( 21 novembre, 2017 )

La cocarde tricolore et la cocarde blanche (Arles,1814).

cocarde

« Même en adhérant à la restauration de 1814, l’armée manifesta assez ouvertement le regret de renoncer à la cocarde tricolore. Le serment de fidélité au roi était prêté depuis plusieurs jours, que la cocarde blanche était encore absente des colback, des shakos et des bonnets à poil de plus d’un régiment. Il faut dire que c’était avec le même regret que vingt-cinq ans auparavant quelques-uns de ces régiments avaient substitué la cocarde de la république à celle de la monarchie. Je puis citer entre autres le régiment des hussards Berchigny, qui, traversant ma ville natale d’Arles, en 1792, avait manifesté si hautement ses opinions royalistes qu’il en était résulté des altercations violentes et même quelques duels avec les habitants dela Roquette, quartier d’Arles qui comptait beaucoup plus de monaidiers que de syphoniers, comme se désignaient alors les démocrates et les aristocrates de la ville. Cet incident n’était pas tout à fait oublié en 1814, lorsqu’on fut prévenu à Arles de la prochaine arrivée de ce même régiment de Berchigny, qui, devenu le 1er régiment de hussards dans la cavalerie impériale, fit effectivement, le 31 mai, son entrée dans notre ville alors livrée à toute l’effervescence de l’enthousiasme légitimiste. La belle tenue des hussards avait provoqué un murmure général d’admiration, et même des acclamations; mais un des spectateurs fit la remarque que ni le colonel, ni les officiers, ni  les simples soldats n’avaient remplacé la cocarde tricolore par la cocarde blanche. Au murmure de l’admiration succéda bientôt un autre murmure qui exprimait un sentiment très peu sympathique, et quand les billets de logement leur furent distribués, les hussards reçurent l’accueille moins hospitalier. Des provocations s’ensuivirent, puis des rixes, des luttes corps à corps et tous les préludes d’une bataille générale, qui ne fut arrêtée que par l’intervention du colonel et du maire, d’accord pour promettre que le lendemain, à la parade, tous les hussards auraient la cocarde blanche à leurs shakos — ce qui eut lieu en effet; mais satisfaction plus complète encore fut donnée aux royalistes d’Arles, par une proclamation imprimée du colonel, affichée sur tous les murs et inscrite dans les registres de l’hôtel de ville. La voici textuellement, remarquable par la signature du colonel (allié de la famille impériale), par l’expression du plus loyal dévouement à la dynastie restaurée et par la plus complète réticence sur la querelle qui avait failli mettre toute la ville à feu et à sang.

Proclamation du colonel du 1er régiment de hussards.

« Habitants de la ville d’Arles, «Le 1er  régiment de hussards, l’ancien Berchigny, vous  remercie de l’accueil fraternel qu’il a reçu de vous. Fidèle au  serment qu’il n’a pas attendu de se trouver sur les terres de France pour prêter à S. M. Louis XVIII, notre légitime et bien-aimé souverain, quelle joie ne doit-il pas éprouver de se trouver au milieu d’un peuple qui est pénétré de tant d’amour pour l’auguste dynastie des Bourbons !

« Habitants d’Arles ! A  peine avons-nous goûté le bonheur nd’être parmi vous, qu’il faut déjà vous quitter; le régiment  reçoit la plus digne récompense des sentiments et du bon  espoir qui l’animent, dans l’ordre qui lui parvient de se  rendre à Paris pour y servir sous les yeux du roi qu’il a juré de défendre.

« Recevez donc aussi l’expression de nos respects avec celle de notre reconnaissance; nous conserverons éternellement le souvenir de vos bonnes dispositions pour nous : pourriez-vous jamais perdre celui d’une union formée sous les auspices du cri chéri:

VIVE LE ROI !

«Pour le 1er régiment de hussards,

Signé: Le colonel Marius CLARY.

Arles, 31 mai 1814. »

(« Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et 1815. D’après le Journal du colonel Sir Neil Campbell. Le Journal d’un détenu et autres documents inédits peu connus… Recueillis par Amédée Pichot », E.Dentu, Éditeur /Revue Britannique, 1873, pp. 523-514).

 

 

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( 20 novembre, 2017 )

La défense de Paris (29 et 30 mars 1814) racontée par le général Dautancourt…

La défense de Paris (29 et 30 mars 1814) racontée par le général Dautancourt... dans TEMOIGNAGES 1814 Ce témoignage fut publié en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache » et inclus dans un article portant le titre de :  « Le 1er régiment des chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale ».

Le 14 mars 1814, après l’affaire de Reims, le général Dautancourt, malade depuis quelque temps, partit pour Paris afin surtout d’y presser l’organisation des éclaireurs polonais attachés à son régiment sous la dénomination de 3ème régiment d’éclaireurs de la Garde par le décret impérial du 9 décembre 1813, et dont une partie des quatre premières compagnies seulement était à l’armée. Le 28 au soir, le général de division d’Ornano, commandant les dépôts de la Garde, le chargea du commandement de la cavalerie disponible dans les mêmes dépôts. La force totale de cette cavalerie s’élevait à environ 800 chevaux. Le général Dautancourt avait fait partir dans la même journée, pour Claye, route de Meaux, un détachement sous les ordres du capitaine Zaiaczek. Ce détachement déduit, il ne restait qu’environ 660 chevaux ; mais dans la nuit du 28 au 29, la moitié de cette force fut détachée pour l’escorte de l’Impératrice. Il resta donc définitivement environ 320 à 330 chevaux composés de grenadiers, dragons, chasseurs, mamelucks et Polonais. Voici l’analyse des opérations de cette faible brigade extraite du rapport que le général remit au général de division Koch. Vers neuf heures du matin du 29, cette brigade prit position en avant de Pantin, à droite de la route de Bondy, ayant devant elle le chemin qui traverse cette route et le canal de l’Ourcq, pour aller de Noisy-le-Sec à Baubigny [Bobigny]. Des reconnaissances furent poussées sur Noisy, Rosny, Villemomble, etc. Le roi Joseph passa une heure après, se portant en avant. A son retour, le général d’Ornano qui l’accompagnait dit au général Dautancourt que les lanciers polonais qu’il avait envoyés la veille à Claye sous les ordres du capitaine Zaiaczek, au lieu de rentrer à sa brigade, avaient reçu ordre de rester à la division Compans. 

Vers midi, une patrouille ayant rapporté qu’on voyait de la cavalerie ennemie sur la route dites « des Petits-Ponts » et vers Le Bourget, la brigade passa sur la droite du canal et se forma en arrière de Baubigny [Bobigny]. Sa gauche communiquait avec une brigade de Polonais, dit « les Krakus », sous les ordres du général Vincent. On donna la chasse à de misérables cosaques qui poursuivaient des habitants à la campagne, conduisant à Paris leurs bestiaux et leurs meubles. Cependant une grosse colonne ennemie arrivait lentement par la route du Bourget : elle eut à peine dépassé le ruisseau  de Montfort qu’elle canonna assez vivement les deux brigades qui reçurent au même moment l’ordre de repasser sur la rive gauche du canal. Le général Vincent le repassa sur le pont de la route des Petits-Ponts au-dessous de Pantin et se porte en arrière. Le général Dautancourt le repassa par le pont du Moulin-de-la-Folie, traversa Pantin et se forma en arrière entre la route des Petits-Ponts et celles de Meaux, en face du pont, appuyant deux pièces d’artillerie qui la défendaient ; un peloton de tirailleurs  fut de nouveau poussé au-delà de ce pont. L’ennemi dirigea sur ce point quelques volées de son canon qui fit peu d’effet. Il n’y avait pas une demi-heure que la brigade était dans cette position lorsqu’elle reçut l’ordre de se rendre à La Villette. Elle y arriva par le pont qui traverse le canal près du bassin, à la nuit tombante. Elle établit ses bivouacs à la gauche de la tête du faubourg de La Villette, prolongeant sa gauche vers La Chapelle, en-deçà du canal de Saint-Denis. Le 30 mars 1814, à 7 heures de matin, elle était à cheval sur le même terrain, ayant à se droite quelques escadrons de cavalerie sous les ordres du général Roussel d’Hurbal. Le général Dautancourt reçut l’avis qu’il était placé sous ceux du général Belliard. Le feu était commencé entre les batteries de La Villette et celles de l’ennemi. Afin de connaître ce qui se passait dans la plaine, le général Dautancourt envoya un sous-officier avec cinq chasseurs sur le canal avec ordre de  pousser jusqu’à Saint-Denis. Pendant ce temps, la brigade manœuvra vers la route qui conduit de La Chapelle à cette dernière ville. La patrouille de chasseurs rentra au grand galop, après avoir déjà fait un léger détour pour éviter les tirailleurs ennemis qui se présentaient en-deçà du canal  et rapporta que le commandant de Saint-Denis l’avait chargée de dire au général qu’il lui était arrivé le matin six pièces de canon mais sans munitions et qu’il lui en fallait sur-le-champ.

Ce rapport fut fait au général Belliard et par lui envoyé par un officier polonais au roi Joseph, sur la butte Montmartre. Il parut que l’ordre avait été donné d’envoyer trois caissons d’artillerie qu’on vit trop longtemps après être sorti de La Chapelle. Un bataillon d’infanterie fut envoyé pour les escorter et le général Dautancourt détacha pour le même objet le major Kozietulski, des éclaireurs polonais de la Garde, avec 80 chevaux. Mais il s’était écoulé un trop long temps pour toutes les allées et venues faites afin d’obtenir l’envoi de ces munitions et déjà elles ne pouvaient plus être introduites dans Saint-Denis. A la hauteur d’Aubervilliers, les éclaireurs donnèrent sur un gros corps ennemi qui, ayant passé le canal, coupait la route. Ils furent brusquement ramenés. Le général Dautancourt portait le restant de sa brigade à leur soutien. Mais il reçut l’ordre de demeurer en position, la gauche à la route. Les munitions rentrèrent ; le petit bataillon d’infanterie se replia lentement et en belle contenance ; une forte partie des éclaireurs de la brigade restèrent engagés en tirailleurs avec ceux très nombreux de l’ennemi. Vers midi, la cavalerie continua à manœuvrer par son flanc gauche parallèlement aux mouvements de l’ennemi. Elle se porte au-dessous de Clignancourt en avant de la ligne d’anciennes redoutes qui se trouvent dans la plaine (le général Belliard se trouvait sur l’une de ces redoutes). Les éclaireurs, les mamelucks et quelques chasseurs de la Garde étaient toujours aux prises avec la ligne des tirailleurs ennemis, qui, chargés, se retiraient sous la protection de leurs masses. On remarqua alors au milieu de nos tirailleurs plusieurs Parisiens, à pied, qui faisaient le coup de fusil d’une manière fort meurtrière pour l’ennemi. En manoeuvrant de la sorte, on arriva en avant d’une plâtrière située à gauche de Clignancourt et séparée de la montagne de Montmartre par un chemin qui conduit à Clichy. La brigade appuya sa gauche aux vignes qui bordent la route des Batignolles à Saint-Ouen. Les grenadiers à cheval, offrant sur ce lieu élevé un point de mire trop sûr aux coups d’une batterie de quatre pièces que l’ennemi avait placée dans la plaine près de l’embranchement de la route des Batignolles dans celle dite « de la Révolte », furent placés en réserve dans le fond, au-dessous et entre la plâtrière et la route. Cette batterie nous fit beaucoup de mal. A la vérité, le canon de Montmartre essaya de lui riposter de quelques coups en distance. Loin de lui en imposer, ce canon, mal servi devenait dangereux pour nos tirailleurs, lorsque deux pièces d’artillerie légère de la division du général Roussel, se plaçant entre cette division et notre droite, tirèrent avec une telle précision qu’en un instant elles forcèrent cette artillerie ennemie à se retirer. Ce ne fut que pour un moment. Cependant l’ennemi continuait lentement son mouvement vers le bois de Boulogne ; bientôt il parvint aisément à s’emparer des vignes qui se trouvent dans le triangle formé par les routes des Batignolles à Saint-Ouen et à Clichy et par celle de  la Révolte. Ces vignes, à défaut d’infanterie, ne furent disputées à la sienne que par les éclaireurs, les mamelucks et les chasseurs de la Garde qui furent forcés de les abandonner avec perte de plusieurs de ces braves qui s’étaient acharnés à les défendre avec une audace qui tenait du désespoir.

Au milieu de ces tirailleurs, le général Dautancourt eut à ses côtés un de ses adjudants blessé assez grièvement (il se nommait Pélissier, jeune officier français, sous-adjudant-major des lanciers polonais). Alors la position de la brigade n’était plus tenable. L’ennemi la fusillait à portée de pistolet. En ce moment, le maréchal duc de Conegliano envoya le brave colonel Moncey, son fils, prévenir le général Dautancourt des dispositions qu’il prenait à la barrière de Clichy, qu’il faisait fermer. Il fallait de l’infanterie: en vain le commandant de la brigade en demandait au général Belliard, on n’en avait point. Le feu de l’ennemi partant des vignes, celui de son canon, devenaient de plus en plus meurtrier. Quelques charges étaient demeurées sans résultat et si elles avaient fait éprouver quelques pertes à l’ennemi, elles avaient augmenté les nôtres dans une proportion accablante. La brigade se retirait cependant lentement, lorsqu’elle reçut l’ordre de se rapprocher de la cavalerie du général Roussel près de la plâtrière. Elle y appuya sa gauche et se forma le long du chemin qui, de cette plâtrière, conduit à Clignancourt.

C’est alors qu’il arriva à notre soutien un beau détachement de sapeurs-pompiers ; mais le moment opportun de retarder les progrès de l’ennemi était passé. Maître des vignes, il s’élança, parvint à cette même plâtrière et présenta une masse d’infanterie à portée de pistolet.  A la tête des chasseurs que commandait le chef d’escadron Laffitte, des Polonais et des mamelucks (les grenadiers et les dragons étant à gauche de la plâtrière opposés à d’autres forces ennemies), le général Dautancourt s’élança sur cette masse. Il fut ramené par son feu et celui de son artillerie. La cavalerie du général Roussel ne fut pas plus heureuse. Ce furent nos derniers efforts et nous y survécûmes !… 

Acculés sous Montmartre, dans le petit espace entre la plâtrière et Clignancourt, ne pouvant plus manœuvrer et foudroyés par le feu de l’ennemi, une partie de la cavalerie de ligne se retira par Clignancourt, tandis que le général Roussel, le général Dautancourt et le restant de ses braves opérèrent leur retraite en montant à Montmartre par un chemin rapide qui, quoique encaissé, les laissa encore un moment exposés au feu de l’ennemi. La brigade entra dans Paris par la barrière des Martyrs et se rallia sur le boulevard des Italiens. A dix heures, elle traversa silencieusement cette capitale de l’Empire, qu’elle abandonnait, et prit, vers minuit, position à Villejuif où elle bivouaqua. Pendant cette nuit, d’après un ordre du général Belliard, le général Dautancourt envoya un détachement de ses Polonais au pont de Choisy-le-Roi. 

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( 18 novembre, 2017 )

Extraits des papiers d’un cavalier de la Grande-Armée…

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Ce texte, rédigé par Jean-Baptiste Villeminot,  paru la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en 1908. Je l’avais reproduit dans « La Chronique des Deux Empires » en 1996. Mais laissons parler le commandant Carlet, préfacier de l’édition de 1908.

C.B.

La complaisance d’un de nos amis nous a valu la communication de papiers provenant de la succession d’un vieux brave, qui a fait presque toutes les campagnes de la Révolution et de l’Empire et qui, parti simple cavalier au 25ème régiment de cavalerie, en 1792, prit sa retraite en 1815, comme sous-lieutenant au 2ème cuirassiers. Parmi ces notes, prises au jour le jour, nous avons trouvé, entres autres, un tableau assez intéressant dans lequel il relate les différentes étapes parcourues par son corps pendant la funeste retraite de Russie. Nous les reproduisons ci-après, en en respectant l’orthographe. Nous avons également remarqué, dans ce carnet, une chanson de route intitulée : Les Français en Autriche, qui dut être composée avant la capitulation d’Ulm ; nous la donnons à la suite de l’itinéraire. Mais, demandons la permission de présenter tout d’abord notre héros : Jean-Baptiste Villeminot, fils de François et de Marguerite Eloy, naquit à Tornay, localité située, à vol d’oiseau, à environ 27 kilomètres au sud-est de Langres, le 8 décembre 1771. Il n’avait pas tout à fait vingt et un ans, quand il rejoignit le 25ème régiment de cavalerie, le 24 août 1792. Il y devint successivement, brigadier le 6 frimaire de l’an VI ; fourrier le Ier vendémiaire de l’an VII ; maréchal des logis le 16 thermidor de l’an VIII. Le 10 janvier 1804, il passait avec son grade au 2ème cuirassiers où il fut nommé maréchal des logis-chef le Ier novembre 1806, et sous-lieutenant le 14 mai 1809, c’est-à-dire quelques jours avant la bataille d’Essling. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 1er octobre 1807. La première Restauration le confirma dans son grade de sous-lieutenant au 2ème cuirassiers, devenu cuirassiers de la Reine.Villeminot prit sa retraite le 10 décembre 1815, après le licenciement à Saumur de son régiment ; il se retira à Chaumont. D’après ses états de service, ses campagnes furent les suivantes : Campagnes de 1793, ans II, III, IV, V et VI à l’armée du Rhin ; de l’an VII à l’armée de l’ouest ; des ans XIII et XIV, 1806, 1807 à la Grande Armée ; de 1809 à l’armée d’Allemagne ; de 1812 en Russie ; de 1813 et 1814 à Hambourg.

Commandant CARLET.

Noms des villes et des villages où j’ai passé à la retraite de Russie.

- Le 18 octobre 1812, à 7 heures du matin, à la Saskowa, grand houra.
- Le 19 et le 20, à Wornowo et devant le château de M. Rotopschin, gouverneur de Moskou.
- Le 21, à Formineskoé, où j’ai appris par un officier italien la révolution qui avait eu lieu à Paris.
- Le 22, à Borovsk, sur la Protwa (rivière), ville aux oignons.
- Le 23 et 24, près de Malojaroslavetz. Grande bataille par le corps italien.
- Le 25, à 7 lieu[es] de Kaluka.
- Le 26, à Ouvarovskoé, en pleine retraite.
- Le 27, à Alferewa, petite ville qui a été entièrement brûlée. .
- Le 28, à Mitiaewa.
- Le 29, à Ouspeuskoué, où j’ai perdu mon dernier cheval.
- Le 30, à Prokorefo, Guillemot a eu son porte-manteau de volé.
- Le 31, à Giot, un très jolie ville (toute brûlé[e]).
- Le 1er novembre, à Velistschewo, (grand froid et grande neige).
- Le 2, à Foederowskoé, sans pain ni viande et couché en plaine.
- Le 3, à Wiasma, très jolie ville où il y avait de très jolis édifices, mais tout a été brûlé.
- Le 4, à Roulkeki. .
- Le 5 et 6, Jalkow, rien…
- Le 7, à Zazelé, dans les bois, je me suis couché dans mon manteau, à mon réveil j’avais au moins six pouces de neige sur moi et je ne me suis pas ressenti du froid.
- Le 8, à Stoboda.
- Le 9, dans les bois.
- Le 10, soi-disant à Doukovchtchina.
- Le 11, à Wolodemerowa où j’ai eu environ un quart de livre de pain pour 6 francs, que nous avons partagé à quatre personnes ; il y a neuf jours que je n’en avais vu.
- Le 12 et 13, à Smolensk.
- Le 14, à Toubna, à 2 lieues de Smolensk.
- Le 15 et 16, à Krasnoé, grand houra. .
- Le 17, à Piadoui, dans la forêt.
- Le 18, à Doubrowna avec un colonel de lanciers, du pain pris des Juifs à force d’argent.
- Le 19, à Orcha.
- Le 20 et 21, à Kokhanowo, rien.
- Le 22, dans le bois où la 2e division de cuirassiers. Grand houra.
- Le 23, à Toloczin, rien.
- Le 24, à Bobr, forêt.
- Le 25, à Nalscha, près d’une chapelle dans la forêt.
- Le 26, à Nemonitza, nous avons trouvé à force de bras (car la terre était extrêmement gelée), quelques carottes dans la terre.
- Le 27, à Weselowo, près la Bérézina.
- Le 28, à Zembin. C’est le 28 que nous avons passé la Bérézina. C’est dans cet rivière où il a péris beaucoup de misérables qui se sont jetés dans la glace pour se sauver de l’ennemi.
- Le 29, à Kamen.
- Le 30, à Zowichino où nous avons trouvé le commencement des pommes de terre.
- Le 1er décembre, à Hia.
- Le 2, à Molodetschino, plus de misère.
- Le 3, à Markovo, chez les Juifs, pain, vin, etc.
- Le 4, à Smorgoni.
- Le 5, à Joupronoul, où le fils de M. le major Dubin est mort.
- Le 6, arrivé à Vilna, ayant fait 16 lieue[s].C’est le 5 et 6 décembre où il a fait les plus grands froids et où il a perri le plus de monde ; il y avait 28 degrés de froid.
- Et le 7, 8 et 9 inclus, Villena.
- Le 10, à Evé, petit village dans les bois.
- Le 11, à Zismovi.
- Le 12, à Kowno. Ici finissent nos peines.

L’armée française contre la Russie était, le 24 juin 1812, forte de 680.500 hommes, 176.850 chevaux et de 1.200 pièces de canons – Il n’en est pas rentré une seule.

- Arrivé à Koenigsberg le 20 décembre, le 25 à Elbing.

1813

- Arrivé le 8 janvier à Stetin, jusqu’au 15 inclus.
- Arrivé le 24 à Berlin.
- Arrivé le 2 février à Brunswick (logé chez Mayer).

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( 15 novembre, 2017 )

Quand un ex-capitaine de gendarmerie rencontre Napoléon à l’île d’Elbe.

Vue Portoferraio

« Ajaccio, 1er juillet 1814.

Cet officier a rapporté avoir vu deux fois l’empereur napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe. Il l’a trouvé dans sa chambre, sans bas ni habit, l’air assez gai, mais marquant de temps en temps un esprit préoccupé et triste. Bonaparte lui a fait beaucoup de question sur la dernière révolution de la Corse en disant que les corses avaient eu tort, qu’ils devaient rester tranquilles et servir Louis XVIII avec fidélité. Il a ajouté qu’il désirait former un bataillon corse et il demanda au capitaine Costa s’il pouvait compter sur quelques recrues du pays ; ce à quoi ce dernier lui répondit qu’il craignait que le gouvernement français n’y consentit pas.

« Il ne peut pas l’empêcher. Qu’est-ce que cela lui fait » 

Il demanda ensuite s’il voulait entrer à son service ; il lui aurait donné le commandement de ce bataillon.  L’ex-capitaine Costa le remercia en disant qu’il voulait entrer à son service ; il lui aurait donné le commandement de ce bataillon. L’ex-capitaine Costa le remercia en disant qu’il voulait rester tranquille et qu’il avait déjà dans le temps refusé le commandement d’un bataillon et qu’il ne pouvait d’ailleurs servir que dans son pays. Napoléon le fit asseoir et prendre une glace. M. Costa  rapporte que le général Bertrand paraît être très indisposé contre les Corses et qu’il les reçoit très mal; que la plupart des hommes qui ont été enrôlés en Corse pour l’Elbe en désertent au premier moment : ils disent que ce n’était pas la peine de s’expatrier pour n’avoir que neuf sous par jour et le pain. Napoléon fait bâtir une maison de campagne sur une hauteur. Il attend la princesse Borghèse. On dit à l’Elbe que le pape n’a pas voulu  recevoir le prince Borghèse dans ses états, mais qu’il a très bien reçu Lucien Bonaparte et sa mère. On dit que Louis Bonaparte se fait moine [encore une rumeur stupide !] et que Joseph est en Suisse. Napoléon Bonaparte a répété en quittant le capitaine Costa que les Corses devaient rester tranquilles et fidèles à Louis XVIII, qu’ils n’avaient que cela à faire ».

(Arthur CHUQUET, « L’année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.397-398)

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( 11 novembre, 2017 )

A propos du mameluck Ali…

1821

Louis-Etienne Saint Denis (désigné par une flèche) à Sainte-Hélène. A ses côtés se trouve son ami le valet de chambre Louis Marchand.

 Louis-Etienne Saint-Denis, plus connu sous le nom de « mameluck Ali » est un de mes personnages favoris de l’épopée; l’exemple même du fidèle de Napoléon. Il le suivit à Sainte-Hélène et assista aux derniers moments du Grand Homme. En 2000, j’ai réalisé pour le compte des Editions Arléa, une nouvelle édition de ses « Souvenirs »; un récit que se doit de lire tout napoléonien qui se respecte. 

 C.B.

 « J’ai connu plusieurs personnes ayant vécu près de Napoléon dans des positions diverses, d’anciens serviteurs longtemps attachés à sa personne. Tous sont unanimes pour vanter la bonté de son cœur, son affabilité et sa simplicité. Ainsi Saint-Denis, son premier valet de pied, qui l’accompagna à l’île d’Elbe et à Sainte-Hélène, d’où il ne revint qu’après la mort de son maître, ne tarit pas sur son inépuisable bonté, sa douceur envers ses gens, sa bonhomie. Napoléon aimait beaucoup les enfants, se plaisait à les prendre dans ses bras, à écouter leur babil. Saint-Denis avait une petite fille de deux ou trois ans: l’Empereur se détournait fréquemment de sa promenade pour aller la caresser. Ce même Saint-Denis fit partie de l’expédition qui, sous le commandement du prince de Joinville, alla en 1840 chercher les cendres de Napoléon à Sainte-Hélène pour les ramener en France. J’ai été longtemps le médecin de la famille Saint-Denis. Le père, mort dans un âge très avancé, avait passé des écuries de Louis XVI dans celles de Napoléon, où il remplissait les modestes fonctions de piqueur. Le fils faisait partie de la maison impériale ; il était valet de pied ; son intelligence, son dévouement, sa bonne mine lui valurent les bonnes grâces de l’Empereur, qui l’attacha plus particulièrement à sa personne et le désigna pour l’accompagner à Sainte-Hélène. Saint-Denis n’avait reçu que peu d’instruction. Il eut cependant l’idée d’écrire jour par jour ce qu’il voyait et ce qu’il entendait. Son service l’appelait à chaque instant près de l’Empereur, il a entendu de sa bouche bien des choses curieuses. Ce journal forme quatre gros cahiers dont l’écriture n’est pas mauvaise, mais qui, sous le rapport de l’orthographe et de la grammaire, laissent beaucoup à désirer. J’ai pu les parcourir et ils m’ont vivement intéressé. Voici un emprunt que je leur fais : « Sire, qui dit Montholon, j’ai eu occasion de voir beaucoup les Anglais, de vivre au milieu d’eux, et je puis vous dire qu’ils sont bons enfants tout de même. -Oui, qui dit l’Empereur, mais leur gouvernement ne vaut pas le diable, et il savait bien ce qu’il faisait en me donnant pour geôlier la plus grande canaille de l’Angleterre.»

(Docteur Poumiès de la Siboutie », « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 142-143)

——

A propos de ce personnage qui finit son existence dans la belle ville de Sens (Yonne) :

http://www.histoire-sens-senonais-yonne.com/pages/gerard-daguin-chroniques-historiques/des-lieux-et-des-hommes-le-mamelouk-ali/louis-etienne-saint-denis-le-mamelouk-ali-de-napoleon.html

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( 10 novembre, 2017 )

« Mourant de froid et de faim… »

Voici une lettre courte mais très significative sur la situation de la Grande Armée durant la 1ère partie (celle qui va du franchissement du Niémen au passage de la Bérézina) de la campagne de Russie. Elle est écrite par le baron Louis de Joinville (1773-1849). Il était commissaire ordonnateur en chef du quartier-général impérial. Cette lettre est adressée à son épouse, à Paris. 

Smolensk, le 10 novembre 1812. 

Je me hâte de t’annoncer, ma bonne amie, que je suis arrivé hier à Smolensk, seul à pied, mourant de froid et de faim, et ayant perdu la moitié de mes équipages. Quoi qu’il en soit, je n’aspire qu’à continuer notre route, toute pénible qu’elle en est, pour arriver enfin là où nous devons prendre quelque repos. Ma santé se soutient assez bien, malgré toutes les fatigues que j’éprouve ; fais des vœux pour moi, car les tiens seront exaucés mieux que les miens ; il faut que je me conserve pour mes enfants, qui ont encore besoin de moi. 

Adieu, ma bonne amie, je n’ai que le temps de t’embrasser, ainsi que mes pauvres enfants. 

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( 9 novembre, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL COMPANS…

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J’ai déjà diffusé sur le présent Blog, une lettre de ce général. Celle-ci est adressée à sa femme depuis les neiges de Russie… 

Dorogobouje, le [resté en blanc] novembre 1812. 

Ma chère Louise, j’ai reçu hier avec une extrême joie cinq de tes lettres. Elles ont calmé une double inquiétude que j’éprouvais depuis plusieurs jours, celle d’être sans nouvelles de toi et celle de voir par ta correspondance qu’aucune des lettres, que j’avais écrites après celle du 7 septembre, ne te parvenait ; cette double inquiétude cesse enfin. Je me rapproche tous les jours de toi et j’espère que cet hiver notre correspondance qui fait tout mon bonheur reprendra toute son activité. Ma division a combattu plusieurs jours de suite à l’arrière-garde  et toujours avec beaucoup d’ordre et de bravoure ; mais le 2 de ce mois devant Viasma elle prit part à un combat assez sérieux  où elle ajouta beaucoup à la gloire qu’elle s’est acquise pendant cette campagne. Le 57ème régiment a bien  justifié le surnom de « Terrible » que l’Empereur lui donne en Italie. Il s’est fort distingué dans cette campagne ; j’ai été aussi très satisfait des trois autres régiments [25ème, colonel Dunesme, 61ème  colonel Bouge et 111ème, colonel Julliet]. Mon artillerie ne m’a rien laissé à désirer ; elle était parfaitement conduite. Je connaissais déjà l’intérêt que Mme de Lépine avait bien voulu prendre à ma blessure et je t’avais priée d’être auprès d’elle l’interprète de ma gratitude et de tous mes sentiments. On dirait que je me suis donné le mot avec cette aimable dame pour te mettre dans la confidence de ce que nous avons l’un pour l’autre. Réitère-lui que je l’aime bien et que je saisirai toutes les occasions de le lui témoigner. Je ne m’intéresse pas moins à sa santé qu’elle ne s’est intéressée à ma blessure. Je conçois que ta famille n’ait pas été moins inquiète que toi sur mon compte, voyant ma correspondance cesser après le 7 septembre. Je conçois aussi qu’elle ait vivement partagé toute la joie lorsque tu reçus à la fois cinq lettres qui te donnent de mes de mes nouvelles jusqu’au 14. J’aime cette bonne famille autant qu’elle peut m’aimer et j’espère qu’un temps viendra où nous passerons d’heureux jours ensemble. L’accident d’un de tes beaux yeux n’aura probablement pas de suites fâcheuses, ma chère Louise. C’est ordinairement un mal très passager qu’un coup d’air de cette espèce. Je vois  avec plaisir que ta santé et celle du petit Monique-Napoléon [Dominique-Napoléon, son fils] ; ménage-les bien l’une et l’autre.

Je t’écris au bivouac, la neige tombe en ce moment d’une telle force qu’elle m’oblige à finir cette lettre. Je vous embrasse de cœur et d’âme. 

Comte D.COMPANS 

 

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( 7 novembre, 2017 )

Une lettre du général Lasalle…

LasalleMéconnues sont les lettres de ce fameux officier. Disparu trop tôt pour avoir eu le temps de rédiger des « Mémoires », sa correspondance nous éclaire sur cette figure haute en couleurs. Celle-ci, d’une série de trois fut publiée la première fois en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache ».  

Zaoué, 24 messidor an VII (12 juillet 1799). 

Le chef de brigade Lasalle au général de division Dugua. 

J’apprends dans l’instant mon général, que vous avez été nommé inspecteur général de cavalerie ; je me félicite, en vous faisant mon compliment de congratulation, de me trouver encore sous vos ordres, et je présage d’avance tout l’avantage que les corps de notre armée en retireront ; le général en chef [Bonaparte] enfin voit donc la nécessité qu’il y a d’organiser solidement les corps de cavalerie, et il confie leur administration à un général qui pourra par ses connaissances rendre l’éclat à cette arme si nécessaire en Égypte . Vous savez que je ne suis pas courtisan, et que franc comme un houzard, je dis ce que je pense ; ainsi, ne voyez  dans ce que je dis qu’un hommage rendu à la vérité, et un remerciement que je fais au général en chef. Nous courons depuis deux mois après Mourad Bey ; il vient de nous échapper, et le résultat de nos fatigues n’a été que la prise de quelques-uns de ses chameaux et bagages ; deux fois il a refusé le combat. Le général en chef m’écrit que mon régiment [Lasalle commandait alors le 22èmechasseurs à  cheval] reste en Haute-Égypte. Je vous supplie d’obtenir de lui de l’y réunir en entier ; vous savez que c’est de la plus grande nécessité, soit pour la partie administrative, soit pour l’instruction ou la discipline. 

Avez-vous reçu des lettres de France depuis que je n’ai eu le plaisir de vous voir ? Je vous plains si vous êtes dans le même cas que moi, rien ne m’est parvenu, et s’il m’en parvenait, je tremblerais encore d’y trouver des nouvelles alarmantes sur le compte de ma mère ou de ma Joséphine [son épouse]. Jamais nous n’avons été si malheureux qu’en Égypte ; nous y éprouvons toutes les privations, toutes les fatigues les plus inouïes, et l’espoir d’un mieux-être nous est même refusé. Votre Lasalle, mon cher Général, est bien changé ; sa gaieté, qui jadis vous a amusé, l’a quitté ; sombre et mélancolique, il traîne sa triste existence dans les plaines du Saïd, où, à travers ses déserts, il a tout perdu ; et ses yeux ne peuvent plus même gouter le plaisir de pleurer. Qu’ai-je fait en venant ici ? Écrivez-moi donc quelquefois ! J’ai besoin de consolation, et votre amitié ne doit pas m’en refuser ; pensez à ce que j’ai perdu : mère, maîtresse chérie, fils charmant, et vous excuserez mes plaintes et mes importunités. 

Adieu, mon Général, ne quittez jamais votre fils, il serait trop malheureux ; pensez à moi un peu l’un et l’autre et ne doutez pas de mon sincère et respectueux attachement. 

LASALLE. 

P.S.J’embrasse Monfalcon ; et le capitaine Mousci qui vous présente son respect, et vous prie de lui faire ses amitiés. 

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( 6 novembre, 2017 )

Lettre d’un officier français durant la campagne de Russie…

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L’auteur de ce document est Nicolas-Louis Planat de La Faye (1784-1864). Ce méconnu mais très intéressant personnage fut aide de camp des généraux Lariboisière et Drouot. Il fut également officier d’ordonnance de Napoléon. Cette lettre est extraite de l’importante correspondance qu’il a laissée et qui fut publiée en 1895. 

C.B.   

Moscou, 30 septembre 1812.

A Constant D*** 

Mon ami, je ne crois pas t’avoir écrit depuis Smolensk. Il s’est passé des événements bien importants pendant cet intervalle : la bataille de La Moskowa, l’occupation de Moscou, et malheureusement l’incendie presque total de cette riche et superbe ville sont les plus marquants. Je t’avais fit que les Russes reculaient toujours et que nous nous épuiserions en marches avant de les atteindre. C’est enfin à 24 lieues de Moscou qu’ils se sont décidés à nous attendre, en avant d’une petite ville appelée Mojaïsk. Ils occupaient une position des plus formidables défendue par les trois redoutes qui nous ont fait un mal affreux. La bataille a duré 18 heures… Les russes ont été battus, mais non pas mis en déroute ; ils se sont retirés lentement et en bon ordre, laissant un champ de bataille jonché de leurs morts et de leurs blessés…Quinze mille de nos braves ont été atteints… Notre existence, depuis 2 mois, est quelque chose de fort extraordinaire ; nous vivons de pillage et de maraude ; les habitants quittent à notre approche les villes et les villages et s’enfuient dans les bois avec leurs bestiaux et leurs provisions ; c’est là que nous envoyons nos domestiques avec des soldats pour les assiéger et leur enlever leurs subsistances. Nous faisons notre pain, nous abattons des bœufs, nous égorgeons des moutons : chacun est boucher, boulanger, cuisinier ; voilà comme nous vivons. Nos chevaux nous donnent encore d’autres soins. Nos malheureux domestiques sont obligés d’aller fourrager à 2 ou 3 lieues des grandes routes au risque d’être pris par les cosaques ou assassinés par les paysans. Nous sommes tous sales, déguenillés, nu-pieds, et pas un tailleur, pas un cordonnier, pas une blanchisseuse. Croira-t-on qu’une population de 320.000 âmes a disparu devant nous !… On prétend que c’est le gouvernement russe qui a fait incendier cette belle capitale pour nous priver des ressources que nous aurions pu y trouver. Je ne sais ce qui en est ; mais je puis dire que nos soldats l’ont bien secondé ; qu’on se figure des soldats ivres, fouillant des maisons de bois avec des chandelles allumées, des torches, des tisons, voilà le spectacle que présentait Moscou le lendemain de notre arrivée. L’incendie a duré trois jours favorisé par un vent violent. Jamais on ne vit un spectacle plus terrible et plus navrant. Que de richesses, que de ressources englouties ! Que de fortunes détruites, que d’honnêtes gens réduits à la misère et au désespoir ! C’est à mon avis la catastrophe la plus effroyable que présente notre siècle si fertile en événements désastreux… 

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( 5 novembre, 2017 )

Une lettre du général Subervie au maréchal Berthier…

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Le général Jacques-Gervais Subervie, naguère colonel du 10ème régiment de chasseurs à cheval, comte de l’Empire depuis le 28 novembre 1809, est nommé général de brigade le 6 août 1811.  Il sera général de division le 3 avril 1814. Plus tard, du 25 février au 4 avril 1848, il occupera les fonctions de Ministre de la Guerre. Subervie a été blessé à la bataille de La Moskowa. Mais c’est pour son jeune frère, blessé à Smolensk, qu’il demande, au lendemain de la bataille, les grâces de l’Empereur. 

Arthur CHUQUET. 

En arrière du champ de bataille de Boroghino [Borodino] le 8 septembre 1812. 

Monseigneur, j’ai été frappé hier dans la bataille par deux éclats d’obus qui, m’ayant ouvert la cuisse droite, m’ont obligé de quitter le commandement de la 16ème brigade de cavalerie légère.  Je prends la liberté de renouveler aujourd’hui mes instances à Votre Altesse pour qu’elle veuille bien accorder le grade de lieutenant, pour être mon aide-de-camp, à mon frère, sous-lieutenant au 10ème régiment de chasseurs à cheval.  Pendant que je marchais sur la Dvina pour assurer la communication avec le général Montbrun. Il fut blessé d’un coup de feu à Smolensk et, à cette occasion, Votre altesse eut la bonté de lui donner des espérances.  J’ose la prier de les réaliser aujourd’hui que l’Empereur accorde des grâces à ceux de son armée qui ont bien servi. J’espère que Votre altesse accueillera avec sa bonté ordinaire la demande que j’ai l’honneur de lui adresser.

En parcourant l’état des services de mon frère, elle verra qu’il a quatre ans de grade et plusieurs blessures. 

Le général SUBERVIE. 

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( 2 novembre, 2017 )

Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE.

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonctions d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE. dans TEMOIGNAGES 86001577

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

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( 1 novembre, 2017 )

Une conversation de lord Ebrington avec Napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe.

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On sait, notamment par Pons, que l’Empereur reçut la visite de plusieurs sujets britanniques à l’île d’Elbe. Lord Ebrington eut l’honneur de rencontrer Napoléon par deux fois ; la première de ces entrevues eut lieu le 6 décembre 1814 ; une autre suivra quelques jours plus tard, le 8 décembre. Lord Ebrington sera alors  invité par l’Empereur à partager son dîner. Son récit de cette première entrevue fut reproduit dans l’ouvrage qu’Amédée Pichot a consacré à la période des Cent-Jours (publié en 1873 ).

C.B. 

« Je voyageais en Italie ; je ne voulais pas retourner en Angleterre sans être à l’île d’Elbe, pour tâcher d’y voir l’homme le plus extraordinaire de tous les temps », écrit au début de son texte Lord Ebrington, avant de poursuivre : « Je  fus bien accueilli par Napoléon, et j’ai eu avec lui deux conversations de plusieurs heures. A l’issue de ces entretiens, je ne suis hâté de prendre note de ce qu’il m’avait dit de plus remarquable. Ce fut le 6 décembre 1814 à huit heures du soir, heure indiquée par la lettre de rendez-vous que le grand-maréchal [le général Bertrand] m’avait adressée, que je me présentai au palais de Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Après avoir attendu quelques instants dans le salon de service, je fus introduit dans la pièce où se trouvait l’Empereur.  Il me fit d‘abord quelques questions sur moi, sur ma famille, etc. ; puis, s’interrompant vivement, il me dit : « Vous venez de la France ; dites-moi franchement, sont-ilscontents ?- Comme cela, répondis-je.- Cela ne peut-être autrement, reprit-il. Ils ont été trop humiliés par la paix. La nomination du duc de Wellington au poste d’ambassadeur a dû paraître injurieuse à l’armée, ainsi que les attentions particulières que le roi lui témoigne. Si lord Wellington fût  venu à Paris comme voyageur, je me serais fait un plaisir d’avoir pour lui les égards dus à son grand mérite, mais je n’aurais pas été content que vous me l’envoyassiez comme ambassadeur. Il aurait fallu aux Bourbons une femme jeune, jolie et spirituelle pour captiver les français ; c’eut été l’ange de la paix. Ils ont laissé trop prendre d’influence aux prêtres ; et l’on m’a dit que le duc de Berri avait dernièrement, fait bien des fautes. Ils ont eu le malheur de signer la paix à des conditions que je n’aurais jamais consenties. Ils ont abandonné  la Belgique, que la nation s’était habituée à considérer comme faisant partie intégrale de la France. Vous aviez assez gagné à la paix, en assurant votre repos intérieur, en faisant reconnaître votre souveraineté dans l’Inde et en mettant les Bourbons à ma place. La meilleure chose pour l’Angleterre eût été sans doute la partage de la France ; mais, tandis que vous lui avez laissé tous les moyens de redevenir formidable, vous avez en même temps humilié la vanité de tous les français, et fait naître des sentiments d’irritation qui, s’ils ne peuvent pas s’exercer dans quelque contestation extérieure, produiront tout au tard une évolution et la guerre civile. Au reste, ajouta-t-il, ce n’est point de la France que l’on me mande tout cela, car je n’ai de nouvelles que par les gazettes ou les voyageurs. Mais je connais bien le caractère du français ; il n’est pas orgueilleux comme l’Anglais, mais il est beaucoup plus glorieux.  La vanité est, pour lui, le principe de tout, et  sa vanité le rend capable de tout entreprendre.  Les soldats m’étaient naturellement attachés ; j’étais leur camarade. J’avais remporté des succès avec eux, et ils savaient que je les récompensais bien ; ils sentent aujourd’hui qu’ils ne sont plus rien. Ii y a en France à présent 700 000 hommes qui ont porté les armes ; et les dernières campagnes n’ont servi qu’à leur montrer combien ils sont supérieurs à leurs ennemis. Ils rendent justice à la valeur de vos troupes, mais ils méprisent tout cela. ». 

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( 30 octobre, 2017 )

« Le temps était très beau… »

« Moscou, à l’exception du Kremlin, fut évacué le 19 [octobre 1812]. Le temps était très beau. Il fallut toute la journée pour déboucher de la ville. Les voitures d’artillerie et d’équipages, les chariots de vivres, les calèches, les chevaux de selle et de bât se mêlait, s’embarrassaient, se heurtaient et gênaient la marche des colonnes. 10,000 soldats valides étaient employés à  l’escorte ; chaque corps, chaque compagnie, chaque état-major y était représenté par des hommes de confiance. On se battait et on se disputait partout. On jurait en français, en allemand, en polonais et en italien. Nous commencions à revenir ne arrière, et c’est de ce moment que commencèrent nos grands revers et cette immortelle retraite bien digne de figurer à côté de celle des dix mille. Je crois, tout amour-propre de côté, que nous avons, en cette circonstance, laissé bien loin de nous les romains dont l’Empereur nous parlait tant en Italie et en Égypte. Ces cohues présentaient un spectacle aussi étrange qu’effrayant. On prit d’abord la vieille route de Kalouga, sur laquelle se trouvait l’armée russe ; on la quitta le 21 pour passer sur la nouvelle, qui, de Moscou, passe à Borowsk et à Malojaroslavets. Ce mouvement fut masqué par le maréchal Ney et le roi de Naples. Beaucoup de voitures restèrent dans les boues du chemin de traverse, que nous suivîmes pour passer d’une route à l’autre. L’artillerie y perdit des chevaux. Cette circonstance nous démontre d’une manière évident que l’armée, trop appesantie par son immense matériel, ne pouvait se mouvoir que sur une grande route, et que, dans cet état de choses, il fallait marcher, toujours marcher, et ne combattre que pour s’ouvrir un passage. »

(Général de PELLEPORT, « Souvenirs militaires. Tome II : 1812-1853 », Édité par un Demi-Solde, 2009, pp. 36-37. L’auteur était à cette époque colonel du 18ème de ligne. Son régiment faisait partie du 3ème corps (maréchal Ney)).

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( 28 octobre, 2017 )

L’AFFAIRE MALET d’après la LETTRE d’un CORRESPONDANT ANONYME…

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Le général Malet.

De qui est cette lettre envoyée de Paris et sans doute adressée à Duroc ? Nous le savons ; mais elle mérite d’être connue, et elle a été lue durant la retraite et, sans doute, le 6 novembre 1812, à Mikhaïlevska, lorsqu’arriva l’estafette, la première que l’armée rencontrait depuis dix jours.  

A.CHUQUET 

Le 23 octobre 1812. 

Monseigneur, un événement inimaginable vient de se passer à Paris, je veux vous en rendre compte. Je suis sorti ce matin à 8 heures. Je voulais entrer aux Tuileries par la grille en face de la rue Napoléon [en fait la rue de Castiglione, qui porte ce nom depuis 1802. C’est son prolongement, l’actuelle rue de la Paix qui portait l’appellation de "rue Napoléon"]. On n’entrait point. Sur l’instant, je crois que le factionnaire ne connaît pas sa consigne. On me répond qu’il la connaît bien, mais qu’il y a du nouveau, que le général Hulin, est assassiné, que tous les ministres sont arrêtés et qu’il règne un bruit sourd que l’Empereur est mort. Pendant que j’écoute, arrive Etienne qui me dit la même chose. Nous allons ensemble au Ministère de la Police [se trouvant alors au n°13, quai Malaquais]. Un garde était à la porte. Je rencontre M. de Rémusat. Même discours. Je vais chez le général Dériot. J’apprends alors que trois ex-généraux ont voulu faire une révolution à Paris. Le général Malet, qui a été enfermé longtemps, avait dans la nuit parcourir les casernes des Gardes nationales du 2ème ban et, muni de faux sénatus-consultes, disait qu’il y avait un gouvernement provisoire dont le chef était le général Moreau. Il a obtenu ainsi des détachements. Il a fait sortir de [la prison de] la Force où ils étaient, les généraux Lahorie et Guidal, les a chargés de s’emparer du Ministère de la police et du baron Pasquier, et s’est rendu de sa personne chez le général Hulin, est entré chez lui vers 3 heures du matin, lui a tiré un coup de pistolet qui l’a blessé grièvement dans son lit et après, a été à l’état-major. Ils avaient fait prisonnier l’adjudant commandant Doucet, général commandant de la place. Celui-ci, à la lecture de la proclamation, n’a pas été maître de contenir son indignation, s’est jeté sur le général Malet et l’a arrêté, aidé de M. Laborde. Pendant ce temps, l’ex-général Lahorie, avec un détachement, s’emparait du Ministre de la Police [le général Savary, duc de Rovigo]. Il fait enfoncer les porte à coups de hache, le fait saisir, lui dit qu’il n’est plus ministre et le fait monter dans une petite voiture qui le conduit avec un détachement à La Force. Il paraît que d’après ce qui s’était passé à l’état-major, on a donné ces ordres ; des détachements ont été envoyés pour dégager le ministre de la police. 

Témoignage publié dans le volume d’Arthur Chuquet « Lettres de 1812. 1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911.  

 

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( 26 octobre, 2017 )

L’EVACUATION de MOSCOU…

« Du 14 au 15 octobre nous fûmes surpris par les premières neiges, qui ne durèrent, il est vrai, que deux jours. Le 15 octobre commença l’évacuation de Moscou. C’était la retraite, qui ne devait finir que le 31 décembre à Thorn, 79 jours par.  Nous restâmes en ville, le 1er corps et la Jeune Garde, sous le commandement du maréchal Mortier, duc de Trévise, et, dans la nuit du 19 au 20 octobre, après avoir fait sauter le Kremlin, nous sortions à notre tour de la ville sainte. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.138-139).

Gouvernement de Kalouga, Borovsk, le 27 octobre 1812.

« Mon cher André, notre départ de Moscou a été si précipité qu’il m’a été impossible de te l’annoncer. Depuis que nous avons quitté Moscou le 19 [septembre 1812]. Nous avons pris la route de Kalouga. Ce qui s’est passé prouve que S.M., ayant décidé d’opérer sa retraite pour faire prendre aux troupes les quartiers d’hiver, a voulu avant de partir, donner aux Russes la mesure des forces qui lui restaient encore : leur affaire s’est engagée dans la plaine de Borovsk le 23 [octobre 1812]… »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, p.106. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

L'EVACUATION de MOSCOU... dans TEMOIGNAGES Moscou

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( 25 octobre, 2017 )

Les événements de 1814 à Paris vus par un voyageur…

Colonne

Ce voyageur [anonyme] parti le 2 avril 1814 de Paris, à 7 heures du matin par la diligence qui se rendait à Melun, a été arrêté à Villeneuve-St-Georges et il fait le récit qui suit. 

A.CHUQUET  

On a cherché à abattre la statue de la Colonne de la place Vendôme ; pour cela, on aurait attaché des cordes en haut de la statue [de celle de Napoléon] ; mais l’empereur Alexandre paraît s’y être opposé. Il n’a rien été fait aux autres monuments. La proclamation de Louis XVIII s’est faite le 1er avril entre 8 et 9 heures du soir.  Un détachement d’environ douze hommes accompagnait celui qui portait la parole. Elle a été faite à la clarté des torches. La personne a entendu cette proclamation plusieurs fois depuis la place Vendôme jusqu’auprès la place Royale [place de la Concorde]. Dans la proclamation dont la personne ne peut rapporter les propres expressions, il serait plusieurs fois question du Sénat que l’on aurait l’intention de le convoquer. Peu de personnes ont crié « Vive le Roi ! ». D’autres ont crié « Vive l’Empereur ! ».  Vincennes ne s’est pas rendu. On dit que le commandant [le brave général Daumesnil] a répondu à la sommation qui lui aurait été faite, en disant qu’il lui fallait un ordre de Sa Majesté pour se rendre. [Daumesnil qui, le 8 avril [1814], écrivait au gouvernement provisoire que « son devoir était de conserver à la France l’immense quantité d’artillerie et de munitions que contenait la place de Vincennes » et qu’il suppliait le gouvernement de lui donner la certitude que ces précieux approvisionnements ne seraient pas livrés aux Alliés ».(Note d’A. Chuquet)]. On dit aussi qu’il aurait ajouté que les Russes lui ont enlevé une jambe, qui le lui rapportassent ou qu’ils lui emportent l’autre. Le pont de Charenton n’est pas coupé. Les élèves des divers collèges portent la cocarde blanche ; on présume que c’est par ordre. 

Document publié dans l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « L’année 1814… » (Paris, Fontemoing et Cie, 1914). 

 

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( 23 octobre, 2017 )

Une LETTRE du MARECHAL DAVOUT à sa FEMME.

J’ai reçu, chère amie, ta lettre du 26 septembre [1812] et celle de Mme Gudin pour Sa Majesté. J’ai rempli ses désirs. Assure-lui que l’Empereur n’oublie pas plus les morts que les vivants, surtout les premiers, lorsqu’ils ont autant de droit à sa bienveillance, à son estime [autant] que le pauvre général Gudin [mort des suites de ses blUne LETTRE du MARECHAL DAVOUT à sa FEMME. dans TEMOIGNAGES davout2-285x300essures reçues lors de la bataille de Valoutina, le 19 août 1812] en avait. Je ne doute pas que sous peu elle ne soit une nouvelle faveur [la veuve du général Gudin obtint une pension de 12.000 francs par décret impérial signé à Moscou le 15 octobre 1812].

Je lui écrirai sous 2 à 3 jours pour le lui annoncer. Dis-lui bien que l’amitié, l’estime que je portais à son mari me fera tenir les promesses que je lui ai faites un instant après qu’il a été blessé. Je ne suis pas du tout facile à remuer, cependant dans cette occasion je l’ai été comme j’eux pu l’être à 15 ans. Il paraît que l’on a beaucoup exagéré nos pertes.

L’on ne donne pas une bataille de cette nature sans en faire, mais elles n’ont pas été aussi conséquentes que la renommée l’a publié, et bien des personnes que l’on a fait mourir sont pleines de vie ; tiens, je te citerai entre autres le général Lariboisière qui non seulement n’est pas mort, mais même n’a pas été blessé. Presque tous les gens qui ont été blessés l’ont été assez légèrement et sont maintenant rétablis. Tout ce qui t’intéresse jouit d’une bonne santé. J’envoie mille caresses à nos enfants et des baisers à mon Aimée [l’épouse du maréchal] ; tout à toi pour la vie ton bon et fidèle. 

 

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( 21 octobre, 2017 )

Deux lettres sur la campagne d’Autriche…

1809

A Madame de Marbotin-Rubéran pour Sauviac à Bazas (Gironde). Du bivouac devant Stockerau, le 10 juillet 1809.

 Ma chère maman, 

Nous venons d’avoir une affaire avec les Autrichiens et je m’empresse de t’écrire d’après la demande que tu m’en as faite et d’après le devoir que je me suis moi-même imposé d’écrire, après chaque bataille ou combat auquel je me serais trouvé, à des parents qui prennent un si vif intérêt à moi. Je t’aurais écrit plus tôt, si je n’eusse voulu attendre l’ordre du jour de l’Empereur, afin de pouvoir t’instruire des résultats. Le 4, à dix heures du soir, les batteries nombreuses que nous avions établies dans l’île de Lobau, surnommée « Ile Napoléon », commencèrent à jouer et à lancer une quantité innombrable de boulets et de bombes qui mirent le feu à une petite ville nommée Enzersdorf, située sur l’autre rive et où l’ennemi avait des magasins de munitions. Vers minuit, notre division commença à effectuer le passage du Danube, sur lequel un pont fut jeté en moins d’un quart d’heure. L’Empereur était à notre tête, à pied et par le temps le plus abominable qu’il soit possible de voir. Il plut depuis le 4 à trois heures de l’après-midi jusqu’à cinq ou six heures du matin. Notre armée avait été renforcée, la veille, de l’armée d’Italie, de celle du prince de Ponte-Corvo (composée de Saxons et de Français) et de celle de Dalmatie. Nous nous emparâmes de toutes les redoutes et batteries que l’ennemi avait faites dans la plaine, ainsi que de tous les villages où il s’était retranché. L’ennemi commença à battre en retraite dès le 5 et nous parvînmes à disperser son armée au point qu’à la fin de la deuxième journée le champ de bataille tenait une étendue de 8 lieues. La bataille a duré quarante-huit heures (jusqu’au 6 à neuf heures et demie du soir) et, grâce à Dieu, je n’ai pas eu la moindre blessure. L’Empereur, dans un ordre du jour où il nous témoigne sa satisfaction, lui donne le nom de bataille d’Enzersdorf et de Wagram.  Il est dit que dans cette bataille décisive, l’ennemi a perdu plusieurs drapeaux, 60 pièces de canon et 25.000 prisonniers. Il effectue sa retraite du côté de la Bohême et de la Moravie et notre cavalerie est à ses trousses. Nous sommes à six lieues de Vienne, sur la route de Bohême, et je t’écrirai dès que nous serons arrivés. Je reçus, le soir de la bataille, une lettre de mon père en réponse à celle que je lui avais écrite de notre île ; tu peux juger du plaisir qu’elle m’a fait, il y avait si longtemps que je n’avais pas reçu de vos nouvelles. Je n’ai pas vu Bayle [sous-lieutenant d’infanterie, camarade de promotion du sous-lieutenant de Marbotin à l’Ecole militaire du Fontainebleau, et dont la famille était domiciliée à Bazas] depuis l’affaire : sa division était au centre et la nôtre occupait l’aile gauche. Le général Boudet n’a pas eu le moindre mal. Vous avez vu, vraisemblablement, dans les journaux qu’il a été nommé Grand-Croix de la Légion d’honneur. Je t’annoncerai aussi, ma bonne maman, persuadé que cela te fera plaisir, que l’Empereur, par décision du 30 juin, m’a nommé lieutenant [l’auteur avait à ce moment-là dix-neuf ans à peine]. Pardon si je ne puis te donner de plus longs détails, mais nous sommes comme l’oiseau sur la branche, attendant l’instant de notre départ et je m’empresse de faire partir ma lettre.

Adieu donc, ma très chère maman, je t’embrasse du plus profond de mon cœur.

 

MARBOTIN.

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A Madame de Marbotin-Rubéran pour Sauviac à Bazas (Gironde). Au camp de Butwitz (Moravie), le 22 août 1809.

Ma chère maman,

J’ai reçu avant-hier ta lettre du 1er août dans la quelle tu me félicites de mon nouveau grade. Puis-je recevoir des félicitations plus agréables que celles d’une mère que j’ai toujours présente à ma pensée et qui guide toutes mes actions ? Si j’ai pu te donner un instant de désagrément en embrassant un état dont ta tendresse pour moi aurait voulu m’éloigner, du moins je t’ai toujours promis de ne rien faire d’indigne de toi et j’ai tâché d’effacer par une bonne conduite les torts dont je me suis rendu coupable à ton égard. C’est avec bien de la peine, ma bonne mère, que je vois que plusieurs de mes lettres se sont égarées. Tu me dis qu’il y avait trois mois que tu n’en avais reçu et, cependant, je t’avais écrit de Vienne et je t’avais encore écrit de l’île Lobau quelques jours après la bataille d’Essling, peu avant celle de Wagram. Quelle bataille ma chère maman ! Quel profond génie dans les manœuvres de notre grand général, de celui que l’on peut appeler à juste titre le premier capitaine du monde ! A l’instant où les autrichiens s’y attendaient le  moins, l’armée d’Italie, forte de 50 à 60.000 hommes, aux ordres de prince Vice-Roi, qui s’était emparée de la forteresse de Raab, à 30 lieues au-dessous de Vienne et qui paraissait devoir continuer ses marches en Hongrie, remonte le long du Danube jusqu’à 2 lieues de Vienne ; le corps d’armée du maréchal Davout, dont la moitié était devant Presbourg, revient aussi ; le corps commandés par le maréchal Marmont, qui était dans le fond de la Dalmatie depuis trois ou quatre ans, arrive au moment où nous-mêmes le croyions encore dans cette province. Le prince de Ponte-Corvo arrive aussi avec une division française et 20.000 Saxons ; enfin le maréchal Lefebvre vient avec 30.000 Bavarois. De sorte que, dans la journée du 4, nous fûmes renforcés de plus de 120.000 hommes et, de suite, on passe le Danube dans la nuit. Ce qui acheva encore de tromper l’ennemi, c’est que, trois jours auparavant, une division de notre corps d’armée avait passé sur le même point où nous avions passé lors de la bataille d’Essling, le 21 mai, et qu’il s’attendait à voir passer sur ce point toute notre armée, tandis que nous allâmes effectuer le passage à une lieue au-dessous, sur un pont qui fut jeté en cinq minutes et qui, étant déjà construit d’avance derrière une île, n’eut besoin que de descendre un instant le Danube, d’être retourné et accroché aux bords. Ce pont, le premier qui n’ait jamais paru de cette espèce, est de l’invention de l’Empereur lui-même. De suite, cinq à six ponts furent jetés à une artillerie forte de 400 pièces de canon, au moins, commença à jouer sur eux.  Mais, où vais-je m’étendre ? Les journaux ont dû t’apprendre les détails de cette fameuse journée où les autrichiens croyaient nous jeter tous dans le Danube ; car je tiens d’une comtesse de ce pays-ci que, le général Hiller ayant été dire au prince Charles que les Français passaient et qu’il vaudrait mieux les attaquer en détail, le prince lui répondit :  »Laissez faire, il n’y en a pas encore assez ; plus il y en aura, plus nous en prendrons ; je suis sûr de ce fait comme de mon existence.  »

Nous ne savons encore rien sur notre nouvelle destination. Dès que je le saurai, je m’empresserai de t’en faire part. En attendant, reçois, ô la meilleure des mères, les embrassements d’un fils qui te chérira toute sa vie.

 MARBOTIN.

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Etat de services du Baron Pierre-François-Joseph-Marie MARBOTIN-SAUVIAC : 

Né à Langon (Gironde), le 20 juillet 1790, fils du chevalier de Marbotin-Rubéran, capitaine des vaisseaux du Roi, chevalier de Saint-Louis, et de Madame Larouy de Beaulac. Elève à l’Ecole spéciale militaire de Fontainebleau le 14 mais 1807 ; caporal à la dite Ecole, le 26 juin 1807 ; sous-lieutenant au 3ème  régiment d’infanterie légère le 23 juin 1808 ; lieutenant le 30 juin 1809 ; capitaine le 5 mai 1812 ; capitaine à la Légion de la Gironde le 25 décembre 1816 ; capitaine au 2ème régiment de la Garde Royale en août 1822 ; réformé pour blessures dans le service le 4 octobre 1828.

Campagnes : 1808, Grande-Armée ; 1809, Allemagne ; 1810 à 1814, Espagne ; 1823, Espagne.

Blessure : Coup de feu à la cuisse gauche au combat de Xesta sous Tortose, le 5 août 1813.

Décorations : Chevalier de la Légion d’honneur, le 25 avril 1821 ; Chevalier de Saint-Louis, le 22 octobre 1823.

Se retira au château de Sauviac, près de Bazas, où il mourut en 1873. Marié à sa cousine de Lauzac de Savignac, il laissa deux enfants : le baron Charles de Marbotin-Sauviac, préfet des Landes et la baronne de Verneilh-Puyrazeau.

Le sous-lieutenant de Marbotin était entré à l’Ecole militaire de Fontainebleau en 1807, en se cachant de sa mère et malgré ses ordres réitérés. Celle-ci, femme d’un officier de la marine royale qui avait émigré en 1790, et ayant cruellement souffert à la Révolution, n’entendait pas que son fils prit du service dans les armées impériales. De là une certaine mésintelligence passagère entre la mère et le fils.

Document paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ».

 

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( 19 octobre, 2017 )

19 OCTOBRE 1812…

Elle fait partie de celles publiées en 1913 dans le recueil souvent mentionné ici. Nous ne connaissons pas le destinataire de cette lettre. De son auteur non identifié, nous savons simplement qu’il était employé à l’Intendance générale de la Grande Armée.

Moscou, 19 octobre 1812.

Ma santé dépérit, l’ennui me galope ; mal logé, point de draps, plus d’habits, mal nourri au milieu d’une ville de 400.000 âmes, incendiée, pleine de décombres ; quelle situation à 800 lieues [3200 kms de Paris] ! Je suis désespéré… Nous allons porter le quartier impérial à Kalouga ; on va bientôt partir : encore quarante lieues ; si c’est comme ici, ma foi il y aura de quoi mourir ! Quand vous connaîtrez, mon digne ami, les détails de notre existence, de nos privations, de nos besoins, de notre saleté, de nos maladies, vous ne pourrez concevoir comment j’aurai pu y tenir.  On parle de paix ; on peut difficilement continuer la guerre ; on peut encore plus difficilement trouver à manger pour l’armée. Nous sommes trop loin de la Prusse, de ce bon pays. Celui-ci n’a aucune ressource et nous y sommes tous seuls Français.

Vive l’espoir de la paix !

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Voici un extrait d’un autre témoignage.

« Le 19 octobre, les quelques survivants de l’armée wurtembergeoise -auxquels je me joignis avec les autres officiers non employés- sortirent de la ville des tsars, dont la majeure partie n’était plus qu’un amas de ruines. Pendant les quatre ou cinq jours suivants, nous nous dirigeâmes sur Kalouga, c’est-à-dire vers l’intérieur et le sud de l’empire, apparemment afin d’éviter la grande route de Smolensk à Moscou et la région qu’elle traverse. Comme nous y étions passés après les russes, nous étions sûrs de ne plus y trouver de moyens de subsistance. Or, si réduite que fût notre armée, il fallait qu’elle vécût. Cette considération motivait suffisamment le détour considérable que nous faisions en prenant la direction de Kalouga. Il nous permettait de gagner éventuellement la Volhynie et même la Podolie, ces deux fertiles provinces qui n’avaient point encore été effleurées par la guerre, puis de rejoindre la Pologne amie, qui, selon Napoléon, devait nous offrir les quartiers d’hiver les plus remarquables. A peine quelques jours avant notre départ de Moscou, Murat avait été battu par les Russes à Taroutino, précis »ment sur la route de Kalouga. Ceci prouvait que si cette dernière ne nous était pas encore tout à fait barrée, elle ne tardait pas à l’être complètement. Contrairement à nos prévisions, notre marche se poursuivit pendant quelques jours sans le moindre incident et sans que l’ennemi s’y opposât. Il faisait beau temps, et comme nous avions du chocolat, du thé, du sucre, etc., etc., nous ne songions pas à nous plaindre. »

(Colonel de SUCKOW, « D’Iéna à  Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812 », A la Librairie des Deux Empires, 2001, p. 201). L’auteur, alors lieutenant, faisait partie de la 25ème division wurtembergeoise rattachée au 3ème corps (maréchal Ney) ).

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( 18 octobre, 2017 )

Un grand moment de frayeur…

Guillaume Peyrusse

Extrait des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse qui avait été nommé le 20 février 1810 par le comte Estève au poste de la comptabilité des recettes du Trésor de la Couronne.

Puis huit jours après, Peyrusse est désigné par le même comme Payeur du Trésor chargé des fonds à employer et de la garde des bijoux afin d’accompagner les personnes de la maison de l’Empereur chargées d’aller au-devant de la future impératrice (Marie-Louise). (Son ordre de mission porte la suscription suivante : A monsieur Guillaume Peyrusse, chef de la comptabilité des Recettes du Trésor de la Couronne).

——————————

« Le 28 février 1810, je fus désigné par M. le Trésorier général de Sa Majesté l’Empereur pour aller porter à Vienne et à Braunau les bijoux, parures, écrins et autres présents destinés, par Sa Majesté l’Empereur Napoléon, à être offerts à S. A.. I ; l’Archiduchesse Marie-Louise, ainsi qu’aux dames et officiers de son service d’honneur.

Conformément à mes instructions, je reçus, des mains de Son Exc. M. le Comte de Montesquieu [Il s’agit du comte de Montesquiou-Fézensac (1764-1834), qui occupait la charge de Grand chambellan] les écrins contenant le portrait de Sa Majesté, le collier, les boucles d’oreilles et leurs pendeloques, les agrafes, les tabatières enrichies de diamants et diverses autres cassettes renfermant des présents.

J’en fournis récépissé et je les fis renfermer dans la voiture de voyage qui m’était destinée et que je ramenai aux Tuileries.

Pendant la nuit, je fis tout arranger dans ma vache [Panier revêtu de cuir, qu’on place sur les voitures de voyage,] ne gardant sous ma main que la somme de 400,000 francs, en or, qui me furent donnés pour les dépenses du voyage.

Le rendez-vous était pour le lendemain 1er mars, à trois heures du matin, dans la cour du Louvre. […]

Je fus exact au rendez-vous ; M. l’Inspecteur des Postes me donna le rang que ma voiture devait tenir dans la marche du convoi, et j’attendis.

J’avais été trop préoccupé, pour avoir pu faire aucune espèce de provisions de voyage ; et, sachant, par expérience, tous les embarras et tous les retards qu’éprouvent, en route et dans le service des tables, les officiers qui marchent à la suite d’une Majesté, je songeai à me prémunir.

Ne voyant pas que les dispositions du départ dussent être promptes, j’eus la malheureuse idée d’aller chez le pâtissier de la rue Montmartre, pour y faire mes provisions. Je prévins l’Inspecteur de mon déplacement et, du grand train de mes quatre chevaux, me dirigeai vers la maison Lesage.

A ma sortie du Louvre, je vis plusieurs hommes sortir d’une allée de la rue du Coq ; cette rencontre n’excita pas ma défiance.

Une voiture de vidange stationnait au milieu de la rue de la Jussienne ; ma voiture se gara du trottoir, mais pas assez, puisque les roues de droite, montant sur le trottoir, firent incliner ma voiture et tomber ma vache sur le dos de mon domestique ; les deux courroies de droite et celle de derrière gauche avaient été coupées avec un tranchet ; la vache resta suspendue à la courroie gauche de l’avant.

La sensation que j’éprouvai dans ce moment est inexprimable. J’avais couru le danger d’être complètement dévalisé… L’obscurité de la nuit aurait rendu toute perquisition du moment impossible.

J’avais commis une imprudence blâmable ; je pouvais être soupçonné … Dans mon effroi, je songeais aux conséquences funestes que cet évènement eut pu amener… Avant que la police eût pu se mettre en mouvement, les voleurs de cette riche proie auraient eu le temps de tout dénaturer… Quelle excuse aurais-je pu donner ? … Ma tête était en feu !…

J’eus cependant l’esprit assez présent pour ne pas me faire connaître des vidangeurs, qui aidèrent à remonter et à fixer la vache. Cet évènement ne fut pas connu. J’eus moi-même grand soin de le taire.

Revenu de ma terreur, je songeai à mes provisions, et je pris mon rang dans le convoi, au moment où il déboucha sur le boulevard. »

 

 

 

 

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( 17 octobre, 2017 )

La GRANDE-ARMEE quitte MOSCOU…

« Le maréchal Mortier, avec huit à dix mille hommes de la jeune Garde Impériale, avait reçu ordre de Napoléon de rester à Moscou pour assurer la retraite de nos convois sur Mojaïsk et couvrir notre marche sur Kalouga ; en même temps il ferait faire sauter le Kremlin et incendier le reste des bâtiments de la ville échappés aux flammes ; Cette triste vengeance, exercée sans but et si peu digne du chef de notre expédition, ne sera-t-elle pas jugée par la postérité plus sévèrement que la conduite de Rostopchine ?

Lorsque nous sortîmes de l’ancienne capitale de la Russie, rien de plus curieux à voir que le cortège extraordinaire que formait l’armée : elle rappelait les scènes des armées grecques et romaines quittent les ruines de Troie et de Carthage. Que de milliers de voitures chargées de vires, de denrées de toute espèce, de fourrage et de riches dépouilles de Moscou, elle traînait à sa suite ! On remarquait parmi ces voitures une foule de carrosses de toute beauté, et dont on s’était emparé par le droit bizarre de la conquête. Que de personnes, mêmes des sous-employés, de faisaient traîner dans des équipages magnifiques ! Toutes ces voitures, marchant sur plusieurs files, qui s’étendaient à plus de quatre ou cinq lieues, faisaient naître l’encombrement et la confusion, Dans ce singulier cortège on remarquait des vivandiers, des domestiques et  d’autres goujats revêtus d’habits de cour et en costume les plus élégants, enlevés à Moscou. C’était une scène réellement comique : un peintre n’aurait pu trouver un sujet plus piquant. »

(Joseph de KERCKHOVE, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, pp.95-96). L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney).

 

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( 15 octobre, 2017 )

Un RAPPORT de MARET au MARECHAL MACDONALD…

Un RAPPORT de MARET au MARECHAL MACDONALD… dans TEMOIGNAGES SMO1Le Ministre des Affaires étrangères, Maret, duc de Bassano, concentre à Mina tous les renseignements qu’il envoie ensuite aux lieutenants de Napoléon et il mande dans la lettre suivante à Macdonald les détails qui lui sont parvenus sur la prise de Smolensk, sur le combat de Valoutina et sur la première bataille de Polotsk.

Vilna, le 26 août 1812.

Les détails qui me sont parvenus sur la bataille de Smolensk montrent que cette affaire a été plus considérable et plus glorieuse que les premières nouvelles ne l’annonçaient. Cent mille hommes ont été engagés de part et d’autre. Les Russes, quoique retranchés et protégés pendant une grande partie de l’action par la fusillade de leurs créneaux, ont éprouvé une perte de 4.700 hommes restés sur le champ de bataille, de 2.000 prisonniers et de 8.000 blessés. Cinq généraux russes sont parmi les morts. Nous avons eu 700 hommes tués et 3.100 blessés. Les Russes considéraient Smolensk comme une ville très forte et comme le boulevard de Moscou. Après l’occupation de la ville, l’ennemi a été vivement poursuivi. Le 19, à la pointe du jour le duc d’Elchingen a battu une division, lui a tué beaucoup de monde et lui a fait 400 prisonniers. Le même jour, vers le soir, il joignit l’arrière-garde, qui avait environ 15.000 hommes et qui fut ensuite renforcée par plusieurs divisions d’élite qui n’avaient pas encore donné et par 5 à 6.000 hommes de cavalerie. L’ennemi occupait à Valoutina une très belle position presque inexpugnable et qu’il avait un grand intérêt à conserver pour couvrir la retraite de ses équipages et de ses nombreux blessés. Le duc d’Elchingen, soutenu par la division Gudin, força l’ennemi à l’abandonner, après une perte très considérable. Nous avons fait un millier de prisonniers, la plupart blessés. L’ennemi a laissé 1.500 à 1.800 morts sur le champ de bataille. Le nombre de ses blessés se monte au moins à 6 ou 7.000. Nous avons eu 600 morts et 2.600 hommes hors de combat. Dès le commencement de l’affaire, le général Gudin a eu la cuisse emportée par un boulet, et le soir, l’armée a eu à regretter en lui l’un de ses plus braves et de ses plus estimables généraux. L’affaire de Valoutina dans laquelle 80.000 hommes se trouvaient engagés et qui pourrait aussi s’appeler une bataille, est considérée comme l’un des plus beaux faits d’armes de notre histoire militaire. Après ce combat, la retraite de l’ennemi a été tellement précipitée que nos troupes ont fait huit lieues sans trouver un seul cosaque et en ramassant partout des blessés et des traînards. Pendant que de si belles affaires se passaient devant Smolensk, le duc de Reggio était attaqué par le général Wittgenstein. L’ennemi avait été vigoureusement repoussé le 16 et le 17. Mais au moment où le duc de Reggio faisait ses dispositions pour profiter de sa victoire, il fut frappé à l’épaule par un biscaïen et blessé assez grièvement pour être obligé de remettre le commandement des 2ème et 6ème corps au général de Gouvion-Saint-Cyr. Le 18, ce général a attaqué l’ennemi et l’a mis dans une déroute complète. Nous avons fait dans ces deux journées 1.500 prisonniers et pris près de 20 pièces de canon. Le général Verdier et le général bavarois Deroy ont été blessés.

 Arthur CHUQUET (« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième Série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.23-24).

( 14 octobre, 2017 )

La journée d’Iéna vécue par le hussard Bangofsky…

Son « Journal » a étLa journée d'Iéna vécue par le hussard Bangofsky… dans TEMOIGNAGES Bangofsky-192x300é réédité en février 2012, aux Editions du Grenadier. J’en ai réalisé la préface. Bangofsky appartenait au 7ème régiment de hussards.

C.B.

« Le 14 octobre [1806], à la pointe du jour, et par un brouillard très épais, on monte à cheval, passant par Naumburg, sur quatre rangs serrés, le sabre en main, au grand trot. Le canon ronflait déjà près de nous. Nous filâmes bon train par Dornburg, franchîmes la Saale et, grimpant à travers une gorge rapide, nous parvenons à un superbe plateau où l’armée française était en ligne. Ce jour-là fut donnée la fameuse bataille d’Iéna . Toujours en flanqueurs, nous prîmes notre ordre de bataille. La journée fut chaude, acharnée ; mais les Prussiens, malgré leur célèbre tactique, furent culbutés, coupés et mis en déroute.Nos nombreuses charges de cavalerie enfoncèrent et sabrèrent leurs carrés. Vers le soir, il n’y eut plus que des prisonniers et des bagages à ramasser. L’ennemi fuyait en pleine déroute ; jamais je n’ai vu une armée abandonner plus lâchement un champ de bataille. L’action eut deux scènes. L’Empereur battait les Prussiens près d’Iéna, tandis que le maréchal Davout les frottait à Auerstaedt. Les Prussiens donnèrent le nom de cette dernière ville à la bataille, mais comme c’était aux vainqueurs de la baptiser, elle conserva le nom de bataille d’Iéna. Nous bivaquons sur le champ de victoire.

Malgré les batteries d’Erfurt qui nous lâchèrent quelques bordées de canon, nous prenons une quantité d’équipages et de voitures chargées d’argent. C’était plaisir de voir les hussards au pillage, se battant pour le butin. J’ai assisté là à une scène terrible : grâce à ma bonne monture, j’étais toujours des premiers à poursuivre les nombreux fuyards ; un sous-officier prussien, traînant sa femme avec lui, se voyait près de tomber entre nos mains. Incapable de la sauver, il tire son sabre, frappe sa femme, qui tombe roide dans le fossé, et veut gagner à toutes jambes un bois. Plusieurs hussards lancés à sa poursuite le rejoignent et le sabrent. Nous bivaquons dans un bois, près de l’ennemi. »

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( 14 octobre, 2017 )

« Nos soirées sont tristes… »

Moscou, le 14 octobre 1812.

« … Notre armée est en observation. On assure que depuis le 4 de ce mois, il ne s’est tiré sur la ligne un seul coup de fusil. Nous voyons venir. Nos soirées sont tristes, mais comme nous regorgeons de thé, de sucre et de citrons et que nous avons passablement du vin, nous buvons du vin chaud, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. Je donne ce soir mon punch au vin de Madère, et veux surprendre ma société par un plat de fruits de secs au sucre excellent. Je voudrais bien faire passer dans ton office du sucre et du café, dont j’ai une abondante provision, mais à neuf cents ou neuf cent cinquante lieues, comment l’effectuer ? Tu auras du thé chinois parfait… »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, p.105. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

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( 11 octobre, 2017 )

Une LETTRE à M. COLINCAMP, DIRECTEUR des ESTAFETTES de SA MAJESTE, à TOLOTZYN.

Moscou, le 14 octobre 1812. 

Comme vous êtes venu volontairement dans ce maudit pays, mon cher Colincamp, ma foi vous m’étonnez. J’ai bien cru que vous étiez tous assez dégoûtés du voyage ; au reste, si vous vous en trouvez bien, tant mieux ; quant à moi, je le désire fort ; mais vous ne me dites pas si vous avez obtenu une place à  Paris. Marquez-le moi donc. Je vous remercie des offres que vous me faites pour ma correspondance avec mon frère, et j’en userai, mais avec modération. Nous ne sommes pas bien, ici, je vous réponds. Il arrive fort souvent que nous n’avons ni pain, ni viande, nous mangeons ce que nous pouvons. Cependant, je me porte fort bien. Je vous engage fortement à rester à Tolotzyn, pour peu que vous y ayez à manger, et surtout ne venez pas par ici, car on n’est pas bien du tout.  Nous allons partir demain pour aller sur le chemin de Kalouga, à 110 lieues [environ 440 kilomètres] d’ici. Nous ne serons pas fort bien, je pense, surtout au bivouac ; nous serons dans la neige jusqu’au col, je présume, car il neige déjà assez joliment ; pourvu que nous n’y restions pas, c’est tout ce qu’il faut.

Mille choses pour moi à Monsieur votre frère lorsque vous lui écrirez. Adieu, mon cher Colincamp, amusez-vous bien, et surtout ne vous embarquez pas sur la route de décombres de Moscou, car vous n’y trouverez rien. 

YTASSE. 

 

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