et le soldat, oubliant sur-le-champ sa colère et sa souffrance, s’occupa de son compagnon d’infortune, comme de l’être qu’il eût le plus aimé ; il lui montrait à se tenir, arrangeait le linge qui couvrait ses blessures, lui donnait à boire. Le 14, à minuit, je trouvai à la porte de l’hôpital de Josephplatz, un fiacre contenant deux blessés (l’un Français et l’autre Hongrois). On avait déjà refusé leur admission dans deux hôpitaux et le cocher, voulant emmener sa voiture et ses chevaux, qui étaient attelés depuis le matin, les deux soldats allaient passer la nuit sur le pavé, à la porte de l’hôpital. Je demandai au Français (carabinier du corps d’Oudinot) quelle était sa blessure : »Monsieur, me dit-il avec tranquillité, j’ai eu la cuisse emportée par un boulet ; je suis resté six jours sur le champ de bataille, on m’en a relevé ce matin et on m’a coupé la cuisse ; mais il est trop tard, j’ai des vers jusqu’à la hanche ; je mourrai sûrement demain ; au reste , je m’en moque ; je serais seulement fâché de mourir sur le pavé. » Je lui promis qu’il allait sur-le-champ entrer à l’hôpital : »Monsieur, ajouta-t-il, tâchez je vous en prie, d’y faire mettre aussi ce pauvre kaiserlich. » Je fis lever immédiatement le chirurgien-chef et le forçai à recevoir ces deux soldats. 

Le 7, au soir, nous ramenâmes dans notre voiture un capitaine du 25ème régiment d’infanterie légère, qui avait le bras et l’épaule fracassés par une balle. Il ne sentait pas le besoin de manger, quoiqu’il n’eût rien pris depuis trente-six heures, mais une soif affreuse le dévorait. Son palais était devenu sec et enflammé ; une goutte de vin venait de le faire beaucoup souffrir. J’avais une orange et la lui donnait : « Monsieur, me dit-il  avec attendrissement, il y a 15 ans que je sers ; depuis  ce temps, les deux plus grands plaisirs que j’aie éprouvée sont : d’avoir reçu la croix à Friedland, et de manger cette orange. » Voici une ingénuité qui m’a fait à la fois peine et plaisir. Je fus voir l’hôtel du comte de Rasumowski, lorsque le corps du général Lasalle venait d’y être transporté ; il était encore sur le chariot qui l’avait amené. Un chasseur à cheval, qui l’avait escorté, le gardait ; des larmes roulaient dans ses yeux. J’entrai en conversation avec lui : « Ah Monsieur ! me dit-il, quel brave militaire que le général Lasalle ! Si j’étais l’Empereur, je le ferais maréchal d’Empire. » Le 10, près de Rachsdorf, nous vîmes deux ou trois soldats qui avaient fait halte et semblaient accablés de fatigue ; nous les prîmes d’abord pour des blessés : »Qu’as-tu mon ami ? Dis-je à l’un d’eux.- Monsieur, je n’ai rien ; c’est que je n’ai pas mangé depuis trois jours.- Où vas-tu ? – Rejoindre le corps du général Marmont. » Je terminerai ma narration par un tableau bien noir et bien frappant. A Enzendorf, dans un recoin obscur, sous l’escalier du clocher, deux soldats autrichiens étaient couchés l’un à côté de l’autre.

L’un d’eux venait d’expirer, l’autre avait les deux jambes emportées jusqu’au-dessus du genou. Il n’avait point été pansé et la chaleur extrême des quatre jours précédents avait fait produire à ses plaies une grande quantité de vers qu’on voyait le ronger. Ce malheureux avait conservé sa connaissance ; il avait vécu de la paille qui était sous lui. On lui donna du pain dont il mangea aussitôt. Lorsqu’on lu parlait, il ne pouvait répondre ; mais alors il montrait ses blessures et, soit que le soldat qu’il avait à ses côtés fût son camarade et son ami, soit qu’il redoutât d’avoir près de lui un mort, je l’ai vu étendre sa main sur lui comme pour s’assurer s’il vivait encore.                                                 

Signé : G. de VIENNEY, membre du Conseil d’Etat.

 

Article paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1896. 

 

 

 

( 6 octobre, 2018 )

Une LETTRE du GENERAL VAN DE DEDEM DE GELDER.

J’ai déjà publié ici il y a quelque temps, une lettre de ce général hollandais qui a combattu sous les drapeaux français. Dans celle que vous allez lire, comme dans la précédente, Van Dedem rappelle ses services et ses titres au grade de lieutenant général, qu’il obtint le 28 juin 1814. Il était général de brigade depuis le 19 avril 1811. C.B.

Après quatre campagnes pénibles pendant lesquelles j’ai été presque toujours à l’avant-garde, je crois pouvoir solliciter avec quelque droit de l’avancement. Deux contusions, cinq chevaux tués sous moi et quatorze batailles sont des titres honorables. Le grade de général de division a été demandé pour moi après la bataille de Lützen où j’ai eu l’honneur de commander la 10ème division qui a si puissamment contribué à la gloire de cette journée. J’avais la promesse formelle d’obtenir la première division vacante en Italie. J’ai commandé pendant toute cette dernière campagne celle de réserve, et le général Gratien étant mort à Plaisance, j’avais, pour ainsi dire, la certitude d’obtenir enfin la récompense de mes services lorsque l’armée de réserve a été dissoute. Il est dur pour moi d’avoir vu avancer plusieurs généraux beaucoup moins anciens que moi et qui n’avaient point mes titres. Le nom d’étranger ne peut être point un motif d’exclusion, et le droit à la récompense mérite, ce me semble, de marcher de pair avec le mal qu’on éprouve à l’armée. Si on ne tient point à me conserver en France, qu’au moins on puisse être à même d’aller chercher du service dans mon pays natal avec le grade de lieutenant-général que j’aurais bien gagné dans les armées du Roi. Cette faveur a été accordée en dernier lieu à d’autres généraux étrangers qui n’ont point été  dans la malheureuse nécessité, comme moi, de sacrifier une partie de leur fortune et de leur santé en Russie et en Allemagne en servant la gloire de la France. 

( 5 octobre, 2018 )

Un épisode de Krasnoïé…

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Dans la pièce suivante, le général de brigade Heyligers [Gisbert-Martin-Cort Heyligers, général de brigade le 11 novembre 1810 et qui sera lieutenant général le 9 décembre 1814], raconte d’une façon intéressante et vive comment le 35ème régiment de ligne, un des régiments qu’il commandait, finit, malgré sa vaillance, par succomber à Krasnoïé dans la journée du 16 novembre 1812 sous les boulets de l’artillerie et les sabres de la cavalerie russe ; lui-même fut fait prisonnier. 

Arthur CHUQUET 

Le 16 novembre 1812, la 2ème brigade de la 14ème division du 4ème corps, composée des 9ème et 35ème de ligne, sous mes ordres, marcha depuis la petite pointe du jour, en échelons, à gauche de la grande route de Smolensk à Krasnoïé, pour contenir les cosaques qui rôdaient sur notre flanc. Au moment où nous entendîmes le bruit du canon redoubler à la tête de la colonne qui s’approcha de Krasnoïé, la division fit halte. Bientôt cependant le général de division reçut l’ordre d’avancer. Il fit déployer la 1ère brigade, m’ordonna de laisser le 8ème près des équipages, de former le 35ème au carré et de la faire avancer. Je laissai donc le 9ème de ligne sur la route et me portai moi-même avec le 35ème, n’ayant que quarante files sous les armes, en avant, à la hauteur de la 1ère brigade qui marcha en bataille et se dirigeait sur un petit bois à environ cinq cent toises [environ 970 mètres]  de la grande route. 

Les tirailleurs russes plièrent à mesure que nous avançâmes. Bientôt le major du 35ème, blessé, nous quitta. Au moment où nous arrivâmes à peu près à la hauteur du petit bois, l’ennemi démasqua deux pièces. En même temps, je vis accourir sa cavalerie. Il n’y avait pas un instant à perdre. Je rappelai mes tirailleurs, prévins mes soldats que nous allions être chargés, de tenir ferme et surtout de ne tirer que quand je l’ordonnerais.

Cependant, ils firent feu aussitôt qu’ils virent approcher la cavalerie. Celle-ci vint tomber avec impétuosité sur mon carré. 

Le brave 35ème, quoique harassé de fatigue et de besoin, dont plusieurs soldats venaient d’être blessés plus ou moins grièvement et dont la plus grande partie des armes étaient hors d’état de servir, reçut la charge avec calme et avec le sang-froid des vieux guerriers. L’ennemi entoura en vain le carré, chercha inutilement de le pénétrer, frappa sur nos fusils, lança des coups de sabre ; il fut forcé de lâcher prise. Il faut se reporter à cette époque, connaître la situation intérieure des corps, pour pouvoir payer le juste tribut d’éloges que mérite le brave 35ème de ligne. La cavalerie russe se rallia en arrière sur notre gauche. Aussitôt qu’elle nous eut démasqués, une grêle de balles et de mitraille recommença à pleuvoir sur nous. Ma position était critique. Je m’aperçus que les troupes qui se trouvaient à ma hauteur avaient rétrogradé vers la grande route pendant que j’étais si cruellement engagé. Je craignis que l’ordre de retraite, le demi-tour ne portât le désordre dans ma petite troupe et donnât l’occasion de nous entamer. Cependant, je ne pouvais pas rester en place. Je résolus donc de marcher moi-même sur la cavalerie, de fortifier par là le courage de mes soldats, d’empêcher les pièces de me battre, espérant que les accidents du terrain favoriseraient ma jonction, ma retraite. 

Je fis rentrer les soldats qui avaient poursuivi les cavaliers à la baïonnette. Cependant, dans l’instant que nous allions nous mettre en mouvement, nous vîmes arriver à notre secours un bataillon d’à peu près 200 hommes. Je m’avance aussitôt vers ce bataillon et ordonne au colonel de faire halte pour effectuer la retraite en échelons. Dans le même moment, le colonel se déclare blessé et s’éloigne. Son bataillon, privé de son commandant, s’avance toujours en bataille obliquement vers mon carré. J’ordonnai inutilement de faire halte. Le canon tirait toujours, tuait et blessait beaucoup de monde, et ce bataillon se plaça, malgré mes efforts, groupé derrière et contre le 35ème, se mêlant dans ses rangs. La cavalerie profita de ce cette confusion, renouvela  sa charge et ne trouva plus de résistance. On se sauva cette fois sans attendre.

J’ordonnai enfin de se placer dos à dos en rond et de tenir ferme, seul moyen de salut.

Dans le temps que je fis des efforts pour rallier du monde, je reçus trois coups de sabres sur mon chapeau par des cavaliers qui me dépassèrent.

Attaqué bientôt par deux tirailleurs russes dont j’empoignai le canon du fusil, un cavalier survint qui, voyant mon chapeau à plumet, me défendit, me tira des mains des tirailleurs et m’amena près du général Miloradovitch. 

Le général de brigade HEYLIGERS. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911. 

Eugène LABAUME dans ses mémoires sur la campagne de Russie (réédités en 2002 par Cosmopole), confirme cet épisode. Voici ce qu’il en dit: « Les deux cent hommes qu’avait amenés le colonel Delfanti, s’avancèrent pour soutenir le carré du 35ème, que commandait le général Heyligers ; privés de leur chef, ils se placèrent partie en avant, et partie en arrière de ce carré ; la cavalerie ennemie, profitant de cette confusion, renouvelle la charge, massacre les soldats, et enlève les deux derniers canons dont on n’avait pu tirer que quelques coups faute de munitions. Le général Heyligers, en cherchant à rallier nos faibles débris, reçut trois coups de sabre sur la tête, et, tandis que deux tirailleurs russes lui présentaient leur baïonnette, survint un cavalier, qui, le reconnaissant pour un général, le prit au collet, et l’emmena prisonnier. » 

 

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