( 11 octobre, 2013 )

Automne 1813…

Automne 1813... dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Un nouvel extrait du témoignage de G. Peyrusse. Il participa à la campagne de Saxe en tant que Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur.

7 octobre A six heures du matin, l’Empereur quitte Dresde. Sa Majesté le Roi de Saxe veut le suivre. Sa voiture, dans laquelle ce prince monte avec la reine et la princesse Augusta, est placée sous l’escorte du grand quartier-général. Les 1er et 14ème corps, commandés par le général comte de Lobau, et M. le maréchal Saint-Cyr, furent chargés de garder Dresde. Le départ du Roi replongea la capitale dans les plus vives angoisses. Le soir, on arrive à Seerhausen.

8 octobre.  A Wurschen.

9 octobre. A Eilenbourg. Sa Majesté passe en revue les troupes saxonnes et les somme, au nom de l’honneur, de combattre en bons compagnons.

10 octobre Après avoir traversé une plaine immense, nous arrivons à Duben sur la Mulde. Les Russes et les Prussiens venaient d’en sortir si précipitamment qu’ils n’avaient pu brûler le pont.

11 octobre.  Séjour. Le général comte Bertrand a une belle affaire avec les Prussiens, devant Wartenbourg, et reste maître des ponts que l’ennemi a laissés derrière lui. Par suite du déblocus de Wittemberg, nous communiquons avec cette place. Sa Majesté reste immobile à Duben. On se perd en conjectures sur les nouveaux projets de Sa Majesté. Cette inaction fait fermenter les têtes. On se demande où l’on va ? Ce que tout cela va devenir ? La fatigue et le découragement gagnent certains commandants très dévoués lorsqu’on marche de succès en succès, mais manquant de cette énergie qui se montre supérieure aux vicissitudes trop longtemps variées de la fortune… Les mouvements militaires des corps aux ordres des généraux Reynier et Bertrand, sont dans la direction de Berlin. Dans l’après-midi, ces corps sont rappelés ; ils traversent Duben et manœuvrent vers Eilenbourg.

15 octobre.  L’ordre de départ est donné ; on marche vers Leipzig. Cette ville est déjà occupée par les ducs de Raguse et de Castiglione, menant le 9e corps, organisé à Wurtzbourg, et le 5e corps de cavalerie aux ordres du général Milhaud. Arrivé à la barrière de Grima, le service longea les boulevards et vint s’établir au petit hameau de Reudnitz. On annonce le Roi de Saxe. Sa Majesté l’Empereur se porte à sa rencontre. Le canon se fait entendre. La famille de Saxe se dirige sur Leipzig. L’Empereur reçoit la visite du Roi de Naples. Ces deux souverains parcourent la plaine et visitent les positions où stationnent les divers corps de notre armée. Le grand mouvement qui s’opère dans le quartier-général, aux ambulances ; l’activité des bureaux du major général, les dispositions dela Garde, annoncent pour demain un choc épouvantable. Sa Majesté est rentrée tard à son quartier-général. Nous occupons une ligne immense. Toute la plaine étincelle des feux des bivouacs. Toutes nos troupes vont être engagées.

16 octobre.  Sa Majesté a quitté son quartier, de très bonne heure ; à neuf heures un quart, une vive décharge d’artillerie annonce le combat. Notre droite, commandée par le Roi de Naples, fut attaquée avec impétuosité. Les efforts de l’ennemi, après avoir échoué sur notre droite, semble s’obstiner sur Liebertvolkwitz. A midi, l’engagement est général. L’artillerie tonne de tous côtés. J’étais parti à dix heures, avec le Trésor, sous la garde du bataillon de service. Nous avions pris un guide pour aller rejoindrela Garde à Probstheida. Étourdi par le feu et mourant de frayeur, il se trompa de route. Quelques coups de canon, tirés sur notre convoi, et partant d’une éminence connue sous le nom de redoute suédoise, nous avertirent que nous faisions fausse route. On s’arrêta ; une reconnaissance eut lieu ; nous nous portâmes à travers champs sur la route à Strassenhauser, et recevant l’ordre de m’arrêter, je me joignis à la réserve de l’artillerie dela Garde, établie sur un plateau en arrière du quartier impérial. De grands mouvements avaient lieu sous mes yeux ; autant l’attaque était audacieuse, autant la résistance était vive ; plusieurs villages étaient en feu. Jusqu’à présent, l’Empereur, resté sur la défensive, avait résisté, à toutes les attaques de l’ennemi. A son tour, il prit l’offensive. 150 pièces de canons dela Garde, réunies sur le centre de notre ligne, à Wachau, arrêtent l’ennemi, qui, pour ne pas être écrasé, est sur le point de chercher son salut dans la fuite, lorsque l’attention de Sa Majesté est portée vers notre extrême droite. L’attaque y est furieuse ; elle est accompagnée de cris terribles. La cavalerie ennemie veut forcer notre extrême droite, du côté de Dolitz. Nos troupes ne peuvent résister à ce choc violent ; elles abandonnent le village. Les Polonais, chargés de la défense de ce point, sont forcés de céder. L’attention de Sa Majesté est toute entière à l’attaque qui se développe devant lui, à Mark-Keeberg. Les Autrichiens attaquent vivement le duc de Castiglione [maréchal Augereau] ; mais ce maréchal résiste vaillamment. A peine le combat est ralenti, que l’Empereur ayant pénétré le secret de l’ennemi, se porte avant tout ce qu’il trouve de troupes disponibles, au secours du prince Poniatowski. Les chasseurs dela Vieille Garde entourent Sa Majesté ; Dolitz est repris. La vivacité de cette attaque déconcerta les Autrichiens ; leur cavalerie fut sabrée. Le général [de] Merfeld qui la commandait fut fait prisonnier avec tout ce qui avait passéla rivière. Depuis le commencement de la bataille, ce n’est qu’un feu roulant d’artillerie et de mousqueterie. Immobile à mon poste, rien ne pouvait me distraire de cette épouvantable détonation et je hâtais de tous mes vœux l’approche de la nuit pour mettre fin à cette effroyable boucherie. Il est quatre heures, nos troupes occupent les positions qu’elles avaient prises avant la bataille : aucun résultat n’est connu. Les Cosaques nous ont repris vingt-quatre pièces d’artillerie ; nous avons fait des pertes immenses sur toute la ligne ; les feux se ralentissent. A six heures, on n’entend plus rien. Sa Majesté veut bivouaquer sur le champ de bataille. Elle fait dresser ses tentes dans un terrain creux, non loin de la bergerie où son quartier avait été établi toutela journée. La Garde Impériale bivouaque autour des tentes. Je fus souper avec les officiers de la maison pour savoir des nouvelles ; et je retournai m’établir dans mon fourgon. Je vis le général [de] Merfeld ; on lui avait rendu son épée et il avait partagé avec les généraux de la maison le souper du bivouac. A onze heures du soir, une vive canonnade se fit entendre ; l’ennemi, profitant de l’obscurité de la nuit, s’était glissé dans un village qu’il fut forcé d’évacuer. Au moment de quitter le quartier de l’Empereur, je vis approcher des chevaux le quartier de l’Empereur, je vis approcher des chevaux de selle de Sa Majesté et je vis M. de Merfeld s’éloigner, conduit par deux officiers. J’en conçus bon augure. Il allait au quartier de l’Empereur d’Autriche.

17 octobre.  La pluie avait commencé dansla nuit. Au point du jour, tout était calme dans les deux camps. Les convois de blessés sont dirigés sur Leipzig. L’Empereur ne sort pas de sa tente ; il reçoit les divers rapports. Le duc de Raguse a été fort mal traité ; les Suédois sont entrés en ligne ; ils sont aux portes de Leipzig. Sans trop perdre de vue le parc dela Garde, je parcourus à cheval le champ de bataille. Je poussai jusqu’à Liebertvolkwitz. Ce village avait été foudroyé ; une partie avait été réduite en cendres. Les avenues étaient couvertes de débris, de cadavres d’hommes et de chevaux. J’avais sous mes yeux le tableau d’un vaste carnage. Sur ces ruines encore fumantes nos soldats faisait bouillir leurs gamelles et nettoyaient leurs armes. Ils étaient heureux : le présent était pour eux.

18 octobre. A deux heures et demie du matin, les feux des bivouacs, quoique pâles, éclairaient encore les deux lignes. On a levé camp sans bruit ; nous avons eu ordre de nous porter sur Stotterits. La pluie et l’obscurité augmentaient les embarras de notre marche. Des détonations qui se font entendre devant moi, des équipages ayant fait volte-face, des soldats effrayés qui refluent vers nous en annonçant l’ennemi, l’explosion qui continue, tout semble justifier nos craintes. Le commandant du parc fait mettre ses pièces en batterie et se porte sur la route pour la faire déblayer. J’étais en position de ne rien compromettre ; je fis tourner bride et j’allais me mettre en marche pour rejoindre le quartier impérial, lorsque mon domestique, que j’avais laissé au parc, et qui avait suivi le commandant dans sa reconnaissance, vint m’annoncer que nos craintes n’étaient pas fondées, qu’on avait rassemblé des caissons vides pour y mettre le feu, et que parmi ces caissons il s’en était trouvé de pleins. Cette opération était imprudente dans un moment où il convenait de ne pas éveiller l’ennemi. J’arrivai à neuf heures à Stotterits. Sa Majesté était passée devant nous, et après s’être portée sur Reudnitz et Lindenau, elle vint s’établir à Stotterits. A peine l’Empereur eût-il mis pied à terre, que les avant-postes commencèrent à escarmoucher. Il est à présumer que l’ennemi, ayant eu connaissance de notre mouvement concentrique, courut aux armes et se porta sur nous par toutes les directions. Presque au même instant, toute la ligne fut en feu, d’Olehausen, occupé par le duc de Tarente, à Dolitz, que gardaient les Polonais. Le feu n’était pas moins vif devant nous à Robstheida. L’Empereur vient de remonter à cheval pour marcher à l’ennemi. Déjà les boulets sillonnent la plaine. Je reçois l’ordre de traverser Leipzig et de me rendre à Lindenau. Notre marche fut très embarrassée par les nombreux convois de caissons d’artillerie allant à tous les corps d’armée, et par les caissons d’ambulance se dirigeant sur les divers champs de bataille. Les avenues de Leipzig étaient tellement encombrées, qu’il me fut impossible d’y pénétrer. Déjà l’avant-garde suédoise pénétrait dans Reudnitz ; une batterie de douze de la Garde se préparait à lui disputer le passage de la rivière. L’Empereur venait de s’élancer au grand galop et de diriger sur ce point les réserves de la Garde. Déjà les Suédois étaient en vue, dirigeant leurs feux sur la route par laquelle nous débouchions. Pour éviter ce danger pressant, je tentai de nouveaux efforts pour pénétrer dans la ville ; mais, m’étant convaincu que je ne pourrais percer la foule qui obstruait la porte, je me mis avec la batterie de la Garde pour suivre son mouvement. Les décharges d’artillerie se succédaient ; des flots de soldats, de blessés, tous les hommes inutiles se précipitaient vers Leipzig, portant partout l’épouvante. On se battait avec fureur à Reudnitz. A quatre heures, la batterie eut ordre de traverser la ville pour se mettre sur la route de Lindenau et protéger la porte de Hale qui était vivement attaquée. Le commandant donna tête baissée dans cette masse, fit écarter et renverser tous les obstacles, s’empara de la porte, traversa Leipzig au galop, et, malgré le désordre occasionné par les obus, qui déjà éclataient sur la ville, nous atteignîmes la chaussée de Lindenau. C’est la seule avenue qui mène à Leipzig ; elle suffisait à peine à y resserrer les divers corps qui débouchaient vers ce point ; chacun des nombreux ponts qu’il fallait traverser était un obstacle, et on s’étonnait qu’on n’eût pas fait jeter quelques ponts auxiliaires sur la Pleisse ; enfin, engagé à travers la foule, j’arrivai à Lindenau. Le général comte Bertrand était déjà en avant, chargé d’ouvrir la route. La nuit mit fin au carnage. Le canon ne grondait plus. On avait tiré dans la journée quatre-vingt-quinze mille coups de canon. On avait besoin de repos. Vers onze heures du soir, le service de l’Empereur vient s’établir à Lindenau. Les nouvelles qu’on nous donne sont cruelles ; nous avons fait des pertes considérables, mais nos troupes n’ont pas perdu un pouce de terrain, malgré le renfort de cent mille hommes dont les armées alliées avaient grossi leur masse depuis la journée du 16, et malgré la défection de l’armée Saxonne et de la cavalerie Wurtembergeoise, qui passèrent dans les rangs suédois, au moment où le général Reynier, qui la commandait, était fortement engagé avec le général [maréchal] Bernadotte dans Reudnitz. D’après les rapports des commandants de l’artillerie de l’armée, Sa Majesté a ordonné la retraite et son quartier a été marqué à l’hôtel des Armes de Prusse, à Leipzig.

19 octobre. Trop préoccupé pour pouvoir prendre un logement à Lindenau, je m’établis dans mon fourgon. Toute la nuit le passage fut continuel. Au point du jour, les divers corps d’armée occupaient les faubourgs et les barrières de Leipzig ; tout se disposait pour une résistance rigoureuse ; on garnissait de palissades les murs des jardins extérieurs. En même temps, les magistrats de la ville allaient au quartier-général des alliés demander, au nom du Roi de Saxe, que les troupes françaises pussent se retirer sans être molestées. A neuf heures, la ville fut vivement attaquée. La fusillade éclatait de toutes parts ; bientôt elle redouble et semble plus rapprochée. Les Autrichiens pénètrent par les faubourgs du Midi. Les autres faubourgs sont attaqués avec fureur ; la résistance est vive et opiniâtre ; on se défend de maison en maison. L’Empereur était auprès du Roi de Saxe ; mais Sa Majesté, voyant que sa présence ne fait que redoubler les alarmes de toute la famille Royale, n’insiste plus et lui fait ses adieux. Toutes les attaques de l’ennemi avaient échoué ; partout on le retenait. Sa Majesté arrive à travers la foule au dernier pont du moulin de Lindenau. En traversant le grand pont sur l’Elster, elle ordonne qu’on le fasse sauter lorsque le dernier peloton de nos troupes l’aura traversé. Elle s’enferme au 1er étage du moulin pour dicter des ordres.

« Tandis qu’on les expédie, l’Empereur, fatigué, se laisse surprendre au sommeil ; il dort profondément au bruit des soldats et des voitures qui défilent sur la route, et des coups de canon qui retentissent de tous les faubourgs de Leipzig.»(Baron FAIN. Manuscrit de 1813).

Placé au débouché de la route qui conduit à Markranstädt, je voyais avec une vive impression le désordre de notre sortie de Leipzig et l’air effaré de tous ceux qui traversaient Lindenau ; il n’était plus possible de les arrêter ni de réunir les diverses compagnies ; l’encombrement, un désordre affreux dans les équipages, les cris des blessés, des feux successifs de pelotons et de bataillons, l’incendie qui éclatait dans quelques maisons du faubourg ; les cris des fuyards annonçant que les portes avaient été forcées, cet affreux tableau de notre armée me mettait dans une agitation difficile à exprimer ; ce hideux et triste résultat d’efforts qui n’étaient pas sans gloire, m’affecta profondément.

La maison qu’occupait le quartier-général de Sa Majesté étant trop à découvert, nous nous portâmes à une lieue en arrière sur une hauteur. On avait miné le grand pont sur l’Elster pour le faire sauter et ralentir la poursuite de l’ennemi. Cette opération avait été confiée à un caporal qui fit jouer la mine dès qu’il entendit siffler les balles de quelques tirailleurs prussiens qui avaient tourné notre arrière-garde. Tout ce qui se trouvait en deçà du pont fut foudroyé par l’artillerie ennemie. Les corps des maréchaux ducs de Tarente et Poniatowski, des généraux Lauriston et Reynier, traversaient Leipzig en défendant le terrain pied à pied : plus de deux cents pièces de canon étaient encore sur le boulevard, arrêtées par ce refluement de troupes ; enveloppés de toutes parts par l’ennemi, nos soldats se mitraillaient avant de s’être entendus ; les plus braves ne songeaient désormais qu’à vendre chèrement leur vie ; d’autres tentèrent de traverser des marais presque impraticables, mais tous ceux qui n’ont pu nager ont été engloutis. Des flots de fuyards, échappés au désastre de Leipzig, nous eurent bientôt appris cette épouvantable catastrophe. Sa Majesté se porta sur Mark-Randstadt où elle coucha.

20 octobre Nous quittâmes notre position ; nous poussâmes jusqu’à Lützen, que nous trouvâmes en flammes ; la position n’était pas tenable ; nous continuâmes notre marche vers Weissenfels ; nous traversâmesla Saale sur un pont couvert et sous la protection des troupes du général Bertrand. Sa Majesté s’établit dans un pavillon isolé dans une grande vigne. C’est de ce quartier que l’Empereur fit congédier tout ce qui restait d’officiers saxons auprès de sa personne ; ils partirent comblés des marques de sa munificence. Une alerte de Cosaques vint un moment troubler notre établissement à Weissenfels. Des officiers, échappés à la nage, nous confirmèrent tous les malheurs de l’armée. L’Empereur en fut consterné, et apprit avec douleur la perte du maréchal Poniatowski, qui se noya en cherchant à traverser avec son cheval les marais de l’Elster.

21 octobre. Nous arrivâmes au défilé qui mène à Freiburg. Il n’existait qu’un seul pont sur l’Unstrutt, ce qui rendait la marche lente, et Sa Majesté jugeait important de mettre encore ce nouvel obstacle sous les pas de l’ennemi ; aussi, après s’être arrêtée un moment à Freiburg, elle se porta sur les bords de la rivière pour y faire construire un deuxième pont. Je pris la route d’Echartzberg. Je franchis le pont après des efforts extraordinaires. Je commençais à m’établir dans un pré pour faire rafraîchir mes chevaux, lorsque des tirailleurs prussiens se faisant voir derrière nous, sur les collines qui dominent le village, troublèrent notre halte par une vive fusillade. Je levai le pied et continuai ma route. L’approche de l’ennemi donna à tous nos mouvements une précipitation qui multipliait pour moi les embarras dela marche. Sa Majesté, après avoir donné l’ordre de repousser les tirailleurs, ne quitta pas les ponts ; sa présence seule put arrêter le désordre du passage. Pendant tout l’après-dîner, le canon gronda sur notre gauche. Le général Bertrand contenait les Autrichiens et les empêchait d’arriver sur nous. J’arrivai tard à Echartzberg. Les chemins furent difficiles et encombrés.

22 octobre. On tint toute la nuit à Freiburg ; en quittant cette position, à la pointe du jour, le duc de Reggio brûla les ponts ; nous arrivâmes à Erfurt.

23 et 24 octobre.  Séjour. J’avais besoin de repos et j’en profitai pour mettre mes écritures à jour. Un nouvel ennemi se présente ;la Bavière tourne ses armes contre nous. Cette fâcheuse nouvelle me fit prévoir tous les embarras que nous éprouverions avant d’arriver à Mayence. Sa Majesté travailla beaucoup à Erfurt.

25 octobre.  Les Cosaques sont sur nos flancs ; quelquefois ils nous précèdent. On s’arrête à Gotha.

26 octobre. A Vach. Les Cosaques avaient été vus rôdant autour d’Eisenach que nous venions de traverser.

27 octobre.  On ne s’arrêta pas à Fuld. L’arrivée de Sa Majesté calma les vives craintes que la présence des Cosaques avaient données dansla matinée. Leur présence avait été signalée par des réquisitions et l’enlèvement du Préfet. Sa Majesté coucha à Hunefeld.

28 octobre.  A Schlutern. Tous les princes dela Confédération du Rhin, dont les troupes servaient dans nos rangs, sont entraînés dans le tourbillon général qui soulève contre nous toute l’Allemagne. Sa Majesté congédie ce qui reste encore de Badois et de Bavarois. La fortune épuisait sur Sa Majesté ses derniers traits.

29 octobre. Notre avant-garde rencontra l’ennemi près de Gelnhausen et l’en chassa. Sa Majesté mit pied à terre pour faire réparer le pont que l’ennemi avait brûlé. Nos avant-postes occupèrent Langen-Selbod ; le quartier de l’Empereur fut placé dans le château du prince d’Isembourg. Le maréchal duc de Tarente poussa une reconnaissance et vit l’ennemi.

30 octobre.  On fut en présence à neuf heures du matin. Les ducs de Tarente et de Bellune marchent les premiers à l’ennemi ; la forêt dite de Lamboy, ainsi nommée depuis que les affaires qu’y soutint un général de ce nom dans la guerre de trente ans, cachait l’ennemi dont les forces principales couvrent Hanau. Il ne fut pas facile à la cavalerie du général Sébastiani de trouver des clairières pour charger les tirailleurs qui faisaient dans le bois un feu roulant. Placé avec tout le service de la maison à l’entrée de la forêt, j’attendis le résultat d’un engagement que l’éloignement de nos troupes ne permettait pas à Sa Majesté de rendre général. Nos soldats arrivaient au pas de course.La Garde Impériale avait mis en batterie ses premières pièces. Le général Curial, sous la protection de ce feu, débouche à la baïonnette à la tête des chasseurs de la Garde. Nos cuirassiers et nos dragons enfoncent les carrés bavarois et dispersent tout à coups de sabre. La fusillade et une vive canonnade retentissent dansla forêt. Les boulets et les obus sifflaient dans les branchages. Vers trois heures, un feu plus vif éclate sur notre gauche ; je vis un mouvement rétrograde dans notre ligne ; nous le suivîmes. Sa Majesté était arrêtée sur la route ; une foule inquiète l’entourait.La Vieille Garde fut lancée sur l’ennemi. 50 pièces d’artillerie, commandées par le général Drouot, soutinrent ce mouvement. Tout céda à l’impétuosité de cette attaque, et la route de Hanau fut libre. Sa Majesté bivouaqua dansla forêt. Tout son service s’y établit.

31 octobre.  Dans la nuit on prit possession d’Hanau. Les Bavarois, qui avaient passé la rivière, jetèrent sur nous quelques boulets perdus ont un passa sur nos têtes pendant que nous déjeunions. Sa Majesté partit. Devant Hanau, nous saluâmes de quelques décharges d’artillerie une colonne de Bavarois qui remontait le Main. A notre arrivée à Francfort, nous trouvâmes la ville évacuée et le pont brûlé. Sa Majesté prit son logement hors la ville, dans le pavillon du banquier Bethman. J’entrai dans Francfort pour parcourir la ville et voir le désastre du pont.

gp. 1813 dans TEMOIGNAGES

Guillaume PEYRUSSE  (1776-1860)

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( 10 octobre, 2013 )

10 octobre 1813…

10 octobre 1813… dans TEMOIGNAGES 1813-20131

[Pièce n°2531]. Napoléon au roi de Saxe.

Düben, 10 octobre 1813.

Les affaires s’engagent de tous côtés. Les armées de Silésie et de Berlin se sont concentrées sur Dessau en grande hâte; ce qui nous a mis à même de leur faire quelques centaines de prisonniers. J’ai fait lever le siège de Wittenberg où mes premières divisions sont arrivées. Comme le principal but des ennemis était d’arriver à Leipzig et sur la Saale, j’ai pensé qu’il y aurait toujours plus de sûreté à ce que Votre Majesté restât toujours avec l’armée. La fatigue que cela occasionnera à la reine et à la princesses, sera compensée par moins d’inquiétude ;

(Arthur Chuquet, « Inédits napoléoniens », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914-1919, tome II, p.232).

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( 9 octobre, 2013 )

9 octobre 1813…

9 octobre 1813... dans TEMOIGNAGES 1813-20131

[Pièce n°2530]. Allocution aux troupes saxonnes.

Eilenbourg, 9 octobre 1813.

Braves Saxons, vous avez été malheureux dans les dernières affaires. Mais je viens me mettre à votre tête et vous offrir votre revanche. Je n’ai pas fait la paix parce que les ennemis voulaient avoir l’Elbe pour frontière. Il n’y a rien de nouveau à voir les aigles françaises unies aux drapeaux saxons. Depuis la guerre sept Français et Saxons ont combattu ensemble en nombre d’occasions, à Friedland, à Wagram. Le roi, votre père, a remis son armée dans mes mains. Un homme qui ne s’est élevé qu’en servant la France [Thielmann], a été traître envers vous et sa patrie. Ceux de vous qui ont passé à l’ennemi, ne peuvent avoir voulu que le malheur de votre pays. Ceux qui ne veulent pas être fidèles à leur roi, n’ont qu’à s’en aller. Braves Saxons, puis-je compter sur votre fidélité à la première bataille ??

(Arthur Chuquet, « Inédits napoléoniens », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914-1919, tome II, pp.231-232).

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( 1 octobre, 2013 )

Désertions…

Désertions… dans TEMOIGNAGES 1813-20131Dresde, 1er octobre 1813

[Pièce n°2504].L’Empereur est instruit que les soldats espagnols attachés à la 1ère compagnie du 10ème bataillon du train des équipages employés au 1er corps d’armée ont déserté avec leurs chevaux dans la journée du 28 septembre. Sa Majesté ordonne que tous les Espagnols qui sont employés aux équipages militaires, soient renvoyés en France et remplacés par des Français, attendu que dans ce moment nous avons plus de soldats du train que de chevaux.

(Arthur Chuquet, « Inédits napoléoniens », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914-1919, tome II, p.224). 

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( 30 septembre, 2013 )

Un ordre de Napoléon au maréchal Kellermann.

Un ordre de Napoléon au maréchal Kellermann. dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Dresde, 30 septembre 1813.

[Pièce n°2502]. Ordre d’arrêter à Mayence les fuyards et traînards qui quittent en foule l’armée, et les mettre dans la citadelle et, après les avoir réarmés et rééquipés, de les faire retourner en bataillon de marche à l’armée.

(Arthur Chuquet, « Inédits napoléoniens », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914-1919, tome II, p.224). 

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( 26 septembre, 2013 )

« Il devient inutile de guerroyer isolément… »

Extrait d’une lettre de Guillaume Peyrusse à son frère André. Elle est datée de Dresde le 26 septembre 1813.

« S.M. est rentrée ici avant-hier [24 septembre], et nous y sommes encore. Une sixième tentative que S.M. a été faire à Bautzen lui a donné l’assurance que les ennemis n’accepteront jamais un engagement avec S.M. ; ils étaient le 19 à Schmiedelfield, la poste après Dresde. S.M. s’est présentée. Ils se sont postés au-delà de Bichornda. Alors, il devient inutile de guerroyer isolément, il faut se masser sur un point et voir venir. C’est, je crois, ce que va faire l’Empereur. Dans mes diverses courses, j’ai eu l’occasion de voir Salex., il est dans le 149ème. Ce régiment a eu de belles affaires à Lowenberg. Salex, voyant son régiment faiblir, s’est emparé du drapeau et s’est porté de sa personne en avant : il a électrisé son régiment qui s’est fort bien conduit. En outre, sur la montagne de Goldberg, Salex en a débusqué les ennemis au pas de charge, et il a reçu au genou une balle qui lui a occasionné une forte contusion. Il a reçu la croix de légionnaire. Il veut absolument un régiment parce qu’il est brave et qu’il se présente bien. Je l’aime beaucoup. Il est un peu hâbleur, mais il blague bien. Il a des chevaux à vendre, etc., etc. Chartrand a été fait général de brigade le 9 septembre, lors de la réorganisation du corps du général Vandamme. Il veut être aide-de-camp de S.M… »

(Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814. Publiées d’après les manuscrits originaux, avec une notice sur Peyrusse par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.170-171).

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( 20 septembre, 2013 )

«Le public a bien été aise d’apprendre que 12 mille prisonniers étaient arrivés à Francfort.»

«Le public a bien été aise d’apprendre que 12 mille prisonniers étaient arrivés à Francfort.» dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Une lettre de Cambacérès adressée à Napoléon.

20 septembre 1813

Sire,

Je n’ai à rendre compte à Votre Majesté d’aucun objet important.

Les deux articles qui sont aujourd’hui dans le Moniteur, contenant des nouvelles positives, ont mis un terme aux bruits contradictoires qui circulaient depuis quelques jours. Le malheur qu’a éprouvé le Prince de La Moskowa [Maréchal Ney] paraît moins considérable qu’on ne le croyait, d’après ces mêmes bruits [Ney n’avait pu ramener ses troupes que dans le plus affreux désordre à l’intérieur de Torgau. Le « Moniteur » minimise considérablement l’événement].

Le public a bien été aise d’apprendre que 12 mille prisonniers [Ils avaient été capturés notamment à la bataille de Dresde] étaient arrivés à Francfort et que d’autres colonnes étaient attendues. Ici, l’on avait dit que la plus grande partie de ces prisonniers avait trouvé le moyen de se remettre en liberté.

L’Impératrice s’est promenée hier dans le Parc de Saint-Cloud, S.M. a reçu de la part d’un public très nombreux, des témoignages de respect et d’empressement. A Paris, tout s’est bien passé. Le temps était très beau, la population entière était en mouvement. En sorte qu’il y a eu du monde partout, et je puis assurer Votre Majesté que ce monde était tranquille et content.

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, avril 1808-Avril 1814. Présentation et notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973, Lettre n°1277, p.1055).

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( 18 septembre, 2013 )

«Les premiers succès du Prince Vice Roi n’ont pas été secondés par la droite de son armée.»

«Les premiers succès du Prince Vice Roi n’ont pas été secondés par la droite de son armée.» dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Une lettre de l’archichancelier Cambacérès adressée à Napoléon.

18 septembre 1813

Sire,

Ayant été ce matin à Saint-Cloud, pour la signature, S.M. l’Impératrice m’a fait connaître, qu’il lui avait été adressé, par les ordres de Votre Majesté, deux articles pour le Moniteur, et que l’un de ces articles, contenait les détails de l’échec qu’a éprouvé le Prince de La Moskowa [maréchal Ney] et des pertes qui en avaient été le résultat.

Malgré que cet événement fût déjà en partie connu, il a paru à Votre Majesté qu’il serait inconvenant de lui donner une sorte d’authenticité, le jour destiné à chanter le Te Deum pour la bataille de Dresde. J’ai partagé entièrement cette manière de voir ; en sorte que l’Impératrice s’est déterminée à différer jusqu’à lundi l’insertion au Moniteur de ces désagréables nouvelles.

Les premiers succès du Prince Vice Roi [Eugène de Beauharnais] n’ont pas été secondés par la droite de son armée. Le ministre de la Guerre a reçu des dépêches qu’il envoie en original à V.M. et qui l’instruiront de l’état des choses dans cette partie. L’évacuation de Trieste dont on parlait depuis quelques jours, se trouve confirmée dans cette dépêche

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, avril 1808-Avril 1814. Présentation et notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973, Lettre n°1275, p.1054).

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( 13 septembre, 2013 )

«Ces nouvelles m’affligent.»

«Ces nouvelles m’affligent.» dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Une lettre de l’archichancelier Cambacérès adressée à l’Empereur.

13 septembre 1813

Sire, Deux dépêches du duc de Bassano [Maret], écrites de Dresde le 8, m’apprennent les événements de Silésie et l’échec qu’a éprouvé le prince de La Moskowa [maréchal Ney], du côté de Berlin [la défaite de Dennewitz]. Ces nouvelles m’affligent. Toutefois, j’espère que le génie de V.M. réparera ces pertes et rendra les chances de la guerre plus heureuses pour nous qu’elles ne l’ont été dans les premiers jours de ce mois. Le duc de Bassano, après m’avoir instruit de ce qui s’est passé en Silésie, me fait entendre qu’au lieu de publier sa lettre sous son nom, il serait mieux d’en insérer un extrait au Moniteur, à l’article Partis, en disant qu’on peut regarder les faits comme certains. Je compte profiter de cette indication, et j’en ai prévenu S.M. l’Impératrice à qui j’ai rendu compte du contenu de la dépêche de M. de Bassano. Pour ce qui est des détails relatifs au prince de La Moskowa, comme ils se trouvaient dans une dépêche chiffrée, et que le ministre me les donne confidentiellement, je n’en ai parlé et n’en parlerai à qui que ce soit. Le ministre de la Guerre, qui a reçu aussi une lettre, fera de même de son côté, en sorte que jusqu’à nouvel ordre, nous garderons sur cet article le silence le plus absolu. Mais tout se sait, et j’ai déjà eu l’honneur de dire à V.M. qu’on m’avait appris par la voie du commerce, que nous avions été repoussés du côté de Berlin.

S.M.l’Impératrice n’a point encore pris un dernier parti, relativement au Te Deum. Demain, dans petit conseil, convoqué par les ordres de S.M. la question sera examinée sous ses différents rapports. Elle se complique davantage à raison du temps qui s’est écoulé depuis la victoire de Dresde et des événements moins heureux qui l’ont suivie.

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, avril 1808-Avril 1814. Présentation et notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973, Lettre n°1269, pp.1049-1050).

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( 8 septembre, 2013 )

8 septembre 1813…

8 septembre 1813... dans TEMOIGNAGES general-mouton

Voici une nouvelle lettre du général Mouton à son épouse, Félicité. Rappelons que depuis le 3 septembre, le comte de Lobau est à la tête du 1er corps, après la déroute du général Vandamme à Kulm (30 août).

Raechnitz, près Dresde, le 8 septembre 1813.

Ma chère Cité [Félicité], l’Empereur a passé hier la revue du corps d’armée qui m’est confié et quoiqu’il ait été malheureux sous le général Vandamme, S.M. a daigné le traiter avec beaucoup de bienveillance. Je t’avoue que cela m’a fait grand plaisir. Perrin a été nommé adjudant, commandant à cette revue sur ma demande, et d’après l’idée que m’en avait donné le grand écuyer [général de Caulaincourt] qui est toujours un excellent homme. Sois tranquille sur mon sort, ma bien-aimée Cité. Quelque part que je me trouve, je ferai mon devoir et partout je t’aimerai par inclination ; tu m’es chère au plus haut point.

Tu rirais aux éclats si tu voyais mon ménage. Hier soir, nous étions à peu près onze à table et nous avions, je crois, trois assiettes ; comme grand personnage j’avais la mienne et je crois même en avoir changé.

Bonjour, mon enfant, je t’aime beaucoup, ta fille presque autant et toutes deux je vous embrasse très tendrement.

LOBAU

« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiée et annotée par Emmanuel de Waresquiel] », Nouveau Monde Éditions, 2005, p.160.

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( 6 septembre, 2013 )

«Venez à ma rencontre…»

«Venez à ma rencontre…» dans TEMOIGNAGES maret

Lettre de Napoléon à Maret, duc de Bassano, Ministre des Relations Extérieures et se trouvant à Dresde.

Bautzen, 6 septembre 1813

Monsieur le duc de Bassano, je serai à Dresde avant sept heures du soir. Venez à ma rencontre sur la route. Dites au général Durosnel de faire partir 300 gardes d’honneur qui viendront au-devant de moi sur la grande route, jusqu’à ce qu’ils me rencontrent.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1898, lettre n°1231, pp.500-501).

 

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( 4 septembre, 2013 )

« Je suis resté ici pour réorganiser le 1er corps d’armée et en prendre le commandement… »

Une nouvelle lettre du général Mouton, comte de Lobau, à son épouse. Il vient d’être nommé (3 septembre) à la tête du 1er corps d’armée.

Dresde, faubourg de la rive droite, le 4 septembre 1813.

Ma chère Cite [Félicité], l’Empereur est parti hier pour aller du côté de la Silésie. Où se trouve l’Empereur, nous sommes presque certains des succès, mais malheureusement il n’en est pas de même ailleurs. Il ne fait pas également beau partout. Il faudrait que S.M. pût être partout. Moi, je suis resté ici pour réorganiser le 1er corps d’armée et en prendre le commandement, le général Vandamme qui le commandait précédemment ayant été pris en Bohême dans un fort engagement dont les résultats n’ont pas été heureux. L’Empereur ne donne par là une grande preuve de confiance, mais une tâche énorme. J’emploierai tous mes moyens pour bien servir S.M. et remplir mes devoirs. Il est des circonstances où je regarderai comme un crime la moindre hésitation. Je connais assez ton âme, ma tendre et bonne amie, pour être persuadé que tu partageras mon opinion. Ce changement ne va pas me permettre de te donner souvent de mes nouvelles, mais je te promets de ne négliger aucune occasion de le faire.

Bonjour, ma chère, je t’embrasse de toute mon âme ainsi que ta fille.

LOBAU.

Je suis encore ici et je m’attends à chaque instant à recevoir l’ordre d’en partir. Le duc de Bassano sort de chez moi et je vais dîner avec lui. Bonjour mon cher enfant.

« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiées et annotées par Emmanuel de Waresquiel], Nouveau Monde Éditions, 2005, pp.158-159). 

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( 3 septembre, 2013 )

«Qu’on renvoie cette canaille à coups de crosse»

«Qu’on renvoie cette canaille à coups de crosse» dans TEMOIGNAGES 1813-2013

Une lettre de Napoléon adressée au général Comte Friant, colonel des grenadiers à pied de la Garde Impériale.

Dresde, 3 septembre 1813.

En vous portant sur la route de Bautzen, vous trouverez beaucoup de traîneurs et de maraudeurs appartenant aux 3ème, 5ème et 11ème corps, qui ont jeté leurs armes. Mon intention est que vous les fassiez tous retourner sur Bautzen, où on leur porte des fusils. Faites faire des patrouilles à droite et à gauche de la route, et qu’on renvoie toute cette canaille à coups de crosse.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, p.289).

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( 1 septembre, 2013 )

Des nouvelles attendues…Quelles nouvelles reçues ?

Des nouvelles attendues…Quelles nouvelles reçues ? dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Extraits de lettres de Cambacérès adressées à Napoléon.

30 août 1813

Sire,

La lettre que V.M. à la date du 24, après m’avoir appris remportée en Silésie, m’annonçait qu’elle était en grandes manœuvres. C’était assez pour me faire juger que nous touchions à des événements encore plus importants. En effet, le duc de Valmy [maréchal Kellermann] m’instruit par une dépêche télégraphique arrivée aujourd’hui avant midi, que V.M. lui a ordonné d’informer S.M. l’Impératrice de la grande victoire remportée à Dresde le 26, sur les Autrichiens, les Russes et les Prussiens, commandés par les empereurs d’Autriche, de Russie et par le Roi de Prusse. Je me suis empressé d’annoncer cette brillante nouvelle à S.M. à qui j’ai transmis la dépêche du duc de Valmy. Ma lettre a dû être expédiée par une estafette extraordinaire, suivant m’avis que j’en ai donné au comte de Valette [Directeur général des Postes]. Sans donner à cet événement une publication authentique, qu’il convient de réserver pour l’arrivée des communications directes que nous aurons cette nuit, ou demain, j’en ai fait part à tous ceux que j’ai eu  occasion de voir, et avec qui j’ai des rapports habituels d’affaire, notamment les ministres de la Guerre, de la Police, en sorte que la nouvelle a été bientôt connue, et n’a pas manqué d’exciter une grande joie. On est avide des détails et ce sentiment est bien naturel…

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31 août 1813

Sire,

Les détails sur la victoire remportée à Dresde le 26 par Votre Majesté sont vivement désirés. Je les attendais aujourd’hui, ils ne me sont point encore parvenus. Il est vraisemblable que duc de Bassano [Maret] ne les avait point lorsqu’il m’a écrit. Ce ministre, dans sa lettre du 26, dit seulement que les ennemis ont été attaqués et repoussés sur tous les points. Dans la même dépêche, le duc de Bassano m’apprend les avantages signalés remportés à Jauer par le comte de Lauriston, sur les armées russe et prussienne. Nous n’en avions encore rien.  […] S.M. l’Impératrice était encore à Cherbourg le 29. Le voyage de S.M. en Normandie a produit un excellent effet…

———–

1er septembre 1813

Sire,

J’ai été bienheureux de renvoyer la lettre que V.M. a daigné m’écrire de Dresde, le 27. Il me tardait d’avoir des nouvelles directes de V.M. et de savoir qu’elle est en bonne santé après tant de fatigue et une si grande activité. Les détails sur les journées des 26 et 27, sont vivement désirés. V.M. me dit que le duc de Bassano s’est chargé de me les transmettre. La dépêche qui les contiendra, arrivera par la prochaine estafette. Elle ne m’est point encore parvenue. V.M. aura vu que depuis avant-hier il y avait eu à la Bourse un mouvement de hausse assez considérable. C’est que l’on a une grande confiance dans les suites de la nouvelles victoire que V.M. vient de remporter.  Nous espérons que S.M. l’Impératrice arrivera le 4 au soir à Saint-Cloud. S.M a dû partir aujourd’hui de Cherbourg et se propose de séjourner le 3 à Rouen…

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2 septembre 1813

Sire,

Les détails qui étaient attendu avec un si juste impatience, étaient dans la lettre que le duc de  Bassano m’a écrit le 27 août et qui m’est parvenue vers minuit. Dans le Postscriptum, le ministre me dit qu’il pense que je jugerai convenable de rendre sa lettre publique. Ces expressions m’ont paru préjuger la question et contenir l’approbation implicite de V.M. à une disposition que les circonstances rendaient nécessaire.

En effet, Sire, dans l’intervalle de temps qui s’est écoulé depuis l’arrivée de la dépêche télégraphique du duc de Valmy, il régnait dans l’opinion, non une incertitude sur les résultats des journées des 26 et 27, mais une sorte de crainte que ces triomphes ne fussent altérés par des malheurs particuliers. L’imagination qui grossit tous les objets et qui souvent les dénature, a besoin d’un régulateur. Dans toutes les guerres soutenues par V.M., ce régulateur s’est trouvé dans les bulletins, qui ont été publiés par ses ordres ; et lorsque la rapidité des événements empêche de les publier, il faut y suppléer d’une manière quelconque.  L’insertion au Moniteur de la lettre du compte Daru au duc de Feltre, et celle de la dépêche qui vient de m’être adressée par le duc de Bassano, ont pleinement satisfait aux besoins et aux vœux du public. Je ne saurais trop dire à V.M., combien est grande l’allégresse et avec quel empressement le Moniteur du jour a été recherché. Si ce journal avait été tiré à cent mille exemplaires, j’estime qu’on aurait trouvé facilement à les placer. Tout annonce qu’il y aura la 28, de nouvelles affaires. Nous espérons qu’elles auront été heureuses et brillantes comme celles des 26 et 27 ; ce qu’il nous faut surtout, c’est de savoir que V.M. est bien portante, et que ses forces physiques sont au-dessus de tous les événements.

———————–

3 septembre 1813

… S’il est vrai que le général Moreau ait terminé sa carrière, et n’ait point survécu à la honte dont il s’est couvert, cet exemple doit faire trembler ceux qui comme lui ont dévié de la bonne route. Je ne saurais trop exprimer à V.M. combien le public a été indigné, en apprenant que cet ex-général avait passé dans les rangs ennemis. 

Les lettres particulières qui arrivent en foule, ne parlent que des prodiges opérés dans les journées des 26 et 27 août. L’enthousiasme ce ceux qui les écrivent gagne ceux qui les reçoivent ; en sorte qu’on est dan une espèce d’ivresse. Ceux qui naguère paraissaient consternés, ne parlent  maintenant que de conquêtes. V.M. qui juge et apprécie ce qu’on appelle l’opinion publique, ne s’étonnera point de cette variation. Il n’y a d’ailleurs ici rien de nouveau.

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Bientôt la reddition du général Vandamme à Kulm le 30 août parviendra jusqu’à Paris…

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Extraits des lettres n°1252, 1253, 1254, 1256, et 1257, pp.1035-1040).

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( 29 août, 2013 )

« Il n’y a rien de nouveau… »

Une lettre de Cambacérès à Napoléon.

Paris, 29 août 1813.

Sire,

La lettre que V.M. a daigné m’écrire de Görlitz le 21 de ce mois m’est parvenu aujourd’hui vers midi.  La continuité de succès qu’elle annonce nous prépare à des événements plus décisifs. Ils sont attendus ici avec le sentiment unanime de la plus entière confiance. Les affaires sont engagées de tous côtés, et les ennemis étonnés retrouvent partout V.M. et l’empreinte de son génie.

Le ministre de la Guerre m’a prévenu qu’il y aurait demain dans le Moniteur une lettre expositive [sic] de nos premiers avantages qui lui a été adressée par le compte Daru, d’après les ordres de V.M. La publicité donnée à cette dépêchez produira un bon effet, et suppléera aux bulletins qui arriveront plus tard. J’ai eu l’honneur de rendre compte hier à V.M. des considérations d’après lesquelles je me suis abstenu de faire mettre dans les journaux une note que m’a fait passer le duc de Bassano. Au surplus, on sait à peu près toutes les nouvelles par la voie du commerce.

Je me suis rendu aujourd’hui à Saint-Cloud, pour faire ma cour au Roi de Rome qui se porte à merveille. Chaque jours, ce prince se fortifie et se développe. Nous avons su de Cherbourg que l’enceinte du port avait été ouverte le 27 aux flots de l’Océan. Il paraît que S.M.l’Impératrice a joui longtemps de cet imposant spectacle qui a pris un nouveau degré d’intérêt par la présence de S.M. et par l’allégresse générale qu’elle a occasionné.

Il n’y a rien de nouveau : tout va bien dans l’intérieur de l’Empire. Je ne parle point à V.M. de l’Espagne pour ne pas la fatiguer par des redites. 

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Lettre n°1251, p.1035).

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( 8 août, 2013 )

De l’ALLEMAGNE à l’ESPAGNE (II).

 De l’ALLEMAGNE à l’ESPAGNE (II). dans TEMOIGNAGES soldat

Napoléon tout en menant la campagne de Saxe, gardait un œil attentif sur ce qui se passait en Espagne. Telle cette lettre à Maret, duc de Bassano, occupant les fonctions de ministre des Relations extérieures.

Dresde, 5 août 1813.

Monsieur le duc de Bassano, il serait bon de faire circuler la nouvelle qu’à la suite de la victoire du maréchal Soult sur l’armée anglaise le 25 juillet, Saint-Sébastien a été débloqué et que 30 pièces de l’artillerie de siège et 200 voitures ont été prises. Pampelune a été débloquée le 27. Le général Hill qui assiégeait cette place n’a pu emmener ses malades et il a été obligé de brûler une partie de ses bagages. On y a pris 12 pièces de 24 qui étaient déjà arrivées. Envoyez cela à Prague, à Leipzig et à Francfort.

(Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Librairie, 1898, p.490).

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